■ H Us; ■ mm m t'&ÏF /fcft-ù-'^. A'NNALES DES SCIENCES NATURELLES QUATRIÈME SÉRIE ZOOLOGIE Paris Imprimerie Je L. MARTINET, me Mijno» , 2. ANNALES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT LA ZOOLOGIE, LA BOTANIQUE, L'ANATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE COMPARÉE DES DEUX RÉGNES ET L'HISTOIRE DES COUPS ORGANISÉS FOSSILES RÉDIGÉES POE ft LA ZOOLOUF, PAR M. MILNE EDWARDS F'OIR LA BOTANIQUE PAR MM. AD. KRONGNLART ET J. DECAISNE QUATRIEME SÉRIE ZOOLOGIE Tu. ME V LIBRAIRIE DE VICTOB MASSON PLACE DE I ■'! ' "I.K-bK-MEDEClNE 185G ANNALES DES SCIENCES NATURELLES PARTIE ZOOLOGIQUE MEMOIRE sua LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES DES MOLLUSQUES ACEPHALES LAMELLIBRANCHES, Par le !>' H. I \* \/l ■-1H I IIIIKS I. HISTORIQUE. L'embryogénie des .Mollusques, considérée dans l'ensemble de l'embranchement, esl encore peu avancée; celle des Acéphales en particulier est surtout en retard. Quelques mémoires peu nombreux ont l'ail connaître des faits importants, mais aucun d'eux ne présente l'histoire entière d'un organe depuis l'origine jusqu'au développe- ment complet. Rien cependant n'est utile en zoologie comme les connaissances d'embryogénie ; chaque jour on voit de plus en plus l'importance des recherches qui se rapportent à celle branche de la physiologie. On peut même, sans èirc taxé d'exagération , affirmer que tout l'avenir de la science des animaux est maintenant dans la connais- sance des transformations embryonnaires (1). Ne voyons-nous pas, en effet, non-seulement des espèces, des genres, niais encore des ordres, des classes, disparaître des cadres (I) Voyez Cousidi'rations sur i/ue/i/ufs principe» relatif» à Us classification na- turelle des animaux, par M. Milnc Ivlwanls (Ann. des se. na(., 3* sério, <8t4, t I", p. 65). 6 H. I.ACAÏE-DUTIHERS. — MÉMOIRE zoologiques depuis les laborieuses et savantes recherches des Van Beneden, Siebold, Leukart, Kiïehenmeister, Phillippi, etc., etc. Il est permis de dire qu'il arrivera un moment où il ne sera plus possible d'assigner une position zoologique à un animal, sans connaître les formes qu'il a dû présenter depuis l'œuf qui l'a pro- duit ; alors seulement on aura une idée exacte des rapports zoolo- giques dans toute leur étendue. Heureusement il faut le reconnaître, la science semble entrer dans une voie nouvelle, et tout fait espérer qu'elle arrivera à des résultats bien autrement importants que ceux qu'elle a déjà fournis par l'énumération de caractères qui ne sont que la somme d'un compte bien fait el patiemment fait de toutes les particularités observées sur les diverses parties du corps d'un animal. Le classificaleur ne peut plus se contenter des formes que pré- sente un seul individu à nu moment donné de son existence ; il doit baser ses divisions sur l'ensemble des lormes correspondant aux différentes phases de la vie. C'est là ce qu'ont senti les zoologistes modernes, et ce qui explique l'ardeur avec laquelle ils se livrent à l'étude si difficile du développemenl des animaux. C'est aussi ce qui m'a conduit à faire les recherches, objet de ce mémoire. Mon intention était et est encore .d'étudier l'embryogénie compa- rée aussi complètement que possible de I embranchement des Mol- lusques. Déjà j'ai réuni des matériaux nombreux ; mais une. posi- tion nouvelle m'a détourné, peut-être pour longtemps, de ces études; il m'a paru intéressant cependant de l'aire connaître quel- ques points de mon travail. Ils sont entièrement nouveaux. J'ai eu le désir tic faire voir comment naissait ou apparaissait un organe; par quelles trauMbrinalinns successives il passait pour arriver à son étal parfait. J'ai voulu montrer aussi que l'étude de l'évolution génésique d'une partie explique facilement cer- taines formes ou dispositions dont rien ne peut faire apprécier la cause et l'origine chez l'adulte. Ce travail, déjà fait pour bien des organes chez les animaux qui se rapprochent le plus de l'homme, n'a pas été entrepris pour les SUR. LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 7 Mollusques. Là, en effet, l'embryogénie , peu avancée, se borne à des généralités ; elle s'en tient à peu près exclusivement, à des données générales sur les premières phases de la vie. J'ai donc cru devoir faire pour chaque appareil une étude spéciale, et aujour- d'hui je veux m 'occuper de celui de la respiration. Sans avoir une application zoologique aussi directe que semble- raient le l'aire croire les lignes qui précèdent, les faits qui suivent montreront, je l'espère, comment se constitue l'appareil de la respiration. Nos connaissances, qui sont déjà très bornées en ce qui touche l'embryogénie générale des Lamellibranches, le. deviennent encore davantage quand il s'agit du développement d'un organe , et en particulier de celui de la respiration. Les seuls travaux sérieux que nous trouvions sur cette partie de l'histoire des Mollusques sont ceux de MM. Carus, Lôven et de Quatrefages. Ils nous font connaître le développement de quelques Acéphales seulement pendant les premières périodes. On trouve bien encore dans les Mémoires de la Société biolo- gique de Paris un travail sur le développement de l'Huître; ce qui se rapporte dans cet opuscule aux organes de la respiration ne mérite guère d'être considéré comme étant sérieux. Carus (1) avait déjà depuis longtemps fait connaître quelques faits sur le développement des Naïades (Anodontes) ; il faut le dire, les résultats d'alors ne sont plus guère en rapport avec les progrès de la science d'aujourd'hui. M. de Quatrefages avait aussi étudié l'embryogénie de l'Ano- donte (2); mais son travail le plus moderne est celui qu'il a publié sur leTaret. N'ayant pu continuer ses observations si curieuses et si habilement conduites, le savant académicien n'a pas dû trouver la signification de quelques parties, qui, sans aucun doute, sont les premiers rudiments des branchies. « Il s'est développé dans ce « point, dit-il (dans l'amas île globules placés dans ce voisinage de ■ la charnière , deux organes très singuliers : ce sont deux ouver- (4 ) Voyez Carus , dans les Âctei d«» curieux de lu nature , X VI , 1 S3i. (2) Voyez de Qualrcfages , Sur la vie fntrabranohlalt Ut /MM Anodoniet (Ann. îles «c. nul., 3* série, t. IV el V). 8 ii h. sortant du bord postérieur du manteau jusqu'aux environs de la » tète où elles se fixent. Dans cette partie, leur ouverture estmani- « fesle au centre; elle est garnie intérieurement de cils, serrés, «développés, ressemblant à un repli quand ils sont en repos, ou » déterminant des nuages onduleux, comme des vagues, quand ils «sont en mouvement.... On ne peut pas douter que ces grands «organes ne soient des branchies, quoique cependant je n'aie » jamais pu nie convaincre qu'il y en eût de chaque côté; car je » n'ai jamais distingué qu'un seul pli, bien que j'aie cherché les cils « internes pour découvrir la série interne des blanchies. » On doit remarquer ici qu'il existe des Mollusques qui n'ont » qu'un seul feuillet de chaque côté ; celui-ci se sépare peut-être » en deux très longtemps après. » Les anses ne sont pas libres en haut; une ligne 1res fine, un «peu ondiileuse, indique une membrane 6g. 112. y , qui parait >. limiter le canal par lequel la blanchie se réunit avec le vaisseau n de la circulation. 10 H. LACAZE-DUTHIERS. — MEMOIRE » Nous avons, si je ne me trompe, vu la première formation des «branchies; nous en savons assez pour être sur qu'elles se mon- » trent sous la forme d'un cordon lin, rende à certains intervalles; » que ces renflements se contournent plus tard en anses , qui » s'allongent de plus en plus, et sur lesquelles se développent les » cils vibratiles régulièrement disposés, etd'une forme particulière. » Ce sont ces anses, si ouvertes et si arrondies, qui s'allongent , » plus tard, en se développant, et restent grêles, étroitement unies »etserrées; ce qui l'ait qu'on peut àpeine reconnaître leur ancienne «forme. C'est ainsi qu'elles produisent ces feuillets considérables » qui, fixés dans la partie antérieure et interne des lobes du man- » leau, constituent une portion très grande de l'animal. «Quand les organes de In respiration sont parvenus audéve- » loppement que nous voyons ici, le cœur ne tarde pas à se former « rapidement; mais je n'ai jamais été assez heureux pour l'observer » chez aucun des Acéphales que j'ai examinés, el je désespère même » de le faire (1). » Ainsi il n'est pas douteux que M. Ldven n'ait vu l'origine des appareils respiratoires; mais aussi qu'il n'a pas observé les trans- formations diverses qui conduisent aux différente feuillets; je pense même que la supposition qu'il fait pour expliquer leur production n'est pas entièrement conforme à ce que l'on va voir chez la Moule. Ainsi la partie historique est très restreinte, et nous n'au- rons pas à expliquer et à accorder entre elles les différentes opi- nions, puisqu'elles se réduisent à celles de M. Ldven, M. de Qua- trefages n'ayant pas assigné de fonctions aux l'entes ciliées qu'il avait vues. Quant à celles du recueil de la Société de biologie, ellesn'ont de rapport avec rien de ce qui a été vu par les auteurs; leur inexacti- tude me parait telle, que c'est à peine si elles doivent trouver place dans une critique sérieuse. (I) Cette traduction du mémoire a été faite par M. Yung, employé du labora- toire d'entomologie du jardin des plantes de Paris. Je le prie de recevoir mes remercimenls pour l'obligeance qu'il a bien voulu mettre à me fournir le passage que je viens de citer. SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 11 II. BRANCIIIE DE LA MOULE ADULTE. Pour bien s'entendre dans la description de l'organe, naissant de la respiration, il est nécessaire de voir quelle est la composition de la braneliie d'une Moule adulte (Mytilus edulis des marchés de France), et de fixer la valeur de quelques expressions; sans cela, il est difficile de désigner les parties dont on entend parler. Ce. sont moine 1rs observations qui m'ont été faites par des personnes fort au courant de l'anatoinie des .Mollusques qui m'engagent à faire précéder les faits d'embryogénie que j'ai à présenter par quelques considérations d'anatoinic descriptive. Les branchies , complètement développées , se composent de chaque côté du corps de quatre feuillets disposés près les uns des autres, et parallèles au plan médian qui partage, en deux par- ties latérales semblables et symétriques , le corps de l'animal. Les choses étant identiques des deux côtés, ce n'est qu'un seul qui MUS occupera. De ces Feuillets, deux sont moyens, et placés entre, les autres qui sont extrêmes dans cette série composée de quatre éléments ; eu égard à la ligne médiane du corps, les uns sont internes, les autres externes Les deux moyens sont unis parleurs bords supérieurs avec le corps entre le pied, la masse viscérale elle manteau; les autres sont, an contraire, libres par le même bord. [On n'oublie pas que lorsqu'on regarde un Mollusque acéphale en le poMini sur la partie qui correspond à la charnière, on le place BUT le dos, que par conséquent on renverse l'aninial, et que cr qui doit être 60 bas parait en haut ; après cet avertissement, il ne pourra plus désormais y avoir de doute. La description qui va suivie se rapporte à l'animal supposé en place et non à l'animal en préparation, ouvert et renversé.] Les deux feuillets extrêmes, places en dedans et en dehors des moyens restant libres par leurs bords supérieurs, se s lenl avec les moyens par leurs bords inférieurs. On peut se représenter ces quatre feuillets ainsi soudés deux à 12 H. LACAZE-nUTHIEBS. MÉMOIRE deux comme n'étant autre chose que deux lames ployées sur le milieu de leur longueur , l'une en dedans, l'autre en dehors. De telle sorte que les branchies seraient composées de lames directes ou descendantes (feuillets moyens adhérents au corps par le bord supérieur) et de lames réfléchies ou ascendantes (feuillets extrêmes, l'un interne, l'autre externe, libres par leurs bords supé- rieurs, adhérents aux deux précédents parleurs bords inférieurs). Il n'y aurait donc que deux branchies de chaque côté, l'une interne, l'autre externe, représentées chacune par un feuillet ascendant à bord supérieur libre , et un feuillet descendant à bord supérieur adhérent. Les feuillets moyens seraient les feuillets descendants, directs, adhérents. Les feuillets extrêmes seraient les feuillets réfléchis, ascendants, libres . 11 nous arrivera donc, dans la description, dédire la branchie interne ou la branchie externe pour désigner deux feuillets; puis, ponr l'une ou l'autre, nous emploierons les épithètes do lame directe, lame réfléchie, ou encore lame adhérente, lame libre, ou bien enfin lame descendante, lame ascendante. Cette sorte de glossologie est nécessaire ; fixer la valeur des termes est indispensable soit pour abréger les descriptions, soit enfin pour s'entendre et désigner suffisamment les objets dont il est question. Les lames sont constituées par des filaments cylindriques, qui dirigés parallèlement les uns aux autres descendent directement, et se placent perpendiculairement à l'axe du corps. Ces filaments sont tenus en rapport les uns avec les autres par des traverses peu nombreuses, perpendiculaires à leur direction, qui, du reste, n'ont pas pour nous un grand intérêt , et par de véritables articulations biliaires mobiles qui peuvent être rompues, mais qui se reprodui- sent bientôt. Ce dernier fait est assez curieux, et je ne le vois point signalé. Le long des baguettes qui forment les lames, on rencontre des tubercules hérissés de cils vibratiles courts, dont les mouvements ne sont point semblables à ceux du reste des filaments, et ne déter- minent pas de courant. Ces tubercules se correspondent sur les SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 13 divers filaments , ils se font face, de telle sorte que les cils , qui les couvrent en s'agitant, s'enchevêtrent les uns les autres, et restent unis par leurs ondulations. Lorsqu'un effort vient à éloigner deux filaments voisins, les cils sont séparés, et les articulations mobiles ciliaires sont détruites ; mais quand l'effort a cessé, ou voit bientôt les houppes de cils se pénétrer de nouveau, et refor- mer ces singuliers moyens d'union. La disposition de l'appareil respiratoire est loin d'être toujours aussi simple dans toute la classe des Acéphales lamellibranches. Il y a même des cas où l'on ne reconnaîtrait plus les branchies à la description qui vient d'être donnée; mais, avec un peu d'attention, on voit bien vile que le plan d'organisation est cependant le même. Dans beaucoup d'espèces, les Unio , les Anodontes, les Bucardes, les Huîtres, etc., etc., les bords supérieurs des feuillets réfléchis sont soudés , l'interne avec celui du côté opposé les externes avec le manteau. De telle sorte que l'on ne voit plus les branchies sépa- rées des deux côtés , et que la masse viscérale semble enfermée dans l'organe de la respiration , lequel se présente alors comme formé de plis étendus d'un lobe du manteau à l'autre. Mais ces soudures, qui sont quelquefois très solides et très résis- tantes, comme dans l'Huître, l'Anodonte, etc., sont à peine mar- quées dans quelques espèces, et il est des Bucardes sur lesquelles on peut 1res facilement, par une légère traction, rompre l'adhé- rence des feuillets réfléchis externes avec le manteau ; on replace alors celle partie de l'appareil de la respiration dans les condi- tions que l'on vient de voir dans la Moule. La lame réfléchie interne se soude par son boni supérieur avec celle du côté opposé, et forme un sillon sur la ligne médiane. Souvent Cette soudure M Se voit qu'en arrière de la masse viscé- rale, comme dans les Bucardes , les Unio; dans ce Cas, on ren- contre quelquefois les bords supérieurs unis avec le côté de la masse viseérale en avant; mais bien souvent celle soudure, est si peu solide que, la moindre traction peut la rompre, c'est ce qu'on peni observer dans les Bucardes. I a soudure desdeux bords supérieurs des deux lames réfléchies internes existe sur toute la largeur dans les Anomies, et on la 14 H. U(»AI-llllllllltS MÉMOIRE détruit assez facilement ; mais , au premier abord , quand on con- sidère les branchies de cet Acéphale irrégulier (1), on éprouve, une certaine difficulté à reconnaître ce même plan que dans les autres animaux. Cependant toutes les adhérences étant rompues, les branchies se retrouvent constituées comme dans la Moule. Ce fait est important, car il permet de supposer que le développement doit être sinon entièrement semblable, du moins à peu près le même dans tous les cas. Dans l'Anodonle , l'Unio, l'Huitre, etc., les branchies semblent bien plus résistantes que dans les espèces que je viens d'indiquer; c'est que des filaments transversaux, unissant et tenant rapprochés les filaments verticaux , sont très nombreux cl plus résistants que dans les espèces précédentes, que dans la Moule, où ils sont assez rares , et que dans la coquille de Saint-.lacqucs , où ils sont si peu nombreux, s'ils existent, et si faibles, que la branchie peut à peine être touchée sans se décomposer en une multitude de filaments. Dans celte espèce , du reste , on trouve les feuillets réfléchis avec leurs bords supérieurs complètement libres, et avec une disposition tout à fait semblable à celle que l'on observe dans la Moule. III. MŒUBS DES EMBRYONS. Les branchies n'apparaissent dans la Moule que lorsque l'animal a acquis déjà un certain degré de développement. Leur présence doit certainement marquer une période de la vie embryonnaire. Dans quelques cas, sur les Huîtres par exemple, j'ai en vain cherché à voir cette période ; tous mes efforts ont été vains et inutiles. C'est qu'évidemment elle ne commence que lorsque cer- taines conditions se présentent. Quelles sont-elles? Je n'en sais rien ; je n'ai pas pu encore les saisir ; mais à coup sur personne n'a vu sur cet animal le développement de la branchie. Je le montrerai surabondamment. Quant à la Moule il n'en est pas de même ; des circonstances (1) Voir le travail que j'ai publié sur l'Anomie, Ann. des se. nat., i' série, t. II, p. 1. SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 15 heureuses m'ont permis de me procurer en grand nombre , et à des degrés très divers, les embryons. Aussi ai je pu suivre l'ap- pareil de la respiration depuis son commencement jusqu'à son entier développement. J'avais été frappé, et tout le monde l'a été, sans doute, par l'in- nombrable quantité de jeunes Moules qui, dans certaines localités, viennent se placer sur les bords de la mer presque à Heur d'eau, quand les rochers leur fournissent un lieu abrité où elles peuvent vivre sûrement et tranquillement. 11 suffit d'avoir fait une prome- nade sur les jetées qui servent de cales dans différents ports, dans celui de la Joliette, par exemple, à Marseille (1), pour avoir vu un liséré noirâtre presque à fleur d'eau composé de Moules prodi- gieusement nombreuses, et serrées les unes contre les autres. Je me demandais, dans une excursion que de Marseille j'avais faite à la Venise provençale, aux Martigues, si je trouverais sur les bords de la petite mer de Berres la même chose, et je ne tardai pas, en suivant tes berges qui sont derrière la ville, près de la route île Marseille, à trouver les Moules en nombre vraiment con- sidérable; mais, en continuant mon excursion, j'arrivai à un endroit où les fucus, sous forme d'un duvet lin, couvraient les pierres. Je cherchai au milieu de ces plantes, et je ne trouvai plus les Munies. Elles semblaient avoir abandonné le bord, gênées qu'elles étaient par la végétation ; elles reparaissaient dès que le rocher devenait de nouveau à ml. Il me parut évident que, dans les pointe les plus voisins de la surface de l'eau , il y avait une grande quantité d'animaux toujours jeunes, alors qu'on n'en trouvait pas de grande taille; qu'il devait y avoir une émigration des individus les plus forte vers des régions plus profondes, et que, à un certain moment, les je s .Moules, avant de se fixer, venaient viviez la surface de l'eau, portées instinctivement vers un milieu où l'air et la lumière étaient en rapport avec les besoins de leur :ieliv ili' v llale. Je pensai dune qu'on punirait trouver des larves ou d«B embryons sur les bords des berges, et je me mis résolument (I) L'observation dont il est ici question .i été Faite dans le mois de septembre 4 853; je ne sais si !<."> lu il s que j'indique ont ce é d'exister 16 u. la< A/i-m tiieers — mémoire à leur recherche. M. Lôven n'avait-il pas été la loupe à la main recueillir des embryons sur les fucus , en suivant la marée dans les petites flaques d'eau que laissait la mer? J'explorai donc avec soin les anfractuosités des rochers qui «voisinent le bord de l'eau et qui sont remplies, quand la merde Serres agitée vient se briser sur le rivage. Dans ces sortes de petites mares , la faune et la flore présentent les mêmes caractères que dans la mer même , et je pensai que là, si je devais le rencontrer, je trouverais plus facilement ce que je cherchais. J'examinai toutes les plantes, et bientôt je rencon- trai sur un fucus filamenteux transparent, d'un gris jaunâtre, des petits points brunâtres qui me parurent être des animaux fixés. J'avoue que j'étais loin de penser que j'avais atteint mon but. Quand j'observai les brins de fucus que j'avais récoltés tous chargés de ces points noirs , je ne tardai pas à reconnaître de jeunes Moules ; car sur une même touffe je rencontrai bientôt des individus de tout âge, et faisant le passage entre l'adulte et l'em- bryon. Ceux qui ont exploré les bords de la mer se feront seuls une idée exacte du plaisir que j'éprouvai en trouvant ainsi une mine aussi riche et inépuisable , qui , à la porte même des Martigues , pouvait me fournir un sujet de travail sans perte de temps. Je fus donc bientôt installé et à l'œuvre. Je n'avais garde de laisser échapper une telle occasion ; dans l'étude de l'embryogénie des Acéphales comme dans celle des autres Mollusques, toute la question est d'avoir des embryons. Car rien n'est difficile comme de les élever; pour beaucoup d'espèces même c'est la seule cause du retard qu'éprouvent nos connais- sances. Je me plais à signaler aux naturalistes la circonstance heureuse, dont je me hâtai de profiter autant que le temps me le permettait; car, pour les autres points de l'histoire embryogénique de la Moule, on trouvera à coup sûr, dans la localité que j'indique, tous les matériaux nécessaires. Il suffit en effet, du moins dans l'année et à l'époque dont je parle, de chercher à l'est des Martigues , en se dirigeant vers Saint-Médard , pour rencontrer des quantités SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 17 innombrables d'embryons de 1/4 à 1/5' de millimètre de diamètre, et de toutes les grandeurs au-dessus. Mes observations ont été faites dans la première quinzaine de septembre , une année où la saison, pluvieuse et froide, avait fort retardé, le printemps. Il serait curieux de faire des observations dans le courant de l'été, pour voir à quel moment les jeunes Moules se fixent aux fucus, et en quel état elles sont quand elles viennent ainsi à la surface de l'eau. Serai-je assez heureux pour pouvoir moi-même faire les recher- ches que j'indique? Si mes occupations me le permettent, à coup sûr je reverrai les Martigues, et j'exploiterai de nouveau les heu- reuses conditions dont je viens de parler. On ne saurait trop multiplier les indications qui , plus tard , peuvent être d'un précieux secours aux naturalistes. Les auteurs qui écrivent, ou qui écriront sur l'embryogénie des animaux ma- rins, ne doivent rien négliger pour faire connaître les moindres particularités de mœurs. On ne saurait croire combien , pour le zoologiste voyageur, sont utiles cl importantes les plus simples indications. Aujourd'hui que les études d'anatomie physiologique sur les bords de la nier sont poussées avec tant d'activité, il y aurait tout un livre à entreprendre pour l'aire connaître la géographie zoolo- gique marine, non-seulement pour des pays éloignés, mais encore pour une même localité. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, il n'est pas douteux que sur les plages que découvre la marée basse, on ne trouve des ani- maux :i des profondeurs diverses. La Moule n'atteint pas de grandes profondeurs; c'est ce que l'on peul constater sur toutes les côtes de la France avec la plus grande facilité. Les pêcheurs riverains, je dirais mieux les populations entières qui suivent la marée pour butiner après elle, savent hès bien qu'ils ne trouveront tel ou tel animal qui' lorsque la grève découvrira jus- qu'à telle ou telle profondeur. Ils se préparent d'avance pour telle poarée, parce que c'esl alors qu'ils feront une plus riche prise; Je pourrais citer des exemples nombreux. Des animaux qui m'ont fourni des sujets d'étude se trouvaient seulement à certaines 4' lérie Zooi T. V. (Cahier n" t.)* 2 18 h i ..%« A/.i:-i»riiin:ns. — mémoire profondeurs et non pas à d'autres ; je connaissais sur des bancs de sable des zones où à coup sûr je rencontrais des Dentales, et si je les trouvais ailleurs, c'est que la mer les avait roulés et déplacés. Les animaux des côtes habitent donc comme des zones spéciales. On sait aussi que beaucoup n'abandonnent jamais la haute mer; enfin que ces zones peuvent changer avec l'âge : c'est ce qui arrive en particulier pour la Moule. Sans aucun doute elle vient à la surface de l'eau quand elle est encore embryon , et c'est là ce qui explique ces bancs de Moules qui, dans la Méditerranée, bor- dent les rochers à fleur d'eau. Des observations directes m'ont encore fourni la preuve de ce dernier fait. Quand je plaçais, dans de l'eau très pure et parfaite- ment renouvelée , les fucus chargés de petites Moules, constam- ment les embryons gagnaient le haut du vase , et formaient à la surface de l'eau comme une couche noirâtre. Il y a donc dans cette étude des mœurs des animaux d'intéressants sujets de recherches qui serviraient plus lard de guides précieux pour les excursions marines de physiologie et d'anatomie. Je n'ai point observé les jeunes Moules avant qu'elles fassent fixées; mais je crois que par analogie on pourrait , d'après ce que M. Lôven , M. de Quatrefages et moi-même avons vu sur d'autres espèces , admettre que la Moule vient ainsi à la surface , portée qu'elle est par son appareil locomoteur ciliaire , son disque mo- teur, comme dans les autres espèces d'Acéphales lamellibranches, et qu'alors son byssus, trop délicat encore, ne suffit pas pour la fixer sur les rochers où les mouvements des vagues sont trop forts. Aussi , sur le bord de l'étang de Berres, je reconnaissais , guidé par ces données , les points abrités où je rencontrerais de jeunes embryons en grande quantité. Je m'explique pourquoi aussi, sur la jetée du sud du port de la Juliette , les Moules abondent : elles ont pu s'y fixer à l'abri des coups de mer. Ce voisinage de la surface est évidemment en rapport avec les besoins de l'animal ; car dans les moments d'agitation de l'eau, quand la jeune Moule est fixée , soit aux fucus , soit aux rochers , les vagues en se retirant la laissent à découvert ; elle est exposée à l'air, condition qui évidemment ne lui est pas défavorable. SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 19 J'ai fait, disais-je, mes observations au commencement de sep- tembre ; bien que cette année-là la saison fût retardée, il est peu probable que les embryons de 1/4 de millimètre, les plus petits qu'il m'ait été donné de rencontrer, fussent du mois d'avril. Il me semble qu'ils devaient être moins âgés. On sait que Baster (1) et Poli (2 , étaient en désaccord sur le moment de la ponte, des Moules. Le premier assignait les mois d'avril et de mai , le second le mois d'octobre jusqu'en décembre. Ces deux observateurs entendaient parler des Moules des côtes de la Hollande et de la mer de Tarente, et je crois qu'ils devaient l'un et l'autre être dans la vérité (3). Ne serait-on pas tenté de croire , d'après la taille des jeunes embryons que j'observai aux Martigues, qu'il peut, pour des points intermé- diaires aux localités précédentes, y avoir aussi des époques inter- médiaires pour la ponte? Je n'ai pas observé l'embryon à partir de l'œuf; c'est donc là une nouvelle recherche à faire pour reconnaître l'époque de la fraie dans la localité dont il est ici question. Cette époque, du reste, doit être bien connue des pêcheurs (II) de Moules des Martigues , où ce .Mollusque, très abondant, donne lieu à une pêcbe fort active, qui fournit des bénéfices considérables, car il est estimé. IV. ORGANISATION DES EMBRYONS. Voyons maintenant quelle était l'organisation des jeunes Moules au moment où j'ai commencé les observations. Sur les plus jeunes embryons, l'anatomie peut se faire par trans- (1) Poli (Xav.-Jol.). Testacea utriusque SicUice. Paris, 1791-1795. (2) Uasler (Job.) . Optuoula subseciva, continmtta observations! miscellu- neat de animalculii et pluntin quibutdam marinis eorumque ovuriisque et semini- but, 2 vol. in-4. Harlem! , 1 759-1 765. (3| Voir los observations que j'ai publiées sur les organes de la reproduction «II- Mollusques acépbala lamellibranches. — Considérations générales et histo- riques. 'Ami. detK.nat., t. II, V série, p. I5S.J 7i l« vois que, dans les notei prises dans la localité, j'ai omis de signalor eiactemeni le moment du la ponte je préfère donc m'abstenif pluiot que do mo conlier a mes souvenirs. 20 II UtCAZE-DlTUIHRS. MÉMOIRE parence ; mais, dès que les appareils ont pris quelque développe- ment, il faut arriver à des dissections très minutieuses, le plus sou- vent fort laborieuses, que j'ai cependant pu conduire à bonne fin, sous l'excellent microscope à dissection de M. Nacbet, avec le trépied mobile à miroir qui sert de table. Test. La coquille dans les jeunes Moules est entièrement différente de ce qu'elle sera plus tard cbez l'adulte, puisqu'elle est presque ovale, et que la charnière ainsi que le ligament se trouvent vers le milieu du grand diamètre. A ce moment, on pourrait comparer sa forme à celle d'une Mactre, en petit toutefois (1). En avant et en arrière du ligament élastique (2) sont des dents très nettement dessinées, et l'engrènement qu'elles forment (3) est toujours fan le à constater. On remarque sur les deux valves des stries circulaires peu nom- breuses, qui, dans les individus de très petite taille, sont d'autant plus rapprochées d'une circonférence régulière qu'elles sont plus centrales, et voisines du crochet. Cela montre évidemment que, dans le commencement, les valves du test étaient arrondies, et que leur forme ne s'est allongée que parles progrès du développe- ment; et plus lard, quand la coquille sera piriforme, on ne pourra expliquer cette nouvelle apparence que par l'accroissement dispro- portionné que prend le diamètre longitudinal anléro-pnstérieur, comparativement au diamètre transverse ou vertical , surtout en arrière de la charnière. 11 semble, sur la coquille d'un adulte, que le sommet des crochets qui se trouve presque au-dessus de la bouche soit formé par les premières couches testacées de l'em- bryon. Du côté du dos , les valves présentent les deux crochets , qui peu à peu portés en avant, laissent en arrière la portion posté- rieure du test, et logent les deux lobes du foie. (1) Voyez t. V, pi. 2, fig. 2, 3, i. (2) Idem, tig. 2 (1). (3) Idem , fig. 2 (c/i , c/i). SLli LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 21 En regardant l'animal de chatnp (1), on aperçoit la charnière, qui, rectiligne dans toute la partie moyenne correspondant aux crochels des valves , devient sinueuse en avant et en arrière. On y remarque (3) cinq dents du côté de la bouche et trois seule- ment eu arrière, s'engrenant les unes les autres avec une grande précision. La réunion des deux valves est complétée par un liga- ment élastique bien évident, qui semble formé de deux moitiés semi-lunaires cuvettes ;'i faces planes, parallèle-., formées de lames de verre c\ee>sivemeiil minces, el spécialement disposées pour l'examen des petits êtres, on la voyait ramper tantôt sur la face inférieure, tantôt sur la face supérieure, et présenter dans un cas le dos, dans l'autre la partie inférieure, (I) Voyez pi. 2, fig. 1 ( P ). -'l H. I.ACAZU-DLTII1ERS. — MÉMOIRE Le pied est couvert île cils vibratiles très vifs, au milieu des- quels ou rencontre des cirrlies ou eils plus grands, également fort mobiles ; tous servent à la loeomotion. Quand l'animal veut nager, il étend son pied, et il avance par les mouvements seuls des cils. Ce moyen est employé de moins en moins, à mesure que l'animal est de plus en plus développé. On voit dans le pied une cavité générale, où les contractions agitent des globules. Byssus. Quand on place dans un vase de verre une touffe de fucus chargée, de petites Moules, bientôt les parois se couvrent d'une quantité considérable d'embryons. Alors on peut changer l'eau, renverser le vase, sans que ceux-ci se détachent. L'adhérence a lieu au moyen d'un byssus, qui ne peut être mis en doute sur des individus de 1/2 millimètre, mais qui est plus difficile à consta- ter sur les individus de plus petite taille. Dans ces derniers, il faut apporter toute son attention pour reconnaître l'organe fila- menteux qui sert à les fixer. Il n'est composé que de deux, trois ou quatre fils transparents hyalins, parfois ramifiés, et qui naissent de la face inférieure du pied, tout près de sa base, dans la fente ou scissure même que l'on voit sur la face inférieure (1). Il m'a semblé, mais je dois avouer que l'observation offre de grandes difficultés, que les filaments du byssus étaient de petits lubes, dans l'intérieur desquels était comme une matière plastique qui, lorsque le filament venait à être rompu, s'échappait à l'extré- mité, et y faisait un petit bourrelet; ce serait cette matière plastique qui se fixerait aux parois. Plus tard, j'ai eu occasion d'observer les mœurs d'une Moule rose que, j'avais trouvée sur les côtes du Bretagne, et j'ai pu voir comme une sorte d'épanouissement de tubercule blanchâtre termi- nant chaque filament. J'avais placé la Moule dans un vase de terre verni en noir; elle avait changé plusieurs fois de place en cassant les tubes de son byssus, on voyait de petits disques qui venaient se former à l'extrémité de chacun de ces filaments, à mesure qu'elle (<) Voyez pi. 2, fig. I. SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 25 se fixait de nouveau. On pourrait donc avoir l'idée du rôle de l'or- gane qui nous occupe , en le considérant tout simplement comme un faisceau de tubes destinés à porter dans le point , où doit se fixer l'animal , la matière plastique destinée à cet usage. Organes internes. A part les branchies que je laisse de côté, il n'y a que l'appareil digestif de formé dans les jeunes Moules dont il vient d'être ques- tion. Des organes qui servent à la conservation de l'individu, c'est, en effet, celui de la digestion qui se développe le premier après celui de la locomotion. Nous devons étudier la bouche, l'estomac, l'intestin , l'anus, le foie. La première est fort difficile à voir, et cela s'explique. En avant du corps (1), il y a une sorte de dépression, où bien certainement est la bouche, mais qui est remplie le plus souvent, quand l'animal est en repos, par le pied qui s'y retire comme dans une loge ou un abri. Aussi n'ai-je jamais pu observer nettement cet orifice, dont la position dans un point de cette partie antérieure ne peut être douteuse. Comme, dans presque tous les Acéphales lamellibranches, l'esto- mac est placé dans le voisinage de l'orifice d'entrée, c'est à peine si le tube qui y conduit peut recevoir le nom d'oesophage. On recon- naîl bien vite l'estomac à ses parois épaisses, écartées, limitant une cavité étendue, au milieu de laquelle paraissent tourbillonner dès globules plus ou moins colorés, qui sont tantôt de petits corps avalés par l'animal , tantôt des particules de matière colorante fournie par le foie. Les mouvements de ces petites masses sont très évi- dents, tant que l'animal est bien portant; ils cessent dès que la vitalité paraît un peu se ralentir , et alors il n'y a plus cette ligne bien nette et transparente entre les parois et le milieu de la ea- (1) Voyez V, pi. 2, fig. 2 et 4. On voit le pied qui so recourbe en haut, et dont la pointe est rapprochée du crochet et du foie. — De même dans la figure 3. 26 H. I \* V/E-IMTHIERS. — MÉMOIRE vite (1). Dans les jeunes Huîtres, ce phénomène me guidait tou- jours dans l'appréciation que j'avais à porter sur la durée de l'existence des jeunes animaux que j'élevais. L'estomac se contracte aussi de temps en temps , comme , du reste, les autres parties de l'organisme. L'intestin offre les mêmes caractères que chez l'adulte ; mais ces caractères sout d'autant plus marqués que l'on avance, davan- tage ; ainsi , à mesure que les branchies se développent , on voit les circonvolutions intestinales plus nettement dessinées. L'estomac se rétrécit vers son extrémité postérieure dans un point voisin du muscle postérieur des valves, et à son rétrécisse- ment fait suite l'intestin qui remonte vers le dos, pour se diriger d'arrière en avant , un peu sur le côté, de l'estomac. A gauche, après être arrivé en avant, presque à la naissance de la cavité sto- macale, il redescend en longeant la première anse et restant à son côté gauche ; puis se rapprochant de nouveau de la ligne médiane, il gagne la face dorsale du muscle des valves, se contourne pour venir s'ouvrir , comme dans tous les Acéphales , au-dessus et en arrière de lui. Quand on peut arriver à fixer l'animal ou à l'empêcher de se mouvoir trop librement, on distingue très nettement les cils vibra- tiles dans l'intérieur du tube intestinal où ils déterminent un cou- rant assez rapide. Enfin le foie est de tous les organes celui que l'on aperçoit le plus promptement et avec le plus de facilité; car il frappe immé- diatement par sa couleur brunâtre à la fois jaune et un peu ver- dâtre. Il est formé de deux masses , l'une droite, l'autre gauche , dont le volume est très différent ; l'un et l'autre occupent les crochets de la coquille, mais dans des proportions variables. Le côté droit (2) s'étend beaucoup moins en arrière ; il semble sphé- roïdal ; celui de gauche, au contraire, est comme bilohé (S). Plus (1) Zool., pi. 2, fig. 2 (g), fig. 3( 9 ). (2) Voyez pi. 2, fig. 3 (/), fig. 2 (f). (3) Voyez pi. 2, fig. 4 (f), fig. 2, où l'on peut bien apprécier la différence des formes des deux lobes. SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 27 tard, l'estomac et l'intestin seront perdus pour ainsi dire an milieu de la masse glandulaire, qui s'étendra toujours davantage à gauche qu'adroite. La position de l'estomac, plus de ce côté que de l'autre, explique certainement la prédominance du lobe droit relativement au lobe gauche. On distingue dans le milieu de ces lobes comme un éclairci ; la substance glandulaire semble moins épaisse en ce point; cela tient uniquement à la position du microscope. Quand on place les pour- tours au foyer, le centre paraît transparent, parce qu'il y a une cavité au milieu de la masse glandulaire qui communique avec l'estomac; ces cavités plus tard, en suivant l'accroissement de la glande, s'allongent et finissent par former des canaux biliaires, toujours extrêmement larges, et dilatés dans les Mollusques Acé- phales. On voit même dans celte cavité les mouvements ciliaires; c'est qu'en effet, comme je le montrerai [dus tard dans un travail que je me propose de publier bientôt sur la structure du foie des Acéphales, les canaux biliaires, qui sont tapissés par la substance glandulaire elle-même, Boni revêtus par un épitbélium vibratile, qui s'étend jusque dans le fond des culs-de-sac sécréteurs. Tels sont les principaux organes de la digestion ; on voit qu'à l'époque où nous allons prendre le développement de la jeune Moule , ils sont assez nettement dessinés. Eux et les organes de la locomotion sont les plus parfaits ; ils ne peuvent être confondus avec aucun autre. Il est encore deux choses que j'ai observées non pas dans les embryons ayant déjà des rudiments de branchies, mais dans ceux qui avaient déjà pris un peu plus de taille, bien que cependant ils n'eussent pas encore t\u grand nombre de filaments respiratoires. Kn avant de la première baguette des branchies, en arrière de la partie antérieure du lobe gauche du foie, et :'i la base du pied, j'ai aperçu une petite vésicule(l isphérique, dans l'intérieur de laquelle (() Voyez Zoot., pi. 7, fig. 4 (o). 28 II I K ï/l-lll Mli;ils — .MÉMOIRE s'agitaient , d'un mouvement analogue à celui que l'on appelle mouvement brownien, de tout petits corpuscules toujours placés au centre. M. Lôven a vu et dessiné cette même capsule dans la Moule plus développée ; c'est, à n'en pas douter , une capsule auditive; ce sont les otolithes de M. Von Siebold. La position à la base du pied avec les autres dispositions la caractérise suffisam- ment. Enfin dans le point où l'on rencontre habituellement le cœur et. les organes de Bojanus chez l'adulte, on voit une vésicule transpa- rente , hyaline , à peine appréciable par un contour léger. Elle a été vue aussi par M. Lôven , qui a signalé , même dans son inté- rieur, l'existence de cellules, ce qui ne permet guère de ne pas reconnaître en elle l'origine du sac de Bojanus. Cette vésicule paraît entre le lobule postérieur du t'oie, le muscle postérieur des valves en dessous du tube digestif il). Je dois me ranger à l'opinion de M. Lôven ; car dans les jeunes Cyclasj'ai vu la même chose; et déjà dans cet Acéphale la substance caractéristique se fait recon- naître. 11 est vrai de dire aussi que dans ces derniers embryons le cœur battait. J'avais eu une autre opinion, je dois l'avouer; car j'avais vu ces vésicules se contracter à de très longs intervalles, il est vrai ; j'avais d'abord pensé qu'elles devaient représenter les oreillettes. Mais comme, sur des individus beaucoup plus développés, il m'a été impossible de voir le cœur, j'ai dû abandonner cette opinion , surtout quand plus tard j'ai connu ce que disait M. Lôven dans son remarquable Mémoire : •< Je n'ai jamais été assez heureux «pour l'observer (le cœur) chez aucun Acéphale examiné, et je » désespère même de le faire. » Si j'insiste sur ce développement du cœur, c'est que personne n'a encore vu naître cet organe dans les Acéphales. Les larves de jeunes Huîtres, quej'aiélevées et conservées pendant quarante-trois jours après les avoir extraites du manteau de leur mère , ne m'ont pas fourni l'occasion de voir se former l'organe central de la circu- lation, et elles n'avaient point de branchies. (1) Voyez pi. 7, fig. 3 et 4 (r). SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 29 En résumé, la jeune Moule, quanti ses branchies vont paraître, ne possède que des organes de la locomotion et de la digestion. Quand l'appareil de la respiration se montre, le pied est nettement dessiné; il est pourvu d'un byssus. Les otolithes sont appréciables ainsi que les rudiments de ce que M. Lo'ven considère comme l'organe de Bojanus. Le tube digestif se compose d'un estomac et d'un intestin forts distincts , et le foie est nettement divisé en deux lobes, qui sont chacun creusés d'une cavité débouchant dans l'estomac. Il n'y a, comme on le voit, ni cœur, ni système nerveux pro- prement dit, ni à plus forte raison de glandes génitales. DEVELOPPEMENT. Malgré tous mes soins, toute l'assiduité de mes recherches, je n'ai pu, à l'époque où je les observais, rencontrer des individus portant moins de trois à quatre rayons branchiaux. Je ne puis donc ici indiquer l'origine de ces premiers éléments de l'organe respi- ratoire; mais, sans forcer beaucoup l'analogie, il est permis de penser que ceux-ci ont été produits absolument comme ceux qui viennent plus lard, et qui se rangent à côté d'eux. M. Loven n'a pas dépassé le nombre de neuf ou dix rayons; d'après ce qu'il dit même, on croirait qu'il ne s'est préoccupé que d'une chose: qu'il n'a voulu montrer que lapremière phase du déve- loppemenl : car il affirme que ce qu'il a vu esl bien l'organe de la respiration représenté par des baguettes nées sur les eûtes du corps. Voici ce que nous devons chercher à reconnaître. D'abord dans que) ordre apparaissent chacun des feuillets, et par quelle série de transformations les trois ou quatre filaments qui ont été observés se gont trouvés remplacés par des lamelles et des feuillets, comme cela a lieu chez l'adulte ? Lu répondant à toutes ces questions , on le voit, le mode de développement des branchies sera complè- tement démontré. 30 II LACAZE-DUTHIEBS. — MÉMOIRE Branchie interne. Feuillet moyen, direct ou descendant. Je viens de dire qu'il m'avait élé impossible de rencontrer moins de trois rayons. Dans deux des dessins qui accompagnent ce mémoire, on voit (1) des baguettes qui , de chaque côté du corps , s'avancent à l'opposé de la charnière vers le bord libre du manteau et des valves. Ce sont, les premières parties de l'appareil, celles qui constitueront la lame moyenne ou directe de la branchie interne de droite ou de gauche ; on voit donc que d'abord celle lame com- mence par être une grille composée de quelques baguettes très distinctes et non soudées entre elles. On voit aussi , pour m'en tenir à ces exemples , que pour for- mer les lentes ciliées du Tare! indiquées par M. deQuatrefages, il suffirait de raccourcir ici beaucoup les parties , et de rapprocher leurs extrémités jusqu'au contact. Remarquons aussi que l'extrémité des rayons est plus grosse, et semble renflée en une sorte de tête, qui devient bientôt, quand le nombre est plus grand , comme vaguement trilobée. M. Lôven,je l'ai dit, pense que, chez la Montacuta, un cordon, offrant trois renflements sensibles, sort de la paroi postérieure du manteau. Je ne puis apprécier et juger cette opinion, les observa- tions me faisant défaut ; mais pour les autres filaments, la nature suit une marche que je crois avoir reconnue, et qui me parait être la véritable , car elle rend trop bien compte de certaines dispo- sitions. Voici quelle elle est : Dans le point où le manteau, le muscle des valves et les viscères, sont unis , un bourgeonnement des tissus a lieu, et produit de chaque côté un tubercule qui, en s'allongeant, forme bientôt une baguette. Le premier de ces tubercules a dû se former, sans aucun doute, tout à fait à la base du pied, tandis que ceux qui viennent après naissent et se disposent en arrière, en ligne droite, et dans (1) Voyez fig. (3)(4)(1)(6r). Sl'R LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 31 un plan parallèle à celui qui partage le corps de l'animal en deux moitiés symétriques. C'est là une supposition, mais tout porte à croire que cette origine est bien réellement la véritable , si l'on en juge par ce qui se passera plus tard. A partir du troisième rayon branchial , on voit successivement apparaître les nouveaux éléments de la brancbie sous forme de tubercule, de petites élévations, qui peu à peu s'allongent et s'éloi- gnent de celui qui les précède. La dépression qui sépare ces tubercules ou bourgeons est d'abord marquée en avant (1 ) ; plus tard une dépression se forme en arrière ; celle-ci isole le bourgeon du manteau, tandis que la première l'avait isolé du filament antérieur (2). Ainsi séparé, le tubercule s'allonge, et de bourgeon qu'il était (3), devient rayon ; alors il se place à côté des précédents, et le nombre des éléments de la brancbie se trouve porté de trois à quatre; en arrière du quatrième s'opère un travail semblable : un tubercule se montre isolé en avant d'abord, confondu avec le manteau encore en arrière ; bientôt une dépression le sépare de ce dernier , et le nombre des rayons s'accroît ; il est porté de quatre à cinq. Ainsi de suite, le nombre augmente rapidement. Je ne saurais dire si primitivement il y a un cordon produisant ces tubercules, comme le dit .M. Lôven ; mais quand ils se sont multipliés, leurs bases, unies entre elles, forment un bourrelet lon- gitudinal, qui alors mérite en effet le nom de cordon. Cela devient très évident quand le nombre des rayons branchiaux est porté à neuf ou dix h ; alors aussi les rapports sont tels, entre ceux qui sont les plus anciens et ceux qui paraissent de nouveau, que l'ori- gine par le bourgeonnement ne peut plus faire de doute. Ainsi les premiers phénomènes, en pariant du quatrième rayon branchial, consistent en on bourgeonnement, qui étend la brancbie (<) Voyez pi 2, Bg. 3 («). (î) Voyez |il. î, fig. 4 (a). [9 Voyez pi ï, ftg 3 (■>). (i) Voyez pi. 2, Bg. '■>. — Au bas de cette figure on voit les bourgeonne- ments (Je taille différente qui doivent augmenter le nombre des rayons. 32 h. i \* mi -m mil its — mémoire d'avant en arrière en lui ajoutant postérieurement toujours de nou- veaux élémenls. N'est-il pas naturel de penser que les trois premiers que je n'ai pu voir naître se sont développés de la même manière? Pendant ce travail, les tubercules en s'isolant se couvrent aussi de cils vibratiles. Ceux-ci se disposent sur deux séries ou lignes doubles, l'une antérieure, l'autre postérieure. Les différents rayons se portent en bas en se courbant en dedans , et forment par leur rapprochement et leur position dans un même plan une sorte de lamelle percée de longues fentes. Les extrémités se touchent toutes, mais sans être encore soudées; leur union a lieu plus tardivement. Les rayons un peu courbés en arc vers la ligne médiane rencon- trent ceux du côté opposé; aussi quand on observe les embryons en dessous, une apparence analogue à celle de la cage theracique se fait-elle remarquer (1). Les extrémités des rayons des deux côtes ainsi rapprochées alternent les unes avec les autres sans qu'il y ait soudure, et quand l'animal sort ou rentre son pied, on voit cet organe s'enfermer sous le grillage , ou s'en débarrasser en écartant les baguettes qui le forment. A mesure que les rayons deviennent de plus en plus longs, et qu'ils se dessinent mieux , les cils qu'ils portent se disposent aussi plus régulièrement; ils se placent sur le côté antérieur et le côté postérieur en deux rangées , en tout quatre , deux internes , deux externes. Les mouvements sont inverses sur les côtés de deux rayons voisins. Ainsi supposons que, dans une baguette bran- chiale, sur son côté postérieur, le courant soit dirigé de la base d'in- sertion à son sommet libre, celui que présentera le côté antérieur du filament suivant, sera dirigé inversement de l'extrémité libre à la base d'insertion ; il en résultera que les particules paraîtraient marcher sur les bords d'un rayon dans un sens, tandis qu'elles s'avanceront en sens inverse sur le bord de l'autre. Quand les mou- vements ciliaircs sont dans un état convenable, on croirait voirtout autour de la fente les dents d'une roue dentée d'engrenage ; c'est ce que M. deQuatrefages a très bien décrit dans le Taret, et rendu très exactement dans ses dessins. (I) Voyez pi. 2, fig. 1 (br). Sl'R LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 33 On distingue dans ces filaments un milieu qui semble opaque, plus obscur, entouré d'une couche finement granuleuse, qui se continue avec l'enveloppe du corps. L'une forme le tissu mou de la branchie, l'autre en est la charpente ; au milieu se creuse plus tard un vaisseau , qui entre en communication avec l'appareil de la circulation. Feuillet interne réfléchi ou ascendant. Je dois anticiper sur ce qui sera démontré plus tard; je dois dire que la branchie , qui se développe la première , est la branchie interne. Chaque branchie est considérée, on se le rappelle, comme ayant deux feuillets; le second feuillet de la première branchie, de celle dont nous étudions le développement, se forme avant que la branchie externe ait commencé à paraître. Ainsi (loue, l'ordre de succession est celui-ci : 1° Le premier feuille! ou feuillet direct descendant de la branchie interne ; 2° Le deuxième feuille! ou feuillet réfléchi , ascendant , de la même branchie. On verra plus loin quelle conséquence remarquable on peut tirer de cette sorte de retard. Dans le développement que nous allons étudier maintenant, nous trouvons une marche toute différente de celle que nous ve- nons de voir, car te deuxième feuillet s'accroît en sens inverse du premier. Il ne commence à être appréciable que vers le moment où la première lame présente de neuf à onze rayons branchiaux bien développés, sans y comprendre tes bourgeons ou tubercules en voie de formation, toujours au nombre dé trois ou quatre (2 1. Jusque là, on pouvait observer les jeunes .Munies par transpa- rence et sans préparation. Maintenant il n'en est plus de même, et l'on doit avoir rec 's à des dissections, qui deviennent d'une grande difficulté. Elles consistent i séparer avec deux aiguilles, (1) Ijic. cit., Embryogénie du Tarai, (2) Voyez pi. t. Il 4* série. Z''i I \ . i allier n* I.}* 3 34 M. I.ACAZE-DUTHIERS. MÉMOIRE sous la loupe , les deux valves de la coquille, puis à dissoeier les parties molles, respectant autant que possible les branchies déjà formées. Quand on peut arriver à ce résultat , on voit sur le côté interne que les extrémités milices des rayons, qui avaient été d'abord libres , se sont soudées, et ont formé une lame, mais une lame percée de longues boutonnières. Cette soudure des extrémi- tés inférieures des rayons branchiaux produit comme un bourrelet, comme un cordon (1), qui limite en bas la branchie, comme nous avions vu un cordon la terminer en haul vers son insertion au corps. Ce dernier cordon est le résultat de l'accroissement des tètes des rayons qui, en s'étendant latéralement, jettent comme un pont entre elles; c'est ce pont qui, en augmentant à son tour, forme une sorte de repli membraneux (2) ; pour voir cela, il est nécessaire d'une étude attentive. La soudure, on doit le prévoir, ne peut commencer sur les rayons les moins développes ; aussi ce sont les têtes des rayons les plus anciens qui se réunissent les premières , et sur les bran- chies de neuf à dix rayons, on voit très nettement les six ou sept têtes antérieures parfaitement unies, tandis que les trois posté- rieures sont rapprochées sans cire soudées; quoique cependant elles se préparent à la réunion. Sur des exemples , dans ces con- ditions, on voit bien nettement que la lamelle, qui est la consé- quence de la soudure, est d'aulaul plus large, qu'elle esl plus rappro- chée du côté antérieur. J'ai pu voir ces faits sur des branchies qui n'avaient de soudés que les trois ou quatre rayons antérieurs. Les lames s'étendent naturellement dans des sens différents en largeur et en hauteur. Dans le premier sens, l'accroissement est semblable pour les deux lames ; dans le second, il est inverse. L'une, en effet, descend de haut en bas, l'autre s'élève de bas en haut. Le mode d'accroissement des deux lames est donc en partie le même, en partie différent. Je laisse de côté pour un instant le mode, suivant lequel les f entes en boutonnière s'effectuent. Il est le même pour les deux (1) Voyez pi. 2, fig. S (6, b', b). (2) Voyez pi. 2, fig. 5 (c). Sl'U LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. OO feuillets réfléchis, pour les feuillets externe et interne. On n'aura qu'à appliquer au feuillet interne ce qui sera dit dans un instant pour le feuillet externe. Pour le moment , on peut considérer ce feuillet interne comme une lamelle s'élendant de bas en haut, dou- blant pour ainsi dire la première, et s'allongeant d'avant en arrière par la soudure des tètes des nouveaux rayons branchiaux qui se forment. Ainsi se trouve formé le feuillet réfléchi, qu'il serait mieux d'appeler, on le voit, le feuillet interne de la branchie interne; car il n'est pas le résultai d'une flexion, d'une réflexion de la première lamelle , mais bien d'un bourgeonnement de son bord inférieur, c'est-à-dire d'une production nouvelle et sur- ajoutée. Branchie externe. Feuillet moyen direct ou descendant. Pourdéterminer le moment de l'apparition des différentes parties de l'appareil respiratoire , il faut trouver et prendre des points de repaire dans l'appareil lui-même. Ainsi nous avons déjà vu que le deuxième feuillet ne commençait à paraître que lorsque le premier portait près de douze rayons bien développés; la deuxième branchie DO, si l'on veut, le troisième feuillet, en allant de dedans en dehors, ne se montre que bien plus lard, c'est-à-dire quand les deux pre- miers, parfaitement constitués, dnl déjà vingl rayons. A ce mo- uieni, la partie développée de l'appareil a tout à l'ail l'apparence d'une branchie, telle qu'elle se présente dans l'adulte, et le bord libre du feuillet interne, c'est-à-dire le bord supérieur, atteint presque ]<■ botd adhérent du feuillet direct ou moyen interne. Uors les dissections deviennent indispensables , el elles sont bien pus laborieuses encore que lorsqu'il n'y avait qu'une seule lame. On voil sur le bord externe de l'insertion du feuillet moyen interne, ou de la première lame directe de la branchie interne, vers Bon extrémité postérieure, naître une série de tubercules, d'abord â peine sensibles, mais qui bientôt sool séparés par des déprtes- - -. ipii les éloignent, les limitent, et en forment de nouveaux filaments isolés a e ceux de la première lame ait début de son 36 h. i %< A/.i:-i>rrim:its — mémoire développement. On voit leur multiplication avoir lieu sur le bord externe du cordon, résultat de la réunion des bases des filaments de la première rangée. Les nouveaux filaments se développent d'abord (1) à l'extré- mité postérieure de la branchie; ils s'étendent en avant (2) pour regagner l'extrémité antérieure de la première partie de l'appareil. Mais comme celle-ci continue toujours son développement en arrière, la nouvelle lame naissante se trouve bientôt dépassée par la première-, aussi pour la suivre doit-elle s'étendre en arrière, de sorte qu'elle va s' allongeant par ses deux extrémités, en avant et en arrière. Les bourgeons, du reste, prennent naissance, et s'étendent abso- lument comme dans les premiers cas ; les plus anciens se trou- vant au milieu (3) quand ils sont tout à fait transformés en rayons , on s'explique facilement la forme de cette lame bran- chiale (4) qui, large au milieu, est rétrécie en pointe à ses deux extrémités. Ces filaments commencent par être libres ; ils ont une position à peu près parallèle avec ceux de l'autre lame, contre laquelle ils s'appliquent. Leur développement, leur forme, sont sensiblement les mêmes que pour la première lame dont nous avons donné la description en détail. 11 n'y a donc rien à ajouter. Les cils el les autres cboses ont la même disposition. Feuillet externe réfléchi ou ascendant Celui-ci paraît quand le premier a déjà pris un certain développe- ment (5) ; il en est ici encore comme du feuillet réfléchi de la pre- mière branchie ; aussi, quoique je n'aie point compté le nombre de rayons existant au moment où le feuillet qui nous occupe apparaît , je ne serais pas éloigné de penser que c'est quand il y a à peu près un nombre semblable à celui que présente la première lame directe, (1) Voyez Zool., pi. 2, fig. 6 (m"). (2) Voyez Zool., pi. 2, fig. 6 (m'). (3) Voyez Zool., pi. 2, fig. 6 (m). (4) Voyez Zool., pi. 2, fig. 7 (q-m). (5) Voyez Zool., pi. 2, fig. 8. SLK LK DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIKS. 37 que commence à se développer le feuillet [réfléchi. En tout cas, ce développement se passe absolument de la même manière que pour le feuillet réfléchi de la brancbie interne. Les têtes des rayons pren- nent un accroissement considérable, se rapprochent, se soudent en dehors. La soudure semble former un pont (1) entre les têtes voi- sines, et bientôt une lamelle est produite ; celle-ci s'accroît forcé- ment par ses deux extrémités, puisque la brancbie, sur laquelle elle prend naissance, s'étend par les deux bouts; mais comme c'est surtout en arrière que la lame réfléchie a commencé son déve- loppement, les parties les mieux formées sont-elles tout près de l'extrémité postérieure (2). Voilà comment naissent les lames, les feuillets réfléchis indirects ou ascendants. Comment, maintenant, se forment sur eux les fentes bran- chiales? 11 y a ici nu mode de développement tout différent de celui que nous ont offert les lames directes ; celles-ci ont com- mencé par n'être point des laines; elles ne le sont devenues que lorsque, par une soudure de leur extrémité, les rayons ont été fixés dans un même plan. Si l'on veut, les premiers feuillets ont commencé par rire déchiquetés en lanières; la soudure en a formé plus tard une lame: ici, au contraire, la lame commence par être pleine. Comment sera-t-clle divisée en bandelettes? Les têtes des rayons (3) sont toujours comme terminées par trois lobes qui rappellent un trèfle, dont les divisions seraient larges et empalées. Les ponts de soudure s'établissent entre les lobes laté- raux , tandis que les lobes médians font saillie sur le bord libre, en s'eflaçanl de plus en plus sur la face de la lame; il en résulte des ondulations, des dépressions et intervalles , qui correspondent aux espaces placés entre les rayons. Dans ces points, on voit une dépression qui, d'abord ova- (4) Voyez /.oui., pi. 2, fig, 8 [a, b, c). [8] Voyez Zoo/., pi. 2, fig. 8 (6). '3) Voyez cette même figure 8 de celle planche 2. En suivant du sommet à la base, on peut reconnaître tous les intermédiaires ontro los premiers rayons à peine soudés et ceux ou le puni est complot. 38 h. i.At Azr.-nifiiiEns. — mémoire laire et en continuité avec la dépression générale, s'élargit de plus en plus, et prend une transparence qui indique un amincissement de la lamelle; bientôt on distingue un véritable orifice, terminé en pointe aiguë du côté du bord libre ; des cils viennent en garnir le pourtour, et une fente se trouve ainsi formée par érosion sur la branchic externe , dont la lame directe a de dix-huit à vingt rayons (1). On voit tous les passages entre une fente branchiale bien nette et une simple dépression dans la lamelle qui n'est pas formée complètement partout, et qui se prolonge encore en nais- sant par voie de bourgeonnement , ainsi qu'il a été dil. Ou le voit, il y a une grande différence entre ce qui a lieu dans les feuillets réfléchis et les feuilleta directs. 11 ne faut pas croire que la lamelle réfléchie de la seconde branchie ne se l'orme que lorsque la première esl bien développée ; non , elle commence avant que les baguettes ou rayons soient très allongées (2). Il y a, en effet , celle différence entre elle et la première, que dans celle-ci la partie réfléchie ne se développe que beaucoup plus lard lorsqu'un grand allongement des rayons s'est déjà produit, tandis qu'ici le nombre des rayons est déjà considé- rable; et leur longueur cependant très médiocre quand déjà leur tête se soude. Si nous résumons ce que nous venons de voir, nous trouvons les quatre feuillets se succédant dans l'ordre suivant : Feuillet moyen interne, ou feuille! direct de la branchic interne; feuillet réfléchi interne de la première branchie ; apparition du deuxième feuillet moyen externe ou feuillel direct de la seconde branchie ; enfin quatrième feuillet, ou feuillet réfléchi externe. En d'autres termes, d'abord la branchie interne, feuillet direct, puis feuillet réfléchi ; ensuite la branchie externe , feuillel direct , feuillet réfléchi. Voilà l'ordre d'apparition des feuillets. Quant à la direction et au mode d'accroissement , on a vu que toujours les deux feuillets (1) Voyez Zool., t. IV, pi. 7, 6g. 8 (a, 6, c, c'). (2) Voyez Zool., t. IV, pi. 7 (m, g). SLR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 39 moyens ou directs commençaient l'interne en avant , l'externe en arrière; ce qui conduit à l'extension de l'un d'avant en arrière, tandis que pour l'autre elle est d'arrière en avant. Toutefois ce mode d'accroissement pour ce dernier est limité aux premiers mo- ments de l 'apparition; caria première lame continuant à s'accroître d'avant en arrière, et celle-ci la suivant dans son développement, il en résulte qu'elle doit aussi s'étendre d'avant en arrière. Les feuillets réfléchis naissent toujours dans le point le plus développé de la lame à laquelle ils appartiennent. Il devait en être forcément ainsi. On voit même d'après cela quelle doit être la marche de leur accroissement, puisque l'une a commencé en avant, l'autre en arrière; ce doit être en avant et en arrière que commencent les feuillets réfléchis internes et externes. Mais tandis que le premier va toujours en s'accroissant d'avant en arrière, le second s'étend de deux manières, d'avant en arrière et d'arrière en avant ; ce qui entraine un développement analogue dans les feuillets réfléchis. Il suffit, je pense, d'opposer ces résultats à ceux que .M. Lôven a fait connaître, pourvoir que le savant malacnlngisle du Nord n'a pas suivi complètement la formation des organes de la respiration ; que l'opinion hypothétique qu'il émet avec doute, il est vrai, ne s'accorde pas entièrement avec ce qui vient d'être indiqué ici. Il dit, en effet : « On ne peut plus clouter que ces grands organes » ne soient des branchies, quoique je n'aie jamais pu me convaincre » qu'il y en ait deux de chaque enté ; c;ir je n'ai jamais distingué » qu'un Beul pli. » Kl plus loin : « On doit remarquer qu'il existe » des Mollusques qui n'ont qu'un feuillet de chaque côté , qui se » gépare en deux, peut-être longtemps après (1). » On est, en effet, porté' à croire à un dédoublement, à une division du feuillet bran- chial ; mais quand un ;i suivi le développement , il n'y a plus de doute possible. Il reste enfin à examiner si I on doit considérer comme des branchies les deux lignes ciliées, parallèles aux bords de la coquille, que l'un trouve indiquée» dans un Mémoire inséré dans (1) Académie de Stockholm, 1 848. Citation précédente. /|ll H. I K t/,l-nt IllliKS. — MÉMOIRE les Actes de la Société de biologie, et qui sont regardés par l'auteur comme les branchies des jeunes Huîtres. Sans doute , je n'ai pas la prétention de dire que , dans tout le groupedes Acéphales lamellibranches, les branchies se développent comme dans la Moule. Je me hâte moins dans mes généralisations ; mais quand je considère ce qui a été vu par M. Lôven sur un grand nombre d'espèces, sur le Taret par M. de Quatrefages, par moi-même sur les Huîtres, les Moules, les Cyclas , etc., je dois l'avouer, j'ai peine à croire que la nature développe les branchies en partant de choses complètement différentes ; et pendant que les savants que je viens de nommer, si habitués aux recherches d'em- bryogénie et d'anatomie comparées, trouvent une disposition con- stante, alors même qu'ils ne peuvent encore reconnaître l'organe qui se développe, il me paraît impossible d'abandonner ma manière de voir, qui est en tout conforme avec ce qui a été vu, pour embrasser une opinion nouvelle , présentée par un homme dont les travaux ne semblent pas indiquer une grande habitude de l'ana- tomie comparée, surtout de celle des animaux intérieurs. .« Voir venir les choses, a dit Turpin, est le meilleur moyen de » les connaître. » Cela sera vrai, à la condition de les suivre jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun doute sur leur nature. Or, je le demande, dans les deux lignes ciliées, qui sont l'une parallèle au bord du manteau, l'autre voisine delà charnière, comment voir les rudiments des branchies? M. Davaine a pris tout simplement les cils vibratiles du bord du manteau pour l'une des branchies, et peut-être ceux de l'estomac pour l'autre. Je sais bien qu'on me dira que les branchies de l'Huitre sont autrement construites que celles de la Moule ; cela est vrai , mais l'origine de l'organe de la respiration est si éloignée , dans le Mémoire que je cite, de ce qui a été vu par MM. Loven, de Quatrefages et moi-même, qu'il me parait impossible de ne pas trouver cela une grossière erreur. D'ailleurs en embryogénie il ne suffit pas de dire : Ceci est tel organe qui commence ! Une assertion semblable n'a de valeur et ne devient positive que lorsqu'on l'a démontrée en suivant le déve- loppement ultérieur. Or ce n'est pas ce qui a été fait; dans ce même SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 41 travail, les organes de la circulation sont aussi décrits, le nombre des pulsations du cœur est même compté , et il suffit de voir les dessins qui l'accompagnent, de les comparer à ceux publiés non par moi, mais par M. Lôven, pour reconnaître la valeur dépa- reilles recherches, et pour voir que c'est à peine si elles méritent d'être prises au sérieux. On a vu que, dans l'adulte, les filaments des branchies restaient rapprochés par l'enchevêtrement , l'intrication des cils vibrantes disposés en houppes, et mus de mouvements ondulatoires, qui ne prenaient aucune part à la formation des courants. Ce mode d'union s'est présenté dans l'étude du développement. J'ai vu, en effet, paraître de loin en loin sur les jeunes branchies des tubercules, dont la transformation m'a montré ce que j'ai décrit en commen- çant, lisse sont couverts d'un duvet d'une finesse extrême; les cils se sont peu à peu allongés, et agités de mouvements ondu- latoires. Kn face de chaque tubercule , il s'en développe un autre sur le rayon voisin, et les deux tubercules, par le progrès du développe- ment, s'approcbanl de plus en plus, finissent par produire l'effet dont il est question, par mêler les cils qui les couvrent. Un examen rapide ferait croire à des travées tendues entre les l'ayons ; mais, avec un grossissement suffisant, on ne larde pas à s'apercevoir que le mode d'union est bien tel que je viens de l'in- diquer. Faut-il voir ici dans ces tubercules le commencement de ces bandes transversales, qui , dans l'Huître et dans l'Anodonte , la Pholade, la Lulraire, etc., transforment les lames branchiales en un réseau à mailles quadrilatères? s'il en était ainsi, la nature s'arrêterait en roule , et au lieu d'un filament transversal plein , il n'y aurait que les tubercules ciliés formant une union qui peut être interrompue momentanément, cl se rétablir ensuite. Il faut ajouter que dans la branebic îles .Moules on Iroiive cepen- dant de loin en loin de véritables baguettes transversales assez longues qui unissent les rayons, et consolident ainsi les lames, dont les éléments sont si facilement dissociables. 42 H. LACAZE-DI IIHI US MÉMOIRE Quant aux cils vibraliles, ils sont de plusieurs sortes sur la bran- chie arrivée à son entier développement. Sur chaque rayon, ils forment quatre séries régulières, linéaires, placées deux en dedans, deux en dehors, sur les côtés antérieur et postérieur. Si l'on se représentait ces rayons comme étant prismatiques, deux des faces étant dirigées, l'une en avant et l'autre en arrière, les rangées des cils occuperaient exactement les arêtes; ce sont là les cils de la respiration, et qui agitent et renouvellent l'eau à la surface de l'organe. Mais il en est d'une autre espèce et plus rares, placées de loin en loin, isolément, plus longs, dont les mouvements sont moins rapides et moins, réguliers , et qui semblent destinés à balayer la surface des branchies, à la débarrasser des petits corpuscules qui reste- raient mêlés aux rayons, bien plutôt qu'ils ne paraissent destinés à agiter l'eau. Plus tard enfin, une nouvelle rangée de cils très fins vient se placer à côté des quatre premières et en dedans d'elles, non pas par rapport à l'axe de l'animal, mais par rapport à l'axe même du rayon. Ceux-ci ne paraissent pas prendre un accroissement consi- dérable ; ils restent sous forme d'un fin duvet. La structure, de l'organe mériterait une étude attentive. En partant de celle que présente l'adulte, j'en indiquerai les traits principaux. On trouve au centre des rayons un tube résistant qui forme comme une charpente, plus solide, plus forte, qui semble corres- pondre aux vaisseaux. Quand on fait les préparations nécessaires pour l'étude, la partie qui entoure cette charpente est .enlevée sur un grand nombre de points, car elle est cellulaire, et facile à déchirer. On a souvent le tube central isolé entouré encore dans quelques points par le tissu dont je parle, qui porte les cellules épithéliales à cils vibraliles. Mais je dois signaler ici une lacune. A quel moment se for- ment les vaisseaux de la branchie ? C'est là une chose que je ne pourrais dire. Jamais je n'ai vu de mouvement dans les jeunes branchies, même dans celles qui avaient déjà quatre feuillets. L'apparition tardive du cœur expliquerait peut-être cela-, cepen- SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. A3 danl, il faut le dire, pour prendre une détermination, on doit être plein de réserve , car les préparations sont d'une telle délicatesse que l'on pourrait bien facilement faire erreur. M. Loven lui- même se borne à quelques mots, dans lesquels il déclare n'avoir jamais été assez heureux pour voir naître le cœur. Ce qu'on peut affirmer , c'est que l'organe de la respiration existe déjà avant le cœur, et que l'un précède l'autre. Je parle toujours dé la Moule. Si, dans l'Huître, les cboses se passent comme dans la Moule, on ne comprend pas comment M. Davaine a pu étudier le cœur ; il est évident qu'il n'a pas vu les branchies ; et dès lors il semble difficile que le prétendu cœur , dont il a cependant compté avec soin les pulsations, puisqu'il en fixe le nombre par minute, soit bien le véritable organe central de la circulation. 11 est probable qu'un bouquet de poils vibratiles a été pris pour le cœur sur quel- que animal rentré dans sa petite coquille. CONCLUSION. Je crois, ainsi que je l'annonçai, avoir pris un organe à son origine , en avoir suivi toutes les modifications , et être arrivé à la forme qu'il a dans I animal parfait ; c'est donc plus que de l'em- bryogénie générale, c'est l'embryogénie particulière d'un organe que je me proposa» de faire. Me serais-je trompé en croyant avoir atteint I.- but? Mais je n'ai l'ail , je n'ai pu faire l'étude du développement des branchies que d'un seul animal ; je n'ai donc point de comparaison a établir, puisque les éléments manqueraient pour cela. Cependant il y a des rapprochement» qui ne peuvent êtrepassés sous silence, et il me semble même que, sans trop se hasarder, on peut cher- cher a h faire, àpriori, une idée générale de quelques dispositions principales de l'organe respiratoire dans les Acéphales lamelli- branches, sauf à les confirmer ou les abandonner ensuite à puste- riori. Les branchies présentent des différences qui tiennent à la sou- tlk ■•• ( A« A/I-IH J Sïll ItS — MÉMOIRE dure des laines réfléchies , et au plus ou moins grand développe- ment de l'une des deux. Ainsi, dans les Huîtres, les Anodontes, les Pholades, les Lu- traires, et lousles Acéphales (1) qui vivent plus ou moins ensablés ou entérinés, on trouve que les feuillets réfléchis externes sont soudés avec le manteau par les bords que nous avons vu être libres dans la Moule ; que les feuillets rétléchis internes sont soudés entre eux parleur bord supérieur; de telle sorte qu'en ouvrant ces animaux, les branchies apparaissent comme une lame plusieurs fois ployée sur elle-même. Mais en y regardant de près, en cherchant surtout à disséquer , on ne tarde pas à trouver les traces des soudures. C'est ainsi que dans les Cardium, les bords des feuillets réfléchis internes Font soudés en partie entre eux, en partie avec la masse viscérale. Les plus légères tractions détruisent ces soudures; ainsi que dans beaucoup d'autres exemples, lesMactres, les Vénus, etc., où une disposition tout à fait analogue se présente. Il était nécessaire pour ces animaux que l'eau, entrant par un des tubes, dût forcément traverser le grillage branchial pour sortir par l'autre ; ainsi se trouvait assuré l'accomplissement de l'acte de la respiration. En trouvant dans cette disposition, si différente en apparence, une même chose, on peut croire à un développement semblable à celui qui vient d'être indiqué. Les soudures ne fourniraient point des raisons suffisantes pour écarter une telle opinion ; car la faci- lité avec laquelle on détache les bords internes et externes des branchies de l'Anomie, de la Bucarde, etc., prouverait assez que ces soudures, au moins dans ce cas, ne se sont effectuées qu'après ce développement. Qu'on essaie, au contraire, d'enlever les lames directes, et l'on verra quelle différence il y a dans la manière dont s'accomplit la séparation dans les deux cas. Mais il faut convenir que dans l'Huître, les Anodontes, les Unio, etc., il y a une soudure bien autrement solide et résistante. (I) Je renvoie pour la détermination des espèces, dont je donne seulement les noms français, à un travail que j'ai publié sur les Acéphales lamellibranches, et où j'ai soigneusement indiqué la spécification. (Ann des se. nat., t. II, 4 e série, p. 15"..) SUR LE DÉVELOPPEMENT DES BRANCHIES. 45 Cependant je crois qu'ici encore les soudures doivent s'effectuer secondairement, et, sans pouvoir affirmer que le développement suive une marche identiquement la même, je ne puis m 'empêcher d'admettre qu'il se fait d'après un plan général, à peu près le même aux détails près. Il y a évidemment bien des particularités qui doivent encore être étudiées, et qui nous feront connaître com- ment se forment tous ces filaments transverses , qui transfor- ment la branchie en un véritable grillage à mailles quadrilatères; mais ces détails ne suffisent pas pour faire supposer un plan com- plètement différent. Si donc on admet une même marche dans le développement des branchies, on s'expliquera très nettement et très simplement quel- ques variétés de forme et de disposition de l'organe de la respiration. Ainsi, dans quelques cas, on ne trouve qu'une seule branchie de chaque côté ; dans d'autres, on en trouve bien deux, mais l'une d'elles est très petite, relativement à l'autre qui est très développée. Comment expliquer cette absence de l'une, celte inégalité de l'autre? On a vu que la seconde branchie ne paraissait que lorsque la première était déjà développée , et que son feuillet réfléchi atteignait presque le point de départ de la lame directe. Si donc le développement s'arrête en chemin , la seconde bran- chie aura une moins grande largeur que la première, puisqu'elle est arrivée |ilus lard. On se rappelle aussi que cette même seconde branchie doit s'ac- croître d'arrière en avant, puisqu'elle commence a l'extrémité posté- rieure de la première; dune, si le développement s'arrête, celle-ci devra être plus courte, moins longue que la première. La même raison peut expliquer comment la hauteur esi moindre. A un certain moment 1 ,1a branchie de la Moule doit donc repré- senter la disposition des Mollusques auxquels je fais allusion. Dans beaucoup de Cardium, on sait combien est courte la deuxième branchie ou branchie externe, de même dans la Cardita sulcaia, (1) Voy Zoot., pi. 2, fifr. 7. Cette figure peut ilonner unu idiV ilu la i ompereifon < r ie je veux établir; mets il liant dire e\e. appartenant i chaque espèce. Les travaux monogra- (I) L'Iiialoirc des Fournil il" LatniUe |»rul deux ans (1802) avant la publi- cation du Synlema l'icictorum (1804). 52 W. RTÏLANDER. — SYNOPSIS phiques de Foerster, Smith, Schenck, Curtis, Mayr, se succédant rapidement , prouvent assez que la famille des Formicides est devenue, en Allemagne et en Angleterre, l'objet de recherches sérieuses et approfondies. Parmi les différentes publications de ces auteurs, le dernier ouvrage de M. le docteur Mayr, Formicina austriaca (1), se distingue surtout par le nombre de nouveaux faits qu'il renferme et par une critique soignée et consciencieuse. La Scandinavie, l'Allemagne, l'Angleterre, possédant ainsi déjà leurs faunes formicines , celle de la France restait un desi- deratum. Les excellentes indications de Lalreille sur les Fourmis de France qui lui étaient connues ne peuvent plus, dans l'état actuel de la science , satisfaire l'entomologiste qui veut exactement déter- miner ses espèces ; celles-ci, notablement augmentées en nombre, ayant besoin, pour être suffisamment délimitées, de caractères distinctifs bien autrement minutieux et précis qu'on ne le soupçon- nait aux temps du vénérable Latreille. Quoi qu'il en soit, son histoire des Fourmis offre encore une exposition admirable de la plupart des espèces connues de la France. Quelques autres se trouvent mentionnées dans des publications plus récentes ; d'autres espèces encore ont été observées par nous-même, soit à Paris, soit pen- dant un voyage dans le midi de la France et aux Pyrénées. L'étude des riches collections de M. le docteur Siebel et de M. Léon Fairmaire nous a, en outre, donné l'occasion de voir un bon nombre de ces insectes de tous les points de la France, et celle de M. Roussel nous a fait connaître les Formicides qu'il a rappor- tées de l'Algérie. Dans ce travail , ne nous occupant principalement que de la partie descriptive de la science, nous renvoyons pour l'histoire des mœurs si curieuses des Fourmis aux ouvrages de Hubcr, Latreille, Lepeletier et Mayr, et à notre monographie. Nous avons essayé de rendre les définitions des espèces aussi simples et concises qu'il (1) Je demande bien pardon à M. Mayr de cette observation , mais il semble qu'on ne peut guère traduire le mot Formicide par Formicinum , et qu'on doit dire en latin ou Formiciia ou Formicinea. Formicinum est décidément trop neutre. DES K0RMIC1DES DE FRANCE ET D'ALGÉRIE. 53 nous a été possible, et nous croyons qu'à mesure que la science avance réellement dans une partie, il y est moins besoin de longues descriptions , et qu'au contraire celles-ci doivent se résumer par des formules de plus en plus simplifiées. Fam. forum ii» i:. Différant Formicidœ ab aliis Hymenopteris : antennis fractis, structura petioli abdominis et vita sociali. In très (cum cel. Mayr) tribus dividi potest, si placet, hsec familia : 1. Tribus Formicinece vcl Formicidœ sensu strictiori. Petio- lus abdoininalis uni-articulatus ; abdomen inter segmenta 1 et 2 non constrictum. Gênera Formica, Polyergus , Odontomachus (ex. c. O. chelifer Lep.). 2. Tribus Ponerineœ. Petiolus uni-articulatus; abdomen longius, inter segmenta 1 et 2 saltem obsolète constrictum. Gênera Portera, Typhlopona. 3. Tribus Myrmicineœ. Petiolus bi-articulatus, binodis. Gênera Myrmica, Strongylognalhus , Eciton (ex., c. E. gulosum), OEcodoma, Daceton (Orectognathus Sm.), Cryptocerus, etc. I. FORMICA (L.), Latr., Zett., Los., Nyl., Fœrst., Sm. Petiolus xquamam b. e. lobum transversum gerit plus minus compressum. Mandibulae .saltem in operaria et femina plus minus lataj, pluri-dcntatte. Palpi maxillares 6-, labiales lï-articulati. Acu- leu8 nnlliis. — Pupœ folliculo scu sacco papyraceo laxo (cocon) circumtextœ. Si iiiuvisio 1. — Opcrariu feminaque in hoc génère sœpe magnilu- diiii'i muximœ , cajiile illius magnitudine variante. Operaria ocellis nullis(rrt vix ullit), thoracis lateribus valde compressis, dorso œquali. Alœ magnœ area discoidali nulla (fig. I). Mas genilalibus salis par- vis. — S|)(:c. 1-10. A. Mandibulœ 7-dentatœ. Clgpeus rarinatus, infra angulo utrin- 54 w. m'i,«\di:r, — synopsis que emarginato, medio lobum latum descendentem exhibens (fig. 16). — Spec. 1-fi. i. Formica marginata Latr. Fourm. p. 103 ; Los. Piem.]>. 313; Mayr Austr. p. 42. Operaria : nigra parum nitidiuscula raandibulis, flagellis pedibusque rubido-rul'escentibus (vel fusco-nigra mandibulis, flagellis tborace infra cnm coxis, trochaiiteribus, femoribus, saltem ad partem, basique abdo- minis, vel adbuc capite poslice et infra obscure rubido-rufescentibus) ; caput subtiliter coriaceum, clypeus margine antico (inlero) obtuse angu- latim emargiiiatus. — Long. 7-14 millim. Femina: nigra nitiila, mandibulis, flagellis et pedibus (interdum adbuc lliorace et basi abdominis ) rufescentibus ; abdomen poliluni. Long. 11-14 millim.; ala ant. 10-13 millim. hyalina vel leviter lutescens, nervis (costis) et stigmate fuscis. M as : niger nitidus, flagellis antennarum, articulationibus pedum tar- sisque obscure rufescentibus, squama bumilis (latior quamalta) supra late emarginala; scapus tibi;eqne absque omni fere pilositate ; clypeus non carinatus, decetero ut in operaria. — Long. 7-9 millim. Habitat in Gallia meridionali passim ; nidilîcans sub lapidibus. Etiam in Algeria, ubi magnitudinem Formicœ lignipcrdœ attingit eique colore saepe similis evadit, exceptis flagellis pallidis. Vix specie diversa. Semblable au suivant, dont il ne diffère guère que par la coloration roussâtre des patti'S. La variété de l'Algérie constitue , à mon avis , le F. Ihoracica Fabr. Pkz., p. 397 [F. ligniperda Luc. Alger. 11, p. 302). 2. Formica .ethiops Latr. Fourm. p. 101; Los. Piem. p. 312; Lep. Hymen. I, p. 212; Mayr. Austr. p. 41; F. nigrala Nyl. Addit. aller, p. 35. . Operaria : nigra nitidiuscula parce pilosa, mandibulis, articulationibus pedum tarsisque obscure rufescentibus, tibiis interdum quoque piceisœque ac antennis; abdomen nitidum. — Long. 6-9 millim. Femina : nigra nitida articulationibus pedum et tarsis rufo-piceis; squama subquadrata. — Long. 8-9 millim.; ala ant. 9 millim. albo- byalina nervis et stigmate (Ulule flavo-fuseescentibus. Mas : totus niger, angustus, subnitidus ; pedes pilosi ; squama parva humilis superne concaviuscula. — Long. 6 millim.; ala ant. asqui- longa. In Gallia meridionali rarius. Nidulans ut prœcedens. DES F0RMIC1DES DE FRANCE ET D'ALGÉRIE. 55 3. Formica opaca Duf. mscrpt.; Savign. Ail. Mgypt. X, 20, f. 7. Operaria : nigra opaca creberrime coriaceo-punctata , metathorace postice, petiolo, segmentis abdominis 1-2 (vel 1-3) et femoribus plus mi- nus rufescenlibus (qui color in basi abdominis, a tergo situ certo visus, ali- quid ignei offert) ; setuke adpressœ albidœ crebre adspersae, praeter pilos flavidos erectos solilos abdominis ; lobus descendens clypei late paruin emarginatus ; squama oblonga. — Long. 9-14 millim. Habitat in Gallia nieridionali et in Algeria. Fie. 16. Clypeus operariœ. | â. Formica micans, n. sp. Operaria : nigra opaca pilis adpressis argenteis, in abdomine praéci- pue confertis, obsita, pneler pilos longiores erectos parce sparsos tenues, maiidibulis tarsisque obscure rufis; clypeus lobo descendente truncata ; squama mediocris superne convexa. (Long, speciminis unici bucusque visi 8 millim., sed forsan est individuum minus.) Algeria (collectio cet. L. Fairmaire). Le Formica sericea Fabr., Latr. Fourni., p, I 17, du Sénégal, diffère par des antennes d'un brun rougeâtre et le métathorax presque taillé cubiquement. Dans le F. micans le métathorax est conformé comme dans le F. marginata. B. Mandibulœ b-dentatœ, clypeus (fig. 17) non vel obsolète carina- tus, infra non descendens , nec utrinque emarginatus. — Spec. 5-9. 5. Formica ligniperda Latr. Fourni, p. 88, t. 1, f. 1; Lepel. Uyrnén. p. 209, t. 2, f. 1, 2; Nyl. Form. bor. p. 898, et Addi- tam. p. 1045; Foerst. Uym. Stud. p. 11; Schenck. NassAmeis. p. 20; Mayr. Austr. p. 32. Operaria : nigra nilida, thorace, pedibus, petiolo basique (saepissime) abdominis nitidiuscnli truncata rufo-rubida, tibiis tarsisque paullo obscu- rioribus ; squama ovata supra obtusa. — Long. 7-14 millim. Fcmina : nigra nilida, thorace rubido supra plus minus nigrescente , pedibus, petiolo et dimidio antico segmenti primi abdominis quoque plus minus rubidis, tibiis tarsisque ohsruriorihiis ; squama ovata apice leviter obtuse vel obsolète emargiuata ; abdomen nilidum. — Long. 10-18 mil- lim.; ala ant. 17 millim. luteo-lirunnescens 1ère tola. Mas : iitcr siibnitidiis, apicibus maiidiliulanim, llagellis antennarum -alleiii versus eorum apices , articiilatioiiilms pedum auguste tarsisque 56 W. Ml.l\lli;it. SYNOPSIS pallescentibus , metatarsis paullo obscurioribus ; squama oblonga obtuse leviter emarginata. — Long. 10-12 millim., ala ant. 10-11 millini. lutescens. In Gallia tota, exceptis forte regionibus alpinis , frequens. Nidificat in truncis putreseentibus, etiam in terra. Examinât fine mensis junii et julii. Fig. 1 . Ala antica feminœ. — Fig. 17. Clypeus operaria;. 6. Formica herculeana Linn. Fn. Suec. 1720, 9; Zett. Ins. Lapp. p. 44,8, Ç; Nyl. Form. bor. p. 894, el Aildil. p. 1044; Foerst. Ilym. Stud. p. 9; Mayr. Auslr. p. 36; F. rufa Linn. Fn. Suec. 1721, $~; Zett., I. c, ead.; F. intermedia Zett., /. c, $~; F . alra Zett., I. c, p. 450, Û; Mayr. Auslr. p. 75; Formica capsincola Scliill. Srhlrs. p. 54; /•' . picea Nyl. Form. bor. p. 917, Addil. p. 1059; Foerst. Ilym. Stud. p. 30. Operaria : nigra vel piceo-nigra nitida, mandibulis, antennis, articu- lationibus pedum et tarais rufescentibus, femoribus tibiisque piceis, abdo- men sparse pilosum squama sursum latior, superne Iruncata vel leviter emarginata. — Long. 5-7 millim. Femina : nigra nitida, mandibulis, antennis pedibusque piceis; area Frontalis nitida, squama, ut in operaria, intégra vel leviter emarginata; l* série. '/■••'" T v. [Cahier n" 2.) ' '■> 66 W- RTOri-ANIIEH. S\^OPSIS abdomen pilosumnitidissimum. — Long. 9-10 millim., alaant. fereaequi- longa leviter fuscescens. Mas : niger, mandibulis apice, genitalibus, pedibus, sœpe adbuc scapis rufo-pallescenlibus; mandibulte 1-2 dental».— - Long, fere 10 millim. In Gallia rarius. Feminse maresque mensibus julio et augusto. Nidificat verisimiliter ut praecedens. Il est plus noir, plus luisant que le précédent, et à petits poils roides hérissés, plus nombreux, surtout sur l'abdomen. 22. Formica nasuta, n. sp. Opcraria : nigra gracilis nitidiuscula, nuda (pili modo pauci in clypeo antice), mandibulis, geniculis et tarsis pallidis ; faciès producta anticevisa subreclangularis; clypeus obsolète carinatus; ocelli niinutissimi; antennae pedesque graciles; dorsum tboracis subsequale; squama oblonga intégra. — Long. 3-3,5 millim. Ad rupes calcareas prope Beaucaire Galliae meridionalis. Fourmi petite et élégante, facilement reconnaissable à la singulière conforma- tion de la tête, présentant une face allongée et rectangulaire, aussi large prèsdela bouche qu'au sommet. Les palpes sont obscurs, et 1 impression du corselet, der- rière l'écusson, est peu marquée. B. Stirps F or mica nigrœ. Species minores vel parvœ. Color varius. Area (rontalis obsolela. Alœ maris feminœquecorpore longiores. Mares sœpius parci comparala magnitudine feminarum. — Sp. 23-30. 23. Formica fuliginosa Latr. Fourm. p. 140; Los. Piem. p. 315; Lepel. Ugm. I, p. 200; Scbill. Schhs. p. 55; Nyl. Form. bor. p. 915; Foerst. Hgm. Stud. I, p. 28 ; Schenck Nass. Ameis. p. Z|5; Smith. Brit. Form. p. 105; Mayr. Austr. p. 79. Opcraria : nigra nitidissima , mandibulis flagellisque rufescentibus , tarsis rufis ; caput subcordatum (occipile late emarginato), thorace latius, magnitudine saltem abdominis ; squama parva subovata, marginibus late- ralibus parallelis, supero subtiliter setuloso. — Long. 4-5 millim. Femina : nigra nitidissima sparse pilosula, mandibulis, antennis pedi- busque rufescentibus, tarsis rufis; caput subcordatum; squama parva sub- ovata. — Long. 6 millim.; ala ant. S millim. albescenti-byalina a basi ad médium fuscescens, nervis et stigmate obscuris. M as : Niger nitidus, Dagellis, articulationibus pedum et tarsis obscure pallescentibus ; occiput concaviusculum ; squama parva subquadrata, non- DES F0RM1C1DES DE FRANCE ET D'ALGÉRIE. 67 nihil rotundata. — Long. 4-5 millim. ; ala ant. 5,5 millim., de cetero ut in ferninae, sed plerumque dilulior. Habitat in truncis velnstis putrescentibus, in coloniis maximis. Spirat odorem aromalicum gravera, oleosi aliquid habenlem (comparandum cum odoreMyrmicœscutellaris). Examinât inGallia versus finem mensisjunii. La couleur d'un noir brillant, la grosse tête échancrée en arrière, et les tarses d'un roux pale , constituent les principaux caractères distinctifs de cette espèce. C'est un des types les plus distincts parmi les espèces européennes, et qu'on ne pourrait confondre avec aucun autre. 24. Formica nigra Linn. Fn. Suec. 1723; Latr. Fourni, p. 136; Los. Piem. p. 317; Lepel. Hymen. I, p. 206; Nyl. Form. bor. p. 920; Schenck Xass. Ameis. p. 49; Sm. Brit. Form. p. 109; Hayr Auslr. p. 83 ; Formica fusca Foerst. Hym. Slud. p. 33 ; Lasius niger Fabr. Pies. p. Al 5, cf ■ Operaria : fusco-nigricans vel obscure fusca nitida, sparse pilosa , mandibulis et scapis rufescentibus , flagellis et pedibus obscure pallescen- tibus , tarsis testaceo-pallidis ; scapi et tibise pilis sparsis ; squaraa sub- reclangularis parum emarginata vel intégra. — Long. 3-4 millim. Femina : fusco-nigricans nitida , cinereo-micans, mandibulis antennis (vel solum scbpis), articnlationibus pedum obscure palleotium tarsisque pallide rufescentibus; caput tborace angustius; scapi et tibiœ pilis spar- sis; squama subrectangularis, supra medio l'ère angulatim late emarginata. — Long. 8-10 millim.; ala ant. 10-12 millim. albo-hyalina nervis et stigmate dilulis, nervo scapulari obscuriore. Mus : niger vel fusco-niger nitidus, antennis, pedibus et tarsis obscure pallescentibus ; linea frontalis distincte impressa; scapi et tibi;e pilis sparsis obsili ; squama parva supra parum concaviuscula. — Long. 4-5 mil- lim. ; ala ant. 4,5-5,5 millim., area discoidalis aut parva subquadrata vel nulla. Est gpecies maxime vulgaris Galliae, in terra, sub lapidibus, in arenn, in truru i-, putrescentibus nidulans. Marcs femînœque mense auguslo occur- runt. Ab Jtalia in Lapponiam piocedit; verisimiliter in Algeria non deset. ressemblant au suivant , dont il ne diffère guère que par les quelques poils lin- SI dressé*, 6 ; Sclienck Nasa. Ameis. p. 77 ; Smith Bill. Form. p. 116 ; Mayr Auslr. p. 135 ; Myrmica vagans Fabr., Curt. Myrm. p. 213 (1); Operaria : simillima procèdent! , sed sœpe pauxillum major, rudius fere mgosa, melanoto Bnte spinas validioscalas longas longitudinalHer rugoso et nodis longitrorsum confuse (sed non profonde) rugosis. — Long. A, 5- 5,5 millim. Femina : similis feminœ prœcedenlis, sed spinis metathoracis fere duplo longiuribiis, nodis rugosioribus. — Long. 6,5-7 millim. Mas : ûmillinnU mari pnccedenlis, sœpe paullo major, robustior, capite distinclius majore, tibiis nudioribus, stigmate alanim plerumquB f'usciore. — Long. 5,5-0 millim. (scapus antennarum 1,25 millim.). M) Dans la collection de Kabricius , a Kiel . il ne reste que des fragments du .1/. vagani Ent. nytt. 2, p. 358), ci qui m'ont paru réellement appartenu â l'ouvrière de mon M. niQinodiij mais il est plus (pie douteux que labiicius ait Comprit s'ils le premier nom une espèce bien défi J'ai vu dans sa collec- tion la femelle do M i ugfnodiê sous le nom de U. ruina , le mâle sous celui de M. cœipilum I esl .dmser, ce me semble, des principes de la nomenclature que de vouloir attribuer une signification déterminée à des dénominations tout à fait vagues et incertaines. 80 w. \iri\niii — synopsis Habitat iisdem locis ac praecedens , sed adhuc copiosior. Mares femi- nœque mensibus auguslo et septembri. à. Myrmica rugui.osa Nyl. Addit. aller. Form. bor. p. 32; Mayr Àustr. p. 133 ; M . clandeslina Fœrst. Hym. Slud. p. 63 ; Schenck Nass. Ameis. p. 84. Operaria : similis preecedenti, sed minor, magis opaca, pallidior, area frontali indistincta. — Long. 3,5-4,5 millim. Femina : similiter distincta a i'emina prœcedentis", area frontalis incon- spicua, nodi minus rugosi ; spinœ metathoracis fere aeque longœ ac in opera- ria. — Long. 5,5-6 millim.; ala ant. 5 millim., a basi ad médium levissime lutescens. Mas simillimus mari M . scabrinodis, pilis modo tibiarum brevioribus magisque decumbentibus ; mandibules sub-5-dentatse ; scapus longitudine articulorum 3 primorum flagelli. — Long. 4,5-5 millim. In Gallia parcius. Nidificans ut précédentes. Les caractères différentiels donnés dans la diagnose suffisent pour distinguer celte espèce de la précédente. Le M. sulcinodis est plus grand , d'un roux plus foncé, et plus rudement strié. 5. Myrmica sulcinodis Nyl. Form. bor. p. 93â ; Smith Brit. Form. p. 119; Mayr Austr. p. 136; M. perelegans Curt. Myrm. p. 214. Operaria : rufa vel rufo-rubida lenuiter pilosa , capite supra et abdo- mine infuscatis vel fuscescentibus ; capul thorax et petiolus striis profundis longitudinaliter exarata ; area frontalis striis percurrentibus ; scapus ad basin subgeniculatim curvatus ; spinœ metanoti longae. — Long. 5,5 millim. Femina : sordide rufo-rubida capite supra et abdomine fusco-nigre- scentibus, pedibus rulis , sculptura et spinis operaria?. — Long, l'ère 6,5 millim. Mas (ex Mayr) : « nigro-fuscus, mandibulœ (5-dentatœ), antennse, abdo- minis apex ac pedes pallescentes ; antennarum scapus dimidio funiculi ; area frontalis longitudinaliter striata ; metanotum dentibus obtusissimis. — Long. 5,5-6 millim. » Licet nondum in Gallia détecta, hanc speciem bonam hic omittere nolui, quia verisimililer in subalpinis montium, Pyrenaîorum vel Vogesorum, non desideratur. In Scandinavia, Austria, Helvetia et Scotia jam observata fuit. Etiam in Sibiria et in China boreali adest. Sub lapidibus habitat, ut praî- cedenles. DES FORMICIDES DE FRANCE ET d'aLGKRIE. 81 Cette espèce se distingue du ,1/. ruginodis par sa couleur plus foncée . sa rugosité plus forte, présentant sur la tête, le corselet et les nœuds pétio- laires des sillons profonds. L'aréole frontale est aussi parcourue par quelques stries : elle se distingue des deux suivantes par son scape simplement courbé à la base. Le mâle, que j'ai vu au musée de l'Académie de Stockholm, est plus rugueux que celui du M. lœoinodis, et présente une courbure plus prononcée à la base du scape. 6. Myrmica scabrinodis Nyl. Form. bor. p. 930; Fœrst. Hym. Stud. p. 67; Schenck Nass. Ameis. p. 78; Smith Brit. Form. p. 115; Mayr Austr. p. 138; M. cœspitumZell. Ins. Lapp. p. 450, mas; M. rubra Curt. Myrm. p. 213. Operaria : pallide rufa sparse pilosa, capile supra et abdominis dorso medio parum fuscescentibus ; caput, thorax et nodi petioli longitudinaliter striato-rugosa ; scapus antennarum basi geniculatim flexus , hoc geniculo antice concaviusculo nitirto, superne angulum rectum vel acutiusculum formante; spina 1 metanoti longae. — Long. 3,5-5 millim. Femina : similis operarise , exceptis notis sexualibus. — Long. 5,5- 6,5 millim.; ala ant. 6 millim., a basi ad médium leviter lutescens. Mas : niger nitidus, mandibularum apicihus articulationibus pedum , tarsis et ano rufo-pallescenlibus, flagellis antennarum obscure rufescenti- bus ; scapus brans (parum ultra 0,5 millim.), longitudine vix articulorum h sequentium; tibia? et tarsi pilosi. — -Long. 5,5-6 millim.; ala ant. 5 millim. et paullo ultra. Fn Gallia vulgatissima, locis similibus ac M. lœninodis et ruginodis. Mas et femina mensibus augusto et septembri ohvii. Ex Armenia eam etiam ridi. Le scape coudé à sa base distingue cette Fourmi de toutes les espèces fran- çaises de ce genre. Le Myrmicu denticornis Curt. Myrm.. p. ilo.fig. 18-30, semble avoir un scape conformé à peu près de la même manière , mais il est d'un brun foncé [caftaneous blnck) et finement strié ; le scape du mâle est allongé (d'après la figure, (. c). comme dans le M. ruginodis ou lœvinodis (1). (I) Le Myrmica g r a nul i nodi s Nyl. Addit. Form bor., de la Sibérie, se rap- proche aussi beanc iap da M. teabrinoii»; seulement le coude du scape n'est pas excavé en avant dans la femelle, et le maie a le scape plus long et les pattes presque glabres Elle est peut-être identique avec le M. denlicornis Curt. i' ,■■!.>■ Z.j..i I V Cihi.'i n' 2 ' 82 W. IVTLANDEIt SYNOPSIS 7. Myrmica lobicornis i\yl. Form. bor. p. 932 et Addit. aller p. 31; Fœrst. Hym. Stud. p. 69; Schenck Nass. Ameis. p. 82; Mayr Ausir. p. liO. Operaria : similis operarise Myrmicœ sulcinodis , sed scapus anten- narum omnino alius, ad basin curvatus , geniculo superne lobo ( vel pro- cessu lobiformi) transversim posilo munito. — Long. 5-5,5 niillim. Femina : itidem similis feminae ejusdem , sed scapo ut operariie lobi- fero. — Long. 5-6 millim.; ala ant. 5 millim. et pauxillum ultra, a basi ad médium levissime lulescens. Mas : fusco-niger nitidus, capite subopaca et pleuris striatulis, mandi- bulis antennis et pedibus pallidis, scapis, femoribus tibiisque plus minus obscuratis ; scapi basi geniculatim curvati, longitudine lertùe partis ( 1 mil- lim. ) totius antennaj ; pedes tenuiter pubescentes. — Long. 5-5,5 millim.; ala A, 5 et paullo ultra. Habitat in Galliae montanis , saltem in Pyrenœis, ubi eam ad Barèges legi. Nidificatio et mores pracedentium. Usque in Sibiiïam orientalem procedit. Le singulier lobe aplati , placé transversalement sur la base du scape, consti- tue un excellent caractère distinctif de l'ouvrière et de la femelle. Le scape du maie ne présente au même endroit qu'un coude. Je ne puis affirmer que le mâle décrit par M. Mayr (I. c.) soit parfaitement le même que j'ai souvent pris, avec sa femelle, dans les nids de cette espèce (I). Fig. 27. Anlennae operariae. — 28. Basis scapi ejusdem. — 29. Mandibula. — 30. Palpus maxillaris. — 31 . P. labialis. — 32. Antenna maris. (1) Qu'il me soit permis d'ajouter ici la diagnose d'une nouvelle espèce exo- tique appartenant à la première subdivision de ce genre. Myrmica russula, n. sp. — fer aria lile rufa, dense pilosa tlagellis abdo- mineque fuscis, capite thoraceque striato-rugosis, nodis sublaevibus ; scapus basi leviler curvatus, pilosus aique ac pedes ; metanotum spinis 2 longis divergen- tibus. Long, fere 5 millim. — Femina similis operaria;, paullo major et quoque basi abdominis (tertia parte segmenli ejus primi) thorace capiteque lajte rufis concolore. Ala antica long. 6 millim., tota albo-hyalina. — Santo Domingo (coil. Siebel.). DES FORMICIDES DE FRANCE ET D 'ALGÉRIE. 83 SuBDrvisio 2. — Species sœpius majores vel magnœ in hoc génère. Palpi maxillares 4- ( in unica 5- ) articulati , labiales Z-articulatœ. Thorax operariœ sallem postice angustatus, medio conslriclus. Ala antica longa, nervo dividente (vide de/initionem subdivisioms primce) usquead aream discoidalem protenso, inile arcœ cubitales orlœ clausœ binœ. Antcnnœ maris articulis 13 , prœler radiculam scapi. — Atta Auclor. et Aphsenogaster Mayr. — Spec. 8-12. 8. Myrmica scalpturata, n. sp. Operaria : nigra opaca, sparse pilosa, capite majusculo, capite thorace et nodis coriaceo-rugulosis et longltudinaliter striatis, temporibus vix striis ullis, œque ac sœpe pleurae , abdomine nilidiuscula; subtiliter coriaceo , gula erebrius pilosa. — Long. 13-14 millim. Ex Algeria et Egypto in collect. cel. doctoris Siebel. Magnitudo For- micœ ligniperdœ vel herculeanœ, quibuscum quoad babitum certain habet similitudinem. In collectione cel. L. Eairmaire adest ex Algeria femina exalata, quai forsan sit lui j vis speciei : nigra nitidiuscula breviter llavido-pilosa, mandibulis, llagellis et tarsis obscure rulis, capite, thorace et nodis stria lis, sliîis nodiprimi postice, ut nietatboracis bidentati, distincte tfanstersls, iis nodi posterions subtilioribus magisque conl'usis; abdo- men segmento primo coriaceo subopaco, ceteris nitidis. — Long. 17 millim. 9. Myiimica capitata Los. Piem. p. 325; Formica Lalr. Fourni. p. 234 ; Atta Lep. Hymen. I , p. 173 ; Luc. Alger. II, p. 300; Mayr Auslr. p. 100; Form. barbara Linn. Syst. .\at. II, p. 962; Latr. /. c. p. 262 (var. cap. rufo); F. binodis Fabr. Pies, p. 405 ; F.juve- nitis l'abr. Pies. p. 405. Operaria : nigra \el piceo-nlgra, oitida , llagellis, articulationibus pedum et tarsis rufescentibus , ssepe capite ( in majoribus latit. 4 millim. adtingente) vol etiam thorace rubro-rul'escentibus; caput et pleurae sub- liliter striala, inelanotum inerme vel leviter bituberculalum. — Long. 0-12 millim. Femina . nigra vel piceo-nigra, nitida, aparse pilosa (mandibulis sa;pe fiiiiiu capite obscure rufescente),ÛageUia, articulationibus pedum et larsis rulis; proDOtum lawe vel leviler atrialum ; metanokun inerme aut utrinque tabercoio denlifenni. — Long. 18-15 millim, ; ala ant. 16 nuUim. hyalina nervis et stigmate l'uscis. M an : Diger nilidus, sparse llavido-pilosus, mandibulis apice, articula- 84 W. MllMllli. SYNOPSIS tionibus pedum , tarsis et sœpe adhuc flagellis rufescentibus ; metanotum inerme. — Long. 10 millim.; ala ant. ;equilonga. In Gallia meridionali et in Algeria i'requens , nidificans in terra. Clar. Roussel (1) feminas maresque mensibus septembri et octobri in Algeria observavit. Il ressemble beaucoup à l'espèce suivante, mais sa tète est plus lisse, plus luisante. La femelle est plus grande que celle de la suivante , le mâle moins poilu. Fig. 8. Ala ant. feminae. ' (1) M. Roussel a eu l'obligeance de nous communiquer ses observations, faites en Algérie , sur cette espèce ; nous en extrayons le passage suivant : u Elle vit en sociétés nombreuses, et creuse sur le bord des chemins des gale- ries assez profondes On la rencontre dans toutes les saisons; mais à la fin de mai , ou vers le commencement de juin , à un jour fixé pour toutes les fourmi- lières du même canton , on ne voit plus que des cadavres à l'entrée de l'habita- tion , des cadavres coupés par morceaux : la tête , l'abdomen , les pattes de ces insectes gisent çà et là en monceaux élevés auprès de la fourmilière Quel est l'auteur de cet attentat? Qui a pu détruire dans l'espace d'une nuit une société si nombreuse que l'on voyait encore la veille travailler avec tant de persévé- rance ! La première fois que je rencontrai une fourmilière ainsi dévastée , je me perdis en conjectures; cependant, après avoir reconnu qu'une autre espèce vivait dans son voisinage, plus agile, plus active qu'elle, n'ayant pas cette lourde tête qui doit tant la gêner dans ses mouvements, je crus reconnaître la cause de sa destruction. En effet, quelques individus échappés au massacre général se pré- sentèrent à moi , en guerre avec le Formica vialica Fabr. qui est ici toujours victorieux. Mais dans quel but la nature lui a-t-elle donné cet esprit de des- truction"? je l'ignore... Il ne m'a pas paru qu'il réduisit en esclavage le M. ca- pitata. — Pendant les premiers jours qui suivent ce massacre , on ne voit sur la terre aucun M. capitula; quelques semaines après, il en reparait ça et là quel- ques-unes qui s'étaient probablement réfugiées dans les réduits les plus profonds de la fourmilière pendant la mêlée. A mesure que l'on avance vers l'automne elles deviennent plus nombreuses, soit que plusieurs aient échappé à la ruine de la société, soit que quelques nymphes aient acquis leur entier développement. Dans cet état de choses , l'aspect extérieur de la fourmilière change complè- tement; des chaînes de travailleurs s'établissent et vont chercher au loin de fai- bles débris de plantes sèches, parmi lesquels on reconnaît une grande quantité de calices du Trifolium stellalum , des aigrettes de composées , de petites brac- tées, etc. Tout cela est accumulé en grande quantité autour de la fourmilière, et, lorsque la première pluie d'hiver vient à tomber, ces matériaux sont disposés pour en fermer l'entrée et protéger ses habitants des rigueurs de la saison. i> DES P0RM1G1DES DE FRANCE ET li'.VLCiÉKlK. 85 10. Myrmica structor (Latr. Fourni, p. 23(3) ; Alla Lep. Hymen. I, p. i~à ; Mayr Auslr. p. 192; F or m. lapidum Fabr., "§ ; F. rufilarsis Fabr., + ; .)/. muliea Nyl. Addit. aller, p. 39. Operaria : fusca vel fusco-nigra , vel fusco-rufescens , ore , flagellis , articulationibus pedum et prœsertim tarsis magis rufescentibus ; caput sœpius magnum et thorax subopaca striata ; metanotum inerme vel leviter bituberculatum. — Long. 4-9 millim. Femina : nigra nitidiuscula crebre pilosa, mandibulis, medio antenna- rum , articulationibus pedum fuseorum et tarsis rufis ; caput subopacum et pronotum striata ; metanotum inerme vel tuberculis binis obtusis angu- laribus. — Long. 910 millim.; ala ant. circa 9 millim. levissime fusce- scens, nervis et stigmate l'uscis. Mas : niger sat nitidus, dense pilosus, apicibus flagellorum, articula- tionibus pedum et tarsis rufescentibus. — Long. 7,5-8 millim.; ala ant. S millim. Habitat in terra , in rimis rtipiuni calcarearum et murorum. In Gallia meridionali frequens, at in regionibus frigidioribus etiam occurrit, ex gr. ad Lucbon Pyrenseorum. Ad Parisios prope Moret, simul cuni Form. pygmœa. 11. Myrmica subterranea Scbenck Nass. Ameis. p. 110; For- mica Latr. Four m. p. 219; Schilling Soldes, p. 55; Atta subter- ranca Mayr Auslr. p. 188. Operaria : sordide rafescens , nitida, capite supra et dorso abdominis obsolète obscurioribus, pleuris leviter striatis ; metanotum spinis 2 parvis; articulas petiolaris primas ante nodum elongatus. — Long. 4-4,5 millim. Femina : sordide rufa nitida, abdomine supra fuscescente ; caput sub- opacum striato-rugulosum; metatborax transversim striatus spinis 2 vali- diusculis armatus ; nodi Bublaeves; abdomen mox basi dilata tum. — Long. 1-8 millim.; ala ant. saltem asquilonga albo-byalina, nervis et stigmate pallidig. Mai : sordide pallescens nitidus, capite supra et abdominis dorso levi- ter fuscescenlibus antennis et pedibus pallidis; srapus longitudine arlicu- lorum 3 sequenlium llagelli; metanotum utrinque dente valido. — Long. /|-/l,.jmilliin.; ala ant. saltem BBqililonga. lu Gallia rarius , aidifleans in terra ambulacrorum et silvularum, sub lapidibus. 86 W. NYI,ANI»ER. — SYNOPSIS Plus petit que les précédents et à métanotum muni de deux épines dis- tinctes; le premier article du pétiole est allongé. Fig. 9. Ala antica feminoe. 12. Myrmica testaceo-pilosa Luc. Explor. Alger. ,11, p. 300; Aphœnogaster senilis Mayr Austr. p. 194. Opcraria : nigra vel piceo-nigra.opaca indique albido-setulosa, man- dibulis, antennis, articulationibus pedum nitidorum larsisque rufescentibus; capiit thoraxque tenuiter granulata et striata, mandibulœ 6-dentatse et scapi antennarum longitudinaliter striata ; palpi maxillares articulis 5 (mediis 3 oblique acuminatis), labiales articulis 3 ; métanotum bispinosum ; nodi rugulosi ; segmentum primum abdominis subtiliter rugosulum, sericeo- opacum. — Long. 6-7,5 millim. In Algeria lecla a DD. Lucas et Roussel. — Variât ibi rufescens et vix vel parum striata (Aphœnogaster sardous Mayr /. c. p. 196). — In Sicilia vero capla est a cel. Zeller species valde alïïnis et similis hnic varietati, sed paullulum minor el abdomine toto nilido, laavissimo. Dicatur M. scini-pulita. On reconnaît aisément le M. testaceo-pilosa à son scape finement strié, et à son premier segment abdominal d'un velouté mat (1). Fig. 34. Palpi. Subdivisio 3. — Species minores vel parvœ. Palpi maxillares h-, labiales Z-arliculati. Antennes apice clavatœ, articulis 3 ultimis ma- joribus, in opcraria et femina. Femina et mas (in specie primaria) ratione operariœ magni , alis magnis , nervis (costis) ut in subdivis. à et 5 generis Formicœ, area discoidali dansa. — Tetramorium Mayr. — Spec. 13-15. 13. Myrmica c.espituii Latr. Crust. Ins. XIII, p. 259; Los. Piem. p. 327; Curt. Mgrm. p. 215; Smith Brit. Form. p. 122; Mayr (1) A cette subdivision (Alla) appartient encore le Mtbmica pallida Nyl., Âdd. aller., p. 42, trouvé en Sicile par M. Zeller. Voici sa diagnose : Operaria : pallide testacea tota, laîvis, nitida, sparse pilosa ; mandibule dentibus acutiusculis 9: palpi maxill. 4- labiales 3-articulati ; antennae I2-arti- culatîe, articulis 4 ultimis paullo longioribus quam ceteris tlagelli ; pedesdecum- benti-pi'osi. — Long. 4 millim ; scapus 1,5, llagellum 2 millim. — In colle- clione L Fairmaire adest sub nomine M. nifuteslacea Fœrst. Fig. 33. Palpi. DES FORMICIDES DE FRANCE ET D'ALGÉRIE. 87 Austr. p. 154 ; Formica cœspilum Latr. Fourm. p. 251 ; Myrm. fuscula Nyl. Form. bor. p. 935, flg. 36; Addii. p. 1053; Fœrst. Hijm. Slud. p. 56; Schenck Nass. Ameis. p. 86; Myrm. impura Fœrst. /. c. p. ZiS ; M . modesta Fœrst. I. c. p. 49. Opcraria : fusco nigra, mandibulis, antennis, articulationibus pedum et tarsis nifescenlibus (vel tota dilulior sordide rufescens capite supra et medio abdominis fuscescentibusi; caput (supra visum subrectangulare) et thorax longitudinaliter striatula ; melanotum spiuis parvis ; nodi petiolares subkeves, posterior (supra visus) transversimovalis. — Long. "2-3,5 millim. Femina : fusco-nigra, nitida, capite sat opaco et pleuris striatis, anten- nis (vel saltem flagellis), articulationibus peduni dilute fuscorum et tarsis (haud raro simul tibiis ) pallide rufescentibus; antennae 12-articulatae ; metanotum spiuis parvis. — Long. 7-8 millim. ; ala ant. 8,5 millim. albo hyalina, nervis et stigmate dilutis. Mas : niger nitidiusculus, capite parvo sat opaco, antennis et pedibus plus minus dilute pallescentibus ; mandibulse subsex-denticulatae ; antennae 10-arliculatue ; articulo secundo flagelli elongato , longitudine saltem h sequentium (4-7 antennae). — Long. 0-7 millim.; ala ant. circa 5 millim. albo-byalina. In Gai lia vulgatissima. Habitat in terra locis arenosis vel in pascuis, aeque ac Form. nigra. Feminae maresque mense julio volant. Fig. 35. Antenna maris. Aisément reconnaissable à sa tête presque rectangulaire, un peu dilatée, fine- ment striée, et à son nœud pétiolairo postérieur obloog et transversal. Le scape du mâle est grêle , cylindrique, droit, et presque de la longueur du deuxième article du follicule, Les .1/. impuni et modesla Fœrst. ne constituent que des modifications pâles de cette espèce (4). J'ai observé dans le midi de la France, à Beaucaire, une de ces variétés pâles, dont l'ouvrière, longue à peine de 2 milli- mètres, a le front presque lisse ou à stries peu visibles. M Mayr décrit, /. c, p. (57, sous le nom de Tetrnmorium alrululum, une espèce très voisine et diffi- cile a distinguer des formes plus noirâtres du M. cœspilum. L'ouvrière est (lj Le fetramoritim Kollari Mayr, /. c, p. 153, qui se trouve dans les serres chaudes de Vienne, en. Autriche, ne me parait pas différent du Myrm. bicari- nala Nyl. .l'M/f , p. 161. Il est d'un fauve ferrugineux avec l'abdomen noirâtre, la tète striée sur le front, a deux cotes latérales plus saillantes , chacune d'elles ayant a son coté extérieur on sillon se prolongeant jusqu'au sommet, etsorvant a |., i ■ I .mienne. Ce sillon est cependant moins excavé que dans lo Myrm. tublccvis Nyl. A'iiiil. aller., p. 33, parasite du Myrm. ucervorum. 88 W. Ml. lMH-.lt. SYNOPSIS plus forlement striée, longue de 3-3,5 millimètres; la femelle 1 à peu près de la même longueur, a antennes de 11 articles, à chaperon échancré. 14. Myrmica angustula, n. sp. Operaria : fusco-nigra sparse clavato-setulosomandibulis, antennarum medio (saltem obsolète), articulationibus pedum et tarsis rufis vel rufe- scentibus , capite supra (thorace et petiolo opacis, crebre rugulosis, fronte indistincte subtilissime striatula; metanotum spinulis acutis ascendenti- bus; pedes subnudi. — Long. 2 millim. vel paruni ultra. Habitat in Gallia meridionali (Monspelii, Agtle) iisdem locis ar. prœ cedens. Les petits poils raides , blanchâtres , claviformes , répandus sur les parties supérieures du corps, distinguent surtout cette espèce de la précédente. Les antennes sont quelquefois presque entièrement ferrugineuses; malheureuse ment ni la femelle, ni le mâle, ne sont connus. Fig. 36. Setula pronoti operaria;. 15. Myrmica lippula Nyl. Addit. aller. Form. bor. p. 41; Myrm. Minkii Fœrst. Hym. Stud. p. (53; Schenck Nass. Ameis. p. 142 ; Mayr Austr. p. 143. Operaria : fusco-nigricans ore antennis, pedibus et abdomine infra pallide rul'escentibus , vel sordide pallescens ( tum dorso abdominis obs- curo) ; capite thoraeeque confuse conferlim regularis ; mandibuke 9-den- tata? ; area frontalis angusla seque ac clypeus superne nitidiuscula ; oculi minuti (diam. fere 0,0(5 millim.); antennœ 12-articulatav, impressio tergi thoracis transversa distincta ; spinula 1 metanoti paullo sursum oblique versa? ; nodi lœviusculi , anterior basi elongata, posterior supra visus lon- gitudinaliter ovato-rotundatus. — Long. 3 millim. Habitat in muscosis rupium sylvse Fontainebleau. Formam pallidiorem {M. Minkii Foerst.) legit clar. L. Fairmaire ad la Teste. Quoique assez semblable, à la première vue , au Myrm. cœspitum , le M. lip- pula s'en distingue, sans aucune difficulté, par ses yeux très petits et son pétiole abdominal plus allongé. Les palpes maxillaires ont quatre articles, les labiau trois . Fie 37. Palpi. — Fig. 3S. Antenna operaria?. DES K0RM1CIDES 1>E FRANCE ET d'aLGERIE. 89 StJBDlVISlO 4. — Specics parrœ. Pulpi maxillares articulis 5, la- biales arlicu/is 3. Femina vix operaria major. Mandihulœ dentatœ. Alœ albo-hyalinœ médiocres, nervis ut in subdivisions prœcedente. Corpus superne selulis subclavatis, microscopive examinatis triangu- lalo-prismaticis, in ^ et ^ (fig. 39). — Leplothorax Mayr. — Spec. 16-21. A. Species clava antennarum infuscata vel nigricante. — Spec. 16-19. 16. Myrmica acervorum Fabr. Piez. p. 407 (1) (Latr. Fourni. p. 255, ut var. M. graminicolœ); Zett. In». Lapp. p. 451 ; Nyl. Form. bor. p. 93(5, et Additam. p. 1057; Foerst. Hgm. Stud. p. 61 ; Schenck Nass. Ameis. p. 97; Smitli Brit. Furm. p. 124; Leptothorax acervorum Mayr Austr. p. 164; M. lacleipennis Zett. I. c. p. 452, ç/. Operaria : rufa, capite supra, clava antennarum 11-articulatarum et dorso abdominis (sajpeque adhuc nodis superne i fusco-nigris ; caput stria- tam, thorax nodique rugosuli, clypeus rnedio plagula impressiuscula ni- tida; melanotum spinis mediocribus; tibia; setulis tenuibus munita;. — Long. 3,5-4 millim. Femina : sordide rufa, capitis thoracis et abdominis partibus superio- ribus t'usco- ngris, mandibulis, scapiscum basi flagellorum et pedibus pal- lidis, femoribus medio paullo obscuris ; sculptura fere ut in operaria ; spinaj metanoli médiocres. — Long. 4 millim.; ala ant. 3.5 millim., ner- vis et stigmate incoloribus, area radiali aperta. Mas : niger nitidiusculus, capite opaco piloso, pedibus fuscis, tarsis pallidis ; antenna' articulis 12, scapus crassus longitudine vix articuli 2 di Aagelli; metathoiax postice utrinque obtuse augulatus. — Long. 4- 4,5 millim.; ala ant. fere 4 millim. Habitat in truncis putrescentibus, sub muscis et in terra, coloniis mi- noribus quarn Myrtn. seabrinodi» et affines hujus generis species. In Oallia banc Mviiniiain nonduin nisi in Pyrcnaeis ad Barèges inveni, sed ve- risimiliter ad omnes pertinet regiones alpinas vel elevatiores. Nec forsan frustra ibi simul quœrenda socia ejus vel parasita singularis M y rm. sub- lœvit, cujus notas eo proposito infra breviter exponere liceat, ut altenlioni comrnendetur lectoris. (4) Tamcn observanduin sub hoc nomine in colleclione Fabricii otiam com- mixla adesse specimina Uyrmiae ruyinodi» et lœvmodit. 90 W. NÏL4NDEB. — SYNOPSIS Le Myrm. acervorum diffère par sa taille et par ses jambes hérissées de quelques petits poils roides de toutes les autres espèces de cette subdivision. Latreille le rapporte, comme variété, à son .1/. graminicola (1), mais il m'est impossible de savoir ce qu'il faut entendre par l'ouvrière décrite sous ce dernier nom, à moins que ce ne soit le Leplolhorax clypeatus Mayr, l c, p. 1 64, carac- térisé par sa tète fauve comme le corselet , deux légères proéminences denti- formes au chaperon, des antennes à deux articles et des jambes glabres. Je ne l'ai cependant pas vu en France . ni non plus le Leplolhorax Gredleri Mayr, (. c, p. 166 [M. muscorum Schenck Nass. .4m., p 99), qui, par sa coloration et ses antennes à onze articles, se rapproche encore davantage du .1/. acervorum , dont il parait se distinguer principalement par ses pattes dépourvues de petits poils hérissés. Ces deux espèces, il. clypealu et M. Gredleri, n'ont encore été observées qu'en Allemagne. — Qu'il nous soit permis de mentionner ici l'espèce suivante, qu'on rencontre assez fréquemment sons des mousses dans le nord Scandinave , et que M. Mayr indique aussi pour le Tyrol. Il est probable , vu la large distribution géographique qu'ont, en général, les Fourmis, qu'elle ne manque pas dans les régions montagneuses de France. Myiuiica muscorum Nyl. Addil. Form. bor. p. 105A; Lepto- ihoraxMayr. Austr. p. 167. Operaria : pallide rufa, capite superne, clava antennarum 11-articu- latarum et dorso abdominis infuscatis; clypeus, lions (striis longiludinali- bus subtilibus) et thorax ruguloso-opacis , hic impressione Iransversa distincla ; metanotum spinis mediocribus ; tibiœ nudœ. — Long, fere 3 miïlim. Femina : pallide rufa capitis, tboracis et abdominis partibus superio- ribus, et clava antennarum infuscatis; caput oblongum et dorsum tboracis longitudinaliter striatula ; spinulae metanoti médiocres. — Long, fere 3 millim.; ala ant. prope aequilonga hyalina stigmate pallide fusco. Mas : niger capite opaco ruguloso piloso, pedibus sordide pallescenlibus, tarsis dilutioribus ; antenruc articulis 12, scapo et metanoto ut in praece- (1) M. GBAMimcoLA , ourri ire : corps fauve clair; tête et corselet très finement striés ; le corselet a un enfoncement peu marqué sur le dos , les épines bien plus courtes que dans le M. rubra ; les nœuds légèrement chagrinés ; l'abdomen avec le premier segment noir. Longueur, 4 millimètres. — Femelle : les épines du corselet courtes; l'abdomen entièrement d'un fauve clair; les ailes blanches, pas tout à fait diaphanes, avec les nervures d'un jaunâtre clair. Dans les bois des environs de Paris. Latr., /. c. — La description do la femelle semble se rattacher au M. rugulosa; mais le mâle, dont les ailes sont entière- ment noirâtres, avec les nervures noires, appartient indubitablement à une autre espèce, le M. graminicola Fcerst., M. Latreillei Curt. DES F0RM1CIDES DE FRANCE ET D 'ALGÉRIE. 91 dente, tibias nudiores. — Long. 3 millim.; ala ant. fere œquilonga , sti- gmate obscuro, nervis ut in praecedente. Plus petit que les M. acervorum et M. Gredleri, et à chaperon finement strié. Le mâle ressemble beaucoup au mâle du premier, seulement il est plus petit et a un stigmate obscur aux ailes antérieures. C'est dans un nid de cette espèce que j'ai rencontré le M. Iurtula ( N y 1 . Addil. aller., p. 45), espèce parasite et analogue au .1/. subheeis. Fie. 10. Ala antica feminae. 17. Myrmica tuberum Fabr. Pies. p. 407; Zett. Ins. Lapp. p. 452; Nyl. Farm. bor. p. 939, et Addit. p. 1057 ; Lcptothorax tuberum Mayr. .luslr. p. 170. Operaria : pallide rafa, capite supra, olava antennaruni 12-arliculata- rum et dorso abdominis (hoc saepe subl'asciatim) fuscesrentil)us; clypeus et frons longitudinaliter slriatuli; thorax superne rontinuus, absque impres- sione transversa, spinre metanoti parvs, tibisenudae.— Long, fera 3 millim. Femina : fusca, inandibulis, antennis (prceler clavam), pedibns et pe- tiolo infra pallidis, ventre sordide pallescenle ; caput supra visum subro- tunduin et thorax tumidulus longitudinaliter striata ; spime metanoti parvs ; Qodi rugosuli fuscescentes. — Long, fere 4 millim.; ala ant. 4,6 millim. albo-hyalina, area radiali rlausa. Mas : niger, antennis pallidis. Long. 3 millim. Nervi alarum ut in fe- mina, solum area radialis interdum paullo aperta. Habitat locis aridissubmuscis et lapidibus in terra. In Gallia mihi tan- tum obsia luit in l'yremeis, ad liaréges. L'ouvrière diffère de celle du M. muscorum par ses antennes composées de douze articles et le dos du corselet continu, la femelle par sa tête plus arrondio et le corselet plus ramassé et plus foncé — Le M luberosa Lutr Fimrm,, p. W.i I; (Lepel. Hymen., I, p. 183), ne convient bien à aucune espèce de ma connaissance: mais je présume que ce nom doit se rapporter à un Tctramorium, c'est-a-dire un Myrmica do notre troisième subdivision. Les prinoipaui carac- tères de la description de Lalreille uni pour \' ouvrière: langueur, :i milli- mètres, la tètodun brun noirâtre, 1res largo, presque Barrée, déprimés, forte- ment concave postérieurement et striée ; le dos lu coreelol continu épinej liW courtes. La femell d'un noirâtre mat, avec les antennes, les mandibules, le bout du ventro et lo^ pattes fauves . la tête déprimée, striée, fortement éclinn - (t) « F. tuberoêa : dilate forruginea , capi le lato fnsco, m;ir;_'ino postico con- cavo, thorace bidentato, abdomine faseia nigra » 92 W. MllVMl: — SYNOPSIS crée, de la largeur du corselet , qui est arrondi , strié , et dont les épines ne consistent que dans la saillie des deux angles latéraux. ; les ailes blanches , le stigmate d'un jaunâtre clair. Latreille ajoute qu'on le trouve dans les fentes des murailles et sous les écorces des arbres. — Le Leplothorax nigriceps Mayr. Auslr., p. 169, excessivement voisin du M. tuberum , présente des stries lon- gitudinales sur le corselet ; sa tête est noirâtre en dessus et en dessous , et l'abdomen est brun en dessus. M. Mayr ne l'a observé qu'une seule fois en Autriche. 18. Myrmica unifasciata Latr. Fourra, p. 257 ( pr. p.); Los. Piem. p. 332; Schenck Nass. Ameis. p. 101 ; Smith Brit. Form. p. 128 ; Leplothorax unifascialus Mayr Auslr. p. 172 ; Stenamma albipennis Curt. Myrmie. p. 218. Operaria : pallitle rufa, clava antennarum 12-articulatarum et fascia lata abdominis f'uscis ; area l'ronlalis nitidiuscula ; frons longitudinaliter subtiliter slriatula ; metanolum spinis sat parvis; tibia! dénudât». — Long. 2,5-3,5 millim. Femina . pallide rufa, clava antennarum, fasciisque segmentorum abdo- minis (primi dilatala) fusco-nigris, capite superne et scutello leviter fu- scescentibus ; metanotumbidentatum. —Long. Ii-lt, 5 millim.; ala ant. fere aequilonga, stigmate incolore. Mas : (ex Mayr /. c.) : « fusco-niger, mandibuhe, antennarum 13-arti- culatarum scapus pedesque l'usci, l'uniculus, articulationes pedum tarsique lividi; metanotum antice dense rugulosum. — Long. 3-3,5 millim. » Habitat sub lapidibus in pascuis, sub muscisque, passim in Gallia. Latreille confondait probablement cette espèce avec le M. cinguluta Schenck, qui n'en diffère que par ses antennes entièrement fauves (1). Fie. 39. Setula pronoti operariae. 19. Myrmica simpliciuscul a, n. sp. Operaria : pallide rufa, clava antennarum fusca, capite antice pauxil- lum fuscescente ; frons striis obsoletis vel subtilissimis ; metanotum spi- nulis mediocribus ; tibi;e dénudais. — Long. 2,5 millim. In Gallio hanc speciem modo prope Versalias (Trappes) et Fontaine- bleau in terra nidilîcantem inveni. Il ressemble tout à fait au M. unifasciata, mais l'abdomen, entièrement (1) Latreille dit de son M. unifasciata , qu'il diffère du M. luberosa en ce que la tête n'est ni noire, ni échancrée fortement au bord postérieur. DES F0RH1CIDES DE FRANCE ET d'aLGÉRIE. 93 fauve, u'a aucune bande foncée; on voit seulement quelquefois les bords laté- raux du premier segment légèrement obscurcis d'une manière vague. Néan- moins il se peut que le M simpliciusculu ne soit qu'une variété à bande abdomi- nale effacée du M. interrupta Schenck A'ass. Am., p. 106 et 140 (Mayr Auslr., p. 174). Cela parait douteux cependant, car celui-ci est décrit comme ayant un fusciu interrupta abdominis supra nigro-fusca (1 ) , et les nombreux indi- vidus que j'ai vus du .1/. simplicinscula ne m'ont rien présenté de semblable. Fig. 40. Mandibula, palpi et antenna operariae. B. tennœ clava rufa rel flagello concolore. — Spec. 20-21. 20. Myrmica cingulata Schenck Nass. Ameis. p. 104; M. uni- fasciata (Latr., verisimiliter piimitiva) Nyl. Addit. aller, p. hh ; .)/. Nylanderi Fœrst. Hyrn. Stud. p. 53, IK SYNOPSIS longitudinaliter striatula, frons utrinque fovea longitudinali profunde exca- vata pro scapis antennarum ; sutura ante metanotum profunde constricta ; spinœ metanoti médiocres ; nodus petioli posterior infra dente valido. — Long. 4,5 millim. In Finlandia modo hanc speciem inveni in nidis Myrmicœ acervorum, semel sub cortice trunci betulini (in limitibus Lapponiœ), dein ad Helsing- fors sub lapide, numéro individuofum in nido altero 10, in alteroque circa 30. In Gallia verisimiliter olim detegenda, ut forsan quoque M. hir- tuia Nyl. Addit. aller, p. 45, simillima .17. sublœvi , sed minor long. 3,5 millim., setulis paullo longioribus , abdomine pallidiore , et inquilina Myrmicœ muscorum. Forsan tamen M. hirtula non rite specie différât a M. sublcevi. Les caractères différentiels principaux du M. sublœvis sont : les mandibules larges et tronquées , sans traces de dents ; les scapes des antennes dilatés et déprimés; une fossette longiludinale profonde de chaque côté du front. Fie. 43. Maxilla et labium operariœ. — Fie 44. Palpi ejusdem. — Fig. 45. Mandibula ejusdem (extus intusque visa). — Fig 46. Antenna ejusdem ; 6. scapus latere dilatato visus. Subdivisio 7. — Species parva. Palpi maxillares artirularis 4, labiales articulis 3. Chjpeus bidentatus. Ala antica area radiali clausa apice apiculata, area discoidali clausa nulla (fig. 12). — Myrmecina Curl. — Spec. 24. 24. Mvrmica Latreillei mibi ; M yrmecina Lalreillei Curt. Brit. Ent. 6, pi. 265, Myrmic. p. 218, f. 22-26; Smith Brit. Form. p. 132 ; Mayr Austr. p. 149 ; M. striatula Nyl. Addit. aller. Form. bor. p. 40 ; M . bidens Fuerst. Hym. Stud. p. 50 ; Schenck Nass. Ameis. p. 04 ; M. graminicola Fœrst. /. c. p. 58. Operaria : nigra, ore, antennis et pedibus rufis, capite, thorace nodis- que petioli longitudinaliter striatis ; clypeus infra bidentatus , dentibus deorsum versis ; antennse articulis 12; metanotum spinis 2 horizonta- liter porrectis. — Long. 2,5-3 millim. Femina : nigra sparse pilosa (pilis tenuibus), capite antice, antennis et pedibus rufis, sœpeque adliuc thorace saltem pleuris, nodis petioli, lateri- bus et apice abdominis rufescentibus ; caput striato-rugulosum ; metano- tum spinulis horizontalibus ; scapus et tibias tenuiter pilosi. — Long. 3,5 millim.; ala ant. sequilonga dilute fusco-umbrata. Vos : niger nitidus, flagellis tarsisque sordide pallidis; antennae 13-ar- DES FORMiCIDES DE FRANCE ET d'aLGÉRIE. 97 ticulalse, scapus brevis vixlongitudine arliculi ultimi flagellaris; metanotum dente parvo ulrinque. — Long. 3-3,5 millim.; ala ant. œquilonga. Habitat in Gallia Iota (Monspelii œque ac Parisiis) passim, exceptis for- san regionibus alpinis, unde liane non vidi. In Belgia ( Wesmael ) et Hel- vetia (Saussure) quoque adest. Mas et femina mensibus augusto et septembri adparent. L'ouvrière ressemble un peu au M. cœspitum ^, mais elle est plus foncée, avec la sculpture plus profonde, la tête et le corselet plus courts, le chaperon bidenté, lesépines du metanotum horizontales. Le mâle et la femelleoffrent des différences encore plus considérables. Le chaperon de l'ouvrière et de la femelle a souvent une carinule médiane , simulant une troisième dent intermédiaire plus petite; leurs mandibules ont neuf dents, dont les deux externes seulement sont dis- tinctes; les mandibules du mâle en présentent trois assez fortes. Fig. 12. Ala ant. feminae. — Fig. 47. Palpi operariœ; b. clypeus; c. mandi- bula. — Fig. 48. Antenna ejusdem. Subdivisio 8. — Species parvœ, lœres, libenler in domos intrantes, devastationibus variis molestœ. Palpi maxillares et labiales bi-arti- culati. Claca antennurum %-articulata. Corpus operariœ gracile- srens.AIa ant. (in specie primaria) area discoidaliet cubitalibus binis rlausis, radiait aperta. — ■ (Ecoplithora Béer. ■ — Spec. 25-26. 25. Myrmica pallidula Nyl. Addit. aller. Form. bor., p. &2 ; OEcopktltora pallidula Mayr Austr. p. 183 ; OEc. subdentata Mayr neue Ameis. Operaria : pallide rul'a vel paullo fuscescens Iœvis nitida , tota pilosa vel setulis longis tenuibus adspersa ; antenme 12-articulata? , scapo elon- gato ; dorsurn tlioracis loco scutelli impressum metanotum tuberculo den- til'ormi ulrinque obsoleto vel nullo ; tibia; aeque ac scapus pilosi. — Long. 2-2,5 millim. Miles : similis operaria;, major, capite maximo latit. 1 millim. inter- dum adtingente, mandibulis obscurioribus, abdomine iiiterduin fuscescente, capite anticeslriatulo, occîpiie emarginato vertice iinea impressa, melaiintu bidentalo. — Long. 4-i,5 millim. (Pili corporis sursum atlenuati, non lettonnes). Femina : rafe, eapitu, thoracis et abdominis parlibus superis plus minus infuscatis; caput tenter Miïalum ; metanotum tuben-nln denliformi otrinqoe; tibia: pilosula'. — Long. 7-7,5 millim.; ala ant. fera œquilonga •Jbo-hjalina, nervis dilute Bavidii dispositione nt in M. tubterranea. i' lérifl Zooi.. T. V. (Cahier n" 2.) " 7 98 W. NTLANDEB. — SYNOPSIS ^/aj(exMayr l. c. p. ISA): s fusco-niger, nilidus, mandibulae, an- tennse 13-articulatae, margines segmentorum thoracis, genitalia pedesque testacea. — Long. 4,5-5 milliin. » Locis campeslribus aridis in Gallia meridionali (Beaucaire, Monspelii), in terra sub lapidibus. Unica est hujus familial species europœa, quae for- mam quarlam individuorum offert. Milites, ut lisr-c individua dicuntur, non omnibus in nidis observavi ; litulo suo parum sunt digni, nam ut animad- vertit jam cel. Mayr, domicilium commune vix defendere videntur. In Algeria lecta est a D. Roussel, qui ibi in domo etiam feminam mense junio cepit. Le corps, les scapes et les pattes sont beauconp plus poilus dans cette espèca que dans le M. recédais, qui lui ressemble au premier abord. Les mandibules ont. dix à douze dents, et chez le mâle quatre (d'après M. Mayr). Les mandibule* du M. recedeits n'ont que cinq dents. Fig. 49. Palpus maxillaris operariœ. — Fig. 50. P. labialis ejusdem. — Fig. 51 . Antenna ejusdem. — Fig. 52. Mandibula ejusdem. 26. Myrhica domestica Shuck. Ann. Mag. Nat. Hist. 1838 p. 628, Trans. Eut. Soc. 2, p. 65 ; Daniell Proceed. Linn. Soc, 2, p. 172; Smith List, uf Br. Mus. p. J J9 et Brit. Form. p. 130. Operaria : pallida subnuda uBvis opaca, abdomen nitidum parte poste- riore fuscescente ; mandibula à-dentatae ; scapus fere longitudine flagelli 11-articulati , articulis ." ullimis majoribus ; metanotum inerme ; scapus et tibia; nudi. — Long. 2 millim. Fcmina : ex clar. Smilb, long, circa i,5 millim. pallida, tliorace ma- culis fuscescentibus , fascia fusca in segmento primo abdominal iata ante marginem, et sequenlibus l'usco-marginalis. M as : fusco-niger subopacus , abdomine nitido, antennis pedibusque pallidis ; scapus brevis vix longitudine articulorum 2 sequentium flagelli. — Long, fere 3 millim., ala ant. byalina prope aequilonga, nervis dilutis- simis, area discoidali nulla clausa. (Collect. cel. doctoris Siebel.) Habitat Parisiis in domibus rarius. Species primilus exotica, immigrata. Très petite espèce, d'un fauve pàlo, presque mat, sans rugosités, à scape allongé et dénudé. Les mandibules et les palpes sont a peu près comme dans le M. jugax Elle est redoutable pour les dégâts considérables qu'elle peut causer dans les maisons où elle s'est établie en colonies nombreuses. Fig. 53. a. Palpus maxillaris operarias; b. P. labialis. — Fig. 5i. Ant«nna ejusdem. DES F0RMIC1DF.S DE FRANCE ET D'ALGÉRIE. 99 Subdivisio 9. — Operaria staturœ minutœ. Palpi maxillares et labiales bi-articuluti. Operaria et femina antennis clava bi-articu- lata. Femina et mas rationc operariœ mayni. Ala ant. area discoi- dali et unica cubitali clausis (lig. 13j. — Diplorhoptrum Mayr. — Spee. 27 27. Mvrmica fugax Lat. Fourni, p. 265; Lepel. Hymen., I, p. 184 ; Schenck Nass. Âmeis. p. 107; Smith Bril. Forrn. p. 127 ; Diplorhoptrum fuyax Mayr Austr. p. 178 ; M . jlavidula Nyl. Addi- lam. alter. p. 33. Operaria : pallide flavida kcvis nitida, pilosula, abdomine interdum obsolète sordide -fasciato ; mandibulae 4-dentata: ; antenme 10-arliculatae, clava bi-articulatà, articulo ullimo longitudirie articulorum 7 primorum flagelli simul suinlorum ; oculi valde minuli ; thorax loco sculelli constri- clus, metaiiotuin niulicum; tibi;e etscapuspilosuli. — Long. 1,5-2,5 inillim. Femina : l'usco-nigra nilidiuscula lenuiler pilosa, mandibulis, antennis et pedibus pallide rufescentibus; caput (supra visum rotundatura ) pun- ctatum; clypeus margine inféra bidentatus (;eque ac in operaria); oculi mé- diocres thorax brevie (2niillini.); nodus petiolaris primussupraplerumque leviter coneaviusculus. — Long. 6-G,5inillim.; ala ant. pure hyalina ajqui- longa stigmate dilute brunneo. M as : oiger nitidus pilusulus, antennis pedibusque l'uscis, mandibulis et tarsis paHescentibos; mandibule) dentibus 3 ; antennœ 12-articulataj, sca- pus brevissimus et pedicellus (articulus primus flagelli) rotundatus, iuque crassus, aitidj , ille vix longior articulo secundo Qagelli filiformis. — Long, circa 4,5 millim. ; ala anlica œquilonga vel pauxillum longior, nerws ut in femina. Habitat coloniis saqie rnaximis in terra sub lapidibus, locis prsesertim casapestribui in (iallia baud rare. Operaria; feiocitersesedelemlunl. Mares feminajque ad Paxisios mense seplcinbri proveniunt. L'ouvrière diacre de la précédente par son corps poilu , ses antennes à dix articles seulement et terminées p;ir une massue bi-arliculée, ses jeux beaucoup plus petits, etc.; la tête est légèrement ponctuée. Fie, t:;. Ala antica femina), — Vu. oo Anii-nnaoperarise. — Fie. 66.Felpi qiibdem: «. 1'. hibialis; h. P. maxillaris; c. clypeus; d. mandibula. — l'io. D7. AiHcmu maris. iOO W. NÏLANDBK. — SYNOPSIS Sobdivisio 10. — Specie.i médiocres rel parvœ. Pulpi maxillares arlicnlis 5, labiales articulis 3. Operaria abdomine subtriangulari, supra cujus basin adfigilur peliolus. Clara antennarum Z-articulata. Âla ont. arca discoidali et unica cubitali clausis, area radiait an- gusta apice aperta(df. 14). — Acrocœlia Mayr, Crematogaster Lund. — Spec. 28-29. 2S. Myrmica se ut ellabi s (Formica Oliv. Encycl. Hist.natur. 6, p. 497; Latr. Fourni, p. 261); Crematogaster scutellaris Mayr Auslr. p. 198; Myrm. Rediana Duf. Rech. anat. Hymen. (1834) in Mém. Acad. Sciene. VII (1841), p. 477, £Ççf ; Gêné in Mém. Soc. ital. se, p. fis. XXIII (1842) ; m. algirica Luc. Alger, p. 300 ; m. rubriceps Nyl. Additam. aller, p. 44; Acrocœlia ruficeps Mayr Ein. n. Ameis. ; Acroc. Schmidti Mayr Ein. n. Ameis. Operaria : tota nigra vel fusco-nigra capite rufo-rubente, vel etiam thorace rufescente, rarius tota sordide infuscata vel denigrata modo man- dibulis rnfescentibus ; caput (supra visum) rotundatum ; tborax dorso lon- gitudinaliter rugulosus, locosculelli profonde constrictus, metanotum brève spinis 2 acutis ; nodus posterior sulcn longitudinal] divisus, anterior antice latior depressus; pedes subimdi. — Long. 3,5-5 millim. Femina : fusco-rufescens, nitidiuscula, tborace supra obscuriore, capite dilutiore vel rufo-rubente, abdomine fusco-nigro ; caput striatum, mandi- bulae 5-dentatae, linea frontis impressa ; metatliorax spinulis validis. — Long. 9-10 millim.; ala ant. circa 9,5 millim. pure hyalina , nervis et stigmate fuscescentibus. Mas : a DD. Dufour et Gêné describitur niger nitidus, ore, antennis et pedibus flavidis, scapo brevi cylindrico, long. 5 millim. HaLitat fréquenter in Gallia mei'idionali, in mûris vetustis ruderum nidificans. lu arboribus variis, ut in oleis, ficis et populis, catervis maximis ascendens descendensque conspicitur operaria, apbides avide inquirens. Odor, ni fallor, fere idem ac Formicœ fuliginosœ. — Ad la Teste obser- va ta est a D. Fairmaire. In Algeria quoque fréquenter adest (Lucas, Roussel). Mensibus septembri et octobri cel. Dufour mares feminasque examinantes deprehendit ad St-Sever, ubi hase species abundat. La forme triangulaire de l'abdomen, pointu postérieurement, distingue aisé- ment cette espèce de toutes les précédentes, et sa taille plus grande, avec le nœud pétiolaire postérieur partagé par un sillon, des deux suivantes. Fie. 14. Ala antica feminfr. DES FORMIUUES Ht, FRANCK ET !>' ALGÉRIE. 101 29. Myrmica sordidcla Nyl. Addit. aller, p. hh ; Crema t. Mayr Austr. p. 200; Airoc. M ayri Schmidt in Mayr Beitr. 2. Kenntn. d. Ameis. p. là. Operaria : pallide fusca lavis nitida , sparse pilosa abdomine postice obscuriore, vel tola fusco-brunnea abdomine concolnre mandibules Zi-den- tatœ ; thorax supra paullulum longitudinaliler rugulosus , loco scutelli conslrictus, metanolum brevissimutu spinulis validiusculis paullo oblique sursum versis ; nodus posterior superne integer nitidus ; tibia; «que ac scapus pilosi. — Long. 2,5-3 millim. Habitat iisdem locis ac pra-cedens in Gallia maxime meridionali, ubi saltem ad Geaucaire eam passim observavi. Occurrit similiter in Dalmatia et in Sicilia. Il ressemble à la variété à tête foncée de l'espèce précédente , mais il est plus petit, poilu, el son nœud postérieur est arrondi et uni en dessus. — A cet endroit il faudrait ajouter une I I" subdivision du genre tfyrmica, si le Monomo- rium minutum Mayr Austr., p. 181 (1), avait été trouvé en France; mais jus- qu'à présent il semble que cette curieuse petite l'ormicide , à palpes maxillaires et labiaux uni-articulés, ne soit connue que de l'Italie (Lombardie, etc., d'après Mayr, /. c). Fie. 08. Antenna operaria'. — Fie. 59. Mandibula ejusdem. — Fie. «0. l'alpi ejusdem. VI. STRONGYLOGNATHUS .Mayr. Species parva. Corpus ut in génère Myrmica, sed mandihulae (analogian] offerentes illis Polyergi) angustatse, teretes, apice atle- niialo-ufuliiisriila'. l'alpi iiiaxillarcs artieulis h-, labiales artieulis 3. Nervi alarum ul in Myrm. cœspitum dispositi (fig. 15). 2. Strongylognathiïs testaceus Mayr Myrmicid. p. h; Austr. p. 158; Eciton f teitaceum Scnencb Nass. Ameis. p. 117 (cum ico- nïli. '5Jio')> Myrmus emarginalus Schenck in Entmnol. Zeil. 1853, p. 299. Operaria : pallida vel sordide pallide rufa, sparse tenuiter setulosa , abdomen rotundatum obscure indistincte Casciatum ; caput | supra visum subquadratiiin) stiiatum, occipile profonde eiiiargiiiatn ; thorax rugulOBUS, I HruiCA auUTi (Mayr), < operaria: piceii nilidissima la-vis, sparso piln- •ula, mandibnla, antennarum funiculus , clavs excepte 1 articulationee pedum •. Fig. 10. Aile antérieure du Afyrmica acervorum $. Fig. 1 1 . Aile antérieure du Myrmica nitidula $. Fig. 12. Aile antérieure du Myrmica Latreillei $. Fig. 4 3. Aile antérieure du Afyrmica (ugax Ç. Fig. 14. Aile antérieure du Myrmica sculellaris Ç. Fig. 15. Aile antérieure du Strongylognalhus leslaceus . Fig. 19. Palpes du Formica pressilabris <£. Fig. 20. Antenne du Formica g/acilescens Ç. Fig. 21 . Antenne du Formica vividula Ç. Fig. 22. a. Antenne du Formica pygmœa ^. b. Mandibule. Fig. 23. a. Antenne du Panera contracta Ç. b. Palpe maxillaire, c. Palpe labial. d. Lèvre (grossie 43 fois) e. Mandibule. Fig. 24. Antenne du Typlilopona oraniensis . Fig. 30. Palpe maxillaire du Afyrmica lobicornis ^. Fig. 31 . Palpe labial du Afyrmica lobicornis . Fig. 35. Antenne du Myrmica cœspitum Latr. çf . Fig. 36. Poil du pronotum du Myrmica angusltila <£. Fig. 37. Palpes du Myrmica lippula Ç. DES FORMICIDES DE FRANCE ET d'aLGÉRIE. 109 Fig. 38. Antenne du Myrmica lippula 1J>. Fig. 39. Poil du pronotum du Myrmica munifasciala ^>. Fig. 40. Mandibule, palpes et antenne du Myrmica simpliciuscula 5- Fig. il . Palpes, antenne et mandibule du Myrmica rccedens <£. Fig. 42. Antenne du Myrmica nilidula 7£ . Fig. 43. Maxille et lèvre du Myrmica svblœvis ?$. Fig. 44. Palpes du Myrmica la>vis Ç> . Fig. 45. Mandibule du Myrmica sublœvis . Fig. 46. o. Antenne du Myrmica sublœvis. b. Le scapevu de côté. Fig. 47. a. Palpesde Myrmica LalreilUi ^ . b. Chaperon, r. Mandibule. Fig. 48. Antennedu Myrmica Lalreillei T£. Fig. 49. Palpe maxillaire du Myrmica pallidula Ç>. Fig. 50. Palpe labial du Myrmica pallidula Ç. Fig. 51. Antennedu Myrmica pallidula Ç. Fig. 52. Mandibule du Myrmica pallidula ^>. Fig. 53. Pelpes du Myrmica domestica "§. a. Palpe maxillaire, b. Palpe labial. Fig. 54. Antenne du Myrmica domeslica Ç. Fig. 55. Antenne du Myrmica fugax ?£ . Fig. 56. Palpes du Myrmica fugax "§ . a. Palpe labial, b. Palpe maxillaire. c. Chaperon d Mandibule. Fig. 57. Antenne du Myrmica fugax sujets nous mil été fournie avec la plus glande libéralité par ta direction de la Société zoologique d'Amsterdam, el le premier travail déjà cité a éié entrepris dans ces circonstances. L'ensemble de nos investigations constitue, sous celle nouvelle forme, un tr.i\ ail spécial , que nous offrons aux analomistes , comme le pre- mier Mémoire publié par la Société zoologique d'Amsterdam. .Nous divisons nuire travail en deux parties , dont la première QBl consacrée aux plexus vascuUnres artériels el veineux du Pares- seux, ei la seconde aux plexus veineux que nous avons découverts dans lc> membre.-, des I liseaux. (1) Mémoire publié par la Société zoolo^iquo d'Amsterdam, traduit du hol- landais par M. A. Ilrullé , do Dijon. (2) M. W. Vrolik. (3) M. Scbrœder vau der Kollc. 112 J.-L.-C. SCHRCEDER VAN DER HOLK ET W. VROLIK. I. Plexus vasculaires artériels et veineux deVkUBradypus tridactylus). Avant de passer à la description de ces plexus vasculaires, nous croyons qu'il ne sera pas inutile de donner un aperçu historique de ce qui a été l'ait auparavant sur ce sujet. Carlisle lut le premier qui, dès 1800, décrivit les plexus comme étant formés par les artères dans le Bradypus et le Stenops. Leur existence fut acceptée dans les Manuels d'anatomie comparée , et ils furent aussi mentionnés par von Baer (1). Cependant , en 1823 , ils furcnl sur le point de perdre leur droit de cité dans la science, par suite, d'une fausse interprétation de la description qu'en a donnée Gaimard, célèbre naturaliste-voyageur français. Us ne furent admis qu'en partie et avec une addition arbitraire , dans un ouvrage périodique de cette époque. Voici la description de Gaimard : « Dans une injection que nous finies à la mer, et que le mouvement du navire rendit imparfaite, nous ne vîmes pas dans le système sanguin les particularités dont parle .M. Carlisle; seulement nous remarquâmes une foule de petits vaisseaux déliés, pénétrés par l'injection, accompagnant le tronc des artères crurales et brachiales. » Cette dernière partie , qui , à vrai dire , est une confirmation de l'observation de Carlisle, fut omise par le rapporteur du Bulletin de Férussac (2); la première partie fut seule mentionnée, avec une addition qui dit précisément le contraire de ce qu'avait avancé Gai- mard. Elle contient ce qui suit : « L'injection, quoique imparfaite, des vaisseaux cruraux et brachiaux , a prouvé à M. Gaimard qu'ils sont conformés comme ceux des autres Mammifères , et qu'ils ne présentent point la subdivision extrême que M. Carlisle a observée dans ceux du Loris paresseux du Bengale ou Nyclieèbe. » Ce l'ut cependant sur celte citation, incomplète et fautive, que s'appuya Oken pour nier l'existence de plexus vasculaires dans le Bradype, ainsi qu'on peut le voir par les Mémoires sur l'histoire naturelle du Brésil par le prince Maximilien (3). Ces plexus eou- (1) Meckel's Archiv., 1823, 3S4. (2) T. II, p. 57, 1823. (3) Beilrœqe zur nnlurg. «on Brnsilirn. Weimar, 1826, II, 496. RECHERCHES SIR LES PLEXUS VASCULAIRES. 113 raient donc le danger d'être rayés de la science , lorsque l'un de nous publia, en 18:26, quelques observations dont certaines parties nous étaient déjà communes , et qui confirment l'existence de plexus vasculaires artériels dans le Bradype et quelques autres animaux (1). On crut alors de nouveau à leur existence, et déjà môme Barkow semblait avoir épuisé le sujet (2 1, lorsque Mayer en 1839 (3 , l'un de nous en 1841 , à l'occasion de l'Unau (4), et Otto en 1843 (5), sans qu'ils en eussent rien appris, suivant toute apparence, les uns par les autres, ouvrirent une voie nouvelle, en reconnaissant, qu'il entrait aussi des veines dans la composition des plexus vasculaires. Otto a éclairei la chose par une figure, mais il doute lui-même si la disposition qu'il donne à l'artère est exacte. Suivant lui, elle pénètre, sans se diviser, au milieu du plexus veineux. Toutefois il a été conduit à douter, d'après son propre aveu , par les prépara- lions qu'il eut l'occasion de voir à Amsterdam et à Londres, et par les dessins qui lui avaient été envoyés d'Amsterdam. Nous sommes heureux de pouvoir démontrer qu'il doute avec raison. La figure que nous publions aujourd'hui fait voir que les plexus sont formés à la fois de vaisseaux artériels et de vaisseaux veineux. C'est un complément de la figure que l'un de nous adonnée il y a mainte- nant \in;- r l cl un ans, et en même temps une confirmation de nos observations mutuelles sur le Stenops. Cette figure a peut-être le mérite d'être la seule exacte qui ait été' donnée jusqu'à ce jour, au sujet de ces plexus vasculaires. Les figures publiées par Carlisle , par nous, par Kapp et par OttO, doivent doue toutes être fautives, quoique dans un sens différent. Les ramifications artérielles seules lurent représentées par Carlisle, par Etapp et par nous, et les rami- fications veineuses par Otto. Ainsi, ce n'est qu'après un laps de (1) \V. Vrolik, Di$q. de pecutiari arteriarum exlremilalum in nonnullia uni- moUbue ditfotUitmt. AmBletodami , 1826. (2) Meckét Archiv., t830, I. (3) Analect.fUrvergl.Anot.9onn, ISÎ9, !J2. ' ; Schraier van der Kolk. Ttjdechrift voor nal. getek., de Valider tloevcn tt dis Vriese. VIII, 111, Brlam*. Ta{. von Carut uud Otto . t. VIII, p. 4. . él ie Z'">i . r. V. (Cahier ri" i.) * 8 116 J.-L.-C. SCnRŒDER VAN DEH KOLK ET W. VROLIIi temps de près d'un cleini-siècle, que nous avons une idée juste et une représentation exacte d'un t'ait zootomiquc , dont la première observation remonte à l'an 1800. Ces vicissitudes, étranges d'ail- leurs, s'expliquent par l'imperfection des moyens, à l'aide desquels Carlisle a dû effectuer sa première découverte. S'il eût pu (aire passer, dans les artères et dans les veines à la fois, une injection de cire colorée ou de gélatine, assurément sa première détermination eût été aussi exacte que celle que l'on peut obtenir aujourd'hui , après beaucoup d'incertitudes et un intervalle de quarante-sept ans. Nous décrirons d'abord le plexus vascnlaire des membres anté- rieurs (pi. 4, fig. 1 i. On trouve à la fois , dans le creux de l'ais- selle, la veine, l'artère et le plexus nerveux. La veine c est située plus superficiellement et plus en debors. Derrière elle est placée l'artère 6, et derrière celle-ci encore le plexus nerveux a. La veine axillaire, aussitôt après sa séparation de la veine sous-clavière, se partage en une infinité de branches; qui forment un plexus super- ficiel et disposé, comme une sorte de gaine, autour du plexus artériel. Au milieu des ramifications veineuses du plexus apparais- sent celles de l'artère , de telle manière qu'entre deux brandies veineuses, il paraît y avoir une brandie artérielle. — Un faisceau de vaisseaux g, composé aussi bien d'artères que de veines, suit le bord antérieur ou externe de l'omoplate, et occupe ainsi la place des vaisseaux circonflexes de l'omoplate. Le reste du faisceau vas- culaire entrelacé descend, à la manière de l'artère et de la veine brachiale, entre le fléchisseur de l 'avant-bras et la tète interne du triceps; le nerf médian e est situé à la face externe du faisceau, et le nerf cubital /"à sa lace interne. On voit sortir du faisceau vas- culaire, au-dessous de l'attache du grand pectoral, une branche d qui se loge d'abord dans une rainure, à la surface de ce faisceau , pour y rentrer ensuite, au-dessus de l'articulation interne de l'os du bras. Kn écartant les branches veineuses, il nous a semblé, que le tronc de l'artère axillaire se partageait en trois grosses branches. L'une d'elles paraît indivise et forme la continuation du tronc, dont le trajet sur le bras est décrit ci-dessus; les deux autres consti- tuent la portion artérielle du faisceau vascnlaire, dans lequel elles se divisent en rameaux de plus en plus grêles, et s'envoient réci- RECHERCHES SUR LF.S l'LEXl'S VASCULAIRES. 115 proqnemcnt des anastomoses. Arrivé dans le pli du coude, le fais- ceau vaseulaire se recourbe derrière le pronateur grêle et le flé- cbisseur de la main. Le prolongement du tronc principal passe entre le pronateur grêle et le radial interne, accompagné du nerf médian, et entouré d'un faisceau vaseulaire de rameaux artériels et veineux d'un moindre diamètre. C'est, par conseillent, l'artère radiale. Le reste du faisceau vaseulaire s'écarte en rayonnant, et donne les artères cubitale et interosseuse ; on peut y reconnaître aussi les artères récurrentes du radius et du cubitus. Quant au trajet des nerfs médian, radial et cubital, il ne nous a rien offert de particulier Dans les membres postérieurs, dont nous avons supprimé la figure faute de place, les artères et veines iliaques externes, les artères cl veines sacrées moyennes, et les artères et veines iliaques internes ou liypogaslriques, offrent à peu près le même mode de ramification. La veine iliaque externe forme un réseau de fortes brandies, qui s'anastomosent entre elles, autour de l'artère iliaque externe ; au milieu de ces brandies veineuses entrelacées, qui for- ment eorame uni' véritable gaine, apparaissent des rameaux grêles, provenant île la division de l'artère iliaque externe. Le faisceau vaseulaire commun, artériel et veineux, descend le long de la cuisse, el donne d'abord à la partie antérieure du tibia un plexus, qui tient lieu ix branches de communication entre le plexus Veineux el la veine basilique indivise qui se trouve dans son voisi- nage. C'eal au milieu du bras que le plexus esl le plus serré, tandis que ses mailles sonl plus larges vers le pli du eoude el dans le ereux de L'aisselle. Ici les deux veines basilique e| brachiale se réunissent pour former l'axillaire, et celle-ci, à son tour, s'unit à la irès buege \eine ihoracique externe pour donner naissance i\ la sous- 120 J.-l.-C. SCIMŒD! R VAN DER HOIR 1,'f W. YKOIJK. clavière. L'artère brachiale profonde est cachée, et accompagnée simplement par la veine brachiale profonde qui ne forme point de réseau. Sous ce rapport encore, le plexus est ici beaucoup moins développé que dans le Condor. Au bord inférieur du long prona- teur, on voit apparaître l'artère radiale, enveloppée de ses deux veines, qui ne forment point de réseau, mais qui s'anastomosent simplement dans le pli du coude, par des branches transversales, premier indice du plexus veineux sur l'artère. Ce sont les troncs des veines elles-mêmes qui se continuent ensuite sur l'artère brachiale. On remarque de plus une branche veineuse indépendante w, qui vient de la profondeur, en arrière des deux pronateurs, et qui, située d'abord en dehors, puis derrière le tendon du biceps, vient se jeter dans la veine basilique. Dans le roi des Vautours (Sarcoramphus papa) et dans l'Éper- vier commun (Falconisus), nous avons observé une disposition à peu près semblable à l'égard du plexus veineux; mais il formait, dans le second de ces deux oiseaux, un réseau ;i 1res larges mailles. L'un de nous l'a trouvé également dans le Hibou (Strix otus). Omnivore?. Dans ce deuxième ordre d'oiseaux, nous n'avons examiné que deux espèces, la Pie (Corvus pied) et le Corbeau (Corvus corone). Nous n'y avons pas trouvé la moindre trace de plexus veineux au- tour des artères des ailes. Il faut ajouter, comme particularité re- marquable, qu'il n'y a ici qu'une seule veine profonde et très ' grêle, tout près de l'artère, au lieu des deux qui s'y trouvent ordi- nairement. La simplification du système veineux est donc plus grande ici, que dans quelques autres espèces d'oiseaux que nous avons examinées. Grimpeurs. Parmi les Oiseaux grimpeurs , nous n'avons examiné que le Kakatoès blanc (Psittacus rosaceus). La seule trace de plexus qu'il présente consiste en un réseau à larges mailles ; il est situé sur la portion inférieure de l'artère brachiale, à l'endroit où naît l'artère cubitale. L'autre partie de l'artère brachiale est simplement logée RECHERCHAS SLR LES PLEXUS VASCCLAIRES. 121 entre deux veines profondes, qui ne sont reliées entre elles, à la partie supérieure et intérieure du bras, que par des branches trans- versales ; elles ne se ramifient plus ensuite dans le reste de leur trajet le long de l'artère. Gallinacés. Parmi les Gallinacés, nous n'avons examiné la disposition vascu- laire que dans le Coq (Gallus domesticus), le Tetrao tetrix, le Pigeon commun et le Dindon (Meleagris gallopavo). On trouve dans le Coq, à la partie supérieure du bras, un rudiment de plexus, qui consiste en cinq branches, dont quatre transversales grêles et une cinquième plus grosse ; ces branches passent de l'une à l'autre des veines profondes au-dessus de l'artère. Un deuxième rudiment de plexus, situé au milieu du bras, se compose de deux branches superposées qui se croisent. Enliu une branche transversale, qui se rend de la veine profonde externe dansla basilique, représente un troisième rudiment dans le pli du coude. Les veines cubitales profondes émettent plusieurs branches transversales au-dessus de l'artère du même nom qu'elles accompagnent. Dans le Tetrao et le Pigeon, il n'y a point de plexus véritable autour de l'artère bra- chiale. Cette artère ainsi que la radiale et la cubitale sont toutes trois accompagnées de deux veines, qui s'anastomosent avec la basilique Ce n'esl que vers le milieu du bras et dans le pli du coude que l'on observe un rudimenl de plexus, dû à des branches anasto- moliques des deux veines, qui forment vers le milieu du bras un rëseail isolé, composé seulement de deux grandes mailles. Une disposition à peu près semblable se montre dans le pli du coude, où les anastomoses avec la basilique sont multipliées. La disposition plexiforme est un peu plus développée dans le Dindon, où l'on voit sur l'artère de 1res furies anastomoses veineuses disposées deux à deux , ce qui indique une véritable tendance à la forma- tion d'un plexus. ÊchsHierB. Parmi les Oiseaux de cet ordre, nous avons recherché la réticu- biion vasculaire dans le Héron drdeapwpurca cl dans la Grue 122 J.-L.-C. SCHRCEDEK VAN HEU KOLK ET W. VROI IK. (Grus cinerea). L'un etl'aulre ol'fre un réseau veineux à mailles serrées, qui constitue en quelque sorte une tunique autour de l'ar- tère brachiale. Palmipèdes. Parmi les Palmipèdes que nous avons pu examiner, nous avons remarqué une grande variété dans la disposition vasculaire de leurs ailes. Le Canard musqué (Anas moschata) , le Cereopsis Novœ Hol- landiœ et Y Amer gambiensis, ne présentent d'autres traces de plexus que les anastomoses, disposées deux à deux, des veines satellites de l'artère. Il en résulte deux réseaux à larges mailles, situés l'un vers le milieu du bras et l'autre au pli du coude. Dans l'^lnas nigra, la disposition réticulée est un peu plus pro- noncée. Elle consiste en un réseau à larges mailles, qui s'étend autour de l'artère brachiale, depuis l'aisselle jusqu'au pli du coude, et s'anastomose par un grand nombre de branches avec la veine basilique. Le Podiceps cristatus, au contraire, présente à la partie supérieure du bras, autour de, l'artère brachiale a, un véritable réseau veineux à mailles serrées, que remplacent, à la partie infé- rieure , de larges mailles formées par les branches anastomotiques des veines satellites de l'artère. Le plexus se montre encore plus développé dans le Cormoran. On retrouve ici, dans les ramifications artérielles, la même singu- larité que dans le Condor; c'est-à-dire que, l'artère brachiale se divise, dans le haut du liras, en artère radiale et cubitale. Chacune de ces artères est accompagnée de deux \cincs, qui commencent à former, sur le milieu du bras, un réseau à très larges mailles. Ce réseau, qui s'étend ensuite jusque sur l'artère brachiale, se met en communication avec la basilique e par une disposition déjà dé- crite plusieurs fois ; toutefois, il ne se continue pas jusque dans la cavité de l'aisselle , mais se termine un peu au-dessus de la bifur- cation de l'artère brachiale. Le plexus veineux est remarquable aussi dans la Mouette à tête noire (Larus ridibundus). 11 est dû, comme à l'ordinaire, à deux veines profondes, qui marchent le long de l'artère cubitale , et BECHERCHES SLR LES PLEXUS VASCLLMRES. 123 reçoit ensuite les deux veines satellites de l'artère radiale. Ses mailles sont si rapprochées, et il s'étend si loin sur le trajet de l'ar- tère, qu'il semble former autour d'elle un fourreau complet. Dans le Cygne domestique. (Cygnus olor\, le plexus veineux commence un peu au-dessous de la portion tendineuse du bi- ceps, et se continue jusque dans l'aisselle où il débouche dans la veine axillaire , au même endroit que la veine basilique. La portion de l'artère qu'entoure le plexus est si rapprochée du bord interne de la portion charnue du biceps, qu'elle est cachée en partie par ce muscle. La partie inférieure de cette même ar- tère est couverte plus complètement encore par le tendon du biceps; on n'y voit plus de plexus, mais bien les deux veines pro- fondes qui montrent en haut seulement quelques traces de plexus, et en bas ne communiquent que par des branches transversales. Tel est jusqu'à présent l'étal de nos recherches concernant la disposition remarquable des plexus veineux de l'extrémité anté- rieure des Oiseaux. En les résumant brièvement, on voit que nous avons trouvé le plexus veineux observé par nous autour de l'artère braeliiale, el quelquefois aussi autour de ses divisions, dans cinq espèces d'Oiseaux de proie : le Condor, la Pygarime, le roi des Vau- IpUTS, j'Éperyier el le Hibou; dans deux espèces d'Kehassiers, le Héron et la Grue; et enfin, dans cinq espèces de Palmipèdes, le Podiceps cristatus, le C'arbo cormoranus. le Larus ridibundus, le Cygnus olor el Y A uns niijra. Nous avons cru devoir examiner aussi, dans quelques-uns des Oiseaux déjà cilés, la disposition vaseulaiie de l'extrémité infé- rieure, el nous avons choisi le Condor, le l'odiceps cristatus, le C'arbo cormoranus et le Larus ridibundus. Dans le Condor, les vaisseaux el le nerf de la cuisse passent pat le trop obturateur, au lieu de se rendre mil la branche horizontal^ du pubis. De Tarière popliiiV naii l'artère libjale antérieure, qui passe directement sous la lele du tibia, au travers du ligament ililerosM'iix , el se distribue à la face antérieure de cel os. Lile es) accompagnée de deux veines, dont les anastomoses transversales forment un plexus incomplet sur la face antérieure du Lrajel de l'artère. L'extrémité intérieure du Podiceps cristatus ne nous a pas offert la moindre trace de 124 J.-L.-C. S< illta »! It VAIS DER KOI.K ET \V. YROI.IK plexus veineux ; toutefois, le retour du sang veineux paraît se pro- duire d'une manière remarquable, car il y a là trois grosses branches veineuses qui débouchent dans la veine crurale. Encore moins trouvâmes- nous de plexus dans le Larus ridibundus ; mais il en fut tout autrement dans le Carbo cormoranus. Dans cet Oiseau remarquable, l'artère tibiale antérieure est enveloppée d'un plexus veineux, dont la partie supérieure seule forme un réseau ; la partie inférieure ne se compose que de petites branches grêles, paral- lèles, et réunies çà et là par des branches transversales. Le nerf, l'artère et le plexus veineux, sont recouverts parle tibial antérieur et par l'extenseur commun des doigts, dont les tendons sont réuni par un cordon ligamenteux propre, au travers duquel passent aussi l'artère et son plexus. Le plexus et l'artère sont donc comprimés par le tendon. Le plexus repose sur l'articulation du tarse , ainsi que sur la face antérieure du métatarse. A l'endroit où l'artère tibiale antérieure, faisant suite à Tarière poplitée, passe an tra- vers du ligament interosseux, le plexus veineux est réduit à une branche courte que l'on retrouve à la l'ace postérieure du tibia. Le vaisseau qui provient de cette branche s'étend jusqu'au genou, le long de l'artère de cette partie, pour s'ouvrir dans la veine crurale, à peu près à l'endroit où l'artère tibiale antérieure naît de l'artère popiitée, entre les chefs du gaslrocnémien. C'est donc une dispo- sition toute spéciale que celle par laquelle un vaisseau veineux, un vaisseau artériel et un tronc nerveux, sortent au travers d'un cor- don ligamenteux de l'extrémité inférieure du gaslrocnémien. Nous avons trouvé dans le Cygnus olor un plexus tout à fait sem- blable ftg. 3). Si l'on rejette le tibial antérieur a et l'extenseur com- mun des doigts 6 sur le bord du tibia , et le péronier c sur le bord du péroné, on reconnaît que ces muscles recouvrent un réseau veineux à larges mailles e, dans lequel se trouve enveloppée l'artère tibiale antérieure, comme dans une véritable gaine. Au milieu de la jambe, ce réseau se divise en deux parties, dont l'une forme une rétieulalion plus lâche autour de l'artère, et descend jusqu'à l'articulation du tarse; l'autre partie, située plus en de- dans, fournit des branches plus grêles, plus droites et moins entrelacées, aux artères qui se répandent dans les muscles. De son' RECHERCHES SIR LES PLEXl'S VASCULAIRES. 125 côlé, l'artère, avec une partie du plexus veineux et les tendons du labial antérieur et de l'extenseur commun des doigts, passe sous le ligament transversal, et reparaît ensuite, au côté interne du tendon du tibial antérieur, dégagée du plexus. Klle n'est plus accompagnée alors que d'un simple cordon vasculaire, el elle s'in- fléchit sous le tendon du libial antérieur pour se porter au pied, en longeant le métatarse et la partie extérieure du tendon de l'exten- seur commun des doigts. A la face antérieure de l'articulation in- terne du tibia, on voit s'infléchir la veine, à laquelle Neugebauer donne le nom de Vena metalarsea interna seu magna. Elle con- stitue, à la l'ace interne du métatarse, une veine cutanée qui se rend au tibia, el devient , en passant à la l'ace postérieure de cet os, la veine tibialc postérieure h. Il s'en détache une branche anaslomotique, qui se rend dans la veine tibiale antérieure , en passant sur le tendon de l'extenseur commun. De semblables plexus vasculaires des membres inférieurs ont été décrits précédemment dans les Gallinacés par exemple, dans le Coq, le Telrao et le Din- don) et dans les Palmipèdes par exemple, dans le Cygne et l'Oie), par Cuvier, Van der Boon-.Meseh, Rapp, Tiedemann et par l'un de nous (1 , el l'un de nous vient encore de les découvrir dans le Cereopsis .\ova- Hollamtiœ. On les a regardés toutefois comme des plexus artériels; mais il est évident, pour ne parler que du Carbo cormoraiius, du Cereopsis A'orœ Hollayuiiœ et du Cygne, qu'il existe aussi là un réseau veineux. Si nous examinons comme il convient cet ensemble de faits, il est évident que nous avons l'ail connaître deux sortes de plexus vasculaires. Les uns se composent à la fois de veines et d'artères,, les autres déveines seulement; On observe dans ions celle partir cularité remarquable, que les veines sonl dépourvues de valvules, et que, par conséquent, on peu! les injecter par le tronc, comme le démontrent nos préparations. La description anatomique se trouve maintenant, nous l'espérons, développée d'une manière suffisante, el nous avons fail en sorte de perfectionner ce qui luis^aii à désirer dans les descriptions antérieures, S'il nous eût l ; \V . Xrulik, Uiseculiuri arlcnarwn extremitulum, etc. Auislu). 1826 126 J.-L.-C. SCmMEItER VAN der kolk et w. vrolik. élé possible, en même temps, de jeter quelque lumière sur la des- tination physiologique des plexus vaseulaires, certes ee progrès de la science anatomique eût élé pour nous doublement agréable. Mais à mesure, que nos connaissances sur la structure des animaux s'augmentent, nous voyons en même temps que nous marchons trop vite dans nos spéculations léléologiques. Le second d'entre nous s'en accuse lui-même tout d'abord, et il pense mériter d'au- tant mieux ce reproche qu'il n'a pas encore pu, en 1844, s'affran- chir entièrement de l'interprétation inexacte que tant d'années auparavant il avait publiée ;î ce sujet. Cette interprétation repose sur des données mécaniques. Les plexus vaseulaires auraient pour effet, dans le Bradypus, le Stenops, le Tarsius cl le Myrmecophaga, de ralentir le cours du sang qui se porte dans les muscles ; d'où s'expliqueraient les mouvements si Icnls, mais en même temps si prolongés, de la contraction musculaire. En outre, le danger de la compression des vaisseaux, par la tension des muscles ou par les branches des arbres, se trouverait ainsi écarte. Ce fut avec raison que von Baer s'éleva contre l'inexactitude et contre la partie toute mécanique de cette explication; et nous devons reconnaître que , depuis que nous voyons les veines aussi former des plexus, et depuis que nous connaissons ces plexus dans tant d'autres animaux, elle nous parait inadmissible. Toutefois, nous n'entendons pas pour cela être forcés d'accepter l'explication singulière et difficile à saisir de von Baer, qui pense que la cause des plexus vaseulaires réside dans la conformation des parties, et que , moins celle-ci est parfaite, plus doit être grande la tendance des artères à se partager en branches plexiformes. Entre les plexus et la disposition imparfaite des membres du Bradypvs et autres ani- maux, il doit y avoir, par conséquent, un rapport déterminé. — Cette explication, dont on a peine à se rendre compte, a déjà été combattue par Barkow avec tant de justesse, que nous n'avons pas besoin de nous arrêter à la réfuter. Avant d'aborder la recherche plus directe du but de ces plexus vaseulaires, il ne sera peut-être pas inutile de passer en revue ceux que l'on connaît aujourd'hui chez les animaux , et auxquels on a donné en général le nom de réseaux admirables. RECHERCHES SIR LES l'LEXl'S VASCIXA1RES. 127 Les plexus des artères cérébrales ont été décrits par Slannius dans le Marsouin (1) ; par Otto et Cuvier dans le Bœuf (2); ceux de l'artère ophtlialmique, par Otto et Garas, dans le Ebat (S) ; ceux de l'artère cœliatpie, dans les Thymnus, Alopias, Lamna, par Barth, Millier et Eschriehl (4i; ceux des pseudo-branchies et de la vessie natatoire des Poissons, par Millier (5) ; ceux des vaisseaux intercostaux , des vaisseaux de la queue , de la cavité abdominale et autres, dans les Cétacés, par Breschet (6) et von Baer (7) ; ceux des veines du bassin dans les Phoques, par Bu- row (8) ; ceux des vaisseaux des glandes de la joue dans l'Éléphant, par Otto et parus (9 -, ceux des vaisseaux des membres dans les genres Bradypns, M y rmeeophaga, Stenops, Tarsius , Dasypus(lO), les Oiseaux gallinacés cl palmipèdes , par Carlisle , Gaimard , W. Vrolik, Schrœder van der Kolk, von Baer, J.-F. Meckel, F. ïiedemann, Rapp, Allinan (11), Burmeister ; ceux des vaisseaux del'Ornithorhynque, parCarus(12 1; ceux des vaisseaux des mem- bres dans les M ynnecophaya j ubata et tamandua , dans le Porc , le Morse , le Lamantin et le Delphinus phocana, par Barkovv (13) et (1) Mulier's Archiv., 1841, 379. (ï) Erlaeuter. Taf., t. VIII, p. 2. (3) /(/., t. VII, fig. i. (4) Barth, De retibus mirabilibus , Berolini , 1837. — Eschricht and Muller (Thymnus vulgarisj, Phtjmk Abhandl. dir Akad. zu Berlin fuer 1835. Berlin, 1837. —Muller, th., fuer 4 839. Berlin, 1841, 271. (5) /(/., 213. (6) Ann. des se. nat., 2' série, II , 376. (7) Nova acla Acad. nat. cur., XVII, 395. (8) Mulier's Archiv , 1838, 230. (9j EHaeuUr. Tuf., t. VIII, p. 3. (10) Récemment encore, 1 un de nous a trouvé dans le Dasypus un plexus arté- riel et veineux, partant de l'artère el do la veine iliaques externes, et dont les branches se rendent en ligne droite sur le pubis, pour arriver aux muscles droits de I abdomen. Les branches veineuses sont très grosses, lesartériellesgrêles; elles ne forment, pour ainsi dire, pas de réseau. (4 1) iYole sur certaines particularités du système vasculaire de l'Armandilio à «ix bandes [L'Institut, 1844, 1 18, n" 530). (12) Enyland und Schotland «n lahrt I844, p. 120. (13) Nova acta Ac. nat. cur., XX, L. 28, p. 2. 128 J.-Ii.-C M llltottllt VAN DEK KOI.K ET W. VROI.IK. von Baer (1); ceux de l'artère et de la veine mésenléïiques supé- rieures du Porc , par Gurlt (2) . Dans toutes ces observations on s'est occupé des plexus vascu- laires, tant artériels que veineux. Si l'on prête maintenant attention à ce fait, que ces réseaux appelés admirables ont été observés dans tant d'êtres organisés différents, dans des parties du corps si diverses, et dans des animaux d'une nature si variée , il paraîtra évident que leurs usages ne peuvent être aussi exclusivement mé- caniques qu'on l'avait pensé jusqu'à présent. Que le cours du sang en soit ralenti, on ne saurait, comme Henle le fait remarquer avec raison (3), méconnaître ce résultat. Le passage du sang, en effet, dans un aussi grand nombre de vaisseaux, doit se laire plus lente- ment, ne fût-ce que par suite de l'augmentation du frottement. C'est ainsi que fonctionnent les réseaux admirables dans les cor- puscules de Malpighi des reins, el ceux des amas vaseulaires glan- dulilbrmes que l'on nomme glandes canadiennes dans les Gre- nouilles, glandes choroïdiennes dans les Poissons, etc. Si cette interprétation est exacte, les réseaux doivent fournir plus abon- damment à l'échange des matériaux nutritifs, ce que rend très vrai- semblable l'existence des vaisseaux veineux dans ces réseaux. Des courants artériels et veineux longtemps en présence, et séparés seulement par des membranes minces, ne peuvent que produire pal éebange. Il se passe là quelque ebose d'à peu près semblable à ce qui a lieu dans le placenta, entre les vaisseaux de la mère et ceux du fœtus. C'est ainsi que les réseaux admirables, comme le démontrent suffisamment les exemples déjà cités , se rencontrent, surtout là où l'échange des matériaux est le plus nécessaire. Nulle part peut- être cela n'est plus évident que dans le beau plexus que for- ment, dans le mésentère du Cochon, les artères et les veines. Dans (1) Mém. présentés à l'Ac. de Saint- Pélersbourg, II, 199,1835. (4) Anat. Abbild. der Haussanegelliiere , t. 145, p. 1 . — L'auteur le plus ancien pour les plexus vaseulaires est J.-C. Peyer, De rete mirabili cerebri , ejusque descriptione et usu (Miscell. Ac. nnl. cur., D. 2, ann. 5, 355, 1686). — Ce serait encore le cas de citer ici une dissertation qui ne nous est connue que de nom, par A. -G. Frœling, De velibus mirabilibus, Berolini , 1 842. (3) Allgem. Anat , Leipzig", 1481, p. 533, etc. RECHERCHES SUR LES PLEXUS VASCl'LAIRES. 129 ce cas, les branches qui proviennent des troncs constituent immé- diatement un réseau très fin, étroitement entrelacé , large et bien développé, qui, plus loin, se transforme en vaisseaux parallèles pour se porter vers les intestins. Des lymphatiques paraissent encore traverser ce réseau , et ce n'est pas là , à coup sûr, une circonstance insignifiante pour l'échange des matériaux. Dans le Bradype, il y a pourtant encore un autre usage à assigner aux plexus vasculaircs. Lorsqu'on examine le mode d'insertion des muscles des membres , et qu'on le compare avec la disposition générale de ces membres, on ne saurait méconnaître, comme l'un de nous se propose de le démontrer prochainement dans une myo- logic comparée du Bradype, un emploi si avantageux de tous les moyens mécaniques, qu'il n'exige qu'une faible dépense de forces, pendant cette longue suspension par les membres, le dos en bas , qui est habituelle à cet animal. Quoi qu'il en soit, il paraît certain, que la durée des contractions musculaires exige quelque disposition prolectrice, pour contrebalancer l'obstacle qu'oppose au cours du sang la compression prolongée des muscles. L'un de nous a émis précédemment l'idée que nous adoptons volontiers aujourd'hui', savoir : que les plexus vasculaircs du Bradype, en maintenant le cours du sang libre et indépendant de la compression, s'oppose- raient à cet é'tat d'engourdissement, suivi d'impuissance, que l'on observe dans les muscles de l'homme, alors qu'ils sont restés long- temps dans une immobilité soutenue. — On pourrait peut-être, et cela ;i déjà été fait, nous opposer l'exemple des Chevaux, qui res- ii'ui toute la journée debout sur leurs membres, sans qu'une dispo- sition particulière des vaisseaux sanguins nous en fournisse l'expli- cation. Cependant, si nous ne nous trompons pas, celle objection a peu de valeur. La station îles Chevaux n'est pour eux autre chose, jusqu'à on certain point, qu'un moyen incomplet de repos; s ils veulent se reposercomplétement, ils se couchent en s'étendarit sur le sol. Qui ne sait d'ail leurs que le Cheval, même le plus patient, agite continuellement ses pieds, ranimanl ainsi involontairement la circulation , qui se ralentit dans ses membres. Ce qu'on appelle son immobilité est donc tout autre chose que la suspension, pendant des heure- entières, ilu Bradype, ;m moyen île SCS membres. Il 4* série. Zool. T. V. (Cahier n' 8.) ' 9 130 J -L.-C. SCDRWDER VAN DER KOLHETW. VROLIK. fallait donc, dans les vaisseaux de ce dernier, une disposition protectrice qui n'est pas exigée chez le Cheval. Ici se terminent nos considérations au sujet des plexus à la fois artériels et veineux. Il est peut-être plus difficile encore d'expliquer l'usage des plexus simplement veineux ; cependant, si nous consi- dérons ceux qui existent dans les Oiseaux, et la place qu'ils occu- pent dans ces animaux, nous les trouvons partout formés par les veines brachiales, à l'endroit où ces veines, accompagnées de l'artère brachiale, passent sous le muscle biceps. Au contraire, la veine basilique, située librement en dehors, ne forme jamais de plexus. L'existence du plexus vasculaire , dans les seules veines qui sont situées profondément et qui sont comprimées par les muscles voisins, est un fait trop frappant pour qu'on n'en tienne pas compte. Déjà même l'indication n'en existe-t-elle pas dans l'Homme , où pareillement la veine basilique est toujours simple , tandis que les veines profondes sont doubles et liées par des anaslomoses? C'est une opinion généralement adoptée que la com- pression alternative exercée par les muscles se fait sentir sur ces veines, et accélère la circulation. On peut en avoir la preuve dans la saignée, lors des mouvements alternatifs d'extension et de flexion des doigts. — Les muscles sont-ils, au contraire, maintenus dans un relâchement prolongé, la circulalion se ralentit alors, comme on peut s'en convaincre dans la saignée, en laissant immo- biles les doigts écartés. Appliquons maintenant aux plexus veineux des Oiseaux cette donnée, d'après laquelle la compression alterna- tive des muscles accélère le mouvement du sang dans les veines, tandis que la contraction persistante le ralentit; nous voyons que ces plexus sont toujours situés contre le biceps, et comprimés par ses contractions. L'un de nous a même cru remarquer que, dans les Oiseaux où il n'y a pas de plexus , les veines brachiales sont plus libres, et moins en contact avec le biceps. Peut-être même est-ce là la raison pour laquelle il n'y a, dans la Pie et dans le Cor- beau, qu'une seule veine brachiale profonde. C'est dans les Oiseaux qui volent haut et longtemps que nous avons trouvé le plexus veineux de l'extrémité antérieure le plus complètement développé. Plus l'aile est grande , plus la force RECHERCHES SLR LES PLEXUS VASCULA1REÏ. 131 musculaire osl nécessaire , et |ihis aussi il doit se rendre de sang aux muscles. Le retour du sang veineux doit nécessairement suivre la même loi, ce qui nécessite chez ces ( fiscaux la présence de gros troncs veineux. Ceux-ci comprimés alors par la contraction pro- Imigée des muscles, le cours du sang veineux serait suspendu. Pour olivier à cet inconvénient, il se l'orme des voies nouvelles, par une cause à peu près semblable à celle de la circulation colla- térale, après la ligature de quelque gros Ironc artériel. De là aussi l'utilité évidente des anastomoses transversales , lorsqu'il n'existe pas de plexus, et encore de la duplication des veines profondes dans presque tous les Oiseaux. Dans les veines cutanées, de même que dans la basilique, qui ne peuvent être comprimées par les muscles, il n'existe pas de plexus. Ce fini démontre suffisamment le lien qui existe entre l'action musculaire et la présence d'un plexus. A quoi il faut ajouter encore que lès valvules manquent dans les veines des plexus, ce qui parait avoir lieu dans tous les cas. L'Homme lui-même n'a pas de val- vules dans le plexus veineux de ses muselés plérygoïdicus (1). Cette absence de valvules esl une cause de plus qui rend le plexus nécessaire ; parle défaut de valvules, le cours du sang dans les veines eût été plus facilement suspendu, si un passage assuré ne lui était livré par un plexus. La valeur de notre hypothèse, à l'égard du rôle que joue le plexus veineux en rendant libre le cours du sang, qui pourrait être suspendu par la compression musculaire , s'accroît beaucoup par la remarque suivante : Les plexus, ainsi que le montrent toutes nos ligures, sont plus développés là où les contractions du muscle exercent leur pression : c'est-à-dire vers la portion fibreuse. En oiilre, dans eerlains Oiseaux, il existe nu plexus veineux aux membres inférieurs. Le plexus est couvert, dans ce cas, par le (l) Ce plétlrt tt été examiné attentivement par l'uri de nous; il ost Bitué au milieu dea moaclea ptérygoldieoe , al te compose de maillée oblonguea el placées en Iravers, rpii ni- mjiiI |.;i^ tri", (lillcrciilcs .In rHIe* ,;i,r nous a\nns li-inir dana l'Aigle de mer [Faleo olMcilla) Bteactael eh I donné une très I e liguro dans son ouvrage inachevé, Recherche* sur le tjnrti tni i efneux, '■' livrai- son, pi. 3, M. 132 J.-I..-C. SCBRŒDER VAN DER KOI li ET W. VROMK. muscle très fort appelé tibial antérieur , et par son tendon. S'il se fût trouvé là une simple veine, au lieu d'un plexus, elle eût été certainement comprimée entre le tibia et le muscle, et par suite le passage du sang veineux eût été empêché. Quel que soit le mérite de cette hypothèse, le fait anatomique n'en restera pas moins important, Nous espérons avoir servi la science en le publiant. EXPLICATION DES FIGURES (1). PLANCHE l\. Cette figure 1 représente une parliede l'aile droite du Condor, préparée pour mon- trer le système veineux, qui s'applique en manière de gatne autour des artères. Les vaisseaux, les nerfs et les muscles sont mis à nu, pour faire voir ce lacis vascu- laire. — a, portion brachiale du grand pectoral rejetée en dehors ; b, muscle biceps ; c, muscle triceps ; cl, union du grand dorsal avec le triceps ; f, exten- seur long radial du métacarpe ; g, long fléchisseur postérieur et supérieur ; i, court fléchisseur antérieur et supérieur; /, long palmaire; m, muscle cubital interne; o, tronc commun du nerf médian et du nerf cubital ;>. — En g se montre le plexus veineux, qui entoure l'artère axillaire de manière à la cacher complètement ; ce n'est qu'entre les mailles du plexus qu'on aperçoit les parois de l'artère. En r la même disposition autour de l'artère brachiale. En s l'artère bra- chiale profonde, entourée de son plexus veineux, cachant le nerf radial (. On voit en u et « que la division de l'artère brachiale en artères radiale v et cubi- tale u se fait très haut dans le bras. Ces deux artères sont entourées de plexus veineux et ne s'en dégagent que dans le pli du coude, ainsi qu'on le voit en y pDur l'artère cubitale, qui n'est plus accompagnée ici que de ses deux veines profondes. En w se voit la veine basilique, qui s'anastomose par des branches nombreuses avec le plexus veineux, autour des artères, et reçoit en x la veine cutanée de la portion extérieure du bras. Eiu. I . — Extrémité supérieure gauche àuBradijpus Iridaclylut, dans laquelle les vaisseaux injectés sont mis à nu, dans leurs rapports avec les parties voisines, afin de faire voir le plexus vascnlaire, qui se compose à la fois de l'artère Pi de la veine. Dans le creux de l'aisselle sont situés, les uns adossés aux autres, le plexus nerveux a, l'artère axillaire b et la veine axillaire c, la veine (l) Le mémoire hollandais est accompagné de quatre planches, dont nous reproduisons ici les figures les plus importâmes; les autres se rapportent à l'aile du Falro albicilla , du Corbo cormoranws , (lu Poiiiceps crislalus, rie l'/ltms ni'jra, du Cornus pica, etc. RECHERCHES SUR LES FLEXIS YASCULAIRES. 133 c en avant, l'artère b en arrière, et derrière celle-ci encore le plexus nerveux brachial. On voit que l'artère, dès son origine, se divise en une infinité de branches grêles, qui forment un plexus autour duquel s'applique, comme une sorte de gaîne, le plexus veineux ; ce dernier débouche ensuite par des bran- ches plus fortes, dans la veine axillaire. Entre deux branches veineuses, il semble qu'il y ait chaque fois une petite branche artérielle. On voit, en outre, le prolongement tout à fait distinct de l'artère, en d. Il est placé superficiellement dans un sillon du faisceau vasculaire et pénètre de nouveau dans le faisceau, au-dessus de l'articulation interne de l'humérus. Sur le côté extérieur du faisceau vasculaire passe le nerf médian e, et, sur le côté inté- rieur, le nerf cubital f. Autour du côté antérieur ou extérieur de l'omoplate s'applique un faisceau vasculaire - . .j.ci ; >j. iJullin^iie, I8i4, |>. 170, 386, L'56 V. MJIRFËLS. entourées d'une enveloppe albuniineuse, peuvent présenter l'appa- renee des globules de lait , sans qu'on ait aucun moyen sûr île les en distinguer, on conviendra qu'il est difficile de se servir de ces globules pour démontrer le mode de passage de la graisse. On sera encore plus éloigné de s'en servir quand nous aurons dit •pie , chez des Grenouilles nourries avec du sang de Brebis , nous avons plusieurs Ibis trouvé dans le sang des molécules degraissede toutes les grandeurs , qu'il était impossible de distinguer des globules de lait. La résorption des molécules de. farine d'amidon n'est pas prouvée davantage par les recherches de Herbst; car les nuages bleuâtres, qui se produisent par la réaction de la teinture d'iode, ne peuvent, dans un liquide aussi composé que le sang, servir de preuve irréfutable de la présence de ces molécules. Quoique ces recherches de Herbst n'eussent point abouti à une preuve définitive du passage des molécules insolubles dans les canaux cbylifères et sanguins, cependant elles avaient soulevé une question jusqu'alors laissée de côté , et elles ouvraient une voie dans laquelle les esprits investigateurs allaient le suivre. Nous verrons plus loin que le passage des molécules de farine d'amidon a été [trouvé par Donders et Mensonides ; cependant je crois que l'on doit attribuer à Herbst le premier mérite de cette découverte. C'est lui qui s'en est occupé le premier, et dans son Traité on peut lire ce passage : « Le nombre des matières qui peuvent être absor- » liées est considérable. Qu'elles doivent être entièrement liquides, » sans contenir aucune espèce de molécules insolubles , c'est ce » qui n'est ni prouvé, ni vrai, comme je l'ai montré par mes obser- » vations précédentes. L'entrée de nombreuses molécules de lait, » et d'autres de différentes grosseurs , dans les canaux cbylifères >> du duodénum, prouve le contraire avec une évidence irrésistible. » La limite de ce pouvoir d'absorption n'est pas encore connue , » mais des molécules , plus grosses (pie les corpuscules de sang , » peuvent être absorbées. »Ces paroles sont une savante prévision des vérités que je prouverai dans ce Mémoire. Deux ans plus lardOEslerlen 1 1), qui n'avait probablement pas con- (I) Docteur Œsterlen , dans les Annales de Henle et Pfeufer pour la méde- cine rationnelle, t. V, p. 434 (Zeilsclirift fi paitage du mercure et de la graine dans rant du eang, dieeertallon inaugurait Wurizliourg, 1854 [Uebrr die Au/- nahme dti (Jutcktilbert und dtr b'tllt m den Kmelauf). l'i'l F. MARFELS. Mammifères qu'on peut facilement se procurer celui qui a les corpuscules les plus petits. Avant d'entrer dans une exposition détaillée de nos recherches, nous dirons que nous n'avons rien admis que quand le doute n'était plus possible, et chacun des résultats que nous donnons a été contrôlé et vérifié par Moleschott. Pour prévenir toutes objections, nous dirons aussi, une fois pour toutes, que dans nos expériences, aucun verre n'a été placé sous le microscope sans avoir été nettoyé avec le plus grand soin , et que chaque instrument n'a jamais été employé après avoir servi à un autre usage : en un mot, toutes nos expériences ont été faites avec le plus grand soin et la plus minutieuse exactitude. Pour prouver que du sang de Brebis mêlé avec du sang de Gre- nouille ne subit aucun changement , le 21 novembre 1853, à deux heures de l'après midi , je fis un mélange de sang de Brebis et de sang de Grenouille : du premier 1 gramme 8/10" de gramme; du dernier 10 grammes 1/2. La proportion était donc de 1 à 5,8/10 e! . Après avoir bien secoué ce mélange, je soumis plusieurs gouttes au microscope. Il était très facile de distinguer avec certitude, les cor- puscules du sang de Brebis à leur apparence claire, brillante et souvent ridée. Les corpuscules du sang de Brebis étaient plus nom- breux que ceux du sang de Grenouille. Vingt -quatre heures après je me livrai à un nouvel examen du mélange. Les couches supérieures étaient entièrement composées de corpuscules de sang de Brebis; celles de Grenouille se trouvaient sans mélange au fond du vase. Quatre jours après, le mélange, examiné de nouveau, me montra, au milieu d'un liquide déjà décomposé et putréfié, les mo- lécules de sang de Brebis tout à fait intactes , tandis que toutes les molécules colorées de sang de Grenouille avaient disparu. J'en dé- couvris seulement quelques-unes non colorées. Nous concluons de ce, qui précède que le poids spécifique des corpuscules de sang de Grenouille est plus grand que celui des corpuscules de sang de Brebis; tandis que, d'un autre côté, ces derniers sont bien plus nombreux, même quand on prend six fois moins de sang de Brebis que de sang de Grenouille (1-). (1 ) Martels et Moleschott, Sur la durée de !a vie des corpuscules de sang, dans RECHERCHES SUR l'aBSORPTION. 145 Sûrs désormais que du sang de Mammifère, mêlé avec du sang de Grenouille , ne subit aucune modification , et que ses corpus- cules peuvent être reconnus, même après plusieurs jours, nous introduisîmes , au moyen d'une seringue, du sang de Brebis dans la bouche d'une Grenouille. Nous ne découvrîmes rien, et ce résul- tat négatif se reproduisit plusieurs fois quand nous examinâmes la membrane des pattes de la Grenouille. Après avoir tué une Gre- nouille dans laquelle on avait introduit du sang de Brebis, je soumis à l'examen une goutte de sang tirée du cœur, sans avoir au premier abord aucun résultat. Fournie livrera un examen plus approfondi, je préparai avec un grand soin le mésentère de ce Batracien. Dans différents vaisseaux que je pouvais bien observer, je trouvai des corpuscules de sang de Brebis à côté de ceux de sang de Gre- nouille. 11 était impossible de penser que ces molécules de sang de Brebis avaient pu s'introduire extérieurement dans notre prépara- lion ; et en pressant avec une épingle sur les vaisseaux examinés, nous avons vu ces corpuscules circuler selon le cours du sang. Elles avaient , à n'en pouvoir douter, tous les caractères des cor- puscules de sang de Brebis. Un examen du sang du co?ur de l'a- nimal, tué un heure et quart avant, nous offrit, à coté des corpus- cules de sang de Grenouille , d'autres plus grosses et plus petites qui, selon que l'on faisait monter ou descendre l'objectif, prenaient une apparence tantôt lumineuse et brillante, et tantôt un peu colo- rée. Nous fîmes une réaction avec de l'éther sur ce sang de cceur. Beaucoup de ces molécules disparurent; toutefois nous en aper- çûmes encore qui étaient en assez grande quantité proportionnel- lement aux corpuscules de sang de Grenouille, et que nous dûmes reconnaître pour des corpuscules de sang de Brebis. Le 13 janvier 1854 , nous commençâmes à introduire du sang de Brebis dans cinq Grenouilles, appartenant en partie à l'espère appelée R. esculeiita, en partie à la H. temporaria, et nous répé- tâmes l.i même opération chaque jour à la même heure. Le 17 jan- vier, on tua une Grenouille qu'on avait ainsi préparée pendant \e» Recherche» tur la nature de F homme et des animaux, édils par Moleschott, t. I, 4 8SC (Ueber die Leliensdaucr der BltltkOrperchen in Molescholt'» Unler- tuchuugcn zur Saturlchre der Menschen und der Thiere), *• géri». Zooi.. T. V. (Cahier n" :).) • 10 116 v. jiuuiis cinq jours ; le mésentère fut détaché , examiné , et les vaisseaux sanguins parfaitement reconnus , mais il ne nous fut pas possible de produire de circulation. Les vaisseaux étaient pleins de sang, et nous pûmes reconnaître les corpuscules de sang de Grenouille ; mais la recherche de ceux du sang de Brebis fut si difficile que nous l'abandonnâmes. A une place qui pouvait être plus faci- lement examinée apparurent quelques corpuscules de différentes grosseurs, mais que nous ne pûmes reconnaître avec certitude pour des corpuscules de sang de Brebis. Voulant examiner plus minutieusement, je coupai le cœur; j'en pris une partie, dont j'exprimai une goutte de sang sur un objectif que je plaçai sous le microscope. Alors apparurent avec évidence, à côté des corpuscules de sang de Grenouille, des corpuscules de sang de Brebis, puis une grande quantité d'autres de différente grosseur jusqu'à la grosseur des corpuscules élémentaires. Les corpuscules de sang de Brebis étaient la plupart un peu pâles, quelques-uns ridées, et offraient une apparence tout à fait semblable à celle des corpuscules contenus dans le ventre , et que nous avions exami- nés. Le 19 janvier nous tuâmes deux Grenouilles , et le mésentère fut soumis à nos observations. Nous ne pûmes rien y découvrir. L'examen du sang du cœur, dans ses diverses parties, nous fournit encore des corpuscules de sang de Brebis en quantité plus ou moins grande. Le 21 janvier nous tuâmes encore deux Grenouilles, préparées jusqu'à ce jour de la manière que nous avons indi- quée. Nous ne pûmes encore rien reconnaître avec certitude dans le mésentère; mais dans le sang du cœur, nous apercevions toujours les mêmes corpuscules de sang de Brebis. Nous remar- quâmes aussi une fois avec beaucoup d'intérêt des Infusoires, dans le sang du cœur de l'une des Grenouilles , comme nous en avions déjà vu dans du sang de. Brebis conservé depuis longtemps. Nous avions réussi à trouver des corpuscules de sang de Brebis dans le sang de diverses Grenouilles, et nous ne voulûmes point nous contenter de ce résultat ; mais , comme nous l'avions fait en commençant pour la membrane des pattes, nous cherchâmes si nous découvririons les corpuscules de sang de Brebis dans le cou- rant sanguin du mésentère des Grenouilles vivantes. A cet effet, RECHERCHES SIR l'aRSORPTION. 1^7 je construisit un objectif avec un plateau de verre entouré d'un cadre, mais seulement sut trois Cotés; je le plaçai sur l'objectif ordinaire, en appuyant sur deux pieds les côtés non soutenus. Sur ce nouveau verre objectif, j'étendis la Grenouille de la manière suivante : D'abord je liai ensemble les pattes intérieures au-dessus du genou. Une semblable ligature l'ut faite à chaque patte supérieure, de manière que les fds avaient encore une longueur de h pouces. La Grenouille, ainsi liée el placée sur l'objectif, fut attachée à un cldii sur un des celés du cidre par le lil i\<'> pattes inférieures, de telle façon qu'après avoir été ensuite attachée par les fils des pattes supérieures au côté opposé du cadre, elle présentait le flanc. La peau de l'abdomen fut soigneusement coupée. Une hémorrhagie asSez considérable, de temps à autre, nous gêna beaucoup dans nos recherches. Enfin, nous soumîmes au microscope les intestins ;i\ec le mésentère mis à découvert!. Ce fut le 9 février 1854 qu'une Grenouillé, remplie 1m veille de sang de P.rebis , fut attachée, sur l'objectif de la manière décrite, et la circulation examinée dans les vaisseaux <\u mésentère. Nous nous posâmes comme règle de n'examiner que les vaisseaux dont le volume ne laissait passer les molécules de sang que les unes après les autres. Ainsi fixés sur nuire manière de procéder, nous ne fûmes pas longtemps sans voir dans le courant du sang Ae> corpuscules de sang de Grenouille, et des corpuscules de sang de Brebis se succéder alternativement. Kl (buis ces différents vaisseaux nous en distinguâmes plusieurs, pendant les deux heures que dura notre examen^ Le sang du coeur de la même Grenouille contenait aussi une assez grande quantité de corpuscules de sang de Brebis. Le lendemain je plaçai sous le microscope^ de la manière indiquée, une Grenouille, dans laquelle i a :i\ ions introduit pendant deux jouis du sang de Brebis. J'oli- ser\;ii le mésrllleic, cl celle l'ois encore je \ Is (kilis llll vaisseau cir- culer les corpuscules de >;uili de Grenouille , alternativement avec les corpuscules de B8ng de Brebis. IMus lard, nous observâmes Me deux fois des corpuscules de sang de Brebis dans les vais- seaux du mésentère de Grenouilli g vivantes. Nous voulûmes chercher si, en répétant plusieurs fois l'opératiofl l'|8 F. MARFELS. sur une même Grenouille, le nombre des corpuscules de sang augmenterait. A partir du 9 février, nous introduisîmes chaque jour du sang de Brebis dans plusieurs Grenouilles. Le 16 février, c'est-à-dire huit jours après le commencement de cette opération, je tuai une des Grenouilles. Après avoir disséqué soigneusement le cœur je le serrai avec une pincette, de façon que le sang ne put sortir, je le lavai soigneusement dans de l'eau, et l'essuyai avec un linge ; puis je soumis au microscope une goutte de sang con- tenu dans le coeur, et , à ma grande surprise , je trouvai que les corpuscules de sang de Brebis étaient aux corpuscules de sang de Grenouille comme 5 est à 1. Nous n'avions pas encore eu l'occa- sion de voir des corpuscules de sang de Brebis aussi beaux , aussi intacts dans les vaisseaux des Grenouilles. On remarquait la dépres- sion centrale dans presque tous les corpuscules , et chaque goutte que j'examinai donna le même résultat. Je continuai à introduire chaque jour du sang de Brebis dans les Grenouilles encore vivantes, jusqu'au 27 février. Je dois remarquer ici que la plupart de ces animaux ne supportent pas facilement l'introduction du sang de Brebis, et finissent par périr. Les unes, auxquelles nous en avions introduit par la bouche, le vomissaient, et quand c'était pas l'anus, elles l'évacuaient avec la force d'un jet de seringue. Ces évacua- tions peuvent nous donner l'explication de l'inutilité de nos pre- mières recherches, quand nous examinions s'il y avait du sang de Brebis dans le cœur peu de temps après en avoir introduit dans la Grenouille. Plus tard nous réussissions à trouver du sang de Brebis presque dans toutes nos Grenouilles , lors même que nous n'en avions introduit qu'une seule fois. Je dirai en passant que nous avons pu apprécier la durée normale du passage du sang de Brebis de l'intestin dans le cœur. Nous l'avons évalué à une heure et demie. En employant l'appareil d'induction électro-magnétique de Dubois-Beymond, nous parvînmes même à constater sur les intestins de plusieurs Grenouilles, sortis de l'abdomen, que le passage du sang de Brebis dans le sang du cœur et dans les vais- seaux du mésentère s'effectuait en vingt-cinq minutes. Cela prouve quelle action exercent les contractions intestinales sur l'introduction des corpuscules. Une des Grenouilles, préparées, comme nous RECHERCHES SUR l' ABSORPTION. 149 l'avons dit, jusqu'au 27 février, fut tuée ce jour-là, c'est-à-dire après dix-huit jours d'ingestion quotidienne de sang de Brebis. Son cœur fut soigneusement disséqué et lavé comme dans les pré- cédentes opérations. Nous y trouvâmes la proportion extraordi- naire de trente corpuscules de sang de Brebis sur une de sang de Grenouille. Toutes avaient la plus belle apparence. Une seconde fut tuée et donna le même résultat, seulement les corpuscules de sang de Brebis étaient un peu moins nombreuses. Comme nous nous étions servi pendant treize jours du même sang de Brebis, nous nous attendions à trouver des Infusoires dans les Grenouilles, mais il n'en fut pas ainsi. L'examen de ce sang de Brebis qui nous restait encore ne nous en donna pas non plus. Pour ne pas entrer dans de trop longs détails, nous nous conten- terons de dire que , quatre fois, nous avons vu circuler des cor- puscules de sang de Brebis dans le sang des vaisseaux du mésen- tère de Grenouilles vivantes. Seize fois pendant la première partie de nos observations , cl plus de deux cents fois dans la seconde, nous en avons trouvé dans le sang du cœur en quantités variables. Nous introduisîmes aussi dans le tube digestif des Grenouilles du sang de Veau et de Bœuf, dont les corpuscules sont un peu plus gros ; mais comme vingt-quatre heures environ après l'ingestion nous n'en remarquâmes aucune trace ni dans le sang du cœur, ni dans le mésentère , nous crûmes d'abord que la grosseur des corpus- cules de sang de Brebis était la limite des matières qui pouvaient opérer leur passage. Des recherches subséquentes nous firent changer d'opinion, car, après plusieurs introductions nouvelles, nous [lûmes voir dans le sang du eœunles corpuscules de sang de Veau et de Boeuf. A côté des corpuscules de sang de Veau, nous remarquâmes d'autres corpuscules, dont la grosseur variait jusqu'à celle des corpuscules élémentaires. Dans nos expériences faites avec du sang de Brebis, il a été déjà question de corpuscules de différentes grosseurs, dont quelques-unes ne surpassent pas les corpuscules élémentaires. Comme nous avons dû faire plus lard des recherches sur la durée des corpuscules de sang >\r Brebis dans le sang de Grenouille, il nous est arrivé de trouver très souvent i\f ces corpuscules de 150 •?. MARFELS. différentes grosseurs dans des gouttes de sang exprimées de la substance du cœur. D'après nos expériences, nous croyons pouvoir assurer que dans le sang du cœur de Grenouilles, soit préparées comme les nôtres , soit même à l'état naturel , on doit trouver con- stamment de ces corpuscules de différentes grosseurs. Ce sont en partie des molécules de graisse du plus petit diamètre, en partie des molécules de sang non colorées qui atteignent à peine la grosseur des corpuscules de sang de Brebis, et enfin des corpuscules qui ont la grosseur de ceux de ce sang , quelques-uns même un peu plus gros. Ces derniers, de la grandeur des corpuscules de sang de Brebis, diffèrent de ces corpuscules quand ils sont sur le point de disparaître , et qu'ils n'offrent plus qu'une faible coloration et une faible dépression médiane, en ce qu'elles sont sans éclat, transparentes, incolores cl tout à fait spbériques. Ayant ainsi réussi à constater le passage de molécules de sang de Brebis, de Veau et de Bœuf, dans le courant du sang de Gre- nouille, je cherchai à arrivera la démonstration de cette absorption par l'emploi de l'autre matière organique. Il s'agit , comme nous l'avons dit plus haut, de corpuscules de pigments. Nous le tirâmes de la choroïde des yeux de Bœuf en délayant l'épithélium dans de l'eau. Le 5 décembre 1853, nous introduisîmes de ce pigment dans quatre Grenouilles; nous en tuâmes une, un quart d'heure après l'introduction. L'examen du sang du cœur ne nous donna aucun résultat. Le mésentère fut découpé environ une heure après , et soumis au microscope. J'examinai un vaisseau, dans lequel je par- vins à faire circuler le sang par l'application d'une pointe d'épingle sur le verre. 11 était facile de constater la présence des corpuscules de pigment à côté de ceux de sang; ils étaient seuls ou agglomé- rés, et continuaient à se mouvoir, suivant le courant du sang. Le lendemain, nous introduisîmes encore du pigment dans les Gre- nouilles déjà opérées la veille, et nous limes la même expérience sur deux nouvelles Rana esculenta. Après midi, je tuai une des Grenouilles de la veille. Le sang du cœur contenait des corpuscules de pigment , les uns isolés , les autres agglomérés. Les molécules isolées avaient le mouvement moléculaire. L'estomac et les intestins liECHERCHES SLR LABS0RFÏION. 151 avaient l'apparence ordinaire-, on remarquait seulement au pylore une place un peu noire. Le mésentère fut séparé des intestins et examiné ; là encore nous vîmes plusieurs vaisseaux sanguins, dans lesquels les corpuscules de sang circulaient un à un, et à côté d'eux circulaient des molécules de pigment en assez grande quan- tité : nous pouvions toujours produire le mouvement par l'appli- cation d'une épingle. Je tuai aussi le soir les deux R. esculenta, dans lesquelles j'avais introduit le matin du pigment. Dans le cœur, je trouvai le pigment, comme chez les autres, tantôt isolé, tantôt aggloméré. Je l'observai encore dans le courant des vaisseaux du mésentère, mais seulement en molécules. Je voulus aussi, comme dans nos expériences avec le sang de Brebis, examiner des Gre- nouilles vivantes. Le \h février 1854, je pris une Grenouille, dans laquelle j'avais introduit du pigment vingt-quatre heures aupara- vant, et je retendis sur mon verre objectif de la manière décrite plus haut. Le ventre fut ouvert, et j'examinai le mésentère qui était adhérent aux intestins, et sans la moindre lésion. J'y aperçus dans un vaisseau une agglomération de pigment, qui circulait pai- siblement entre les corpuscules de sang. Puis pendant un exa- men assez long, je vis passer aussi des molécules isolées de pig- ment. Le sang du cœur fournit quelques molécules de pigment isolées ou agglomérées comme dans les cas précédents. Le lende- main , j'étendis sous le microscope une Grenouille , dans laquelle j'avais introduit du pigment à deux reprises différentes, et j'aper- çus dans le courant du sang d'un vaisseau du mésentère quelques molécules de pigment à une place que je pouvais facilement obser- ver. Gomme la Grenouille avait été laissé sur l'objectif, et vivait encore le lendemain après-midi, je l'examinai de nouveau, et, dans différente vaisseaux, je vis des molécules de pigment; il y en avait jusqu'à dix dans un seul vaisseau. Le sang du cieuren contenait d'agglomérées, fort peu d'isolées. Une Grenouille, dans laquelle j'avais introduit du pigment à deux reprises différentes, fut étendue sons le microscope cinq heures après la dernière introduction. Dans un des vaisseaux du mésentère , une agglomération de pig- uniii se trouvant contre la paroi ne put être mise en mouvement pendant tout le temps que dura notre observation. Dans celle agglo- 152 f. m .»n s ris mération, je pouvais parfaitement distinguer les différentes molé- cules de pigment. Une Grenouille, dans laquelle nous avions trois fois introduit du pigment, fut étendue sous le microscope, et nous offrit la plus belle apparence des vaisseaux du mésentère que nous ayons encore trouvée. Aune place extrêmement claire, dans un vaisseau que nous pouvions observer entièrement , je remarquai , au milieu d'un courant assez paisible d'abord, une agglomération de six à sept molécules de pigment qui suivait le courant du sang, puis différents corpuscules de pigment isolés et plus ou moins gros , et enfin une agglomération considérable que nous pûmes voir circuler comme la première pendant tout son trajet à travers le vaisseau. Dans la suite, nous recommençâmes cette expérience , et je pus voir circuler jusqu'à dix fois du pigment avec le sang dans le mésentère de Grenouilles vivantes ; j'en trouvai onze, fois dans le sang du cœur. Je cherchai aussi à constater la présence du pigment et du sang de Brebis dans la membrane des pattes des Grenouilles ; mais je n'y parvins jamais, soit parce que le courant du sang y est trop rapide, soit pour toute autre raison. Au moyen du verre superposé à l'objectif, je pouvais cependant ralentir la cir- culation dans les vaisseaux capillaires d'une manière assez sensible pour examiner ce qu'ils contenaient. 11 était impossible de croire que ces molécules de pigment observées dans le sang s'y trouvas- sent comme partie essentielle du sang, ou y eussent été introduites de l'extérieur et sans avoir été absorbées. Il est vrai qu'on peut nous dire que l'on trouve quelques-unes de ces molécules obscures et noires dans des Grenouilles, cbez lesquelles on n'a pas introduit de pigment; c'est ce que Donders et JMensonides et nous-mêmes avons observé. Tout en tenant compte de cette objection, nous croyons qu'elle ne peut en rien infirmer l'opinion de l'absorption du pigment trouvé dans les Grenouilles , dans lesquelles nous en avions introduit. Nous abandonnerons, si l'on veut, à cette objec- tion les corpuscules isolés que nous avons vus en assez grande quantité dans le sang du cœur; mais restent toujours les agglo- mérations de pigment aperçues par nous dans les vaisseaux et dans le cœur, et seulement dans des Grenouilles dans lesquelles nous avions introduit du pigment. RECHERCHES SLR l'aBSORPTIOX. 153 Pendant l'hiver de 1853 à 1854, je fis une préparation de chlo- rophylle avec des feuilles d'Épinards et d'Hyacinthes. Les expé- riences ne donnèrent pas un résultat certain, parce que la coloration n'était pas assez intense. Comme nous ne pouvions pas en tirer des inductions sûres, nous cessâmes de l'employer. Quatre fois cependant nous crûmes reconnaître la chlorophylle à la grosseur et à la couleur de ses molécules ; mais cela ne nous suffisait pas. Bien que plusieurs observations ne nous donnèrent pas de résultat , nous n'en sommes pas moins autorisé , par le nombre considérable des résultats positifs , à conclure que le passage de molécules insolubles des intestins dans les canaux sanguins est un fait physiologique normal. Si la preuve du passage de molécules insolubles de l'intestin dans les vaisseaux sanguins, d'abord recherchée par Herbst, Don- ders, Mensnnides et Éberhard , est enfin acquise comme résultat des différentes expériences que nous venons de raconter, et si ce passage peut être regardé comme un fait physiologique normal , alors se pose une autre question : Comment , par quel moyen et sous l'influence de quelle force ce passage s'opère-t-il? C'est ce que nous croyons avoir éclairei par les recherches suivantes. Avant de raconter nos expériences , nous parlerons d'abord d'un travail du célèbre physiologiste Briickc , et de quelques autres ouvrages sur le même sujet, afin de comparer avec nos résultats les diverses observations qui ont été faites, et les différentes opinions qui ont eu cours dans ces derniers temps sur cette question. En 1842 et 1843, Gruby et Delafond soumirent à l'Académie de Paris plusieurs observations , et entre autres la thèse suivante : «Chaque cellule de l'épithélium est pourvue d'une cavité dont l'ou- verture externe est parfois béante, et d'autres fois plus ou moins exactement fermée. » S'appuyant là-dessus Briicke se livra à des rechercfaee plus approfondies, et nia la saponification de la graisse admise par plusieurs savants , attendu qu'il avait vu dans ses recherches de lïpitliéliiini tout rempli île graisse 1 . (I) Docteur E. Briicko, Sur les canaux chylifères et la résorption du chyle, dans les Annales des science* de la clause mathématique d» V Académie Impériale , t. VI, Vienne, 4 853 (l'eber die ChylusijefUsze und die Itcsorptwn derClujIut. Ans I.V'l F. JIIKULS D'un autre côté, de Wistingshausen (1) a cru voir la graisse pé- nétrer par filtration et diffusion en émulsion, après avoir employé des alcalis tantôt purs et tantôt bilieux. Ce fait engagea Briicke à examiner avec plus de soin si le passage d'une émulsion de graisse à travers un corps poreux était possible. Dans ses expériences, de Wistingshausen s'était servi d'intestins de Veau secs et frais , et , dans ces derniers, il assure avoir trouvé l'épithélium intact après le passage de la graisse à travers l'intestin. Il en tire cette consé- quence : « que si la bile peut faire pénétrer l'huile à travers des membranes entières, à plus forte raison peut-elle le faire encore plus facilement à travers les parois très minces des cellules de l'épithélium. » Brùcke soutint alors que l'on doit se figurer que la surface d'un liquide dont les molécules se trouvent , les unes par rapport aux autres, dans une espèce d'équilibre mobile, se trouvent vis-à-vis des autres corps que le liquide mouille difficilement, exac- tement comme si elle était recouverte d'une petite peau mince. Chaque goutte de graisse qui nage dans une émulsion , et qui est en contact avec un corps de la surface duquel elle ne peut pas s'éloi- gner à cause du liquide de cette émulsion qui la mouille, est alors comme entourée d'une mince enveloppe solide. Plus la goutte est petite, dit-il, plus grande doit être la force qui la déplace, et si l'on ne veut pas employer cette force, on doit recourir à ce moyen qui diminue la solidité de l'enveloppe. Il admet que la graisse, réduite, par l'un ou l'autre de ces moyens, en parties plus petites, puisse pénétrer à travers les pores d'une membrane cellulaire homogène ; mais il déclare invraisemblable que cette réduction de la graisse ait lieu pour le passage à travers les membranes cellulaires de l'in- testin. Et d'abord la membrane cellulaire ne peut être reconnue comme telle au microscope par le plus fort grossissement, mais seulement au moyen de la séparation de deux liquides qui réfractent différemment la lumière. Après avoir donné la mesure de son mi- dem 6. Bande der Denkschriften der mathematisch naturioissenschaftlichen Klasse der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften). (1) De Wistingshausen, Recherches endosmoliques sur le rôle de la bile dans l'absorption de la graisse , dissertation inaugurale. Dorpat, 1851 [Endosmotische Vcrsuoheuber die Wirksamkeil der Galle bei der Absorption der Felle). RECHERCHES SUR l'aRSORPTION. 155 croscope sur quelques particules microscopiques, il arrive en se- cond lieu à cette conclusion : Puisque, dit-il, cette membrane cel- lulaire a un indice de réfraction semblable à celui que présentent plusieurs matières animales humides, la cornée transparente, par exemple, on peut ne pas regarder comme invraisemblable la possi- bilité d'apercevoir une partie d'une membrane qui n'aurait que 2/10,000" de millimètre. Nous aurions donc, dit M. Briicke, l'opi- nion la plus extravagante sur la grosseur des pores de la membrane dont il s'agit , si nous croyions que leur diamètre est égal au dia- mètre de la membrane. C'est par ces pores que devraient pénétrer les molécules dégraisse qui pourtant, dans les cellules de l'épithé- lium, ont une tout autre grandeur , les remplissant souvent presque complètement. Tout cela bien considéré , Briicke en arrive à dire que les cellules cylindriques de l'intestin ne sont pas fermées vers la cavité par une membrane homogène , mais par une enveloppe qui se referme après avoir laissé passer les corps étrangers. Cette enveloppe consiste donc évidemment en un mélange de parties solides et liquides dont la mobilité est tempérée par l'adhésion, et dont la consistance peut être comparée , selon les circonstances, à celle de la bouillie ou de la pâte. Il prétend avoir acquis , par une observation directe , la preuve de ce que nous avons dit à priori. Ayant, en effet, plusieurs fois humecté les cellules avec de l'eau , il a vu sortir le contenu des cel- lules de l'extrémité antérieure des cellules cylindriques qui était ouverte dans toute sa largeur. Relativement à la question de savoir comment les molécules de graisse ont pu parvenir des cellules dans les cavités intérieures des villosités, il est de l'avis de Gruby et Delal'ond, qui croient à une petite ouverture à l'extrémité aiguë des Cellules. Il Blippose aussi des ouvertures correspondant dans les villosités, ;'i travers lesquelles la graisse pénètre dans le slroma des villosités, et passe comme à travers de petits canaux sans parois naturelles , jusque dans les extrémités ouvertes des canaux chyli- l'ères. Il croit que les vaisseaux cbylifères capillaires n'ont pas de membrane. Ces déductions el ces observations de Briicke onl été réfutées par plusieurs Bavants distingués; bien que la plupart des phy- 156 F. JIARITI.S. siologistes aient accepté celte théorie, ils ne veulent pas suivre Briicke dans les conséquences qu'il en tire. Même les observa- tions de Donders , qui a vu comme Briicke la sortie du contenu des cellules , ne les empêche pas de persister dans l'opinion con- traire. Ce sont principalement Kolliker et Funke, qui réfutent cette théorie , et , dans ces derniers temps , ils ont observé chez des Lapins des cellules dans lesquelles ils crurent pouvoir constater l'existence de pores (1). Des recherches faites par nous consta- tèrent une telle apparence ; mais il ne s'agit pas de pores , ce sont des impressions failes dans l'enveloppe basilaire de l'épithé- lium par la force avec laquelle les molécules de graisse passent dans l'intérieur des cellules, et cette force consiste dans la con- traction de l'intestin. Funke dit même qu'il ne voit pas quel avan- tage peuvent avoir pour la résorption de la graisse sur des cel- lules fermées , les cellules telles que les a décrites Briicke. Si l'on pouvait résoudre la question du passage de la graisse à travers les épithèles par le moyen indiqué , on rencontrerait encore dans l'hypothèse des cellules ouvertes, des difficultés que Wistings- hausen croyait avoir levées. Qui pousse la graisse dans les cel- lules? Qui la mêle avec le contenu aqueux des cellules? Quelle force fait entrer la graisse à travers les ouvertures étroites des extré- mités aiguës des cellules dans le parenchyme de la muqueuse, tan- dis que l'évacuation du contenu des cellules à travers l'ouverture antérieure plus large n'a pas lieu? Ce sont autant de questions qu'il oppose à la théorie de Briicke. Briicke a répondu d'avance à ces objections , et comme il a fait de nombreuses recherches au sujet des forces qui concourent au passage de la graisse, nous résume- rons ici son opinion : 11 part de ce principe qu'un liquide se dirige du lieu où la pression est la plus forte vers le lieu où elle est moindre. 11 en tire la conclusion suivante : qu'en comparant le lieu de l'embouchure du canal thoracique avec le lieu de réception du chyle dans les villosilés, on découvre qu'il s'exerce une plus grande (I) 0. Funke, dans les Annales de la zoologie scientifique de Siebold et Kolliker, t. VI, p. 310, 1854, et t. VII, 1855. Kolliker, Annales de la Société physique et 7nédicale de Wurlzbourg , t. VI , 1856 {Verhandlungen der phijsikalisch medicinischen Gesellschaft in ÏViirzburg). RECHERCHES SUR l' ABSORPTION. 157 pression sur le chyle par l'inspiration et la pression de l'intestin dans ce dernier endroit que dans la poitrine. Le chyle a pourtant à vaincre un obstacle avant d'arriver dans les villosités , et de cette façon il comprime les villosités de telle sorte qu'elles ne peuvent plus le recevoir. Briicke chercha alors une autre force qui maintient les villosités étendues, et cette force il la trouva dans les vaisseaux capillaires qui entourent les villosités. Ces vaisseaux capillaires agissent avec une force d'autant plus grande que la pression venant du cœur est augmentée par la résistance de la circulation de la veine porte. Chaque villosité se ride parla contraction de ses fibres musculaires, et pousse ainsi le chyle dans les canaux desti- nés à le recevoir, et dans lesquels il est amené par une pression qui se renouvelle continuellement. Comme nous avions très souvent observé du pigment dans le sang du cœur et dans les vaisseaux , nous cherchâmes à examiner sur des Grenouilles dans lesquelles nous en avions introduit quel chemin il prendrait afin de nous ranger à l'une ou l'autre des opi- nions que nous venons de rapporter. Beaucoup d'expériences ne nous réussirent pas d'abord, et ce ne fut qu'après de longues observations que nous pûmes arriver à notre but. Le 14 juin 1854, je tuai une Grenouille, dans laquelle j'avais introduit du pigment. A l'ouverture du ventre, l'intestin m'appa- rul avec sa couleur ordinaire; je l'ouvris avec un scalpel très propre, et j'enlevai une partie de l'épithélium. L'épithèle de l'in- testin grêle affectait des formes assez différentes ; plusieurs avaient la forme des reins ; d'autres étaient plus coniques, et chez quel- ques-unes le bord supérieur était un peu tendu dans le sens de sa largeur, tandis que l'extrémité aiguë paraissait formée comme dans l'épithélium cylindrique. J'ouvris l'estomac ; j'enlevai aussi une portion de l'épithèle, que j'examinai au microscope. Dans le liquide qui baignait les cellules, je trouvai fort peu de molécules de pig- ment ; mais je lus très surpris de Voir des cellules qui paraissaient presque toutes remplies de pigment. Comme on pouvait croire ou que ces molécules étaient seulement adhérentes à la membrane extérieure des cellules, ou qu'elles étaient simplement des molé- cules obscures de geaisse, il fallait employer des soins minutieux, 158 F- MARFELS. si l'on voulait constater d'abord que ces molécules étaient vraiment contenues dans l'intérieur des cellules , ensuite prouver qu'elles étaient bien des molécules de pigment. Pour savoir si ces molécules était ou non de la graisse , je versai dessus quelques gouttes d'éther ; alors quelques cellules devinrent plus claires et plus faci- lement reconnaissables. Funke avait vu sur un homme guillotiné des épithèles cylindriques isolées ou groupées en espèce de co- lonne , remplies de petites gouttes de graisse qui se trouvaient presque constamment à l'extrémité inférieure aiguë des cellules, derrière le nucléus. Nous observâmes aussi dans notre expérience des cellules isolées ou rassemblées, qui contenaient principalement de ces corpuscules noires à l'extrémité inférieure. Je vis une cellule que je pouvais facilement observer et faire couler à volonté, après avoir versé dessus, une dissolution de natron très étendue. Dans cette cellule, derrière le nucléus, se trouvaient quatre molécules de pigment en colonne allongée, qu'on pouvait reconnaître dans chaque position de la cellule. J'observai ces molécules de pigment pendant plus d'une demi-heure , sans qu'il me fut possible de les faire sortir même par une pression répétée sur la cellule. Nous étions alors fondés à croire que ces molécules de pigment se trou- vaient dans la cellule. Ce résultat nous parut positif. Le lendemain nous parvînmes à constater sur une Grenouille, dans laquelle on avait introduit du pigment à deux reprises diffé- rentes, la présence de cette matière dans l'épithélium de l'intestin, rendue évidente par l'emploi de différents réactifs. Nous obtînmes ces résultats par trois fois, et en dernier lieu le 12 septem- bre 1854. Dans celte dernière expérience faite sur une Grenouille long- temps nourrie avec du pigment cl du lait, nous trouvâmes aussi évidemment du pigment dans les cellules de l'épithélium intesti- nal. Cette fois nous aperçûmes un corpuscule de pigment très brillant et très long qui ne pouvait être extrait de la cellule, pas plus que les autres, ni par pression, ni par la communication d'un mouvement. Nous en trouvâmes aussi derrière le nucléus â l'extré- mité inférieure, et nous reconnûmes parfaitement des corpuscules de pigment , et d'autres ressemblaient à des molécules de lait. RECHERCHES SUR L'ABSORPTION. 159 L'emploi des réactifs était pour nous un moyen très sûr de recon- naître le pigment; car nous t'ùmes assurés de ne plus pouvoir con- fondre d'autres matières avec les corpuscules de pigment, et par le gonflement que les réactifs produisirent dans les cellules, nous pûmes toujours facilement en constater le contenu ; toutefois ces recherches exigent beaucoup de patience. Nous ne saurions trop recommander à ceux qui voudront s'y livrer de le faire avec un grand soin , et surtout de ne pas oublier que c'est au moyen des pressions et des mouvements imprimés aux corpuscules que l'on peut éviter les erreurs, car le pigment se fixe assez solidement contre la paroi de la membrane. J'ai aussi cherché à découvrir des molécules de pigment dans les cellules des intestins d'animaux morts. Dans ce but, je pris une partie longue de 15 centimètres de l'intestin d'un Bœuf tué depuis peu de temps ; je le liai autour d'un bouchon traversé par un tube de verre de 6 millimètres de diamètre ; j'enduisis les bords d'un mastic composé de résine et de cire. L'extrémité inférieure de l'intestin fut liée, et une dissolution saline du poids spécifique de 1,125, mêlée de beaucoup de pigment, fut versée dans le tube. Le liquide remplissait le tube jusqu'à son extrémité supérieure, de telle façon que sur la muqueuse de l'intestin il s'exerçait une pression de 125 centimètres qui correspond à une pression d'en- viron 10 ccntinièlrcs de mercure. L'intestin resta sous cette pres- sion, durant vingt-quatre heures, à la température ordinaire; puis les cellules furent examinées. Cette expérience, trois fois répétées la température ordinaire, ne nous donna aucun résultat, et d fallut recourir à d'autres moyens. Nous opérâmes alors à une tempéra- ture plus élevée. Cette seconde expérience se fit comme la pre- mière, à l'exception que nous plaçâmes l'intestin dans un fourneau à réverbère, a la température de 3/i degrés centigrades. Vingt-quatre heures après, je trouvai des molécules de pigment plus ou moins grosses en assez, grande quantité dans plusieurs cellules, et, malgré tous nos essais, nous ne pûmes les enlever ni par pression, ni par un mouvement imprimé aux cellules. C'était la preuve qu'elles faisaient partie du contenu des cellules. Considérées sous le rap- ort de leur position, leur diamètre en longueur, était oidnaire- 160 F. MâRFELS. ment perpendiculaire à l'axe des cellules, quelquefois même parallèle , et alors elles paraissaient allongées. Dans une cellule, un de ces corpuscules se trouvait au-dessus, et un autre au-dessous du nucléus. Dans d'autres cellules , ils avaient diverses positions. Une seconde expérience faite dans les mêmes circonstances, mais avec une pression de mercure de plus de 9 centimètres, eut le même résultat. Des molécules de pigment se trouvaient encore dans les cellules. Par ces recherches sur l'entrée des corpuscules de pigment dans les cellules, comme par les observations que nous avons faites sur des Grenouilles , nous [arrivions naturellement à nous poser celle question : Comment et par où les corpuscules pénètrent-ils dans les cellules ? Comme il est impossible de croire qu'ils soient produits dans les cellules, il faut nécessairement qu'il y ait un passage au moyen duquel ils puissent pénétrer dans l'intérieur de ces corps. Et ce passage ne peut être autre que celui que Brucke a décrit , en s'appuyant sur l'opinion de Gruby et Delafond. On ne peut songer pour les molécules de pigment à une introduction par déchirement de la membrane , parce que cette substance n'offre pas de pointes avec lesquelles elle puisse déchirer les cellules. La théorie de Wissingshausen, qui prétend que c'est la bile qui est la cause du passage de la graisse dans les cellules et plus loin, ne nous parait pas assez fondée, attendu que, dans nos recherches, nous n'avons point vu quela force capillaire jouât une rôle dans cette opération. Nous ne conteslons pas toutefois que la bile ne puisse intervenir puissamment en opérant une division très grande entre les molécules de graisse. Nous avons aussi recherché si les molécules de pigment pou- vaient pénétrer dans d'autres cellules que les cellules cylindriques de l'intestin. Nos observations nous ont conduit à nier cette possi- bilité pour deux espèces de cellules. Un mélange de corpuscules de sang de Grenouille et de pigment fut secoué à plusieurs reprises de temps en temps, puis examiné, sans que nous ayons pu constater que les corpuscules de pigment aient pénétré dans les corpuscules de sang. Nous fîmes aussi un mélange des cellules polygonales épilheliques de la languehumaine, de pigmentet d'une dissolution de RECHERCHES SUR l'aBSORPTION. 161 sel. Nous finies reposer sur ce mélange un tube rempli de eetle dissolulion de sel et de pigment avec une pression d'une colonne de mercure de 9 centimètres. Le mélange fut maintenu à la tem- pérature voulue, et quoique nous ayons répété celle expérience plu- sieurs fois , nous n'avons jamais trouvé de molécules de pigment dans l'intérieur des cellules polygonales. Il ressort de nos recherches que la constitution de l'épithélium cylindrique doit être considérée en premier lieu, pour arriver à résoudre cette question du passage de petites molécules dans le système des canaux sanguins. Nous croyons que la chaleur joue un très grand rôle dans ce passage ; car, ainsi que nous l'avons dit plus haut, nous n'avons pas obtenu de résultat à une température peu élevée. La température a certainement exercée de l'influence dans lés recherches dont il va être question ; elles ont été faites au milieu des plus grandes chaleurs de l'été, tandis que celles dont nous venons de parler avaient lieu vers la fin de l'automne. Quant à la pression de 9 à 10 centimètres de mercure exercée par nous dans ces expériences, je ne puis décider si elle est nécessaire ou non. Je penche plutôt vers la négative. Il nous est arrivé, en effet, pen- dant les chaleurs de l'été, et en n'usant d'autre pression que de celle propre du mélange introduit dans l'intestin des animaux tués, d'obtenir les résultats suivants. L'assistant de M. Chelius eut l'obligeance de me donner une por- tion de l'intestin grêle d'une femme morte, quatorze heures aupa- ravant, à la suite de l'opération d'un cancer du sein. L'épithélium était à l'état normal, ri rempli de graisse. L'intestin fut lié à son extrémité inférieure, <•( rempli de pigment délayé dans de l'eau; puis je divisai l'intestin par des ligatures éloignées de deux pouces les unes des autres. Je le suspendis ensuite par les deux extrémités, de (açonàlui donner une position semi-circulaire, lue demi-heure après, j'examinai une des divisions de l'intestin sans y trouver de pigment; les cellules étaient intactes. Le lendemain, nouvel exa- men ; mais je ne trouvai plusd'épilhélium ; je vis dans certains en- droits des villnsiiés remplies de graisse, j'en lis bouillir quelques* unes dansdel'étber ; mais nous ne pûmes faire sortir complètement la graisse, et nous ne pouvions plus alors, - F. MARFFXS. résultat. De nouvelles préparations turent mises dans de l'éther. Nous sortîmes de ce bain une de ces préparations ; au toucher , nous pouvions constater l'état de sécheresse où elle se trouvait, et il diminua beaucoup de volume sur le verre objectif. Je l'humectai avec une dissolution d'albumine avant de la soumettre à l'observa- tion microscopique. Pour extraire tout à fait la graisse qui pouvait s'y trouver encore , j'y versai quelques gouttes d ether ; mais en examinant l'effet produit, je vis qu'il ne pouvait plus y avoir de réac- tion , les villosités ne contenant plus de graisse, étant seulement remplies de molécules de pigment parfaitement reconnaissables. Elles se trouvaient en différentes quantités à la partie inférieure, sur les côtés et au milieu, jusqu'à l'extrémité supérieure des diffé- rentes villosités. Une comparaison avec la préparation de pigment introduite dans l'intestin ne nous laissa aucun doute sur l'identité des corpuscules. Afin de rendre notre certitude encore plus com- plète, nous y versâmes du nalron , dans lequel les molécules de pigment ne subirent aucune dissolution, et il ne nous resta aucun doute sur la nature de ces corpuscules. Dans le parenchyme de la muqueuse de l'intestin, j'examinai un vaisseau, que je pouvais observer dans toute sa longueur. A son extrémité inférieure, il communiquait avec un autre vaisseau ; il contenait également du pigment. Dans toute son étendue, on pouvait voir les corpuscules de pigment en grand nombre ; la plupart louchaient les parois. Les autres préparations furent examinées le lendemain , et leurs villosités présentèrent la même apparence décrite plus haut. Plus tard, nous finies les mêmes expériences sur une portion d'intestin de Bœuf qui était remplie de pigment. L'observation faite le lendemain ne nous donna pas de résultat certain. L'épithé- lium n'existait plus; les villosités paraissaient contenir des molé- cules de pigment, dont nous ne pûmes cependant constater l'iden- tité par des réactions chimiques. Plusieurs préparations furent de nouveau mises dans l'éther, et examinées sept jours après. Comme nous l'avions observé dans l'intestin humain, nous aperçûmes des molécules de pigment dans les villosités. vers le milieu de l'am- poule qui s'y trouve. Elles étaient placées à la file ou bien à côté les unes des autres; je ne pus les séparer ni par pression, ni par le contact du natron. Je vis même dans cette ampoule recherches sir l'absorption. 163 quelques molécules de pigment; la partie inférieure était vide, et au milieu se trouvait le pigment, mêlé au contenu de l'ampoule. Les préparations examinées le lendemain confirmèrent les obser- vations faites la veille. Ainsi j'avais trouvé le pigment dans l'épithélium de l'intestin, et même dans les villosités; je continuai à le chercher [dus loin, et jusque dans les canaux ehylifères les plus étroits de la muqueuse de l'intestin. C'était un travail extrêmement difficile, parce que ces vaisseaux ne sont pas encore bien connus. Je fis tous mes efforts pour y bien réussir. D'abord, dans des vaisseaux que je crus de- voir regarder comme des vaisseaux ehylifères , je découvris du pigment à l'entrée. Ils étaient 1res allonges, serpentaient de temps en temps, mais ils couraient principalement en ligne directe. V de grands intervalles, d'autres vaisseau* venaient s'y embou- cher ; leurs parois il 'avaient pas de rtucléus, et quoique nous ne les eussions pas IràitéS avec de l'eau, nous n'y remarquions pas de corpuscules de sang colorés, mais une grande quantité de corpus- cules élémentaires, et cà et là des corpuscules de chyle. Nous aperçûmes à différentes reprises de semblables vaisseaux qui con- tenaient toujours du pigment. Les différents réactifs que nous employâmes ne nous laissèrent pas de doute à cet égard. Si nos observations et nus opinions sur ces vaisseaux sont admises, le passage du pigment dans ces vaisseaux est aussi démontré. Deux fois nous trouvâmes du pigment dans des vaisseaux du mésentère de Srenouilles; c'étaient sûrement des vaisseaux lymphatiques. Le pigment se trouvait à côté de Corpuscules de sang colorés. L'emploi de différents réactifs n'y produisit aucun changement. Mais nous ne pouvions, maigri'' toutes ces apparences, être cer- tains que («s vaisseaux microscopiques étaient réellement des vaisseaux ehylifères : nous voulûmes alors rechercher le pigmenl dans les vaisseaux ehylifères plus grands de Mammifères, à la nourriture desquels on aurait mêlé du pigmenl. Dans ce but, je pris tmis Chiens, donl deux nous donnèrent un résultai certain. Je tuai un Chien nourri pendant toute uni' Bemaine avec du lait et de la viande mêlés de pigment, Le canal Ihoracique tut lié à l'embouchure de la veine Bubclaviaire et à plusieurs autres places ; ainsi divisé, le tout avait à peu près fi pouces <\f longueur, le cou- 164 F. MARFELS. RECHERCHES SUR l'aBSORPTION. pai alors quelques-unes de ces divisions, et je plaçai sur l'objectif une goutte du contenu, Dans toutes les gouttes que j'observai, j'aperçus des molécules isolées et des agglomérations de pigment. Dans ces agglomérations , je pouvais parfaitement distinguer les différents corpuscules; ils se trouvaient dans un liquide qui con- tenait des corpuscules de chyle et des corpuscules de graisse plus ou moins petits. Les canaux chylifères du mésentère, d'après leur apparence extérieure , étaient peu remplis. Pourtant quelques vaisseaux que je coupai contenaient comme le canal tboracique des corpuscules de chyle et de graisse , et à côté quelques molécules isolées de pigment. 11 n'y avait pas d'agglomération de pigment dans ces vaisseaux. Un autre Chien , auquel on avait donné, pen- dant cinq jours, du pigment mêlé à sa nourriture, fut tué vers neuf heures du matin ; il avait mangé la dernière fois vers cinq heures du matin. Le corps ouvert montra le canal Ihoraciqiie rempli de chyle. Il fut lié en plusieurs parties , et diverses préparations furent examinées. Dans toutes nous constatâmes des corpuscules de pig- ment; mais nous ne vîmes pas d'agglomérations. L'observation du chyle des canaux du mésentère nous donna le même résultat. Par ces recherches, nous avons l'ait connaître la voie que suivent les matières absorbées , et nous avons démontré que même des matières insolubles passent par ces parties jusque dans le sang. Si cela s'opère enfin comme nous l'avons observé, alors la résorption de la graisse est tout à l'ait éclairée. La théorie de Brucke sur la construction de l'épithélium de la muqueuse de l'intestin , le mode de passage fondé sur des lois physiques, est, comme nous croyons, suffisamment prouvé par nos recherches, et par cela la résorption de la graisse réduite à un procédé simple et physique. Enfin, je dois remarquer que des expériences endosmo- liqiics que nous fimesavee le sang cl le pigment ne nous donnèrent pas de résultat. Nous expérimentâmes sous une pression aug- mentée, mais, aux liquides dans lesquels ces matières devaient passer, nous avions mêlé de la bile. Quand nous opérâmes avec des corpuscules de sang, nous avions eu soin que le liquide, dans lequel ils devaient passer, lut une dissolution de sel qui n'aurait pas chang les corpuscules de sang. NOTE SDR LES DIMENSIONS DES GLOBULES DU SANG CHEZ QUELQUES VERTÉBRÉS A SANG FROID, Par HI. Alphonse Mil M EDWARDS. Depuis que les travaux de MM. Prévost et Dumas ont appelé l'attention des physiologistes sur les différences de volume des globules du sang chez les divers animaux, on a beaucoup multiplié ces observations micrométriques sur les Mammifères etlesOiseaux; mais on ne possède que peu de renseignements sur les dimensions de ces corpuscules chez les Reptiles, les Batraciens et les Poissons; j'ai donc pensé qu'il pourrait être utile de faire connaître les me- sures que j'ai prises chez un certain nombre d'animaux de ces trois classes. M. Milne Edwards (mon père) s'est assuré de l'exacti- tude du procédé, employé dans des observations de ce genre par M. Schmidt de Dorpat, qui consiste à l'aire sécher rapidement sur une lame de verre une couche extrêmement mince du sang qu'on veut examiner, et j'en ai l'ait usage aussi non-seulement parce qu'il est très commode, mais encore parce qu'il permet de soumettre les résultats obtenus à toutes les vérifications désirables. Cela per- met également de varier davantage les observations , d'étudier les globules d'animaux qui ne se trouvent pas dans nos ménageries; Car le sang ainsi préparé peul se conserver très longtemps, et mon père en a reçu des échantillons en très bon étal, qu'à sa demande ou lui avait envoyés de divers pays lointains. C'est grâce à cette circonstance que j'ai pu prendre la mesure du sang de l'Axolotl. ( ta Bail déjà , par les observations de MM. Wa- gner, Mandl et Gulliver, que, chez le Protée ri la Sirène, les glo- bules sanguins gonl beaucoup plus gros que chez la Grenouille, ri me qui' chez le Triton; il étaîl doue intéressant de voir si ce caractère hématologique se retrouverai! chez tous les Batraciens pérennibranches. .M. Henri de Saussure ayanl recueilli, de la manière ci-dessus indiquée, des échantillons de sang de Y/lxohll 166 A. Mil. M) EDWARDS. GLOBULES DU SANG Humboldtii, aux environs delà ville de Mexico, où ce Batracien vit dans la vase, j'ai été mis à même de résoudre cette question. Les globules rouges de l'Axolotl sont de grandeurs très inégales, mais sont tous remarquables par leur volume considérable. La plu- part ont environ 1/25 de millimètre de long sur 1/40 de millimètre de large; mais il s'en trouvait dont le grand diamètre était de 1/23 de millimètre, et d'autres qui étaient au contraire beaucoup plus pe- tits. J'ai trouvé tous les intermédiaires entre 1/23 et 1/32 de milli- mètre; mais la dimension la plus générale était d'environ 1/25 de millimètre. On voit donc que ces globules, tout en étant très grands, le sont un peu moins que ceux des autres Batraciens pérennibranches ; car M. Wagner a constaté que, cbez le Protée, ils ontl/18de mil- limètre , et M. Gulliver leur a trouvé chez la Sirène 1/16 de milli- mètre. Or j'insiste sur celte circonstance, parce que mon père, dans ses leçons à la Faculté des sciences, a l'ait voir que la nature semble tendre à diminuer le volume des globules sanguins, à me- sure que l'activité respiratoire augmente. Or l'Axololl étant un ani- mal plus petit que la Sirène, et vivant dans une région plus chaude, doit probablement, à poids égaux, consommer plus d'oxygène que les autres Pérennibranches. Les Salamandres terrestres, comme on le sait, mènent une vie très sédentaire , et n'ont que des mouvements lents comparés même à ceux des Salamandres aquatiques. On sait aussi que, chez ces derniers, les globules sanguins ont environ 1/33 de millimètre de long. Chez la Salamandre terrestre (S. maculata , j'ai trouvé que ces corpuscules ont de 1/28 à 1/25 de millimètre de long sur environ 1/45 de millimètre de large. Chez la Grenouille rousse (fl. tempo- raria), les globules rouges m'ont paru avoir les mêmes dimen- sions que chez la Grenouille commune (R. esculenta), c'esl-à-dire environ 1/46 sur 1/70 de millimètre ; mais , chez la Rainette des arbres, ils m'ont paru être généralement plus petits. Quelques-uns de ces corpuscules mesuraient dans leur grand axe 1/50 de milli- mètre; mais la plupart n'avaient qu'environ 1/55 sur 1/80 de mil- limètre. CHEZ QUELQUES VERTÉBRÉS A SANG FROID. 167 On sail que , dans la classe des Reptiles , les globules du sang sont plus petits que chez les Batraciens. Les mesures que j'ai eu l'occasion de prendre confirment cette règle , et il est aussi à noter que, chez ces animaux, il y a beaucoup moins de variations dans la grosseur des globules d'un même individu que chez les Batra- ciens. Caïman à lunettes (Alligator sclerops). . G. d. 1/42 p. d. 1/75 Caïman a museau de Brochet (Alligator Lucius). 1/48 1/90 Varan du désert 1/55 1/90 Lézard ocellé. 1/70 4/125 Scbeltopusik (Psodopsus Pallasii) 1/55 1/I00 Couleuvre Vipérine 1/58 1/85 Cestude d'Europe 1/55 1/75 Emyde à ventre rouge 1/52 1/90 Emjdesigriz 1/48 1/90 Sous le rapport des dimensions des globules sanguins, les Pois- sons plagiostomes se rapprochent des Batraciens beaucoup plus que ne le font les Poissons osseux ; cela se déduit des mesures déjà publiées par MM. Wagner et J. Davy , et se voit également dans les observations suivantes : Poissons plagiostomes. Squatina Angélus 1/40 1/50 Raia bâtis 1/42 1/63 Raia clavata » » Zygœna Malleus 1/58 1/66 Poissons osseux. Labrax lupus 1/100 1/135 Mullus barbatus 4/95 1/135 Serranus Cabrilla 1/80 1/122 Mugil cephalus 1/90 1/130 Thymnus vulgaris 1/66 1/120 Rhombus maximus 1/80 1/105 Murama conger 1/80 1/100 J'ajouterai que , chez 1rs Poissons, les globules sanguine sont 01011)8 chargés de matière colorante que chez les Hcpliles ; de plus, leur pellicule utriculaire se détruit avec beaucoup plus de facilité. EXTRAIT d'une LETTRE AL SUJET DL GENRE STOA, En réponse à celle do M. SHUTTLEWORTH , Par m. MARCEL DE SERRES. Je remercie monsieur Shutlleworlh pour les observations que lui a suggérées ma Note sur le genre Stoa. lime permettra seulement de penser qu'il est préférable d'attirer l'attention sur un genre non pas superficielle- ment , mais complètement perforant , puisqu'il perce parfois le test des coquilles sur lesquelles il s'applique, que de le laisser dans l'oubli. Or je ne connais pas d'autre moyen d'arriver à ce but que de donner à ce corps particulier un nom, ainsi que je l'ai fait. J'ignore s'il y a quelques rapports entre le genre Spiroghjphus de MM. H. et A. Adams et notre nouveau genre ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que leurs habitudes sont complètement différentes. 11 en se- rait de même si l'on voulait comparer les Sloa avec les Vermetus , en supposant que les deux genres appartinssent à la même classe, ce qui est tout au moins incertain. Sans doute, il est fâcheux de n'avoir pas pu dé- crire les animaux des Sloa; mais est-ce une raison de passer leurs tubes sous silence? Je ne puis le croire , d'autant que j'ai quelque espoir de les découvrir à l'état fossile. C'est sans doute une distraction d'avoir dit que M. Reeve avait admis récemment le genre Phorus , car les travaux de ce conchyliologisle ne datent quede 1841 ou de 18â3(l). Denis deMontfort avait, en 1810, dé- signé sous ce nom de Phorus les Troques qui agglutinent autour de leurs coquilles des pierres et d'autres objets, parmi lesquels on découvre aussi/ des fragments de coquilles (2). Quant aux mots Hélix agglutinant, au lieu à'Helicina agglutinant, c'est sans doute une faute qui s'est glissée dans la copie du manuscrit, et qui s'est perpétuée à l'impression. (1) Proceedings zool. Society, 1841, p. 76; et Conch. icon. monogr., 1843. M. Reeve en a décrit neuf espèces vivantes ; il y en a plusieurs de fossiles. (2) Conchyliologie systématique de M. Denis de Montfort, t. II, p. 158; 1810. OBSERVATIONS SUR DES STAPHYLINS VIVIPARES QUI HABITENT CHEZ LES TERMITES, A LA «AMI ri: des animaux domestiques, Par M. SCHIODTE, de Copenhague. Elirait (1). A la prière de l'auteur de ce Mémoire, M. le professeur Rein- hardt a recueilli , pendant son voyage au Brésil , les divers ani- maux qui se trouvaient dans l'intérieur des nids de Termites dont il pouvait s'emparer ; et ce sont les collections formées de la sorte qui ont fourni à M. Scliiodte les matériaux pour le travail dont nous donnerons ici la substance. Les Termites dont cet entomologiste s'est occupé habitent le voi- sinage de Santa-Lagoa, dans la province de Minas-Geraes au Brésil, et appartiennent à un petit groupe zoologique, qui sera probablement élevé au rang de genre, lorsque l'attention des clas- sificateursse portera sérieusement sur l'arrangement systématique de ces Insectes. Elles construisent leur demeure avec une terre gluante; les galeries y constituent un lacis uniforme, sans cellule spéciale pour la femelle, et sont fixées autour des brandies d'arbres à une hauteur souvent assez considérable. La conformation des Soldats est surtout remarquable; ces individus ne sont pas plus gros que les travailleurs, et sont à peu près aussi nombreux que ee> derniers; ils ont la tête à peu près de même grosseur que chez ceux-ci, mais d'une forme très différente. En effet, son plus grand (1) Tiré d'un Mémoire intitulé : Corotocha oij Spirachtha , Staphylmer soin [ode levende Unger, og ère lluusdijr hos en Termit, et inséré dans le Recueil des aclet de l' Académie de Copenhague, Di.'il, t. IV, pi. 1 et 2, traduit du danois par M îoun;:, préparateur au laboratoire d'entomologie du Muséum d'histoire naturelle de l'ari». 170 SCHIODTE. développement est de bas en haut ; le front est vertical, et se pro- longe en une corne aiguë ; les mandibules ne sont pas allongées, mais très élargies ; enfin le bord interne de ces organes est cré- nelé, et leur bord externe garni d'une grande corne. Des Termites appartenant au même groupe se trouvent dans l'Amérique centrale et dans l'Amérique méridionale. M. Reinhardt les a rencontrées pour la première fois aux environs d'un petit vil- lage nommé Conlagem das Abobaras , à 6 ou 7 lieues au sud de Lagoa-Sanla, et en partant de ce point pour se diriger vers le nord, il les a trouvéesdans toutes les localités qu'il a visitées, c'est-à-dire sur une étendue de 10 à 12 milles géographiques. Mais les nids de ces Termites sont particulièrement communs autour de Lagoa- Santa , dans les Campos Serrados , et il n'en a jamais vu dans les forêts. M. Schiodle pense que les Soldats dont il vient d'être question, ainsi que ceux des autres espèces du genre Termite , ne sont pas des larves, comme le supposent quelques entomologistes, mais des individus d'une forme particulière, comparables aux Abeilles noires dont Huber a parlé , et il s'appuie sur diverses considéra- tions puisées dans les écrits de Daniel Rolander et de quelques autres voyageurs (1). Les nids de ces Termites ne sont pas occupés par leurs proprié- taires légitimes seulement. On y trouve aussi d'autres habitants qui appartiennent à la famille desStaphyliiiiens, et qui ont été décrits par M. Schiodte sous le nom de Corotoca Melantho , de Coroloca Phyloelâo Spirachtha Eurymedusa. Ces intrus sont remarquables par le grand développement de leur abdomen, qu'ils portent relevé et reployé en avant au-dessus du thorax. Mais ce qui les rend sur- tout intéressants pour les physiologistes, c'est leur mode de repro- duction, car au lieu de pondre des œufs comme les Insectes ordi- naires, ils sont vivipares. En effet, en disséquant ces Staphyliniens, M. Schiodte a trouvé dans l'intérieur, dans leurs organes généra- teurs, non-seulement des œufs renfermant des embryons à divers (1) Daniel Rolander a visité Surinam il y a un siècle; et le récit de son voyage, intitulé: Diurium Surinamium , se trouve, en manuscrit, à la Bibliothèque du jardin botanique de Copenhague. M. Schiodte en donne un long extrait. SCR DES STAPHYLINS VIVIPARES. 171 degrés de développement , mais des jeunes individus qui possé- daient déjà tous les caractères de larves bien constituées. Voici la description que M. Schiodte donne de ces singuliers Coléoptères : COROTOCA. Fam. Slaphylini. — Trib. AUocharini. Maxillae raala interiori cornea, uncinata. Palpi maxillares 4-articulati. Ligula lata, rotundata, paraglossis obsoletis. Palpi labiales 3-articulati. Tarsi 4-articulati, posteriores articulo primo valde elongato. Abdomen membranaceum , fractura : parte posteriori fixa, maxima , globosa, dorso anteriori animalis superposita. Kopiï , Tixrw. Caput globosum, subdeflexum. Oculi medii, reniforraes, magni, pro- rninuli. Labrum transversum, truncatum, setis marginalibus elongalis, discoidalibus nullis. Maudibulœ edentula;, apice tenui. acuto, dorso ante apicem et in inedio sinuto : membrana lata, nuda : mola minuta laevi. Malamaxillarum inlerior tota cornea, pectine denso. Palpi maxillares articulo primo minuto, subcylindrico, sutura tantum spuria ab articulo sequente disjuncto; secundo clavato , tertioque globoso ejusdem ferme longitudinis, setis longis crassisque dense obsilis ; quarto minulissimo , cylindrico, palpario boc duplo longiore, cylindrico, apice obtuso. Men- tum parvum, transversum, brevissimum ; fulcrum obtectum ; ligula me- dio gubemarginata, margine obsolète crenulalo; stipitcs palporum labia- hum borum articulo primo haud longiores.Pa'pi labiales articulo primo tertioque longiludine suba.-qnalibu^ boc tenui, acuminalo, secundo paullo breviore. Antennes validiuscula; , lilil'uniies , elongata' , scupo l'orti , cla- vato, articulo secundo brevissimo , rcliquis cylindricis elongatis, longi- tudine sensim decrescentibus, ultuno subelongato, oblungo-ovato, acumi- nalo. Pronotum gibbulum fovcolatum et tuberculatum , transversum, angulis rotundatis. Scutellttm brève, Irianguluiii. Elijtra prothorace bre- viora,depressa membraoea, apice ennjunctim emarginata, angulo exteriori acurninato. Alœ ampla', gracillima), nargipe parce ciliatse, stigmate niem- braneo, venis obsoletu. Pedei elongati.robusii, pustci-iures late distantes; trochanlini couspicui ; tibise pubescentes, parce spiuulosa; ; articuluspri- i 72 SCHIODTE. mus tarsorum prinii paris articulos sequentes longitudine aequans, se- cundi tertiique paris dimidio superans. Abdomen membranaceum, scutis dorsalibus brevissimis, ventralibus membraneis aut obsoletis : segmenlo dorsali secundo lerlioque concretis : gastero-thorace appendice utrin- que instructo conica membranacea. Caput et thorax subtilissime reticulosa punctisque obsoletis parce im- pressa, glabra. Differenlia sexiis externa, nisi magnitudine maris paullo inferiori, vix ulla. I. Corotoca Melantho. Tab. I ,' flg. 1 . Fusca, fronte foveolala, pronolo multifoveolata , disco bitubercu- lalo : tibiis poslerioribus fusi formibus , fuscis : scutis ventralibus segmenti quartiquintique transversis. — Mas, Fcm. Long, a fronte ad apicem segmenti secundi abdominis 2 1/2-3 millim. II. Corotoca Phylo. Tab. I, fig. 17. Fusca, vertice foveolato , pronolo multifoveolato, disco trituber- culalo : tibiis poslerioribus linearibus, nigro-fuscis : scutis ventrali- bus segmenti quarli, quintique subquadralis. — Fem. Long, a fronte ad apicem segmenti secundi abdominis 2 J/2-3 millim. La structure des parties de la bouche et des pieds est tout à fait parti- culière dans ce genre, et suffit pour distinguer les Corotoca de tous les autres genres connus des Staphylins du groupe des Alcocharini. La struc- ture des parties de la bouche ne ressemble qu'à celle des Lomcchusa, surtout en ce qui regarde les mâchoires et le labre ; mais les tarses tétra- mères ne se trouvent que chez les Hygronoma , les Oligota et les Diglossa, lesquels, à d'autres égards, s'éloignent beaucoup des Corotoca, qui, de leur coté, se tiennent à part, parmi ces Insectes, par un allonge- ment considérable du premier article des tarses. Cette affinité des Coro- toca avec les Lomechusa correspond aux mœurs de ces animaux ; mais elle n'est pas soutenue par l'aspect qui se rapproche plus encore de celui des Calodera et des Tachyusa. La grande mobilité de l'abdomen vers Je haut dans les deux genres qui viennent d'être nommés, chez les Lomechusa et chez une partie des autres Aleocharini ; sa position élevée pendant la course, et la dépression pro- fonde qui existe au premier anneau dorsal de l'abdomen , et qui rend les mouvements de cette partie possibles, paraissent être les premiers indices SIR DES STAPHYLINS VIVIPARES. 173 du développement remarquable qui se voit chez les Coroloca, où l'abdo- men est littéralement fixé dans cette position élevée, la seule possible. Les figures des deux espèces vues de côté , et les figures de toutes les deux vues de dos (les animaux étant représentés, dans ces deux dernières figures, après que l'abdomen eut été détaché du thorax), donneront une idée plus e.\3cte de cette conformation que ne le feraient de longs détails. On observera que, quand le thorax s'élève un peu, le prothorax doit venir toucher l'extré- mité de l'abdomen, et l'animal en entier, vu alors de côté, aura un contour uvalaire à peu près parfait, dont l'arc supérieur en entier est formé parla moitié environ de la face inférieure ou ventrale de l'abdomen, tandis que la face dorsale du thorax et la face dorsale de l'abdomen, appliquées l'une sur l'autre, forment une ligne transversale située dans la moitié inférieure de l'ovule. Ajoutez à cela deux autres conditions anomales de l'abdomen ainsi fixé , sa mollesse produite par un état plus ou moins rudimentaire de la partie cornée des anneaux , et le développement monstrueux que prenaient les cinq derniers anneaux, ce qui fait que l'ensemble forme une masse ova- laire considérable posée sur le thorax, un peu courbé de l'animal, comme un sac sur le dos d'une bète de somme. Ainsi l'abdomen est divisé en deux parties : la première composée des deux premiers segments; la seconde formée par les cinq autres. Les pièces dorsales des deuxième et troisième anneaux sont soudées par leurs bords. Les plaques ventrales ont la consistance de parchemin, à l'exception du dernier et de la moitié extérieure de l'avant-dernier segment qui offre une dépression transversale; il y a plusieurs dépôts de chitine, qui en diversifie la couleur en la rendant plus foncée. Les plaques ventrales de la première partie de l'abdomen sont tout à fait ruclimenlaires, et n'offrent aucune trace de segmentation. Le premier seg- ment offre deux petites plaques entre les deux hanches postérieures, et le second une grande plaque profondément incisée en avant. Les plaques ventrales de la partie élevée île l'abdomen ont une forme segmenlairc. Les deux derniers segments occupent la presque totalité de celle surface; le dernier est entier, elle pénultième est divisé au milieu par une impression transversale profonde; les troisième, quatrième et cinquième segments ont leurs plaques ventrales sillonnées transversale- ment, de manière t diviser chaque segment en trois parties, dont la moyenne, un peu élevée, représente la partie principale du segment; la partie antérieure représente le bord postérieur du segment, cl la partie postérieure, un peu plus large, représente son bord antérieur. 174 SCHIODTE. Les plaques dorsales de la partie antérieure de l'abdomen sont petites et fortes; elles forment des arcs transversaux d'une couleur plus foncée que les parties environnantes, et donnent attache à des muscles et à des ligaments puissants qui assurent l'abdomen dans sa position. Les plaques dorsales de la partie élevée de l'abdomen ont la consistance de parchemin. Les bords latéraux du deuxième et du troisième segment sont soutenus par une bande de même consistance qui est réunie forte- ment en avant à l'arc dorsal du troisième anneau. Les plaques dorsales du quatrième , du cinquième et du sixième anneau , sont petites , à bord antérieur élevé ; elles sont fortement pressées les unes contre les autres, et se trouvent dans la dépression qui résulte de la forme voûtée des côtés de ces anneaux; la dernière plaque dorsale correspondant à la dernière plaque ventrale. Tous les anneaux abdominaux sont à peu près immobiles, à l'exception du dernier; les stigmates sont extrêmement petits (ce qui les rend diffi- ciles à apercevoir, et manquent de péri trime; les canaux trachéens sont situés à la force dorsale de l'animal , immédiatement derrière les plaques dorsales ; mais la dernière paire est située plus extérieurement en dehors des parties membraneuses, qui donnent au dernier segment l'apparence d'une grande tache ovalaire, dont les parties latérales sont d'une couleur plus claire. Les deux espèces sont très rapprochées entre elles, mais on les distingue facilement. Chez la Coroloca Melantho, la tête est proportionnellement plus grande ; le front offre entre les antennes une impression dont l'étendue et la pro- fondeur varient un peu , et cette partie est parfois divisée en deux par une saillie qui règne le long de la ligne moyenne. Le prothorax offre la plus grande largeur dans sa moitié postérieure ; son bord antérieur présente une petite dépression à son milieu, et un peu plus en arrière, de chaque côté, se trouve une dépression transversale courte, mais profonde; enfin un peu plus en arrière encore, vers le milieu de la plaque, existent deux grandes éminences arrondies , entre lesquelles il y a une surface plane inclinée en arrière. Au milieu de son bord postérieur existe une dé- pression, de chaque côté de laquelle, et en arrière des éminences arron- dies mentionnées, il y a une autre éminence un peu plus volumineuse, et au côté externe de celle-ci, sur les parties latérales du pronotum, une autre encore de la même grandeur ; enfin on voit souvent une petite impression sur l'angle postérieur et latéral recourbé en bas , et tout auprès du bord antérieur , derrière les yeux , un enfoncement profond et SUR DES STAPHYLINS V1VIPAKES. 175 arrondi. Les antennes sont grêles, un peu plus allongées que la tête et le thorax pris ensemble. La partie élevée de l'abdomen est, vue en dessus, d'une forme ovoïde renversée ; mais vue de côté, son contour est a peu prés elliptique. Les plaques ventrales sont garnies d'un assez grand nombre de soies courtes, rangées en partie en séries transversales. La Corotoca Phylo est un peu plus grande , et elle est un peu plus renflée dans toute sa structure. Au sommet de la tête, il y a une dépression longitudinale ; mais l'impression entre les antennes manque. Le pronotum a sa plus grande largeur au devant de son milieu. Le bord antérieur n'a aucune dépression à son milieu ; au contraire, l'espace qui existe en avant des deux éminences arrondies s'élève pour former une nodosité qui devient très proéminente , et se trouve séparée des deux côtés des éminences arrondies par une dépression profonde. Les dépressions au devant du milieu du bord postérieur sont très considérables et plus profondes que chez les Corotoca Melantho, mais la petite fossette profonde située au dehors de l'œil manque ; les antennes ne sont pas plus longues que la tète et le thorax pris ensemble ; tous les anneaux sont plus courts et plus avancés que chez le Corotoca Melantho. Du reste, on y trouve les mêmes excavations. II est aussi à noter que le contour des boucliers moyens de la partie ventrale, reployée en haut, paraît plus ovale quand on le voit en dessus, et d'une forme irrégulière quand on le voit par les côtés. Enfin le pénultième anneau est incliné presque verticalement , et le nombre des soies qui garnissent l'abdomen est bien moins considérable que dans l'espèce précédente. Du reste, je renvoie le lecteur aux figures pour se faire une idée plus exacte de petites particularités qui distinguent ces deux espèces entre elles. La C. Plnjlo paraît être beaucoup plus rare que la C. Melantho; car, dans une collection assez considérable des Corotoca, je n'en ai trouvé que trois individus. Par conséquent, ce que le professeur Reinhardt m'a communiqué se rapporte principalement à la C. Melantho. Depuis que son attention s'est fixée sur ces Insectes , il les a trouvés constamment el pendant toute l'année dans les nids des Termites bâtis dans les arbres. Dans des nids nouveaux et petits, il n'a trouvé que deux ou trois individus; mais dans îles nids plus anciens, .souvent un bien plus grand nombre. Dans un nid qu'il ouvrit le 17 février 1852, il en a trouvé trente et un, et il en a extrait d'un autre, le 15 mars de la même année, quarante-quatre in- dividus. 176 scmoDTE. SPIRACHTHA. Fara. Staphylini. — Trib. Aleocharini. Maxillœ mala interiori cornea, uncinata. Palpi maxillares 5-articulati. Ligula ampla, intégra, rolvndala, paraglossis obsohtis. Palpi labiales Z-articulati , minutissimi , verruciformes , ligula supertecti. Tarsi i-articulati, articulis anterioribus tribus œqualibus. Abdomen (in i'emina saltem)membranaceum, maximum fractum : parte anteriori globosa, posteriori fixa, conica , anterius ascendente tribusque utrinque munita appenclicibusmembranaceis, filiformibus biarticulatis : Caput subdepressum subovale, nulans. Oculi anteriores, rotundati, parvi, subprominuli. Labrum transversum, rotundatum, marginerepando, setis marginalibus et discoidalibus, omnibus brevissimis. Mandibulm edentulae, apice tenui , acuto, dorso ante apicem et in medio sinuato; membrana lata, nuda ; mola minuta, laevi. Mala maxillarum interior tota cornea, pectine raro. Palpi maxillares articula primo nullo, se- cundo tertioque crassis , setis coronatis brevibus singulaque instructis exteriori longissima, validissima; secundo subclavato, incurvo, tertio hoc dimidio breviore , subcylindrico ; ultimo angusto , conico , longitudine pracedentis, palpario parvo, conico. Mentum magnum, subquadratum ; fulcrum apertum; ligula apice medio sinuato, margine obsolète crenulato; Slipites palporum labialium elongati, palpis duplo longiores. Palpi la- biales dimidiam longitudinem ultimi palporum maxillarium articuli vix complentes, conici, articulis magnitudine sensim decrescentibus, ullirno œgre observando. Antennœ graciliores , filiformes. Thorax angustus , elongatus, depressus; prothorax membranaceus, scuto pronoti parvo, transverse rotundato, dimidium prothoracis dorsum vix complenle. Scu- tellum brève , triangulum. Elgtra prolhorace paullo breviora , depressa membranea, angulo exteriori obtuse acuminato.4?

- nou- croyons qu on no doit pas accepter ces chiffres comme certains, a OHM dM dlffil llllél qui uni pu nous f.iire commettre quelques ineiac- <;n lout cas, ils approchent beaucoup île la réalité. 190 VIM>ll\ ET l"IIIIIPFU\. partie antérieure. La couche de graisse a une épaisseur de 0™,03, ce qui réduit l'épaisseur de la paroi musculaire inférieure en avant à 0™,06. Dans ce ventricule, on peut encore reconnaître deux chambres, une auriculaire à gauche ou en dehors , l'autre aortique qui est située à droite ou eu dedans ; mais la séparation n'est plus indiquée ici par une cloison incomplète, comme dans le ventricule droit ; sa limite est formée par la valve interne de la valvule milrale. Les colonnes charnues , les saillies de différentes sortes, les enfonce- ments et pertuis , sont en nombre moins grand dans la chambre aortique que dans la chambre auriculaire. C'est surtout vers la pointe et sur la paroi supérieure et externe que l'on rencontre ces diverses inégalités, et celte paroi appartient entièrement à la chambre auriculaire. La pointe offre un tissu caverneux largement taillé. Dans le ventricule gauche, l'orifice auriculo-venlriculaire parait à peu près sur le même niveau que l'orifice artériel. Il présente une valvule mitrale formant un anneau membraneux complet, mais pouvant être considéré comme constitué par deux valves , une interne, l'autre externe. C'est aux endroits où ces deux valves se réunissent que viennenl s'attacher les petites cordes tendineuses résultant de la décomposition des tendons vasculaires. Plusieurs de ces tendons dépassent le bord libre des valves, et viennent, soit encore entiers, soit déjà divisés, se fixer sur les faces ventricu- laires des valves. 11 n'y a qu'une très petite étendue du bord libre des valvules qui soil dépourvue de tendons d'attache : 2 centi- mètres sur la valve interne, et un seul sur la valve externe. 11 y a donc deux faisceaux de tendons, et chacun d'eux fournit à une partie des deux valves voisines. Au moment où ils quittent les piliers charnus, les tendons sont au nombre de dix ou douze, et sont plus ou moins distants les uns des autres. Quant aux piliers charnus, ils sont seulement au nombre de deux, très larges, apla- tis, et libres dans une très petite étendue. L'un d'eux est situé en bas, et l'autre en haut. La valve interne est en continuité avec les valvules sigmoïdes. Le tissu de la valvule, mitrale est blanchâtre ; il offre une épaisseur SUR LES VISCÈRES DE l'ÉLÉPHANT. 191 et une résistance bien plus grandes que celles du tissu de la valvule aurieulo-ventriculaire droite, dont les valves minces et grisâtres ont une analogie frappante avec les veines. De même, l'endocarde du ventricule gauche est plus épais et plus blanc que l'endocarde du ventricule droit, de même aussi les tendons vasculaires sont plus forts dans le ventricule gauche que dans le droit. La face ventriculaire des valves de la valvule mitrale, dans la partie la plus voisine de leurs bords libres , offre des saillies fibreuses, parallèles au bord libre, engendrées par l'épanouisse- ment des tendons valvulaires. D'après la disposition des valves et des chambres , il est aisé de voir, même en laissant de côté l'action des piliers charnus, que le sang peut affluer facilement de l'oreillette, dans le ventricule; mais que, lors de la systole ventriculaire, les deux valves sont poussées l'une contre l'autre par l'effort du sang qui forme ainsi l'orifice aurieulo-ventriculaire, et s'élance au travers de l'orifice aortique. L'orifice aortique est muni de trois valvules sigmoïdes, d'un tissu pins ferme, pins blanc cl plus épais que celui des valvules de l'artère pulmonaire; comme celles-ci, elles sont revêtues à leur face artérielle de saillies fibreuses, parallèles au bord libre. L'en- docarde voisin de ces valvules est plus épais et plus blanc dans une étendue de quelques centimètres. Dimension» de différente* parties du ventricule gauche. Longueur de la cavité ventriculaire gauche , de la pointe au bord nl . adhérent de la valvule mitrale 0,23 Largeur moyenne de la cavité 0,155 Circonférence intérieure de l'orilice aortique 0,30 à 0,32 Hauteur des valvules sigmoïdes a leur partie moyenne. . . . 0,05 Diamètre de l'orifice aurieulo-ventriculaire gauche 0,1 I Hauteur des \;ilves de la valvule mitrale 0,05 à 0.06 Longueur des tendons des valvules 0,05 à 0,07 Id. de la partie lilire des piliers charnus 0,008 Largeur du pilier intérieur 0,065 Id. du pilier supérieur 0,085 m moyenne des piliers dans leur partie libre .... 0,084 I l • lt-i ix ventricules sont séparés l'un de l'autre par une cloison 192 \II.I>«\\ ET PHILIPI 41 Y musculaire qui, à sa partie moyenne, a une épaisseur de 0°',06. Oreillettes. — Les deux oreillettes sont rejetées tout à fait à la partie supérieure du creur, et coiffent la partie antérieure, supé- rieure et gauche de la masse ventriculaire. Comme cela aélédit plus haut, l'oreillette gauche est seule visible, lorsqu'on regarde le cœur par sa face inférieure. Ces deux cavités paraissent avoir une capacité beaucoup moins grande que celle des ventricules. A. Oreillette droite. — Cette oreillette est irrégulièrement glo- buleuse, et offre un prolongement obtus et assez court qui s'avance vers l'artère pulmonaire, à droite. Les parois sont minces, et leur épaisseur varie, suivant qu'elles sont doublées de colonnes char- nues ou qu'elles n'en présentent pas. m. Points les plus minces, non doublés de colonnes charnues. . 0,002 Points les plus épais, doublés de colonnes charnues 0,014 Les colonnes charnues traversent le prolongement auriculaire en allant d'une paroi à l'autre, ou bien demeurent appliquées sur ces parois, et forment un tissu aréolaire à larges aréoles. Ces colonnes deviennent bien plus nombreuses, plus variées comme dimensions, dans la partie de l'oreillette la plus voisine des embou- chures des veines caves. Là elles sont superposées les unes surles autres, les plus minces en contact avec la paroi , les plus grosses recouvrent celles-ci, et elles se croisent en divers sens. Il n'y en a pas sur la cloison inter-auriculaire proprement dite. Les orificesde l'oreillette droite sont au nombre de six: \° l'ori- fice auriculo-ventriculaire ; 2° l'orifice de la veine cave postérieure; 3° et l\° les orifices des deux veines caves antérieures ; 5° et 6° les orifices des veines coronaires. 1° L'orifice auriculo-ventriculaire est situé à la partie postérieure et externe de l'oreillette. Nous avons donné plus haut ses dimen- sions, el nous n'avons rien à ajouter à ce que nous en avons dit. 2° Orifice de la veine cave postérieure. — Cet orifice est situé à la partie supérieure de l'oreillette, vers le milieu de la paroi. A son embouchure, il a une circonférence de 26 centimètres ; il regarde la cloison interauriculaire et la paroi inférieure de l'oreillette. A la partie externe de cet orifice se trouve un repli membraneux mince, Sl'H LES VISCÈRES DE l'ÉLÉPHANT. 193 mais assez résistant, formé par l'endocarde. Ce repli commence à la partie antérieure de l'orifice par une pointe, et se dirige en arrière en suivant le bord externe, et en devenant plus saillant ; à son mi- lieu, il a environ 5 centimètres de son bord adhérent à son bord libre. Arrivé près de l'arc postérieur de la circonférence, de l'ori- fice, il s'en éloigne, et, prenant une marche recliligne, il va s'in- sérer par une extrémité aiguë à la cloison interauriculaire. Ce repli, d'une extrémité à l'autre, a une longueur de 18 à 19 centi- mètres; il va en s'amincissant de son bord adhérent à son bord libre. 3° Orifice de la veine cave antérieure gauche. — Le repli sail- lant qui vient d'être indiqué nous conduit naturellement à parler de cet orifice qui se trouve au-dessous de la moitié recliligne de ce repli. La veine cave antérieure gauche, qu'on retrouve chez d'au- tres animaux, mais qui n'a pas son analogue chez l'homme, sera décrite plus loin; nous ne nous occupons ici que de son orifice. Nous venons de dire où il est situé ; ajoutons, comme complé- ment, qu'il est place à la partie supérieure et postérieure de la cloison inlerauriculaire, et que le plan de cet orifice regarde à peu près directement à droite. 11 a une circonférence de l/i cen- timètres. A" Orifice de la veine cave antérieure droite. — Cette veine, qui, comme position, représente la veine cave supérieure de l'homme, s'ouvre à la partie antérieure de l'oreillette , au voisinage de la cloison interauriculaire; son orifice regarde presque directement en arrière. Dans ga moitié interne, cet orifice est entouré d'un repli valvulaire qui parait formé de deux parties, parce que, vers son milieu, il est épais et peu saillant. Ce repli liait de la partie antérieure de l'orifice de la veine cave postérieure , à une petite dislance du point où naît le repli que nous avons déjà décrit. Son extrémité mince et effilée pénètre même à 1 ou 2 centimètres dans la veine rave au delà de son milice ; il part de là en suivant la cir- conférence interne de la veine cave inférieure , dont il s'éloigne ensuite pour gagner, parmi trajet courbe, le bord interne de la veine cave antérieure, dont il entoure la demi-circonférence in- terne ci inférieure. La figure de ce repli est celle d'un S couché , l'aérie looi. T, V. Cahier n' 4.) * 13 194 VBLPIAN ET PHELIPPEAUX. tordu sur lui-même, de telle sorte que la branche appartenant à la veine cave postérieure soit dans un plan horizontal, et celle appar- tenant à la veine cave antérieure dans un plan vertical. Ce repli est très peu saillant au niveau de la veine cave postérieure ; il de- vient assez saillant quand il atteint le bord de l'orifice de la veine cave antérieure. Cet orilicea une circonférence de 17 centimètres. Nous venons de voir que les orifices des veines caves antérieures sont en rapport avec des replis valvulaires résistants, qui circon- scrivent aussi une partie de l'orifice de la veine cave postérieure. Après avoir bien examiné la disposition de ces replis, nous sommes arrivés à penser que la veine cave postérieure ne trouve dans ces replis aucune arme défensive contre le reflux qui coïncide avec la systole auriculaire ; au contraire, le repli de la veine cave anté- rieure droite forme à ce moment, en se relevant, une valvule, mais une valvule bien incomplète , qui ne ferme certainement pas le tiers de l'orifice; enfin le repli de la veine cave antérieure gauche doit s'opposer avec plus d'efficacité au reflux veineux, sur- tout à cause de l'obliquité du trajcl que suit cette veine pour venir se jeter dans l'oreillette. 5° et 6° Orifices des veines coronaires. — Il y a dans l'oreillette deux orifices pour les veines propres du cœur. L'un d'eux se trouve à la partie supérieure du plancher de l'oreillette, au niveau de la parlie antérieure de la cloison inter-ventriculairc. Il a près de 8 centimètres de circonférence. Le doigt pénètre avec une grande facilité dans cet orifice. A la parlie externe, le tissu du civili- se prolonge en forme d'éperon, et il est facile de voir que, lors de la systole auriculaire, cet éperon doit s'appliquer sur l'orifice et le fermer complètement . In autre orifice, qui, à première vue, semble un cul-de-sac, mais que la dissection fait reconnaître pour un orifice veineux, se trouve plus eu dedans, à une dislance de 1 centimètre, et au niveau même de l'embouchure de la veine cave antérieure gauche. Cet orifice est plus petit que, le précédent , et , dans la suite , nous les distinguerons l'un de l'autre par les noms de grand et de petit ori- fice des veines coronaires. B. Oreillette gauche. — Cette, oreillette n'a pas de plancher SIR LES VISCÈRES DE LÉLÉPHANT . 195 comme la précédente; dans celle-ci, le plancher étaii formé parla cloison inlervenlrieiilaire qui ne l'ail aucune saillie dans l'oreillette gauche. La paroi postérieure de l'oreillette gauche est percée dans son entier par l'orifice auriculo-ventiieulaire. Il va des colonnes charnues de différentes dimensions et de différentes sortes, surtout dans la moitié de l'oreillette qui s'approche de l'auricule , et dans cette «moule elle-même. Plusieurs de ces colonnes traversent l'auricule d'une paroi à l'autre ; une d'elles a2 centimètres d'épais- seur. Cette oreillette, à proprement parler, ne présente que trois ori- fices, dont l'un est l'orifice auriculo-ventriculaire , et dont les deux autres son) les orifices des veines pulmonaires. Nous avons parlé du premier à propos du ventricule gauche. Il n'y a que deux orifices pour les veines pulmonaires; ces deux orifices son) placés à la partie antérieure et interne de l'oreillette. Le plus interne est le plus petit, et il sert d'embouchure à une seule veine qui a environ 14 centimètres de circonférence. L'autre a environ 28 centimètres de circonférence : c'est un golfe où dé - bouchent [rois grosses veines. Il est séparé du petit orifice par un éperon musculaire, qui n'a pas plus de 1/2 centimètre d'épaisseur. Du reste, aucun de ces orifices ne présente de replis valvulaires. L'endocarde de cette oreillette esl blanc, opaque , et plus épais ci plus résistant que l'endocardede l'oreillette droite qui est mince, el semble grisâtre, parée qu'il laisse voir par demi-transparence le tissu musculaire. Cloison interauriculaire. — Celle cloison est complète, el a une épaisseur moyenne de 2 millimètres. La fosse ovale est peu marquée; cependant, en tendant fortement la cloison, nous avons pu constater une légère transparence, indice de cette fosse. Lu arrière de l'orifice de la veine cave supérieure droite, il va un repli antéro-postérieur sur la cloison interauriculaire dans l'oreil- lette droite, et le doigt peut facilement s'engager de haut en lias sous celle saillie; iiiuie l;i premieiv phalange de l'index y peut pénétrer. On introduit un stylet, el on le conduit doucement jus- qu'à nue profondeur de 5 centimètres 1/2; mais nu ne peut aller au delà, l'extrémité du stylet n'est alors séparée de la cavité de 196 M l.l'IAX ET l'Iïl ( ll'l'l \l V l'oreillette gauche que par une très mince lame de tissu muscu- laire. Dans l'oreillette gauche, il y a sur la paroi inférieure, prèsde la cloison, un repli semi-lunaire, dont la convexité regarde la cloi- son, et, sous ce repli, on peut introduire un autre stylet; mais il est arrêté après un trajet de 2 ou 3 millimètres, et ne peut rejoindre le premier. Quoi qu'il en soit , il est clair que nous avons là les vestiges du canal oblique qui a fait, dans les premiers temps de la vie, communiquer l'oreillette droite avec l'oreillette gauche, etque ce canal n'est fermé que dans une petite partie de son étendue. VAISSEAUX. I. Artères. A. Artère pulmonaire. — Cette artère naît du ventricule droit, et nous n'avons pas à parler ici de son origine; nous l'avons dé- crite plus haut. Elle se dirige d'arrière en avant, de bas en haut et de droite à gauche , pour aller gagner la face gauche de l'aorte ; elle se divise alors , et sa branche droite embrasse l'aorte par un trajet courbe pour aller se porter au poumon droit. Avant de se bifurquer, elle donne naissance au cordon ligamenteux qui a rem- placé le canal artériel, et qui va par l'antre extrémité gagner l'aorte. A son origine , elle est comme renflée , et elle diminue peu à peu jusqu'à sa bifurcation. Dimensions de l'artère pulmonaire cl de ses branches. D1. Longueur depuis l'origine jusqu'à la bifurcation 0,26 Id. depuis l'origine jusqu'au cordon ligamenteux qui a remplacé le canal artériel 0,20 Circonférence près de l'origine 0,37 à 0,39 Id. au niveau du cordon ligamenteux 0,25 M. de chacune des branches do bifurcation 0,12 Épaisseur des parois près de l'origine 0,005 li. Aorte. — L'aorte a une direction analogue à celle que suit l'aorte chez l'homme. Elle se dirige d'arrière en avant et de bas en haut, et gagne la colonne vertébrale, sur laquelle elle se recourbe en forme de crosse. Elle est d'abord extrêmement large, puis elle diminue beaucoup, dès qu'elle a donné les troncs artériels du cou SLR LES VISCÈRES DE l'ÉLÉPHAXT. 197 et des membres antérieurs. Ces troncs sont au nombre pays, ainsi que les règles de leur classification méthodique. Les matériaux dont j'ai disposé' pour ce travail sontas.se/ nom- breux. Les principaux sont les Chauves-Souris , soit Phyllostomi- dés . soil Vespertilionidés, que M. Francis de Castelnau et son compagnon, feu AI. Emile Deville, ont recueillies dans plusieurs régions du bassin de l'Amazone, durant leur longue el périlleuse expédition dans les parties centrales de l'Amérique <\n Sud 1 1. (1 ) Expédition dont les partiel centrales de l'Amérique du Sud , de Rio-Janeiro à Limn ri de Lima au l'aru, exécutée par ordre du u'oiivenieiuent français pen- dant leeannéec 1843 a txi7. mis la direction de M. Francis de Castelnau. Unitaire du voyage, fi vol. in-8. Pari», 1850. 206 p. «.r.itvAis M. de Castelnau s'est procuré d'autres Chauves-Souris, non moins curieuses, pendant le séjour qu'il a fait à Bahia, où il a représenté la Franeeen qualité de consul. Cette seconde collection, qu'il m'a également, communiquée, a été offerte par lui au Muséum de Paris , ainsi que tous les exemplaires réunis pendant son grand voyage. Une troisième série de Chauves-Souris sud-américaines m'a été remise par mon collègue à l'Académie des sciences de Montpellier, M. Westphal-dastelnau ; elle provient de la province de Bahia, comme la précédente, et est présentement déposée dans le cabinet delà Faculté des sciences de Montpellier. Mon but n'a pas été de rédiger une monographie des Chéiroptères propres à l'Amérique méridionale, mais simplement d'exposer, de la manière la plus utile possible, les nombreuses observations scientifiques auxquelles l'étude des matériaux que j'ai eus à ma disposition pouvait donner lieu. Pallas, F. Geoffroy, F. Cuvier et de lilainville, avaient déjà tiré un excellent parti des caractères que fournit le système dentaire pour la détermination et la classification des Chauves-Souris. Fn poussant un peu plus loin cette analyse, commencée parDàuben- lon (1), j'ai pu arriver à quelques résultats nouveaux, que d'autres auteurs auraient assurément obtenus, s'ils n'avaient négligé, pour ainsi dire systématiquement, de consulter le même ordre de carac- tères. C'est à décrire et à représenter des dentitions de Chéiroptères sud-américains que j'ai consacré la plus grande partie de mon Mémoire. Envisagée de celle manière, l'ostéologie de ces animaux n'est pas moins utile à la zoologie proprement dite que celle des .Mammifères qui constituent les antres ordres. Mon travail est à la fois descriptif et zooclassique. J'y parle d'une soixantaine d'espèces, Phyllostomidés ou Yespertilionidés, toutes propres à l'Amérique méridionale, et je donne en même temps des détails sur leur classification naturelle, ainsi que sur leurs caractères génériques. (1) Daubenton, Mémoire sur les Chauves-Souris (Histoire de l'Académie des sciences pour 1759). CHÉIROPTÈRES SUD-AMÉRICAINS. 207 CHEIROPTERES PHTLLOSTOMIDES. Les Phyllostomidés, appelés aussi Vampyridés, se distinguent . au premier abord, des autres Chéiroptères, parue que leurs narines sont ouvertes dans un écusson membraneux ayant assez habituel- lement la tonne d'un fer à cheval, et surmonté, dans la majorité des cas, par un appendice foliacé, nommé la feuille, qui ressemble à un fer de lame. C'est à cause de cet appendice nasal que l'on a donnée certains Phyllostomidés le nom de fer de lance, et la déno- mination sous laquelle nous en parlons ici rappelle elle-même que leur orifice buccal est surmonté d'une feuille. Le Desmode seul a cette seconde partie de la caroncule olfactive, surbaissée cl réduite à une sorte de verrue; mais sou oreillon est de petite dimension, comme celui des autres Phyllostomidés, et, de même, un peu den- lieulé sur sou bord externe. Les Chauves-Souris de cette famille sont exclusivement améri- caines; elles peuvent être distinguées, aussi bien par la forme de leur feuille et par celle de leur oreillon que par la disposition de leurs dents inei>ives, des espèces propres à l'ancien continent et à l'Australie, qui mit aussi le nez entouré d'uni' caroncule foliacée. sont des animaux moins gros que les Roussettes, mais assez souvent supérieurs aux Vespertilionides par leurs dimensions, et qui présentent dans leur régime, ainsi que dans leur système den- taire, do différences a>sez considérables. Leurs incisives sont le plus habituellement au nombre de deux paires à chaque mâchoire ; leurs canines sonl fortes, et leurs molaires sont tantôt assez sem- blable- ;i celles des Vespertilionides etdes Rhinolophidés parl'appa- rence générale, tantôt, au contraire, tout autrement conformées que chez ri- animaux, et même que ebez les Unusselles. C'est CC que dous verrons clnv. le-, Sténodermins , dont les molaires sont tranchantes ■> la manière de celle.- des Carnassiers, ou, au con- traire, émoussées a leur couronne et entièrement comparables à celles de- animaux frugivores. Le genre Desi le, qui constitue :i lui geul mie tribu particulière, s'éloigne aussi du reste des Phyllo- 208 P. SERVAIS. sloinidés non-seulement par la forme de sa feuille, mais aussi par la disposition tout à fait particulière de ses dents , et quelques zoologistes en ont fait le type d'une famille à part. Nous croyons néanmoins qu'il ne doit pas être séparé des autres Phyllostomidés, et qu'il suffit d'en faire une tribu dans cette famille, aussi bien que des Stcnodermes et des Glossopbages, qui, de leur côté, ne dif- fèrent pas moins des espèces rentrant dans la tribu des Vampyres. Dans l'état actuel de la science, ce mode de classification nous a paru préférable à celui qui ferait de ces quatre tribus autant de familles à part. Daubenton et Pallas n'ont décrit qu'un petit nombre de Phyllo- stomidés. Buflbn nous a fait connaître , d'après les auteurs qui l'avaient précédé, les habitudes sanguisugues de ces Chauves- Souris. Des observations analogues ont été faites depuis lors par les naturalistes qui ont visité l'Amérique méridionale : d'Azara, M. de Neuwied, M. Tscbudi et d'autres encore. Les quatre tribus de Phyllostomidés peuvent être appelées Des- modins, Sténodermins, Glossophagins et Vampyrins. Les obser- vations que nous avons faites au sujet de chacune d'elles vont maintenant nous occuper. Tribu des Desmodins (1). La première tribu des Phyllostomidés ne comprend que le seul genre des Desmodes, don! l'unique espèce, ou le Desmodus ru- fus, est si remarquable par la singulière disposition de son système dentaire. Pendant la première dentition, les incisives supérieures du Des- mode sont au nombre de deux paires, comme c'est le cas pour la seconde dentition et sans doute aussi pour la première, chez la plupart des animaux de la même famille, et leur forme est alors très différente de ("elle que prendra la paire unique des incisives propre à la seconde dentition. Il est probable que celle-ci repré- sente la paire interne, toujours plus forte que l'externe chez les animaux de la famille i\c^ Phyllostomidés. (1) Desmodina , Famille des Desmodidés , Isid. Geoff. CHÉIROPTÈRES SUD-AMÉRICAINS. 209 Tribu des Sténodermins (1). Un certain nombre de Phyllostomidés diffèrent des autres Chéi- roptères de cette famille, par quelques caractères assez tranchés pour qu'on les place dans une tribu particulière : leur tête est grosse, raccourcie dans sa partie faciale, et comme hémisphérique dans sa portion cérébrale ; leur membrane inlerfémorale est en général moins étendue que celle des Phyllostomes , et quelquefois elle reste tellement rudimentaire, qu'elle ne forme plus qu'une très faible bordure placée à la face interne des cuisses. Elle est alors si courte, qu'elle ne se conlinuepas surla partie postérieure du tronc, et qu'elle s'interrompt en approchant de celui-ci. La queue est réduite , ou même tout à fait nulle à l'extérieur. Les dents de ces animaux ne sont jamais en nombre supérieur à trente-deux, du moins dans les espèces actuellement connues, et il n'y en a que trente ou même vingt-huit dans certains d'entre eux. Il y a, du reste, deux paires d'incisives à chaque mâchoire, une paire de canines supérieure et une paire inférieure, et toujours deux avant-molaires, suivies de trois arrière-molaires de chaque côté, ou seulement de deux à chaque mâchoire. Ces arrière-mo- laires ont uni' l'orme très différente de celles des Vampyres, n'ayant point supérieurement les pyramides et inférieurement les doubles collines en forme de« qui caractérisent les arrière-molaires de ces derniers. La troisième arrière-molaire, qui manque souvent, n'est jamais disposée transversalement en bande étroite, comme celle des Phyllostomes el autres genres de la même tribu ; elle est, au contraire, fort petite et subarrondie. Les première el seconde arrière-molaires ont leur couronne émoussée ou bien oblique, et très relevée par le bord externe, qui est plus ou moins tranchant. C'est à pelle division qu'appartiennent les Phyllostomidés frugi- vores. Le nom de Sténodermins, par lequel nous les désignons, est tin 1 de celui du genre Slénodeiine, qui est le plus ancienne- ment établi parmi ceux du même groupe. II a en même temps l'avantage de rappeler l'un des principaux caractères des animaux (I) Slenodcrmmn . *• série. ZoOL. T. V. (Cahier n" i.) ! 4 4 210 P. CEUVAIS. auxquels nous l'appliquons : le pou d'étendue de la membrane interfémorale. D'autres genres de Sténodermins ont été proposés depuis lors, et il faut rapprocher du Slénodcrmeroux d'Ë. Geoffroy une partie des Chéiroptères qui ont été décrits sous le nom de Phylloslomes. De Blainville et moi avons quelquefois réuni ces espèces au Sténo- derme véritable, sous le nom générique dcStenoderma (1). Toutes ont d'ailleurs beaucoup d'affinités entre elles et avec les Sténo- dermes roux, et, si l'on tient à ne pas multiplier les divisions génériques, on doit incontestablement les laisser dans un même genre linnéen. Mais, dans un travail d'analyse comme celui-ci, il était convenable de distinguer ces animaux les uns des autres, tout en les rangeant dans une même série, de manière à tenir compte des affinités qu'ils ont entre eux. En effet, si l'on apporte une plus grande attention dans l'élude de leurs caractères secondaires, on ne tarde pas à constater qu'ils, sont parfaitement susceptibles d'être partagés en plusieurs petits groupes analogues à ceux que les natu - ralistes actuels nomment des genres. Nous indiquons même parmi eux deux coupes nouvelles ij2) , ce qui porte à six le nombre de. celles que nous avons pu étudier en nature. Voici les noms sous lesquels ces divers petits genres sont décrits dans notre travail : Brachypkylla, Gray; Pteroderma, P. Gcry.; Artibem, Leach, ; Dermanura, P. Gerv.; Stenoderma, E. Gcull'r., et Sturnira, Gray. C'est sans doute à la même tribu que doivent également être réunis trois autres genres de Phylloslomidés que nous ne connais- sons que par les descriptions qu'on en a données, savoir : les N yctiplanus de M. Gray; les Trac/tops du même auteur, et les Diphylla de Spix. Ces derniers ne se distinguent peut-être pas du genre des Sténodermes proprement dits. Je donne les caractères de ces différents genres de Sténoder- mins , et je traite en particulier de plusieurs des espèces qui s'y (1 ) De Blainville , Comptes rendus de l'Académie des sciences , t. V ; Osleogr. des Chéiroptères, p. 16 et 35. — P. Gervais, lltst. desMamm., t. I, p. 197. (2) Les Pteroderma et les Dermanura. CHÉIROPTÈRES Sl'D-AMMÉRICAlN'S. 211 rapporter) I : Stenodcrma perspivilluUtm Je Phyllosloma persp. des auteurs), Arlibeus lineatus, Artibeus undatus, Dermanura cine- reum, Slenodenita rufum, Slurnira lilium el Sturnira chilense . On devra aussi rapporter à la tribu îles Sténodermins , le Cen- turiu (lavogularis, curieuse espèce propre à l'île de Cuba, que .MM. Licbtenstcin el Peters viennent de l'aire connaître (1). Tribu des Glossophagins (2). Lue autre tribu des Pbyllostomidés nous est fournie par le genre Glossophuga d'Et. Geoffroy (3). Les espèces qui s'y rapportent soid moins nombreuses que pelles dont il est question dans ce travail sous les noms de Sténodermins et de J'ampyrim, et il est assez facile de les caractériser, (le sont des Cbauves-Souris à feuille na- sale baslifonne, ayant la tête allongée, la langue très longue, exserlile et garnie, sur une partie de sa surface, de papilles pili- forines. Leurs dents diffèrent assez notablement de celles des autres Chéiroptères de la même famille : les incisives y sont petites et quelquefois caduques; les canines, au contraire, sont longues cl aiguës, el les molaires petites. Les arrière-molaires supérieures affectent une forme assez particulière, el les inférieures une forme comprimée; les deux premières des trois arrière-molaires supé- rieures ont un fort talon émoiisséà leur base interne, et une crête kmgitudinale sur leur bord externe, mais sans montrer les doubles pyramjdes qui caracpérisenl ces dents chez les Phyllostomes ; la coupe en esl plus régulièrement triangulaire que celle des mêmes molaires chez les Sléntideruiins, et l'on retrouve, dans la disposi- tion de leur couronne, une certaine analogie avec |es arrière- molaires supérieures de plusieurs Viverridés; la dernière molaire supérieure esl plu.- évidemment intermédiaire par sa forme à celle iv genres sur lesquels nous, avons constaté la présence des caractères qui viennent d'être énumérés, sont ceux des Vampy- rus, Leaeb: Phyllostoma, Et. (ieoffr.; Ijophosloma , d'Orb. et I'. Gerv.; Tylosloma, P, Gerv.; Schizostoma, P. Gerv., ciMacro- pyllum , Gray. Quelques autres genres devront peut-être leur être associés; mais , comme m mis ne les avons pas observés par nous-mêmes, et connue leur dentition n'a pas encore été décrite, il nous est inipos- Ï21'| P. SERVAIS. sible d'assurer s'ils doivent réellement être classés ici. Nous en trouvons quatre dans les publications de M. Gray. Voici l'indica- tion des noms qui leur ont été imposés par ce naturaliste : Macro- tus, Phyllodia, Mt7non olCarollia. Les espèces de celle tribu qui m'ont surtout occupé, sont les suivanles : Phyllostoma hastatum , Phyllostoma elonyatum^Phyllo- stnma angusticeps 'esp. nouv. , I.nphostoma sylvimlmn, Schizo- stnma minulum (esp. nouv.), MacrophyllurH Neuwiedii , espèces qui sont toutes remarquables à plusieurs égards. Comme addition à la Famille des Phvlloslomidés , j'ai parlé d'un genre nouveau que j'établis sous le nom de Spectrellum(ï), el qui se rattache aux animaux de cette catégorie par ses caractères prin- cipaux, quoiqu'il paraisse dépourvu de feuille nasale ; je n'en con- nais qu'une ftspècfe, le Spectreïïum mactutilM , que je ne trouve décrit dans aucun outrage de hiammaldglê. Le seul exemplaire que j'en aie encore observé a élé pris au Brésil, dans la province de Bahia. Je le dois à M. Westpbal. IL CHÉIROPTÈRES YESPERTIUONIDÉS. La famille des Yospertilionidés csl la plus nombreuse de toutes celles qui composent l'ordre des Chéiroptères. Ses espèces, qui ont servi à l'établissement d'un grand nombre de genres, for- ment plusieurs tribus bien distinctes. Je parle successivement de celles qui représentcnl en Amérique les Noctilins , les Molossins, les Emballonurins et les Vespertilionins. Tribu des Noctilionins (2). Le genre des Noclilions [Noctilio, Linné), dont Oti ne possède que deux ou trois espèces, forme à lui seul la tribu des Noelilio- (1) Le genre Spectrelhtm, dont nous parlons ici, est un genre nouveau. L'es- pèce inédite sur l'examen de laquelle je l'établis, tient des Vampyrins par ses proportions et par son système dentaire, mais elle paraît manquer entièrement de feuille nasale. Sa queue est complète comme celle des Macrophylles , mais les trois vertèbres intermédiaires y sont beaucoup plus grêles et beaucoup plus longues que dans ces derniers. (2) Noctilionina. CHÉIROPTÈRES SUD-AMÉRIC.AIXS. 215 nîiis , faciles à reconnaître à la singulière bizarrerie de leur l'ace, qu'on a comparée à là ttldnslruositëditebec-de-îièvfë, ainsi qu'à la l'orme de leur crlne et à la disposition de leurs dents. Tribu tles Molossins (1). Les Chéiroptères qui composent cette tribu sont très différents de tous les autres par leur aspect extérieur, et ils s'en distinguent, en outre, par quelques caractères intérieurs assez importants. Ce sont tous des animaux hideux, à corps lrapu,à ailes étroites, et dont la queue n'est qu'incomplètement eomprise dans la membrane inlerfémorale , qui cesse vers son deuxième tiers environ 2 . Leurs oreilles sont grandes, arrondies, toujours plus ou moins rapprochées ou même réunies sur la ligne médiane, quelquefois eomme gaufrées et pourvues d'un oreillon si rudi- menlaire que les auteurs ont jusqu'ici méconnu sa présence. Ils ont piis pour lui le lobe inférieur de la conque elle-même (3), qui est grand, arrondi el assez bien en forme d'oreillon discoïde. On ne eonuait aiieun Molossin qui ail plus de cinq paires de molaires, même à la mâchoire intérieure, el la plupart n'en ont même que quatre à la supérieure. Toutes leurs molaires ont la couronne rele- vée par une ou plusieurs pointes ou par des pyramides saillantes, et elles sont appropriées au régime insectivore. Les canines sont fortes, celles i\'i->a bas élan! parfois coritîgùës sur la ligue médiane, ce qui rejette alors les incisives aù-deVant d'elles. Ces incisives n'ont pas la même forme à l'une ou à l'autre mâchoire; leur nombre n'esl que de deux , en une paire, à la supérieure; mais il y en a une, deux oit nn'ine trois paires à l'inférieure. Celles-ci ont toujours leur couronne bilobée , ce qui peut servir à distinguer les Molossins des Vespertilionins , donl les incisives inférieures sont habituellement trilobées. Les incisives supérieures des Molossins ne laissent jamais entre elles urt aussi grand intervalle que celles i | Uoloitina. (2) Le Motouui omptexicaudcUui, établi par Et. Geoffroy sur la Chauve-Souris de la Guyane décrite par lliiftoii, l'ait exception, en ce sons qu'elle a presque toute la queue enveloppée par la membrane interfémorale. ''',, l!é|«jndant sans doute à l " ; < n 1 1 i r . i ■. ■ 1 1 -. de l'oreille humaine. 216 p. i.iimis delà plupart des Yesperlilionins, et l'os incisif lui-mèmey est com- plet et sans échanerure médiane comme chez ces derniers. M. Tein- minck , qui a réuni tous les Molossins , dont il a fait la monogra- phie, dans un seul et même genre, a pensé que l'on pouvait attri- buer à tous les animaux de ce groupe une même série de formules pour les dents incisives : J, |, |, -J, et même 5, en prenant dans chaque espèce des sujets aux différents âges. Les jeunes auraient, suivant lui , plus d'incisives que les adultes, et ceux-ci plus que les vieux. Cependant une étude attentive des divers groupes d'es- pèces qui forment la tribu des Molossins parait donner des résul- tats assez différents. Quoique celle étude ne nous ait pas encore permis de constater ce qu'il peut y avoir de commun entre les différents genres de cette tribu , envisagés dans leur première den- tition , elle nous montre que, lors de la seconde dentition de ces animaux, certaines de leurs espèces ont normalement f incisives (Dinops Cestoni ) ; d'autres [ (Myoplères , Nyclinomes el Promops); d'autres enfin { (Molosses el Chéirotnèles, sans pourtant que ceux qui ont moins d'incisives que les Dinops passent préalablement par la formule qui caractérise ces derniers. Les exceptions que semblent présenter certains exemplaires appartenant à des espèces de la dernière catégorie peuvent être facilement ramenées à la règle, si l'on examine quelles dénis ils portent réellement. Ainsi, les vrais Molosses, auxquels en trouve * i. au lieu de {, sont des sujets encore jeunes, et chez lesquels deux incisives de lait, qui ne sont pas encore tombées, se voient en même lemps que les deux incisives de la seconde dentition. 11 est inutile d'ajouter que les Nyctinomes et les Dinops peuvent également présenter, dans des cas analogues , plus de dents que ne le comporte leur formule nor- male. La diversité du nombre des incisives que M. Temminck attribue à tous les Molossins s'observe d'ailleurs chez ces Chéi- roptères, mais dans la série de leurs espèces , et non dans la série des âges de chacune de ces espèces prise séparément. Le crâne de ces animaux montre quelques différences de forme qui peuvent être avantageusement consultées, lorsqu'on veut éta- blir parmi eux des coupes génériques. Dans aucun cas, il ne nous a montré l'échancrure incisive qui est caractéristique des Vespcrti- CHÉIROPTÈRES SUD-AMÉRICAINS. 217 lionins. Le squelette présente quelques autres particularités , dont la principale consiste dans le développement considérable du pé- roné qui est complet , presque aussi gros que le tibia , et notable- ment distant de lui dans toute sa longueur. Cette disposition parait être en rapport avec les habitudes plus terrestres des Molossins. Le Desmode, parmi les Chéiroptères, a seul le péroné plus fortque le leur, mais il l'a en même temps moins écarté du tibia. Daubenton est le premier naturaliste qui ail signalé des Chéiro- ptères de la tribu des .Molossins. Dans le mémoire remarquable qu'il a publié sur les Chauves-Souris (1 1, il décrit deux espèces de ce groupe : \eRat volant, dont Et. Geoffroy a fait plus tard le genre Myoplerus; et le Mulot volant [Vespcrlilio molossus, I,.), qui a servi de type au genre Molossus du même naturaliste. Daubenton a l'ait connaître avec soin les caractères extérieurs de ces animaux, et il a indiqué en même temps les particularités que présente leur système dentaire. \)m\* Y Histoire naturelle de Buffon, Daubenton a parlé de nou- veau du Mulot volant, en décrivant les objets alors conservés au Cabinet du roi. Il y a joint quelques détails sur une autre Chauve- Souris qui lui paraissait être de la même espèce que celle décrite sous le nom précédent , quoiqu'elle en différât à certains égards. Le tome VII des Suppléments au même ouvrage donne, en outre, la ligure et la description d'un troisième .Molosse, sous le nom de Chauve-Souris de la Guyane. D'autres renseignements furent successivement publiés au sujet de certains Molosses. La Chauve-Souris sixième, ou Chauve-Souris châtaine, eth Chauve-Souris dixième, ou Chauve-Souris brun can- nelle de d'Azara, sont aussi des animaux de ce genre (2j. De même la Chauvi; -Souris huitième, ou Chauve-Souris obscure, et la Chauve-Souris neuvième, OU petite Chauve-Souris obscure, sont des Molossins; mais, quoiqu'on en ail fait jusqu'à présent des Molosses véritables (3 , je crois plus convenable de les rapporter (t) Histoire de I Académie drs sciences, année 1759. (2) Et. Geoffroy en a fait deux nouvelles espèces, sous les noms de Molossus cantuneuH el crusxtcauitutus. : l.i. Geoffroy a nommé Molossus lalicauiatu» la Chauve-Souris liuitièmo 218 P. GERVJMS à un autre genre de cette Iribu, à cause des grandes dimensions que d'Azara donne à leurs oreilles , et des plis verticaux qu'il si- gnale sur leur lèvre supérieure. Cet autre genre, dans lequel il convient de réunir une partie des Molossins propres à l'Amérique méridionale, est aussi l'un de ceux qu'Ét. Geoffroy a définis le premier; c'est sou genre Ni/ctinomus, qui, au lieu d'être exclusivement américain à la manière des Mo- losses véritables, fournil ru même temps des espèces à l'ancien monde et au nouveau. Le Molossus nasatus , décrit par Spix en 1823, est encore un ffyctiflOthë el non un vrai MoldSse; cl, en 1824, M. Is. Geoffroy a publié une autre espèce de la même tribu, dans laquelle il a reconnu les càrMëf es des Nyciifltlftleë, animaux que jûsq il 'alors on avail considérés comme confinés dans l'ancien continent, quoique, en réalité, d'Azara el Spix en eussent décrit des espèces américaines. De notre côté, nous avons étudié trois espèces de Nyclinomes américains (1). El. Geoffroy, en établissant le genréMôWsse, en avait déjà si- gnalé neuf espèces ; mais il y comprenait, il est vrai, les Cbauves- Souris huitième et neuvième de d'Azara. Les naturalistes qui se sont occupés de ces animaux depuis lors, lois que MM. Temminck, Maxiînilien de Néilwied, Gray, d'Orblghy et Tschudi, en ont en- euro augmenté' la liste ; mais ils sont loin d'en avoir arrêté, dans Ions les cas, les caractères avec une précision suffisante; et, comme chacun de ces ailleurs n'a pas toujours connu les publications l'ailes axant lui, ou du moins n'a pas réussi à y retrouver les espèces qu'il déei'ivait à son four, il en csl résullé une certaine confusion dans la nonienclalure el dans la diagnose; aussi le nombre des espèces ipie l'on admet présentement .dans ce groupe parait-il devoir èlre notablement réduil. Nous avons ebcrclié à triompher do toutes ees difficultés, mais sans y réussir davantage, et nous avons dû nous borner à l'exposition de quelques faits, nouveaux pour la plupart, qui jellcronf peul-êtrc un peu de jour sur ce sujel difficile. M. Temminck a cru devoir réunir dans un même genre foutes de l'auteur espagnol, et il a réuni à son M. obsenris la Chauvo-Souris neuvième. Celle-ci est plus particulièrement le M. cœcus de M. Rengger. (I) Nyetinomus brasiliensis , N. nasulus et 2v. mnerolis. CHÉIROPTÈRES SUD-AMÉRICAINS. 210 les espèces de la tribu actuelle des Molossins, quels que snieut leur patrie, leur formule dentaire et leurs caractères extérieurs. Nous avons tire de l'examen que nous avons fait du crâne de ces ani- maux, ainsi que de leur système dentaire, plusieurs caractères ser- vant à justifier les genres qu'on avait établis parmi eux d'après l'inspection de leurs incisives et de leur physionomie extérieure. Les Xyctinomes , en particulier, nous semblent pouvoir être très nettement séparés des Molosses, et nous établissons, parmi les ani- maux américains de la même tribu, un nouveau genre qui prendra le nom de Promops(\ . Ces trois genres, joints à celui des Thyro- ptera de Spix, que nous n'avons pas vu en nature, forment l'en- semble des Molossins présentement observés en Amérique. Trois des paragraphes de notre mémoire sont consacrés à leur des- cription. Tribu des Emballonùrins (2). Le genre EmbaUonura de Kubl, dont, nous parlons dans cet ar- ticle, nous parait devoir servir de type à une tribu distincte parmi les Yespeililionidés. M. Gray l'a réuni à ses Noclilionins, ainsi que les Molosses; néanmoins il semble assez facile de l'en distin- guer, cl il eu est de même de quelques genres que nous lui asso- cions. Les Emballonùrins ont la membrane interfémorale de gran- deur ordinaire, habituellement coupée carrément entre les éperons, cl leur queue , toujours plus courte que celle membrane, y reste incluse comme celle de certains Vampyrins ci de la plupart <\<^ Sténodermins, sans jamais en atteindre le bord libre. Les dents de ees animaux sont éminemment insectivores; leurs canines sont habituellement bicuspidéesà leur base antérieurement el postérieu- rement. Us n'ont, dans la majorité des cas, qu'une seule paire d'incisives supérieure qui est petite el simplet Leur crâne offre aussi des caractères particuliers : il est aplati on déprimé au chanfrein , souvent renflé sur la région latérale des os maxillaires, el pourvu, en arrière de l'orbite, d'une sorte d'apophyse slyloïde de forme recourbée. (1) lia pour type l« Molossus uninus do Spix et de Blainvillc. (2) Embullnnurma. 220 P. GERVA1S. Les genres Diclidurus, Max. de Neuwied ; Urocryptus, Temm. ; Saccopteryx , Dliger, et Probosculea, Spix, à la suite desquels nous décrivons celui que F. Cuvier a nommé Furia, représentent cette tribu dans les parties chaudes de l'Amérique. Le genre Emballo- nura de Kuhl, qui lui appartient aussi et qui lui a même donné son nom, a pour type une espèce des iles de la Sonde ; on l'a également trouvé enAûïque, et il paraîl avoir aussi des représentants en Amé- rique^ Vespertiiio caninus par exemple, et une autre espèce à la- quelle nous donnons le nom d' Embullonura brunnea; enfin, c'est à la même tribu qu'il faut sans doute rapporter aussi le genre Taphien (Taphozous, El. Geoffroy!, qui fournit des espèces à l'Asie et à l'Afrique. Son caractère essentiel consiste surtout dans la grande longueur de la partie libre de sa queue, qui s'étend au-dessus de la membrane interfémorale; niais ce n'est pas là une différence suf- fisante pour faire des Tapbiensle type d'une tribu à part, leur crâne et leur dentition étant semblables à ceux des Emballonures. Il est également probable que le genre Mystacina, établi par M. Gray pour une espèce de la Nouvelle-Zélande (M. tuberculata) , devra être placé avec les Emballonurins. Cependant je dois faire remar- quer que je n'en ai pas observé le crâne. La même remarque s'ap- plique au genre OEIlodo Leach, ayant pour type YOEllo Cuvieri dont on ignore la patrie. La k\me(Fnria liorrens, F. Cuv.) s'éloigne îles autres Emballo- nurins par plusieurs caractères importants; nous lui avons con- sacré un paragraphe spécial. 11 ne nous a pas été possible de classer avec précision les genres Chilonycteris, Gray; Mormoops, Leach; et Pteronotus, Gray, dont nos collections ne renferment encore aucun exemplaire. Tribu des Nycticéins (1). D'autres Vespertilionidés ont la membrane inter fémorale longue, terminée à pointe et soutenue dans toute sa longueur par la queue, qui estde grandeur ordinaire. Sous ce rapport, ils ressemblent aux Vespertilionins ou Chauves-Souris proprement dites. Ils se distin- (<) Nycticeina. CHÉIROPTÈRES SUD-AMÉRICAINS. 221 guent toutefois de ces derniers, parce qu'ils n'ont jamais qu'une seule paire d'incisives à la mâchoire supérieure , tandis que les Vespertilionins en ont deux paires. Les incisives supérieures des Nycticéins sont appliquées contre la canine avoisinanlc, et séparées l'une de l'autre sur la ligne médiane par un large intervalle, occupé lui-même dans le squelette de la tète par une forte échancrure. Leur crâne est assez raccourci, dépourvu d'apophyse post-orbitaire et élargi au palais. Leurs mâchoires ne portent, dans les espèces présentement connues , que trente ou trente-deux dents , les mo- laires étant au nombre de jj ou de -* seulement. Dans le second cas, la première molaire d'en haut est petite el placée hors de rang, dans l'angle formé par la canine et par la deuxième molaire. En tenant compte, non pas de la présence ou de l'absence de la petite fausse molaire dont nous venons de parler, et qui parait avoir ici fort peu d'importance, mais bien de la disposition nue, ou au contraire velue, de la membrane interfémorale, on peut distinguer deux genres parmi les Nycticéins : les Alalapha, Ralinesque, et les A ijciicejus du même auteur. Je décris sous le nom de Nycticejus Ega une espèce de ce der- nier genre : c'est la première qu'on ait signalée dans l'Amérique méridionale. Tribu des Vespertilionins. Elle comprend les espèces à* incisives et à queue longue soute- nant, dans toute sa longueur, la membrane interfémorale, qui est elle-même plus ou moins appointie et dépasse le niveau des talons. Ses différents genres peuvent être aisément caractérisés, si l'on a égard au système dentaire cl à quelques autres particularités. Nous plaçons en première ligne, puni' la classification des espèces de cette tribu, les caractères lirésdu nombre des dénis, (les caractères nous donnent cinq petits groupes. Presque tous les genres de Vespertilionins fournissent des espères aux différents continents. Nous en rappelons les caractères dans noire mémoire, el nous signalons les principales espèces de chacun d'eux. Le défaut derenseignementaflar la formule dentaire des Vesper- 222 P. SERVAIS. lilioiiins de TAustralio, qui ont élédéi rils dans ces derniers temps, nous a empêché de leur assigner leur véritable [ilaec dans l'énu- niération inélliodii|uedes animaux de celte tribu. Il y a cinq divisions parmi les Vespertilionins : 1 . Vespertilionins qui sont pourvus de trente dents. Genre Scotophilus, Leach. 2. Vespertilionins qui sont pourvus de trenle-deux dents. Genre Fespems, Keyserling el Hlasius. Il fournit des espèces aux deux continents; celles de l'Amérique du Sud sont les: Fesperlilio Dulertreus, P. Gerv. (synonyme de F. carolùiiensis, Et. Ceolïr. i; V ■ innoxius, P. Gerv.; V . furinalis, P. Gerv. et d'Orb.; V. fer- rugineus, Temm. Genre Histiolus, P. Gerv. Ce genre a pour type le Plecolus velalus, Is. Geoi'lr.. qui vil dans l'Amérique méridionale. Genre Harpiocephalùs, Gray, espèce unique : Vesperlilio kar~ pia, Temm. (de Java). 3. Vesperlilionins qui sont pourvus de trente-quatre dents. Genre Muiïna, Gray. Il ne comprend que le Yespertilio suillus, Temm. (de Java et Sumatra . Genre. Synotus, Keyserling cl Hlasius. Espèce unique : la Bar- baslclle(F. Barbastellw) d'Europe. Nous avons signalé ailleurs (l ; la présence de celle Cliauve-Snui is aux iles Canaries. Genre f'esperugo, Keyserling et îilasius. Ce genre est cosmo- polite; il est représenté dans l'Amérique du Sud parle V . leuco- jfosterdeM. ïenimiuck. Le V.ruber, El. Geoffroy, s'en rapproche à divers égards, mais il n'a qu'une seule paire d'incisives supé- rieures. Cette espèce devra peut-être former un genre à pari. 4. Vespertilionins qui sont pourvus de trente-six dents. Cette division comprend deux genres : les Plecolus, Et. Geofï., ouïes Oreillards, qui vivent en Europe, en Asieel dans l'Amérique septentrionale \ elles Miniopterus, Ch. Bonap.,donl nous ne con- naissons pas non plus de représentants dans 1 Amérique du Sud. (1) Hist, des Canaries, par MM. Webb et Berthelot. CHÉIROPTÈRES SUD-AMÉRICAINS. 223 b. Vespertilionins pourvus de trente-huit dents, ou les Murinoïdes, F. Olivier. Cette catégorie est aussi nombreuse que celles des Vesperusou des yesperugo, et ses espèces appartiennent égalamejjl à des ré- gions fort éloignées les unes des autres. Aucune de celles que l'on ci limait ne paraît égaler, par la grandeur de ses oreilles, les Chauves-Souris de l'ancien genre Plecolus, que nous avons répar- ties dans plusieurs des groupes précédents, sous les noms géné- riques d'Histiotes, deSynotes et de Plécotes. Cependant il enesl, comme le Kirivoula V. [/ictus, Linné), dont les oreilles sont déjà plus grandes qu'à l'ordinaire. .M. (iray a établi parmi les .Muri- noïdes plusieurs genres que nous réunissons sous le nom commun de Myotis, proposé par M. Kaup. Le Vesperlilio lepidus, P. Gerv., petite espèce propre à Pile de Cuba, nous a paru, à eause de la forme particulière de son crâne et de ses dénis, mériter d'être séparé des Myotis. Nous en luisons li' genre Nyetiellus. Indépendamment du Nyctiellus lepidus, l'Amprique méridionale a fourni àlacinquièmedivision de nos Ycspei'tilionh)sles/' r es/>erti7it> poh/lhrix, ls. Geoff.; chilœnsis, Waterhouse ; hypothrix, P. Gerv. el d'Orli.; Isidori, id.; et Kinnamon, P. Gerv., qui sont des Myotis. Iniil dernièrement, MM. Lirlilensleiu et Pelers viennent de l'aire connaître, sous le nom A'Hyanycteris discifera . une nouvelle espèce entrant dans la même division ; elle a été découverte à Porto-Caballo. Les caractères de plusieurs des Yespertilionidés sud-amérirains ne sont pas encore connus d'une manière aussi complète ; j'ajoute cependant quelques documents nouveaux à ceux que l'on avait déjà réunie à leur égard. NOTICES SOMMAIRES SUR LES OUVRAGES ADRESSÉS AUX RÉDACTEURS. Zveiter Bericht. — Deuxième compte rendu des recherches [ailes en 1854 et 1855 dans l'institution physiologique de l'université de Wiïrzburg , par MM. Kôlliker et H. Mulleu (extrait du Verhandhtn- gen der Physikalisch-Medicinischen Geselschaft im Wiirzhourg , 1856). On y trouve : I" une série nombreuse d'expériences sur la sécrétion biliaire, dans laquelle les auteurs s'occupent successivement de la quantité de bile pro- duite en un temps donné ; de l'influence de l'alimentation sur cette quantité , de la production de l'ictère par l'obstruction des fistules biliaires accidentelles, etc.'; 2° des expériences relatives à l'existence de la leuciue dans le suc pancréatique, et aux effets des fistules pancréatiques; 3° des expériences sur l'action que les liquides du canal intestinal exercent sur les matières protéiques ; 4" des expé- riences sur la salicine, sur l'absorption des sels de fer, sur la décomposition de l'amygdaline et sa transformation en acide cyanhydrique dans l'économie ani- male, et sur les courants électriques des muscles. Essai sur les substances allniminoidcs et sur leur transformation en urée , par M. Béchamp, thèse inaugurale à la Faculté de médecine de Strasbourg, 1856. Dans ce travail remarquable, l'auteur fait voir que, par l'action oxydante de l'hypermanganale de potasse, on transforme en urée l'albumine des œufs et du sérum, la fibrine du sang et le gluten. Ainsi se trouve réalisé dans le laboratoire du chimiste un des phénomènes les plus remarquables de cette espèce de com- bustion physiologique que la respiration entretient dans l'intérieur des orga- nismes vivants, et que la théorie nous conduisait à considérer comme étant la source de lurée , ainsi que de beaucoup d'autres produits. La découverte de M. Béchamp fera époque dans l'histoire de cette partie de la science physio- logique. De la présence de l'urée dans le sang et de sa diffusion dans l'orga- nisme à l'état pathologique , par M. Picard ( Thèse). Strasbourg, 1856. En se servant du procédé de M. Liebig, fondé sur la propriété que possède l'urée d'être précipitée par le nitrate mercurique, M. Picard a dosé la quantité de cette matière qui se trouve dans le sang à l'élal normal et à l'état pathologique. La moyenne de cinq expériences, faites sur trois hommes et deux femmes dans l'état normal, a élé de 0,016 d'urée pour 100. Dans les cas d'aménorrhée, cette proportion parait devenir plus considérable. Le sang du placenta contient un excès d'urée, et celui de la femme enceinte parait en contenir moins que le sang normal. M. Picard a constaté aussi que le sang artériel n'en contient pas plus que le sang veineux , mais probablement un peu moins , ce qui est contraire à l'opinion des physiologisles qui placent dans le poumon le siège de la transfor- mation des matières albuminoïdes en urée. L'auteur a constaté aussi que le sang NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES. 225 de Tarière rénale conlient deux fois aulant d'urée que le sang de la veine, et il arrive à celle conclusion que l'urée est le résultat des phénomènes de riésassimi- lation qui se passent dans l'intimité des tissus, et notamment de la libre muscu- laire. Dans la seconde partie de sa thèse, l'auteur s'occupe du dosage de l'urée dans le sang des malades, et constate une augmentation dans les affections fé- briles, le choléra , et surtout la maladie de Bright. Ce travail offre beaucoup d'intérêt. On the Arrangement of ihe Biliarij Duels. — Sur le mode de terminai- son îles canaux biliaires et sur quelques autres points del'analomie du fuie des animaux vertébrés, par M. L. BE.\LE,in-/î, avec 3 planches (extrait des Philos, trans., 1855, 2' partie). L auteur se propose d'établir : 1° que les cellules hépatiques sont renfermées dans un lacis très délicat formé par une membrane basilaire; 2° que les plus petits canaux biliaires sont en continuité directe avec ce lacis; 3° que les injec- tions peinent passer de ces canaux dans toutes les parties du réseau tubulaire en question jusqu'au centre des lobules , et que le réseau capillaire peut être rempli dans la même préparation. Report, etc. — Rapport sur la vingt-cinquième réunion de V Associa- tion britannique pour l'avancement des sciences , tenue à Glascow en septembre iS55, ] vol. in-8. On trouve dans ce volume un mémoire très étendu sur les Crustacés édrioph- thaimes de la Grande-Bretagne, par M. Spence Bâte, et un grand nombre de notes relatives aux communications faites aux sections d'histoire naturelle et de physiologie, parmi lesquelles nous citerons les articles suivants : Sur le» Braehiopodet îles côtes de la Xorwége, par M. Barrett(p. 106). Description d'une nouvelle eipice de Trémalode (Fasciola gigantea) trouvée dans le foie de la Girafe, par M. Cobbold (p. 108). Sur une Truite monstrueuse, par le même (p. 109). Sur In homologies des. Lépismiens, par M. Dickee (p. 1 10). Sur le développement des se.res chez les Insectes, par M. Leitch (p. 111). .Sur un cm île mortalité remarquable parmi les Hirondelles, par M. Lowe P N8). .Sur de» additions récentes fuites à la faune de l'Afrique occidentale, par M. Mur- raj p 114). Sur la physiologie des Spermatozoïdes, le Trichomonas vaginalis, les cellule» épi- Ihéligues, etc , par M. Kœlliker (p l!S Sur Thomologiedet Vertébrés, par M Macdonald (p. 128). Sur l BDlrunT pylori, le développement de Ver» dans lr cerveau d'un Albatros; sur la structure du cerveau; sur l'oé iptscaphcftde, chez un homme de In race Gua- l'im. etc., p.ir M Hctziu- fp. I.'ii . Sur let SpermalosoHdet tl ta fécondation de I Ascai i- m\ itax, aie, par M. Allen l hompson (p. 138). Sur la forme du crâne ehtM les anciens Romains, par M Davies [p lit), i- lérie Znoi T V. [Cahier n" i.) ' i "> 226 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES. Versuch. , etc. — Recherches sur la distribution méthodique des Méduses, avec description d'espèces nouvelles ou peu connues, par M. Gegenbaueb, avec à planches in-Zi, 1856. Dans ce Mémoire, tiré du 8 e volume du Zeitschrift de MM. Siebold et Kœlliker, l'auteur divise les Médusaires en deux seclions et en onze familles, savoir: Acbaspeda [Rhysostomidœ , Medttsidœ, Pelagidœ, Carybdida-), et Craspedota (Oceamdir, Tlutumantidœ, Mquaridœ, Eucopidœ. Trachynemidœ, Geryonidœ et JEginidœ), Ses observalions portent essentiellement sur diver.-es espèces de la seconde section, et ont fourni plusieurs résultats intéressants pour la physiolo- gie, aussi bien que pour la taxonomie zoologique. Asie-Mineure. — Description physique, statistique et archéologique de cette contrée, par M. P. de Tchihatcheff. Paris, 1856. Dans le deuxième volume qui vient de paraître, on trouve plusieurs chapitres consacrés à la zoologie. L'auteur traite avec beaucoup de détails des principaux animaux domestiques de cette région , et rapporte aussi plusieurs observations intéressantes sur divers oiseaux, les Vers à soie , les Sauterelles, les Sangsues, et sur la faune ichthyologique des grands fleuves de la Russie méridionale. Essai monographique sur la tribu des Psgchides, par M. Th. Bruand. Dans ce travail, extrait des Comptes rendus de la Société libre d'émulation du Doubs, l'auteur a consigné diverses observations sur les mœurs de ces curieux Lépidoptères ; mais il s'occupe principalement de leurs caractères zoologiques et de leur classification. Il est d'avis que ce groupe doit être placé dans la grande division des Tinéides. Introduction à l'histoire naturelle des Brachiopodes vivants et fos- siles ou Considérations générales sur la classification de ces êtres en familles et en genres , par M. Davidson, traduit de l'anglais par MM. Eudes-Desloncuamps, 1 vol. iu-4. Caen , 1856 , avec 12 planches lithographiées. Ce travail, extrait du I e volume des Mémoires de la Société linnéenne de Nor- mandie, est une traduction de la Monographie publiée par M. Davidson dans le Recueil de la Société paleontographique de Londres, ouvrage dont les zoologistes connaissent la haute importance. RECHERCHES L'ORGANISATION ET LES MŒURS DU TERMITE LUCIFUGE, Par M. fh. LI-SPÉS, Dr èi-sciences naturelles. Mémoire lu ii l'Académie îles sciences de Paris le 25 août 1850. INTRODUCTION. — HISTORIQUE. L'étude approfondie des sociétés d'Insectes nous a révélé jus- qu'ici des faits tellement remarquables et si inattendus, que l'on peut considérer ces réunions comme l'une des choses les plus surprenantes que la nature nous ail offertes. Pourtant les sociétés d'Hyménoptères ont seules été convenablement étudiées, et encore les moeurs de la plupart des genres exotiques sont inconnus. Quelles magnifiques découvertes ne sont pas réservées au natura- lise qui punira observer ers Insectes dans les régions tropicales! En outre de ces industrieux Hyménoptères qui font notre admira- tion, d'autres Insectes vivenl en société; depuis bien longtemps li- voyageurs nous onl parlé des constructions gigantesques des Ténuités d'Afrique, el îles dégâta sans nombre que dis Insectes du même genre occasionnenl dans une foule de lieux. L'étude de leurs sociétés s'esl malheureusement bornée à celle des pertes qu'ils font subir; de sorte que , excepté le remarquable Mémoire de Smeathman, nous ne savons à peu près rien de leurs mœurs. Depuis lors, des Insectes d sme genre onl été trouvés en France, d'abord aux environs de Bordeaux, par Latreille, puis à Kochefort, La Rochelle, el la plus grande partie de la Charente- inférieure, où ils occasionnenl des pertes immenses. Plusieurs naturalistes les onl étudiés, mais 1 1 ndanl Irop peu de temps, pour pouvoir nous les faire connaître complètement. Deux 228 CH. LESPÉS. — ORGANISATION observateurs ont publié sur ces Insectes des .Mémoires qui mal- heureusement ne nous apprennent rien ouvriers qu'il considère comme des larves développées; S" les soldats qu'il regarde comme des nymphes; W «les mâles et femelles qui sortent du nid, el dont quelques rares Couples, après avoir perdu les ailes, fondent des sociétés nouvelles. (4) Mémoire pour servir à l'hUtoiFô i$ guoloust {ttêectot connut tout k nonida Tfrmèi ou Fourmii blanches, etc., Induit par ''.. Rjgaud. La Rochelle, <786, 7 [ilancheg. 230 Cil. LESPÉS. ORGANISATION Latreille (I). qui découvrit aux environs de Bordeaux l'Insecte que j'étudie , trouva dans les nids une cinquième l'orme : les nymphes. Pour lui la société se compose : 1° des larves (ouvriers); 2° des nymphes : 3° des individus ailés issus de ces deux formes, qui , plus tard , perdent leurs ailes et renlrent dans le nid, les femelles au moins ; et enfin , 4° des soldats qu'il considère comme des neutres. Deux Mémoires oui été puhliés sur les Termites de La Rochelle : le premier par M. Bolïinet , en 1842 (2' , a été depuis, en 1853 , couronné et imprimé de nouveau sans aucune addition ni modifica- tion par la Société linnéennc de Bordeaux (3). Ce travail ne contient aucune dissection , et renferme des descriptions on ne peut plus inexactes : les femelles y sont indiquées comme « sans corselet et sans ailes; .... tête paraissant inoffensive. «Pour M. Boffmet les ouvriers el les soldats sont des neutres , ce qu'il avance sans autre preuve que l'analogie avec les Fourmis, et il existe un grand nombre de femelles dans chaque nid. Il est probable que l'auteur confond ici, avec les femelles qu'il n'a jamais vues, de grosses nymphes que je décrirai sous le nom de nymphes de la deuxième forme ou à fourreaux courts. A la fin de son Mémoire, il assure gravement que ces Insectes supportent sans aucun mal la chaleur d'un four dont on vient de retirer le pain. Le second Mémoire, celui de M. Bobe-Moreau (4), quoique d'un volume considérable, ne nous apprend rien de nouveau. Ces deux observateurs se sont surtout préoccupés des dégâts occasionnés par les Termites, ce qui était beaucoup plus facile que d'étudier les sociétés de ces Insectes. (I) Latreille, Bull, lie la Soc. philomalique de Paris, nivôse et pluviôse an m, p. 84'. — Dkt. d'hist.nat. (Bory de Saint-Vincent), 1830, t. XVI, p. 127; — Dicl.d'hist. mit. (Deterville), 1804, t XXII, p 49. (S) Bolïinet père, de Saint-Savinien, Itech. sur le Tennis delà Charente- Infé- rieure, in Heated périodique de lu Société d' agriculture de Saint-Jean d Angèhj. 18 42, n" I. (3) Am>; Soc. tinn. Iînrdeau\, 3" série, t. IX, 1853, p. 145. (i Mémoire sur les Termes observé) à Itnchefort, etc., par M, Bobe-Moreau. Saintes, 1843. b ET MOEURS DU TERMITE LUC1FUGE. 231 NosNévroptèresonl ou un historien plàs sérieux dansM.Joly (4), qui n'a malheureusement pu les étudier que pendant peu de jours. Son travail renferme des recherches anatomiques sur lesquelles je reviendrai plus loin. Plusieurs naturalistes ont vu en passant les Termites de La Rochelle, dont les dégâts et les habitudes ont trouvé enfin un obser- vateur habile < 2), auquel la brièveté de son séjour à Roehefortn'a malheureusement pas permis de nous l'aire complètement connaître leurs mœurs. Enfin tout récemment a paru la première partie d'une mono* graphie du genre Termes (3). Ce travail, dont la vaste érudition effraie l'esprit, ne contient qu'un petit nombre de faits nouveaux, mais pourtant m'a été d'une grande utilité par les extraits de divers auteurs qu'il renferme, et que sans cela je n'aurais pu me procurer. M. Hagen paraît, du reste, n'avoir jamais observé de Termites vivants , et la seconde partie sera réservée aux descriptions spécifiques. Je n'ai rien trouvé de neuf dans son mémoire sur le Termite de Bordeaux. Les connaissances anatomiques que nous possédons sur les Termites sont bien incomplètes. John limiter aurait disséqué (lu deux jeunes femelles, et trouvé dans leur abdomen deux ovaires composés d'un grand nombre de tubes. M. Léon Dufour a décrit el figuré 5) l'appareil digestif d'une nymphe. Depuis, dans une noie annexée au Mémoire de M. Joly (6), i /. h , , /,,■ r ,,ur ternir à l'histoire naturelle el à l'anatomie des Termites, in Mém.Acad. se, insc. et belles-lettres de Toulouse, 1 Hi9, p. I à 37. (2) A. deQualref^e-.. Souvenirs d'un naturaliste, in Revue des Deux-Mondes, I8S3, l. XVIII, nouvelle série, p 779 à 798. — \lem. sur la destr. des Ter- mites (Ann. des se. mil., V sér., Zool., t. XX, p. 5). — Note sur les Termites dt La /(«/,.//,<( Imi. des se. nat., '!,"• .cér., Zool., p. 16). (3) II. Hagen, Monographie die Termiten, in Linnea entomologie» : ; Zeilschrifl herausgegeben von dem entomologischen Vereine in Steltin; zehnter Band., 1855, p làl il et 870 à 325. (t) Sminl'iman, toc. cit. (5) L. Dufour, in Mém. sav. étrangers Ac. se. de Paris, 1841, t. VII, p. 608, pi. 13, 8g. 196, 197. (G) Dufour in Joly. 232 CH. LtSPKS. - OKGAMSATIO.N il est revenu sur l'appareil digestif, et a donné quelques détails sur les ovaires de la femelle. Dans son Mémoire publié en 1849, M. Joly (I ) a-lait connaîtra en partie l'anatomie de l'Inseete dont j'ai entrepris l'histoire. Le tube digestif, le système nerveux et les ovaires d'une nymphe ont été ligures et décrits par ce naturaliste ; malheureusement ses dis- sections sont trop peu nombreuses : le système nerveux surtout laisse à désirer. Burmeister (2) a décrit rapidement l'anatomie des Termites. Je n'ai pu voir son livre, éloigné que je suis de tout centre scienti- fique, et je suis réduit aux extraits de MM. Weslwood et Hagen. Ce savant naturaliste n'a pu trouver les organes mâles chez les indivi- dus ailés , et a vu les organes femelles composés de deux ovaires verticillés, formés chacun d'une livnlaine de gaines. On le voit : ce que nous savons sur les Termites est bien peu de chose. En étudiant celui de Bordeaux, j'ai surtout fait en sorte de bien connaître la constitution de ses sociétés. Mes études, diri- gées uniquement vers ce but, ne m'ont pas permis d'examiner les dégâts que cet Insecte occasionne, ni les moyens que l'on pourrait employer pour le détruire. ORGANISATION DES TERMITES. I. — Des divers individus qui habitent le même nid. Quand on ouvre un nid de Termites, ordinairement creusé dans une vieille souche de Pin, â la première vue on aperçoit deux formes bien différentes , les ouvriers (fig. 1) et les soldats (fig. 2). Les premiers sont d'un blanc légèrement jaunâtre, â tète ronde, très vifs si la température est élevée; les seconds frappent immé- diatement la vue par leur énorme tête allongée, et armée de fortes mandibules. Ainsi que je l'établirai plus tard , ces Insectes sont des neutres. On les trouve dans tous les points du nid et dans toutes les saisons. Si l'on pénètre plus profondément dans le bois, on ne farde pas (1) N. Joly, loc. cil. (2) Burmeister, Handbuchder Entomologie, t. II, p. 762. ET MOEURS DU TERMITE LUCIFUGE. 233 à trouver des Insectes d'une forme différente. Ce. sont d'abord des individus très jeunes se mouvant à peine (fig. 3;, puis d'autres un peu plus grands qui offrent déjà des différences sensibles : les uns ressemblent aux ouvriers, sauf la taille ; les autres présentent des traces d'ailes plus (fig. 5) ou moins (fig. 4) marquées; ceux-là, com- muns en été, commencent déjà à offrir dans le développement de ces fourreaux une différence bien plus marquée chez les nymphes. Je considère toutes ces formes comme des larves : les très jeunes larves, les larves de neutres, les larves qui donneront des individus sexués. Depuis le mois de juillet, en automne et en hiver, on trouve un grand nombre de nymphes remarquables par leurs fourreaux et leur taille plus considérable. Les unes (fig. 6) , plus allongées et plus actives , ont ces fourreaux plus grands ; dans la première quinzaine de mai elles se métamorphosent en individus ailés, qui émigrent une vingtaine de jours plus tard ; les autres ( lig. 7) sont plus volumineuses et plus lourdes, surtout celles qui doivent deve- nir des femelles; elles commencent à se colorer en juillet pour se métamorphoser probablement eu août . ainsi que je le dirai plus loin; mais elles deviennent de plus eu plus rares à mesure qu'on s'approche de l'époque de leur transformation. Ces nymphes, qui proviennent des larves dont j'ai déjà parié , offrent des rudiments d'organes mâles cl femelles; les secondes sont toujours plus rares que les premières. En mai, et pendant vingt ou vingt-cinq jours seulement, on trouve des individus ailés lig. 8) qui émigrent au commencement de juin. Enfin, quand un peut examiner tout l'intérieur du nid, on trouve la reine ( lig. 10 et le roi toujours ensemble, et jamais qu'un seul couple dans chaque nid. I ne seule fois, en novembre, j'ai trouvé dans une société très peu nombreuse, et dont le nid était forl petit , deux individus pri- vég d'ailes, et provenant, à n'en pas douter, d'individus ailés du mois de mai. L'un était un mâle, l'autre une femelle. J'ai trouvé une autre fois, en juillet , deux couples semblables dans un même nul : je reviendrai but ce point. Je réserverai les noms de roi ci 234 CH. LESPÉS. ORGANISATION reine donnés par Smeathman aux grands mâles et aux grandes femelles, désignant les seconds parles noms de petit roi et petite reine : ce dernier employé déjà pour les Abeilles ouvrières qui pondent des œufs de mâles. Il existe donc deux formes d'individus sexués : les premiers, provenant des nymphes à longs fourreaux, émigrent au commen- cement de juin ; les seconds, qui sont produits par les nymphes de la deuxième forme , éelosent probablement en août. Ils offrent , dans le développement des organes reproducteurs , une énorme différence. Ces individus ailés perdent plus tard leurs ailes. En résumé, je considère la société comme formée : 1° D'un couple fécond : roi et reine, ou petit roi et petite reine; 2° De neutres de deux formes : ouvriers et soldais; 3° De larves de deux formes : celles des sexués , celles des neutres ; 4° De nymphes de deux formes ; 5" D'individus sexués, seuls ailés, de deux formes, qui doivent émigrer : ceux de mai , qui deviennent les petits rois et les petites reines ; ceux d'août, destinés à devenir les rois et les reines. II. — Organisation de l'ouvrier. La taille des ouvriers est un peu variable dans le même nid, et cette différence de volume est surtout remarquable si l'on examine des Insectes pris dans des nids différents. C'est, en général , dans les sociétés nombreuses, établies dans une souche bien pourrie, que l'on trouve les plus développés. La variation extrême m'a paru être de 1 millimètre : les plus petits ayant environ 3""", 5 de long; les plus gros k'""\ 5. C'est surtout l'abdomen sur lequel porte cette différence. Il est bien entendu (pie je parle ici des ouvriers adultes. Leur couleur est d'un blanc légèrement ambré et presque dia- phane, qu'il est bien facile de distinguer du blanc mat des larves et des nymphes. Le plus souvent on aperçoit par transparence la matière brune qui remplit leur renflement intestinal. L'extrémité des mandibules ainsi que leur condyle est d'un brun clair. La tète arrondie ( Tig., 1) parfaitement lisse, et sans trace d'yeux, ET MOEURS DU TERMITE LUCIFUGE. 235 présente en avant les pièces de la bouche à découvert ; les quatre palpes sont ordinairement dirigées en avant pendant la vie de l'ani- mal. Les antennes sont ingérées dans une légère fossette qui résulte de la saillie du front. Elles sont presque toujours en mouvement, et servent à coup sûr à tâter le chemin , fonction qu'elles rem- plissent chez bien peu d'Insectes. Elles se composent d'un nombre d'articles différent chez les divers individus : le minimum est de quatorze, ainsi que je l'ai représenté ligure 13, le maximum de dix-sept, comme le montre le dessin de l'Insecte entier figure 1 . Mais cette différence porte uniquement sur les articles qui suivent le second au nombre de quatre ou de sept , et qui sont peu distincts dans tous les cas. Le prothorax est en avant plus étroit que la tète ; sa partie posté- rieure est encore rétrécie, de sorte qu'il est Irapézoïdc. Il est plane au-dessus el ordinairement marqué d'une ligne enfoncée longitu- dinale, et de deux lignes semi-circulaires des deux côtés. Ses angles antérieurs et postérieurs sont largement arrondis. Il porte en dessous la première paire de pattes. Le mésothorax el le mélathorax ne diffèrent en rien des anneaux de l'abdomen , si ce n'est qu'ils portent les deux dernières paires de pâlies. Ces caractères thoraciques sont propres aux ouvriers , aux soldats el à leurs larves; ils sont bien différents de ceux des larves de sexués. L'abdomen , plus ou moins aplati suivant ce que contient l'in- testin, esl formé de dix anneaux en dessus: le dixième n'est guère visible que lorsqu'on presse un peu l'Insecte. En dessous il ne présente que huit plaques; la dernière, très courte, est terminée par deux dents aiguës parallèles quel que soil le sexe de l'Insecte. La huitième plaque dorsale porte latéralement deux appendices courts, composés de trois articles. le-, pieds nffrei il bien peu d'intérêl ; ils si m i composés lig. 12) comme chez tous les Insectes : la hanche est assez allongée el mobile, le troctanter petit, la cuisse el la jambe cylindriques el minces; le larRe formé de quatre articles, donl trois forl courts presque cylindriques . el un quatrième plus long, donl l'extrémité porte deux ongles -impies ires mobiles. 236 CH. LESPÉS. ORGANISATION Tout le corps est couvert de poils jaunâtres assez longs : seules les mandibules sont glabres. Appareil digestif. Les pièces de la bouche (fig. 11) sont toutes d'une solidité assez grande, et admirablement organisées pour ronger le bois. Le labre arrondi et fort mobile ( fig. Il , a) recouvre complète- ment la bouche en dessus, et dans l'extension dépasse même les mandibules ; il se composede deux pièces articulées sous l'épistome. Les deux mandibules (fig. 11, b„ mues par des muscles puissants, sont fortes et dentées en dedans. Un peu en arrière elles sont recou- vertes d'une brosse de poils courts et roides. La mandibule droite présente deux dénis et une sorte de laine tranchante ; la gauche est munie de cinq fortes pointes. Celle différence des deux mandibules se représente chez tous les Termites ; mais chez les soldats la forme de ces organes est complètement changée, Les mâchoires fig. 1 1 ,cj, situées au-dessous et en arrière des mandibules, sont formées à l'extrémité d'une pièce cornée, bidentée , et d'une sorte de galette mince, membraneuse ettransparente, qui vient recouvrir les pointes comme un capuchon. Celte galette, bien vue par M. Joly, établit un caractère de plus , qui rapproche noire Névroptère des Ortho- ptères. Le palpe maxillaire est composede cinq articles cylindriques. La lèvre inférieure (fig. 11, d) est d'une texture extrêmement délicate; séparée du menton par une membrane assez longue, elle est très mobile. A sa partie antérieure , on voit facilement quatre petits appendices mous les paraglosses et les lobes de la languette) ; enfin sur les côtés elle porte les palpes labiaux, composés chacun de trois articles cylindriques. Le tube digestif commence (fig 15) par un œsophage étroit, ordinairement attaché d'une manière solide au labre. Ce canal, transparent et fort grêle , arrive sans changer de volume jusqu'au mésothorax. En ce point commence un renflement musculeux pyriforme, et dont l'intérieur est garni d'un cercle corné. Douze lames constituent l'armature interne du gésier dans lequel elles forment un cercle visible souvent par transparence. Chacune de ces lames I lig. 3IM s — ORGANISATION Système nerveux. J'ai vu seulement la chaîne ventrale dans la larve du premier âge. Les ganglions qui la composent, et qui sont comme partout ailleurs au nombre de neuf, sont proportionnellement plus gros; leurs commissures, au contraire, sont extrêmement courtes. Dans les larves de neutres, le système nerveux ressemble à celui de l'ouvrier. Dans les larves de sexués du deuxième cl du troisième âge, le système nerveux ressemble davantage à celui de l'adulte ; toute la partie ventrale de la chaîne est exactement ce qu'elle sera plus tard. Les ganglions cérébroïdes seuls offrent une certaine diffé- rence qui provient de l'absence des yeux ; toutefois le nerf optique existe, au moins dans la partie qui touche au ganglion. C'est la même organisation que nous trouverons dans les nymphes. V. — Organisation des nymphes. Les nymphes, ainsi que je l'ai déjà dit , appartiennent à deux formes. Les unes ( lig. 6) ont des fourreaux d'ailes longs et larges, qui recouvrent toute la partie antérieure de l'abdomen : je leur donne le nom de nymphes de la première forme ou à longs étuis, Les secondes (fig. 7), moins nombreuses, plus grosses et plus lourdes, ont. des fourreaux très courts , étroits , et rejetés sur les côtés de l'abdomen ; je les désigne sous le nom de nymphes de la deuxième forme ou à étuis courts. A. Nymphes de la première forme. Elles ont de 7 à 8 millimètres de long, et sont, par conséquent, bien plus grandes (pie les ouvriers (fig. 6) et les larves ; leur cou- leur, d'un blanc mat, brunit un peu vers la fin d'avril. La tète est plus allongée proportionnellement que dans les ouvriers; elle a, du reste, une grande analogie aveccelle de ces derniers. Les antennes sont longues et filiformes; on peut leur compter dix-sept ou dix- huit articles. Si l'on examine ces Insectes en hiver ou au premier printemps, on ne voit pas trace d'yeux , c'est ainsi que mon dessin est fait ; mais plus lard ou voit paraître., petit ;'i petit, une tache ET MOEURS DU TERMITE LUCIFUGE. 249 brune au point que l'œil doit occuper. Cette taclie , très visible en avril, soulève la peau, île sorte que l'Insecte parait avoir des yeux noirs sur une tête blanche. Le prothorax offre les caractères qu'il conservera plus tard ; il parait seulement un peu plus grand que chez les individus ailés. Aplati en dessus il est presque carré, avec les angles antérieurs et postérieurs fortement arrondis La base est légèrement échancrée. Le disque porte des lignes enfoncées , dont le dessin est assez variable. J'ai représenté sur cette nymphe , de même qu'aux figures 4 et 8, la disposition la plus commune ; les figures 5, 7, 10, représentent au contraire des dispositions un peu plus rares. Le mésothorax et le métathorax portent chacun en dessus les étuis des ailes, leur disque est glabre. Les fourreaux sont grands, ovalaires, épais, et marqués de lignes qui représentent les ner- vures des ailes ; ils sont immobiles. L'abdomen , long et parallèle , se compose en dessus de dix articles, le dernier à peine visible. Le huitième porte latéralement deux courts appendices de trois articles. En dessous l'abdomen présente huit arceaux cornés , le dernier terminé par deux pointes chez les maies, privé de ces appendices chez les femelles. Les pieds ne présentent rien de remarquable ; ils sont médio- crement allongés, et composés, comme chez tous les autres, d'une hanche mobile, d'un fémur et d'un tibia cylindriques, et d'un tarse de trois articles. Appareil digestif. Les pièces de la bouche sont conformées comme celles de l'ouvrier, sauf le labre qui est plus étroit. L'œsophage, le gésier el ses pièces cornées, le ventricule et toute la portion inférieure de l'intestin , sont exactement confor- més comme dans l'individu ailé ; je renvoie donc pour leur des- cription à celle de l'appareil digestif chez ces derniers. La poche intestinale présente un volume un peu plus considé- rable, et des boursouflures plus marquées. Les glande* salivairesel lesvai>sc;uix biliaires sont exactement pareils à ceux de l'adulte. 250 CH. LESPÉS. ORGANISATION Appareils circulatoire et respiratoire. |Le vnisseau dorsal est dans celte nymphe moins visible que dans l'ouvrier et le soldat; c'est toujours un filament, peut-être tubu- laire, que l'on voit par transparence à la lace dorsale de l'abdomen. Les trachées sont fort nombreuses , mais difficiles à voir à cause de la grande quantité de tissu graisseux qui les environne ; on commence à distinguer un peu mieux leur disposition. Le tissu graisseux splanchnique est extrêmement abondant, et rend les dissections fort difficiles; il remplit exactement les inter- valles que laissent entre eux les organes. Il est, du reste, d'une très faible consistance, et se rompt avec, la plus grande facilité. Appareils reproducteurs. Les nymphes à longs étuis sont, ainsi que je l'ai déjà fait obser- ver, les unes mâles, les autres femelles. Les organes femelles ont pris un grand développement depuis l'état de larve ; ils y parviennent petit à petit. Vers la fin de mars, c'est-à-dire un peu plus d'un mois avant la dernière mue, ils con- sistent (fîg. 22) en deux ovaires fusiformes d'un blanc laiteux com- posés d'une douzaine de gaines : quelques-unes seulement (deux ou trois par ovaire) semblent complètement développées; elles présentent vers le bas deux renflements successifs dans lesquels sont contenues des masses granuleuses qui deviendront des mufs. Les autres gaines sont d'une même grosseur dans leurs divers points, et ne me paraissent pas fécondes. De chaque ovaire part un oviducle très large, qui, réuni à celui du côté opposé, forme le vagin. Celui-ci, placé au-dessous du renflement rectal, porte déjà deux organes annexes, qui n'ont pourtant pas le développement qu'ils doivent acquérir plus lard. Ce sont le réservoir séminal et la glande sébilique. Le premier est une poche pyriforine placée au- dessus du vagin , dans lequel elle s'ouvre par un canal court. La glande sébilique constitue un paquet de tubes très difficile à dé- brouiller, et. qui ont déjà acquis, à très peu près, la longueur qu'ils auront plus tard. Quand on a déployé ce lacis, on le trouve, formé ET MOEURS DU TEIOIITE LUCIFUCE. 251 de trois caecums assez gros , et de longueur différente , qui débou- chent dans un canal très fin et etmrt. Celui-ci se rend à la partie intérieure du vagin. L'appareil mâle (fig. 32 | est très peu volumineux; il est formé de deux testicules arrondis composés chacun de finit capsules assez peu distinctes, et de chacun desquels sort un canal déférent grêle, qui, réuni à celui du côté opposé, constitue un gros canal éjacu- lateur. Au point où les deux canaux déférents se réunissent, on aperçoit deux vésicules séminales légèrement eourfiées. C'est ainsi que se présente l'appareil en hiver; plus tard les testicules gros- sissent, et les vésicules, en s'allongeaul, se courbent, pour prendre la disposition que nous trouverons dans le mâle adulte. Système nerveux. Le système nerveux présente la plus grande analogie avec celui ds l'adulte ci delà larve; seuls, les ganglions cérébroïdes offrent des différences. Nous avons vu que, dans les larves, ils présentent la première trace des nerfs optiques < dont l 'extrémité n'arrive pas à la surface de la tête. Ici (fig; 39i, ils soûl plus distincts et plus longs, surtout si on les examine dans les nymphes, dont les yeux sont presque complètement développés^ Le ganglion boub- œso- phagien et la chaîne ventrale ressemblent eu tout à ce que nous trouverons f\^/. l'adulte ailé, .le remets donc à l'article de cet Insecte la description de ces organes. J'ai cru voir une fois le ganglion frontal du système stomato- gastrique comme une petite masse triangulaire placée en avant de la commissure des ganglions cérébroïdes. B. Nymphes de la deuxième forme. Ces nymphes, que j'ai trouvées pour la première lois en lévrier, avaient alors la taille des précédentes, c'est-à-dire de f> à 7 milli- mètres. Plus lard, elles ont grandi, de manière à acquérir de H à 10 millimètres; mais l'abdomen seul a pris pari à cet accroisse- ment , clic/ les femelles surtout, il est devenu énorme. Les plaques doi sales ne l'ont plus couvert sur les côtés, et même ont éié sépa» en dessus par l'extension de la membrane qui [es réunit. 252 CB. I.ISl'is ORGANISATION Elles ont conservé jusqu'en juillet leur couleur d'un blanc mat, un peu jaunâtre ; mais, à cette époque, leurs téguments ont pris une teinte de plus eu plus brune. Par la plupart de leurs caractères, elles ressemblent beaucoup aux précédentes. La tète (fîg. 7) est peut-être un peu plus large ; elle ne porte pas d'yeux jusqu'en mars environ ; mais à partir de cette époque , ils deviennent de plus en plus visibles, et soulèvent la peau. Le prothorax est en tout semblable à celui de la nymphe à longs rudiments. Le mésothorax et le métathorax portent en dessus les étuis des ailes, bien différents de ce qu'ils sont dans les précédentes nymphes. Ces organes, étroits et courts, sont rejetés sur les côtés , et ne couvrent point la base de l'abdomen comme dans les précé- dentes. L'abdomen ne présente aucun caractère important ; il est cou- vert en dessus par dix plaques solides, en dessous il en porte huit. Le huitième arceau dorsal porte deux appendices courts, composés de trois articles, dont le point d'attache esl sur la membrane qui sépare le huitième du neuvième segment. Quand les plaques se séparent par la distension de la membrane, ces appendices ont l'air d'être portés par le neuvième arceau, dont ils sont plus près que du huitième. Appareil digestif. Les pièces de la bouche, le tube digestif et ses annexes, ressem- blent dans ces nymphes à ce qu'ils sont dans les précédentes; toutefois, à mesure que l'abdomen des femelles grandit , l'intestin prend une longueur de plus en plus grande en conservant le même volume. Appareils respiratoire et circulatoire. Les trachées sont encore ici très nombreuses , mais difficiles à isoler ; toutes sont fines et tubuleuses. Le vaisseau dorsal et le tissu graisseux splanehnique sont sem- blables à ce que nous avons vu chez les nymphes de la première forme. Pourtant, quand les ovaires se développent, le lissu splanch- ET MOEURS DU TERMITE LUCIFUGE. 253 nique devient de plus en plus rare, et l'abdomen est presque trans- parent, au lieu d'être blanc et opaque comme avant. Appareils reproducteurs. Les organes femelles sont , chez les nymphes à étuis courts , beaucoup plus développés que chez les précédentes ; ils arrivent petit à petit à un volume énorme. Ils se composent comme toujours des ovaires, des oviducles et du vagin avec ses annexes. Les ovaires sont composés d'un nombre considérable de gaines; j'en ai compté cinquante-six dans tous ceux que j'ai examinés. Quand les nymphes sont blanches, et que leur abdomen est encore peu développé, ils sont eux-mêmes assez peu volumineux (lig. 25). Plus tard, quand leur développement a l'ait distendre l'abdomen, ils sont très gros (fig. 26) ; leurs gaines sont alors très distinctes, et présentent déjà des traces d'œufs. Les oviductes sont deux tubes assez gros et d'une texture presque transparente, tant elle est légère; ils se continuent au centre de l'ovaire en un canal, sur lequel débouchent toutes les gaines ; disposition bien différente de celle que nous ont offerte les ovaires des nymphes à étuis longs, dont les gaines, réduites à une douzaine, débouchent presque uniquement à l'extrémité de l'ovi- duetc. Le vagin est un gros tube résultant de la réunion des deux ovi- ductes ; il porte deux organes annexes : la poche séminale et la glande sébifique. La première offre un développement toujours en rapport avec celui des ovaires. C'est un simple sacpyriforme réuni au vagin par un tube étroit, quand l'ovaire esl peu développé (fig. 25 ; mais elle prend une forme différente en se courbant , quand l'ovaire s'accroil d'une manière si remarquable (fig. 20). La glande sébifique se compose toujours de trois csecums, qui débouchent dan- un tube très grêle; ils forment à la partie infé- rieure du vagin une pelote , qu'il est difficile d'étaler. Leur lon- gueur cl leurs circonvolutions Boni en rapport avec le développe* ment des ovaires (fig. 25 et 26). Les organes mâle» (fig, .Vi se présentent chez les nymphes de la 25Û en. I.ESPÉS. — ORGANISATION deuxième forme avec un développement comparable à celui des femelles ; ils se composent encore des testicules, des canaux défé- rents et éjaculateurs, et des vésicules séminales, mais ces organes sont bien plus volumineux que dans les précédentes nymphes ; tous ces dessins étant laits sur la même échelle de 30 diamètres, il est facile de le voir au premier coup d'oeil. Les testicules sont formés de huit capsules bien distinctes ; le canal déférent est bien plus volumineux; les vésicules séminales, beaucoup plus longues, décrivent un cercle complet. Système nerveux. Les ganglions nerveux forment dans ces nymphes une chaîne en tout semblable à celle des nymphes à longs étuis. Les ganglions cérébroïdes présentent la même disposition. La chainc ventrale subit une élongalion considérable pendant le développement; cet allongement porte uniquement sur les commis- sures ; de sorte que le dernier ganglion abdominal, qui donne ses branches aux organes reproducteurs, ne s'en éloigne jamais; en un mot, ce sont les commissures qui s'allongent et non les nerfs. L'organisation de ces deux formes de nymphes est donc sem- blable en tout , excepté dans les appareils reproducteurs : les nymphes, à longs étuis les ont fort peu développés ; les secondes, au contraire, les présentent avec un volume considérable et une organisation beaucoup plus parfaite, surtout ehe/ les femelles. Cette différence dans les organes reproducteurs est encore exa- gérée dans les individus parfaits. VI. — Organisation des insectes parfaits. Les nymphes des deux tonnes ne subissent pas en même temps leur dernière transformation. Celles dont les étuis sonl longs com- mencent à se colorer dans les premiers jours de mai, et prennent des ailes vers le i 5 ou le 20 de ee mois ; les secondes ne commen- cent à devenir milieu brunes que dans le mois de juillet ; elles subis- sent probablement leur dernière métamorphose en août; mais je n'ai pu les voir immédiatement après, de sorte que je ne connais ET MOEURS DU TERMITE Ll'CIFUGE. 255 les individus parfaits de la deuxième forme que lorsque leurs ailes sont déjà tombées. , A. Individus parfaits de la première forme. Les individus ailés qui proviennent des nymphes de la première forme sortent du nid dans la première quinzaine de juin ; avant ce moment, on les trouve en grand nombre dans les galeries les plus profondes; niais dès le 15 juin, je n'en ai plus vu. Je les ai trouvés, après la chute de leurs ailes (petits rois et petites reines), en juillet et en novembre. Je les nommerai individus parfaits de la première forme (fig. 8 et 9) ou petits rois et petites reines. Ces insectes sont remarquables par leur couleur d'un noir de poix très foncé , excepté 1rs pièces de la bouche et les tarses qui sont d'un jaune testacé. Les mâles' ont le corps long de 7 millimètres, les femelles de 8 millimètres environ ; cette différence porte sur l'abdomen. Les ailes ont 9 millimètres de long, et dépassent de beaucoup le corps en arrière 6g. 8). La tête a la même forme à peu près que chez les nymphes ; elle est presque qtiadrangttlaire , un peu aplatie en dessus. En avant, le front présente une saillie assez forte, qui se recourbe de chaque côté pour fbrmerla fossette dans laquelle soûl insérées les antennes. En arrière du point d'attache de ces organes sont les yeux; ils se présentent sous la forme de deux demi-sphères noires, composées chacune d'une trentaine de facettes. La tête porte, en outre, trois ocelles : un médian placé presque au centre, et deux latéraux situés près des yeux , presque au-dessus du point d'insertion des an- tennes. Ces derniers organes sont filiformes, et composés de dix-sept ou dix -huit articles, dont les troisième, quatrième et cinquième beaucoup plus petite que les autres ; les antennes sonl hérissées de poils roides, el portent, en outre, un duvel extrêmemenl serré. Le prothorax eel plane en dessus , quadrilatère, à angles l'orie- nanl arrondis, un peu rétréci en arrière, où il est légèrement échancré. Sur le disque il présente des lignes enfoncées dont la disposition esl assez variable ; il y ;\ ordinairement une fossette 256 ch. i.espés. — ORGANISATION médiane postérieure quelquefois très grande, et deux lignes enfon- cées : l'une postérieure courbée en avant , l'autre antérieure , qui présente deux sinuosités de chaque côté; celles-ci seules sont quel- quefois visibles , et deviennent très profondes. Le prothorax porte en dessous la première paire de pattes. Le mésothorax et le mélathorax sont complètement cachés par les ailes ; mais après leur chute il est très facile de les voir (fig. 9). Ils ne présentent, du reste, rien de remarquable, et sont toujours en partie couverts par la hase des ailes. Ils portent en dessus les deux paires d'ailes, et en dessous les deux dernières paires de pattes. L'abdomen , dont le volume est un peu différent chez le mâle et chez la femelle, est assez long, un peu aplati en dessus, et composé de dix arceaux dont le dernier à peine visible. Le huitième porte deux appendices courts, formés chacun de trois articles; mais, vus par dessus , ces appendices paraissent appartenir au neuvième arceau. En dessous L'abdomen du mâle (fig. 3t) se compose de huit anneaux ; le dernier est terminé par deux pointes aiguës paral- lèles, qui dépassent un peu en arrière le dixième arceau dorsal. Chez la femelle il nous offre huit plaques (fig. 23), dont la der- nière ne présente aucune pointe ; c'est au-dessus de cette plaque que s'ouvre le vagin , tandis que l'anus débouche à l'extrémité de l'abdomen; mais en outre on voit, de chaque côté, une plaque irrégulièrement triangulaire. Il est donc extrêmement facile de distinguer les deux sexes par les caractères de l'abdomen. En outre, chez la femelle, il est ordinairement un peu distendu. Les pieds ne présentent rien de remarquable, et offrent exacte- ment la même composition que chez les Insectes déjà examinés. Les tibias sont, en général, un peu plus larges. Les ailes sont grandes, planes, et d'un noir presque opaque. L'Insecte les porte couchées sur le dos, et disposées de sorte que l'aile supérieure droite recouvre toutes les autres, excepté tout à fait à l'extrémité. Elles présentent dans leur organisation un fait très remarquable , déjà signalé par divers naturalistes. C'est leur division très nette eu deux portions , la partie basilaire cl l'aile pro- prement dite ; la partie basilaire, qui doit rester toujours adhérente, ET MOEURS DU TERMITE LICIFl'GË. 257 est beaucoup plus solide et velue ( fig. 8, 9"i ; la lame , au con- traire , est mince , et ne porte que très peu de poils placés seule- ment le long de son bord antérieur. L'aile supérieure ( fig. 8 présente une portion basilaire presque triangulaire, munie en dedans d'une expansion un peu plus mince, !■! terminée par une ligne légèrement sinueuse. On voit distinctement à sa surface quatre nervures solides. La lame s'élargit , et acquiert bientôt tout son développement; vers le dernier tiers elle se ré- trécit, et se termine enfin en s'arrondissant un peu. Les nervures qui la couvrent en entier présentent deux formes différentes : les unes, fortes et bien marquées, sont toutes au bord antérieur; les autres , représentées par un épaississement mal défini, couvrent la partie postérieure. Tontes sont la continuation de celles de la partie basilaire. Au poinl d'attache l'aile n'offre que trois nervures, mais la seconde se bifurque immédiatement; de sorte qu'à l'extrémité de la partie basilaire il y en a quatre, qui se continuent dans toute la longueur de la lame ; la première nervure radiale ou costale) suit tout le bord de l'aile jusqu'à l'extrémité. Lu peu au delà de la moitié elle communique, par un grand nombre d'anastomoses, avec la sous-costale ou cubitale. Vers l'extrémité ces anastomoses forment Un empâtement assez solide. La seconde (sous-costale ou cubitale) est aussi très forte et solide; elle s'anastomose avec la première, ainsi que je l'ai dit, et envoie à la troisième ou médiane des rameaux qui prennent la forme des nervures faibles. La troisième n'est forte qu'à la base ; parallèle aux précédentes, elle communique avec la seconde et avec la quatrième. Celle-ci (sous-médiane , faible dans toute sa longueur, fournit des rameaux presque uniquement du côté postérieur; ces branches sont au nombre de onze , dont plusieurs se ramifient encore. L'aile inférieure, un peu moins longue que la supérieure, pré- ientelefl mêmes caractères ; comme la première elle se compose d'une portion basilaire et d'une lame. Sur la partie basilaire on ne trouve que trois nervures , In seconde ne se bifurquant que sur la lame. La nervure costale est forte cl droite, elle suit d'un bout à l'autre le bord de l'aile, s'anastomose par des nervures fortes avec (•aéré Zooi l v [Cahier n" B.) ■ n 258 Cil. LESPÉS. ORGANISATION la seconde un peu au delà du milieu, et finit par se confondre avec elle. La nervure, sous-costale, parallèle à la précédente, ne s'anas- tomose qu'avec elle. La médiane, forte à la base seulement, ne s'anastomose directement avec aucune autre; enfin la sous-mé- diane, faillie dans toute son étendue, donne des rameaux au nombre de six, et se bifurque au delà du milieu de l'aile ; les deux brandies de la bifurcation se réunissent bientôt, et de la convexité de leur anastomose partent trois branches, dont deux, réunies de nouveau, en fournissent encore trois. Tout le corps est couvert de poils roux assez serrés , à l'excep- tion des mandibules , de la portion dorsale du méso et du méta- tliorax , et des ailes qui n'en portent que sur leur partie basilaire , et quelques-uns, très rares, sur la nervure costale. Appareil digestif. Les pièces de. la bouche ne diffèrent en rien de ce que nous avons vu dans les ouvriers. Le tube digestif ressemble, pour la plupart de ses parties, à celui de l'ouvrier. A un œsophage, prèle succède le gésier pyri- forme, qui contient douze pièces cornées. A celui-ci fait suite un tube grêle, qui s'invagine dans le ventricule cbylilique. Ce deuxième renflement, couvert de papilles molles, décrit un cercle entier dans l'abdomen ; de sorte que son extrémité infé- rieure est située à droite et au-dessous de son ouverture supérieure. Il reçoit, un peu avant sa terminaison, les huit vaisseaux biliaires, qui débouchent directement dans son intérieur. La poche intestinale est moins renflée que dans la nymphe ; fortement recourbée surelle- même, elle se montre au milieu du circuit décrit par le ventricule, dont son extrémité inférieure recouvre même une partie; je l'ai trouvée quelquefois renflée, et pleine d'une masse brune presque comme chez l'ouvrier; l'intestin, qui lui fait suite, offre un renfle- ment rectal peu marqué. Le tube digestif contient rarement la bouillie brune que nous avons trouvée chez les ouvriers et les sol- dats; c'est une matière de couleur beaucoup moins foncée qui le remplit. Il fourmille toujpui s d'animalcules que je décrirai plus tard- Les glandes salivaires sont constituées comme chez l'ouvrier; ET MOEURS OU TERMITE LUCIFUGE. 259 il est encore plus évident ici que les vésicules ont une membrane glanduleuse. Les vaisseaux biliaires, flottants dans l'abdomen et libres à l'extrémité , sont au nombre de huit; ils s'ouvrent isolé- ment dans la partie inférieure du ventricule cbylilique. Appareils circulatoire et respiratoire. Je n'ai vu le vaisseau dorsal que dans la partie abdominale, et encore d'une manière très incomplète. Le tissu cellulaire graisseux est abondant , surtout dans les femelles. Les stigmates sont placés sur les arceaux du dos, près de leur bord externe; ils sont très difficiles à bien voir. Chacun d'eux consiste en un groupe de petites ouvertures rondes, très voisines les unesdcs autres ; de chacun part un bouquet de trachées. Dans l'abdomen ces faisceaux sont au nombre de sept , qui cor- respondenj aux anneaux suivants : 1 , 2 , 3, 4 , 5 , 6 , 8. Ils sont situés en dessus vers la partie externe des arceaux du dos. Dans le thorax il y a , je crois, un autre stigmate que je n'ai pu voir, mais qui est représenté par des trachées nombreuses parlant de l'inter- valle qui sépare le mésothorax du métathorax. Les tubes respiratoires de chaque faisceau abdominal se dirigent en divergeant vers l'intérieur du corps; les deux groupes voisins communiquent seulement par quelques rares trachées 1res fines. Le stigmate llioraciqiiedoit èl grand; il fournil au moins des trachées nombreuses . qui se comportent comme celles de l'abdo- men, à l'exception d'une grosse branche, de chaque côté, qui re- monte dans le prothorax el la tête , el se termine par des filets nombreux destinés à tout l'intérieur de ces deux parties. Appareil» reproducteur». Les organes femelles fig. -i'i sonl composés des ovaires , des oviductes, el du vagin avec ses annexes. Les ovaires scml deux mas es qvalajres assez peu volumineuses, qui .sonl [armées par une douzaine de gaines , donl a peine deux ou trois paraisse)}! fécondes,. Celles-ci sonl renllécs .i lu hase, cl présentent lesrudi nisdedeux ou iroismiifs; niais la uuircs uni 260 CB. LESPÉS. — ORGANISATION la même grosseur presque d'un bout à l'autre, et n'offrent aucune trace d'œufs. Toutes ces gaines débouchent à l'extrémité de l'ovi- duetc, qui s'effile en se continuant dans l'ovaire, mais qui est loin de former un tube médian à cette glande. L'oviducte est un tube très gros, d'une texture fort délicate, qui se réunit à celui du côté opposé pour former le vagin ; il présente au milieu un renflement souvent assez sensible. Le vagin est un canal assez courl, droit et cylindrique ; il s'ouvre, ainsi que je l'ai déjà dit, au-dessus de la huitième plaque ventrale. Ses annexes sont le réservoir séminal et la glande sébifique. La première est une poche à peu près rénifornie qui s'ouvre par un canal légèrement contourné à la face supérieure du vagin. La glande se compose de trois tubes enroulés irrégulièrement au- dessus de l'extrémité postérieure du vagin. Ces trois tubes s'ou- vrent au sommet d'un canal très grêle qui débouche lui-même dans ce conduit. Le dessin (fig. 2û) de cet organe n'est pas très exact; les tubes sont un peu plus gros et moins longs. J'aurai, du reste, l'occasion de démontrer que cet appareil peul être considéré comme n'ayant acquis qu'une partie du développement dont il est susceptible. Il n'y a qu'à comparer ce dessin à celui des mêmes organes dans une reine (fig. 21 et 27). Malgré mes recherches, je n'ai pu voir la moindre trace d'ar- mure génitale. L'appareil génital mâle est très peu volumineux ; je ne suis pas surpris que Burmeister n'ait pu le trouver (1) dans une espèce américaine. Il est formé (fig. 33) de deux testicules arrondis com- posés de huit capsules, de chacun desquels part un canal déférent très grêle; le canal éjaculateur qui résulte de leur réunion porte à la partie supérieure deux vésicules enroulées. Je n'ai pu trouver trace d'armure génitale : le canal éjaculateur s'ouvre directement au-dessus de lo huitième plaque ventrale , entre ie< deux pointes qui la terminent. C'est inutilement que j'ai cherché à \oir les zoospermes; je ne les ai jamais trouvés ni dans les testicules, ni dans la poche sémi- nale de la femelle ; c'est de même inutilement que je les ai cher- (1) Burmeister, Hctndbuch, I. II, p. 7G2. ET MOEURS DU TERMITE LUCIKUGK. 261 chés dans le même organe d'une petite reine au mois de janvier, et, depuis le 28 juillet, dans un petit roi et une petite reine. Système nerveux. Les centres nerveux se composent, chez ces individus, comme chez les neutres, les larves et les nymphes, des ganglions eéré- broïdes et du sous-œsophagien situés dans la tête, et de la chaîne ventrale composée de neuf masses distinctes (fig. I\0). Les ganglions eérébroïdes sont très volumineux, ovalaires, allongés, et réunis par une commissure très large. J'en ai vu sortir deux paires nerveuses; le nerf antennal, gros à la hase, se bifurque àson entrée dans le premier article de l'antenne; les deux branches marchent alors parallèlement jusqu'à son extrémité ; le nerf optique, beaucoup plus gros, se dirige vers l'œil. Le ganglion sous-œsophagien dépasse un peu en avant et en arrière 1rs ganglions eérébroïdes, avec lesquels il est réuni par des commissures courtes qui forment un collier très étroit. En avant, il fournit au moins deux paires de nerfs très grêles ; je n'ai pas vu les nerfs qu'il doit donner en arrière. Les trois ganglions tboraciques sont très volumineux, encore plus que dans l'ouvrier; ds fournissent trois nerfs de chaque côte; deux petits, et immédiatement ramifiés, se distribuent à l'intérieur de l'anneau. Le troisième sort du ganglion entre les deux précédents, se rend au pied correspondant, dans lequel il est possible de le suivre jus- qu'au tarse. La partie abdominale de la chaine se compose, comme dans les autres formes, de six ganglions; les cinq premiers, petits et presque égaux, donnent latéralement deux nerfs à chaque anneau corres- pondant : le sixième , beaucoup plus gros cl ovalaire , distribue les >iens non-seulement à lu partie terminale de l'abdomen, mais sur- tout aux organes génitaux avec lesquels on l'enlève presque toujours dans la dissection. Je n'ai .jamais réussi à voir di>liiiclcuicnl les ganglions slomalo- gastriques. Lee individus parfaite de la première forme sortent du nid vers 262 CH. LESPÉS. ORGANISATION le commencement île juin. Leurs ailes tombent .avec la plus grande facilité eu se rompant sur la ligne qui sépare les deux parties. Ces Insectes, que j'ai pu trouver jusqu'en novembre dans un nid, y sont réunis par couples. La perte des ailes les rend méconnais- sables (fig. 9); mais l'abdomen de la femelle n'augmente pas de volume d'une manière sensible. Le résultat des dissections laites sur le mâle et la femelle , en mai et juillet , est le même; en décembre seulement les œufs sont plus nettement Caractérisés: Mon dessin ( lig. 26 ) est fait sur une petite reine trouvée en novembre, et conservée vivante pendant une douzaine de jours jusqu'au commencement de décembre. B. Individus parfaits de la deuxième forme. Ces individus, qui proviennent des nymphes à courts étuis, subissent leur dernière transformation probablement en août ou dans les premiers jours de septembre. Je n'ai pu les voir qu'après la chute des ailes; mais leur existence, comme individus ailés , est évidente. Ils sont longs de H a 10 millimètres; la différence porte prin- cipalement sur l'abdomen, qui prend chez les femelles un énorme développement : leur couleur est généralement d'un noir foncé, les pièces de la bouche et les tarses d'un testaeé clair. La tète présente absolument la même forme que celle des indi- vidus parfaits déjà examinés; elle porte de même trois ocelles et deux yeux. Les antennes, disposées delà même manière, n'ont ordinairement que dix-sept articles. Le prothorax ne présente aucun caractère qui permette de le distinguer de celui des individus parfaits de la première forme. Le niésolhorax et le métathorax sont dans le même ras. Comme toujours, les pieds sont médiocrement longs. Les ailes ressemblent probablement beaucoup à celles des individus parfaits que j'ai déjà décrits; la portion basilaire, la seule que j'ai vue, est absolument semblable. Il est pourtant probable que l'aile est plus petite; au moins l'étui d'où elle doit sortir l'est infiniment plus. L'abdomen est recouvert de dix plaques en dessus , et en offre ET MOEURS DU TERMITE LUCIFUGE. 263 seulement liuil en «lissons, (liiez le mâle il est peu vnhiinineux ; mais chte la femelle (fig. 10) il prend des dimensions énormes. Ainsi que je l'ai dit, eet accroissement, en rapport avec celui des ovaires, commence déjà, d'une manière notable, chez la nymphe. L'extrémité de l'abdomen offre, comme toujours, les deux appen- dices courts portés par le huitième segment. Ses caractères , dans le mâle et la femelle , sont les mêmes que dans les individus par- faits déjà examinés. Sons l'infiilence de l'énorme dilatation qui se produit chez la femelle, les plaques abdominales sont toutes séparées par une mem- brane transparente cl blanche : les Hélix dernières en dessus restent seules unies. Aux mois de juin et juillet, chez les femelles, la dilata- tion de l'abdomen est encore plus forte qui 1 dans celle qui a servi à mon dessin. Cette partie du corps, suivant la remarque de Smeathman, esl continuellement agitée d'un mouvement vermi- formc Après la rliule des ailes , qui se fait probablement comme chez les individus i\c la première forme, ces Insectes deviennent le roi et la reine d'un nid peuplé : c'est seulement à eet élat que je les ai vus. Appareils digestif, circulatoire et respiratoire. I.e tiibr digestif el ses annexes sont en tout semhlahles à ceux des individus parfaits de la première forme. Le canal digestif 8'al* longe >ans m' dérouler, dans tes femelles. Les organes respiratoires et circulatoires n'offrent non plus aucune différence. Appareils reproducteurs. Les organes reproducteurs prennent dans ces Insectes un déve- loppemenl remarquable! J'ai déjà liait observer leur volume dans lu nymphe à roiuls étuis, qui répond à l'individu parfait de la deuxième forme. chez la femelle, les ovaires fig. L 27> sont très | ros , composés d'un grand nombre de gaines ; cinquante-six au moins plurilocu*- laircs, et doui la Corme est très différente de ce que nous avons vu jusqu'ici. Chacun de ces organes forme dans l'abdomen un paquel énorme, dont la texture extrêmement délicate rend la dissection 264 CU. B.i:si'i;s. — ORGANISATION difficile. On voit distinctement que le milieu de chaque ovaire est occupé par l'oviducte sur lequel les gaines débouchent isolé- ment. Chacun de ces tubes renferme un nombre considérable d'reufs en cours de développement d'autant plus avancé qu'on se rapproche de l'époque de la ponte : ordinairement on en distingue huit ou dix. L'extrémité libre du lube se termine en pointe mousse ; l'extrémité adhérente offre un renflement 1res remarquable , dont la couleur, d'un brun clair, est produite par la membrane interne cornée, et marquée d'un grand nombre de pelits plis. Les deux œufs qui sont placés le plus bas , et dont le développement est le plus avancé , sont enfermés dans des poches qui résultent de l'agrandissement du tube ovigère. Les oviductes, ainsi que je l'ai dit, se continuent au centre de l'ovaire (fig. 27) ; leur partie libre est très courte, de sorte que les ovaires sont presque en contact. Le vagin est un tube assez large , qui vient s'ouvrir au-dessus de la huitième plaque ventrale. Ses annexes sont plus volumineux que dans les femelles de la première forme, et en rapport avec le plus grand développement des ovaires. Le réservoir séminal (fig. 27 et 28 ), qui est situé à la partie moyenne supérieure du vagin , consiste en une vésicule allongée dont le canal rappelle le col des cornues employées dans les labo- ratoires de chimie : ses parois sont fort épaisses. On voit par trans- parence, à l'intérieur, une cavité extrêmement petite doublée par une membrane plissée. La glande sébilique (fig. 27 et 29) est formée tic trois caecums, de longueur différente, pelotonnés , qui débouchent à l'extrémité d'un tube grêle et court qui , lui-même , s'ouvre à la partie infé- rieure du vagin. Je n'ai rien trouvé qui ressemble à une armure génitale. Je n'ai réussi à voir de zoospermes dans aucune partie de cet appareil ; ma dissection a été faite sur une reine au mois d'avril. L'appareil mâle est constitué des mêmes parties que dans les in- dividus de la forme précédente, mais leur développement est beau- coup plus considérable fig. 35\ Les testicules sont deux glandes presque sphériques composées chacune de huit capsules, dont l'extrémité est légèrement recourbée; le canal déférent est d'un ET MOEURS DU TERMITE LUCIFUUË. 265 volume assez considérable en rapport avec celui des testicules. Il en est de même du canal éjaculateur, qui est beaucoup plus large que dans la forme déjà étudiée. Les vésicules séminales, énormes, sont constituées par deux tubes, qui décrivent un tour et demi. Je n'ai jamais pu trouver de zoospermes dans aucune des parties de cet appareil. Je ne suis pas non plus parvenu à voir trace d'ar- mure génitale, qui n'existe nullement. Système nerveux. I) ne diffère de celui des Insectes précédents que par sa plus grande élongation. Ainsi que je l'ai dit, cet allongement commence dans la nymphe, et ne porte que sur les commissures abdominales. OEufs. Je n'ai vu des œufs qu'au mois de juillet; je ne crois pas qu'ils proviennent des petites reines , car celle que j'ai trouvée et dissé- quée à cette époque n'en contenait aucun qui fût voisin de sa ma- turité, tant s'en faut. Au contraire, les reines que j'ai examinées en avril et en juin avaient l'abdomen de plus en plus développé. Je pense que ces œufs provenaient de femelles de l'année précédente, qui seraient restées un an sans faire leur ponte. Je reviendrai sur ce point Les œufs (fig. 30) ont une forme un peu allongée qui représente un cylindre terminé par deux hémisphères; leur surface est par- faitement polie et sans aucun dessin; ils sont longs de ()""", (>5 à m ",70; leur grosseur est environ la moitié de leur longueur; la coque qui les enveloppe est solide et élastique. On les trouve pur petits las, qui doivent en renfermer plusieurs centaines, dans les galeries les plus grandes ou plutôt dans des chambres, ordinairement dans la partie supérieure du nid, dans les points qui doivent être les plus chauds; ils sont disposés sans ordre, et légèrement agglutinés ; les petits qui viennent d'en sortir Boni souvent mêlés avec eux. \ll. Ile l:i iiiiturc îles divers individus. Après avoir étudié, comme je viens de le faire, l'organisation 266 CU. LESPÉS. — ORGANISATION des individus si différents qui constituent une société de Termes lucifugum, il est indispensable de rechercher la signification de chacun d'eux, s'il m'est permis de m 'exprimer ainsi. Il est bien entendu que c'est d'une seule espèce que je m'occupe; celles des pays chauds me sont parfaitement inconnues , et je ne sais pas si les sociétés qu'elles formenl sont composées de la même manière. M. Lacordaire (1) assure que les neutres (soldats) des Termites américains qu'il a observés ont des ailes caduques. La même observation a élé faite au Gabon par M. Savages (2). Ce fait peut être vrai pour les Termites que ces savants naturalistes ont obser- vés ; niais pour celui de Bordeaux , il ne l'est pas à coup sûr ; jamais les soldats n'ont trace d'ailes. Burmeister (3) assure que la seule femelle trouvée à Schœnbrunn, dans une serre chaude où ces Insectes avaient occasionné beaucoup de dégàls, n'avail aucune trace d'ailes. M. Joly m'a assuré la même chose pour la grosse femelle ayant appartenu à Dugès, et donl il a donné le dessin dans son mémoire. Tout cela peut encore être vrai pour ces dilïéronlrs espèces ; mais j'ai trouvé la portion hasilaire de l'aile dans les sept femelles que j'ai observées, et dont quatre élairnl des reines 1res développées, et les trois autres de ces femelles de la première forme que j'ai nommées des petites reines. J'ai pu, depuis que mon mémoire a élé lu à l'Académie, m'assurer que toulcs les grosses re ; nes de la collection du Muséum ont la partie basilaire de l'aile comme celles que j'ai vues à Bordeaux; ces reines appartenaient à plusieurs espèces différenles. M. Baies 4) assure que eerlains Termites américains gardent dans leur nid plusieurs couples, jusqu'à cinquante ou cent, que d'autres n'en conservent qu'Un seul. M. Savages (5) a vu, dans un nid de Termes beliicosus, deux femelles fécondes séparées par (1) Lacordaire, Introduction à l entomologie , Suites à linffon, t. II, p. 522. (2) T -S. Savages, Observations on the Species of Termilidœ of West Africa, describ. bu Smealhman as T. belUcosus, etc., cité par Hagen. (3) Burmeister, Handbucli (4) Bâtes, in Zoologisl, janvier 1855, cité par Hagen. (5) Savages, loc. cit. ET MOEURS Dll TERMITE LUCIFUGE. 267 une cloison. Quant à ]':isseriion de M. Boffinet (1), elle n'a guère de valeur polit 1 rtioi, tant est singulière la description qu'il donne de ces prétendues femelles. Je n'ai jamais trouvé, saut' une excep- tion sur laquelle je reviendrai , qu'une seule femelle dans chaque nid où j'âS pu en découvrir; le plus souvent, j'ai trouvé Un mâle à côté ou à une très petite distance. Je le répète doue , tnés observations -, uniquement faites sur le Termes fwef/uj/tim, peuvent ne pas s'appliquer exactement à toutes les autres espèces. Les ouvriers et les soldats ont , ainsi qu'il est facile de le voir j une organisation presque identique ; on pourrait dire que ces deux formes ne diffèrent que par les mandibules et leurs muscles; de plus, ils subissent en inertie temps leur dernière métamorphose depuis le 20 juin jusqu'au 20 juillet. Ainsi que je le dirai plus loin, j'ai vu cette transformation s'effectuer sous mes yeux; avant qu'elle soit terminée, il est impossible desavoir s'il va naître un soldat ou un ouvrier. La nymphe qui leur donne naissance est en tout Semblable à Ud 0U\ lier, sauf la taille ; elle a pris eetle forme dès le second âge de la larve. Il est évident, en Outre, qtte ces Insectes ont letlr fbrme définitive : car les larves qui doivent plus lard acquérir dfts ailes commenceh! à en montrer des rudiments dès le deuxième âge, quand elles Ont à peine la moitié du volume d'un ouvrier. Personne, je crois, ne douterait qui 1 ces Insectes sont des tieulffeëj si parmi eux les uns n'étaient mâles, les autres femelles. La seule Objection BériellBé est donc celte-ci : chez les Hyménoptères so- ciaux, lis neutres sont des femelles à ovaires avortés ; donc il est peu probable que, chez les Termites , ces mêmes neutres appar- tiennent aux deux sexes. Je répondrai d'abOrd qu'il n'est pas pru- dent do conclure ainsi du connu â l'inconnu; que si les Hymé- noptères neutres soni femelles; rien n'empêche que les J'enuiies neutres soient mâles et femelles. Puis li' nombre des dissertions est-il assez cousidéi ahle pour qin- l'on puisse assurer que tous les Hyménoptères neuiros sont des femelles? Je no le pense pas. Les Abeilles élèvenl dans >\rs eei- Clt. 268 en. i.immv — ORGANISATION Iules de mâles certaines ouvrières qui deviennent plus grandes, et offrent, quelques caractères exceptionnels; plusieurs espèces de Formieites, Y Alla cephaloles surtout, ont deux formes de neutres : les uns à petite tête , les autres à tète énorme qui ne travaillent jamais , mais qui dirigent les travailleurs et les défendent au besoin ; est-on bien sur que ces individus singuliers sont des femelles? Personne peut-être ne les a examinés le scalpel à la main. Les organes mâles de l'ouvrier, ceux du soldat surtout sont extrêmement petits ; je ne les ai pas vus â la première dissection ; les organes femelles eux-mêmes sont fort peu développés. Ce ne sont là que des débris, des rudiments, et les Insectes qui les portent sont des neutres. Du reste, les caractères extérieurs seuls auraient déjà une grande valeur. Le prothorax est beaucoup plus resserré postérieurement que dans les adultes et les larves; mais le caractère , fourni par la dernière ou huitième plaque inférieure de l'abdomen, est très important. En effet , dans les individus sexués et leurs larves , même les plus jeunes, cette plaque est bidentéc dans le mâle, mu- tique dans la femelle ; cbez l'ouvrier et le soldat , au contraire, elle est toujours bidentée. Je pense que ces raisons sont plus que suffisantes pour convaincre toul le monde. Quant à l'opinion do M. Guérin-Méneville , qui veut voir dans les soldats des larves de mâles, elle tombe devant la dissection qui montre des ovaires dans certains de ces Insectes. Nous trouverons dans l'étude des individus féconds encore quel- ques difficultés: les uns nousolïreiil un développement bien différent de celui que les autres nous présentent. Il y a deux formes : chacune comprend des mâles et des femelles , qui ne diffèrent que par les or- ganes reproducteurs. Les individus ailés du printemps, qui sont en plus grand nombre , ont ces organes très peu développes , et leur amoindrissement se retrouve chez les deux sexes. Au contraire, les Insectes de l'automne ont des organes reproducteurs relativement énormes, et les deux sexes présentent sous ce rapport une parfaite analogie. Ici il n'y a plus de doute possible, mais rien d'analogue n'existe chez les Hyménoptères. Ces deux formes d'individus sexués, si différents à l'état de ET MOEURS DU TERMITE LUC1PUGE. 269 nymphe, c'est à peine s'il est possible de les distinguer chez les larves du troisième âge, et c'est tout à fait impossible chez celles du second. Ainsi tous les Termites se ressemblent pendant le premier âge. La différence des neutres et des sexués commence au second ; les neutres n'ont pas de moignons d'ailes , les autres en ont déjà. Au troisième âge la différence entre les deux formes de sexués com- mence un peu pour devenir sensible au quatrième (nymphe), et plus marquée à l'état parfait. En résumant tout ce qui précède, je crois que l'on doit admettre l'existence de deux formes principales dans les sociétés du Termite lueifuge : les neutres aptères, les sexués ailés; chacune de ces formes offrant deux types différents; de sorte qu'on peut les dis- tribuer ainsi. \" FORME. SEXUÉS. 2' FORME. NEUTRES. 1" type. 2 e type. \" type. 2 e type. Petits rois, Rois Ouvriers. Soldats, petites reines. et reines. Quoique je n'aie pas vu les individus du deuxième type de la première forme portant leurs ailes, personne ne peut mettre leur existence en doute. Ce sont eux probablement que M. Blanchard a trouvés en septembre. MOEURS DES TERMITES. Ainsi que je l'ai déjà dit, chaque société de Termites se compose d'individus de formes différentes; je dois m'occupera présentde la constitution de ces sociétés, cl du rôle de leurs différents habitants. Dans toutes les saisons il existe des ouvriers et des soldats; mais vers le mois de juin ils de\ ieunenl de plus en plus rares, les sol- dats d'abord, les ouvriers ensuite : leur vigueur et leur activité sont moins grandes, et, presque toujours, ils sont très maigres. C'esl le moment où ils vont mourir pour faire place à une nouvelle génération. Il> paraissent donc vivre un an après leur dernière métamorphose. Les larves du premier âge, communes en hiver jusqu'en mars, deviennent alors plus rares; déjà en hiver se montrent des larves 270 CU. LESPÉS. 011GAN1SAT1ON du deuxième, celles du troisième sont communes au printemps. Enfin, dans le courant de juillet, les nymphes des deux formes commencent à se montrer. Cet état persiste près d'un an pour les nymphes de la première l'orme, qui suhissenl leur dernière méta- morphose en mai ; pour celles de la deuxième forme, il dure un peu plus d'un an. Avant d'arriver à leur forme définitive, les individus parfaits vivent donc environ vingt mois. Je crois que les neutres ont besoin du même temps à peu près pour se développer. Les individus parfaits paraissent, les uns en mai, les autres pro- bablement;! la lin d'août ou en septembre; après un petit nombre de jours, les uns et les autres perdent leurs ailes , qui se rompent sur la ligne légèrement sinueuse qui sépare la lame de la portion basilaire. Les ouvriers sur lesquels reposent à peu près uniquement tous les soins de la société sont extrêmement remarquables dans leur manière de travailler : leurs galeries sont toujours couvertes, jamais ils ne sortent à l'air. Quand ils sont obligés de passer d'une pièce de bois à une autre, c'est toujours sous terre qu'ils se diri- gent, ou bien ils construisent des tubes quelquefois très longs. Ordinairement les sociétés sont établies dans une vieille souche de Pin ;j'enai vu dans plusieurs, autres espèces de bois Chêne, Sureau, Tamarin ), mais toujours dans la partie morte et humide située ou sous terre ou à une petite distance du sol. Les Termites ont pour- tant établi leur demeure dans quelques maisons de Bordeaux. J'en ai vu une société, probablement très peu nombreuse, dans la partie des bâtiments de la mairie occupée par la Faculté des sciences. Dans les landes, quand un Pin a acquis tout son développement, on le coupe à une petite distance au-dessus du sol , mais la souche est très rarement arrachée ; la valeur du bois ne représente pas les fiais que cette opération occasionne. Le Pin ne repousse jamais du pied , de sorte que la souche, ainsi abandonnée, devient l'habitation d'une foule d'Insectes. 11 est difficile de se l'aire une idée, du nombre d'espèces qui se disputent cette riche pâture. Dans l'espace' de quatre , cinq on six ans tout au plus , le bois est périmé dans tous les sens, et quelquelois la coque seuje demeure entière ; les Fourmis et les Termites ne sont pas les moins acharnés à cette œuvre de ET MŒURS DU TERMITE LUCIFUGE. 271 destruction. On comprend que tous les ans de nouveau bois étant ainsi livré aux Insectes, ils n'aient pas besoin d'aller au loin cher- cher une liabitalii m. A celte cause, on doit, je crois, principalement attribuer l'innocuité des Termites de Bordeaux. Les petites sociétés , celles qui paraissent exister depuis un ou deux ans tout au plus, sont nichées dans l'écoree ; un peu plus tard celle-ci est abandonnée, cl le bois commence à être attaqué à me- sure que l'humidité rend moins solides les couches de l'aubier. Les galeries sonl ainsi conduites de la périphérie au cenlre de la souche; en même temps les racines principales sonl allaquées , surtout celles qui se dirigent horizontalement à une petite profon- deur sous terre. Les galeries, du reste, n'ont rien de régulier ; le plus souvent des larves lignivores sont les pionniers de nos Ter- mites : parmi elles, je dois citer en première ligne celles des Boslrichus. Les Longicornes, au contraire, creusent des cavités énormes qui deviennent les grandes chambres des habitations. Mais quand les ouvriers ne profitent pas pour leurs travaux d'ou- vertures déjà faites, ils travaillent avec une certaine régularité. Leurs galeries, qui mériicnl plutôt le nom de chambres, sont pla- cées entre deux couches de bois, la couche intermédiaire ayant été cnle\ée. i£lles sont donc 1res étroites, et forl élevées dans la partie verticale du bois: Ires larges et surbaissées dans les perlions hori- zontales, ordinairement les grosses racines ; aucun ordre ne pré- side à leur distribution. Ofis ouvertures rondes établissent la com- mimicalinn entre les diverses galeries. Llles sonl sulïisaules pour laisser passer un ou raremenl deux ouvriers. Toute la surface interne de cette habitation est recouverte d'une couche d'un brun clair pai ïailemenl polie , produite par lo rxeré- mjntsdes Insectes; ceux que je conservais dans des vases de verre, ni' lardaient pas à couvrir la paroi interne d'une couche analogue, et comme je les ai vu faire très souvent) je me .mus assuré que ce sont bien leur,, exeréinelils qui les forment. Jamais je n'ai pu trouver ces champignons microscopiques indiqués par plusieurs ailleurs. Les ouvriers sonl aussi souvent occupés à élever une barrière qui ferme leurs galeries, surtout si l'on détruit plus ou moins leur 272 CH. LESPÉS. — ORGANISATION nid, ce qui leur arrivait souvent chez moi ; ils vont alors chercher à une petite distance les matières les plus différentes , les broient un moment en les imbibant de salive, et viennent les poser dans le point détruit ; toutes ces actions sont faites avec un ordre parfait, et sans que les soldats s'en occupent le moins du monde; car ces derniers Insectes ne jouent jamais le rôle de surveillants qu'on leur a attribué, probablement par analogie avec les Fourmis. Il est rare que l'on ne trouve pas dans le nid des galeries plus ou moins considérables bouchées par ces matières d'un brun clair employées à tapisser les parois du nid, et le plus souvent à réparer les brèches : ce sont les excréments de nos Insectes. Ainsi que je l'ai dit, j'ai pu observer les Termites dans une maison de Bordeaux; mais il m'a été impossible de trouver le nid lui-même; j'ai vu seulement quelques galeries, les unes, placées entre une pièce de bois et l'écorce qui la recouvrait encore en par- tie, ne contenaient aucun Insecte ; une autre , d'une longueur de plusieurs mètres, serpentait sur une muraille; elle était en grande partie creusée dans le plâtre. Le papier avait été enlevé dans les points correspondants , et la galerie recouverte par une sorte de demi-voùte composée en grande partie de ses débris. Au mois de septembre 1855, un plancher s'est rompu après un orage qui avait produit une forte gouttière : mais l'éboulement n'a porté que sur une longueur de 1"\50 environ. Les charpentiers ont trouvé le bout des poutrelles complètement rongé; j'ai pu m'en procurer un qui présentait un grand nomhre de galeries, en tout semblables à celles des Termites; voilà le. plus énorme de leurs dégâts à Bordeaux; on m'a pourtant assuré qu'une maison ayant été envahie par eux, le propriétaire s'était vu obligé de remplacer par une charpente de fer les pièces de bois attaquées. Dans les mai- sons des Landes , dont la charpente est toujours construite en bois de Pin, on voit souvent des poutres rongées par les Insectes, comme me l'ont assuré les habitants. Mais quels sont ces Insectes? Pour observer les Termites , j'en ai toujours eu chez moi des sociétés plus ou moins nombreuses ; il est très facile de les con- server quelque temps , mais j'ai rarement réussi à les avoir pendant plus de deux mois. Je les mettais ordinairement dans des poudriers ET MOEURS DU TERMITE LUC1FUGE. 273 avec une* partie de leur nid , et je pouvais observer leurs mouve- ments d'une manière très commode. Peu de temps après qu'ils sont dans le bocal, les ouvriers com- mencent à travailler : c'est de creuser des galeries qu'ils s'occu- ltent, et comme il y a toujours dans le bocal des détritus de bois, c'est dans cette substance molle qu'ils ouvrent les premières. Quand ils arrivent ainsi à l'extérieur, ils élèvent immédiatement une barrière qui ferme leur nid ; on peut alors les voir mâcher et imbiber de salive une petite pelote qu'ils viennent poser dans le point à fermer. Ce n'est pas pour se mettre à l'abri de la lumière , ainsi qu'on l'a pensé , qu'ils ferment toutes les issues, c'est pour se soustraire à l'air. Ceux que j'avais chez moi construisaient sou- vent leurs galeries contre le verre, et la lumière directe du soleil ne les faisait même pas fuir. Lorsque le nid est creusé dans une souche un peu putréfiée, il est continuellement maintenu à un état convenable d'humidité; souvent il est arrivé chez moi que les Insectes ont souffert du manque d'eau , qui parait leur être extrêmement fâcheux : car au bout d'un certain temps, la colonie tout entière est morte. L'excès d'humidité paraît aussi leur faire beaucoup de mal ; deux fois dans des bocaux trop humides, j'ai vu se développer en nombre consi- dérable un Nématoïde, que je décrirai plus tard sous le nom d'Isa- kis miijrans . Dans les deux cas, la société tout entière a été détruite. Je suis porté' à penser que nos Insectes ne ferment si exactement leur nid que pour y maintenir une humidité convenable. J'ai déjà dit quec'esl sur les ouvriers que repose tout le travail de la communauté ; i -seulement ils construisent les nids, mais encore ils soignent les larves, les nymphe6, et probablement les rois et les reines. Sioealhuian assure qu'il les a VUS donner à man- gera une reine ; je les ai vus pour ma pari donner aux nymphes de la nourriture, comme les Fourmis s'en donnent entre elles : les deux Insectes étant placés en face l'on de l'autre, la imnphe pre- nait sur les pièces de la b ihe de l'ouvrier une matière à peu près liquide que celui-ci dégorgeait. Mais je crois qu'en général tous ce. Insectes prennent directement leur nourriture , et que ce n'est i« série. Zooi . T. V. (Cahier n' :'..) * |s '11 h CB. I.ESPÉS. ORGANISATION qu'exceptionnellement que se passent les faits dont je viens de par- ler. Jamais, du reste, je n'ai pu trouver aucune espèce de pro- visions. Les œufs sont de la part des ouvriers l'objet de soins très em- pressés; quand on ouvre une galerie qui en contient, on voit immé- diatement tous les Insectes voisins les enlever, chaque ouvrier en emporte cinq ou six en même temps. Ce n'est pas seulement pour ceux de leur nid qu'ils agissent ainsi : j'avais trouvé à ia campagne un grand nombre de ces œufe ; revenu chez moi, je les ai donnés à une société depuis longtemps établie dans un de mes bocaux; sur-le-champ les ouvriers ont commencé à les emporter, et, dans moins d'un quart d'heure, tous étaient enlevés et portés au centre du bocal. Les nymphes sont aussi soignées par les ouvriers; j'ai vu sou- vent ceux -ci les nettoyer avec grand soin, et pendant fort longtemps; ils leur prenaient doucement les pieds et les antennes dans la bouche, et paraissaient les lécher; surtout si une nymphe avait reçu quelques blessures , ee qui leur arrivait souvent dans nies bocaux, les ouvriers paraissaient en prendre un soin tout particu- lier; souvent deux ou trois étaient ainsi occupés autour d'une seule. Mais c'est au moment des métamorphoses que toute l'activité des ouvriers se déploie. Quand les nymphes passent à l'état d'in- sectes parfaits, la colonie tout entière est debout : les ouvriers, les soldais, les larves; mais je n'ai pas vu les ouvriers ailler aux trans- formations. La même chose se passe quand les ouvriers et les sol- dats subissent leur dernière métamorphose. Alors j'ai vu plusieurs lois les vieux ouvriers et même les larves aider l'Insecte à se dé- barrasser de sa peau ; je pense que la même chose a lieu lors de la transformation îles individus ailé». Ainsi que je le dirai plus loin, cette mue parait très difficile, comme celle des ouvriers et des soldats. C'est vers la fin de juin et dans le courant de juillet que les neutres subissent leur dernière transformation ; leurs nymphes, qui ont exactement la forme de l'ouvrier et presque son volume, sont, alors fort nombreuses; mais quelques jours plus tard, il n'y ET MŒURS Di: TERMITE LCCIFUGE. 275 en a plus. Quand ils viennent d'acquérir leur l'orme définitive, les ouvriers sonl blancs et extrêmement mous ; la tète et les mandi- bules ne présentent aucune consistance. Cet étal dure un ou deux jours, après lesquels l'Insecte commence à prendre part aux tra- vaux de la société. Vers le mois de mai et le commencement de juin, les ouvriers meurent; ils commencent par maigrir beaucoup; leur abdomen est plat; la tête paraît plus grosse et plus fortement colorées; les mouvements sont lents. Pourtant quelques-uns vivent encore au moment de la naissance des nouveaux ; mais pendant quelques jours il y en a bien peu. Les ouvriers et aussi les autres individus, quoique moins sou- vent, ont l'habitude d'un mouvement saccadé très singulier, dont le but ne m'est pas connu ; ils l'exécutent pendant leurs travaux, et même quand ils sont sans rien l'aire. Au moment ou ils veulent le produire, ils se soulèvent sur leurs pieds, [mis donnent une dou- zaine de coups précipité» sur le sol avec leur abdomen; souvent ils répètent le même manège un grand nombre de fois. M. Boffinet suppose qu'ils versent alors sur le bois un liquide qui le ramollit, el leur permet plus tard de le ronger. C'est une hypothèse que rien ne justifie : ils n'ont pas d'appareil sécréteur à l'extrémité de l'abdomen, et, après les avoir examinés avec, grand soin, je suis sur que jamais ils ne produisent aucun liquide à la suite de ces mouvements singuliers. Quoique les ouvriers soient plus spécialement chargés du tra- \:iil, il n'en est pas moins vrai que, dans quelques circonstances, il> se défendent avec leurs mandibules; ils donnent alors au hasard des coups dans te vide , avec nu courage semblable à celui que montrent les suidais. Ceux-ci sonl chargés de la défense de la société; mais, malgré leur ardeur el leur c •âge, ce sont de liïsles défenseurs que des aveugles. Bien différents en cela de eeu\ que S alliman a décrits, ib sonl à peu près de la taille d'un ouvrier, el leurs morsures ne sont jamais a eraindreque DOUT des lusceles bien petits. C'est inu- tilement que j'ai essayé' de nie l'aire mordre par eux: jamais ils t'ouvraient le> mandibules assez, pour prendre la peau. 276 CM. I.ESPÉS. ORGANISATION Ils se tiennent le plus souvent immobiles dans les galeries, près des passages; mais si le nid est ouvert, ils courent au hasarda droite et à gauche les mandibules écartées. Souvent un nid de Fourmis a été ouvert en même temps que celui des Termites; nos soldats montrent alors leur courage; malheur à la Fourmi qui tombe sous leurs mandibules, elle est bientôt mise littéralement en pièces. Quand il a mordu , un soldat ne lâche plus prise que le morceau ne soit coupé. Malheureusement ce courage lui sert à peu de chose ; le plus souvent , s'il est attaqué par plusieurs Fourmis , il succombe. Quand ils sonl ainsi irrités, les soldais prennent une posture singulière; leur tête posée à terre présente en avant les mandi- bules écarlées; l'abdomen , au contraire, est fortement relevé. A tout instant, ils lancent la ièle en avant, cherchant à prendre leur ennemi; quand ils ont réussi, ils ne le lâchent plus. Après avoir ainsi cherché à atteindre leur adversaire, s'ils n'ont pu y réussir, ils frappent brusquement à terre, quatre ou cinq fois de suite avec la tète, en produisant un petit bruit sec; leurs mouvements préci- pités, leur position singulière et l'aspect de la colère qui les agite , sont vraiment un spectacle curieux. De même que les ouvriers, les soldais deviennent de plus en plus rares en niai cl juin ; vers le milieu tic ce mois, on n'en trouve presque plus,el ceux qui vivent encore sonl faibles et 1res maigres; mais il ne larde pas à s'en produire une nouvelle génération. Ceux qui viennenl de naître sonl blancs, presque transparents, et mur- chentavec peine; mais, petit à petit, ils prennent leur forme défi- nitive et tout leur développement, toutefois avec une certaine len- teur. Au moment de leur éclosion, leur tête n'a pas tout son vo- lume; elle esi presque ronde. Quoique grandes, les maodibulesle sont bien moins que plus lard; elles sont encore blanches et molles. Petit à petit, la tête s'allonge, se colore; les mandibules se déve- loppent, et l'animal esl parvenu à son étal parfait; il doit encore vivre un an. Ainsi que je l'ai déjà dit, les nymphes de neutres ne diffèrent en rien de leurs larves; la taille seule et les habitudes permettent de les distinguer de l'ouvrier. Leur dernière métamorphose a lieu ET MOEURS DU TERMITE LLC1KUGE. 277 du 20 juin à la fin de juillet. La [ie;ui se fend au niveau du thorax, el l'Insecte, en se pliant en arc , parvient à rendre libre d'abord le prothorax, puis les deux autres segments et les pattes; la fête et l'extrémité de l'abdomen restent seuls couverts par la dépouille, el l'Insecte esl plié en arc : en se redressant un certain nombre de t'ois , il finit par dégager la tète , les pièces de la bouche et les an- tennes. Quant à l'abdomen, il lui esl très facile de le retirer de l'enveloppe. Pendant cette difficile opération il est aidé par les ouvriers el les larves, même celles de sexués, qui retirent l'en- veloppe el l'enlèvent en la tiraillant. A peine la mue est-elle ter- minée, que l'Insecte va se placer dans un endroit écarté pour attendre le durcissement de ses mandibules et la consolidalion de ses téguments. Les jeunes larves du premier âge ont des mouvements très lents; elles si' tiennent presque toujours immobiles sur les parois verticales, cl n'ont pas l'habitude de s'entasser comme le font les larves plus âgées, .te n'ai pas vu qu'elles soient l'objet d'aucun soin de la pari ouvriers. Les larves i\c< deuxième et troisième ae.es sont beaucoup plus actives. Elles se tiennent ordinairement en grand nombre dans des galeries étroites qui en sont remplies, au point qu'il serait impos- sible d'y en faire entrer une de plus. Quand on ouvre ces cham- bres, les larves s'échappent aussi vile que possible dans tous les sens: avec elles il se trouve quelquefois des ouvriers. Les sol- dats sont ordinairement postés aux issuesdeces galeries. Les larves ne prennent aucune pari aux travaux de la société ; je les ai pour- tant vues, celles du troisième âge au moins, aider les ouvriers el les Soldats dans leur dernière mue. C'esl au printemps qu'on les trouve en grand nombre. A la fin de juillet, elles se transforment en nymphes. En hiver il ny a dans les nids que des ouvriers, des soldais, des nymphes, le roi et la reine, ci des larves très jeunes, Les nymphes son! ordinairemenl entassées el immobiles dans les galeries; mais quand on les dérange elles s'enfuienl très vile : je crois que quand leurs veux sont développés elles voient forl bien , quoique ces Organes soient recouverts. Elles sont, de la part des 278 CB. LESPÉS. ORGANISATION ouvriers, l'objet d'une affection qui parait très vive, et de soins continuels dont j'ai déjà parlé. A la fin d'avril, les nymphes de la première l'orme présentent des caractères qui annoncent leur prochaine transformation : les yeux paraissent comme deux taches noires sur la tête, le thorax prend une teinte brune, et les étuis des ailes paraissent plus épais. Si on les coupe , l'aile paraît dans le fourreau ; on peut même l'étendre avec la plus grande facilité. Lors de la transformation, vers le 20 mai, la peau se fend sur le dos dans les portions qui correspondent au thorax, et l'Insecte, en se courbant en avant, retire successivement de leurs gaines les ailes et les pieds : les ailes sont alors ramenées en avant. Il ne reste plus que la tête et l'abdomen qui soient encore enfermés dans la vieille peau; en se eourbanl fortement en avant, puis en se détendant, l'Insecte parvient à dépouiller les pièces de la bouche et les antennes. La peau qui recouvre l'abdomen tombe seule. Je n'ai pas vu que dans celle difficile métamorphose il soit aidé pu les ou- vriers ou les larves. Pendant qu'elle s'effectue il demeure, gisant à lerre ; mais à peine est-elle terminée, qu'il cherche une position qui permette à ses ailes de se déployer. Une heure après la transformation les ailes ont pris toute leur longueur, mais elles soûl blanches ainsi que le corps ; bientôt elles prennent une teinte grise, puis noire; l'Insecte esl alors complè- tement développé. Les individus ailés restent dans le nid jusqu'au mois de juin ; on les trouve dans les galeries intérieures serrés les-uns contre les autres. Leur vol esl peu rapide, il rappelle celui des Perles. Je ne les ai vu voler que quand j'ai ouvert le nid, car je n'ai pas vus la sorties qui doit avoir lieu dans le courant de juin. Ceux que je conservais chez moi ont perdu les ailes, qui sont tombées au point d'union de la portion basilaire à la lame. Quelques- uns en ont conservé longtemps des lambeaux. Je les ai vus alors devenir très vils. Un Jour que j'avais mis au soleil le bocal qui les contenait, ils sont sortis à la surface du nid; les femelles élaient suivies par les mâles, qui paraissaient 1res ardents. Pourtant il n'y avail pas de zoospermes dans leurs testicules. Chaque femelle était ET MOEUKS DU TERMITE LIJUFUGE. 279 suivie immédiatement par un seul, ou rarement par deux mâles , de si près, que j'ai cru un moment que le mâle tenait dans ses mandi- bules l'extrémité de l'abdomen de la femelle. Jamais pourtant je n'ai vu l'accouplement. Dans le courant de juin, j'ai trouvé à la campagne, très loin (au moins 10 kilomètres) des bois de Pins, un Termite femelle qui avait perdu ses ailes. Il avait, sans doute, été porté aussi loin par le veut. Ceux que j'avais chez moi sont, tous morts dans le com- mencement île juillet. Je n'avais plus trouvé de ces Insectes, malgré mes recherches jusqu'à la fin de juillet. Le 28 j'en ai trouvé deux couples dans la même souche de Pin, et peut-être dans le même nid; chacun était dan- une galerie distincte; il m'a même semblé que ces chambres très éloignées n'avaient aucune communication : de sorte qu'il y aurait eu deux nids dans la même spuche, ce qui arrive , du reste, assez souvent, surtout quand ils sont peu habiles, comme dans ce cas-ci. Mais, quoique j'aie complètement arraché tout le morceau de bois, je ne puis donner le fait comme parfaitement certain. .\\i-f f\'<, deux couples, il y avait dans le nid des ouvriers, des sol- dais d des larves, point de nymphes à courts étuis ni de nymphes de l'année. Dans quelques galeries il y avait desœufe. J'ai disséqué le mâle et la femelle. Leurs organes n'étaient pas plus développés que dans ceux qui avaient encore leurs ailes. Dans lesovairoili.nl peu île gaines paraissaient fécondes, les œufs se montraient sous la forme d'une vésicule avec un nucléus vésicule germinative) entourée de granules ma! définis el sans coquille. Ce n'étaient donc pas ces femelles qui avaient pondu lesieufs. En novembre j'ai aussi trouvé dans mi petit nid un couple de la même espèce. Les organes génitaux a'éjaienl pas plus développés; mai>. dans les gaines fécondes de l'ovaire, il y avait des oeufs dont, la coquille était bien distincte. Ainsi que je l'ai déjà dit, j'ai trouvé des reines en décembre» mai.- et juillet. Avec elles j'ai trouvé des rois; mais, d'autres l'ois, j'ai pris l'un Bans l'autre. L'abdomen de la reine est toujours énorme el traînant à terre. Lu dessus il offre les plaques dorsajes séparées, excepté les deux 280 CM. LESPÉS. ORGANISATION dernières. Je n'ai disséqué qu'une de ces reines, celle, qui m'a servi à faire le dessin des ovaires; niais j'ai observé que leur abdomen présentait un développement d'autant plus grand que je les exami- nais plus tard : la dernièreque j'ai prise l'avait beaucoup plus volu- mineux que celles que j'avais déjà vues. Il est évident pour moi que les œufs mûrissaient dans leurs ovaires. La ponte a dû avoir lieu du 20 au 25 juillet. Les nids contenaient alors un grand nombre d'œufs , mais je n'ai pu y trouver de femelle : elle était probablement morte après la ponte. Quant au roi, je ne l'ai disséqué qu'en janvier; il n'avait pas de zoospermes dans les testicules. La reine est ordinairement dans une des galeries profondes du nid; ce n'est pas une cellule spéciale qu'elle habite. Le mâle est le plus souvent avec elle. Quoique très embarrassée de son énorme ventre , la reine marche pourtant assez bien : le roi est toujours très vif. Je n'ai pas observé que les ouvriers aient pour eux des soins d'aucun genre; pourtant une femelle a vécu près d'un mois dans un de mes bocaux. 11 est probable que la ponte doit se faire dans un temps très court, et seulement au mois de juillet, près d'un an après que le roi et la reine ont pris leur forme définitive. Ainsi qu'on le voit, les mœurs du Termes lucifugum sont loin d'être comparables à celles des Hyménoptères, et rien jusqu'ici ne pouvait nous donner nue idée de pareilles sociétés. Pour achever leur histoire, je dois dire quelques mots de leurs ennemis, car je n'ai trouvé aucun Insecte qui remplisse le rôle que certains Staphylins jouent dans les nids des Termites de l'Amérique tropicale. Tous les Oiseaux qui vivent d'Insectes font la guerre à nos Ter- mites; souvent en hiver, les Pies, les Geais, et surtout les Pics, vont fouiller leurs nids , mais ces ennemis ne diminuent pas con- sidérablement leur nombre ; car, excepté la superficie , le nid est ordinairement creusé dans un bois trop solide pour être attaqué par ces Oiseaux. Les Fourmis paraissent leur faire une guerre acharnée. M. Lund (1) (1) Lettre sur les habitudes tle quelques Fourmis du Brésil, in Ânu. des se. nat., 1™ série, 1831, t. XXIII, p. 113. ET MOEURS DU TERMITE LUC1FUGE. 281 a décrit celle qu'un petit Insecte de cette famille (Myrmicapaleata) leur fait au Brésil. Souvent j'ai vu une société de Fourmis établie dans la même souche qu'un nid de Termites; les galeries des deux espèces sont toujours fermées, elles ne communiquent jamais. Si je venais à produire une brèche qui mit les deux nids en communication , le combat commençait aussitôt. Toujours j'ai vu les Fourmis en sortir vainqueurs, et emporter les larves, les nymphes, et souvent les ouvriers des Termites. Ceux-si se bornent à se défendre ; les sol- dats surtout deviennent le centre d'un combat très acharné. Quand un d'eux réussit à prendre une Fourmi , il la met en pièces; mais ses ennemis le prennent par les pieds , le mordent plusieurs à la fois, et il finit par succomber sous leurs efforts. Plusieurs espèces de Fourmis agissent de la même manière. En ouvrant une souche qui contenait un nid de Termites à une de ses extrémités, et un autre de Fourmis du côté opposé, je vis avec surprise chez ces dernières un grand nombre d'ouvriers et de larves de Termites dans les galeries qui contenaient leurs larves ; mais ils étaient morts, et destinés à la provision de leurs ennemis. La Fourmi qui m'a présenté ce. fait est, je crois, le Formica cuni- cularia. La guerre qu'elle fait aux Termites est donc sérieuse, puisqu'elle en approvisionne son nid. M. de Quatrefages d) nous apprend qu'à Rochefort on a inuti- lement essayé de faire la guerre aux Termites parles Fourmis; elles ont été détruites elles-mêmes. Peut-être réussirait-on mieux avec l'espèce donl je viens de parler. Plus tard je m'occuperai de quelques ennemis des Termites, dont l'élude ne peut trouver place ici. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHES 5, 6 ET 7. ,V. 11. is ihifTre placé entre parenthèses indique l'échelle du dessin. Fig. t . Ouvrier adulte (I 5) Fig. i. Soldat (46). (1) Quatrefagos, noto, loc. cil. 282 CH. MSSPÉS. — ORGANISATION, ETC. Fig. 3. Larve du premier âge (l 5). Fig. 4. Larve du deuxième âge. Les rudiments d'ailes apparaissent (15). Fig. 5. Larve du troisième âge (15). Fig. 6. Nymphe de la première forme (15). Fig. 7. Nymphe de la seconde (orme (I 5). Fig. 8. Individu parfait de la première forme (15). Fig. 9. Petite reine (15). Fig. 4 0. Reine (15). Fig. 11. Pièces de la bouche de l'ouvrier : a, labre; 66, mandibules ; c, mâ- choire; d, lèvre inférieure (30). Fig. 12. Pied moyen d'un ouvrier (30). Fig. 13. Antenne d'un ouvrier (30). Fig. 14.' Pièces de la bouche du soldat: a, labre; 66, mandibulesj; c, mâ- choire; d, lèvre inférieure. Fig. 15. Appareil digestif de l'ouvrier. Les canaux salivaires sont un peu écartés. Fig. 16. Appareil reproducteur femelle d'un ouvrier (30). Fig. 17. Appareil reproducteur mâle du même (30). Fig. 1 8. Le même appareil dans le soldat (30). Fig. 19. Appareil reproducteur femelle d'un soldat (30). Fig. 20. Appareil reproducteur femelle d'une larve de sexué du deuxième âge (30). Fig. 21. Le même, pris dans une larve de sexué du troisième âge (30). Fig. 22. Le même, pris dans une nymphe de la première forme (30). Fig. 23. Extrémité de l'abdomen d'une petite reine, vue en dessous (30). Fig. 24. Appareil reproducleur de la même (30). Fig. 25. Appareil reproducteur femelle d'une nymphe de la deuxième forme (30). Fig. 20. Le mène plus avancé en développement (30). Fig. 27. Appareil reproducteur femelle d'une reine (30). Fig. 28 Réservoir séminal de la même, isolé (60). Fig. 29. Glande sébifique de la même , déroulée (30). Fig. 30. Un œuf pris dans un nid (30). Fig. 31. Extrémité de l'abdomen d'un mâle ailé, vue en dessous (60). Fig. 32. Appareil reproducteur mâle d'une nymphe de la première forme (30). Fig. 33. Appared reproducteur mâle d'un petit roi (30). Fig. 34. Appareil reproducteur mâle d'une nymphe de la deuxième forme (30). Fig. 35. Le même, pris dans un roi (30). « Fig. 36. Système nerveux de l'ouvrier (30). Fig. 37. Partie céphalique du système nerveux d'un soldat (30). Fig. 38. Pièces solides du gésier de l'ouvrier (60). Fig. 39. Partie céphalique du système nerveux d'une nymphe (30). Fig. 40. Système nerveux d'un petit roi (30). MEMOIRE S DU LA MENSURATION DE L'ANGLE FACIAL, LES GONIOMÈTRES FACIAUX , ET UN NOUVEAU GONIOMÈTRE FACIAL, Par le D' Henri .1 \< Ol «ICI . Aide d'anUno]>o]o^ic au Mugéuni d'histoire naturelle. Pour obtenir l'angle facial d'après Camper , on tire une ligne , nommée faciale , depuis l'angle antérieur de la miiehoire supé- rieure, ou, si les dents Ibnl saillie au delà de la mâchoire, depuis les dent:- mêmes jusqu'à la partie la plus saillante du front , qui est constituée ordinairemenl par l'espace compris entre les arcades sourcilières. <>n mené une seconde ligne, ou ligne horizontale, à travers l'ouverture du conduit auditif, jusqu'à la rencontre delà base des narines, entre les sommets tics racines des incisives moyennes , el dé ce point on la prolonge jusqu'à ce qu'elle coupe lu ligne faciale. Mais afin d'avoir un point fixe pour la terminaison antérieure de cette ligne horizontale , le docteur Morton la dirige toujours au-dessous de l'épine nasale inférieure, au-dessus et entre les racines des dents incisives. L'intersection de ces deux lignes est pour lui le sommet de l'angle facial : « Jusqu'à quel point, comme le fait observer l'auteur américain , l'angle facial est-il m crité- rium du degré d'intelligence? N'indique-t-il pas surtout les rap- ports qui existenl entre les saillies de la face el de la tête, sans donner la moindre idée de la capacité crânienne, qui esl souvenHa même avec des diamètres différents ?» Ce sont lu des questions à examiner. En effet, l'obliquité seule sil>le. ils joignent les milieux des orifices auriculaires par une ligne; ils construisent un triangle isocèle sur celle ligne comme base, el en prenant pour côté double de ce triangle la distance d'un conduit auriculaire au tranchant des in- cisives. I ne perpendiculaire esl abaissée du sommet sur la hase; 286 H. JACQIART. MÉMOIRE un autre triangle isocèle est construit avec celte même base , et a pour côté double la distance du conduit auriculaire au point le plus saillant du front ; une perpendiculaire joint le milieu de cette base au sommet du triangle. Il s'agit dès lors de construire un triangle sur la perpendiculaire du premier triangle isocèle avec la distance des incisives à la partie la plus saillante du front, et la perpendi- culaire du second triangle ; l'angle compris entre les deux pre- mières lignes est l'angle facial adopté par Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire. Si ce n'est pas celui de Camper, il me sera facile de démontrer dans un instant , qu'ainsi que l'instrument du docteur Morfon et le mien, il donne des résultats et plus sûrs et plus précis. Pour avoir celui de Camper , je propose une opération géomé- trique des plus simples, dont le procédé indiqué ci-dessus m'a suggéré l'idée, et qui consiste également à construire un triangle connaissant les trois côtés, savoir : 1° La distance du milieu de l'orifice auriculaire au tranchant des incisives, pour me servir du même point que les savants auteurs cités plus liant. 2" La distance de ce dernier point au point le plus saillant du front. 3° La distance de ce point proéminent du front au milieu de l'orifice externe du conduit auditif. L'angle compris entre les deux premières lignes, une fois le triangle construit, donne l'angle facial de Camper. Je ne crois pas qu'aucun auteur ait indiqué avant moi celte manière de le trouver. Cet angle, obtenu même par ce procédé et supposé à l'abri de toute erreur dans l'exécution, est loin cependant d'être le moyen le plus précis el le plus sensible pour mesurer les rapports des saillies de la face avec celles du crâne. Je ferai remarquer en passant que Camper est beaucoup plus occupé de la ligne faciale que de l'angle facial , qu'il n'indique que d'une manière accessoire. A la vérité, il n'y a pas dé ligne faciale sans l'angle du même nom qui en donne l'inclinaison ; mais enfin, dans la pensée de ce dessinateur consommé, la ligne faciale est tout ; c'est à elle que les races doivent les caractères de leurs phy- sionomies. Depuis Camper, on fait le contraire; l'angle facial est SIR LA MENSURATION DR LjkNGLK. FACIAL. "287 jijacé en première ligne , la ligne faciale n'est mentionnée que comme l'un de ses côtés. Qu'est-ce donc après (oui que l'angle facial de Camper ? C'est un compas dont une branche est formée parla ligne faciale, cl l'autre par la ligne horizontale, menée du milieu du conduit auriculaire à un des points du sus-maxillaire déjà indiqués. Or, c'est sur le tra- jet d'un plan médian vertical anléro-poslérieur que se manifestent surtout les variations de la face par rapport au crâne. Ne voit-on pas alors que Camper b mal placé la branche inférieure de son compas, ou la ligne horizontale : que ce n'esl pas obliquement, et sur les côtés de la face, qu'elle doit cire appliquée, mais bien dans le plan vertical médian anléro-postérieur: c'est précisément ce qu'ont l'ait Cuvicr et Geoffroy SainUHilaire. Mais je vais plus loin; cl je ne crains pas d'avancer que Camper n'a tiré différemment la ligne horizontale que parce qu'il traçait cette ligne sur un dessin ; là, en effet, elle tend à se confondre avec la perpendiculaire me- née du milieu de la ligne inler-aurieulaire au maxillaire. Camper n'y voyait, je pense, que l'horizon qui correspond au plan de la hase de nos goniomètres faciaux. Les deux grands aitatomistesqui sont venus après lui ont été ame- nés à la découverte de l'angle facial, qu'ils onl adopté par l'examen de têtes sciées verticalement d'avanl en arrière, et sur la ligne médiane. La ligne faciale pour eux reste la même que pour Camper , et correspond au plan (roulai de nos goniomètres ; la ligne horizon- tale, rattachée aux données de Camper, esl menée perpendiculai- rement du milieu de la ligne inter^auriculaire au point choisi du maxillaire; voici leur premier triangle isocèle qui correspond au plan horizontal de nos instruments. Comme il leur fallait un triangle, et partant un troisième côté pour- déterminer l'angle facial, ils oui pris la ligne menée du milieu de l'espace inter-auriculaire à la saillie du front. Connue ou le voit, c'esi sur le plan médian vertical aniéro- postérieur qu ils appliquent la branche inférieure de leur compas ; bien sûrs d avoir des résultats mathématiques , en supposant que , dan- l'exécution compliquée de leurs trois triangles dont les élé- ment* viennent m: combiner, il ne se glisse pas d'erreur. 288 H. JACQUART. — MÉMOIRE Je n'ai pas à examiner ici jusqu'à quel point la facilité d'un pro- cédé au moyen duquel on n'obtenait qu'une mesure imparfaite a popularisé la méthode de Camper. Je doute que la mensuration précise et géométrique de Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire ait obtenu le même succès; cependant elle doit seule rester dans la science. Si je suis parvenu à démontrer que les goniomètres faciaux sont basés sur les principes adoptés par Cuvier et Geoffroy Saint- Hilaire, comme leur emploi est plus facile et cent fois plus prompt, ils devront être préférés. Revenons donc à l'instrument de Morton d'abord, puis au mien, et tâchons d'apprécier leur valeur respective. Nous traduisons textuellement ici l'explication que l'auteur donne du sien (ouvrage cité). Instrument du docteur Morton. Cet instrument, dont l'idée première appartient au docteur Morton, et à son ami le docteur Turpenny, a été soumis ensuite à de nombreuses modi- fications ; le voici tel qu'il a été définitivement établi, et tel que l'emploie l'auteur. Les lettres AAA représentent les bords de la base de l'instrument (qui est de cuivre). Le bord antérieur est divisé en B en deux parties qui glissent l'une sur l'autre, de manière à pouvoir augmenter ou diminuer la distance entre les brandies latérales gauche et droite. Afin de fixer le goniomètre au crâne, on adapte à chacune des branches Sli: LA MENSURATION DE l'aNGLE FACIAL. 289 latérale; un coulanl plal (1). Il est muni d'un pivot conique qui pénètre dans le conduit auriculaire; la branche DD est fixée à la base à l'aide d'une charnière, et peut être amenée à former un angle avec elle. G est une échelle de 100 degrés fixée en 1 par une charnière, et qui traverse la branche DD en H. E est une branche horizontale à angle droit avec la branche DD, sur laquelle elle glisse en F. La règle de bois R K a une ouverture en L pour laisser passer les osdu nez. Or cette règle touche nécessairement les parties les plus saillantes du front et de la mâchoire supérieure, et représente, par conséquent, la ligne faciale. Pour mesurer l'angle facial, on place la surface supérieure de la branche antérieure de la base de l'instrument sur un plan horizontal et de niveau avec l'épine nasale inférieure; puis on incline DD jusqu'à ce que la brandie latérale F touche la règle ou plan facial R K, et l'angle facial sera de suite indiqué par l'échelle graduée. Pour plus d'exactitude , la branche latérale de la base de l'instrument est graduée en pouces, et ses divisions ( ce que nous n'avons pas figuré dans la planche), et les parties de la branche antérieure qui glissent l'une sur l'autre, sont fixées de chaque côté par des écrous en A. Lorsque l'instrument est convenablement ajusté, on obtient ainsi l'angle facial d'un crâne quelconque, avec exactitude et facilité, en deux ou trois minutes. Instrument du docteur Jacquart. ïig.2 » V A V Cet instrument est formé essentiellement par deux plans l'un, dit fron- '1 G- coulant glisse, d'avant en arriére, sur la branche correspondante, mai- peol être rendu fixe par une vis. r térie. Zoot. T. V. (Cahier n" •';.) r> 19 290 n. .rtroi -ibt. — mémoire tal , s'appliquant sur la saillie du front, et sur le bord alvéolaire du maxil- laire supérieur, le tranchant des incisives ou l'apophyse nasale inférieure ; l'autre horizontal passant par le milieu des orifices des conduits auditifs externes, et par le point du maxillaire déjà choisi pour l'autre plan. Ces deux plans sont joints par des charnières, et l'angle qu'ils com- prennent entre eux donne l'angle facial. Indiquons maintenant les diffé- rentes pièces qui entrent dans la composition de cet instrument. Figure 2. Cette figure représente le goniomètre replié, c'est-à-dire le plan frontal et le plan horizontal formant un angle très aigu. AA, pièce dont l'a face supérieure fait partie du plan horizontal. Deux charnières KK' unissent l'un des bords fortement taillé en biseau; de cette pièce aux deux pièces EE, E'E', qui correspondent par leur face antérieure à la face postérieure de la pièce mobile D, laquelle est dans le plan frontal. D est échancré en M pour donner passage à la saillie du nez ou à la bosse nasale ; elle glisse à l'aide de deux coulisses et d'une vis à crémaillère Tsur les montants EE,E'E' : sa course est bornée en haut par la traverse G, qui est destinée à donner plus de fixité aux deux montants , et en bas elle est arrêtée par la rencontre des deux petites pièces mm', qui recouvrent la moitié correspondante des deux charnières. Dans la pièce A A est une coulisse , dans laquelle glissent à frottement les deux règles 1,1' soudées en équerre, avec les règles F, F'. Des vis de pression v'v' servent au besoin à fixer les deux premières. Quatre vis de pression V permettent de dresser la portion du cadre FIFT sur le plan qui supporte l'instrument. B et B' sont deux coulants aplatis glissant à frottement sur les deux règles FF'. Deux vis v, v servent à les arrêter en place. C et C sont deux pièces moulées dans les conduits auditifs externes, et qui sont destinées à entrer dans ces conduits dont elles ont la forme et la direction , tournées qu'elles sont d'arrière en avant, de dehors en dedans , et de bas en haut. Elles sont fixées sur les coulants B et B', de telle manière que le plan supé- rieur de ces coulants , qui est le même que celui de AA , étant prolongé passe par les axes de ces pivots une fois introduits. I, demi-cercle divisé en dehors en i80 degrés, et en 200 degrés en dedans, offrant ainsi réunies, d'après le conseil de M. Serres , la nouvelle graduation et l'ancienne. Ce demi-cercle correspond, centre pour centre , avec l'axe des charnières qui unissent les deux plans horizontal et frontal. H, traverse aplatie correspondant, par sa face antérieure, à la face pos- SUR LA MENSURATION DE l'aNGLE FACIAL. 591 térieure de D ou au plan frontal. C'est sur cette face que repose le côté postérieur d'une aiguille ou petite règle, qui est fixée par une de ses extré- mités aff centre du demi-cercle , et doublement coudée à l'autre, de ma- nière à marquer à la fois sur les deux faces du cadran, et à indiquer ainsi l'angle facial évalué en degrés centigrades, et suivant l'ancienne graduation. Si donc mi veut appliquer l'instrument sur un crâne, il faut commencer par relever le cadre EG E', tirer sur les deux règles FF' afin de les écar- ter, et de recevoir la tète dans leur écartement, la face tournée vers la pièce AA; faire pénétrer dans les conduits auditifs externes les pivots CC', en rapprochant les deux règles parallèles autant qu'il est possible ; puis rame- ner la tète ainsi fixée , jusqu'à ce que le bord alvéolaire du maxillaire supérieur, par exemple, si l'on choisit ce point, vienne se mettre en contact et de niveau avec la pièce A A. Il faut s'assurer que les deux coulants se trouvent également éloignés du bord fortement taillé en biseau par la pièce A A, par l'examen des divi- sions des deux règles parallèles; autrement l'instrument pourrait ne pas être appliqué symétriquement, ce qui amènerait des erreurs. On relève ensuite, à l'aide de la vis à crémaillère T, la pièce D, jusqu'à ce qu'elle réponde à la partie la plus saillante du front; c'est ordinairement la bosse nasale : on rabat la pièce D sur cette éminence , et on regarde le nombre de degrés. Telle est la manière la plus ordinaire de procéder; mais je pro- pose, outre l'angle facial ainsi obtenu, d'en prendre un autre, eu portant le bord inférieur de la traverse M de la pièce D, 3 centimètres au-dessus de la suture l'roulo-nasale; car là seulement la face postérieure de D sera en rapport avec la saillie du frontal moulée sur le lobe antérieur du cerveau. Il résulte , en effet , de l'examen d'une vingtaine de crânes sur lesquels M. le proiesscur Serres, pour des recherches particulières, a fait sculpter les sinus frontaux , que la limite supérieure de ces chambres aériennes est située en moyenne à 3 centimètres au-dessus de la suture fronto-nasale. On obtient ainsi un angle un ueu plus aigu, mais plus vrai, et dégagé d'une cause d'erreur. 292 H. JICQIIART. — MÉMOIRE Instrument du docteur Jacquabt appliqué (tête caucasique). La figure 3 représente le même goniomètre appliqué sur une tête de la race caucasique : c'est une tète de soldat corse, le plan horizontal passant par le bord alvéolaire du maxillaire supérieur, et la traverse de la pièce D correspondant à la bosse nasale. Je ne donnerai pas la description détaillée de cette planche, l'instrument ayant été complètement décrit à la ligure 2. L'invention du goniomètre du docteur Morlon a fait faire un pas immense à la mensuration de l'angle facial. Je ne l'ai pas vu fonctionner; je ne le connais que par la figure assez incomplète qu'il en donne dans son ouvrage ; j'ai lâché, en la rectifiant un peu, de la rendre plus intelligible. Son instru- ment ne ine paraît avoir été construit que pour des tètes osseuses. L'échancrure L de la pièce du plan frontal ne semble guère susceptible de s'appliquer sur le vivant. Ni la figure, ni le texte expliratif n'indiquent comment cette pièce est maintenue en rapport avec la base de l'instrument, et peut se mouvoir sur elle pour abaisser ou élever l'échancrure suivant les sujets. S'il n'y a pas de vis de pression pour équilibrer cette base, c'est plutôt une imperfection qu'une simplification. Son goniomètre adapte inva- riablement la partie supérieure de l'échancrure du plan facial sur la su- ture fronto-nasale. Il me paraît impossible d'opérer avec lui tel qu'il est sur une tète de fœtus de très jeune enfant ou d'un petit animal ; pour un animal de forte taille, il serait en entier à reconstruire. Mais, ce qui est plus grave, je soupçonne un vice dans sa structure. En effet, une condition essentielle pour bien établir le plan horizontal , c'est que ce plan prolongé coupe par le milieu , au niveau des orifices externes des conduits auditifs, les pivots introduits dans ces conduits. Or l'auteur américain garde un silence complet sur ce point; n'aurait-il pas senti toute l'importance de cette condition'? La face supérieure de chaque coulant SUR LA MENSURATION DE L ANGLE FACIAL. 293 sur lequel est soudé chaque pivot n'est pas dans le plan de la base de son goniomètre; on a donc tout lieu de craindre que les pièces qui s'introdui- sent dans les conduits auditifs externes ne soient pas avec, cette base dans les rapports voulus pour que l'instrument soit exact. Le mien me paraît plus précis et plus simple. Il peut non-seulement s'adapter sur des tètes d'adultes, mais aussi de très jeunes enfants, et même de fœtus ou de petits animaux. Il suffit pour les trois derniers d'avoir des coulants de rechange avec des embouts plus longs; et comme chez eux le conduit auditif externe est très raccourci, ces embouts sont dirigés transversalement par rapport aux coulants. Pour s'en servir sur de grands animaux, il ne faut que donner à l'instru- ment de plus grandes dimensions. Il peut s'appliquer sur le vivant sans inconvénient, en se servant de pivots auriculaires beaucoup plus courts et plus gros, arrondis et transversalement dirigés, et revêtus de fourreaux de caoutchouc. La manière la plus commode de procéder dans ce cas, c'est de faire passer le plan horizontal immédiatement au-dessous du nez et par-dessus la lèvre supérieure. Enfin, ce qu'on ne saurait faire avec l'instrument de l'auteur précité, et ce qui cependant est très important, il permet de prendre l'angle facial au- dessus de la bosse nasale et de la saillie des sinus frontaux. Il est temps , en effet, de dégager la mensuration de cet angle de cette cause d'erreur, ou du moins, si on continue à l'effectuer comme par le passé, de noter aussi l'angle qu'on obtient en plaçant le bord inférieur' de la traverse M de mon instrument sur la limite supérieure des sinus frontaux, comme je l'ai indi- qué précédemment. Il me parait , en outre, possible, en laissant parcourir à la traverse mobile de mon goniomètre un trajet plus ou moins étendu, et notant à diverses hauteurs les différents angles faciaux obtenus, de tracer, en s'aidant d'autres données que je_ ne possède pas encore, la courbure du front soumis à l'observation- Maintenant que L'habile ouvrier qui a exécuté mon goniomètre vient d'y mettre la dernière main , cl lui a donné toute la précision dont il est sus- ceptible, je nie propose de faire connaître les résultats que m'aura fournis son application sur les nombreux crânes et bustes de la galerie anthropo- logique du Muséum que M. Serres a la gloire d'avoir fondée. l)éjà les obser- vations faite bot un certain i lue de médecins mes confrères , qui ont bien voulu -e |in lei i eel examen, ni'niil donné, eu prenant les deux limites ngle raciaux trouvés soi' eux, lifiérenrc de 20 degrés '.eiiiini, .'--le : 20 degrés de différence dans une même race! Quels seront 294 H. JACQUART. MÉMOIRE, ETC. donc les résultats auxquels la suite de nos recherches nous conduira ! En terminant, je ferai remarquer que le point du maxillaire , choisi en avant pour le passage du plan horizontal, est loin d'être indifférent. Vous obtien- drez un angle d'autant plus aigu que vous choisirez un point plus inférieur du maxillaire supérieur. Si, sur une même tête, vous portez comme le doc- teur Morton la base de l'instrument au-dessous de l'épine nasale inférieure, vous aurez le maximum de l'angle facial ; vous le verrez diminuer, au con- traire, si vous choisissez le bord alvéolaire. Si vous partez du tranchant des incisives, vous aurez son minimum. Enfin il descendra aussi de plusieurs degrés si , comme je l'ai proposé , vous faites passer votre plan facial au- dessus de la bosse nasale, quel que soit l'endroit de la mâchoire supérieure que vous ayez choisi pour point de départ. J'aurais voulu parler de l'angle palatin de Geoffroy Saint-IIilaire et Cuvier, dont il est traité à l'endroit cité précédemment, de l'angle métafacial exposé par M. Serres dans ses leçons, et dont j'ai moi-même présenté quelques applications à l'étude des races , il y a quelques années, dans la Gazelle médicale; et aussi dire quelques mots d'une nouvelle mensuration de l'angle antérieur et de l'angle posté- rieur du sus-maxillaire. Mais je réserve ces questions pour les traiter ail- leurs avec des développements suffisants. En résumé, l'angle facial de Cam- per ne peut guère être pris que sur des dessins exécutés par des artistes très habiles et très consciencieux , et de préférence à l'aide du diagraphe ou du daguerréotype. Celte méthode longue et difficile, et, par cela même, impraticable le plus souvent, ne fournit que des résultats approximatifs. Celle que j'ai proposée, et qui consiste dans la construction d'un triangle connaissant les trois côtés, est assez simple, mais elle ne donne que l'angle facial selon Camper. Or nous avons montré pourquoi nous devons le délaisser, et lui préférer le pro- cédé de Cuvier et de Geoffroy Saint-IIilaire , comme plus sensible et plus précis. Mais ce dernier procédé demande trop de temps pour être journelle- ment employé. Restent donc les goniomètres faciaux, celui du docteur Morton et le mien. Puisse ce dernier, par la précision des résultats qu'il fournit , et la facilité de son application , paraître digne de fixer les suf- frages des anlhropologistes! DE L'HERMAPHODISME CHEZ CERTAINS VERTÉBRÉS, Par H. le I» Dl FOSSE , Professeur suppléant à l'Ecole de médecine de Marseille. Lu plupart des traités de physiologie générale ou comparée , publiés dans ces derniers temps, établissent en principe qu'aucun animal vertébré n'est, à l'état normal, hermaphrodite. Nous pourrions citer, à l'appui de cette assertion, un grand nombre de passages tirés d'ouvrages qui font autorité dans la science; mais nous nous bornerons à rapporter ici quelques mots insérés dans le Traité de physiologie de Burdach, et dans le Manuel île physiologie Ai- M. Jean Millier. Le premier de ces célèbres natu- ralistes résume ainsi qu'il suit son opinion sur la sexualité indivi- duelle (1 i : « Dans le règne animal , la sexualité individuelle n'est développée que d'une manière passagère et incomplète chez les êtres placés aux échelons inférieurs; parmi les Entozoaires : chez les Nématoïdes et les Acanthocéphales ; parmi les Mollusques : chez les Gastéropodes pectinibranelus et les Céphalopodes. Elle devient permanente dans la classe des Insectes, des Arachnides, «les Crus- tacés, ei dans toutes les classes des Vertébrés. » La manière de voir du même auteur sur le point en question n'est pas énoncée moins explicitement dans plusieurs autres endroits de son traité, entre autres dans Celui-ci : « C'est seulement par anomalie, et èbmme rétrogradation vers desformes inférieures, que l'hermaphro- disme se rencontre encore chez des Vertébrés et chez l'Homme (2). » Quant au physiologiste de Berlin, après avoir exposé, dans plu- sieurs paragraphes, les connaissances nouvellement acquises au sujet de la séparation des organes mâles ci femelles sur des indi- (I) Truiié lacée dans l'ordre des Acanthoptérygiens et dans la sous-classe des Poissons osseux, que l'on trouve le genre auquel nous avons fait allusion : c'est le genre Serranu* deCuvier, démembrement du genrePeraide Linné. § II. — Historique. Depuis l'époque où vivait Arislote jusqu'à nos jours , nous ne connaissons que sept naturalistes qui se soient occupés de l'orga- nisation des parties génitales et de la fécondation des Serrans. Le philosophe que nous venons de nommer pensait (1) que le jmvn ( nom par lequel les anciens désignaient le Serranus cabrilla , et peut-être le Serranus scribai pouvait concevoir de lui-même, et que parmi les individus de l'espèce, il est douteux qu'il y ait des mâles et des femelles, parce que tous ceux que l'on pêche ont des œufs. Pline n'a fait que répéter ces deux assertions d'Arislote en attri- buant, par erreur, l'initiative de la première à Ovide (2). Rondelet, après avilir rapporté le sentiment du philosophe de Stagyre et celui de Pline à ce sujet, allègue, que la Canna (Serran) est peut-être à la fois mâle et femelle ; mais le culte que cet illustre fondateur de l'ichthyologie moderne professait pour l'opinion des anciens, et sur- tout pour celle d'Aristote, ne lui a pas permis d'aller plus loin que ce doute ; aussi s'empresse-t-il d'ajouter (3) : Verum de hâc re nihil statua, sed liberum cuique indicium relinquo. Nous arrivons à l'écrit le plus important, le plus étendu sur cette matière , aux cinq ou six |iagcs que Cavolini, dans son Mémoire sur la Génération des Poissons (4), a consacrées à l'exposition de ses recherches sur le Serran écriture et le Serran commun. Cet auteur (I) Aristolclit opera omnia , De animalibus historiœ , lib. VI, cap. 13, édition Firmin Didol, 1854 [S] Ovide, poème des Halieuliquei , vers 107: et ei se » CoDcipieus Channc gemioo frondata parente. » (3) (jiiill.nnni Itou deletti, etc., libri De piscibus marinis, etc. Lugdoni, 1654, liber IV, p. 185 (i, Uemoria tulla générations (ici puct, di Fiiippo Cavolini, in-4. In Napoli , 1787, p 97. 298 dufossé. — de l'hermaphrodisme est le premier qui , aux incertaines indications anatomiques qu'a- vaient données ses devanciers sur les parties génitales de ces ani- maux, a substitué des notions qui , bien que superficielles, ont le mérite de signaler la découverte d'un organe en l'orme de bande , ayant l'apparence des laitances de poissons. Si l'on prend en consi- dération l'état de la science à l'époque où il a publié son Mémoire, cl l'imperfection des instruments d'optique dont il pouvait disposer, on ne s'étonnera pas des nombreuses omissions et des erreurs qu'il a commises. Par exemple, il n'a vu que la partie la plus apparente de cette laitance , et n'a pas même soupçonné l'existence de l'autre moitié de cet organe, pas plus que celle de leurs conduits excré- teurs. Dans cette esquisse descriptive, le passage qui a rapport aux sacs ovariens est moins imparfait, mais ce qu'il dit de l'oviductc est tout à fait inexact, et nulle part il n'est question du reste des parties sexuelles. Les résultats de son examen, fait à l'aide des verres les plus grossissants qu'il employait , est , comme on doit bien s'y attendre, la portion de son travail qui laisse le plus à désirer. Quoi- qu'il connût les observations de Leeùwenhoek sur la semence de plusieurs animaux , ainsi que les expériences de Buffon sur le sperme de la Carpe, et qu'il fût parvenu à entrevoir vaguement qu'un mouvement avait lieu dans la matière qu'il soupçonnait être de la laitance, non-seulement il n'a pas cherché à rapporter l'agi- tation qu'il a observée à la présence de zoospermes analogues à ceux que Leeuwenbock avait reconnus chez l'Homme et chez d'au- tres .Mammifères, mais encore il n'a pu se former une idée assez nette de ce mouvement pour le décrire avec quelque précision. Il suit de là qu'il est impossible de savoir s'il a voulu parler des oscil- lations moléculaires semblables à celles que Brown a fait connaître aux micrographes, ou bien s'il a eu l'intention de dépeindre de petits ébranlements dus à d'autres causes. D'après de pareils faits, il conclut, avec une assurance intuitive plutôt que logique, que l'organe en forme de bande est une véritable laitance, et que les Poissons sont hermaphrodites. L'analyse complète, quoique succincte, que nous venons de faire de son travail , suffit pour montrer que l'auteur a approché autant du but que pouvaient le lui permettre les moyens d'étude qu'il avait à CHEZ LE SERRAN. 299 son service, mais qu'il est loin d'avoir appuyé ses assertions sur des preuves capables de convaincre les zoologistes nos contemporains. Parmi ceux-ci, il n'y a guère que Cuvier et M. Valenciennes qui aient apprécié à leur juste valeur les recherches du physiologiste italien. Cuvier les a citées, à plusieurs reprises, dans srs diverses publications, et a adopté, dans son Histoire naturelle des Poissons, la vérification que son savant collaborateur a faite des deux prin- cipales propositions du Mémoire dont nous nous occupons. M. Va- lenciennes a tiré le meilleur parti possible des Serrans, morts déjà depuis plusieurs jours, qu'il a pu se procurer , et malgré les circon- stances si défavorables au but des investigations qu'il entreprenait, il a constaté très judicieusement que l'organe en forme de bande découvert par Cavolini est tel 1), « que si, dit-il, je l'avais observé seul et sans les ovaires qui adhéraient un peu au-dessus, il m'au- rait paru une véritable laitance. » Plus loin il ajoute : « Son déve- loppement parait donc suivre celui de l'ovaire, et être en rapport aver le temps du frai. » lu an après avoir publié cette vérification , Cuvier, dans la so- conde édition du Règne animal, cite encore le même ouvrage na- politain; mais, cette l'ois, il parait douter plus que jamais delà vérité des allégations qu'il relate : car, sans laisser entrevoir sa conviction à leur égard, il en renvoie toute la responsabilité à leur auteur. Enfin voici eh quels termes Duvernoy exprime, dans la seconde édition des Leçons d'anatomie comparée, les conséquences qu'il déduit de ses observations sur un Serran écriture et sur un Serran commun i 2) : a II d'j avait, dans l'un ni dans l'autre exemplaire, deux sortes d'organes qui aient pu nie l'aire soupçonner, le moins du monde, l'existence simultanée, dans le même individu, des organes de la génération mâles cl femelles, et enuséquominenl l'hermaphrodi- tisme. » 1) Hill. nii. itt Poissons, par MM. Cuvier el Valonciennes, édition in-8 , p Î20 I son aVanalomi comparée, par 'ieorgos Cuvier el J.-L. Duvernoy, i. vin, p, 193, S* édition, 18*6. 300 dufossé. — du l'hermaphrodisme Observations; zoologie. — En présence des documents dont le ré- sumé précède, et des cas d'hermaphrodisme tératologique que l'on croit moins rares qu'ils ne le sont effectivement chez lesMammifères en général et chez les Poissons en particulier, en vue aussi des dé- monstrations péremptoires que réclame l'état actuel des sciences , nous avons senti qu'il était nécessaire d'élargir la base des recher- ches, sur lesquelles nous voulions étayer les conclusions du travail que.nous allions commencer. Pour atteindre ce but, nous avons fait, dans chaque saison, l'examen anatomique d'un grand nombre de Serrans. Dans une étude préliminaire, nous avions, en deux années, ouvert cent quatre-vingt-quinze Percoïdcs des espèces Serranus Scriba et Cabrilla. Depuis lors, nous avons découvert que les indi- vidus de l'espèce Serranus hepatus (Cuv. et Yal.)sont aussi herma- phrodites, et avons continué notre, examen sur les Poissons de ces trois espèces désignés vulgairement sous le nom collectif dePerches demer; en sorte que nous pouvons maintenant tenir compte de trois cents soixante-huit autopsies, nombre de faits assurément suffisants pour établir incontestablement quel est, aux diverses époques de l'année , l'état normal des parties sexuelles de ces animaux. La première conséquence que nous inférerons de cette inspection anatomique est la suivante : tous les individus des espèces Serranus Scriba, S. Cabrilla et S. hepatus, sans aucune exception, ont les organes génitaux conformés tic même, à la différence près du degré de développement relatif à l'âge et au temps du frai. Avant de passer outre, nous devons consigner ici les quelques remarques de zoologie proprement dite que nous avons faites sur les sujets de nos dissections. Nous n'avons pas négligé de préciser la place que chaque Poisson, sur lequel a porté notre scalpel, doit occuper, comme espèce, dans la série générique des Serrans, et nos déterminations ont confirmé une fois de plus les coupes spéci- fiques fondées par Cuvieret M. Yalenciennes. 11 résulte de nos observations que toute Perche de mer, dans laquelle on compte de dix â quinze oeufs libres et à maturité , doit être regardée comme étant en plein frai. D'après ces données, nous avons reconnu que, dans les eaux de Marseille et dans celles de la Ciotat, le temps du frai des individus de l'espèce Serranus Scriba CHEZ LE SERRAN. 301 dure, en général, depuis les derniers jours du mois de juin jusqu'à la mi-septembre. On prend de ces Serrans en toutes saisons, et on les trouve au milieu des Algues recouvertes de 12 à 15 mètres d'eau. Ils résistent mieux que nos autres hermaphrodites à la pri- vation momentanée de leur habitat. Nous avons pu en faire vivre pendant six à sept heures dans des vases pleins d'eau de mer que nous renouvelions continuellement. Ceux de l'espèce Serranus hepalus sont plus précoces; leur ponte commence dans les pre- miers jours du mois d'avril, et finit dans la première quinzaine du mois d'août. Parmi les Poissons qui présentent exactement tous les caractères de l'espèce Serranus Cabrilla, les uns fraient d'avril en juin, et les autres de juillet en septembre (1). § III. — Anatomie (2). Chez les Perches de mer , l'orifice anal, celui de l'oviducte et (I) Les seuls naturalistes qui puissent, à notre avis, faire avancer la science en créant de nouvelles divisions dans les classifications zoologiques , sont ceux qui ont à leur disposition de vastes collections ; aussi leur laisserons-nous le soin de juger l'importance de la différence que nous signalons ici. Nous dirons, de plus , que si cette différence servait à former deux groupes dans l'espèce Serra- nus Cabrilla, l'un d'eux comprendrait des individus de grande taille (nous en avons disséqué un ayant 32 centimètres de longueur) , dont les couleurs sont très pâles, qui vivent sur des fonds de vase et de rochers , à la profondeur de vingt brasses au moins, chez lesquels, au temps du frai, on trouve presque con- stamment les produits des organes génitaux a maturité. L'autre groupe réunirait des Serrans qui ont le corps un peu moins plat , de dimensions beaucoup plus petites ; les couleurs vives , où le rouge vermillon et quelquefois le rouge brun foncé dominent, couleurs distribuées, du reste, en lignes et taches en tout sem- blables à colles des Serrans du premier groupe , qui fréquentent les fonds her- beux, entrecoupés de roches, 5009 dix brasses d'eau seulement, et chez lesquels, durant le laps de temps que nous avons noté comme étant celui de la ponte , on rencontre très rarement les parties sexuelles en étal d'accomplir les fonctions génératrices. Les traits distinctifs de ce groupe le rapprochent des variétés I et II de Hisso, de la Perçu marina de Uondelet , enfin de la variété d'âge et de saison deCuvier et M. Valencienncs. (2j Cette description suppose le poisson placé comme il l'est en nageant; et ■ ''•■■■' I ■"' >' -iniques sont applicables à la structuro du corps de tous nos Serrans , quand nous n'énonçons pas explicitement quo tel ou tel arrangement organique n'est pas le mémo chez tous. 302 dcfossé. — de l'hermaphrodisme celui de l'urètre , sont compris dans une dépression peu profonde de la peau de l'abdomen , dans un cloaque superficiel , dont l'ou- verture arrondie, assez petite, paraît être, par suite de la saillie des écailles qui en bordent la moitié antérieure, plus étroite qu'elle ne l'est en effet. Il est à remarquer que ce cloaque n'est pas situé sur la ligne médiane du corps, mais bien un peu à gauche de celle ligne chez le Serran commun (1), tandis que ses deux congénères ont cette ouverture placée comme elle l'est chez la plupart des Poissons. L'anus en occupe toujours le quart antérieur. La mem- brane muqueuse de la moitié supérieure du rectum se prolonge au delà de l'orifice anal en un segment de cercle qui constitue une espèce de voile membraneux , dont le bord offre ordinairement quatre festons inégaux lisérés de rouge (2). Ce voile sépare la par- lie anale du cloaque de celle réservée aux deux autres ouvertures que nous allons dépeindre. La première, qui occupe toujours te milieu du cloaque, est inl'undibulil'onnc quand l'oviduele est ré- tracté. Cette petite cavité est remplacée , dans l'état d'extension de l'oviducte, parla portion externe de cet organe qui y l'orme une saillie conique, percée à son sommet (3). La seconde ouverture se trouve aussi au boni d'une éminence conique, maistrès petite, non rétractile, et dont la position n'estpas la même chez nos trois Percoïdes. Chez le Caùrilla, elle esl placée un peu en arrière, à la droite de l'ouverture de l'oviducte. Celle petite élévation esl soutenue de chaque côté par une bride mem- braneuse mince, dont le bord supérieur est adhérent, et dont le boni inférieur libre s'étend comme la moitié d'une corde jusqu'à la circonférence du cloaque (4). L'éininence urélrale du Scriba est dépourvue de brides , cl si 1 trouve exactement sur la ligne médiane, derrière l'orifice de l'ovi- ducte. Cette position est aussi celle de l'appendice conique de l'urètre du Serranus hepatus; mais, chez celui-ci, cet appendice est muni d'un rudiment de bride , et son ouverture n'occupe pas (1) Voyez pi. 8, fig. 2. (2) Voyez fig. 1 ce, et fig. 2 e. (3) Voyez fig. 2, oo' y et fig. 2 oo. (4) Voyez fig. 1 p , et fig. 2 p. CHEZ LE SERRAN. 303 le sommet du cône ; elle est située en dessous de ce sommet, à la face inférieure de l'organe. Lorsqu'on a ouvert l'abdomen , on reconnaît tout d'abord la portion interne des organes de la génération, situés comme ils le sont chez presque tous les Poissons osseux, d'une pari, entre le rectum qui longe leur surface inférieure, et ne leur est adhérent que tout à fait en arrière, près du cloaque, et, d'autre part, entre l'appareil urinaire qui s'attache à leur surface supérieure dans une plus grande étendue de leur ligne médiane : 1° parle bout posté- rieur de l'uretère; 2° par la vessie urinaire, prolongée en une espèce de caecum vésical ; 3° enfin par l'urètre, jusqu'auprès de son extrémité il). La plus grande partie de la surface antérieure et latérale de ces organes génitaux est libre, contiguë en liant el en avant à la vessie aérienne, et en bas aux intestins et aux parois de l'abdomen; ils ne font corps avec toute l'épaisseur de ces dernières qu'aux envi- rons du cloaque. Dégagées de ces adhérences, et quan 1 l'oviducte esl dans l'état d'extension, les parties sexuelles des Serrans ont, à l'extérieur, une forme très simple : celle de deux saes se réunissant en un conduit unique qui se rétrécit brusque ni, el esl terminé par un peiii cône. De prime abord , on prendrai! ces organes pour les ovaires d'un Poisson osseux pourvu d'un oviducte extensible; mais une comparaison tant soil peu attentive de ces diverses pièces anatomiques suffiï pour reconnaître que les organes de nos Per- coïdes différent principalement de ces ovaires, en ce que les pre- miers offrent une bandelette ; laire, peu saillante à la vérité, EH ce n'est au temps du Irai , qui ceint de ses contours sinueux le (■(induit unique , à l'embouchure même des deux sacs ; tandis que les ovaires ne présentent aucune trace de saillie irrégulièrement circulaire, aucun vestige même d'un pli, d'une raie qui lui soil comparable. Cette première donnée sur la conformation extérieure de ces organes génitaux nous permet d'en distinguer les princi- pales paiiics el de les définir; les deux sacs ne sont autre chose (() Voyez fie 1 304 di'fossé. — de l'hermaphrodisme que Yovaire (1) ; la bandelette est la laitance (2) qui se trouve comprise dans les parois du conduit unique, auquel nous donne- rons le nom de canal commun 3); enfin le petit cône terminal est Yoviducte. Oviducte (4). L'oviducte a la forme d'un cône tronqué, creux , ouvert à ses deux extrémités. Une petite partie de sa base adbère par son côté externe au pourtour postérieur et terminal du canal commun ; le reste de son étendue est libre. Dans l'état de complète extension, toute la portion non adhérente de cet organe traverse le cloaque, et montre sa surface externe au dehors; pendant la rétraction, cette portion rentre tout entière dans le canal commun. Pour exa- miner l'intérieur de l'oviducte, il convient, en le maintenant en extension, de le fendre longitudinalement. On voit alors que sa surface interne est tapissée par une membrane muqueuse percée de petites ouvertures de dimensions très différentes; elles condui- sent dans des cavités qui ont toute l'apparence de celles des cryptes mucipares. La structure des téguments de l'oviducte les rapproche plus de la peau que des membranes muqueuses, et doit les faire mettre au rang des membranes mixtes. Les parois de l'oviducte ne peuvent être confondues avec celles du canal commun ; elles s'en distinguent nettement , au premier aspect, par leur plus grande épaisseur, par leur couleur d'un blanc opalin et par leur opacité. Abstraction faite des téguments , elles sont parfaitement homogènes; nous n'avons pu, du moins, les sé- parer en couches superposées, et toutes les parcelles que nous en avons détachées, en sens divers, ne présentaient nullement une disposition lamellaire. On met facilement en évidence les éléments histologiques de cet organe, qui sont des libres arrondies, ondu- leuses, courbées en anses nombreuses, anastomosées entre elles de mille façons, et ressemblant aux libres élastiques des artères (1) Voyez fig. 1 ff. (2) Voyez fig. 1 1 1. (3) Voyez fig. 1 z. (4) Voyez fig. 1 oo' et fig. 2 oo. CHEZ LE SERRAN. 305 des Ruminants ; colles dont l'assemblage compose le sommet, le pourtour de l'orifice, sont beaucoup plus minces, plus serrées, plus courtes que les autres ; les plus épaisses et les plus longues sont à la base. Tout autour du tissu formé par ces dernières, nous avons vu des fibres rayées en travers , qui indiquent l'endroit où quelques faisceaux des muscles analogues aux rétracteurs du cloaque s'attachent àl'oviducte. Canal commun et appareil spermatique (1). Le canal commun est une cavité résultant du prolongement des membranes de l'ovaire proprement dit, entre lesquelles est plan - ' l'appareil spermatique , dont la description méthodique ne peut être séparée de celle de ses enveloppes. Le canal commun est plus large en avant qu'en arrière (2); il est limité postérieurement par Poviducte, et antérieurement par les bouts des lames ovigères. Ces bouts sont disposés suivant nue ligne continue en tous ses points, et très irrégulièrement circulaire, qui décrit deux arcs de cercle, dont les courbures, à convexité postérieure, se correspondent, et dont les extrémités sont réunies en avant, sous îles angles plus ou moins aigus. Dans sa continuité, elle offre donc quatre courbures : deux arrondies en arc alternant avec deux angulaires. Les parois du canal commun sont composées, comme les enve- loppes des sacs ovariens, de trois tuniques : l'externe est un pro- longement du péritoine , la moyenne une membrane musculeuse et l'interne une muqueuse. La texture de ces tuniques ne présente, du reste, aucune particularité notable. C'est entre ces membranes muqueuse el musculeuse qu'est situe l'appareil spermatique. Il peul être d'autant plus facilement étudié par la surface interne du canal commun que les trois tuniques de ce dernier sont, nous venons de le voir, assez diaphanes. Cepen- dant pour connaître dans ses moindres détails la configuration de cet appareil, il convient d'injecter par le canal éjaeiilaleur les voies (() Voyez fig. 1 s, et II et x ; fig. 3 s z z' , (('("; x: fig. i et 6g, 5, (i Voyez. Bg. 3:::'; fig. 4 I. 4' série. Zoot. T V. (Cahier n" :;.) » io 306 dcfossé. — de l'hermaphrodisme qui, chez nos Pereoïdes , remplacent l'épididyme et les vésicules spermaliques. Observée dans ees conditions, la lailance, qui, à l'extérieur, n'a que l'apparence d'une bandelette (1), se présente alors sous la l'orme d'un bourrelet annulaire, en haut relief, presque cylin- drique, variqueux, qui est situe au bord antérieur du canal com- mun , et qui suit exactement les quatre courbures de la ligne que nous venons de décrire. Dans l'étendue de cette laitance annulaire si singulièrement contournée, nous pouvons donc distinguer aussi quatre courbures : deux arrondies en arcs, que nous désignerons désormais sous le nom (Yarcstesticulaires (2); et deux angulaires, que nous appellerons angles tesliculaires (3) . Il importe de remarquer ici que ces deux ares occupent, l'un la partie supérieure, l'autre la partie inférieure du canal commun, et que ees deux angles sont situés l'un au côté droit, l'autre au côté gauche de cette cavité. L'arc testiculaire inférieur est deux fuis plus épais que l'are su- périeur; mais le rayon de ce dernier est environ d'un quinzième plus grand que. celui du premier (4). La laitance est recouverte en dedans par la seule membrane muqueuse, et en dehors immédia- tement par les conduits de la semence (5 1, et médialement par la tunique musculeuse et le péritoine. La mollesse et la fragilité de la tunique propre du testicule empêchent d'isoler complètement cet organe des membranes qui l'environnent. Cette enveloppe est de plus excessivement mince; nous n'avons pu en apercevoir que quelques lambeaux à moitié adhérents à la muqueuse. La substance du testicule est composée d'un nombre considé- rable de caecums , presque tous rameux , rapprochés longitudina- lemenl les uns des autres ou unis entre eux, dont la configuration et les dimensions varient suivant les saisons. Pendant les mois de (1) Voyez fig. 3 tt't". (2) Voyez fig. 3 (. (3) Voyez fig. 3 ('(". (4) Voyez fig. 3 t. (5) Voyez fig. 4 ecc, et. CHEZ LE SERRAT). 307 novembre et décembre , ces caecums sont en partie oblitérés et tellement courts , que ceux qui sont simples ressemblent A des cryptes, et que cbacun de ceux qui ont des rameaux a l'aspect d'un groupe de follicules. Dans les mois suivants , ils prennent successivement de l'accroissement. Aux approches du frai, et pen- dant toute sa durée, ils constituent des tubes (1), qui conservent à peu près le même diamètre dans leur portion non ramifiée , et leurs extrémités produisent A la surface de l'organe des inégalités assez semblables A celles que présentent les circonvolutions céré- brales. Leurs parois transparentes sont épaisses dans certains points et 1res minces dans d'autres; elles ont en général plus d'épaisseur aux environs de l'ouverture. La cavité des tubes est aussi généra- lement très étroite à l'orifice, et s'élargit A quelque distance de cette embouchure. Les caecums sont formés d'un tissu , dont la consistance est A peu près celle de la matière cérébrale des Poissons osseux ; il est si transparent qu'on ne peut en apercevoir les éléments organiques â un 1res fort grossissement (800 diamètres . Lorsqu'on le soumet A l'action de l'iode, de l'acide acétique pu de l'essence de térében- thine , ou seulement quand on le laisse macérer dans l'eau, il de- vient plus consistant, mais complètement opaque, et si, dans cet état, on l'examine pendant qu'on le comprime méthodiquement, il se divise en petits fragments , de façon à faire soupçonner, qu'il a pour base UD réseau à mailles multiformes contenant une matière amorphe. En résumé, la structure de ce testicule serait peu différente de celle des laitances des autres Acanthoptérygiens, si leg caecums que non,, ve s d'étudier aboutissaient à un nombre restreint de con- duits excréteurs: car, suivanl les auteurs, il n'y a dans les laitances des poissons de cel ordre que deux à quatre conduits, sur lesquels s'insèrenl tous les caecums pour y déverser leurs produits. Chez nos Serrans, au contraire, la quantité de ces conduits est presque égale â celle des caecums. (4) Voyez fig. 5. 308 ni fossé. — de l'hermaphrodisme Le système de canaux excréteurs, dont ces conduits sont les der- nières ramifications, est, du reste, une disposition anatomique in- connue jusqu'à présent, et sans analogue rigoureusement constaté dans l'organisation de la sous-classe des Poissons osseux. Aussi , pour mieux en faire saisir l'ensemble, décrirons-nous d'abord ces canaux comme un système de conduits excréteurs à part, et les relierons-nous ensuite à l'organe dont ils dépendent. Voies séminales (1). La configuration singulière, quoique simple, la posilion ano- male, et surtout les minimes dimensions des voies séminales, ont contribué à les dérober jusqu'à ce jour à la connaissance des ana- tomistes. Elles sont situées, comme le testicule, entre la membrane mu- queuse et la tunique musculeuse du canal commun dont elles occupent une grande partie de la paroi supérieure, cl se prolongent en arrière, d'abord sur l'oviducte, puis sur le canal de l'urètre, jusqu'auprès de son orifice. Elles consistent en un conduit excré- teur, un vrai conduit éjaculateur, auquel personne ne refusera ce nom , et en un grand nombre de petites cavités communiquant les unes avec les autres, sur l'appellation desquelles les physiologistes pourraient n'être pas d'accord. Quant à présent, sans rien préjuger à l'égard de leur analogie, nous les nommerons vacuoles réticulées. Le conduit éjaculateur a si peu de longueur, un si petit diamètre et des parois si minces , qu'on ne peut l'apercevoir qu'à l'aide d'une forte loupe (2). Il a la forme d'un cône, dont la base est en avant; il s'ouvre dans le canal de l'urètre, ordinairement au niveau du fond du cloaque et à la base de l'éminence urétrale ; il ne reste en connexion avec l'urètre que dans une très petite portion de son trajet. Un peu plus en avant, il adhère à l'oviducte, et se termine en s'évasant de plus en plus en entonnoir, un peu au delà de l'en- droit où cet organe forme , par la duplicaturc habituelle de son extrémité antérieure, un renflement circulaire très marqué, qui (1) Voyez fig. 3 vvx; fig. 1 x, et fig. t. (2) Voyez figure 1 x , et fig. 3 x. CHEZ LE SERRAN. 309 nous a paru jouer un certain rôle dans l'éjaculalion. Nous revien- drons bientôt sur les conséquences de ce rapport anatomique. La surface interne de ce canal est revêtue d'une membrane muqueuse dont la partie antérieure est criblée de trous, qui sont les orifices de quelques vacuoles ; cette enveloppe tégumentaire offre encore beaucoup de plis longitudinaux , dans la plupart des- quels se prolongent d'autres vacuoles qui finissent par s'ouvrir comme les précédentes, mais plus en arrière, dans la même cavité excrétoire. C'est à la circonférence de la base de l'évasement infundi- buliforme de ce conduit, et aux ouvertures dont il vient d'être question , que commencent les vacuoles réticulées. A partir de ces différents points, leur réseau (1) , marchant d'arrière en avant, s'étale en éventail, atteint bientôt le bord postérieur de l'arc testi- culaire supérieur, qu'il contourne sur les parties latérales, pour envahir, en avançant toujours, les deux espaces triangulaires compris entre les côtés des angles testiculaires. Il gagne enfin la surface externe de la laitance, et lui fournit dans tout son pourtour un revêtement à claire-voie (2). Les vacuoles réticulées (3) ont une forme et une disposition gé- nérale si irrégulières, qu'au premier abord on les prendrait pour des mailles du tissu connectif ordinaire ; niais en les examinant avec plus de soin, on reconnaît qu'elles diffèrent de ces dernières sous plusieurs rapports. Leurs cavités sont en général beaucoup plus étendues d'avant en arrière que dans toute autre direction, et leurs ouvertures antérieure et postérieure sont aussi beaucoup plus larges que les multiples orifices qu'elles présentent latéralement. Cet arrangement est tellement prononcé dans les grandes va- cuoles (l\) situées au centre du réseau , aux environs de la ligne médiane du canal commun, qu'elles constituent île vrais canaux prolongés d'arrière en avant, rapprochés dans le sens de leur lon- gueur, elqui ont, au lieu de parois latérales continues, une grande (1) Voyez ll_'. :i lie. (2) Voyez fi;,', i ecc, te. (3) Voyez fig. 4. (I) Voyez lig. 4 hhh. 310 DUFOSSÉ. — DE l'herMàphrodishe quantité de simples piliers de diverses dimensions, laissant entré eux des ouvertures de communieation (1). Sur les côlés de ces grandes vacuoles, il y en a d'autres (2) dont la direction principale tend à devenir transversale, et qui se terminent chacune par une utrieule allongée Le bout fermé de celle-ci vient saillir comme un feston sur l'un des bords latéraux de ce réseau. Les grandes va- cuoles centrales se continuent en avant dans d'autres vacuoles pla- cées les unesau-devant des autres, et d'autant plus petites qu'elles sont plus près du testicule. A mesure qu'elles diminuent de gran- deur, elles deviennent de plus en plus comparables à des tubes réunis à angles ouverts (3). Les pénultièmes finissent par être semblables à des vaisseaux d'un très petit diamètre (4). Enfin les dernières ramifications sont capillaires , et chacune d'elles s'abouche avec l'orifice d'un seul eseeum, ou avec les ouver- tures d'un très petit nombre de ces tubes (5). Les parois de ces vacuoles sont minces, et tellement adhérentes aux membranes qui les entourent, qu'on ne parvient à en attacher quelques parcelles qu'après les avoir fait macérer dans de l'eau pendant quarante-huit heures. On réconnaît alors que leur lissu diffère très peu de celui de la tonique musculeuse de l'ovaire, et qu'il peut être considéré comme un appendice de cette enveloppe des organes génitaux. Il est composé' de fibres de cellules du tissu cellulaire mêlées à un grand nombre de fibres musculaires lisses. Os éléments organiques sont surtout bien visibles dans les piliers des grandes vacuoles, où la quantité des fibres musculaires lisses est plus considérable que dans les autres parties du réseau. Nous avons aperçu très distinctement dans ces grandes cavités , el prin- cipalement sur les piliers, la membrane qui leur sert de tégument ; elle nous a paru dépourvue de structure, et analogue à celle qui tapisse les vaisseaux capillaires ou l'intérieur des tubes sécréteurs de certaines glandes. (1) Voyez 6g. i ppi>. (2) Voyez fig. 4 H. (3) Voyez fig. 4 ij g. (4) Voyez, fig. 4 ddd, f f. (5) Voyez lig. 4 eccee, et fig. 5 rrr CHEZ LE SEKKAN. 311 Toutes les cavités de l'appareil spermatique contiennent con- stamment un liquide qui varie dans sa quantité et dans sa compo- sition , non-seulement suivant les périodes annuelles d'atrophie et de développement de ces organes , mais encore suivant le lieu de ce! appareil où on le recueille. A la fin de l'automne et au commencement, de l'hiver, on n'en rencontre qu'une petite quantité d'une teinte pâle, et qui est répan- due assez uniformémenl dans les courts caecums teslieulaires. L'inspection microscopique y l'ait distinguer un petit nombre de granules, et des glohulins extrêmement ténus. A une époque moins éloignée de la saison de la ponte , ce liquide a moins de fluidité, sa couleur est blanchâtre, et les granules y sont beaucoup plus nombreux. Ce n'est (pic dans les caecums qu'on voit des groupes de particules qui sonl liés rapprochés entre eux vers li' bout des ramifications, et inégalement répartis dans le reste de l'étendue de ces tubes Ces particules contiennent des glo- bules bien limités, d'une Forme régulière, un peu moins gros que le corps des spermatozoïdes, et dont les propriétés optiques sont, exactement les mêmes que celles de la partie globuleuse de ces pseudozoaires. Quelque temps avant le commencement du Irai, quand oh écrase avec précaution le bout fermé d'un de ces caecums, il en sorl dès granulations , des globuliris . et, ce qu'il importe de noter, un petit nombre de spermatozoïdes dont la plupart sont, unis entré eux, comme agglutinés par un ou plusieurs points de leur petite masse individuelle. Si l'on répète plusieurs l'ois la même expérience , m choisissant pour procéder à chacune d'elles un jour de plu,- en plus rapproché de celui où les premiers œufs se détachent des lames ovariennes, on pourra facilement s'assurer que le nombre total des spermatozoïdes augmente peuplement, et que la quantité relative de ceux qui sont jointe ensemble diminuant très vile, tandis que le nombre relatif de ceux qui sotil exempts de toute adhérence B'accroissanl rapidement, il arrive bientôt un moment <>n l'on n'en rencontre plus que quelques-uns agglutinés. Enfin', durant tonl le cours de la ponte, le liquide assez abon- danl pour distendre tous les conduits excréteurs, aussi bien que les ceecuma , et principalement les extrémités des rameaux de ces der- 312 iiinissi — de l'hermaphrodisme niers, revêt tous les caractères du sperme dont nous allons d'abord observer une gouttelette à sa sortie de ces rameaux. Quand on prend, dans le testicule d'un Serran qu'on vient d'ou- vrir pendant qu'il était encore vivant, ou peu d'instants après sa mort, quelques-uns de ces rameaux , et qu'on les place sous le mi- croscope , en les mettant entre deux verres , le poids de celui qui les recouvre en l'ait sortir le contenu. On voit alors se répandre sur le porte-objet une très petite quan- tilé de liquide tenant en suspension des myriades de granules et de globulins au milieu desquels s'agite une multitude de sperma- tozoïdes, qui sont, de tous ces petits corps, les seuls à la description desquels nous nous arrêterons. Les spermatozoïdes sont au nombre de ceux qui ont une partie globuleuse munie d'un appendice filiforme, ou, comme on dit, qui ont un corps et une queue (1). Ils ont des dimensions extrêmement petites. Le corps a 12 dix-millièmes de millimètre de diamètre chez ceux du Serramts Hepalus, 0,0016 de millimètre chez ceux du Serranits Cabrilla, et 0,002ô de millimètre chez ceux du Serranus Scriba. Ce qui frappe le plus à la première vue de ces filaments sper- matiques, c'est la disproportion qui existe entre le volume de leur corps et la minceur excessive de leur appendice caudal. L'épaisseur delà base de la queue est contenue au moins huit lois dans l'étendue du diamètre de la partie globuleuse. Cetle base ainsi que la portion postérieure du corps sont, chezpresque tous cespseudozoaires sper- matiques, entourées d'une espèce de coiffe plus large à son milieu qu'à ses deux extrémités, dont l'antérieure a un peu plus d'ampleur que la circonférence de la partie du corps qu'elle entoure à distance, et dont l'extrémité postérieure est assez étroite pour serrer le pour- tour de laqueue auquel elle adhère (2). La souplesse, la transpa- rence et l'instabilité de la forme de cette espèce de coiffe nous portent à penser qu'elle n'est qu'une pellicule analogue à cette parcelle de matière byaloïde qui environne le commencement de la queue de beaucoup de spermatozoïdes de l'homme, et dans la- quelle M. Pouehet croit avoir reconnu un lambeau de l'épilhc- (1) Voyez 5 abd. (2) Voyez fig. 6 c. CHEZ LE SEKKAN. 313 lium détaché du corps de l'animalcule et rejeté en arrière. Quoi qu'il en soit, le corps des spermatozoïdes des Serrans est rond ; il est brillant, ses bords sont clairs. Chez quelques-uns, nous avons vu un noyau central assez obscur, qui conservait cette teinte quand on approchai! ou qu'on éloignait de lui la lentille objective du microscope. A partir de son point d'insertion, la queue diminue rapidement d'épaisseur, et devient un filament tellement fin qu'il est très probable qu'on n'en distingue pas souvent toute la longueur. La portion la plus étendue que nous ayons mesurée approximativement con- tenait quinze ou seize fois le diamètre du corps. Sans mirer dans les détails des expériences que nous avons faites sur la durée de la propriété motrice, et sur les déformations que subissent ces filaments spermatiques , nous voulons au moins indiquer, en passant , les principales différences qui existent entre le résultat de nos observations , et ce qui a été publié sur les sper- matozoïdes de la Carpe dans les Annales des sciences naturelles. Les spermatozoïdes de nos Serrans ne restent pas immobiles dans le liquide que renferment les caecums ; seulement ils ne s'y meuvent pas avec prestesse. Ils n'augmentent pas sensiblement de volume quand on ajoute à ce liquide une grande quantité d'eau de mer; mais dans ce mélange ils semblent acquérir la plénitude de leur force motrice, et se déplacent avec une célérité comparable à celle de certaines Monades qui traversent le champ du microscope si rapidement qu'on peut à peine les suivre des yeux. La durée du pouvoir moteur des pseudozoaires spermatiques de nos Serrans est bien plus longue que celle dont seraient doués les spermatozoaires des Cyprins, et les déformations de la queue de ces premiers s'opèrenl plus lentement qu'elles n'auraient lieu chez les filaments spermatiques de ces Malaeoptérygïens. Nous avons eu souvent sous les veux les mêmes pseudozoaires durant une, heure, cl nous les avons vus se mouvoir pendant tout ce temps sans rien perdre des dimensions qu'ils avaient d'abord. En général, chez ceux qui sont demeurés immobiles, durant à peu près une demi- heure, bserve que la queue se courbe en demi-cercle (1) à son (I) Voyez Hg. 6 '/. 314 m ifossé. — de l'hermaphrodisme extrémité, et tortueusement dans le reste de son étendue; qu'elle devient rigide, se déforme, et n'nt'fre plus, au bout de vingt minutes environ, qu'un moignon (1 ). Enfin nous en avons remarqué d'au- tres qui, dès leur sortie du caecum, ne présentaient pour tout fila- ment caudal qu'un moignon de queue, et qui, du reste, étaient et sont restés privés de mouvement. Que la laitance ait été laissée dans le corps du poisson, ou qu'elle en ait été retirée et abandonnée à la température de l'air atmosphé- rique, au mois d'août par exemple ( 20 ou 23 degrés Réaûmuf ), elle contient, plus de deux heures après la mort du Serran , des pseuclozoaires spermatiques dont la plupart sont pourvus de qualité motrice, et dont les autres, qui n'ont pas cette puissance, ne différent, du reste, en rien des premiers. Toutes choses étant égales d'ailleurs, quand l'animal a cessé de vivre depuis cinq ou six heures, on ne peut plus extraire descaecums, ou des autres parties des organes génitaux, des spermatozoïdes conformés doués d'un pouvoir moteur et comme ceux que. nous venons de dépeindre ; on n'en obtient, avec les granules dont plus haut il a été question, que des corpuscules arrondis, identiques par leur volume et leurs propriétés optiques avec les corps de ces filaments spermatiques , mais qui demeurent sans mouvement, et n'ont, au lieu de queue, qu'un 1res petit globule à peine aperce- vable, ou manquent de tout appendice. A ces caractères physiques ce sperme en réunit deux autres : sa couleur laiteuse est d'un blanc bien pur, et sa consistance con- traste avec son peu de viscosité. Le liquide séminal, pris dans les ramifications capillaires des vacuoles, est fort semblable à celui qu'on trouve dans les caecums. Enfin le sperme qu'on exprime des grandes vacuoles centrales est notablement plus fluide, et sa couleur blanche vire au verdâtre ; il offre, en outre, cette circonstance : que parmi les spermato- zoïdes qu'il contient, on n'en voit plus qu'un petit nombre ayant une sorte de coiffe à l'origine de la queue. Ces trois dernières par- ticularités sont identiquement celles que présente la semence qui sort naturellement ou par pression du conduit éjaculatcur, et, par (1) Voyez fig. 6 6 et d. CHEZ LE SERRAN. 315 conséquent, ce" sont elles qui doivent servir à caractériser le sperme complètement élaboré. Ovaire et œufs ( I ) . L'ovaire forme à lui seul les quatre cinquièmes antérieurs de la masse des organes génitaux. Il est borné en arriére par le bord antérieur de la laitance. Il a la configuration de deux doigts de gant. (Jet ovaire se bifurque très près de sa base où s'unissent, sur la ligne médiane, quelques-uns des plis membraneux, ou, comme on les nomme, des lames oviyères qui garnissent toute la surface interne de ses parois. Le nombre et la texture de ses enveloppes, ainsi que la structure des lames ovigères, étant presque semblables à celles qui ont été décrites par plusieurs auteurs, chez la plu- part des autres Acantlioptérygiens , nous ne nous en occuperons point ici. Il n'en sera pas de même de l'arrangement des lames ovigères qui pourrait servir à distinguer l'ovaire de nos hermaphrodites de tous les organes analogues. Dans chaque sac ovarien, ces lames , en nombre variable , sont alignées sur douze à quinze rangées interrompues dans deux endroits de leur trajet : en arrière et en bas, par les côtés de la saillie angulaire du testicule ; puis, plus en avant cl en haut , par un espace vide et très étroit , de la surface des parois ovariennes. Ainsi encaissé entre les extrémités assez éle- vées de ee> rangées, cet espace a l'aspect d'une cannelure linéaire qui s'étend longiludinalement depuis le sommet de l'angle testicu- laire jusqu'au bout du sac dont, en montant, elle contourne le fond ; et, parvenue au côté supérieur et interne de celui-ci, elle le suit dans toute sa longueur en revenant en arrière jusqu'à son em- bouchure; à quelque distance de ce point, elle s'unit avec la canne- lure symétriquement identique de l'autre cavité sacciforme(2). (les rangée- sonl disposées comme les nervures d'une feuille piiuiée sur le pétiole commun, représenté ici par la saillie angulaire du tes- ticule, il par la portion de la cannelure comprise entre le sommel (1) Voyez. Il- I ff, H fi g. 3 an , el (if;. 4 cf. (2) Voyez fig. 3 bb 316 di fossé. — de l'hermaphrodisme de cel angle et le fond du sac. Outre les rangées contenues dans chaque sac ovarien, on en compte encore cinq à sept autres courtes et irrégulières, occupant l'aire circulaire de chaque arc lesticulaire, aux rayons duquel elles peuvent être comparées , et dont l'une d'elles est placée dans la ligne médiane du corps de l'animal. L'ovaire se compose donc en tout de trente-quatre à quarante- quatre rangées de lames ovigères. Nous avons observé la formation des œufs depuis le moment où ils commencent à être visiblement distincts du stroma , jusqu'à l'époque où, arrivés à maturité, ils se détachent des lames ovigères, et nous avons reconnu que les phénomènes génésiques qu'ils pré- sentent diffèrent peu de ceux que M. Lereboullet a étudiés avec tant de soin et de talent dans les œufs de la Perça fluvialilis (1). Si nous voulions énoncer les différences que nous avons remarquées dans cette circonstance, il nous faudrait entrer dans de longs détails qui nous éloigneraient trop du but auquel nous tendons. Aussi nous n'en parlerons pas. Au moment où les œufs viennent d'être pondus , ils sont ordi- nairement rapprochés en petits amas , et unis entre eux par une mucosité blanchâtre si peu cohérente, que la moindre agitation de l'eau suffit pour les séparer les uns des autres , et qu'ainsi isolés ils ne conservent qu'un enduit très mince de cette matière muqueuse. Vus à l'œil nu, leur couleur blanche n'a rien de remarquable; mais, quand on les regarde à la loupe, cette couleur brille d'un éclat métallique semblable à celui d'un réflecteur d'argent le plus poli. Gardant encore l'empreinte des pressions auxquelles ils ont été soumis dans l'ovaire, ils ont une forme, en général, très irré- gulièrement ovale (2). Leur grand diamètre varie de 1,11 milli- mètres à 0,86 millimètres , et leur petit de 0,80à 0,72 millimètres. Les dimensions des œufs provenant d'une même Perche de mer sont trop variables pour servir de caractère propre à distinguer, soit l'individu qui les a pondus, soit l'espèce à laquelle cet individu appartient. Pourtant on peut admettre d'une manière générale que les œufs des Serrans de l'espèce Cabrilla sont les plus gros de tous, (1) Voyez Annales des sciences naturelles, etc., 3« série, t. I. (2) Voyez fig. 6 e. CHEZ LE SERRAN. 317 que ceux des individus de l'espèce Scriba sont les plus petils, el que ceux des Serrans de l'espèce Hepalus sont d'une grosseur inter- médiaire. Les plis des enveloppes membraneuses de ces œufs aident à reconnaître qu'elles sont au nombre de deux. L'extérieure, celle qui tient lieu de coque, est assez épaisse; l'interne est beaucoup plus mince, et n'adhère pas à la première. Celle-là est remplie par le vitellus qui, d'une transparence parfaite dans quelques œufs, contient, dans la plupart, de très fins granules répandus par places, où ils produisent l'effet de taches brunâtres (1). On trouve constam- ment dans tous les œufs d'un à trois globules graisseux ou huileux, assez gros, que leur pesanteur spécifique maintient toujours vers les parties les plus élevées de la membrane interne. Parmi les œufs qui sont restés durant douze heures dans de l'eau de mer, quelques- uns demeurent tels qu'ils étaient avant leur immersion ; les autres se gonflent (2), deviennent sphériques en absorbant une certaine quantité d'eau, qui vient se loger entre les deux membranes, et les distend assez pour que leurs plis s'effacent. Néanmoins nous avons vu des œufs dont la coque conservait, après avoir été ainsi disten- due, des rides qui figuraient un réseau assez régulier et même assez élégant. Nous sommes parvenu au terme de la partie anatomique de notre travail. En la considérant dans son ensemble, on se convaincra qu'elle contient toutes les données nécessaires à démontrer : d'une part, qu'il y a, chez iliaque Perche de mer, deux appareils reproducteurs, l'un mâle et l'autre femelle, réunissant toutes les conditions zooto- rniques de ceux qui, séparés sur des individus différents, exercent chez les autres Poissons osseux les fonctions de la génération ; d'autre part, qu'on peut suivre dans ces appareils toutes les phases du développement des ovules et quelques-unes de celles de l'évo- lution des spermatozoïdes, et que, dans toutes ces circonstances, ces produits présentent aussi les caractères des ovules et des lila- (I ) Voyez fig. C f. (2) Voyez fig C /. 318 d«fossé. — de l'hermaphrodisme ments spermatiques qui se forment dans les organes analogues ou semblables des autres Aeanthoptérygiens. Les conséquences qui se déduisent d'une telle réunion de faits et d'analogies se corroborent mutuellement, et prouvent avec toute la certitude qu'on peut fonder sur I'anatomie, que les individus des trois espèces Serranus Scriba , Cabrilla-cA Hepatus , sont à l'état normal hermaphrodites. § IV. — Physiologie. Nous commencerons l'exposition des phénomènes physiolo- giques qui sont propres à nos hermaphrodites, ou du moins qui présentent chez eux des particularités remarquables, par l'examen du mécanisme à l'aide duquel l'oviducte sort de l'abdomen, et vient ensuite y reprendre sa place. Il n'est pas commun de rencontrer dans la dynamique animale des mouvements, à l'accomplissement desquels l'élasticité du tissu d'un organe prenne autant de part qu'elle en a en effet dans ceux d'extension et de contraction de cet oviducte. Pour se rendre aisé- ment et complètement compte de leur mécanisme, il faut avoir remarqué : 1» Que , dans sa position habituelle , cet organe est retiré en dedans du canal commun, au milieu duquel la plus grande partie de sa portion libre fait saillie, tandis que la base de cette portion, repliée sur elle-même, forme une dupliealure circulaire (1) ; 2° Que , pour le mettre en extension, il suffit de comprimer l 'abdomen du poisson ; 3° Qu'en poussant très lentement l'oviducte soit de dedans en dehors, soit en sens contraire, sur une préparation analomique convenablement faite, on voit que ses parois se renversent sur elles-mêmes, comme celles d'un doigt de gant qu'on retourne, et qu'il ne peut s'étendre sans que ce renversement s'effectue! i). On observe, en outre, que, lorsque les parois de l'organe sont par- venues à un certain point du trajet qu'on leur fait parcourir, elles (1) Voyez Sg. 1 y. (2) Voyez fig. 2 o o'. CHEZ LE SERRAN. 319 se déploient d'elles-mêmes tout entières , et s'allongent tout d'un coii|>, à l'instar d'un ressort qui se débande. On comprend alors facilement que l'action des faisceaux muscu- laires, qui adhèrent au pourtour basilaire de l'oviducte, doit être très restreinte dans les mouvements dont nous nous occupons, puisque, d'une part , elle n'est indispensable que pour attirer un peu en dedans la base de cet organe, et commencer par cela même la rétraction, qui est continuée et achevée par l'élasticité du tissu, et que, d'autre part, son intervention est tout à fait inutile pour étendre l'oviducte, puisque toutes les causes qui peuvent compri- mer les viscères abdominaux ou rétrécir la cavité du ventre sont capables, avec l'aidede l'élasticité, de porter cet organe au maxi- mum de son extension. C'est en scrutant le jeu de cet organe que nous avons été mis sur la voie des observations que nous avons faites, surtout au point de vue physiologique, sur la ponte des Serrans, l'andis que, pour étudier le mode de sortie de l'oviducte, nous appuyions légère- ment un seul doigt sur les parois abdominales d'un Serran écri- ture , nous en vîmes jaillir une liqueur blanche , qui , au lieu de couler sur la peau du poisson, avait été projetée à une petite distance. L'instantanéité et la longueur du jet étaient si peu en rapport avec la lente et faible pression exercée par notre doigt, que ce fait attira notre attention. Nous répétâmes l'expérience en pla- çant l'animal dans l'eau de mer, et nous vîmes encore un liquide S'élancer à la dislance d'un décimètre sous forme d'une traînée blanchâtre. Nous reconnûmes de plus que des œufs étaient sortis en même temps par l'ouverture de l'oviducte. Comme il était ra- tionnel de supposer que ce liquide n'était autre que de la semence poussée par la légère pression que nous avions produite , et qu'il nous paraissait probable que l'expulsion des œufs el l'émission de la semence sciaient encore simultanées, quand les organes exécu- teraient naturellement leurs fonctions, nous pensâmes tout de suite au parti qu'on pourrait tirer de cette éjaculation , qu'on aperçoit si facilement d'aSSCZ loin : elle | -rail servir de signal au moment OÙ (\f> œufs qui, par leur petitesse, échappent souvent à la vue de l'observateur, franchiraient l'oviducte. 320 DKFOSSÉ. — DE L'HERMAPHRODISME Nos suppositions étaient bien fondées. En effet, dans des expériences préparatoires, quelques poules artitîciclles opérées comme la dernière que nous venons de dé- crire , et pratiquées sur des Perches de mer vivantes , nous ont appris : 1° que la substance blanche éjaculée en pareil cas est réellement du sperme qui se mêle immédiatement avec les œufs; 2° qu'il est facile de distinguer l'espèce de nuage que la semence forme dans l'eau, des divers troubles qu'y font fréquemment naître des matières de même couleur provenant de la défécation; 3° que la direction suivie par cette espèce de nuage, en descendant lente- ment dans une eau parfaitement tranquille , peut devenir un pré- cieux indice du trajet que les œufs parcourent pour gagner le fond. Après avoir fait connaître ces données préliminaires , disons dans quelles circonstances nous avons placé les poissons que nous avons observés : elles sont si simples, elles peuvent être repro- duites de tant de façons différentes, qu'il ne s'agit que de les indi- quer sommairement pour que chaque naturaliste puisse imaginer un appareil mieux approprié à ces recherches que l'assemblage des grossiers instruments de pêche dont nous nous sommes servi pour arriver à notre but. Dans un vase où l'eau de mer sera sans cesse renouvelée par un courant assez lent , qu'on suspende des touffes de fucus bien frais , bien verts, arrangées de telle manière qu'il y ait au milieu d'elles un espace vide assez grand pour que l'animal qu'on y mettra ne s'y trouve pas trop à l'étroit; que le fond de ce vase, nullement encombré, soit bien éclairé, bien acces- sible aux regards de l'observateur; qu'enfin, ce dernier se dérobe à la vue du poisson, et l'on aura réalisé les seules conditions que nous croyons nécessaires pour parvenir à être témoin de faits semblables à ceux dont nous allons en peu de mots rapporter les principales particularités. Sur un assez grand nombre d'individus du genre Serranus Scriba, qui sontdemeurés successivement dans notre appareil, aussi longtemps qu'ils ont pu y vivre, quatre seulement nous ont présente des phénomènes intéressants. De ces quatre Acanthoplérygiens , deux sont restés cinq heures dans le vase à expériences : l'un au bout de la quatrième heure , l'autre à la fin de la troisième, coin- CHEZ LE SERRAN. 321 menraicnt ;'i nager renversés sur le côté , ouvrant largement leurs ouïes qu'ils ne refermaienl qu'à moitié. Ils étaient dés lors évidem- ment dans un état de grande gène. De temps en temps ils s'agï- laient beaucoup , puis retombaient dans un calme complet. C'est dans un de ces intervalles de repos ou d'affaissement que nous vîmes l'un de ces poissons lancer, sans effort apparent, une éjaeu- lation dont la direction ultérieure nous servit à retrouver au fond du vase les œufs que nous avions cru entrevoir au moment où ils sortaient de l'oviducte, mais dont assurément nous aurions perdu la trace, si le nuage spermalique ne nous eût pas guidé dans la quèle que nous en faisions. Les œufs que nous avons recueillis étaient réunis, par une mucosité transparente sans consistance, en cinq ou six petits amas un peu éloignés les uns des autres. L'au- topsie de ee poisson, qui vécut encore une demi-heure après la ponte, nous a prouvé qu'il avait rejeté presque tous les œufs qui étaient détachés des lames ovariennes ; nous n'en avons compté que cinq ou six libres dans les cavités excrétoires de l'ovaire. L'autre poisson affaibli pondit deux fois , dans un court espace de temps, et chaque ponte lut accompagnée d'une éjaculation. Du reste, ces phénomènes s'accomplirent presque exactement comme ceux que nous venons de dépeindre. A compter de la dernière éva- cuation spermalique, la faiblesse de l'animal s'accrut sensiblement, mais il ne s'éteignit que bien lentement, puisqu'il ne cessa de vivre qu'au bout de trois heures. L'examen anatomique de son ovaire nous montra que cet organe ne contenait plus que deux ou trois œufs entièrement mûrs. Les deux autres Serrans paraissaient vigoureux, ils nageaient avec aplomb , s'enfonçaient souvent entre les algues, puis en sorlaientet venaient, dans l'espace libre, battre avec force de leurs nageoires et de leur queue le fond de l'eau. Toutefois l'un d'eux s'arrêtait de temps en temps, et exécutait des mouvements singuliers qui semblaient être le résultat de la contraction spasmodique de cer- tains muscles ; l'autre n'avait dans ses allures rien qui décelât le moindre trouble de la inutilité, et jouissait, en apparence du moins, de l'intégrité de ses fonctions physiologiques. Durant les premières heures de lem- séjour dans le va.se, et pendant qu'ils battaient l'eau •■• lérie. Zool. T. V. [Cahier n r,.) • 21 322 dufossé. — de l'hermaphrodisme aveô intensité, chez chacun d'eux une seule éjaculation eut Ma: Toutes deux étaient faibles, peu copieuses ; une surtout était très peu prononcée, pourtant assez sensiblepour que nous n'ayons cou - serve aucun doute sur son existence. Il est à remarquer qu'elle s'est manifestée chez le Serranus Scriba, qui avait des mouvementé insolites. Ainsi que dans les cas précédents , chaque éjaculation coïncida avec la ponte d'œufs dont nous avons reconnu la présence au tond du vase. Ils y étaient épars en très petit nombre, et pres- que tous isolés. Placés de nouveau dans l'appareil, ces deux pois- sons y vécurent encore quatre à cinq heures, pendant lesquelles il ne survint aucun incident notable. Ils moururent presque tout à coup. L'un d'eux, avant de mouvoir pour la dernière Ibis ses ouïes, eut bien une ou deux convulsions, mais elles furent de très courteduréé.Nouspratiquâmes l'ouverture cadavérique de ces deux Pcrcoïdes : nous vîmes que leur canal commun étail rempli d'œufs libres et parfaitement mûrs, et que leurs vacuoles réticulées étaient gorgées de semence. En terminant ce précis de nos observations , nous ajouterons qu'après chaque ponte l'appareil a été vidé et nettoyé de façon que les produits du Irai d'un individu n'ont pu être mêles à ceux provenant d'un autre poisson. La fin du temps de la ponte des individus de l'espèce Serranus Scribd, que bien des motifs nous avaient fait choisir pour sujet de nos recherches, csl venue, à notre grand regret, nous empêcher de les compléter, et depuis lors il nous a été impossible de les continuer. Connaissant maintenant tous les faits observés, essayons de ridds rendre compte des actes physiologiques dont nous venons de suivre les phénomènes les plus apparents. La structure de l'appareil reproducteur femelle des Perches de mer est si semblable à celle des ovaires de la plupart des Acan- thoplérygiens, qu'on pouvait prévoir que, chez ces hermaphrodites, les phénomènes de la ponte seraient identiques avec ceux qu'on observe dans la presque totalité des Poissons ordinaires. C'est, en effet, ce que nous avons constaté. Aussi, sans nous y arrêter da- vantage, nous allons examiner, avec tout l'intérêt qui s'attache aux fonctions d'un appareil organique dont l'analomie a tout l'attrait CHEZ LE SERRAT). 323 «l'i nouveauté scientifique, la physiologie de l'organe mile îles Serrans. Parlons d'abord de la sécrétion du sperme, el prouvons que ce liquide esl produit par le (issu que nous avons nommé substance du testicule. Sans revenir sur les détails anatomiques que nous avons donnés relativement à la substance dont il s'agit ici et du sperme; sans répéter ces notions qui suffisent à démontrer que la semence se forme dans l'appareil reproducteur mâle des Perches dénier, ajoutons quelques considérations qui précîseronl davantage le lieu où cette sécrétion s'effectue. l rc . A l'intérieur des caecums , et surtout à l'extrémité de leurs ramifications , nous avons vu des groupes de particules d'une na- ture toute spéciale, dont on ne retrouve les pareilles dans aucune autre partie de l'organe mâle. 2v L'évolution de ces particules est en rapport avec celle de ces l'uiniiii ations caecales. 3'. Dès que ces particules ont atteint certaines dimensions, elles renfermenl des globules qui ont ions les caractères du corps des spermatozoïdes, mais qui sonl dépourvus de queue, ou du moins aucun de ceux que nous avons observés ne paraissait avoir un appendice caudal. 4 e . La ténuité extrême de l'appendice filiforme de ces sperma- tozoïdes; son défaut de consistance, donl nous pouvons juger par les déformations accidentelles qu'il subi i, cl par celles qu'il éprouve ordinairement; enfin la brièveté du temps pendant lequel il esl apparent , impliquent qu'il n'est pas visible plus longtemps avanl la maturité parfaite du Pseudozoaire spermatique , qu'il ne l'esl deux heures après le moment où il esl devenu manifeste pour l'observateur, 5'. Tanl qu'on ne peut extraire des caecums que des spermato- zoïdes, donl presque tous, agglutinés les uns avec les autres, sont, de tonte évidence, incomplétcmonl conformés, ce n'esl qu'après de minutieuses recherches qu'on parvient à trouver quelques rares RIamenI spci raatiques dans les petites vacuoles réticulées ; encore sont-ils libres, et par cela même â un degré de formation plus avancée que ceux qui Boni contenus dans ces tubes aveugles. 324 dufossé. — de l'hermaphrodisme 6 e . Enfin, au Icnips du frai, c'est presque toujours dans le sperme qu'on a fait sortir des caecums, et non dans celui qu'on a recueilli dans les autres cavités de l'appareil reproducteur , que l'on ren- contre, par exception alors, deux ou trois amas de filaments sper- matiques, au milieu d'une quantité innombrable de pseudozoaires, bien séparés les uns des autres, et conséquemment à leur état par- lait de développement. Nous ne croyons pas nécessaire d'insister sur les preuves dé- monstratives qui ressortent des considérations précédentes , pour qu'on en conclue avec nous que le sperme est sécrété, chez nos Pereoïdes, par la matière tubuleuse que nous avons décrite sous le nom de substance du testicule. Suivons maintenant la marche du sperme dans les conduits excréteurs. En s'échappantdes cœeums, ce liquide passe parla longue filière des plus petites ramifications réticulées , puis traverse ensuite des vacuoles de plus en plus étendues, jusqu'à ce qu'enfin il parvienne dans les plus grandes , où il s'accumule en quantité suffisante au besoin des éjaculalions. Remarquons que, chez nos hermaphrodites, le sperme parcourt un bien long trajet avant d'être évacué, et que son contact pro- longé avec la surface des nombreuses mais très petites vacuoles qu'il a à franchir, le modifie, puisqu'il devient de plus en plus fluide, et que sa couleur change également. Jusqu'à présent nous nous sommes abstenu de donner aux di- verses portions de l'organe générateur mâle des Perches de mer des noms déterminant l'analogie qui nous semble exister entre ces portions et celles des parties sexuelles, soit des autres Poissons osseux ou cartilagineux, soit des autres Vertébrés, parce que nous nous réservions d'exprimer noire sentiment à cet égard, au moment où nous traiterions des phénomènes physiologiques qu'elles pré- sentent. C'est donc ici que nous devons énoncer notre manière de voir sur ce point. Nous pensons d'abord qu'on ne saurait contester que les cajcums des Serrans sont des vaisseaux séminifères qui diffèrent principa- lement de ceux des divers autres Acanthoptérygiens par leur mode CHEZ LE SERRAN. 3*25 de terminaison ; plusieurs d'entre eux aboutissant chacun à un seul conduit excréteur (1), ou, en d'autres ternies, se continuant sous forme d'une ramification capillaire du réseau des vacuoles. Cher- chons maintenant les analogues de ces ramifications capillaires. En considérant la place qu'elles occupent dans les voies sémi- nales, leur abouchement avec les vaisseaux sémiuifères, et surtout leur forme réticulée (2), nous n'hésitons pas à les comparer aux conduits composant le rete testis découvert par Laulh (3) dans le corps d'Highmore. Si l'on examine , sans préoccupation systéma- tique , la configuration toute spéciale de ces ramifications réticu- lées qui revêtent, d'une enveloppe à claire-voie, toute la surface externe du testicule du Serran, absolument comme se comporte le rete testis, en constituant, dans une petite étendue du bord supé- rieur testiculaire, le réseau auquel adhèrent en convergeant tous les lobes du testicule de l'homme, on ne repoussera pas sans exa- men l'assimilation que nous proposons ici, en nous objectant que cette disposition organique n'a pas encore été vue chez les Verté- brés, dont les classes sont intermédiaires entre les Poissons et les Mammifères, et même chez aucun de ces derniers, si ce n'est dans l'ordre des Bimanes. A la suite de ces ramifications réticulées se trouvent les vacuoles que nous avons comparées à des vaisseaux d'un très petit calibre, et qui sont situées dans les intervalles des deux côtés des angles testioulaires (Uj; nous les rapprochons analogiquement des con- duits efférents des Vertébrés pourvus de vésicules séminales. Il reste encore entre les vacuoles dont nous venons de parler et les vacuoles centrales une série de cavités (5j bien plus semblables i des vaisseaux qu'aux mailles d'un réseau , et que leur situation, dans la série des conduits excréteurs dont ils font partie désigne comme les représentants de l'épididyme et des canaux déférents (1) Voyez fifr. S c. (2) Voyez fig. i ecc, ee. (3) Voyez ilémoiret de kl Société d'histoire naturelle de Strasbourg, t. I", livre h. (4) Voyez fig. iddd.ff. (5) Voyez lig. i >i'j. 32(i m fossé. — de l'hermaphrodisme des autres Vertébrés. Ces vacuoles tiennent effectivement lieu (li- ces organes, et l'on peut établir que leur grand nombre csl en rapport avec la multiplicité des dernières ramifications réticulées. Malgré ce rapport, nous convenons que, parleur grande quantité, ces vacuoles s'éloignenl du seul épididyme et de l'unique conduit déférent qui suffisent constamment à l'évacuation du produit d'un testicule , et eonséquennnent nous ne reconnaissons entre ces va- cuoles et ces canaux excréteurs qu'une analogie peu prononcée. Si cette relation analogique est faible , il y en a , suivant nous , une des plus marquées, des plus intimes, entre les vacuoles cen- trales réunies aux vacuoles formant des festons (1), et les vésicules séminales des autres Vertébrés. On sait que, cbezun grand nombre de Mammifères, ces réservoirs spermatiques sont ou cloisonnés , ou réticulés, d'une façon fort variée. Parmi les nombreuses modi- fications que présentent ces vésicules, il y en a quelques-unes qui sont assez semblables à l'arrangement de l'ensemble du réseau des vacuoles centrales, jointes aux vacuoles en festons, pour qu'on admette qu'il existe une analogie allant jusqu'à la ressemblance entre ces vacuoles et les vésicules séminales de certains .Mammi- fères. On ne saurait méconnaître les analogues du conduit éjacujafeur des Perches de mer: sa position à l'extrémité externe des voies spermatiques , sa terminaison dans l'urètre , rendent si évidente l'analogie qu'il a avec les portions finales des conduits excréteurs de la semence chez les autres Poissons osseux, qu'il serait superflu d'en dire davantage à ce sujet. Considérons maintenant ce conduit sous d'autres rapports. No- tons d'abord que la situation de son ouverture, la brièveté de la papille urétrale, le défaut d'extensibilité de cette éminence cl ses brides membraneuses, tendent à prouver, à priori, que l'accou- plement serait aussi impossible cbc'z nos Percoïdes qu'il l'est ebez la plupart des autres Acanthoptérygiens. Toutefois si ce conduit ressemble par les conditions organiques que nous venons d'énoncer à ses analogues, il s'en distingue par sa configuration infundibuliforme,par l'étroitessc et le peu de dila- (I) Voyez fig. i hhh, ii. CHEZ LE SERRAN. 327 tabilité de son orifice , trois circonstances analomiques dont nous allons apprécier l'influence, en essayant d'expliquer l'acte de l'éja- culation , et comment le jet de la semence peut acquérir une inten- sité si remarquable. Le milieu de l'espèce d'entonnoir que représente la partie éva- sée du conduit éjaculateur répond exactement, point pour point, par son côté supérieur à l' interépineux du premier rayon de la nageoire anale, et par son côté intérieur à la portion supérieure de la base de l'oviducle , où cet organe replié sur lui-même, dans l'étal de contraction, forme un bourrelet circulaire saillant. Ainsi compris entre le plan résistant que présente cet os etle bourrelet, le conduit éjaculateur peut être comprimé , et sa lumière complète- ment bouchée, quand des œufs s'introduisent dans le pli circulaire del'oviducte, et augmentent conséquemment le volume du bour- relet. Lorsque le Serran fait effort pour pousser les œufs au dehors , un nombre plus ou moins grand de ceux-ci s'accumulant dans le pli de l'oviducte, grossissent considérablement le bourrelet qui, par la compression qu'il exerce sur le conduit éjaculateur, le ferme entièrement; tandis que, par suite de l'effort, toutes les forces qui tendent à expulser le sperme entrent enjeu, el sont surexcitées par l'obstacle qui clôl le conduit. Si l'un si' rappelle ce que nous avons ditâ l'égard du mécanisme de l'extension de l'oviducte, on comprendra que l'effort continuant et devenant progressivement plus intense, il doit arriver un mo- mi'iil où, tout d'un coup, les parois de l'oviducte se déploient, son pli circulaire s'efface en même temps que les œufs traversent sa base; de sorte que le conduit éjaculateur, débarrassé de toute pres- sion instantanément, comme par une espèce de détente, livre pas- >a^c ;i la semence qui, animée déjà d'une .mande \ilrssc, en açquierl mu' plus grande encore en raison de la configuration injun- dibuliforme du conduit éjaculateur, ainsi que de la petitesse et de la i èsistance de son ouverture. NOUS n'avons pas la prétention de croire que celte tentative ^'explication Boit à l'abri de toute contestation ; aussi ne la présen- tons-nous qu'avec la réserve que doivenl nous imposer les diffi- 328 DUFOSSÉ. DE I, HERMAPHRODISME cultes inhérentes à tout problème d'hydrodynamique physiolo- gique. Les faits que nous avons découverts en observant la ponte des Perches de mer vont être soumis à un dernier examen pour mettre chacun d'eux dans son jour, et pour en tirer les conséquences qui en dérivent. Les pontes des deux Percoïdes dont l'affaiblissement était si notable pourraient être rapportées , avec grande apparence de vérité , à la cause , quelle qu'elle soit , qui fait que les femelles d'animaux de différentes classes, et notamment les Insectes femelles, se débarrassent de leurs œufs aux approches de la mort. C'est pour- quoi , allant au-devant de l'objection qu'on ne manquerait pas de nous adresser à ce sujet, nous ne considérerons ces pontes que comme des accidents morbides , et nous nous contenterons d'en inférer que l'évacuation du sperme et celle des œufs ont entre elles, chez nos Serrans, un tel rapport de coexistence, qu'elles ont été encore simultanées dans des cas pathologiques. Nous prévien- drons, en outre , la critique sur un autre point L'unique ponte du Serranvs Scriba , dont la motilité était légèrement troublée, pou- vant aussi être attribuée spécieusement à une contraction spasmo- dique des organes génitaux, nous accorderons qu'elle n'a pas tous les caractères d'un acte physiologique ; mais il n'en sera pas moins bien constaté que, dans cette occasion, l'éjaculation et l'émission des œufs coïncidèrent encore. Enfin , comme nous n'entrevoyons pas une raison plausible sur laquelle on voudrait s'appuyer pour soutenir que le double frai ( ponte et éjaculation ) du poisson , qui paraissait vigoureux et plein de santé , n'était pas naturel , nous pensons qu'on admettra , en partageant notre opinion à cet égard , qu'il était bien réellement normal. De ces faits ainsi discutés, nous déduirons : 1° Que, chez les Perches do mer, la ponte et l'éjaculation sont des phénomènes qui restent constamment concomitants, qu'ils soient physiologiques ou morbides ; 2" Que ces Acanthoptérygiens doivent être rangés parmi les hermaphrodites dont le sperme ne peut féconder les œufs qu'en dehors du corps de l'animal où ces produits sont mis en contact, CHEZ LE SEBRAN. 329 après avoir éié expulsés simultanément par chaque individu , sans qu'il ait été provoqué à pondre, ou à éjaculer sa semence , soit par un véritable accouplement , soit par l'approche d'un individu de son espèce , soit enfin par la présence d'œufs provenant d'un autre hermaphrodite ; 3° Que la simultanéité de la ponte et de l'éjaculation , dans les circonstances d'isolement que nous venons de préciser, implique nécessairement que chacun de ces hermaphrodites féconde les œufs qu'il produit. Nous avions dessein d'ajouter ici un chapitre dans lequel nous avons mis en parallèle les deux appareils reproducteurs de nos Serrans, et établi la comparaison entre les cas d'hermaphrodisme observés chez les Vertébrés et les organes de la génération de nos Percoïdcs. Reconnaissant actuellement que nous dépasserions trop les limites que nous devons imposer à cet écrit, si nous y donnions place à ce chapitre, nous extrairons de l'étude comparative qu'il contient les principales conséquences dont nous rapporterons le sommaire dans les propositions que voici : 1". 11 existe de plus profondes différences entre les organes mâles et les organes femelles des Poissons osseux, qu'on n'en avait soupçonné jusqu'à ces derniers temps. 2 e . Lorsque, par exception, chez les Poissons ordinaires, le vo- lume de l'ovaire est considérablement plus grand que celui du testicule, et que le poids de ce dernier organe est au poids du pre- mier , par exemple, : : 1 : 5 ffîfc (il en est ainsi chez nos Ser- rans:, celle dissemblance est en rapport, d'une part, avec la quan- tité différente de, matière que chaque organe, doit fournir pour coopérer ;'i la reproduction, et, d'autre part, avec les conditions dans lesquelles ;i lieu la fécondation. 8*. Dans tous les cas d'hermaphrodisme, anomal bien constatés chez les Poissons, on a toujours trouvé les appareils générateurs disposes suivant un ordre essentiellement différent de celui qui a présidé à l'arrangement des organes de la génération des Perches de nier. Ces paiiies sexuelles atteintes de déviation organique diffèrent, pur leur conformation, beaucoup moins des organes de lapropa- 330 dufossé. — de l'hermaphrodisme galion de la plupart des autres Acanthoptérygiens que des appa- reils générateurs de nos Percoïdes. II'. Les dissemblances qui séparent les appareils de la repro- duction de nos Serrans de tous les cas d'hermaphrodisme térato- logiquc qu'on a rencontrés jusqu'à nos jours chez les Vertébrés, réfutent péremptoirement l'invraisemblable conjecture d'après laquelle on considérerait les Perches de mer comme des herma- phrodites par anomalie. 5 e . Les dissemblances précédentes contredisent plusieurs asser- tions hasardées sur les conditions qui , suivant quelques auteurs , ÎMeckel entre autres, s'opposeraient à la réalisation de l'her- maphrodisme complet comme cas lératologique , ou la favori- seraient. Enfin elles montrent ce que l'on doit penser descauses mé- taphysiques et physiques qui, selon le sentiment de certains savants, rendent impossible l'hermaphrodisme parfait chez les Vertébrés. La portée de plusieurs des propositions qu'on vient de lire dé- passe le cercle dans lequel nous avons dû circonscrire le sujet que nous traitons ici ; niais le sens de la troisième et de la quatrième s'applique directement à la question qui est l'objet de ce travail, et en confirme la solution. C'est en constatant cette confirmation que nous terminerons ce mémoire; son ensemble conduit aux résul- tats que nous résumerons dans les conclusions suivantes : 1° Contrairement à ('opinion généralement accréditée, il y a des Vertébrés qui, à 1 étal normal, sont hermaphrodites, et ce ne sont pas ceux dont l'organisation est considérée comme étant la plus dégradée. 2" Les individus des espèces$erranus5m'&a, Serranus Cabrilla et Serranus Hepalus, sont au nombre de ces hermaphrodites. 3» Chaque individu de ces trois espèces produit des œufs qu'il féconde dès qu'il les a pondus. CHEZ LE SERRAN. 331 EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 8. Fig 1 . Organes do la reproduction d'un Serran commun avant le temps du frai, et organes adjacents vus par le côté droit. Le poisson a été fendu en deux longitudinalemenl , suivant un plan parallèle à la ligne médiane, à une petite distance à droite de cette ligne. Tous les organes ont été un peu écartés les uns des autres. (Grossissement, 3 fois le diamètre.) — au, parois abdo- minales ; bbbb, rayons de la nageoire anale et les os interépineux qui les soutiennent: c, rectum; d, anus; ee, voile anal ou portion supérieure des membranes du rectum prolongée en un segment de cercle offrant quatre festons sur son bord ; ff, les sacs ovariens : : , canal commun ; oo' , ovidacte maintenu dans une demi-extension : la portion o' est vue a travers les parois du canal commun ; y, bourrelet circulaire formé par les parois de l'oviducte repliées sur elles-mêmes; il , angle testiculaire du côlé droit; x , bout du conduit éjaculateur s'ouvrant dans l'urètre ; r, rein droit; t , urètre; j, vessie urinaire: fc, caecum vésico-urétral ; (, canal de l'urètre; p, papille urétrale. Fig. 2. Cloaque d'un Serranus CabriHa en plein frai, avec l'oviducte complète- ment étendu. (Grossissement, 5 fois le diamètre.) — aiia, parois abdo- minales ; b, ligne médiane ; ce, ouverture du cloaque ; d , anus ; e , voile anal; o o, oviducte au maximum de son extension ; », papille urétrale et ses deai brides membraneuses: a , petites écailles. Fig. 3. Surface interne des organes générateurs d'un individu de l'espèce Serra- nus Cabrilla , en plein frai. Ces organes sont ouverts par leur côté inférieur sur la ligne médiane , depuis le bout postérieur de l'oviducte jusqu'au point où l'ovaire se bifurque ; et, à partir de la , cliaque sac ovarien a été aussi fendu en île—nus dans toute sa longueur ; enfin , toutes les parties ont été étalées sur leur surface externe pour laisser voir l'ensemblede leur surface interne. (Gros- sissement, deux fois le diamètre. — on, sacs ovariens dans lesquels les ovules semblent ne former qu'une seule masse, quoiqu ils soient contenus dans les lames OvigèreB; celles-ci sont si inégalement distendues par ces ovules, que les limites de chacune d'elles ne sont pas distinctes; on voit seulement en bb les ! de l'espace étroit , ou de la cannelure qui, dans chaque sac , sépare les rangées des laines ovigères; il' l", le testicule; (, arc testiculaire supérieur; *', angle testiculaire droit ; (", angle testiculaire gauche; vv, réseau des vacuoles réticulées ; .;• , conduit éjaculateur caché par l'oviducto : aussi a-t-on indiqué Ba forme par des lignes de points; oo, oviducte; z :, parois du canal commun ne contenant pas de vacuoles outre les membranes dont ailes uni composée-, . ;' limite antérieure du canal roininiin a laquelle adhère le testicule qui I lans toute son étendue. I I :he inférieure d une portion du côté gaucho du réseau dos vacuoles 332 di'Fossé. — de l'hermaphrodisme chez le serran. provenant d'un Serranus Cabrilla. On a ouvert les vacuoles postérieures en enlevant leur paroi inférieure ; on a également ouvert par leur côté inférieur les vacuoles antérieures , après en avoir détaché les caecums qui recouvraient leurs ramifications capillaires. La pièce anatomique est vue par transparence à fort grossissement. — -aaa, lambeau du canal commun; 66, paroi du canal commun ne contenant pas do vacuoles entre les membranes qui la constituent; ccc, portion du lambeau qui était recouverte par les caacums du testicule faisant partie de l'arc testieulaire supérieur ; < ■ e; ramifications capillaires des vacuoles; ddd, portion du lambeau comprise entre la partie postérieure des deux cotés de l'angle testieulaire gauche; ff, vacuoles que nous avons com- parées à des vaisseaux d'un petit calibre ; g g , portion du lambeau dans lequel sont contenues les vacuoles tenant lieu d'épididyme et de conduit déférent ; hhh, vacuoles centrales ; ii, vacuoles en festons; ppp, piliers ou lanières cellulo-musculeuses séparant les vacuoles. Fig. 5. Paquet de ciécums en partie déformés par la pression des verres entre lesquels ils ont été serrés, vus à un très fort grossissement Ces caecums sont ceux d'un Serranus Cabrilla. — aaa, caecums repliés sur eux-mêmes, de manière à ne laisser voir que leurs extrémités fermées; 666, trois caecums dont les extrémités ouvertes et une portion de leurs tubes non ramifiée sont visibles ; c , ouverture d'un caecum \rrr, ramifications capillaires des vacuoles. Fig. 6. Spermatozoïdes et oeufs produits par le même Serranus Cabrilla. Les spermatozoïdes sont représentés excessivement grossis ; le grossissement des œufs est de 13 fois et demie le diamètre. — a, Spermatozoïde dessiné sitôt après la cessation définitive de ses mouvements: il provenait d'une éjaculation naturelle ; 6, spermatozoïde extrait d'un caecum ; c , pellicule en forme de coiffe ; sa queue est tortillée comme elle l'est chez ces pseudozoaires quand elle commence à devenir rigide ; d , spermatozoïde dont l'appendice caudal déformé n'est plus qu'un moignon de queue ; e, un œuf à sa sortie de l'ovi- ducle; f, autre œuf après vingt-quatre heures de séjour dans l'eau de mer. Les gouttes huileuses qu'il contenait étaient d'une grosseur remarquable. BIBLIOGRAPHIE. NOTICES SOMMAIRES SUR LES OUVRAGES ADRESSÉS AUX RÉDACTEURS. Fauna Httoralis Norvegicœ, par MM. Sars, Koren et Danielsen, seconde livraison, in-folio. Bergen, 1856. Cette seconde partie de la Faune maritime de la Norwége est publiée en fran- çais aussi bien qu'en danois, et est accompagnée de 12 planches gravées avec soin. Les principaux articles que l'on y trouve sont : 1° Nouvelles Annélides, dé- crites par M. Sars; savoir: le Spiochœloplerus typus, qui a beaucoup d'affinité avec le genre Chétoptère, et reliecelui-ci aux Spio ; le Notomaslus latericeus, qui ressemble à un Arénicole, mais manque de branchies rameuses ; trois espèces du genre Clymene de Savigny, et quatre espèces du genre Sabellides de Milne PUBLICATIONS NOUVELLES. 333 Edwards. 2" Recherches sur le développement des Peclinibranches, par MM. Koren et Danielsen, faisant suite au travail sur le même sujet, dont une traduction a été insérée dans la 3 e série de ces Annales, t. XVIII et XIX. 3° Observations sur le développement des Holothuries [ailes avant et après l'éclosion, par les mêmes. 4» Observations sur le développement des Astéries, par les mêmes. 5" Description d'une nouvelle espèce d'Etoile de mer (Astropecten articusl, et de quelques nou- veaux Polypes, par M. Sars. 6° Description du Kopliobelemnon Mulleri, de la famille des Pennatulides , et d'un nouveau genre d'Astérie, par M. Abjoernsen. 7° Description de quelques Actinies nouvelles et de la Yirgularia Christis , par MM. Koren et Danielsen. Anatomische Beitràge zur Ophthahnologie.- — Recherches anatomiques sur l'ophthalmologie , par M Henri Muller (avec 2 planches). Dans la première partie de ce travail, qui porte essentiellement sur l'anato- mie pathologique de l'œil, l'auteur fait connaître certaines altérations de la cho- roïde, qui paraissent être l'état normal dans la vieillesse : c'est la formation de petites excroissances pisiformes sur la partie périphérique de cette membrane, qui déterminent la destruction de la rétine dans les points correspondants. Dans un second mémoire, M. H. Muller décrit un muscle annulaire qui se trouve dans le corps ciliaire de l'œil de l'homme, et il expose ses idées touchant le rôle de cet organe dans l'adaptation de l'œil pour vision distincte, quand la distance des objets varie. (Extr. des Archiv fur Ophlhalmologie, t. II et III.) Die Normalverhàltnisse. — Sur les relations normales des proportions chimiques et morphologiques, par M. Zeising, in-8. Leipsick , 1856. L'auteur de cet opuscule, après avoir cherché à déterminer les proportions qui existent entre les diverses parties du corps humain, s'applique à établir que des harmonies numériques du même ordre se rencontrent dans le règne inorga- nique, aussi bien que chez les Atres vivants. Zwolf Arien von Acanthocephalen. — Description de douze espèces d' Acanthocéphalcs , par M. Diesing, in-â, 1856. Dans ce Mémoire, extrait du Recueil de l'Académie des sciences de Vienne (t. XI), et accompagné de 3 planches, l'auteur décrit une série d'espèces nou- velles ou peu connues d'Échinorhynques, dont la plupart avaient été trouvées par M. Natterer chez des animaux du Brésil. On the Anatomy of the Greal Antealer. — Sur l'anatomie du grand Fourmilier, par M. Owen. M. Owen ne néglige aucune des occasions que la magnifique ménagerie du Jardin zoologique de Londres lui procure, pour enrichir la science de nouvelles observations anatomiques sur la structure des animaux rares qui ont vécu dans cet établissement. Dans le travail dont nous annonçons ici la publication, il rend compte de ses observations sur lo grand Fourmilier de l'Amérique méridionale qui y mourut il y a quelque temps, et s'étend principale ni sur la structure des (.'landes salivaires, de la langue et des muscles de la face. Ce Mémoire est extrait du quatrième volume des Transactions de la Société zooloqiq ne de Londres, h .-,i a< compagne de i pi lu- in- bellet 334 PUBLICATIONS NOUVELLES. M . Owen a donné dans le même volume la suite de ses recherches sur l'osléolo- gie des Chimpanzés et des Orangs , et la sixième partie de son travail sur les Dinornis. Nous recevons aussi à l'instant un Mémoire du même auteur sur les affinités zoologiques du grand Oiseau fossile découvert aux environs de Paris, et désigné par M. Hébert sous le nom de Gastornis parisiemis; une Note sur quelques Mammifères fossiles du crag rouge du comté de Suffolk en Angleterre, et la description d'un crâne fossile du Bos moschatus. Ces trois brochures sont tirées du Journal de la Société géologique de Londres, 1 855 et août 1 856. Paléontologie de l'étage inférieur de la formation liasique de la -pro- vince de Luxembourg et de Hellange , par M. Terquem. Ce travail, tiré du cinquième volume des Mémoires de la Société géologique, contient la description d'un grand nombre d'espèces nouvelles, principalement de coquilles de Gastéropodes et d'Acéphales. Il est accompagné de 1 5 planches in-4. Résumé des travaux les plus récents sur la génération alternante et sur les métamorphoses des animaux inférieurs, par M. E. Claparède. Ce Mémoire, publié dans la Bibliothèque universelle de Genève [mal et août 185 4) contient un exposé très intéressant des travaux dont la multiplication des Hel- minthes a été l'objet depuis quelques années. Sur la théorie de la fécondation de l'œuf, par le même. (Extrait de la Bibl. univ. de Genève, 1855.) M. Claparède rend compte ici des diverses observations faites récemment sur l'introduction des spermatozoïdes dans l'intérieur de l'œuf. De la reproduction des Trématodes endo-parasites , par M. Moulinié, in-4. Genève, 1856. Dans la première partie de ce volume, l'auteur expose, suivant leur ordre naturel de succession, les divers faits relatifs au développement des Trématodes, qui se trouvent disséminés dans les nombreux travaux partiels dont ce point de la zoologie physiologique a été l'objet. L'auteur y a placé aussi dos observa- tions nouvelles sur la formation de l'embryon dans I œu! du Uistoma tancolutnin. La seconde partie contient la description détaillée de quelques formes nouvelles qui se rattachent au développement des Trématodes. First Report. — Premier rapport sur les Insectes nuisibles ou utiles de l'État de New-York, par M. Asa Fitch, in-8. Albany, 1855. Ce travail, tiré du quatorzième volume des Transactions de la Société d'agri- culture de New-York, est consacré principalement à Ihistoire des Insectes qui attaquent les arbres fruitiers, la vigne et le choux. Il est accompagné de gra- vures sur bois intercalées dans le texte , et sera bientôt suivi d'un second volume. NOTE SUR UN NÉMATOÏDE PARASITE DES TERMITES , Par M. ci. m:sim;s, Df è.s sciences naturelles. Dans le cours de mes observations sur les Termites, j'ai vu deux fois des nids nombreux , et qui semblaient en grande prospérité , mourir entièrement en peu de jours. Ces deux sociétés étaient éta- blies chez moi dans de grands bocaux, mais la terre du nid était trop humide; j'ai pu voir alors fourmiller dans cette terre un nombre énorme de petits Vers blancs : en les examinant avec soin et en disséquant les Termites de ces sociétés, j'ai pu faire l'histoire du parasite. Les caractères de ce Nématoïde le rapprochent beau- coup du genre Leptodera de M. Dujardin; mais il doit constituer une coupe générique distincte, car plusieurs de ses caractères sont différents de ceux du Leptodera : sa bouche est armée de trois tubercules, le cou est court et gros; enfin il est ovipare, et le Leptodera est vivipare. Les caractères de l'armure génitale du mâle sont identiques ; mais les expansions aliformes si remar- quables chez le Nématoïde de M. Dujardin manquent chez le mien. G. Isalcis. Corpus fusilorme extremitate caudali longe subulatà haud alatà. Caput corpore continuum , truncatuin. Os trilabiatum. Pénis vagina spiculisque duolms xqualibus instructus (tig. 11 et 12). Feminne apertura genitalis in corporis medio. Ovipara. Isalcis migrons (Mini). Corpus fusiforme album: Icuigit. maris l m ™,.S; feminae 2 mm ,5. Ovulus elliptica : longit. ,06; lat. 0""",04. fadividua juniora, organis genitalibus nullis (e corpore Termitum) : long. fere0°" , ',3, m,n ,à, usque ad ',8. Le mâle et la femelle adultes de cette petite espèce sont communs dans la terre des deux nids. Ils m'ont offert la propriété remar- quable de pouvoir être rappelés â la vie après une dessiccation com- plète qui a duré plus d'un mois. 1rs mâles sont un peu plus rares que les femelles. On distingue parfaitement dans ces petits êtres le tube digestif, qui commence par un pharwix niiiseuleiix , auquel fait suite un intestin droit chez le mule, enroulé en spirale chez la femelle. 336 C. LESPÉS. NÉMATOÏDE PARASITE DES TERMITES. Le premier (pi. 8, fig. 10) offre un léger mamelon un peu au- dessus de la queue; on voit dans la partie correspondante (fig. 11 et 12) les deux spieules longs de B "",05, et la gaine de 0""",02, qui est placée au-dessous. L'ouverture génitale de la femelle est placée vers le milieu de la longueur ( fig. 9) ; on voit par transparence un assez grand nombre d'reufs qui remplissent le corps. Avec ces animaux, j'ai trouvé un nombre énorme d'oeufs libres à divers degrés de développement (fig. 13 et 14). Les plus avancés contiennent un embryon extrêmement mobile. Quelques-uns de ces derniers sont sortis, mais il y a une lacune entre les individus adultes ou presque adultes et les jeunes ; pour la remplir, il suffit de disséquer un Termite du nid infecté : dans l'abdomen, autour de l'intestin , mais jamais dans l'intérieur, on trouve des Némaloïdes très courts et minces si on les compare aux adultes ( fig. 15, f) ; ils sont arrivés à divers degrés de développement, mais toujours les organes reproducteurs manquent. J'en ai trouvé de un jusqu'à six, mais seulement dans les individus d'une certaine taille ( ouvrier, soldat , nymphes). Toutes mes observations ont été faites dans le commencement de mai. J'ai pu dans le second nid les vérifier en juin. Les insectes infectés ne tardent pasà languir et finissent par succomber ; si on les examine alors, on voit les Nématoïdes déve- loppés sortir de leur corps, qui est tombé en putréfaction. D'après ces faits , je pense que tous les naturalistes admettront avec moi que le parasite dont je viens de faire l'histoire acquiert ses organes génitaux et se reproduit dans la terre humide ; que les jeunes pénètrent dans le corps des Termites , s'y développent , finissent par tuer leur victime , et sortent alors pour achever leur accroissement. L'étude des Vers, probablement nombreux, que l'on a réunis sous le nom de.Filaires des Insectes, a été commencée par le remar- quable travail de M. von Siebold sur \cMermis albicans. Les faits que je viens de décrire semblent une copie de ceux que ce savant naturaliste a fait connaître. J'ai trouvé dans le tube digestif des Termites un assez grand nombre de parasites, sur lesquels je me promets de revenir avant longtemps. ETUDES sua L'HISTOLOGIE COMPARÉE DU SYSTÈME NERVEUX CHEZ QUELQUES AXXÉUDES, Par le D r Ernest luvni: Nous avons entrepris, depuis quelques années, l'étude anato inique et physiologique du système nerveux chez certains animaux invertébrés. Nous avons pensé que les observations, faites avec une rigou- reuse exactitude sur des êtres simples , serviraient à rendre plus intelligibles les phénomènes complexes que nous présentent les organismes élevés. Avant d'aborder les questions physiologiques, nous avons cher- ché à pénétrer les détails de texture sans lesquels les vivisections sont incertaines et les résultats incomplets. Nous exposerons aujourd'hui la partie anatomiquede nos recher- ches, celles du moins qui concernent les éléments et les tissus ner- veux examinés dans la Sangsue médicinale et le Lombric terrestre. Nous parlerons dans un autre travail des principes immédiats ; quant au système nerveux envisagé d'une manière descriptive, nous renvoyons aux auteurs qui en ont donné tant et de si exactes des- oriptions. Notre travail se divise en trois parties : La première est une revue de toutes les études entreprises déjà sur le sujet qui nous occupe. La seconde renferme tous les détails de nos observations. Dans la troisième partie nous essaierons de grouper les laits ('•pais, cl de comparer, aillant qu'il est possible dans l'état actuel de la science, les nerfs des Invertébrés, suit entre eux, soil avec ceux des animaux supérieurs. ••série, Zoot, T. V. (I ahia n 6.)' il 338 E. FAIVBE. SUR l'hISTOLOGIE PREMIÈRE PARTIE. HISTORIQUE. Il est peu de sujets scientifiques qui n'aient leurs antécédents dans l'histoire. Si le monde des organismes est vaste , si les pro- blèmes de la vie semblent n'avoir pas de limites, il faut avouer que le génie observateur de l'homme est aussi étendu que la nature est féeonde, et qu'il met autant d'ardeur à rechercher la vérité que la nature déploie de puissante pour lui en offrir les moyens. En prenant pour pbjej.de nos études l'analnmie et la physiologie du système nerveux des animaux inférieurs, omis pensions que la voie que nous allions suivre avait été à peine explorée avant nous; mais en feuilletant l'histoire de la science, nous avons été bientôt désabusé. Nous avons reconnu que des observations nombreuses avaient été faites sur les mêmes animaux, mais non au même point de vue: avec les mêmes moyens, mais non avec la même méthode. C'est un devoir pour nous d'enregistrer les tentatives de nos devanciers, en les appréciant avec tonte impartialité; c'est d'ail- leurs un moyen de réunir un grand nombre de résultats qui nous conduiront plus sûrement et plus vite à la vérité. En nous bornant aux études anatoiniques entreprises sur le sys- tème nerveux des animaux annelés , uotre sujet sera encore bien vaste, et les limites en seront difficiles à circonscrire. Il est possible néanmoins de rapporter à trois périodes tout l'en- semble des travaux qui ont pour objet l'anatomie îles nerfs chez les Annelés, et, en particulier, chez les Vers. Ces périodes son! éta- blies en prenant pour base les découvertes 1rs plus importantes, et les directions nouvelles dans lesquelles elles onl entraîné les observateurs. Nous pensons, par exemple , que les éludes d'Audoin et de Milne Edwards en France, de Brandi en Allemagne, sur le sfo- mato-gastrique , sont comme le point de départ d'un nouveau groupe de travaux, et qu'il en a été de même, plus tard, lors des recherches mémorables de Newporl sur la texture intime des nerfs. Nous n'avons pas l'intention tic passer en revue les innombra- DU SYSTÈME NERVEUX. 389 Mes ouvrages ou mémoires qui ont été composés à nno époque où l'on ne connaissait pas encore ces nerfs organiques, et où l'on se bornait à disséquer minutieusement les ganglions , les eonnectifs et les nerfs. 11 n'entre pas non plus directement dans notre sujet d'exposer les études de Brandt et de ses successeurs sur le stomate-gastrique. .Nous i appellerons seulement que ce système est déjà bien connu dans un grand nombre, d'animaux. Outre les travaux généraux de Brandt (1 , et de S. Mùller (2), nous mentionnerons : pour les In- sectes, les études spéciales de Swammerdam (3), Lyonnet(£), Treviranus (5), Strauss (6), Suekow (7), Duf'our (8), Newport (9), Burmeister (10), Lacordaire (11), Blanchard (12) ; pour les Ara- chnides, celles de Grùbe (13), Dugès (14), Treviranus (15), Blan- chard (16 ; pour les Myriapodes et les Crustacés , celles de Krolm (17), Suekow (18), Newport (19), Audouin et Milne Edwards (30); enfin pour les Vers, les observations de Grube , et surtout celles de Quatrefages (21). (1) Brandt, Ann. dessc. nat., V, 183G. ou Isis, 1835. (2) J. Muiler, Nos. Ait. mil. curios , XIV, IS2S. (3 BibUa nalura, p. 132, pi. 28. (4) Trailé analomique de la Chenille du soute, p. 98 et 201, pi. 4 et 9. 5 Irevii i- . IV, mi. Schrift, III, p. 59. (6)*Straus-l)ureklieim , Traité d'anal, comparative, 1842, t. II, p. 351. (7) Suekow., Ânat. physiol. Untersuch., p. 40, pi. 7. (8) L. Ilufour, Recherches sur les Orthoptères, p. 285, et aussi Ann. des se, nat., I * 15. (9) Encyclop., art. Issectes, p. 957. (10) Burmeister, llandb. d. Eut., I, p. 310. (il) Lacordaire, Introd. à VEntomol., II, p. 214. .' Blanchard, Ann. dessc. nat., t. XIV, 1850. (13; Mfiller's Archiv, 1842 (Grùbe). (14) Ann. des se. nat., VI (Dugès). (45) Treviranus, loc. cit., p. 38. (16) Blanchard, Comptes rendus , 1845, p. 138* (17) Krolin, lsis, 1834, p. 529. (18) Suekow, (oc. cit., p. D2. (19, Newport, PMI. Tram., 1834. (20) Au'I.jmiii et Milne Edwards, Ann. des se. ma., is2s. (21) Ann. des $c. nul., XIV, <850. 340 E. FA1VRE. — SUR L'HISTOLOGIE Après avoir cherché dans tous les sens la distribution des nerfs, il était naturel que les observateurs en vinssent à étudier la structure intime des filets et des ganglions , et la nature des éléments qui les composent : l'anatomic descriptive allait être suivie par l'histologie. C'est surtout à George Newport que revient l'honneur d'avoir abordé , le premier, le difficile problème de la texture intime des nerfs chez les Invertébrés , et d'avoir jeté les plus vives lumières sur cette branche de la science encore mal connue jusqu'à lui. Ces travaux , bien qu'entachés de plus d'une imperfection , n'en sont pas moins les plus remarquables qui aient été publiés sur cette matière; ils ont ouvert une admirable voie que plusieurs anato- mistes ont déjà suivie, et que nous suivons après eux. Newport a commencé ce que nous pouvons appeler la troisième phase des études sur le système nerveux des Invertébrés, la phase des études histologiqu.es. Il a donné l'impulsion, il a fait connaître d'impor- tantes vérités : il est légitime d'honorer ses travaux. Aussi nous sommes heureux de consacrer cet essai à la mémoire du célèbre naturaliste anglais. Tous les travaux relatifs à la texture n'ont pas commencé avec Newport; il serait injuste d'en omettre quelques-uns, qui ont d'ailleurs un rapport assez direct avec notre sujet : nous voulons signaler surtout les belles recherches de M. Serres , et les obser- vations de Roth et de Morren sur le Lombric terrestre. Dans l'ouvrage de M. Serres , la question du système nerveux des Invertébrés est traitée à un point de vue général , et tout le monde connaît les conclusions du savant auteur. Il soutient que l'axe nerveux des Articulés représente les ganglions interverté- braux des animaux supérieurs , et que les ganglions céphaliques sont les analogues de la cinquième paire ; les détails manquent sur les éléments et sur les tissus (1). Si Roth a publié ses recherches en 1825, la question de texture n'y occupe pas une grande place. Après avoir rappelé l'opinion de Délia Torre, de Home, de Treviranus, l'auteur expose brièvement l'idée qu'il s'est faite sur la texture des nerfs chez le Lombric. On (1) Serres, Anatomie comparée du cerveau, 1824, t. II. DU SYSTÈME NERVEUX, 3&1 trouve dans ses nerfs deux substances : l'une grise, périphérique, composée d'une infinité de globules allongés, disposés sans ordre ; l'autre blanche, centrale, formée des mêmes globules, mais régu- lièrement disposés (1). Les figures 5 et 6 représentent grossière- ment cette disposition. Morren, dans son Histoire des Lombrics, a consacré aussi un paragraphe à l'examen histologique du système nerveux (2). Ses recherches sur ce point sont presque dépourvues de valeur, et les figures qu'il donne sont tout à fait imparfaites. Morren adopte d'ailleurs l'opinion de Roth, et conclut ainsi : « Neque ullum >> histologicum invenire potuerimus diserimen substantise ner- » vosae, cum illa comparâtes quam in animalibus excelsioris vitae » evolulione animadvertas ; unde fit ut substantia incremento diffe- » rat tantummodo. » Ebrenberg est le premier auteur dont les travaux histologiques sur les nerfs ont une valeur incontestable ; sans doute, avant lui, Leuwenhoeck, Délia Torrc, Monro, Prochaska, Fontana, avaient soigneusement étudié les nerfs , mais seulement sur les animaux élevés, et sans songer à éclairer leurs recherches par des investi- gations sur des êtres plus simples. Ebrenberg aborda la question dans toute son étendue, et fit ses recherches sur sept Invertébrés, parmi lesquels étaient cinq Annelés : VAstacus marinus, YAstaeus lluviatilis, \ePalœmon Squillus, le Geotrupes nasicornis, VHirudo medicinalis 3 . Chez tous ces animaux, et chez la Sangsue en par- ticulier, Ebrenberg a très bien représenté les cellules, leur texture, leurs prolongements en des tubes allongés et l'aspect de certains ganglions ; mais il s'est trompé sur une foule de détails : ainsi il ne distingue pas les faces et les extrémités différentes de chaque ganglion (fig. 6) ; il D'indiqué pas les cloisons ; il représente inexactement l'orientation dis cellules par rapport aux bords et (1) Roth, De animalium inverlebralorum êyttemate nervoso, dissertatio inau- gural. Wïcebnrgi, 182j (p. 10 , § 9) , Gg. !i et 6. (1 Moiti'N , Histoire du Lombric terrestre. Uruxollos, 1829, p. 1 16, tab. xxi, fig. 6 et 7, et lab. m, fig. 6. :ij KhriMiber^' , 'lans les Mémoires île I Académie de Berlin, 1834, |>. G05 à 636, tab. vi et vu. 342 E. FAIYRE. SUR l'hiSÏOLOCIE au centré des renflements ; il signale souvent plusieurs noyaux dans les cellules, tandis qu'il n'y en a qu'un seul en réalité. Mais ee sont là des points de détail , de minutieuses particularités qui s'effacent, si l'on considère l'importance et les résultats définitifs d'un travail , qui a donné le premier essor à toute une suite de recherches. On signale partout, après le mémoire d'Ehrenherg , un travail étendu, queValentin a publié dans les Nova Acta, et dont une par- tic est consacrée à l'examen hislologique des nerfs et des ganglions de Y Astacus jluviatilis et ôeVIIirudo medicinalis(i). Il y a des critiques fondées à présenter sur ce travail , critiques qui, du reste, n'ont pas échappé à Ch. Bruch. Un seul coupd'œil jeté sur les planches suffit pour motiver bien des observations. Tantôt Valentin représente, comme émanant d'un ganglion, trois paires nerveuses (fig. 62-69) ; tantôt il représente (toujours chez la Sangsue) un ganglion , qui émet deux troncs nerveux à droite et trois à gauche (fig. 63); tantôt enfin il figure seulement deux paires nerveuses prenant naissance de chaque ganglion, ce qui est la règle (fig. 65). Les figures 67 et 68 représentant le premier et le dernier ganglion sont fort inexactes; quant à la ligure 69 qui retrace la marche des fibres , elle est inintelligible pour nous, du moins. Si nous signalons des détails erronés, nous devons aussi recon- naître que Valentin a saisi le premier, avec netteté, une foule de dispositions importantes, que son travail est parfaitement conçu, et que les conclusions suivantes qu'il en tire sont bien fondées : 1° Chez les Invertébrés, comme chez les Vertébrés , les nerfs se composent de fibres primitives distinctes les unes des autres, et constituées par une enveloppe transparente et un contenu fine- ment granuleux. 2" Les cellules nerveuses des Invertébrés se montrent, comme celles des Vertébrés, composées d'une enveloppe, d'un contenu granuleux et d'un noyau ; on les trouve au centre et à la périphérie du système. (1) Valentin, Nova Acla Acad. nat. cur., t. XVIII, 1836, p. 202, pi. 8. DU SYSTÈME NERVEUX. 343 3° Quant à la constitution générale, les centres des Invertébrés Bdn1 analogues à ceux des Vertébrés ; mais les éléments des nerfs riiez les êtres inférieurs se rapprochent surtout de ceux du grand Sympathique des animaux les plus parfaits. Depuis le mémoire que nous venons d'analyser, Valcnlin a pu- blié un ouvrage dans lequel il revient sur la question de texture (1). Il expose les recherches qu'il a faites sur VAstacus marinus, et qui lui ont démontré, comme à Newport, deux parties dans le système nerveux de cet animal : l'une inférieure, ganglionnaire, setisitive ; l'autre supérieure, fibreuse et motrice. Il est vrai que ce dernier travail que nous mentionnons est plutôt physiologique qu'anatomique; niais enfin il est juste d'en tenir compte. Nous arrivons maintenant aux travaux de Newport. Ehrenberg ci Valentin s'étaient surtout occupés dés" éléments nerveux et de leur disposition dans les nerfs el dans les ganglions; mais ils avaient négligé la recherche dé la distribution des fibres, ou plutôt ils ne s'en étaient préoccupés qu'accessoirement. Newport reprit cette question, cl la traita avec un admirable talent dans une suite de mémoires publiés en 4832, 1834 et 1843. Les deux premiers sont consacrés à la texture el au développement des nerfs chez le Sphinx Kgu8tri(2)i ils traitent aussi, mais secondairement, de Quelques autres Insectes cl d'un Crustacë. Voici les résultats les plus saillants obtenus par l'anatomiste anglais : Chaque cordon interganglionnaire et chaque lobe de ganglion se composent de deux couches OU colonnes : l'une sensitive, l'autre motrice. Les colonnes sensilives inférieures renferment un noyau , les supérieures en sont dépourvues; les deux colonnes con- tribuent souvent à la formation d'un même nerf, comme il est facile de l'observer sur les troncs nerveux qui donnent des filets aux ailes. Newport a signalé aussi un système spécial superposé à la chaîne veritrale dans toute sa longueur : ce système est constitué par un nerf qui va d'un ganglion aux ganglions suivants, et ('met plusieurs QletS, dont les uns s'anastomosent avec les nerfs moteurs, i Valentin, 0, functioi nmcerebratixm et nervi tymphatict. Berna;, 1839, livre I, enap. I, p. 8. /■',. rati 1832, < S/i4 e. nniti: — sur. l'histologie tandis que d'autres se rendent aux muscles et aux organes respi- ratoires. Les changements de cette chaîne , que Newport désigne sous le nom de système des nerfs respiratoires ou Iransverses, sont indépendants des modifications de la chaîne ventrale; c'est pro- bablement à cet ensemble de nerfs respiratoires qu'il faut rappor- ter, comme le fait remarquer Lacordaire, ces filaments que Bur- meister a décrits dans la larve du Calosloma, sous le nom de nerfs auxiliaires déconnexion. Il n'entre pas dans notre sujet d'exposer ici les détails que Newport a donnés tant sur le slomato-gastrique du Sphynx li- gustri, que sur les modifications importantes que subit l'ensemble du système nerveux aux diverses périodes des transformations de l'Insecte. Dans VAstacus marinus, Newport a également reconnu les colonnes motrices et sensitives, et le nerf respiratoire dont les filets thoraciques se rendent aux branchies. En 1864, le même analomiste a publié ses études sur la texture du système nerveux des Myriapodes (1). Dans les ganglions de l'Iule, il distingue quatre séries défibres : la série supérieure, déjà décrite chez les Insectes et les Crustacés comme colonne motrice ; la série inférieure ou colonne sensitive, dont les fibres ont une direction curviligne entre ces deux colonnes; un ensemble de fibres dirigées d'un côté du ganglion au côté opposé; enfin des fibres de renforcement du cordon, dirigées du bord postérieur d'un ganglion au bord antérieur du renflement qui lui fait suite. Chaque nerf, à sa sortied'un ganglion, est composé de ces quatre ordres de fibres , savoir : les séries supérieures et infé- rieures établissant la communication avec les ganglions cépha- liques; une série transverse ou de commissure mettant les nerfs d'un côté en communication avec ceux du côté opposé; enfin une série latérale qui ne communique qu'avec les nerfs situés d'un même côté dans un renflement postérieur , et qui fait partie des cordons dans les intervalles des ganglions. (1) Philos. Tram., 1844. On trouvera aussi loules les observations de New- port , sur les nerfs des Insectes , exposées par lui à l'article Insectes de la Ojclo- pirdia of Anatomtj, vol. II (p. 912 à 960), 1839. DU SYSTÈME NERVEUX. 3ft5 A l'aide des directions précédentes, on peut se rendre compte de divers mouvements. Newport ne se figure pas chez les Myria- podes le système intermédiaire, et il n'insiste pas sur les libres qui joignent les deux nerfs d'un même côté ; il paraît ne les avoir entrevues que vaguement. Voilà en quelques mots les résultats obtenus par Newport sur la texture des nerfs. Ces résultats importants ne sont pas à l'abri de la critique. Pourquoi le savant anatomiste s'est-il laissé guider par des idées préconçues, en voulant appliquer au système nerveux des êtres inférieurs les doctrines de Charles Bell et de Marshall Hall? Pourquoi surtout n'a-t-il pas fait servir à ses recherches le microscope, qui pouvait lui rendre de si précieux services? Tandis que Newport publiait ses travaux, ('.arpenter, suivant une direction semblable, et guidé par les théories de Marshall- Hall sur le mouvement réllexe, faisait connaître ses vues dans une disser- tation inaugurale (1). Le travail de Carpenter est plus physiolo- gique qu'anatomique,et il enrichit la science plutôt de vues géné- rales que de faits nouvellement acquis. Seize propositions résument toute sa doctrine, et la formulent ainsi : Chez les animaux les plus simples, il existe un système nerveux gastrique indépendant, pré- sidant aux mouvements réflexes qui déterminent la propulsion des aliments dans l'œsophage ; si l'on considère des animaux plus par- faits, on y reconnaît l'existence d'un système nerveux respiratoire, fonctionnant en dehors de la volonté; et enfin l'existence d'une série de centres, lieu des actions réflexes du mouvement de loco- motion volontaire et involontaire. Ces divers systèmes offrent une harmonie d'autant plus intime que la perfection des organismes est plus giande; ils Boni tous groupés dans la moelle des Vertébrés, qui en est l'expression la plus (''levée. Avant de terminer l'énumération des travaux entrepris en Angle- terre sur la question qui nous occupe, nous citerons encore l'ou- vrage de Grant (2), où l'on trouvera de nouveaux faits conlirmatifs (t) Carpenter, Dlsurtation im tlw Phjsiologiaillnference» , lo bc dedueed frnm Uu Structure ofthe NerwuiSyitem m Ihi IncertebraUdClatietof Animait. Udin- burgb, «839). (.', Granl , OutHnet ofComparaHoe Analomy, 1841, p. 485 à 201. E. FAIVRE. — SUR L HISTOLOGIE des idées de Newport sur les colonnes motrices et sensitives ; et nous mentionnerons le nom de Louckart Clark , très habile obser- vateur, qui t'ait en ce moment des études sur la texture des nerfs du Lombric terrestre. Nous avons essayé de taire connaître une première série de travaux publiés sur la texture des nerfs chez les animaux vertébrés de 1830 à 1841 et 1842. A partir de ces années, les études histo- logïques ayant fait en Allemagne de remarquables progrès , il en est résulté qu'une foule d'observateurs ont abordé 'directement ou indirectement la question de texture du système nerveux chez les êtres les plus dégradés; nous essaierons de donner l'analyse des résultats qui nous ont le plus frappés. Nous passerons rapidement sur les quelques faits recueillis par Pappenheim (1) et Henle (2), en nous bornant à dire que ce der- nier auteur a trouvé, autour de l'orifice génital de l'Kchinorhynque et dans le pharynx du Distome, des corps analogues aux fibres nerveuses et aux cellules ganglionnaires. Nous nous arrêterons spécialement sur le travail très important d'Helmholtz (3) ; l'auteur a fait une étude distincte des éléments et des tissus. Les éléments nerveux, envisagés chez les Arachnides, les Insectes, les Vers, les Mollusques, se réduisent à deux, le tube et la cellule. Le tube se compose d'une enveloppe et d'un contenu, cl la cellule d'une enveloppe , d'un contenu diversement coloré , d'un noyau et de nucléoles ; l'auteur a très bien distingué les cel- lules nerveuses avec prolongements des cellules apolaircs. En examinant le mode de disposili les éléments , Helmoltz a constaté chez la Sangsue la texture suivante : Des fibres nerveuses, dont une partie traverse le ganglion; une autre se dégage au ni- veau des cloisons de la masse fibreuse pour aller se porter aux nerfs latéraux; et la troisième se rend des connectifs et des nerfs latéraux vers les cellules ganglionnaires. Helmholtz a exactement (1) Pappenhein, Die specielle Gcwebelehre des Gehororguns nach Struc- tur, etc. Breslau , 1840. (2) Anatomie générale, dans Encijcl. anal., trad. franc., t. II, p. 334. (3) Helmholtz, De fabrica systematis ncroosi evertebratorum. Berolini, 1842. Consultez aussi Siebold et Reicliert (Arch. de Muller, 1 843, p. 1 1 , et CXCVII). DU SYSTÈME NERVEUX. 347 figuré les cloisons. Dans l'Écrevisse, le même auteur a reconnu une structure 1res complexe, et spécialemenl des fibres qui ne vont que d'un ganglion au ganglion suivant; d'autres qui se dirigent d'une extrémité à l'autre de la chaîne; d'autres, enfin, qui vont d'un ganglion au tronc nerveux latéral : la distinction entre les nerfs moteurs et sensitifs, telle que Newport l'a comprise, ne paraît pas fondée à Helmholtz. Bartrtover, Will et Remak, ont publié , dans le cours de l'an- née 1864, des travaux qui touchent intimement au sujet de ces Essais, et dont la valeur est incontestable. Hannover(1 |, dans ses éludes sur les nerfs de YAstacus fluvia- lilis et de Yllirudo medicinalis, a bien reconnu le rapport des Cellules el des tubes; il a bien noté l'analogie des tubes île certains Invertébrés avec les tubes du grand sympathique des Vertébrés, mais il n'est entre dans aucun détail relativement à la texture. Will 2 1 a décrit plus exactement que ses prédécesseurs les élé- ments nerveux , et spécialement les cellules; il en reconnaît de deux Milles. Dans les unes, l'espace compris entre l'êrivlsloppe et le noyau est toujours rempli d'une niulière hyaline, que l'action de l'eau fait paraître grenue. Ces cellules ne sont pourvues que d'un seul prolongement qui reste indivis. Dans la seconde forme, la masse hyaline renferme une multi- tude de peiites vésicules rondes; de chaque cellule partiraient, d'après railleur, des appendices de forme allongée, composés de libres déliées. Ce8 appendices se diviseraient en branches don- nani naissance à i\i~> rameaux plus grêles. Les grosses branches sont variqueuses; les petites se réunissent êii renflements gan- glionnaires, d'où partent de nouvelles libres. Will nous donne augsi des détails sur la texture des ganglions île la Sangsue; il en décrit exactement les faces, les extrémités, les enveloppes, les cloisons, à l'égard desquelles il fail remarquer, en s'appuyanl but les observations qu'il a faites chez la Téthys, qu'elles interceptent autant de ganglions distincts. Les autres par- heri hes microscopique» sur /, ./ i,-m^ n, rveux 'C.oponliHgue, il , 1844), pi. fi et 7. (2) Archives do Mullcr, 1844, p. 77. 348 e. l'tivni:. — sur l'histologie tiesdu mémoire tle Will ne se rapportent qu'indirectement au sujet que nous traitons. Remak a publié dans les Archives de Millier (t) quelques recher- ches sur le contenu des tubes nerveux chez les Écrevisses ; il dé- crit dans chaque tube couvert de noyaux une réunion de filaments déliés : ces filaments sont très fins, parallèles , sans anastomoses , et réunis en un faisceau qui peut faire saillie au dehors de l'enve- loppe, soit par suite d'une pression, soit par l'action de l'eau. Aus- sitôt après sa sortie du tube, le filament se réduit en une matière granuleuse. Entre le faisceau central et l'enveloppe , Remak a vu aussi une couche de matière dans laquelle se développent , par suite de la coagulation, d'innombrables vésicules hyalines. Quelle est la signification du faisceau central ? Constitue-t-il une partie spéciale, ou représente-t-il un cylindre d'axe? Remak adopte cette dernière opinion en se basant sur des observations antérieures. Depuis le travail de Remak jusqu'en 1848, on n'a rien écrit, que nous sachions, d'important sur le sujet qui nous occupe. En 1848, Ch. Bruch, professeur à Heidelberg, a publié ses observations sur le système nerveux de la Sangsue considéré dans sa structure intime (2). Nous ne connaissons aucun travail plus soigné, plus exact et plus conforme aux faits que le sien. Nous en présenterons une succincte mais rigoureuse analyse. Bruch étudie à part les centres nerveux et les filets qui en partent. Relativement aux centres nerveux , il insiste sur la forme et l'aspect des deux laces ganglionnaires et de leurs prolongements. Il établit la con- striclion du conneclif supérieur à son entrée , et celle des nerfs latéraux à leur sortie ; il démontre que les fibres du connectif su- périeur se partagent en deux groupes : les unes traversent directe- ment le ganglion, les autres forment une partie des faisceaux laté- raux du même côté. En employant l'acide acétique , l'auteur parvient à distinguer l'entrecroisement des tubes venant des cel- lules de la région supérieure gauche avec les tubes émanant des cellules de la partie supérieure droite ; les recherches de Bruch ne (1) Remak, Mùller's Arch., 1843, p.' 197 à 201 . (2) Ch. Bruch, dans Zeitschrifl far wissenschaftliche Zoologie, herausgegeben von Siebold und Kblliker, 1 848-49, p. 64, avec une planche. DU SYSTÈME NKRVFAX. 340 l'ont conduit à aucun résultat sur la marche des fibres dans la moitié inférieure des ganglions. En jetant les yeux sur les figures 2,3, 4,5 de la planche, on comprendra facilement les détails que nous donnons ici, détails sur lesquels nous aurons d'ailleurs à revenir longuement. Ehrenberg , Valentin et Will s'étaient occupés , comme nous l'avons vu, de la texture des ganglions de la Sangsue ; mais aucun d'eux n'avait porté son attention sur la structure des nerfs. Bruch a traité ce sujet avec soin ; il a bien reconnu que chaque rameau antérieur présentait, à peu de distance de son point d'émergence , un renflement ganglionnaire ; il a aussi constaté qu'un pareil ren- flement, avec des cellules apolaires, se reproduisait à chaque bifur- cation importante du tronc nerveux antérieur. Les branches postérieures ne présentent jamais de renflements ganglionnaires, mais elles ont, dit Bruch, un caractère particulier. Le long des rameaux se distinguent des cellules ganglionnaires bipolaires, formant comme des renflements sur le trajet des tubes primitifs. Ces cellules intercurrentes , comme Henle les appelle, sont situées dans le cours du nerf, et jamais au point où il se divise ; on les trouve fréquemment sur les plus petites branches du nerf latéral postérieur, rarement sur les rameaux du tronc an- térieur : elles n'ont jamais été rencontrées dans les filets nerveux du premier et du dernier ganglion. Bruch résume de la manière suivante toutes ses observations : 1° 11 existe des cellules ganglionnaires libres, sans prolonge- ments , sans rapports avec les filets nerveux; on les trouve dans tous les ganglions médians, dans les troncs antérieurs et leurs branches. 2" Les cellules , à un seul prolongement , se trouvent dans les ganglions eux-mêmes où elles sont abondantes. 3° Les cellules à deux prolongements, l'un central et l'autre périphérique , Be trouvent spécialement sur le trajet de la branche nerveuse postérieure de charpie ganglion. Nous regrettons que le beau travail de Bruch n'ait pas été plus étendu. L'auteur n'a point parlé de la texture intime des cellules ni dis tubes; il ne s'est point occupé' de la disposition du premier 350 e. faivrk. — sur l'histologie et du dernier ganglion, non plus que de la marche et de la termi- naison des nerfs. Il est vrai de dire aussi qu'il ne nous a donné son travail que comme une suite d'observations incomplètes. Si nous nous bornions à ne parler des travaux histologïques qu'autant qu'ils se rapportent au Lombric et à la Sangsue, les no- tions historiques seraient bientôt épuisées; mais nous croyons devoir envisager notre sujet d'une manière plus générale. Il nous semble donc utile d'y rattacher diverses observations faites sur la texture intime des oeifs chez quelques autres Invertébrés. Ces faits épars gagneront à être rapproches, et nous serviront de base pour établir plus loin quelques déductions générales. Faisons d'abord connaître les découvertes partielles dues à Leydig. De 1848 jusqu'à ce jour, Leydig a publié , dans le journal de kôlliker et de Siebold, de précieuses monographies zoologiques ; ses travaux, comme ceux i\r M. de Quatrefages en France, ont sur- tout porté sur lis Annélides ; et , tout en faisant avancer la zoolo- gie, ils ont souvent éclairé l'anatomie et la physiologie comparées. Dans toutes ces publications, Leydig a traité avec soin du système nerveux : c'est à cet ordre de faits que nous devons nous arrêter. Dans la Piscicola geomelrica, la Sanguisuga et VHœmopis (1), Leydig distingue deux formes dans les cellules ganglionnaires. Dans la première forme le contenu, est finement granuleux, séparé de l'enveloppe par un espace marqué. Dans la seconde, qui parait se rattacher à celle que Will a décrite, le contenu renferme, outre une niasse granuleuse, des vésicules transparentes, et semblables à des gouttes visqueuses irrégulièrement disposées. Celle espèce de cellules offre rarement des prolongements; on la trouve surtouj dans le voisinage des conneetifs du cerveau. En observant le Branchypus stagnalis , la larve du Corelhra •plumicornis , Leydig a reconnu une disposition histologique par- faitement en rapport avec ce que Bruch a vu chez la Sangsue : à savoir, des renflements ganglionnaires disposés sur le. Irajel , et surtout vers les extrémités terminales des tubes primitifs. (1) Voyez Zeitschrift, etc., 1848, p. 129 (pi. 10, fig. 69 et 71). DU SYSTÈME NERVEUX. 351 Dans les antennes du Branchypus (1), du mâle comme de la femelle, les tubes primitifs se dilatent plusieurs l'ois, et se terminent d'une manière insensible ; chaque renflement est une cellule bipo- laire présentant à l'intérieur des noyaux très visibles, au milieu d'une masse finement grenue. Dans les branches antérieures émanant des ganglions de la larve. du Corethra (2), Leydig a signalé des renflements ganglionnaires pourvus de noyaux, et en continuité avec les tubes primitifs sur le trajet desquels ils sont situés : un seul tube peut présenter plusieurs de ces renflements successifs. |Les racines postérieures sont aussi renflées à leur extrémité ; mais, dans ce cas, chaque renflement, au lieu d'être en rapport avec un tube isolé, paraît résulter de la fusion d'un ensemble de tubes. Leydig a encore observé dans la peau de laCarinaire (3) les ren- flements placés vers la terminaison des tubes u tvciix, et en con- tinuité avec ces tubes. Les renflements sonl nombreux et consistent en cellules, contenant, au centre d'une masse granuleuse, un noyau et un nucléole. En réunissant cette dernière observation à celles qu'il a faites sur \eBranchypus, Leydig pense que cette terminaison de tubes en renflements esl un des caractères des nerfs sensitifsde la peau. De nombreux détails sur le système nerveux sont aussi ren- fermés dans ses belles observations sur les animaux rotateurs. Le système nerveux de la Lacinulaire sociale (4j consisteen deux masses : la première, située derrière le pharynx, esl composée de quatre cellule-, bipolaires avec leurs prolongements, qui peuvent être suivis très loin; la seconde masse, placée près de la queue, i | formée par quatre cellules ganglionnaires bipolaires, très volu- mineuses, leiileniiaiil , outre la matière granuleuse, UO OU plu- sieurs noyaux. Ces tubes, qui prolongent les cellules, sont renflés de distance en dislance. Chez les Qydatines, les Brachions (3), le cerveau est également (1) XuyezZeitschrift, t. III, p. 192. (8) M., I86S, p. 438 (lai. xvi , lig. I). (3) U., 1861. (4) ld., (854, p. 163 (fig. I, pi. 17). 352 e. i aivki: — sur l'histologie composé de cellules d'où émanent des tubes , lesquels vont se ter- miner à la peau par des renflements analogues à ceux des nerfs dans les antennes du Branchypus. D'après Leydig, les nerfs à ren- flements présidant à la sensibilité , on doit considérer les organes auxquels ils se distribuent comme les vrais organes du tact. Dans la Nolommala Sieboldii , les mêmes renflements se constatent sur les tubes qui émanent du cerveau (1). Nous ne terminerons pas l'analyse des travaux de Leydig sans parler de ses études sur l'anatomie d'un Insecte, le Coccus Ilespe- ridium (2;. Son cerveau consiste en une masse finement granuleuse au sein de laquelle sont, comme plongés, trois noyaux sphériques d'aspect graisseux renfermant des nucléoles. On ne distingue aucune trace d'enveloppes cellulaires. A propos de cette observation , Leydig se livre à des considérations générales qui font ressortir ses vues sur l'histologie des éléments nerveux chez les Invertébrés. Il conclut ainsi : 1° 11 y a des Invertébrés chez lesquels le nerf se compose d'une enveloppe homogène et d'un contenu homogène. Exemple : les Rotateurs, les Écbinodermes, les Polypes. 2° Chez d'autres, le nerf se compose d'une enveloppe homogène et d'un contenu finement granuleux , d'ailleurs sans séparation sub- séquente. Exemple. : tous les Mollusques el quelques Crustacés. 3° Ailleurs le nerf est constitué par une enveloppe homogène , et un contenu finement granuleux, partagé en faisceaux ; ceux-ci entourés en partie d'une enveloppe claire parsemée de noyaux. Exemple : quelques Annélides, certains Mollusques. 4° Enfin le nerf peut être constitué comme précédemment ; seu- lement , entre le contenu granuleux et la gaine , on distingue une couche de substance claire, qui a une certaine analogie, par sa con- sistance graisseuse, avec ia moelle des fibres à double contour chez les Vertébrés : les nerfs de l'Ecrevisse seraient conformés de celte manière. (1) Zeitschrift, 1854 : Ueber den Ban und die syslematische Slcllung der Ràderthiere, p. 87 à 99 (taf. n, fig. 12, 16, 17). (2) H., 1853, t. V (taf. i, pi. Gel 7). Dl SYSTÈME NERVEUX. 353 Passanl des lubes aux cellules, Leydig en reconnaît de deux espèces chez les Invertébrés : les unes, pourvues d'une membrane, d'un contenu granuleux ef d'un noyau ; les autres, dont le contenu est grossièrement grenu, et dont la membrane d'enveloppe n'existe pas. Exemple : le Coccus Hesperidium. L'exposition sommaire des travaux de Leydig suftit pour mon- trer combien l'histologie des nerfs est redevable à cet excellent observateur; aussi est-ce avec regret que nous y signalons quel- ques lacunes. Rien sur les principes immédiats, rien sur les tissus, peu de considérations destinées à établir un parallèle entre les Ver- tébrés et les Invertébrés. Il aurait été à désirer que Leydig se fût aussi proposé d'éclaircir ces questions. Nous allons retrouver la même manière de procéder, le même esprit zoologique dans un autre auteur dont les travaux ne sont pas nombreux , mais qui sont tous marqués au coin de la plus scrupu- leuse exactitude, et du talent d'observation poussé à ses dernières limites. Nous voulons parler des monographies classiques de Meissner sur les Vers de l'ordre des Gordiacés , et en particulier sur le Mermis albicans. Dans le Mermis albicans (1), Meissner a décrit un système ner- veux dont il aurait été impossible de prévoir d'avance la complexité. [In anneau œsophagien avec deux ganglions, des masses mé- dullaires avec de nombreux lilets périphériques, un grand sympa- thique, caractérisent cette forme complexe du système nerveux; la description histoîogique doit seule nous occuper, et .Meissner lui a accorde'' une place suffisamment (''tendue. Tous les ganglions, spécialement les six renflements cépbaliques et les trois renflements de la queue, se composent de cellules gan- glionnaires parfaitement visibles. (Iliaque cellule offre une enve- loppe mince, un contenu granuleux et un noyau : ce contenu peut être plus ou moins séparé de l'enveloppe. Celle-ci se prolonge souvent en un tube, et le contenu de la cellule est en rapport direct avec celui du tube. Tandis que ces cellules unipolaires et bipolaires sont 1res fré- I Meissner, Beilrilijt: zur Analomie und Phytioloijie l'on Mmuts itlhiniiis Hierzu Ta/et n-xv), dans Zeitschrift, «863, p. 208 à 279. 23 35Ù E. I \IVItI). SLR L HISTOLOGIE quentes, il est remarquable qu'on ne constate jamais la présence d'aucune cellule apolaire. 11 est de toute évidence chez le Mermis que les cellules se prolongent en tubes; seulement, la questi le savoir comment ees tubes se terminent n'est pas du tout résolue. Les masses sus et sous-œsophagiennes sont formées presque uniquement de cellules unipolaires; les tubes qui en partent pré- sentent, à une certaine distance, des renflements (cellules bipo- laires i ; et l'ensemble de ceux-ci produit de nouvelles masses gan- glionnaires d'où s'échappent également des tubes. Meissner a donc constaté dans ce cas le même l'ait que Leydig nous a tant de fois indiqué, et que nous avons constaté nous-même. Meissner n'a jamais vu aucun rapport direct entre une cellule cl une autre cellule • il signale el représente des cellules ganglion- naires pourvues de deux noyaux (fig. 13 rr, lîg. 16 d, laf. xn). Dans ce cas, les noyaux sont obliques, l'un par rapport à l'autre, el la masse granuleuse semble partagée en deux niasses secon- daires ; n'est-on pas dès lors porté à supposer qu'on a sous les yeux deux renflements réunissons une seule enveloppe? Si, dans les ganglions antérieurs et postérieurs, on yoit nette- ment les cellules et leurs prolongements, il n'en est pas de même dans les trois masses médullaires principales : ici les libres, loin d'être distinctes, paraissent confondues, ou plutôt leurs enveloppes ont disparu, et la matière granuleuse seule constitue l'ensemble du cordon. Dans les points de ce cordon, d'où partent les filets, l'en- veloppe reparaît de nouveau autour de la matière homogène. Les filets émanés des cordons centraux se divisent en branches deplusenplus Unes jusqu'à leur terminaison : celle-ci a été bien comprise par Meissner. Apres avoir atteint le bord d'une bande musculaire, le tube nerveux s'élargit sensiblement ; il forme une surface triangulaire, dontla base se soude intimement avec les fais- ceaux primitifs, de façon qu'on peut affirmer qu'il y a connexion intime entre la matière nerveuse el la substance musculaire ; par- fois l'attache du nerf sur le muscle se fait par deux petites bandes (fig. 17, cd). Meissner, en examinant le grand sympathique du Mermis, n'a signalé aucune différence notable entre la constitution de ce nerf et celle du système de la vie animale. DU SYSTÈME NERVEUX. 355 En définitive, les dispositions qui nous inléressenl principale- ment dans le travail de l'habile anatoniiste sont les deux suivantes : dans la moelle, il y a un simple mélange de la matière granuleuse, et, au sortir de eette partie, les tubes primitifs se reconstituent; en second lieu , les tubes se terminent sur les libres musculaires en s'y réunissant d'une manière intime. En continuant ses recherches sur les Gordiacés , Meissner a ajouté quelques nouveaux détails sur la texture de leurs nerfs : c'est ainsi que, chez le Mermis nigrescens, il a observé la termi- naison directe des tubes nerveux sur les fibres musculaires, et qu'il a de nouveau reconnu la même disposition chez Y Ascaris Mys- trax, Yj4scaris Iriquetra et Y Ascaris commulala (1). En s'occu- paut du Gordius aquaticus, et à propos de son système nerveux, il rst entré dans des considérations d'histologie générale que nous ne pouvons reproduire ici (2). Meissner termine pour nous la série des études les plus impor- tâmes qui aient été laites en Allemagne sur la structure du système nerveux «les Invertébrés. Toutefois nous n'ignorons pas que des savants bien connus par l'exactitude de leurs travaux, comme Wagner, Kolliker, nui traité incidemment la question ; mais nous avons cru devoir nous attacher aux observations les plus claires, les plus étenddes et les plus récentes. Si celle branche de la science n'a pas été aussi féconde en îesul- lals en fiance qu'en Allemagne, néanmoins une grande impulsion ;i été donnée à l'anaiomie descriptive et philosophique par les tra- vaux île levier, Audouin, Serres, Milne Edwards, Ouatret'ages, Léon Dufour, Blanchard; mais jusqu'à présent on ne s'esl pas assez sérieusement intéressé à l'étude des principes immédiats, des éléments, des tissus. Ce que MandI et, par-dessus tous, M. Ro- bin, uni si bien l'ail pour les animaux supérieurs, on ne l'a point encore tenté pour les Invertébrés. Consignons toutefois les détails qui, a nniie connaissance, onl été dpmnés incidemment par divers anatomistes bien connus dans divers travaux motiographiqiles. En 18A0, M. Doyen: signale ebez les Tardigradcs les (fiasses (I) ZtiUcMfl, I86S, p. 21 (Uf. i, «k. i b) ii (t) là., \,. 99. 35C> e. r.iiYiti:. — sir l'histolocie nerveuses, au centre desquelles on distingue des corps arrondis ; il indique la terminaison des nerfs sur les muscles par une espèce de soudure des deux tissus (1). Dans ses nombreux travaux, M. de Quatrefagesa insisté souvent aussi sur les faits de texture : ainsi, en 1843, chez l'Éolidine, il signale de nouveau le mode de terminaison des nerfs par soudure, observé par M. Doyère sur le Milnesium tardigradum (2). En 1845, il représente le même fait chez VAmphioxus , en ajoutant sur le système nerveux de ce singulier animal des détails fort im- portants qui auraient échappé à Retzius et à Mùller (3); en 1846, il décrit la coloration du cerveau des Némertes, et le mode de ter- minaison par épatement des nerfs qui en sortent (4). Il démontre, en 1850, ce fait inattendu que, chez le Polyophthalme, il naît de chaque ganglion, outre les deux paires nerveuses ordinaires, une paire de nerfs optiques qui se rend à de véritables yeux , dont chaque anneau du corps de l'animal est latéralement pourvu (5). En 1850, nouvelles études sur le système nerveux des Annélides en général (6). Ce long et remarquable travail ne rentre malheu- reusement pas dans notre sujet; il y est à peine fait mention de la texture intime des ganglions ; l'auteur toutefois a très bien remar- qué la tendance aux renflements ganglionnaires que présentent soit les conneetifs, soit les troncs qui parlent des axes médullaires. Dans une note publiée depuis sur le système nerveux des Albiones, M. de Qualrefages a insisté de nouveau sur les renfle- ments des conneetifs et des nerfs qui partent du cerveau (7) ; il a vérifié le même fait chez les Branchellions. Toutes les observations sont bien d'accord avec celles de Leydig que nous avons signalées précédemment. Nous ne passerons pas sous silence cette opinion émise en 1850 (1) Ann. des se. nal., 1840. (2) ld., 1843, p. 299 (pi. 11, fig. 12). (3) ld., 1845, p. 219. (4) ld., 1846, p. 13 et 14. (5) ld., 1850. (6) ld., 3« série, 1850, t. XIV. (7) ld., 1852, p. 328. DD SYSTÈME NERVEUX. 357 par M. Dujardin, que le cerveau des Inseeles se compose d'une substance pulpeuse et de corps pédoncules, développés en raison de l'intelligence des animaux (1). Les nombreux ouvrages qui traitent de la Sangsue médicinale, et notamment celui de M. .Woquin-Tandon , ne nous paraissent avoir apporté aucun fait de quelque valeur pour l'étude de la texture des ganglions ou des nerfs (2). Quelques réflexions encore avant de terminer cet historique. La liste des auteurs qui se sont occupés delà texture des nerfs chez les Invertébrés est déjà longue, et cependant les résultats généraux qui ont jusqu'ici enrichi la science sont peu nombreux et peu im- portants. D'où vient ce résultat , sinon de la variété des méthodes et do la diversité des points de vue? Un analomiste dissèque avec soin les filets nerveux , il en suit partout les ramuscules ; mais il néglige l'emploi du microscope pour en connaître la texture. Un autre fait usage du microscope, mais d'une manière incomplète, soit qu'il s'en tienne aux tissus , suit même qu'il n'étudie que les tissus d'un seul ganglion. Quelques observateurs s'attachent aux éléments avec un soin extrême; mais, pour vouloir les suivre chez tous les types des Invertébrés, ils les comprennent mal. D'autres se bornent à un seul être ; mais, faute de termes de comparaison, ils n'éclairent pas assez leurs sujets. Ajoutons (pie c'est presque toujours fortuitement que les éludes sur le système nerveux ont été faites au point de vue hisliilogique, du moins. Nous avons cru convenable, en abordant la question, de ne pas choisir trop de types, mais aussi de oe pas nous renfermer dans un seul : nous avons dû examiner, à part les principes immédiats, les éléments et les tissus, en suivant la même marche pour chacun des organes importants de la chaîne nerveuse. Telles sont les indications que nousavons puisées dans l'histoire même île noire sujet, ;i) .Im». v. ...il., 1850, i. XIV, p. l'J5 a 205. (2) Aloiwyrapluc des llirwiméei. 358 e. fai vue. — sur l'histologie DEUXIÈME PARTIE. OBSERVATIONS. Pour donner à nos études sur le système nerveux des Inverté- brés toute la précision dont elles sont susceptibles, nous avons cru devoir adopter le plan qu'on a suivi, dans ces dernières années, pour l'histologie des animaux supérieurs. Ce plan consiste à étu- dier, à part les principes immédiats, les éléments, les tissus et les systèmes, et à envisager, sous chacun de ces Quatre points de vue, le système nerveux chez quelques êtres d'une organisation déjà dégradée. Cette manière d'étudier nous paraît conforme aux procédés que la nature emploie lors du développement des parties chez les em- bryons. Les éléments , qui supposent les principes immédiats , se montrent d'abord ; les organes s'ébauchent presque en même temps : peu après, on voit les éléments s'unir pour constituer les tissus, et les organes se rapprocher et se grouper pour former les appareils et les systèmes. L'évolution du système nerveux parait suivre aussi cette marche simple et générale* Nous devrions, pour être logique, commencer par l'examen des principes immédiats du Lombric et de la Sangsue, et terminer par l'étude du système nerveux : tel ne sera point pourtant l'ordre que nous suivrons. L'étude des principes immédiats est longue et dif- ficile ; elle sera l'objet d'un travail spécial que nous préparons. Quant à l'examen du système nerveux proprement, dit , il n'est pas nécessaire que nous nous étendions longuement sur ce point. Tant d'anatomistes ont traité cette question si exactement, si minu- tieusement même, qu'il nous suffira de renvoyer à leurs travaux , nous réservant de faire connaître certains détails qui ont pu échap- per à leur attention. L'étude des éléments et des tissus nerveux de la Sangsue et du Lombric terrestre formera donc l'unique objet de ce Mémoire. DU SYSTÈME NERVEUX. 359 CHAPITRE I. DE LA SANGSUE MÉDICINALE. 1° Système nervenx de la vie animale. SECTION I. Éléments anatomiques. Dès qu'on étudie les éléments anatomiques à un point do vue d'ensemble, on y trouve comme un reflet de ce plan général, qui , se reproduisant partout, nous initie aux secrets de la composition si simple des organismes. En effet , si l'on envisage un animal entièrement développé , on trouve les éléments anatomiques variables dans les diverses régions d'un même système, mais réductibles cependant à des caractères déterminés el à des tonnes fondamentales. Si l'on en considère le développement, on voit se dérouler encore une série île formes dont l'étude attentive donne bientôt la clef, en faisant saisir les évolutions anatomiques d'un même élément suivi aux divers âges de t'animai. Si enfin et il n'est guère possible -À l'esprit de se soustraire à relie préoccupation) un compare les éléments nerveux d'un Inver- lébré à ceux d'un autre Invertébré, ou d'un Vertébré , soit adulte, suit è l'étal embryonnaire, on saisit encore, en envisageant le sujet soin cette lace nouvelle, d'autres rapports, d'autres harmonies. L'exposition rigoureuse dans laquelle nous allons entrer justi- iiei;i les aperçus qui précèdent Dans la Sangsue médicinale, nous distinguons deux éléments anatomiques principaux , la cellule el la libre : nous en traiterons séparément. A. CeUut Les cellules nerveuseB offrent des caractères d'ordre physique , chimique, histologique , que nous passerons successivement en revue. ( lu rencontre les cellules : 1° dans tous les ganglions qui consti- tuent li' système nerveux de la vie animale , elles y sont très abon- dantes : 2' dans le système nerveux de la vie organique ; 3° dans 360 E. FAIYRE. Sl)K L'HISTOLOGIE les renflements placés sur le trajet des connectifs , des troncs et îles branches nerveuses. Les cellules sont surtout abondantes dans les ganglions, et spé- cialement dans le premier, le second et le vingt- troisième ; elles sont moins nombreuses sur les ganglions des troncs antérieurs , elles le sont moins encore sur les filets qui partent de ces troncs ; enfin elles sont rares sur les branches diverses des nerfs postérieurs. La l'orme des cellules est variable ; néanmoins , et le plus sou- vent, elles sont elliptiques : tantôt l'une des extrémités se termine en tube , c'est le cas des cellules dites unipolaires ; tantôt les deux extrémités s'allongent en deux tubes : on les appelle alors bipo- laires. Les formes sphériques et polygonales sont plus ou moins régulières; les dispositions rameuses n'y sont pas très rares. Les dimensions n'offrent pas moins de variétés que les formes; les cellules les plus volumineuses, situées dans les ganglions , occupent, soit les régions moyennes de la face inférieure , soit l'espace compris entre les faisceaux des conneclifs et des troncs nerveux. Elles ont plus de 0""",0G ; la plupart des autres cellules au contraire, cellesdes parties latérales du ganglion, ont de 0""",02 à mm ,03. Il est bien difficile de donner des chiffres précis, car on trouve toutes les dimensions : il faut se borner à quelques moyennes. Les cellules considérées à l'étal normal, sans pression, sans intervention d'aucun réactif, n'ont qu'une médiocre consistance. Cette consistance ou résistance à la rupture appartient spécialement à la membrane d'enveloppe , et c'est également à cette membrane qu'il faut rapporter l'élasticité dont les cellules sont quelquefois douées. Les diverses parties de la cellule n'ont pas le même état physique : l'enveloppe est solide et consistante ; le contenu granu- leux, semi-fluide ; et le noyau paraît formé d'une enveloppe mem- braneuse et d'un contenu également fluide. Ajoutons , pour compléter cette esquisse des principales pro- priétés physiques, que les parois des cellules se laissent facilement distendre par certains liquides, de même qu'elles se rétractent faci- lement aussi sous l'influence de certains autres agents que nous ferons connaître. DU SYSTÈME NERVEUX. 361 Nous n'avons qu'un mot à dire sur la couleur : avec une forte loupe , le cerveau et les ganglions offrent une forte coloration blanche dans leur centre, et «ne zone moins foncée à la péri- phérie. A un grossissement moyen, l'ensemble des renflements offre une nuance jaune, qui est visiblement due aux teintes spéciales de la matière granuleuse des cellules; cette teinte, si pâle chez la Sangsue, peut devenir très foncée chez d'autres Invertébrés : c'est ainsi que nous en avons rapporté des exemples dans notre histo- rique. Caractères d'ordre chimique. Nous abordons les caractères chimiques . et ce point offre une grande difficulté. On peut, en effet, se proposer d'employer les réactifs pour déterminer la texture intime des diverses parties de la cellule , ou bien on peut rechercher, en comparant les réactifs entre eux , quels sont ceux qui se rapprochent ou qui diffèrent en agissant sur l'élément nerveux, suivant tel ou tel mode déterminé : c'est ce dernier point de vue que nous envisageons. Si l'on essaie, sur différentes cellules placées dans les mêmes conditions, une série de réactifs employés de la même manière et pendant le même temps , on obtient des résultats comparables et réguliers ; mais , pour peu qu'on fasse varier l'une de ces conditions, des modifica- tions notables se traduisent dans les résultats, et les rendent invé- rifiables. Un réactif n'agira pas de la même manière s'il est concentré ou étendu d'eau, s'il est froid ou s'il est bouillant, s'il est pur ou impur. Un même réactif n'agira pas non plus de la même manière sur un ganglion qui n'est pas comprimé ou qui est pressé entre deux plaques, qui est fraîchement préparé, ou préparé depuis plu- sieurs jours. La durée de l'action du réactif a aussi une grande influence. .si nous mettons tant de soin à indiquer toutes les modifications qui, au premier aperçu, paraissent si naturelles, c'est alin que les personnes qui désirent répéter ces expériences ne soient pas sur- prises des différences qu'elles constateront, pour peu que leurs conditions varient. Nous avons çludié l'action de quelques réactifs choisis parmi les 362 e. faivre. — sur l'histologie acides , les bases, les sels neutres ou alcalins, les agents les plus actifs de la chimie organique, el les liquides complexes de notre économie. Voici nos résultats généraux : 1 ° Les acides nitrique, sulfuriquc, chromique, gallique étendus, augmentent la consistance de la cellule , ils diminuent peu sensi- blement le volume des éléments, mais ils donnent au contenu une coloration d'un jaune intense. 2° Les acides acétique et arsénieux rendent le contenu de la cellule plus clair, et, en diminuant la consistance de la membrane d'enveloppe, la prédisposent à une rupture facile. 3° Le phosphate de soude et le carbonate de potasse désa- grègent, pâlissent le contenu, chassé le plus souvent de l'enve- loppe qui vient à se rompre. La soude et surtout la potasse agissent dans le même sens, mais plus énergiquement , et sans rien dissoudre. 4° L'alcool et le bichlorurc de mercure durcissent les cellules, les rétractent, et donnent plus de consistance à l'enveloppe, et une coloration plus foncée au contenu. 5° La glycérine agil de la même manière, en ce sens qu'elle rétracte les éléments ; mais elle 1rs rend beaucoup plus pâles et [tlus transparents. 6° Le suc gastrique gonfle, ramollit l'enveloppe, et condense le contenu granuleux eh lui donnant une couleur foncée. La bile de chien et de mouton, l'urine, la salive et le mucus de l'homme cl de quelques animaux, ne nous ont paru offrir aucune modification appréciable. Toutes les expériences qui précèdent ont été faites en laissant des ganglions en contact pendant deux heures dans les réactifs, et en les examinant ensuite, entre deux plaques, à un grossissement de 300 diamètres ; les ganglions étaient, autant que possible, pré- parés dans les mêmes conditions et sur le même animal. Signalons maintenant quelques réactions obtenues dans des cir- constancës différentes : Si l'on place une goutte de glycérine sur un ganglion , laglycé- ri ne rétracte immédiatement les cellules, et leur donne une colora- 1)1 système nerveux! 363 tiun foncée. Si l'on comprime le ganglion, le contenu des cellules se projette au dehors , et la préparation devient d'une extrême transparence. L'acide acétique pur, sans pression, agit de la même manière, s'il est étendu à l/*20 e ; il éclaircit les cellules sans les rompre. Que peuvent nous apprendre les réactifs louchant la nature in- time des éléments divers qui constituent les cellules? Nous h' abor- dons dans ce travail que la question générale, el non celle des principes immédiats. On sait que, chez les Vertébrés, les cellules se composent d'une enveloppe et d'un contenu, et que les tubes sont formés d'une en- veloppe, d'une moelle etd'un cylinderaxis. Les réactions chimiques ont fait voir : 1° que la memhrane d'enveloppe différait chimiquement des autres parties, et qu'elle n'était ni du tissu cellulaire, ni du tissu élastique ; qu'on ne pou- vait même, à cause de sa difficile solubilité dans les acides et les bases, la faire rentrer qu'incomplètement dans le groupe des ma- tières albuminoïdes(l); 2" que le cylindre central est une matière albuminoïde, différente de la fibrine ordinaire cl de la fibrine musculaire (synthonme); 3° qu'enfin la moelle nerveuse était for- mer de matières grasses. Os I rois parties existenl-elles chez lès M Vertébrés? Les réactions chimiques conduisent-elles sous ce rapport à des analogies ou à de- différences?' Des expériences soigneusement répétées sur la Sangsue nous oui appris que la membrane d'enveloppe des cellules et des tubes représente complètement celles des Vertèbres , et que le contenu granuleux offre l'ensemble îles caractères chimiques applicables au cylinder ans. Voici les réactifs qui nous ont amené- aux conclusions précé- dentes : L'acide acétique, à froid el même à chaud, dissout difficilement le contenu des cellules el des tubes : ce contenu reste granuleux. Traité par l'acide nitrique d'abord, puis par la potasse, le eon- (<) Lclimann, Vréci* de chimie jihyMoltnjiqur , p. 280 , otc oGll E. F.» IVRE. SLR L'HISTOLOGIE tenu jaunit et se rétracte sans se dissoudre. Il est coloré en jaune orangé, très vif, et, dans certains cas, en rose, par l'acide sulfu- rique concentré; l'acide nitrique, peu concentré, donne un jaune moins vif; la potasse et les autres alcalis caustiques dissolvent très difficilement cette matière granuleuse; le sublimé, l'acide chro- mique, la ratatinent sans la dissoudre davantage ; l'eau bouillante la laisse intacte. Toutes les réactions précédentes sont également celles que pro- duit le cylinder axis des Vertébrés et de l'Homme; de ce point de vue, par conséquent, nous pouvons déjà conclure que la matière granuleuse renfermée dans les cellules et les tubes de la Sangsue se rapproche du cylinder axis et du contenu des cellules chez les Vertébrés. Nous verrons plus loin si l'étude histologïquc confirme complètement cette première et importante donnée. Les réactions de la membrane d'enveloppe sont les suivantes : Chez la Sangsue , cette membrane ne fait pas gelée avec l'acide acétique, et ne se dissout ni dans l'eau bouillante, ni dans les alca- lis concentrés à froid ; elle se distingue ainsi du tissu cellulaire. Elle nous a paru soluble, bien que difficilement, dans l'acide sul- furique concentré à froid et dans les alcalis concentrés à chaud, ce qui la distingue de la substance des tissus élastiques. L'acide azo- tique la colore à peine en jaune; l'acide chlorhydrique ne la colore pas en violet, ni l'acide sulfuriquc en rose, ce qui l'éloigné des pro- priétés des substances albuminoïdes. Cette enveloppe, toujours de structure apparente, peut être sé- parée du contenu par plusieurs procédés : par exemple , en trai- tant par l'acide nitrique bouillant et en ajoutant de la potasse, le contenu s'écoule, et il ne reste plus que l'enveloppe susceptible d'être étudiée séparément. L'étude des actions chimiques nous conduit bien à reconnaître l'analogie de l'enveloppe et du contenu granuleux des éléments de la Sangsue, avec les parties analogues chez les Vertébrés ; mais (pie nous apprend -elle touchant la matière grasse médullaire? Y a-t-il chez la Sangsue quelques réactions qui indiquent cette, présence de la moelle? 11 en existe quelques-unes en effet. Si l'on traite les cellules par le suc gastrique ou l'acide chromique, il se DV SYSTÈME NERVEOX. 3G5 forme une zone granuleuse particulière, sur laquelle nous revien- drons. Les globules de cette zone ont un aspect graisseux ; l'acide chlorhydrique t'ait apparaître aussi dans les ganglions et les tubes des globules dont l'aspect et la consistance sont ceux des graisses; l'acide azotique fumant produit de nombreux et petits globules de nature analogue. Nous avançons tous ces faits avec une extrême réserve, car leur interprétation est loin d'être certaine. Pour nous résumer , nous dirons : L'enveloppe des cellules et des tubes a offert les mêmes réactions que chez les Vertébrés. Le contenu granuleux s'est comporté d'une manière générale comme le cylinder axis. Quant à la question de savoir s'il existe chez la Sangsue des matières grasses mélangées à la matière granuleuse, cette question est encore douteuse pour nous , bien que plusieurs réactions tendent à nous faire penser que les analogies s'étendent jusque-là. Caractères d'ordre hislologique. Dans les cellules nerveuses, on dislingue très nettement, et sans l'emploi d'aucun réactif, une enveloppe , un contenu granuleux et un noyau. L'enveloppe est très fine, très mince, pâle, nettement délimitée, sans aucune apparence de structure : nous en avons fait connaître les caractères chimiques. Le contenu granuleux se présente sous plusieurs états : tantôt il remplit entièrement la cellule, et tapisse exactement la face interne de l'enveloppe ; tantôt il s'en écarte, de manière à laisser un inter- valle très appréciable; on peut voir cet aspect sans aucune prépa- ration dans les cellules cérébrales , et quelquefois dans celles des ganglions. Quoi qu'il en soit , le contenu parait constitué par une foule de grains très petits , irréguliers , d'une consistance demi- molle, d'un aspect graisseux, d'une couleur un peu grise ou jaune. Ces grains sont agglutinés, cl paraissent d'autant plus petits qu'ils sont plus extérieurs ; ils sont si mobiles, que la moindre pression suffit pour les déplacer: on les dirait reliés par une substance amorphe, épaisse, qui échappe aux observations. Au centre de celle masse , dont on connaît les caractères chimiques , est logé le noyau : c'est un corps Bphérique à contours nets, el réfractant 366 e. faivre. — sur l'histologie fortement la lumière, à la façon d'une madère grasse ; il renferme souvent dans son intérieur des petits points noirs, qu'on peut re- garder comme des nucléoles. Les noyaux occupent le plus souvent le centre des cellules , surtout lorsqu'elles sont apolaires ; il n'est pas rare de les voir du côté d'où s'échappe le tube dans les cellules unipolaires. Les noyaux les plus petits peuvent se trouver dans les plus grosses cellules , comme les plus volumineuses dans les cellules les plus petites. Les diverses espèces de cellules que nous avons signalées en contiennent toutes. Le diamètre des noyaux varie deO" m ,006àO n "",010. Indiquons enfin dans les connectifs l'existence de noyaux volu- mineux indépendants de cellules, et plongés au sein de la matière granuleuse. L'étude de la cellule conduit à plusieurs questions d'une solution difficile. En premier lieu , on se demande quelle est la nature des substances diverses qui composent cet élément. Nous avons dit que souvent, sans aucune préparation, on trouve dans les cellules cérébrales un espace compris entre la membrane d'enveloppe et le contenu granuleux. Cette disposition devient très évidente après l'emploi de certains réactifs, et spécialement du suc gastrique et de l'acide chromique. En effet, traitées par le suc gastrique, les cellules, qu'elles appartiennent au cerveau ou à tout autre ganglion, se partagent en trois zones : l'enveloppe interne plus pale, quoique distincte; la masse granuleuse interne à grains lins, distante très sensiblement de la membrane d'enveloppe; enfin, dans l'espace laissé libre par cette rétraction, c'est-à-dire entre la paroi interne de la membrane celluleuse et les contours de la masse granuleuse , une substance également granuleuse , mais à grains plus grossiers , plus isolés, et très fortement colorés en noir. Sur une cellule laissée deux heures dans le suc gastrique, l'espace dont nous parlons avait 0""",005 de large. Les cellules traitées par l'acide chromique étendu, ou par un mélange d'acide chromique et de suc gastrique, présentent régu- lièrement la même apparence. Nous devons ajouter, et ceci est très important, que la niasse granuleuse centrale se continue dans DU SYSTÈME NERVEUX. 367 le tube auquel la cellule donne naissance , et que la zone des gra- nulations foncées s'y continue également. La description que nous venons de donner s'applique à un cer- tain nombre de cellules nerveuses chez les animaux supérieurs : on s'en convaincra si l'on jette les yeux sur les ouvrages de Kol- liker, le mémoire de Robin, et le travail de Leydig sur les éléments nerveux de la Chimère. Même disposition générale de la membrane d'enveloppe, de la matière granuleuse , de l'espace compris entre les deux parties. Nous ne parlons pas de la zone de granulations foncées , car nous ne connaissons rien d'analogue chez les Ver- tébrés. Or, chez les animaux supérieurs , on ne peut contester, comme Leydig le fait si justement remarquer à propos de la Chimère, que la matière granuleuse de la cellule ne soit son cylinder axis en continuité directe avec le cylindre d'axe du tube qui émane de cette cellule. Il est dune bien naturel de supposer qu'il en est aussi de même chez la Sangsue. Nous nous bornons ici à démontrer l'extrême analogie de la cellule chez la Sangsue cl les Invertébrés. On a annoncé, dans ces derniers temps, que les cellules ner- veuses, cliez les Mammifères et les Poissons, avaient une texture très complexe. M. Siilling deCassel(l) prétend, en effet, que la membrane d en- veloppe ci le parenchyme interne sont constitués par d'innombra- bles tubes entrecroisés ; le noyau à double contour présente des tubes flexueux, dont les uns se perdent dans le parenchyme, et d'autres dans le nucléole. <> nucléole enfin paraît consister en trois conciles également tubuleuses : une centrale rougi 1 , une moyenne bleue, et une intérieure jaune orangé. D'après M. Siil- ling , llarlcss aurait constaté des faits analogues chez la Torpille , el Remak dans les cellules nerveuses de la Haie fraîche "2 . Dès que non.- avons eu connaissance de ces recherches , nous 1 1< n i s sommes empresse d'appliquer aux Invertébrés les procédés d'investigation signalés par les auteurs. Nousavons fait usage de (1) Complet rendus Acud. - 1865, p. *'J8. (2 ; Con», KOlliker, Élémenti d'Milolotfie , p. ju'j. 3GS e. r.imtr. — sir l'histolocif. l'acide chroinique ; nous avons pratiqué, autant que possible , sui- des nerfs aussi délicats que ceux de la Sangsue, des coupes en sens divers ; nous avons employé des grossissements considérables , et nous n'avons rien vu d'analogue à ce qui a élé décrit. La mem- brane d'enveloppe nous a toujours semblé anhiste , le contenu granuleux , absence de lubes dans l'une et dans l'autre de ces par- ties. Nous ne contestons pas la justesse des observations de Stil- ling, nos études sur les éléments des Mammifères ne sont pas assez approfondies ; mais nous déclarons , en passant , que les quelques Invertébrés que nous avons examinés ne nous ont rien offert de semblable. Une dernière question nous reste à examiner. Quel est le rapport des cellules et des tubes? Cette question , qui fut autrefois une des plus controversées, tend à s'élucider aujourd'hui. On s'accorde maintenant à reconnaître que chez les Vertébrés les cellules ner- veuses sont en rapport avec les tubes ; le même fait est déjà signalé pour les Invertébrés dans les travaux de Will , Bruch , Hannover, Leydig, Meissncr; mais il l'est sans détails suffisants. Pour être clair sur ce point , nous distinguerons les cellules d'après les tubes qui en sortent. Sous ce rapport, on trouve chez les Sangsues quatre groupes de cellules : 1° Les cellules apolaires, qui ne donnent naissance à aucun tube ; 2° Les cellules unipolaires; 3" Les cellules bipolaires ; 4° Et les cellules multipolaires. 1° Les cellules apolaires se rencontrent : A. dans les centres ganglionnaires, elles occupent invariablement la face ventrale de chaque ganglion ; les plus volumineuses sont incluses dans l'es- pace triangulaire dont nous aurons à parler : quelques cellules apo- laires se voient à la face dorsale. On trouve encore ces cellules : B. dans les ganglions cérébroïdes ; C. dans le renflement du tronc nerveux antérieur, et dans les points de bifurcation des brandies de ce tronc. Presque toujours les cellules apolaires sont associées à des cellules unipolaires ou bipolaires, ce qui nous porte à penser qu'elles forment un état de développement antérieur à celles-ci. DU SYSTÈME NERVEUX, 3G9 Les nuances variées qu'affectent ces cellules, dans leurs formes et leur mode de développement , confirment celle manière de voir : les observations prises chez le Lombric terrestre ne laissenl pas de doute sur ce point. 2° Les cellules unipolaires forment essentiellement la masse des ganglions principaux,, depuis le premier jusqu'au vingt-troisième. Si les préparations sont heureuses, on peut suivre les tubesqu'elles émettent dans une très grande longueur : on voit alors aisément que l'enveloppe de la cellule cl du tube est la même , cl qu'il en est ainsi du contenu. V.e sontlà deux formes d'éléments constitués sur un même plan et de la manière la plus simple. 3" Les cellules bipolaires ont aussi une place à pari. On les trouve: A, entre les troncs antérieurs ri postérieurs droits et gauches de chaque ganglion ; un des tubes se dirige dans la racine antérieure, l'autre dans la racine postérieure. Ces cellules singu- lières n'avaient pas été observées avant nous, lï. Bruch aaussi décrit des cellules bipolaires très communes sur jes branches du tronc nerveux postérieur. Nous n'avons point trouvé de ces cel- lules dans l'intérieur des ganglions. Les cellules multipolaires, si remarquables sons tous les rap- ports, appartiennent presque exclusivement au grand sympathique; ce p'esl que très exceptionnellement qu'il nous est arrivé d'en noter, soit dans le cerveau, soit dans les ganglions. Les laits qui précèdent prouvent que le plus grand nombre des tubes nerveux naissent des cellules situées dans les ganglions; mais nous ne prétendons pas dire pour cela que tous les tubes naissent ou dérivent des cellules : ce dernier point sera traité spé- eialeinent lorsque nous nous occuperons de la formation des lulics nerveux. Nous regardons toutefois comme 1res probable que toutes les cellules, même les apolaires , sont destinées à s'allonger ci à émettre des tubes. Cependant il en esl qui restent toujours apo- laires, el, en ce sens, nous ne saurions partager l'opinion de Wagner, qui va jusqu'à nier, chez les Vertébrés, l'existence de cellules nerveuses sans prolongements. i- série Zooi T V. [Cahier n' (<■) ' 2» 370 b. t'.tivHi; — sur l'histologie B. Tubes nerveux. Les lubes nerveux existent chez la Sangsue ; mais jusqu'ici ils onl été décrits d'une manière insuffisante. Pour bien voir les lubes, il faut avoir recours à plusieurs moyens : ;'i l'aeide ehrnmique, qui les durcit et les eonserve ; à l'acide acétique, qui les pâlit et les sépare; aux alcalis étendus qui en expulsent le contenu ; mais le meilleur de tous les réactifs est certainement le suc gastrique pur, qui rend visible et sépare chaque tube des lubes voisins, en dissol- vant la gangue celluleuse qui les entoure. Les tubes nerveux parfaits sont 1res variables dans leur dia- mètre, dans leur forme, dans leur aspect. Le diamètre, générale^ ment plus petit que celui des lubes nerveux de la \ie organique, est représente en moyenne par 0""",00'i ; il peut varier d'ailleurs entre 0""",002 et 0""",006 ; un même tube peut présenter dans diverses portions de son et ndue des diamètres variables. Bien que les lubes se rapprochent plus spécialemenl du cylindre, ils ont rarement celle forme régulière : ils paraissent au contraire, suivant les réactifs, tantôt alternativement renflés cl dilatés, tantôt plissés sur eux-mêmes el onduleux. Ces divers aspects prou-vent du moins l'extensibilité des parties qui les composent. L'enveloppe des tubes est consistante et élastique; le contenu granuleux est coloré comme le contenu des ganglions. Nous n'avons plus à revenir sur les caractères chimiques de ces parties dont nous avons déjà parlé; fixons plus spécialement notre atten- tion sur les caractères de texture. Un tube nerveux de Sangsue se compose de deux parties : l'en- veloppe et le contenu. L'enveloppe estanhiste, sans structuré appréciable, sans noyaux; on peut la suivre jusque dans les filets les plus ténus : nous avons déjà décrit la continuité de ces enve- loppes avec celles des cellules. Le contenu îles tubes esl formé par une substance finement gra- nuleuse et d'une consistance molle, même à l'état Irais. Aux plus forts grossissements, celle malière nous apparaît constituée par des grains très petits, 1res nombreux, 1res irréguliers, agglutinés par une sorte de substance intermédiaire amorphe Ou ne peut DU SYSTÈME NERVEUX. 371 distinguer ni les lubes, ni les trois couches que Remalt et Slilling ont admises dans 1rs tubes «les Vertébrés. Nous savons que ce magma granuleux , qui remplit les lubes, se continue avec le pa- ren chyme des cellules. Quelle est la signification de ee contenu particulier des tubes nerveux ? Rein ésente-t-il seulement le cylinder axis des lubes ebez les ani- maux vertébrés ? Ne représente t-il pas à la fois le cylinder axis et la matière médullaire ? Un enfin doit-on le regarder comme une partie spéciale aux animaux inférieurs ? A n'envisager la question qu'au point de vue chimique , il faut certainement admettre que ce contenu se rapproché essentielle- ment du cylinder axis dont il présente les principales propriétés, comme nous l'avons démontré. .Mais les difficultés surgissent, si l'on caractérise le cylindre de Taxe par ses propriétés physiques. Chez les Vertébrés en effet, et en particulier ebez l'Homme, le cylindre de l'axe est une partie arrondie, pleine, d'une structure homogène, solide et élastique comme de l'albumine coagulée, sans granulations, et apparaissant à l'extrémité des tubes soumis à cer- taines réactions, surloul aux acides chromique, gallique, à la so- lulion iodée d'acide iodlmlrique, et au sublimé corrosif. Soul-ee là des caractères qui appartiennent au contenu des tubes Chez les Sangsues ? Évidemment non. Il faul donc admettre que la matière granuleuse des tubes delà Sangsue ne représente pas le cylinder axis, parce qu'elle n'en a ni la texture, ni la consistance, nubien que cette manière d'être physique n'est pas absolument nécessaire pour caractériser le cylindre de l'axe? Cette dernière opi- nion ne peut rester douteuse, si l'on examine les modifications que peut présenter le cylindre de l'axe chez les Vertébrés, ci suri nui chez leurs embryons. On doit toujours avoir présent à l'espril l'bislo- logie embryonnaire dei animaux supérieurs, lorsqu'il s';i^ii de discuter des questions qui peuvent éclairer la lexture des animaux dégradés. i> auteurs ont distingué chez les Mammifères des fibres mé- 37"2 E. FAIVRE. SIR L'HISTOLOGIE ilullaires et des fibres sans moelle ou fibres pâles. Parmi ces der- nières, il faut comprendre : les fibres pâles des nerfs olfactifs ; des corpuscules de Pacini ; les fibres des embryons étudiées par Swann, Ecker, Kôlliker, etc.; et les tubes des Invertébrés, d'après Kdlliker. Nous adoptons complètement cette dernière manière de voir, et nous considérons les tubes de la Sangsue, en particulier, comme représentant une l'orme des tubes pâles des Vertébrés. Cette considération, ne résout pas la question que nous nous sommes posée, à savoir : la signification du contenu des tubes; mais elle la simplifie. Personne ne doute, en effet, que le contenu des tubes pâles ne représente le cylindre de l'axe : or ce cylindre est là sous un état physique toul différent de l'état ordinaire ; il n'y a donc aucune difficulté à admettre que, chez les Sangsues, la matière contenue dans les tubes puisse représenter le cylindre de l'axe, bien qu'elle n'en ait pas l'aspect physique. Ce qui caractérise le cylinder, ce sont les réactions chimiques, plus encore que son aspect physique. Si le cylinder axis a son analogue dans la subslauce granuleuse des tubes de la Sangsue, doit-on admettre que celte subslauce toul entière représente le cylindre de l'axe ; ou bien peut-on penser qu'elle représente à la fois ce cylindre et la matière médullaire ? Dans le premier cas, la couche médullaire manquerai! complète- ment chez la Sangsue ; dans le second, elle y existerait, mais dans un èlal particulier. Nous admettons que la substance granuleuse représente à la Ibis le cylindre de l'axe et la moelle ; seulement, celte dernière partie est dans un étal particulier ; peut-être résulle-t-elle d'une modifi- cation de la matière azotée primitive. Nous appuyons noire assertion sur les fails suivanis : Dans diverses circonstances, on peut faire apparaître des vési- cules, d ' nature graisseuse, au sein de la matière granuleuse que les tubes renferment. Au moyen de l'acide chlorlrydrique, de l'acide azotique, on obtient souvent ce résultat. En coupant un eonneclif sur une Sangsue vivante, cl en exa- DU SYSTÈME NERVEUX. 373 minant un certain nombre de jours après l'altération des bouts coupés , nous avons vu de grosses vésicules graisseuses mêlées à la matière grenue; nous les avons figurées. En étudiant les altérations que la macération prolongée l'ait subir aux tubes, on constate encore l'apparition de globules, dont l'aspect rappelle beaucoup celui de la moelle. Enfin, dans les cellules si curieuses du grand sympathique, les éléments gras se montrent, dans la plupart des cas, avec richesse, à l'étal normal, tandis que, dans d'autres cellules, la matière gra- nuleuse existe seule. Les faits qui précèdent nous démontrent qu'il exisle certaine- ment dans l'intérieur des tubes non-seulement une matière azotée normale, mais une matière d'aspect graisseux comme la moelle, matière que, dans certaines circonstances, on voit se former au sein de la précédente, et peut-être à ses dépens. Nous croyons donc , et de nouveaux faits viendront bientôt appuyer notre assertion, que la matière granuleuse représente ce premier état, danslequel lecylindre de l'axe et la matière médullaire sont confondus; étal qui aurait son analogue dans les tubes pâles embryonnaires des Vertébrés. Peut-être saisira-t-on plus lard les phasesd'un développement ultérieur qui amènerait la séparation successive de la moelle et de la matière azotée, prenant dès lors tons les aspects du cylindre de l'axe le mieux marqué. De ce que, dans les tubes nerveux de la Sangsue, la couche médullaire n'est pas distincte, il suit queues tubes n'offrent pas le double contour, et qu'ils ne présentent ni le phénomène de la coagulation, ni l'aspect variqueux. Il nous reste à signaler un fait général et 1res important, c'est la fréquente bifurcation des tubes nerveux, constituant soit les troncs, soii les lileis les plus déliés qui en naissent. Nous devons à l'action isolatrice du suc gastrique celle intéres- sante découverte. In tube peut Be bifurquer non pas seulement une fuis, mais deux, trois, ei même jusqu'à huit fois, comme nous l'avons fait représenter. 37Z| e. iriiYRiv. — ■ suit l'histologie, etc. Les tubes nerveux, comme les cellules, peuvent offrir plusieurs espèces suivant leur origine, leur l'orme. Nous, pouvons jusqu'à présent en distinguer trois : A. Les tubes qui portent manifestement des cellules, et qu'on peut suivre dans une certaine longueur. Ils sont réguliers, de même diamètre à peu près; ils ne présentent que rarement des bifurcations. Nous ignorons leur mode de connexion avec les tubes de la seconde espèce. B. Le plus grand nombre des tubes ne parait pas en connexion directe avec les cellules. Les tubes sont alors irréguliers, souvent divisés, avec les caractères que nous avons déjà l'ail connaître. C. A l'aide du suc giisliïque, nous avons pu distinguer, le long des troncs antérieurs, des tubes qui présentaient , de dislance en distance , des noyaux granuleux ; ils se rapprochaient de l'une des formes que nous avons distinguées clic/, le Lombric. Telles sont les observations minutieuses que nous avons, faites avec tout le soin possible sur les tubes nerveux delà Sangsue offi- cinale. (Lu suite à un prochain numéro.) i\UTE SLR LE DÉVELOPPEMENT DES LAMPROIES, Par M. Ausnote Ml l.l.l !t (1). La présence de la petite Lamproie (2) dans nos eaux m'offrait la per- spective de suivie le développement d'un Cyclostome, ce qui me paraissait désirable pour comprendre cette forme si originale; c'est pourquoi je commençai par observer dans sou habitai ordinaire cette espèce , la plus petite de tout le groupe. Ces animaux apparaissent tout d'un coup à l'époque du frai; on les trouve alors, comme on sait, dans les ruisseaux limpides où ils glissent entre les pierres, et, s'y attachant au moyeu de leur suçoir, flottent dans le plus fort du courant. Après le frai , ils disparaissent, de sorte qu'il me fut impossible d'en découvrir aucune trace malgré toutes mes recherches; je ne vis que quelques cadavres llotter à la surface. Tous les individus que j'observais paraissaient être arrives au terme de leur croissance. Cepen- dant on voit et l'on prend d'autres animaux, des Grenouilles et des l'ois- sons, par exemple, de toutes les dimensions. C'est en vain que je cher- chais les jeunes Lamproies, personne ne les connaissait. Je pensais à des poissons voyageurs; et cependant, dans de si petits ruisseaux! D'où vien- nenl-ils ? où vont-ils? Comment se propagent-ils'.' Ces phénomènes singuliers me préoccupèrent et nie firent consacrer mon temps a l'éclaircissement de ce mystère en négligeant d'autres tra- vaux. I.- Aminocètes se trouvent dans la même eau, et partout elles sont astoetéei aux Lamproies. Llles ont des OSuA transparents ; ceux des Lam- proies sont opaques, .l'espérai découvrir dans les unes ce qui m'échappe- rait dans les aulres, et pensai donner l'histoire du développement de deux ■ Ile est devenue l'histoire d'une seule. un jour , j'aperçus dé petites Lamproies rassemblées par groupes de dix individus el davantage, .le n'observais pas ces groupes depuis long« I ii, , Ait Entwfckelang Atr Ntm&wftk IrMft fur Anal, tond l'Injuiol., VOn Mulkr, IR5C, n" 4, p. SU . .- Ptlrotnyton Plnncri Bloch. 376 ». tniir.it temps, lorsque je vis un individu s'élancer sur un autre , se fixer à sa nui[ue, puis se retourner du côté de la face ventrale pour s'accoupler avec lui. Dans ce cas, je réussis plusieurs fois à recueillir dans ma main les œufs quine sortent toujours que par portion. Je n'ai pu observer d'intro- duction. Il n'est pas probable en e I Tu t qu'il y eu ait cbez un animal où la fécondation a lieu au moment même de l'émission des œufs. Quand la femelle a lâché tous ses œufs, on remarque parfois la trace de l'adhérence du mâle se marquer comme une tache immédiatement en arriére des yeux. Les deux sexes onl rempli maintenant leur mission ; ils sont « effœtus » (impropres à la reproduction). Les œufs récemment pondus n'ont guère moins d'un millimètre de dia- mètre; ils sont blancs , légèrement jaunâtres et revêtus d'une enveloppe mince mucilagineuse , que l'on ne peut apercevoir , même lorsqu'elle s'est renflée dans l'eau , que par une observation attentive. Le fractionnement s'opère dans l'œuf entier de même que chez les Amphibies nus, et com- mence environ dix heures après la fécondation. Les divisions sont bien apparentes tant que dure leur formation , mais lorsque le fractionnement s'est achevé , l'œuf reprend une surface presque sphérique , et paraît demeurer en repos jusqu'à l'époque où commence un nouveau fractionne- ment. Alors, non-seulement une nouvelle ligne de séparation commence à partager l'œuf , mais les anciennes aussi reparaissent avec leur pre- mière netteté; car chaque partie tend à prendre la forme sphérique et se ramasse autour de son nouveau centre (1). Le troisième sillon, qui se forme généralement vers la tin du premier jour, est sensiblement plus rapproché de celui des pôles dans lequel (I) Tour durcir les œufs de Lamproie et de Grenouille en voie de fractionne- ment (j'examinai ces derniers par comparaison ) « et pour quelques préparations ultérieures, j'ai trouvé des dissolutions de sulfate de cuivre de différentes concen- trât ions, d'un emploi (rès commode, autant pour la netteté des contours qu'elles donnent que parce qu'elles permettent de crever facilement l'enveloppe de l'œuf. J'y ai été conduit par l'efficacité connuo du blanc d'œuf dans les empoisonne- ments par le cuivre. Je l'ai immédiatement communiqué au docteur Remak , parce que je désirais qu'il prolitàt de ce moyen pour des recherches sur les œufs de Grenouille auxquelles il se livrait alors: aussi en fit-il grand cas. — Je fais cette observation uniquement parce que l'origine du procédé n'est pas indi- quée dans le mémoire de M. Remak '.Irc/i. fiir .-tmif., 1 854, p. 378) ; il se prête, sans doute, à bien des modifications (entre autres le mélange avec l'acide chro- niique) qui doivent être déterminées par des essais pour chaque cas particulier. DÉVELOPPEMENT DES LAMPROIES. 377 les deux premiers sillons se croisent. La plus petite portion développe l'embryon, mais elle ne se dislingue pas de la plus grande par du pig- ment. Les cellules de fractionnement de la petite portion supérieure sont d'une dimension moindre que celles de la portion inférieure tout autant que chez les Grenouilles. Il se forme une cavité intérieure ; la portion supérieure, qui est la partie essentielle de l'embryon, est revêtue de petites pièces formant voûle ; elle recouvre bientôt la cavité comme une lame mince, tandis que la partie inférieure consiste en grosses masses. La cavité inté- rieure se rétrécit et se retire de plus en plus du côté de la tête. Cependant , le bout postérieur de l'œuf s'aplatit et laisse voir une ouverture (l'anus) à la partie supérieure de cet aplatissement. Cette ouverture, accessible d'en bas par un plan, est entourée latéralement et en haut par un bourrelet en fer à cheval. On parvient bientôt alors à distinguer un canal étroit depuis l'ouverture anale jusqu'au delà du milieu de l'œuf au-dessous de la région vertébrale, où les parties centrales du système nerveux commencent à surgir. Le cerveau et la moelle épinière se développent maintenant d'une ma- nière plus sensible, ils sont séparés sur la ligne moyenne par le sillon que l'on connaît, qui bientôt s'efface de nouveau : à sa place s'élève une arête assez saillante. La corde vertébrale ne dépasse à aucune époque les laby- rinthes de l'oreille. Son contenu, au moment de Féclosion des petits, est d'un aspect rayé, comme je l'ai observé dans quelques embryons de Pois- sons osseux ; mais chez les Lamproies, ces stries se composent de cellules placées en séries qui pourraient bien être partiellement ou entièrement isolées. La tète fait saillie et montre sur les côtés deux turgescences ; ce ne sont pas les yeux, mais les premiers prolongements viscéraux. Une fente les sépare encore sur la ligne médiane. La bouche s'enfonce au-dessus d'eux ; un peu au-dessus on remarque plus tard , dans le même plan, l'ouverture nasale. Le plan dans lequel elle est située se recourbe en avant, paie vers le haut, de sorte que l'ouverture nasale s'avance graduellement de la face ventrale vers le côté dorsal. La paitie postérieure du corps est démesurément grosse, comme le ventre d'un très jeune oiseau ; il contient l'intestin qui est vésiculaire et rempli encore de cellules de fractionnement. Il n'y a jamais de sac. vilelliu. Les mouvements du long cou commencent; on trouve à sa base le cœur toujours dépourvu de bulbe pulsatile, et environ dix-huit jours après la fécondation l'animal sort de l'œuf. 378 a. tu n. in Le fœtus est encore blanc et opaque ; peu à peu sa masse s'éclaircit , de sorte que l'on reconnaît le mouvement du sang ; cependant il se l'orme aussi du pigment. Le cerveau et la moelle épinière ont l'aspect d'un fil renflé antérieurement, étranglé de distance en distance. Les yeux se montrent comme des points obscurs sur les cotés du cerveau. Le cou présente buit fentes viscérales dont l'antérieure , qui se distin- gue déjà par sa direction, s'oblitère bientôt. Le cartilage de Meckel , qui les limite antérieurement , ne développe jamais de màcboire inférieure , partie dont Jean Millier a déjà démontré anatomiquement l'absence chez les Cyclostomes. La cavité buccale se creuse profondément et communique avec la cavité branchiale par une ouverture d'abord 1res petite. L'intestin demeure le plus longtemps obscur et opaque ; lorsqu'il est devenu plus transparent, il consiste, comme celui des Grenouilles, en une membrane fine bordée d'un très long épitbélium bacillaire. Dans la coupe transversale, on aperçoit un repli large et plat s'enfoncer le long de la face dorsale de l'intestin et recevoir un vaisseau comme une rigole. Les uretères s'élèvent à la partie dorsale de l'intestin et ne forment que peu de ramifications dans lesquelles on observe un mouvement ciliaire. Deux turgescences papillaires , et dans la suite un plus grand nombre , surgissent dans la bouche sur la paroi supérieure en avant du voile buccal. A présent, l'attention est attirée par un organe situé dans l'épaisseur du corps au devant du cœur dans la région du larynx. Il se montre sous la forme d'un ovale allongé nettement accusé, ressemblant à une vésicule séparée sur la ligne médiane ; il devient l'appareil musculaire de succion qui distingue les Lamproies des Ammocètes. L'animal est constitué maintenant dans ses parties fondamentales ; les yeux restent petits comme des points; dans la bouche se développe un voile musculaire qui laisse pénétrer l'eau, mais ne la laisse pas sortir. Ces papilles de la partie supérieure de la bouche augmentent en nombre et poussent des ramifications ; elles forment un treillis qui, de même que les soies des stigmates des insectes , et semblable au treillis dans la bouche des branchiostomes, empêche l'entrée des corps étrangers. A cette période, je fus surpris par la grande ressemblance avec les Ammocètes. Je fus frappé de voir que ces fœtus de Lamproie ressemblaient si complètement, à une époque de leur vie, à l'animal voisin, que je m'ef- forçais en vain de trouver une différence réelle. Elle viendra cette diffé- rence, pensais-je, mais elle ne vint pas. Le fait me chagrinait , car je me l'expliquais par ma maladresse. Mais lorsque l'automne arriva, accompagné UEV ELUr-HEMENT DES LAMPROIES. 379 de son mauvais temps, sans que mes animaux eussent fait mine seulement de se prêter à mon attente, je ne sus rien de mieux que de leur accommo- der ma manière de voir, et j'admis la pensée qu'ils fussent de vraies et véri- tables Ammocètes. Cependant, les Ammocètes ont de beaux œufs transpa- rents que je me réjouissais déjà d'observer dans leur développement. — Eh bien! nies jeunes Lamproies, obtenues par fécondation artificielle, en avaient également , et quant aux spermatozoïdes, je n'avais pu en trouver ni dans les Ammocètes fécondées artificiellement ni chez celles prises à l'état de nature. Ainsi celle difficulté se trouvait écartée. Puis, je m'objectais que si les Ammocètes étaient les larves de la Lam- proie, il devrait y avoir autant d'Ammocètes que de Lamproies, et cepen- dant je n'en trouvais mentionnée qu'une seule. Comme les Lamproies fluvialiles abondent dans nos grands lleuvesje fis un voyage, en IS5/i, pour chercher l'Ammocète de la Lamproie fluviatile. Je la découvris effectivement le lendemain de mon arrivée, guidé par la connaissance intime de son congénère. Ces Ammocètes se ressemblent tellement , que je pus comprendre com- ment un animal si commun n'avait pas été enregistré dans le système. Toutes les deux ont la vésicule biliaire, bien qu'elle ne se trouve que chez la petite Lamproie, et nullement dans la Lamproie fluviatile. Elles diffèrent parla forme de l'orifice buccal. Les deux Ammocètes ont aussi les otholites, qui ne persistent égale- ment que chez la petite Lamproie. Ils font effervescence avec les acides. Quant aux Lamproies marines, je fus moins heureux, elles ne se trouvent chez nous que très rarement. Cependant , j'avais acquis maintenant une certitude absolue, car mes Lamproies obtenues e| élevées artificiellement avaient vécu deux ans en Captivité sans se transformer. Elles ressemblaient en tout aux Ammocètes à l'état de nature, seulement elles étaient plus petites et étiolées comme des plantes de serre. Elles moururent par un accident durant le vingt-cin- quième mois. Il nu' restait encore à envisager la question du coté opposé et à sur- prendre les Ammocètes dans leur transformation. C'est à quoi je suis parvenu cette année après beaucoup de peine. Lm Ammocètes que je surpris dans leur métamorphose étaient déjà avancées, cependant elles laissaient voir clairement l'état intermédiaire. Le reflet argenté de la peau, qui distingue la Lamproie de rAiinnurèlc était déjà lensible, on voyait s'allonger la nageoire dorsale. L'iril se décou- vrait du premier coup, par il avait 3/5' du diamètre de l'œil de la petile 380 a. m ii lit Lamproie. Cependant, il était encore terne dans quelques individus, de sorte que l'on ne distinguait pas bien nettement l'iris à travers ; dans d'autres individus, il était déjà parfaitement limpide. L'orifice buccal s'était rétréci et prolongé en pointe émoussée. Le diamètre vertical de l'orifice buccal avait 3 ./2 millimètres chez l'Ammo- cète ; pendant la métamorphose 3 millimètres ; chez l'animal adulte du printemps 5 1/2 millimètres. Le développement rétrograde d'abord et progressif par la suite de la dimension de l'orifice s'explique par le fait que l'élargissement cratéri- forme qui occupe la dernière extrémité antérieure chez la Lamproie, résultant du développement des cartilages labiaux, n'existait pas encore, et que par conséquent le rétrécissement de l'ouverture buccale répond par la dimension à l'isthme situé derrière le cratère. La distance de la narine du bord antérieur de l'orifice buccal nous fournit au contraire des nombres en progression directe avec le développement. Cette distance est de h \j1 millimètres dans l'Ammocèle , à 7 millimètres pendant la métamor- phose et 9 dans la Lamproie développée. La fissure qui, dans l'Ammocèle, sépare la lèvre supérieure de la lèvre inférieure, se dessinait encore très nettement chez quelques individus ; dans d'autres , elle avait entièrement disparu, de sorte que l'extrémité buccale était parfaitement arrondie. Le treillis delà bouche s'était réduit à des papilles allongées ne pré- sentant encore aucune armature cornée. Le voile buccal, qui manque aux Lamproies, comme on sait, existait encore chez quelques individus, il était le plus développé chez ceux qui avaient la fissure entre la lèvre supé- rieure et inférieure la plus apparente. Quand l'orifice buccal s'était par- faitement arrondi, il ne restait qu'une petite trace du voile buccal. L'organe ovale-oblong des embryons au fond de la cavité branchiale, mentionné plus haut, qui donne naissance à l'appareil de succion, a déjà été observé dans les Ammocètes adultes par Rathke (Beitràge zur Geschichte dcr Thienoelt, IV, p. 79), qui l'a assez bien interprété; il le compare au grand muscle qui entoure chez les Lamproies le car- tilage ensiforme de la langue. Cet organe ne fonctionnait pas encore chez ces animaux dans l'état de métamorphose, puisque aucun indi- vidu ne se fixait par succion. Aux orifices extérieurs des branchies, les valvules des Ammocètes , qui ne permettent que l'issue de l'eau , avaient disparu , et le sillon qui réunissait ces orifices s'était presque oblitéré. Chez les individus plus développés , les trous branchiaux exté- rieurs étaient garnis d'un ourlet comme une boutonnière. Les trous branchiaux intérieurs s'étaient rétrécis , mais ils étaient plus larges que DÉVELOPPEMENT DES LAMPROIES. 381 ceux des Lamproies. Chez l'Ammocète, l'ouverture branchiale intérieure du quatrième sac branchial a 2 millimètres d'avant en arrière, 1 1/3 mil- limètre pendant la métamorphose, 1 millimètre chez la Lamproie. L'œsophage, comme on sait, a son entrée en avant à la naissance du tube bronchique, et se prolonge en arrière au-dessus de celui-ci et au-dessous de la corde. Cette portion, qui est placée au-dessus du tube bronchique, manque chez l'Ammocète; car, chez lui, l'ouverture pharyngienne se trouve à la partie postérieure de la cavité branchiale, comme chez les poissons osseux. Elle y est entourée par deux lèvres et consiste en une tissure dirigée du côté dorsal au coté ventral. A partir de là, l'œsophage se rétrécit en l'orme d'entonnoir raccourci. Un lil décrit par Rathke (/. c, p. 584), qui s'étend sur le côté dorsal, le long de la ligne médiane de toute la cavité branchiale, se prolonge en arrière jusque dans l'ouverture longitudinale du pharynx , dans laquelle il entre par le côté dorsal pour se perdre ici dans la paroi du pharynx, .l'aperçois, chez les animaux en métamorphose, l'œsophage placé exactement de la même manière que ce lil. Je ne pou- vais plus distinguer clairement de trace de (ente pharyngienne. Est-ce le lil de Rathke qui a fourni les matériaux pour cette nouvelle partie 2 Je l'ai conclu par sa position , mais je ne le sais pas, parce que je n'ai pas encore observé les périodes précédentes. Ce qui paraissait s'opposer à cette conjecture , c'est que le fil en question est renflé vers le plan ventral aux endroits où il se trouve placé entre deux trous bran- chiaux. Cependant, je trouve chez les animaux en métamorphose, aux endroits correspondants de l'œsophage, des rendements d'un tiers du diamètre qui s'effacent de nouveau chez l'animal développé, ce qui con- tinue cette supposition. Le péricarde s'est armé, mais il est très tendre et se déchire facilement, comparativement à celui de l'animal parlait. Les cartilages antérieurs de l.i bouche, que Jean Millier désigne comme des cartilages labiaux, man- quaienl également encore de solidité; cependant ils laissaient déjà voir clairement les cellules cartilagineuses que je distinguais à peine dans le péricarde d'individus conservés dans l'esprit-de-vin, tandis qu'elles s'a- percevaient lié-, facilement dans les deux cas chez les animaux adultes, comme cela se conçoit. Lai .iiil- des ovaires, par un dépôt de graisse, avaient déjà blanchi et étaient devenus opaques comme une émulsion; ils laissaient apercevoir aisément la vésicule primitive. Dans les testicules, des cellules s'étaient forméec pour le développement des spermatozoïdes. L'intestin s'était sen- siblement rétréci. 382 *• .1111.1.1:1c La métamorphose avance rapidement. Plusieurs individus furent con- servés dans une caisse criblée de trous, et déjà, au bout de dix jours , on distinguait à peine une trace de la tissure qui séparait la lèvre intérieure de la lèvre supérieure, et les yeux de tous étaient devenus limpides. Encore seize jours, et l'on apercevait les dents jaunes chez plusieurs iiuli- dividus , et l'appareil de succion fonctionnait ; cependant encore , sans l'énergie ordinaire que je cherchais en vain, même quatre semaines plus lard. Après le changement de forme, l'animal change son genre de vie. Les yeux faibles des Ammocètes craignent la lumière, car les animaux con- servés dans un bassin y cherchent toujours l'endroit le plus obscur; si le fond est recouvert de sable, ils s'y enfouissent, comme ils le font à l'état de nature, de manière à ne rester visibles qu'en partie , ou même à s'en- terrer tout à fait; ils respirent l'eau, protégés par leur treillis. Ils vivent de ce qui leur vient à la bouche , comme le Branchioslome , et ont le go- sier tapissé d'un épithélium vibratile. Je trouvais des carapaces de bacil- laires dans toutes les Ammocèles que j'examinais dans ce but. Les animaux adultes recherchent au contraire la lumière avec leurs gros yeux ; ils nagent dans l'eau la plus pure, se réfugiant cependant par les mauvais temps. C'est au moyen de l'appareil de succion qu'ils se fixent dans le courant, de même qu'ils s'en servent pour s'attacher pendant l'ac- couplement. On se fera une idée de l'effet produit par le changement de place de l'orifice pharyngien, qui, dans la Lamproie, s'est avancé de toute la longueur du bronchus , si l'on considère que ces animaux vivent de cor- puscules solides, d'infusoires, etc., que le courant entraîne. Ces particules sont déposées par le courant et restent stationnaires aux endroits où le courant côtoie une eau tranquille, où sa force est amoindrie. Le courant d'eau qui doit servir à la respiration entre par l'oritice buc- cal de l'Ammocète, se partage sur la ligne médiane et sort de droite el de gauche par les sept ouvertures. L'endroit où les corpuscules en suspension se déposent est situé en arrière dans l'angle de partage des courants des derniers trous branchiaux de droite et de gauche. C'est là que se trouve l'orifice pharyngien. Les Lamproies, au contraire, ferment leur ouverture buccale par l'appareil de succion, c'est pourquoi l'eau Entre et sort par les trous branchiaux qui ont perdu leurs soupapes. Il reste au devant du premier trou branchial un sac aveugle dans lequel l'eau se heurte avec force, parce que les trous branchiaux sont percés obliquement d'arrière en avant et de dehors en DÉVELOPPEMENT DES LAMPROIES. 383 dedans, el c'est là que commence Talonnage de la Lamproie, qui dirige son entonnoir en avant. Ainsi, c'est le développement du suçoir qui oblige le déplacement de l'entrée de l'œsophage. 11 est donc démontré que les Animocètes proviennent des Lamproies, et que les Ammocètés deviennent Lamproies. Ainsi donc , ces animaux doivent être exclus du système, comme ayant usurpé un faux nom, et rendus à leurs parents respectifs comme des mineurs. Le nom d'Ainmorète ne peut désigner désormais que les larves des Lamproies, comme Têtard celles des Grenouilles. L'essentiel de la mélamorpbose des animaux me paraît consister dans la naissance d'appareils transitoires qui mettent l'animal en état, bien avant d'avoir atteint sa forme définitive , de végéter indépendamment el de se nourrir d'une manière indépendante. La grandeur et l'importance d'une métamorphose doivent être mesurées d'après le degré de différence dans les deux formes propres à l'animal et d'après la durée de l'état transi- toire. Quant au changement de forme que la Lamproie subit par la métamor- phose, il est bien moins considérable que chez les Grenouilles ; car chez ces dernières, il affecte liés essentiellement les appareils de la respiration, de la digestion et de la locomotion , et la forme extérieure de l'animal se modifie totalement. On ne compterait pas les Têtards parmi les Batraciens, si l'on ne connaissait pas leur métamorphose, on n'y reconnaîtrait que des amphibies nus. Itéjà , chez les Salamandrines, le changement de forme est bien moins considérable, el les Amphibies dipnoés, comparés aux Gre- nonilles, s'arrêtent dans la métamorphose. La larve de la Lamproie, au contraire, a de tout temps été placée dans le système tout près de ses pa- rents . quoique les transformations internes fussent très imposantes, Comme nous l'avons rapidement indiqué plus Iniul. Quant i la durée de la vie de larve, il est à remarquer que la métamor- phose de la petite Lamproie ne commence que lard, comme je pujs la sou- tenir -ans liasrr me> conclusions Mir les i nd i\ ii I u s que je conservais en captivité. L'époque dn frai qui a lien au printemps, et seulement une fois par an. sert ici de point d'appui. En mai, Je [tris six Ammocètés, trots petites de 6,8 ; fi, 3 et fi.o renti- mètrec de long; Unîtes le trois en emble pesaient 28 grains; ainsi, en fenne, 9 grain 1/8. Lee trois plus grandes me liraient! 5,3, 15,4, 1 1,0, el pesaient 86, Ss, S7 grains. J'ai pu conclure que les trois petites devaient être de l'année passée, par l'accroissement de celles que j'avais te- nues captives, par celles ni liberté que je prenaisde temps en temps, el sur- 38/| A. ->n I I I lt tout par la comparaison avec celles de l'année courante. On conviendra, en outre, que les trois plus grandes, qui ont au moins neuf fois le volume des petites, doivent aussi être plus âgées. Il faut donc qu'elles aient au moins un an de plus, c'est-à-dire deux ans ; cependant elles ne montraient encore aucune trace de métamorphose ; ce n'est pas avant la troisième année au plus tôt qu'elles peuvent la commencer. J'ai trouvé, en outre, après l'époque de la métamorpliose, de très grandes Ammocètes de J 6,2 et 19,3 de long, pesant 101 et li2 grains. Celle de ce dernier volume est la plus grande que j'aie jamais vue. On me concédera que ces Ammocètes avaient au moins le même âge que les trois plus grosses que je viens de citer , c'est-à-dire qu'elles avaient plus de deux ans, et comme l'époque de la métamorphose était passée, elles ne pouvaient pas se transformer avant trois ans révolus, c'est- à dire, pas avant la quatrième année. La durée de la vie de l'animal parfait ne peut , au contraire, être que courte. Quelques semaines après l'accouplement, toutes mes recherches pour rencontrer des Lamproies adultes restèrent sans résultat, bien que je sache trouver maintenant tous les degrés de développement depuis l'œuf; cependant j'en rencontrais souvent de mortes dans les derniers temps de leur existence. Ajoutez à cela que les ovaires ne contiennent jamais des œufs de différents degrés de développement, comme chez d'autres animaux, où une propagation future se trouve préparée d'avance. Tout.au contraire, on ne trouve après l'époque du frai que des loges vides dans l'ovaire. Je ne voudrais pas encore me prononcer d'une manière précise sur les Lamproies marine et fluviatile; cependant on aperçoit des rapports ana- logues (1). (1) J'ai vu depuis , dans la collection zoologique de Berlin , deux jeunes Lam- proies de 16 et 18 centimètres de long, déterminées comme P. marina*; aussi sai'cordaient-elles assez bien avec cette espèce par la forme de leurs dents; l'une proviendrait de Helgoland, dans la mer du Nord . l'autre de la Méditerranée. D'après cela , les jeunes Lamproies vivraient dans la mer ; mais comme la même espèce a été observée souvent dans les rivières chargées de frai mûr (par exemple, par J. MUller dans la tlavel . par Meyer dans le Uhin) , il est probable que les Ammocètes se développent dans les rivières , comme c'est là que les Lamproies fraient , qu'elles y achèvent leurs métamorphoses , et qu'après elles descendent dans la mer : car il n'est guère probable que l'Ammocète , qui est un animal presque aveugle, entreprenne ce voyage. De plus, il paraît, d'après les dimen- sions signalées de ces jeunes Lamproies (en supposant que la détermination s<>it exacte), qu'au contraire de ce qui a lieu pour le P. Planeri , la métamorphose s'effectue chez elles bien avant le terme de leur accroissement . car elles sont DÉVELOPPEMENT DES LAMPROIES. 385 Far rapport à la durée de l'état de larve , cette métamorphose surpasse donc tout ce qu'on connaît dans ce genre chez les Vertébrés. L'état transi- toire est l'époque principale: la vie de la petite Lamproie a, comme chez beaucoup d'Insectes, son centre de gravité dans l'état de larve ; elle cesse avec l'acte de la fécondation. On peut considérer l'égalité de volume de la larve et de sa mère comme étant la suite et le caractère d'un tel rapport. Les Ammocètes sont assez fréquemment plus grandes que les Lamproies. Ici.aussi, c'est la larve qui est chargée de manger et d'assimiler la matière, car l'intestin se rétrécit d'une manière surprenante pendant la métamorphose. A cette époque, dans le lempus climaetericum, l'assimilation des matières paraît diminuer chez tous les animaux. La Grenouille vit évidemment à ses propres dépens, et subsiste, entre autre, de sa queue. Beaucoup d'Insectes s'isolent complètement du monde extérieur , et passent cette période dans une capsule. Mais c'est alors que la différence se déclare : les uns réparent maintenant ce retard de leur développement, et augmentent considérablement leur corps; les autres, sans s'accroître , achèvent leur courte existence aux dépens de ce qu'ils avaient acquis préala- blement. Telles sont les Lamproies. D'après cela, des doutes doivent s'élever sur la place systématique de la Lamproie. Les Amphibies nus sont les seuls Vertébrés que l'on savait subir une véritable métamorphose; mais la métamorphose à elle seule ne fait pas encore l'Amphibie nu. On peut donc dire seulement que ces ani- maux ont ce caractère en commun ; du reste, la métamorphose n'est peut- être pas complètement étrangère aux Poissons , car les branchies pré- cèdent toujours les poumons dans les Vertébrés inférieurs; elles sont l'organe transitoire qui disparaît dans la métamorphose complète : aussi les Poissons pulinonés, de même que les Amphibies à branchies, font un plumier pas en ce sens, quoiqu'on ne connaisse pas de Poissons pulmonés parfaits qui correspondraient aux Salamandres. M aù l'absence de poumons à elle seule ne peut pas prouver non plus déj;i empiétement métamorphosées , et bion qu'elles n'aient guère encoro que le quart de la longueur qu'elles doivent acquérir. Ne connaissant pas encore le P. (Ammocète) rouge do Lacépèdc, je ne puis dé- terminer s'il dillcre essentiellement do VA. brancliinlix (l'Ammocète du P. l'hi- neri), Lus Ammocetei que j'ai trouvées dans l'Oder, et que j'attribue au /'. jhivia- tilit , sont aussi plus petites que celles do /'. l'Ianm, quoique les animaux adultes aient des proportions inverses. i« série Zool. T. V. (Cahier n' C.) ,; 25 386 A. MILLER. ques les Lamproies soient des Poissons; car on trouve, en descendant de- puis les Grenouilles jusqu'aux Protêes, que les poumons perdent, et que les branchies gagnent en importance. Les Dérotrètes déjà conservent tou- jours les trous branchiaux ; chez les Protéides, les branchies persistent, et partagent les fonctions avec le poumon. Maintenant est-il invraisemblable que la nature, allant encore un pas plus loin, donne aux branchies toute leur importance, même chez les Amphibies, et réduise à rien celle des poumons? Ceci pourrait cire tout aussi possible que la disparition totale des branchies dans un Poisson. Une répétition de semblables séries dans différents groupes me parait tout à fait dans le sens du système naturel. Jene crois nullement que la présence du poumon dans un Vertébré inférieur en fasse un Amphibie ; mais je ne crois pas non plus que l'absence du poumon le rende impossible ; dans tous les cas , il sera important de voir ici une métamorphose qui ne conduit pas aux poumons , mais qui s'arrête aux branchies ; car elle implique nécessairement ou l'existence d'un Poisson à métamorphose, ou d'un Amphibie sans poumons. Voyons alors comment les autres caractères principaux se groupent. Les caractères les plus certains pour grouper les animaux nous sont fournis par le cœur dans ses maintes modifications. Les Amphibies nus ont un bulbus arleriosus musculeux qui manque complètement aux Cyclostomes, de même qu'aux Lamproies, au moins dans leur première période. Ainsi les Cyclostomes s'éloignent déjà par le raractère le plus essentiel des Amphibies nus. Ceci n'implique cependant pas encore la nécessité d'adjoindre ce groupe aux Poissons ; car j'ai observé dans leur bulbe un appareil qui les sépare aussi des Poissons, et qui pourrait à la rigueur caractériser un groupe par- ticulier d'Amphibies. Les Ammocètes de la petite Lamproie et de la Lamproie de rivière, ainsi que leurs parents, ont immédiatement au-dessous des deux valvules semi-lunaires une pelote en forme de segment de sphère. Les coupes des deux pelotes se confondent avec la paroi artérielle ; les surfaces sphériques sont tournées l'une vers l'autre. La paroi interne du bulbe artériel est parfaitement lisse , et se dislingue par là du bulbe non musculeux des Poissons, qui est garni intérieurement , peut-être sans exception , par les entrelacements multiples du système trabéculaire. Ces deux appareils sont très élastiques , et doivent amoindrir le choc du sang. Chez les individus conservés dans l'esprit-de-vin, ces pelotes ne sont pas bien distinctes, parce qu'on les trouve fréquemment affaissées et souvent détruites, ce qui fait qu'on ne les avait pas encore observées. Dans une Lamproie marine, DÉVELOPPEMENT DES LAMPROIES. 387 je les vis assez distinctement pour me convaincre de leur existence. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'examiner de Myxinoïde sous ce rapport. Jean Mûller fut le premier qui se servit de la colonne vertébrale pour différencier les Amphibies des Poissons. Mais les caractères qu'il a donnés a l'occasion de la classification des poissons pulmonés ne se rapportent qu'à la charpente solide, qui n'appartient pas auxCyclostomes. Dans un tra- vail récent sur la colonne vertébrale des Poissons (voy. ses Archives 1853), j'ai cherché à démontrer la différence entre les côtes des Poissons et celles des Amphibies nus et des Vertébrés supérieurs, et à prouver que, chez les Poissons seulement , le rayon ventral de la colonne vertébrale fonctionne comme côte ; que dans les classes supérieures, c'est toujours le rayon latéral , mais que les rayons vertébraux doivent être considérés comme des formations osseuses et cartilagineuses des cloisons longitudi- nales des animaux, c'est-à-dire des membranes qui réunissent les rayons vertébraux homologues, lorsque ces derniers sont développés. Souvent, lorsque les rayons vertébraux n'existent pas, ces tissus mem- braneux sont néanmoins parfaitement visibles comme dans le cas actuel. Dans la coupe transversale d'une Lamproie lluviatile, je vois sous la chorde ce tissu fibreux embrasse) les \ aisseaux, et se prolonger sans interruption (en continuant les coupes de plus eu plus en arrière) dans le côté ventral de la queue, où il embrasse les vaisseaux de la même manière. C'est donc \eseplum longitudinale ventrale qui enlace généralement le rayon ven- tral. Il produit même à la partie antérieure de la chorde, chez le P. mari- nus, des rudiments de rayons vertébraux que Jean Millier a figurés. S'il en existait de même à la partie postérieure, ils s'adapteraient à ce tissu situé au-dessous de la chorde, le long des vaisseaux, et se prolongeraient dans les côtés des arcs inférieurs de la queue, comme les rayons dorsaux de la moelle épinière qui existent effectivement dans ce même tissu. Le rayon latéral n'est développé qu'en avant, où il forme les arcs branchiaux carti- lagineux; plus en arrière, je n'en aperçois aucune trace, non plus que du septum latérale H n'y a donc de possible pour les Lamproies que des côtes de poisson, et ce caractère me parait décisif dans l'état actuel. Par rapport à la structure du cerveau, j'observerai seulement que les Lamproies ont un troisième ventricule séparé des quadrijumeaux. Par ce caractère, ils s'éloignent de tous les Poissons, el B'accordent avec tous les Amphibies; de plus, les Lamproies se placent très naturellement à la suite de Lmphibiee nus par leur cervelet rudimentaire. Ce qui doit rendre suspecte la sûreté de ces caractères, c'est que le cerveau des Myxinoïdes diffère déjà tellement par toute sa structure de ce- 388 A. MUI.LEB. DÉVELOPPEMENT DES LAMPROIES. lui des Lamproies , et que , parmi les Amphibies nus, le Ménopome est pourvu d'un cervelet bien développé. (Meyer, Analecten zur verghichen- den Anatomie, p. 80.) Ce furent les rapports avec les Amphibies nus fournis par le développe- ment qui me frappèrent le plus. L'apparence de l'œuf, son fractionnement, la formation des cavités internes, et particulièrement la formation de l'in- testin qui n'a jamais de sac vitellin, se rapproche entièrement des Gre- nouilles. (Voyez Remak, Enticiokelung der Wirbellhiere , 1. III.) Il ne faut cependant pas perdre de vue que la portée de ces caractères emprun- tés à l'histoire du développement, qui ne peut être déterminée o priori, est tout a fait incertaine, parce qu'on ne connaît le développement que d'un pelit nombre de Poissons. LesMyxinoïdes, malgré d'importantes dif- férences, sont néanmoins trop rapprochés des Lamproies pour qu'une sé- paration paraisse imminente. Je ne doute pas non plus qu'ils ne subissent également une métamorphose, d'autant plus que Jean Millier y a observé deux arcs aortiques oblitérés. Par cette même raison, on doit s'attendre à voir ces caractères atteindre leur fin dans les Cyclostomes; car les Myxi- noïdes ont de grands œufs ovales , indiqués et figurés par Jean Millier, qui n'ont plus d'analogie avec ceux des Lamproies ; il pourrait bien être qu'un germe seulement se fractionnât dans ces œufs, et qu'il s'y développât un sac vitellin. Le résultat de cette comparaison, après tout, sera donc que les Lamproies resteront des Poissons, malgré la métamorphose. Je réserve une compa- raison plus ample et l'exposition des détails à un mémoire spécial, pour lequel les dessins sont déjà achevés en grande partie. FIN DU CINQUIEME VOLUME. TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS CE VOLUME. IMIOllli:. PHYSIOLOGIE ET CLASSIFICATION DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. Mémoire sur !a mensuration de l'angle facial, par M. Jacquart. . . . 283 Note sur l'encéphale de Y Aptéryx, par M. Dareste 48 Recherches sur la voie par laquelle de petits corpuscules solides passent de l'intestin dans l'intérieur des vaisseaux chylifères et sanguins, par M. Mar- fels 134 Note sur les dimensions des globules du sang chez quelques Vertébrés., par M. Alphonse Milne Edwards. 165 Recherches sur les plexus vascutaires chez différents animaux, par MM. SCHROEDER VAN DER KoLK et VrOLIK 111 Notes sur le cœur, le foie et les poumons d'un Eléphant, par MM. Phili- PEAl'I et VuLPIAlt 183 De l'hermaphrodisme chez eertains'Vertébrés, par M. Defosse. . . . 295 Documents zoologiques pour servir à la monographie des Chéiroptères sud-américains, par M. Gervais 201 Note sur le développement des Lamproies, par M. Auguste Muuer. , 373 ANIMAUX INVERTÉBRÉS. Recherches sur l'organisation et les mœurs du Termite lucifuge , par M. Lespês 227 Observations sur des Staphylins vivipares qui habitent chez les Termites à la manière des animaux domestiques , par M Schiodte 168 Synopsis des Formicides de France et d'Algérie, par M. Nïlander. . . 57 Études sur l'histologie comparée du système nerveux de quelques Anné- lides, par M. Faivrc 337 Note sur un Sèmalo'ide parasite, par M. Lespès 335 Mémoire sur le développement des branchies chez les Mollusques lamelli- branches , par M. Lacaze-Dutimers 5 Notices bibliographique» 110, 224 et 332 TABLE DES MATIÈRES PAR NOMS D'AUTEURS. Alder et Hancock. — Monogra- phie des Mollusques nudi- branches (.In/ionce). . . . HO Beale. — Sur la structure du foie (Annonce) 225 Béchamp. — Essai sur les sub- stances albumiuoïdes et leur transformation en urée (an- nonce) 22i Brandt. — Recherches sur la dis- tribution géographique des r Tigrei (Annonce). . . . 110 Bruand. — Monographie des Psychides (Annonce). . . 226 Carpenter. — Recherches sur les Foraminifères (^Annonce). . 110 Claparède. — Sur la génération alternante, etc. (Annonce). 334 Dareste — Note sur 1 encéphale de l'Aptéryx 48 Davidson. — Histoire naturelle des Brachiopodes (Annonce). 226 Diesing — Sur les Acantho- céphales 333 Dufossé. — De l'hermaphrodisme chez certains Vertébrés. . . 295 Edwards (Alphonse). — Note sur les dimensions des globules du sang chez quelques Verté- brés à sang froid. . . . 165 Faivre. — Études sur l'histologie comparée du système nerveux de quelques Annélides. . . 337 Fitch (Asa). — Rapport sur les Insectes nuisibles (annonce). 384 Gegenbauer. — Classification des Méduses (Annonce). . . . 226 Gervais. — Documents zoologi- ques pour servir a la mono- graphie des Chéiroptères sud- américains 201 Jacquart. — Mémoire sur la men- suration de l'angle facial. . 283 Koelliker et H. Muller. — Re- cherches physiologiques (An- noncc) 226 Lacaze-Dutuiers. — Mémoire sur le développement des bran- chies des Mollusques lamelli- branches S Lespès. — Recherches sur l'or- ganisation et les mœurs du Termite lucifuge 227 — Note sur un Nématoïde pa- rasite des Termites. . . . 335 Marcel de Serres. — Extrait d'une lettre au sujet du genre Sloa 168 Marfels. — Recherches sur la voie par laquelle de petits corpuscules solides passent de l'intestin dans l'intérieur des vaisseaux chylifères et san- guins. 134 Moulenié. — Sur la reproduction des Trématodes (Annonce). . 334 MuLLER(Auguste). — Note sur le développement des Lamproies. 375 Muller (H.). — Recherches oph- talmologiques (Annonce), . 333 Nvlander. — Synopsis des For- micidesde France et d'Algérie. 57 Owen.— Analomie du Fourmi- lier, etc. (Annonce). . . . 333 PniLipEAUx et Vclpian. — Notes sur le cœur, le foie et les pou- mons d'un Éléphant. . . . 183 Picard. — Sur la présence de l'urée dans le sang humain (Annonce) 224 Sars , Koren et Danielsov. — Faune maritime de la Nor- wége (Annonce) 332 Schiodte. — Observations sur des Staphylins vivipares qui habitent chez les Termites à la manière des animaux domesti- ques 168 Scuroeder van der Kolk et Vro- lik. — Recherches sur les plexus vasculaires chez diffé- rents animaux m Tchiatcheff. — Sur l'Asie Mi- neure (Annonce) 226 TABLE DES PLANCHES. 391 Terqiem. — Paléontologie du Lias [Annonce) 334 Vrolik et Meisborn.- — Questions du jour [Annonce). . . . 110 Vrolik. Voy Schroeder. Vulpian. Voy. Philipeai'x. Wagner. — Sur le développement des Cesloïdes [Annonce) . . . 110 TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. 1 . Staphyliniens vivipares. 2. Développement des branchies. 3. Formicides de France et d'Algérie. 4. Plexus vasculaires. 5. Termites. 6. Anatomie des Termites. 7. Système nerveux des Termites. 8. Organes génitaux du Serran [fcakis migrons). FIN DE LA TABLE. i ,-.-. .,■ fa i ■ ■ ./fi// i&lf JCÛftC 'i'"" -* Zool. Tome . I Dé&eé0Bpe0ie/i6 des /3rasicàics . .1 A,-H,.-nJ itltfi ' .,-.:, !,■.,,.■ , tti/itftv .'./r//. n.i. ^l'.K-sst- Zoffl -/;•„,<■ S /'/ 3 fi'wjrueùfar t/c //>""<■ <■' />■'"<■ tf./UmtnU mf • J** y -"-- ■ ' ' ■ \ i m i oies Se N'ai V Si i le Zool.Tome 5 PI î 'i EXUS VASCULAIRES ■ «* / ('/ /// //<".! ■ . ■ .. mat ./.■/ 7 /'/•/// //ex. ' .„-.. ■. Ccru nal #*S Zool Tome S I'l ô' . ///,///'//// c f/r.v 7'r/'/////r. . . jt. ■..,/ pSA-ie • / jj rtilt Je/ . fysééme nerveux des /*u-mi/es ■ & f-fs ,,..,.,■... 4 '■'■■■■ ■ Eool Tome 5 /Y S. i _ t> Organes çén&éeuŒ