MTii'V' ' 1 i fi 'r^^'^'-¥^T17^ TyiS' 'iTT'"^r 'iy'-'~-^^' > / Z.3.?50 ANNALES DES SCIENCES NATURELLES TOME X. IMPRIMÉ CHEZ PAUL RENOUARD, HUE GARAHCIÈRE , 5, ANNALES DES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT la zoologie, la. botanique, l'anatomie et la physiologie comparées des deux règnes, ET l'histoire des CORPS ORGANISÉS FOSSILES j REDIGEES POUR LA ZOOLOGIE * PAR MM. AUDOUIN ET MILNE EDWARDS , ET POUR LA BOTANIQUE PAR MM. AD. BRONGNIART ET GUILLEMIN. TOME DIXIÈME. — ZOOLOGIE. PARIS. CROCHAIlD&C% LIBRAIRES-ÉDITEURS, l'tACE DE J,'|'COLE-DE-Mi';DECINE, N. 4 3. 1838. ANNALES DES SCIÉIVCES NATURELLES. PARTIE ZOOLOGIQUE. I. Observations sur les Eponges etenparticuliersur la Spongille ou Eponge d'eau douce. Par F. DujARDiN. Après que l'étude des Rhizopodes et des Amibes m'eut mis sur la voie de robservation des mouvemens très lents, et, en quelque sorte, micrométriques dans les organismes inférieurs, je m'efforçai de pénétrer, d'après cette donnée, le mystère de l'organisation des Eponges ; mais , bien que j'en eusse vu assez pour mon entière conviction , relativement à la nature animale de ces êtres , je sentais que ce n'était pas assez pour déterminer aussi la conviction des naturalistes qui ne seraient pas, comme moi , arrivés à la connaissance de ce fait par une foule d'inter- médiaires. Mes premières observations sur ce sujet sont du mois de septembre i835. Je voyais alors, dans la Cliona celafa^ cetKe singulière spongiaire occupant, dans des pierres calcaires , des trous qu'elle n'a point creusés , mais qui sont dus à une sabelle trouvée souvent dans les mêmes pierres; je voyais, dis-je, avec les spicules en forme d'épingUs, des globules irréguliers 6 F. DUJARDiN. — Sur les éponges, d'une substance glutineuse contractile , qui , placés sous le mi- croscope, à l'abri de tout dérangement et dessinés vingt fois de suite, à cinq minutes d'intervalle, montraient vingt aspects différens. La Spongia partie e a qI plusieurs espèces distinctes, formant des plaques rougeâtres à la base des Fucus y ou des masses irrégulières qui empâtent des liahmenia, et pourvues de spicules calcaires , me fournirent aussi, par le déchire- ment , des globules de substance glutineuse, qui changeaient de forme sous le microscojje, ou, tout au moins,, montraient des cliangemens intérieurs : il en était de même aussi pour les globules glutineux , que je trouvais , en déchirant la Spongilla lacustrisy dont les spicules sont siliceuses. Mais des résultats bien plus surprenans, trop siirprenans peut-être, m'étaient don- nés par luie production charnue, blanchâtre, demi transpa- rente, un peu gélatineuse, résistant à la pression et formant des plaques à la base des Laminaria palmata , sur les côtes du Calvados. J'avais pris d'abord cette production pour une des Ascidies composées, si comnuines dans le même lieu; mais, en l'examinant avec soin, je n'y pus trouver aucune trace du tissu, ni de cristaux calcaires ou de spicules : je n'y vis absolument rien autre chose que des globules charnus, irrégulier^'et granu- leux, de TT millimètre environ, qui, au bout de quelque temps, émettaient des prolongemens assez déliés , de -h millimètre tout au plus, et finissaient par être entourés de filamens ex- tensibles , changeant lentement de forme (fig. 5). Cette obser- vation , faite d'abord en septembre, répétée en octobre, ne pouvait me laisser de doute sur la nature animale de cette pro- duction et sur son affinité avec les Eponges. J'avais sous les yeux de ces rubans charnus , formés par les œufs des Doris et des autres Mollusques mis : j'étudiais en même temps un grand nombre d'Ascidies composées : les termes de comparaison ne me manquaient donc pas pour bien distinguer la nouvelle spon- giaire , et mon opinion s'est trouvée confirmée à mesure que plus tard j'ai davantage examiné les Spongilles. Il est peut-être prématuré d'imposer une dénomination à une substance qui pré- sente si peu de caractères zoologiques; cependant, comme toutes !es spongiaires sont dans ce cas , et que leur classification ré- E. DUJARDiN. — Sur les éponges. j clame une réforme complète , je proposerai , en attendant, de nommer notre nouveau type halisarque {Jialisarca). Depuis cette époque , ayant examiné à plusieurs reprises les Spongilles , je vis chaque fois plus distinctement les mouvemens que j'avais aperçus. Mon microscope recevait incessamment des perfectionnemens qui me rendaient plus sûr de mes observa- tions. Déjà, au mois de mai iSSy, je vis clairement les parcelles glutineuses, détachées des Spongilles de l'étang de Meudon,se mouvoir sur le porte-objet du microscope, en émettant des expansions arrondies et des prolongemens plus ou moins effilés, comme les Amibes ; je vis aussi quelques-unes de ces parcelles se mouvoir d'une autre manière, en agitant des filamens très longs d'une ténuité extrême. J'avouerai que cette dernière cir- constance m'enjpêcha seule de publier alors mon observation, parce que je me croyais si peu sûr de revoir à volonté ces filamens, que je n'osais annoncer l'existence d'un fait que je n'aurais pu démontrer. Des Spongilles , recueillies dans la Seine, au mois d'octobre suivant, me montrèrent encore les mêmes phénomènes, et sur- tout, plus clairement encore les filamens flagelliformes ; mais, comme l'eau commençait à s'altérer par la putréfaction, je conçus des doutes sur l'existence réelle de ces filamens dans les Spongilles bien fraîches, je crus qu'il pouvait y avoir eu la pro- duction de monades à filamens ou tout au moins altération de l'Eponge. Je résolus donc d'attendre au printemps pour étudier de nouveau les Spongilles, que j'étais certain de trouver à l'état naissant sur les étuis des larves de Frigane dans l'étang de Meudon. Il faut savoir avec quelle rapidité les Eponges corrompent l'eau des flacons, pour concevoir combien de difficultés j'ai rencon- trées, pour les conserver vivantes pendant cinq ou six jours: aussi ne puis-je m'empêcher d'être surpris , en voyant M. Ger- vais annoncer qu'd a fait revivre, en les replaçant dans l'eau, des Spongilles déj/i desséchées. Rien des fois il m'est arrivé de voir toutes mes Spongilles mortes avant vingt-quatre heures, et par conséquent de j)erdrc ainsi l'occasion de les observer. Je n'ai bien réussi enfin à les conserver qu'en rapportant seulement deuxou trois étuis de frigancs, chargés de Spongilles naissantes 8 F. pijJARDiN. — Sur les éponges. dans chaque flacon rempli d'eau, avec beaucoup d'herbes aqua- tiques, et en les plaçant chez moi clans des vases peu profonds, car déjà , dans l'élang où elles vivent , elles ont choisi leur site d'habitation sur les étuis des larves qui les ramènent toujours près de la surface. Ces jeunes Spongilles sont d'un beau vert, et leur surface est plucheuse.Ce n'est qu'à l'arrière-saison qu'elles sont ramifiées. Un fragment,enlevé avec la pointe d'un scalpel et placé souslemicro- scopeavec de l'eau entre deux lames de verre, laisse voir, avec les spiculesjdes groupes plus ou moins irréguliers de matière gluti- neuse vivante, farcie de très petits grains verts dans les parties les plus épaisses, et diaphanes près des bords d'où l'on voit sortir, au bout d'un certain temps de repos des expansions très diaphanes contractiles, de forme variable, comme celles des Amibes. Un grand nombre de parcelles arrondies, de -sV à r^ millimètre en- viron (fig. 2 a, bjc), se voient en même temps dans le liquide, qu'ils traversent, en rampant sur la plaque de verre , au moyen de leurs expansions successivement développées, puis retirées et remplacées par d'autres. J'ai vu à une de ces parcelles jusqu'à six expansions arrondies sur son contour. Leur forme change assez promptement; et, à une minute d'intervalle, les expansions ont déjà été remplacées par d'autres , surtout si la température est assez élevée, car le froid ralentit considérablement ces mou- vemens. Dans le liquide aussi se voient des masses irrégulières , for- mées par le groupement des mêmes parcelles vivantes. Ces masses, si elles sont trop volumineuses, ne changent pas de place ; mais, sur leur contour, on voit bien clairement se former et disparaître successivement les mêmes expansions arrondies, tellement diaphanes, qu'on ne les aperçoit qu'en faisant naître, par le mode d'éclairage, des ombres sur leur contour. Quel- quefois aussi, quand le mouvement est plus vif, les expansions s'allongent bien davantage et deviennent effilées, digitées ^^fig. 4), comme celles de certaines Amibes , ce qui empêche de penser que ces expansions effilées résultent de letirement de la masse glutineuse , fixée en un point sur le verre , c'est que leur pro- longement successif se fait précisément dans le sens du mouve- F. DUiARims". — Sur les éponges, g ment indiqué sur la figure par une petite flèche (r). Dans ce cas, d'ailleurs, le mouvement étant plus considérable , on distingue le transport et le reflux des particules contenues dans la sub- stance glutineuse diaphane, comme on le voit dans les Rhizo- podes. Dans ces diverses parcelles vivantes , on voit des granules colorés en vert au printemps , grises ou jaunâtres à l'arrière- saison , et que je ne puis regarder comme des organes impor- tans, ou comme des ovules de l'Eponge; ils ont le même aspect, les mêmes dimensions que ceux qui colorent les infusoires, et je serais bien tenté de leur attribuer la même origine. Je suis d'autant plus fondé à penser ainsi, que j'ai vu les Amibes, ordi- nairement incolores, contenir des granules rougeâtres après que dans le flacon d'infusions il se fût développé sur les parois une substance rouge par l'effet de la putréfaction. C'est ce seul fait des expansions contractiles et des mou- vemens de reptation que j'annonçais à l'Académie des Sciences, le i3 mai de cette année, comme démontrant suffisamment la nature animale des Eponges; j'étais, en effet, certain de pouvoir rendre témoins de ce même fait les naturalistes, qui voudraient bien le vérifier. J'avais bien encore revu les filamens flagelli- formes, mais j'avais besoin de voir ce fait constaté par d'autres observateurs, pour l'annoncer avec confiance : c'est ce que je fis, le i8 mai, à la Société Philomatique, après que MM. Turpin et Milne Edwards eurent vu, comme moi, les filamens agités sur le contour de certains fragmens (fig. 3) , qui, dans ce cas, n'étant point en repos , ne peuvent également ramper sur la lame de verre, au moyen de leurs expansions. On pouvait objecter que ces filamens appartenaient à des infusoires étrangers à l'Eponge et logés accidentelleuient dans ses interstices; cependant, comme j'avais vu constamment la même chose sur des parcelles détachées de la surface , je ne pouvais conserver de doute. Ainsi donc , connue je n'ai pu les voir en place , |)uisque rcmj)loi d'un grossissement suffisant exclut la possibilité de voir de pareils détails dans la masse de l'éponge ,je me crois fondé à admctlrcque celle masse est formée de parcelles auior|)hes , analogues aux Aujibcs , s'appuyant sur lo F. DU JARDIN. — Suv les épongcs. les spiciiles ou sur le squelette, quel qu'il soit, de l'cpouge , et changeant de forme , en émettant des prolongemens dans dit'fé- rens sens, pour présenter leurs diverses parties au contact du liquide et s'accroître par suite de l'absorption ayant lieu k leur surface. De ces parcelles les plus extérieures sont, en outre, munies de longs filamensflagelliformes, comme les Monades, les Gonium , les Volvox, etc. , pour déterminera la surface le déplacement de l'eau et par suite les courans dans les oscules , d'où résulte un contact plus multiplié de la partie vivante avec le liquide , qui lui fournit des matériaux d'assimilation. Le squelette de l'éponge est toujours un produit de sécrétion, et jamais , comme on l'a cru d'après une observation superfi- cielle, un résultat de la cristallisation, comme ce qu'on voit chez les végétaux. Ce squelette présente trois modifications princi- pales : 1° il est formé par l'entrelacement de fibres cornées pleines et non tubideuses, analogues aux arbuscules du yolpox vegetans , dont je parlerai tout-à-l'heure ; 2° ou bien il n'est formé que de spicules fusiformes ou diversement soudées , de nature calcaire ou siliceuse; 3° ou enfin il est formé de spicules enveloppées dans des fibres cornés , résultant de la formation de couches successives, déposées autour de ces spicules, comme dans une espèce rameuse, que j'ai observée et que je crois être la Spongia ramosa. J'ai représenté , dans la figure 1 de la planche 1 ; les principales formes de spicules que j'ai obser- vées dans la spongille , en réunissant dans un même fragment idéal les formes les plus communes avec celles qui sont vérita- blement accidentelles. Les spicules les plus communes (a) sont lisses et fusiformes, quelquefois un peu courbées en arc, longues de j millimètre et épaisses de iV à ^î: millimètre. On distingue dans leur épaisseur des couches successives, et dans plusieurs on aperçoit au centre Tapparencedu canal longitudinal; d'autres, qu'on voit assez souvent, sont noueusc'î (è), soit au milieu , soit à l'extrémité; d'autres (c) présentent des inflexions brus- ques ou des rameaux latéraux ; j'ai vu quelquefois aussi des petites cavités à l'intérieur; enfin une dernière espèce de spi- culessix ou huit fois plus petites, est remarquable par les épines nombreuses dont elle est hérissée. On ne peut doue réellement F. DU JARDIN. •— Sur les éponges. n voir dans les spicules des cristaux même irréguliers, tandis que, pour le dire en passant , les petites concrétions étoilées qu'où trouve dans l'enveloppe commune des ascidies composées, sont des petits groupes de cristaux de carbonate de chaux , dans les-» quels on reconnaît au moins la forme d'un rhomboèdre aigu. Il me manque trop de choses encore pour que j'aie la prêtent" tion de donner ici uu travail tant soit peu complet sur les éponges ; j'ai voulu seulement faire connaître des faits nouveaux dont l'observation devra être suivie et répétée sur les espèces marines. Je crois donc pouvoir me dispenser de donner ici un historique complet des travaux publiés sur le même sujet, je me bornerai à rappeler sommairement que M. Raspail a prétendu démontrer que les spicules ont une forme cristalline bien déter- minée, que ce sont des prismes hexagones terminés par des pyramides très aiguës, d'où il a voulu former, pour ces prétendus cristaux , le nom de quartz hypéroxide. Plusieurs observateurs, tels que MM. Gray, Dutrochet, Linck et Gervais en ont voulu faire des végétaux. Ce dernier a même annoncé, en i835 , que les Spongilles desséchées peuvent reprendre toute leur vitalité, si on les replace dans l'eau: il a considéré comme des graines analogues à celles des végétaux inférieurs, comme des sporanges, les œufs qu'on trouve à l'arrière-saison dans la spongille. M. Dutrochet , en 1828 , publia ses observations , qui dataient déjà de plusieurs années: il avait observé la Spongille à la simple loupe, et avait vu des courans se produire par les ouvertures de la surface; mais il n'avait vu aucun signe d'irritabilité: il attribue ces courans à l'absorption qui se fait par toute la surface et qui gonfle la membrane extérieure : or, tout en admettant l'existence de cette membrane, il cite un fait d'agglutination de deux frag- inens , qui semble la contredire. M. Dutrochet rapporte qu'un fragment de Spongille , rempli de corps oviformes jaunes, ayant été conservé dînant tout l'hiver avec de l'eau renouvelée, parut se décompost^r et ne laisser que les fibres (les spicules) et les corps o\ifornies; ensuite, au printemps, il vit cette production renaître, pour ainsi dire, reprendre sa couleur verte et s'ac- cr(ntre , et , durant cet accroissement , les corps oviformes se flétrir et finir par ne plus ofOir qn'inu) coque aplatie, entière- 12 F. DUJARDm. «— Sur les éponges. ment vide. Comme l'eau du vase était très pure, M. Dutrochet en conclut que l'accroissement s'est opéré aux dépens de la substance organique contenue dans les corps oviformes , qui sont, dit-il, des espèces de tubercules, des réservoirs de matière nutritive , pour servir au développement du végétal et à sa reproduction au printemps. Il se fonde , en outre , pour regarder la Spongille comme un végétal , sur sa couleur verte , sur son mode d'accroissement à la manière des ulves , et sur ce qu'elle ne contient point de polypes ni de cavités alimentaires; enfin sur ce qu'elle se nourrit exactement comme les végétaux , au moyen de l'absorption de l'eau , chargée de substances nu- tritives. On voit que tous les argumens de M. Dutrochet reposent sur des définitions anciennes de l'animal , et que des observations faites avec des instrumens plus puissans ne pouvaient manquer de les contredire en partie. Du reste, M. Dutrochet, qui refuse d'admettre la contractilité dans les éponges , explique tous leurs changemens de forme par le mouvement des molécules , probablement vésiculaires , suivant lui, qui composent le tissu de la membrane extérieure. Ces changemens , dit-il , sont dus à un mouvement de trans- port des globules élémentaires d'un lieu dans le lieu voisin. Ces globules , ajoute-t-il , se meuvent les uns sur les autres, sans quitter leur adhérence par une sorte àe glissement ^ et cela par l'effet d'une force inconnue , qui appartient au tissu vivant. Plus loin il dit encore : « Le glissement spontané des globules élémentaires les uns sur les autres est donc ici un fait démontré, et ce fait est de la plus haute importance en physiologie. C'est une action vitale nouvelle qui joue certainement un des princi- paux rôles dans le phénomène de l'accroissement en longueur des végétaux ». Je n'ai aucunement la pensée de combattre de telles déductions , et, si je m'y arrête plus long-temps que n'aurait comporté le. cadre démon travail, c'est parce que, informé que M. Dutrochet avait réclamé auprès des commis- saires de l'Académie à ce sujet , j'ai voulu montrer combien mes observations sont différentes des siennes. Parmi les travaux des naturalistes qui ont cru à l'animalité de F. ^)TJJAnDI^^ — Sur le J^olvox végétant. i3 rEponge,jeciteraiseiilement ceux plus récens deM. Grant(i825) qui a bien vu les courans clans les Eponges, mais qui n'a pu reconnaître aucun si^ne de contractilité ni aucun organe des- tiné à produire les courans; enfin les l'echerches de MM. Au- douin et Milne Edwards, qui, en 1828, ont confirmé les obser- vations de M. Grant, et de plus ont "vu distinctement, dans les Thétyes , genre si voisin des Eponges, les courans se ralentir et les oscules se contracter lentement jusqu'à se fermer quand on irrite l'animal ou quand on le retire de l'eau. II. Sur le Volvox végétant de Millier (Jnthophysa Bory). Par M. F. Dujardin. Les observations qui précèdent me déterminent à publier ici quelques détails sur le P^olpox vegetans de Miiller, Cette sin- gulière production est très commune dans la Seine , surtout à la fin de l'été. Si l'on place dans un flacon des conferves ou d'autres petites plantes recueillies sous les pierres submergées dans les mois d'aoiit , de septembre et d'octobre , on aperçoit , à l'aide d'une simple loupe , sur les parois du flacon , après quelques jours, de petits arbuscules microscopiques brunâtres, qui se sont développés en place;car ils sont un produit de sé- crétion pour les infusoires qui terminent en groupe chaque petit rameau. Ces arbuscules, enlevés avec une plume taillée en cuiller, et transportés sur le porte-objet du microscope, paraissent formés d'une substancecornée, qui se durcit et se colore peu-à-peu ; car la base des tiges est plus brune et plus solide , tandis que les ra- meaux sont de plus en plus transparens jusqu'à l'extrémité, qui est incolore et presque diaphane et plus molle. C'est là que sont fixés les infusoires, groupes eu rosace ou comme les carpelles d'une i/î F. DU JARDIN — Sur le Volvox végétant. framboise ou d'une mûre. Ces infusoires sont très petits, ovoïdes ou pyriformes, presque diaphanes, et paraissent d'abord de simples corpuscules glutineux , sans organes extérieurs ; mais en regardant avec plus d'attention et en faisant naître convenablement des ombres sur le contour, on reconnaît que chaque corpuscule est nnnii d'un long filament flagelliforme , continuellement agité d'un mouvement ondulatoire comme celui des monades. Les tiges et les rameaux des arbuscules sont presque partout d'un même diamètre, à moins que plusieurs ne' se soient soudés parallèlement , ce qui les fait alors paraître fascicules : ils sont rugueux ou irrégulièrement granuleux : on serait quelquefois tenté de croire que ce sont des tubes creux ; mais il paraît beaucoup plus probable que ce sont des tiges pleines , sécré- tées successivement par le groupe d'infusoires , auxquels ils servent de support , et bifurques ou divisés irrégulièrement là où le groupe d'infusoires , trop nombreux , se partage en deux, mais jamais véritablement dichotomes, comme l'a supposé mal- à-propos M. Bory de Saint-Vincent. J'ai cru aussi voir quelque- fois des anastomoses ; j'ai même représenté dans la figure ci- jointe (pi. I, fig. 6 a) une de ces anastomoses apparentes; mais je n'ai f)as une entière certitude sur cet objet. ,;» En même temps que les arbuscules complets, on voit souvent aussi, dans le champ du microscope, des rameaux privés du groupe terminal d'infusoires, ou bien de ces mêmes groupes déta- chés, qui se meuvent en tournant dans le liquide et ressemblent alors à certains monadaires , tels que les Uvella {Monas ni>a et FoIpox um de Mûller), qu'on trouve toujours ainsi réunis en groupes. C'est au moyen des filamens flageUiformes dont sont munis chacun des infusoires partiels , que la masse se meut en tourbillonnant dans le liquide, et, en les observant pendant quelque temps , on peut \oir aussi ces petites masses se désag- gréger. Chaque infusoire se meut isolément alors , en agitant son filament et en changeant de forme , tantôt plus court et presque globuleux ; tantôt allongé, pyriforme, avec un ou deux renflemens , dont l'antérieur, toujours plus gros, est oblique- ment tronqué. F. DUJARDiN. — Su7' le P^olvox végétant. i5 Millier, le premier {Jnimalcula infusoria, p. 22), a décrit cette espèce d'infusoire. Il s'exprime ainsi : « Des flocons rameux opaques, invisibles à i'oeil nu, dont les rameaux dia- phanes à l'extrémité sont terminées par des rosaces f'orméesd e corpuscules très petits , ovoïdes , transparens ». Mais , dans sa phrase caractéristique , il dit à tort que les rameaux sont simples et dichotomes. H avait pensé d'abord que c'était une verticelle microscopique; puis, dit-il, n'ayant point aperçu de mouve- mens dans les rosaces , il crut plus convenable de la ranger parmi les moisissures ; mais une étude persévérante lui fit dé- couvrir le mouvement des rosaces sur les rameaux ; puis enfin leur séparation et leur mouvement de rotation dans le liquide lui causèrent une grande admiration {admirationem non lœuem injecerunt)^ le déterminèrent à la placer parmi les Volvoces, en lui donnant un nom spécifique , exprimant leur ressemblance avec une petite plante. M. Bory de Saint-Vincent n'ajouta aucun fait à leur histoire; mais, préoccupé de la création de son nouveau règne psycho- diaire,ilcrut avoir trouvé dans le Volvox vegetansxm des types de ce règne, et le nomma Anthophysa dichotoma. « C'est,dit- il {Encyclopédie méthodique , Zoophjtes y t. n),bien évidemment une petite plante confervoïde jusqu'à l'instant où l'extrémitde ses rameaux vient à produire des glomerules de petits corps transparens, qui ne sont eux-mêmes que des Zoorarpes, c'est- à-dire les sémiuules vivantes d'êtres dont la condition fut pure- ment végétale jusqu'à l'émission de ces séminules. On voit par là que M. Bory a supposé que les rosaces ne paraissent qu'à une certaine époque , à l'extrémité des rameaux d'un arbuscule vivant par lui-même, tandis que c'est le contraire qui a lieu. Les rosaces préexistent, plus ou moins considérables, et donnent naissance aux arbuscules, par une sorte de sécrétion analogue à celle des Polypes qui habitent des tubes cornés. Tous les ra- meaux qu'on voit dépourvus de rosaces le sont par suite de la sé- paration de ces dernières, soit qu'elles soient mûres, soit qu'un accident les ait détachées M. Bory, d'ailleurs, reconnaissait la par- faite analogie des rosaces détachées de son Anthopliysa avec les IJvella, que pourtant il consent à laisser dans le règne animal, et il i6 F. DUJARDI]S^ — Su7' des Monades àfdament multiple. ajoute avec raison que les rosaces de l'Authophysa se dissolvent en zoocarpes isolés et agissans , en tout semblables à des mo- nades ; mais il faut remarquer que les monades pour M. Bory étaient encore dans ses derniers ouvrages sur ce sujet , ainsi que tous les gymnodes , des êtres très simples de forn\e par- faitement déterminée et invariable , où l'on ne reconnaît aucun organe, ni cirrhes vibratiles, ni même la moindre apparence de poils ou de cils quelconques. M. Ehrenberg (i832) , qui pourtant le note comme une des espèces qu'il a observées lui-même , range le Volvox vegetans dans son genre Epistjlis, formé avec les vorticelles les plus parfaites , celles dont le pédicule est raide , non contractile, et qui se rapprochent davantage par là des polypes à polypier tubuleux corné. M. de Blainville se borne à dire , dans son ^c« tinologie , qu'il croit s'être assuré que le Volvox vegetans n'est formé que de Volvoces ordinaires agglomérés par accident à l'extrémité de plantules. Voilà donc bien des opinions contradictoires sur ce sujet ; mais heureusement que cette production très commune pourra être facilement soumise à l'observation désormais avec des instrumens qui ne permettront pas de conserver de doute sur sa vraie structure, non plus que sur celle desGonium, des Monades, du Volvox globator, etc. On demeurera convaincu alors que des animalcules monadaires, aussi simples que les parcelles vi- vantes des Eponges et pourvues d'un filament flagelliforrae , peuvent s'aggréger en groupes nombreux et sécréter en com- mun un support corné, composé de fibres rameuses, analogues à la charpente des Eponges fibreuses. DUJARDiN. — Sur dea Monades à fdament multiple. ï -7 in. Sur des Monades à fdament multiple. Par M. F. DruARDiN. Il est malheureusement si vrai que le microscope, avec tous les perfectionnemeus qu'il a reçus, ne peut amplifier avec avan- tage plus de cinq cents fois le diamètr"e, et nous avons tant de motifs d'espérer que prochainement cet instrument aura acquis une puissance nouvelle , que l'on est tenté d'ajourner toute pu- blication sur des objets à la veille peut-être d'être beaucoup mieux connus ;3cependant il convient aussi de signaler aux observateurs les nouveaux détails d'organisation que nous montre le microscope à mesure qu'il reçoit quelque améliora- tion partielle , soit dans la confection des lentilles , soit dans le centrage et la disposition de ses diverses parties, soit enfin , ce qui n'est pas moins important,dans l'emploi de la lumière des- tinée à éclairer l'objet. C'est pour cela , et pour me rendre aux avis de quelques personnes , qui ont bien voulu voir avec moi d'abord, pour le voir seules ensuite, le filament flagelliforme, dont j'avais annoncé l'existence dans certaines espèces de Monades; c'est, dis-je , pour cela que je publie ces notes isolées , que j'ai recueillies avec beaucoup d'autres , devant servir à une histoire des infusoires. Depuis plusieurs années, j'ai entrepris, contradictoirément avec les travaux renommés d'un célèbre micrographe de Berlin, de prouver que l'organisation des infusoires est réellement fort simple et n'a rien de commun avec celle des animaux supé- rieurs. Cette lâche était d'autant plus difficile, que l'opinion de M. Ehrenberg est appuyée sur le mérite incontestable de cet observateur comme zoologiste, et que mes propres travaux, connus de fort peu de personnes, n'avaient pu encore mériter une entière confiance pour mes opinions. Cependant les faits que j'avais successivement annoncés prouvaient que mes moyens X. Zoob. — Juillet. a i8 F. DDJA.RDiiN\ — SuT dcs Mûnucles à filament mulùple. d'observation étaient au moins égaux à ceux dont pouvait dis- poser ]M. Ehi enberg , et cet iiabile observateur lui-même ayant modifié successivement son opinion sur pUisieurs points essen- tiels, comme l'organisation des Monades, celle des Englena,etc., on était naturellement conduit à conclure que le fait principal sur lequel repose toute sa classification des infusoires polygas- triques, avait été observé par lui à une époque où ses instru- mens étaient fort inférieurs à ceux que nous possédons au- jourd'hui. Or, je le répète, aujourd'hui même que je vois et que j'ai eu l'avantage de pouvoir montrer à plusieurs observa- teurs français ou étrangers dts détails qui avaient échappé aux autres micrographes, je ne vois pas plus qu'aucun autre natu- raliste de Paris les prétendus estomacs multiples appendus en grappe à un intestin central. Je puis ajouter aussi que j'ai eu la satistaction de me voir d'accord sur la signification des vacuoles intérieures (prétendus estomacs) et sur les filarnens flagelli- formes, avec les naturalistes de Paris , dont l'opinion a le plus de prix pour moi. En présence d'une classification unique et basée sur la disposition et le nombre des estomacs , et sur la position de la bouche dans les infusoires, il m'était bien dif- ficile , sans l'attaquer par sa base, de présenter des observations diamétralement opposées sur l'organisation des uifusoires. J'ai donc dû chercher à combattre par des faits la nouvelle théorie, préparant ainsi les matériaux d'une classification rationnelle. Pour quiconque aura examiné légèrement des Monades avec un microscope médiocre ou même ordinaire, ces infusoires sont simplement des corpuscules arrondis ou obiongs, sans organes extérieurs. Pour les partisans de M. Ehrenberg les Monades sont des infusoires poly gastriques anentérés, c'est-à- dire pourvus de plusieurs estomacs, appendus comme des petits cœcums autour d'une cavité buccale , ayant une ioriue cou- stante et non variable, une bouche ciliée ou nue, c'est ainsi , du moins, que ces infusoires sont caractérisés dans la classifica- tion publiée en iSSa ; car depuis il a reconnu que, au lieu de cils vibratiles , les monadaires ont une ou plusieurs trompes fihformes à la partie aniéiieure, et il leur a altiibué un organe glanduleux, qu'il présume être un testicule. Mais, pour celui F. DUJARDIN. — Sur des Monades à fdament multiple. 19 qui cherche avec persévérance à pénétrer les mystères du monde microscopique , les Monades sont des animalcules for- més d'une masse glutineuse arrondie ou oblongue , irrégur lièrement tuberculeuse, privée de tégument et susceptibiles de changer de forme , en s'agglutinaut au support et en s'éti- rant en fil. Souvent, à l'intérieur j on voit des vacuoles rem- plies d'eau et conséquenunent réfractant moins fortement la lumière que la substance charnue environnante, et s'ouvrant en un point quelconque de la surface , sans avoir d'autre desti- nation probable que de multiplier les surfaces de contact du liquide et du corps de l'animal. Souvent aussi se voient à l'inté- rieur des corpuscules, les uns produits de sécrétion, les autres en apparence contenus comme des corps étrangers ,et des par- ties plus opaques, qu'on ne peut rationnellement considérer comme des organes génitaux, ainsi que l'a fait M. Ehrenberg. Du corps de la Monade partent un ou plusieurs filamens d'une ténuité extrême, égalant au moins deux ou trois fois le diamètre du corps et vivement agités d'un mouvement ondulatoire; de ces filamens, les uns paraissent constans et sont dirigés en avant, les autres dirigés dans un sens quelconque , sont formés évidemment par l'étirement de la masse, qui s'est agglutinée par un point quelconque à un corps étranger ou au support. De là résultent des assemblages singuliers de Monades, quand ces animalcules , s'étant soudés par le contact, sont encore retenus par la partie étirée en fil. Les filamens accidentels, ordinairement un peu plus gros que les autres , se meuvent de la même manière , quoique moins vivement : les uns et les autres sont susceptibles de s'agglutiner sur le support , et je ne vois aucun motif plausible , pour en faire des trompes, comme le veut M. Ehrenberg. J'avais même dit, en décrivant le Diselmia viridisj que je regardais leur multiplicité comme un argument sans réplique contre une telle signification ; cependant je vois par le dernier mémoire de ce savant observateur, qu'il est dis- posé à admettre autant de trompes que de filamens. J'avais eru avoir le premier observé les filamens llagelliformes locomoteurs (prétendues trompes) des infusoires; car je ne coUt naissais tle M. iJuenbcrg, que ses preiuicrs mémoires. 1 daiift 20 F. DUJARDiN. — Suf cUs MoTiacles à filament multiple. lesquels il atlribue aux Monades et auxEuglenaun cercle de cils autour de la bouche; mais je dois reconnaître que la date de son dernier mémoire sur ce sujet (i 835-1 836) est antérieure à celle de mes observations , quoique nous ayons vu d'une manière un peu différente et interprété tout autrement ce que nous voyions. 11 est bien sûr que, quand on cherche la vérité, de quelque point qu'on parte, on doit arriver au même but plus tôt ou plus tard; et je vois avec plaisir que le célèbre micrographe de Berlin sent la nécessité de faire entrer dans la classification des monadaires la considération des filamens flagelliformespluson moins nom- breux. Incontestablement ce sera beaucoup mieux que la dis- tinction précédemment établie par lui de la bouche droite ou oblique , dirigée en avant ou dans divers sens. En attachant à ce caractère l'importance relative qu'il mérite , on ne pourra s'empêcher de convenir que les filamens flagelliformes ne sont point des trompes. L'infusoire, dont je donne la figure (pi. i , fig. 7 a-b), et que je propose de nommer Hexamita, pour indiquer la présence de ces six filamens, est un de ceux qui rendront plus difficile la signification que leur attribue M. Ehrenberg. J'ai trouvé constam- ment cet infusoire dans l'eau où des Spongilles commençaient à se décomposer au bout de deux ou plusieurs jours, sans que pourtant l'eau fût entièrement gâtée; car d'autres animaux, des larves d'insectes, des entomostracés ,etc. , y vivaient encore. Il est long de douze à seize millièmes de millimètre, ovale, oblong, deux fois moins épais que large , arrondi en avant , où il porte quatre filamens très ténus qui partent de différens points du bord, et terminé en arrière par deux prolongemens coniqjjes , portant chacun un filament très long, également mince et agité aussi vivement que les quatre antérieurs. Entre ces deux prolonge- mens s'en trouve quelquefois un plus petit , qui ne porte pas de filament. Le corps de cet infusoire est très flexible et change fréquemment de forme , en s'allongeant ou s'élargissant un peu. La substance paraît homogène. Je n'y^ai point vu de granules étrangers; mais souvent elle est creusée de vacuoles en nombre variable , et sa surface est irrégulièrement bosselée. Comme j'ai retrouvé ce même infusoire, toujours le même , à trois reprises F. DUJARDiN. — Sur les zoospermes de la Salamandre. 3 1 différentes le 3o mars, le 12 avril et le 10 mai, dans les mêmes circonstances , je crois pouvoir le regarder comme un type bien caractérisé : or, comme je le répète , il me paraît impossible de regarder ses filamens comme des trompes , et je n'y puis voir que des organes locomoteurs. Sur les zoospermes de la Salamandre aquatique. Par M. F. Dujardin. Pendant long-temps encore l'organisation des Zoospermes sera enveloppée d'un voile non moins impénétrable que celui qui nous dérobe la connaissance du rôle qu'ils sont appelés à remplir. IjCS travaux publiés en Allemagne et en France , de- puis quelques années, auront, je crois, réfuté pour toujours l'opinion , qui en voulait faire des^ animaux distincts ou des êtres parasites , sorte d'entozoaires microscopiques. Dans les observations que j'ai déjà publiées ,je me suis efforcé de prouver qu'ils ne sont autre chose qu'un produit vivant, une dérivation des organismes qui les ont fournis. Tout en montrant moi-même dans certains zoospermes des détails de structure qui avaient échappé aux autres micrographes , je suis resté convaincu que leur organisation intérieure est fort simple , et je crois bien d'ailleurs qu'il ne se trouverait personne aujourd'hui pour sup- poser dans ces corpuscules si petits, comme autrefois Leeuwen- hoeckjdes muscles, des nerfs et des vaisseaux , enfin une orga- nisation non moins complexe que celle des animaux supé- rieurs; mais, comme je l'ai dit ailleurs, en parlant des infu- soires pour leur attribuer une organisation extrêmement simple, la queslion^de la vilalilé chez les zoospermes n'en est ni plus ni moins facile à résoudre; nous ne pouvons pas mieux expli- quer la contraclilité et la faculté de locomotion dans un fila- ment supposé homogène ou d.iui, une pclile masse de sub- 22 F. nuTARDm. — Siir les zoospermes de la Salamandre. stance glntineiise,que si nous accordioDs à ce filament et à cette masse des fibres inusciilaires , des nerfs , des vaisseaux invi- Siblesjcar, si petits que nous supposions ces organes, ils devront, en dernière analyse, se composer de fibres simples ou de pe- tites parties homogènes contractiles par elles-mêmes. En soute- nant donc cette simplicité d'organisation des Zoospermes, j'ai voulu m'en tenir simplement aux faits que nos sens, aidés des moyens optiques, nous permettent d'apprécier, sans vouloir rien admettre en plus ou en moins pour le besoin de la dé- monstration. Tout en poursuivant, dans l'observation des Zoospermes, les recherches des faits destinés à jeter plus de lumière sur ce sujet intéressant, je n'ai pas été médiocrement surpris de recon- naître dans les Zoospermes de la Salamandre aquatique des détails de structure totit-à-fait inattendus et des indices d'une organisation beaucoup plus complexe. Il n'y avait pas à la vérité dans cette observation des motifs pour revenir à l'idée que ce peuvent être des animaux proprement dits ; mais on pouvait y voir une grave difficulté pour admettre que ce sont de simples dérivations des organismes qui leur donnent naissance; ce- pendant ce que je savais de l'extrême ténuité du filament loco- moteur des Monades , des Euglena, etc.; les phénomènes que j'avais observés depuis long-temps sur les Zoospermes des Pois- sons , des Céphalopodes , de la Tettigonia et de plusieurs antres insectes, m'ont rendu en partie concevable la singulière struc- ture que j'avais sous les yeux , sans pourtant me l'expliquer entièrement. J'aurais bien désiré trouver des analogies plus ou moins rapprochées dans les Zoospermes des animaux, placés dans les classifications auprès des Salamandres ; mais je n'ai rien vu dans les Lézards, dans les Crapauds ni dans les Grenouilles, qui se rapprochât tant soit peu de la forme nouvellement révé- lée par le microscope. Ce fait , que j'ai annoncé à l'Académie des Sciences, le 26 mars dernier, et sur lequel je donne ici plus de développemens , restera donc isolé quant à présent , et sera venu compliquer le problème déjà si difficile des Zoospermes, tout en fournissant une donnée nouvelle sur la manifestation de la vie. F. DU JARDIN. — Su?' les zoospemies de la Salamandre, aS En publiant mon observation la première fois, j'avais bien lieu de la considérer comme entièrement neuve; car le journal de M. Froriep , contenant la lettre de M. de Siébold , en date du 29 mai 1887, n'était point encore arrivé à la bibliothèque du Jardin-des-Plantes,la seule à Paris où les naturalistes puissent prendre connaissance des nouvelles publications scientifiques. D'un autre côté , l'ouvrage de M. Wagner {Fragmente zurPhf' siologie der Zeugung) , comme encore aujourd'hui, n'était connu à Paris que par l'analyse qu'en donne M. Valentin dans son Repertorium. Or, ce dernier, citant également les observations antérieures de M. Mayer, de Bonn, paraît adopter l'opinion de l'existence de cils vibratiles des deux côtés de la cjueue , et dit ( page 206) avoir eu lui-même l'occasion de les observer chez les Salamandra maculata et atra. M. Valentin annonçant, quelques lignes plus loin , avoir vu aussi , sur les deux côtés du Diatoma tenais , le mouvement vibratile et les cils qui, suivant lui, dé- terminent le mouvement chez toutes les diatomées, il me sem- blait fort important , à moi qui , non plus qu'aucun autre ob- servateur français, ne puis voir de cils chez les Diatomées, de vérifier les deux faits l'un par l'autre et de comparer sur les Zoospermes de Salamandre mes moyens d'observation avec ceux du savant professeur dont je ne puis partager l'opinion sur ce point et sur plusieurs autres. Sans doute les observations de M. Siebold , dont je parlerai plus loin , ne me permettent plus de récbimer ia priorité pour cette découverte. Néanmoins , comme, dès le principe, j'ai vu et interprété ce phénomène d'une autre manière que lui, et que d'ailleurs le fait me semble bien digne d'intérêt, j'ai cru devoir publier ce travail. Les Zoospermes de Salamandre avaient anciennement déjà été décrits par Spallanzani, comme pourvus d'une double rangée de cils servant d'organes locomoteurs. « Chaque corpuscule, dit ce célèbre observateur {Opusc. Plifs. t. ir, p. 82) , est composé d'un buste et d'un appendice très long , couvert de chaque côté par une série de petites pointes qui se meuvent comme de très petites rames ». On a tant de preuves, d'un autre côté, de l'im- perfection des moyens d'observation de Spallazani , qu'on est tenté de croire qu'il a été dupe de quelque illusion ; cependant 24 ï"' Dii JARDIN. — Sur les zoosperines de la Salamandre. il est bien surprenant de voir son observation confirmée en partie après plus d'un demi-siècle. Serait-ce que l'illustre phy- sicien italien, obligé de recourir à une main étrangère, pour figurer les objets de son étude , voyait mieux au microscope qne ne semblaient l'indiquer les planches de son ouvrage? MM. Prévost et Dumas, dans leur beau travail, publié en 1824» donnèrent sur cet objet des détails aussi exacts que le permet- tait l'état du microscope à cette époque. Ces animalcules , disent-ils {Annales des Sciences naturelles ^ 1824? t- i> P* 283), sont fort longs, fort grêles, et se terminent en avant par une tète obovale tellement plate , que lorsqu'elle se présente sur le côté , on dirait qu'ils n'en ont pas du tout. Ils se meuvent d'une iîianière aussi fatigante que singulière. Leur corps entier se eourbe en un arc très régulier, mais qui change de direction à tout instant. Quelquefois ils exécutent cette espèce de révolution pendant plus de dix minutes, sans bouger de place «. Plus loin ces auteurs ajoutent que, pour se procurer ces Zoospermes, il suffit de presser le ventre au mâle, pour en faire sortir par l'ou- verture du cloaque une liqueur, qui en offre une quantité pro- digieuse. C'est, en effet, de cette manière que je m'en suis procuré , et j'ai trouvé parfaitement exact ce que disent ces messieurs sur leurs mouvemens; mais j'ai dû reconnaître qu'ils avaient supposé par analogie Texistence d'une tète plate , que nécessairement ils ont toujours cru voir sur le côté, M. Bory, en i83j , dans le Dictionnaire d'histoire naturelle , et M. de Blainville, en [834, dans son Actinoïogie,ue firent que suivre les indications de leurs prédécesseurs. M. Gzermak, en i832 , avait lu à la réunion des naturalistes allemands , à Vienne , un mémoire imprimé, l'année suivante, sous le titre deBertrage zu der Lehre von cler Spermatozoen , dans lequel il discute avec beaucoup de clarté la question des Zoospermes en général; mais les figures très médiocres qu'il donne, d'après ses propres observations et notamment celles de trois espèces de Salamandre et de tiiton , prouvent qu'il se servait d'un microscrope fort imparfait ; en effet, les épaisseurs qu'il indique sont au iiioins cinq ou six fois trop fortes, et d'ai|- F. DU JARDIN. — Sur les zoospermes de la Salamandre. 2 5 leurs ces figures ne font rien connaître de précis sur la forme des Zoospermes. Enfin M. R. Wagner, dans un travail récent {Fragmente zur Physiologie der Zeugangy i836) , a donné une description plus exacte des Zoospermes de Salamandre [Salamandra maculatdy. il leur assigne une longueur totale de -Cligne (moins de f milli- mètre), et dit qu'ils sont filiformes et se composent d'une partie antérieure plus épaisse , et d'une queue évidemment distincte , contournée et assez épaisse: il parle aussi d'un petit renflement situé à l'extrémité de la partie antérieure . et insiste particulière- ment sur le mouvement vibratile aperçu le long du dos, mou* vement auquel il attribue la locomotion. Les Zoospermes des Salamandres aquatiques lui ont paru conformés de la même manière ; quoique plus longs et plus minces, avec la partie an- térieure moins distincte de la queue. Il a remarqué que les Zoospermes pris dans le testicule sont beaucoup moins actifs que ceux du canal déférent : il les a vus , comme MM. Dumas et Prévost, tournés en cercle, autour d'un centre, presque sans changer de place. M. Mayer, de Bonn', avait , de son côté , signalé aussi le mou- vement vibratile de ces Zoospermes, et M. Valentin confirmait leur observation dans le deuxième cahier de son Repertorium pour i837,leque]n'estarrivéà Paris qu'en mars i838; cependant M. de Siébold, qui d'abord n'avait pu voir les organes vibratiles annoncés, avait réussi, dès ie mois de mai iSSy, à voir la vraie cause du prétendu mouvement vibratile dans un filament très long et très délié, enroulé en spirale autour de la queue; mais, par erreur, il supposa que ce filament est l'extrémité même de la queue, laquelle se replierait et s'enroulerait sur elle-même. Certes, si j'ai dû regretter d'avoir pris pour entièrement neuf ce qui avait déjà été vu par un observateur plus heureux , j'ai vu avec satisfaction aussi que , sans connaître la lettre de M. de Siébold , im|)rimée dans le n" l\o , p. 281 , du Neii Notizen^ von Froriep, 1 8^7, je m'étais si parfaitement rencontré avec lui, pour décrire, dans ma lettre à l'Académie, un phénomène qui a frappé d'étonncment tous ceux que j en avais rendus témoins. Suivant M. de Siébold , la partie postérieure, représentée assez exacte- 26 F. DCJARDiN. '— Sur Ics zoospermcs de la Salamandre. ment par M. Wagner, comme terminées en nn filament à peine visible, est beaucoup plus longue qu'on ne l'avait supposé, et revient, en s'enroulant sur elle-même en spirale jusqu'au point où commence la partie antérieure plus épaisse. Chaque Zoo- sperme , dit-il, se meut, en serpentant ; mais, en outre, la par- tie postérieure et enroulée en spirale de la queue capillaire montre un mouvement propre qui consiste en une ondulation rapide. Il a vu l'ondulation se propager ordinairement d'arrière en avant, mais quelquefois aussi avoir lieu en sens inverse, ou bien s'arrêter totalement, ou seulement en partie pour reprendre ensuite son mouvement avec la même vitesse , et il a reconnu que le mouvement total du Zoosperme et celui du filament sont indépcndans l'un de l'autre. Plus loin il ajoute que le filament enroulé en spirale se trouve un peu éloigné de la queue, qui lui sert d'axe , ce cjui produit des deux côtés l'apparence de cils vibratiles, agités régulièrement dans une même direction , et , ce qui détermine la production de cette apparence du côté con- vexe des courbures de la queue , puisque alors l'axe se trouve contigu au côté concave. Il fait remarquer que M. Wagner paraît avoir pris la réalité pour une illusion, puisque, dans son ouvrage, il s'exprime ainsi: « On voit souvent aussi, comn)e si un fila- ment très fin était enroulé en spirale autour de l'animal, servant d'axe ». Ainsi le phénomène aurait été aperçu réellement , mais mal interprété par M. Wagner, mieux décrit par M. de Siébold , qui pourtant encore l'interpréta faussement, sous l'influence de de l'idée , que le filament doit être la continuation de la queue. Voici maintenant comment j'ai vu les Zoospermes des Triton palrnipes et punctatus , et comment je les ai décrits (Compte rendu de l'Académie des Sciences, 26 mars iSSy, p. 383). En avant se trouve une partie nue , plus ou moins courbée en arc ; longue de \ millimètre (et non f, comme on l'a imprimé par erreur), épaisse de rrz millimètre, et moitié plus mince à l'exlré- mité, en arrière. Cette partie s'articule avec un filament principal quatre fois plus long, et s'amincissant à partir du point d'attache, où il a 7TT millimètre, jusqu'à la pointe où il a moins de jf^^nfiil - limètre; mais ce qu'il y a de remarquable, c'est l'existence d'un filament accessoire, partant du point de jonction et formant F. DUJAEDiN. — Sur Ics zoospermes de la Salamandre, aj autour du filament principal une hélice lâche , dont le dia- mètre est de TTT millimètre , de sorte que sa longueur, s'il était développé , serait presque d'un millimètre. Son épaisseur au grossissement de 325 diamètres m'a'paru égale à celle d'un brin de laine de js millimètre, vu à l'œil nu , ce qui permet de l'éva- luer à rrhr millimètre. Pendant que le filament principal ou la queue du Zoosperme se courbe lentement de diverses manières et se meut d'un mou- vement ondulatoire, le filament accessoire s'agite avec une grande vitesse par des ondulations qui se propagent de la base vers la pointe. A cela je puis ajouter que plusieurs fois j'ai vu à l'extrémité antérieure un léger renflement analogue à ce que M. Wagner indique chez les zoospermes de Salamandres, mais trop peu constant pour que je le crusse fort important. Je dois dire aussi que j'ai vu distinctement, plusieurs fois, le filament accessoire se séparer du filament principal dans une étendue de trois à quatre ondulations ( fig. 8c) , et que cela m'a paru, ainsi qu'aux personnes qui observaient avec moi, difficile à concilier avec l'hypothèse de l'enroulement en spirale ; cependant on peut, à la rigueur, supposer qu'en raison de son mouvement ondula- toire, plus vivement agité sur im point, il se trouve momenta- nément un peu déroulé sur un autre point. Cette hypothèse de l'enroulement en spirale qui la première se présente à l'esprit à l'aspect de ce phénomène, rend compte bien plus facilement de la subordination constante des deux filamens. Si l'on suppo- sait, en effet, que le fdament accessoire n'est que juxtaposé en zig-zag d'un côté, il faudrait supposer mise en jeu quelque force inconnue pour le retenir constamment contre l'autre. M. de Siebold, qui tout d'abord a adopté l'hypothèse de l'en- roulement en spirale, dit bien qu'avec un fort grossissement on ne voit pas en même temps au foyer les deux côtés opposés de la spire , ce qui ne laisserait aucun doute sur sa vraie disposi- tion ; mais je dois dire que je n'ai pu bien saisir ce caractère. Tl me reste à parler de la différence essentielle qui se trouve entre la description de M. de Siebold et la mienne, c'est-à-dire de l'origine du filament : M. de Siebold veut que ce soit l'extrc- 2 8 F. DUJARDiiT. — Sur les zoospermes de la Salamandre. mité de la queue qui se replie, et l'on doit convenir que son opinion se trouve sur ce point d'accord avec ce que l'on sait de l'enroulement qu'éprouvent les zoospermes d'invertébrés au contact de l'eau, enroulemeni analogue à celui que présente un. fil fortement tordu dont on rapproche tout-à-coup les extré- mités, et que dans notre langue on pourrait exprimer parle mot de vrillement. Je suis convaincu, au contraire, que ce fila- ment part réellement du point de jonction des deux parties du zoosperme, car on ne le voit jamais dépasser ce point dans un sens ni dans l'autre, et n'y eiit-il que cette circonstance, je ne crois pas qu'on pût l'expliquer d'une manière plausible dans l'autre hypothèse; mais de plus, ce filament, qui à son origine forme des ondulations plus courtes et plus serrées, et, en par- tant de là, des ondulations de plus en plus lâches, je l'ai tou- jours vu, à l'extrémité, se détacher du filament principal et s'a- giter librement à une certaine distance du filament principal, qui se termine aussi isolément. Voilà des faits que je puis affir- mer et que d'autres ont vu comme moi. Quant à ce qui est de la direction du mouvement ondulatoire , je ne sais comment m'expliquerque M. de Siebold ait vu ce mouvement se propager ordinairement d'arrière en avant, et quelquefois seulement d'a- vant en arrière; c'est cette dernière direction qui m'a paru la seule réelle, et même, quand les zoospermes se sont courbés et tordus sur eux-mêmes de diverses manières comme dans la figure 8 ^, on suit encore cette même direction invariable à tra- vers tous les détours qu'elle est forcée de faire. Il est clair que le phénomène exposé comme l'a fait M. de Siebold, n'a rien qu'on ne puisse, à la rigueur, concilier avec ce qu'on savait d'avance; il ne s'agit, en effet, que d'une queue beaucoup plus longue, et, malgré sa ténuité, exécutant avec une régularité parfaite des mouvemens extraordinaires. Ce phé- nomène, comme je le vois au contraire, est entièrement nou- veau, et la disposition du filament accessoire nous rappelle celle du fil inducteur dans les expériences de l'électricité, de sorte qu'on est conduit à chercher une relation de vitalité entre les deux filamens. F. DUJARDiN. — Sur Ics Tœuîas. 29 V. Observations sur les Tœnias , et sur les moui^emens de leur embryon dans l'œuf. Par M. F. Dutardin. Dans le tome viii de ces Annales, j'ai fait connaître une ob- servation qui m'a paru fort importante sur la vitalité et sur les mouvemens de l'embryon d'un Distome dans l'œuf. Les re- cberches qui m'avaient conduit à cette observation étaient commencées depuis fort long-temps; cependant c'était là le pre- mier fait concluant qui se présentait à moi. Depuis lors comme auparavant, je n'ai pas eu entre les mains un seul Entozoaire vivant sans examiner soigneusement ses œufs ; mais les circon- stances nécessaires à la production des phénomènes de vitalité se rencontrent rarement toutes à-la-fois, et, soit que les œufs ne fussent pas miirs, soit que je les observasse dans un liquide ou à une température peu convenables , je ne trouvai pas ce que je cherchais. Cependant j'avais remarqué depuis long-temps dans les œufs globuleux do certains Tœnias j notamment dans ceux du Tœnia fringillarum et du Tœniajilicollis àQ l'épi noche, que les œufs contiennent six crochets de nature cornée, dis- posés symétriquement par paires , savoir : une paire rapprochée au milieu parallèlement au diamètre, et une paire disposée obli- quement de chaque côté et pouvant s'élever ou s'abaisser de manière à former le même angle, soit aigu, soit droit ou même obtus à droite et à gauche de la paire du milieu. Ce fait m'avait d'abord paru s'accorder avec la présence des crochets dont est armée à l'intérieur la tête de la première espèce; mais dans la seconde espèce on ne pouvait supposer une telle relation, car le Tœnia de l'épinoche est du nombre des espèces inermes. Toutefois, je pensai que s'il devait se produire des mouvemens dans l'embryon , ces crochets seraient bien propres à les rendre manifestes, et je dirigeai toute mon attention sur cet objet j 3o F. DUJARDiN. — Sur les Tœmas. ce n'est pourtant que dans le courant du mois de juin que j'ai réussi à voir avec une entière évidence les mouvemens que je cherchais. J'ai dû à l'ohHgeance de M. Mandl de pouvoir re- cueillir des Entozoaires vivans dans un Êjrand nombre de chiens soumis par lui à ses expériences physiologiques, et j'ai trouvé en particulier les Taenias serraia et cucumerina à tous les degrés de développement. C'est la dernière de ces espèces dont les œufs globuleux, larges de -h millimètre, sont revêtus d'une coque transparente, qui m'a présenté le phénomène de la ma- nière la plus remarquable : les six crochets dont est pourvu l'embryon se meuvent par paires et d'un mouvement alternatif pendant fort long-temps, de sorte qu'on voit les deux paires latérales élever leur pointe et se rapprocher de la paire moyenne jusqu'à devenir presque parallèles, puis s'éloigner de nouveau en abaissant leur pointe et relevant leur tige jusqu'à former un angle obtus. Cette disposition ternaire est vraiment fort singu- lière, et se trouve en contradiction avec les nombres qu'on observe le plus souvent dans les organes des Zoophytes ; peut- être cette disposition est-elle l'effet d'une illusion, et les six crochets également espacés ne semblent-ils disposés par paires que par un effet de projection j cependant elle m'a paru si constante que je la crois réelle. En même texnps que les crochets se meuvent ainsi, on voit la masse charnue diaphane de rembryon se contracter dans un sens et dans l'autre , et s'approcher ou s'éloigner de la coque dont elle est séparée par un liquide transparent. Au-dessous des crochets, on distingue de chaque côté une masse glanduleuse, ovoïde, moins diaphane que le reste, située obliquement et par- ticipant un peu aux mouvemens de la masse ; quelquefois aussi on remarque des vacuoles variables vers le milieu de l'embryon. Les œufs du Tœnia serrata , également globuleux , larges de T4 millimètre, sont beaucoup plus opaques ; ils ne me laissaient voir d'abord rien de semblable dans l'embryon , qui est beau- coup plus petit en raison de l'épaisseur de la coque ; mais enfin, en les prenant à l'instant où ils venaient d'être pondus , par un article spontanément séparé du Taenias, et eu forçant la lu- mière , je suis parvenu à voir les crochets beaucoup plus petits F. DUJARDiiT. — Sur Us Tœnias. 3i de l'embryon et les mouvemeDS dont ils fournissent si facile- ment la preuve. On pourrait être surpris de ce que, dans les oeufs du Taenia serrata , l'une des espèces armées les mieux caractérisées , et possédant une couronne de 22 à 24 crochets, l'embryon n'a que^des crochets faibles et comme rudimentaires, tandis que dans les oeufs du Taenia cucumerina ^ espèce inerme, les cro- chets sont si visibles et si prononcés ; mais en y faisant plus d'attention, on reconnaît qu'il n'y a pas de rapport entre les crochets de l'embryon et ceux qui forment la couronne autour de la tête des individus armés ; la forme est toute différente : ceux-ci sont courts, très recourbés, et pourvus de deux apo- physes presque égales pour l'insertion des faisceaux adducteurs et abducteuis, à la manière des mandibules de certains insectes. Les crochets des embryons sont effilés, falcifbrmes, et terminés par une longue tige droite. Leur mouvement alternatif res- semble tout-à-fait à celui des mandibules des Brachions et des llotateurs : on serait donc porté à croire qu'ils doivent devenir des pièces intérieures d'un œsophage bien plutôt que des pièces extérieures, car, d'une part, ou les observe chez des espèces inermes; en second lieu , les six crochets du lixnvjLfringillarum sont réellement situés à l'intérieur de la trompe et conservent une position assez semblable à celle qu'ils ont dans l'embryon; enfin , à l'intérieur de la saillie protractile, que le Taenia cucu- merina avance entre les suçoirs ou ventouses à la manière d'une trompe , on distingue une garniture de petites pièces discoïdes d'apparence cornée, et rappelant par leur disposition les dents en pavé des sparus. Sans doute, celte interprétation suppose que le tubercule central protractile de la tête des Taenias est réellement traversé par un œsophage. Je n'ai pas de preuves suffisantes pour le mo- inenl à apporter de ce fait; cependant, chez les deux dernières espèces, j'ai vu plusieurs fois, à l'intérieur , l'apparence d'un large tube terminé en cul-de-sac un j)eu en arrière des ven- touses, et lappelaiit assez, par sa forme , la cavité buccale des Actinies et des Hydres. A la vérité, je n'ai point vu les deux canaux longitudinaux du cou aboutir à cette cavité centrale; Sa F. DUJARDiN. '•■— Sur les Tœnias. mais aussi je ne les ai point vus, non plus qu'aucun autre hel- minthologiste, aboutir aux ventouses latérales. Jusqu'à présent on ne peut que former des conjectures sur la destination de ces canaux. Si d'ailleurs on veut considérer comment se meuvent les diverses parties de la tète d'un de ces Tœnias vivant, on re- connaîtra que les quatre suçoirs s'avancent alternativement comme des organes de locomotion , pour prendre un point d'appui sur le support, tandis que le tubercule central, offrant à l'extrémité l'apparence d'une ouverture , s'allonge et se con- tracte alternativement comme une vraie trompe qui cherche la nourriture, et sans s'appuyer comme les ventouses. Les œufs pris dans un article de Tœnia cucumerina un peu avant la maturité, sont groupés au nombre de 4 à 22 dans des masses ovoïdes d'une substance albumineuse assez résistante ; ils sortent ainsi réunis, si on comprime ou si l'on déchire l'ar- ticle qui les contient , et l'on croit voir flotter dans le liquide des œufs très volumineux; mais les œufs proprement dits sont beaucoup plus petits, et ne s'aperçoivent bien qu'avec \u\e loupe de 3 à 4 ligues de foyer. Pris dans cet état, les œufs montrent déjà les crochets ; mais l'embryon, plus petit, n'oc- cupe guère que la moitié de la coque de l'œuf et ne se meut pas encore. Si l'on considère que les articles de cette espèce de Taenia sont du nombre de ceux où les organes génitaux parais- sent le plus compliqués , et où l'on aurait plus de raison d'ad- mettre des organes mâles et femelles, on sera forcé de recourir à des suppositions fort hasardées pour expliquer la féconda- lion, puisque les œufs montrent des indices de développement long-temps avant d'arriver à l'orifice du prétendu organe mâle. Les œufs du Tœnia serrata ne sont point groupés ainsi dans les articles; ils m'ont paru toujours isolés; mais ils m'ont pré- senté une autre particularité digne de remarque : leur coque, beaucoup plus épaisse et d'un blanc presque opaque, paraît composée de petites pièces aréolées, déprimées au centre comme la coque des œufs d'Alcyonelles : cette coque réfracte si forte- ment la lumière, qu'elle produit l'apparence d'un anneau brillant autour de l'embryon : on peut juger par là qu'elle doit être très résistante , et qu'à l'abri sous une telle cuirasse , les œufs de F. DUJARDiN. — Sur les Tœnias. 35 Taenia, disséminés sur les corj3s extérieurs en quantité prodi- gieuse, peuvent, dans certains cas, échapper aux nombreuses causes de destruction et altendre pour se développer qu'Us soient arrivés à un gîte convenable. Si donc il peut arriver que des êtres d'une organisation très simple doivent leur naissance à une génération spontanée, il n'est pas nécessaire de recourir à ce moyen pour expliquer l'apparition desEntozoaires, comme l'a fait Rudolphi , qui croyait à tort que les œufs des Taenias doivent avoir une structure encore plus délicate et une exis- tence plus frêle que ces Entozoaires eux-mêmes. Pour se faire une idée de la quantité d'oeufs que doit fournir un Taenia serrata,\\ faut considérer qu'il fournit successivement 200 articles au moins qui, arrivés à leur maturité, contiennent chacun 5 millimètres cubes d'œufs ; ces articles disséminent leurs œufs en rampant sur différens corps comme de véritables animaux , après qu'ils se sont séparés à leur maturité : il en résulterait donc au moins mille millimètres cubes ou^S millions d'œufs pour chaque Tœnia; or, il n'est pas rare de trouver huit ou dix de ces Entozoaires dans un seul chien. On trouve dans l'intestin, de ces articles mûrs isolés qui se meuvent avec une vitesse fort grande comparativement à celle du Tœnia lui-même; j'en ai vu pï>rcourir en une minute un espace de trois pouces et plus , en se contractant d'arrière en avant comme les cucur- bitains ou articles du Tœnia solium, dont les mouvemens ont été bien décrits par Rudolphi. Si on les place dans un flacon ou sous une cloche humide, on les voit bientôt s'élever en ram- pant le long des parois et en parcourir plusieurs fois la circon* fërence; sur leur passage, ils laissent une trace blanchâtre comme laiteuse, dans laquelle on aperçoit à la loupe les œufs rais successivement dehors par 1 appendice latéral que Rudolphi nomme le lemnisque. Ils continuent ainsi à vivre pendant plu- sieurs jours, plus ou moins, jusqu'à ce qu'ils soient entière- ment vidés d'œufs et réduits à moitié de leur volume primitif: leur destinée est alors accomplie, et ils restent sans mouvement. On ne peut donc pas douter qu'ils n'effectuent leur ponte de la même manière lorsqu'ils sont expulsés hors de l'intestin avec les excréraens, ou lorsqu'ils sortent spontanément par cette voie X. Zool. — JttiV/«r. 3 34 F- DCJARDiN. — Sur les Thenias. comme il arrive quelquefois chez les chats , pour des articles isolés du Tœnia crassicollis , qui est une espèce à tète armée fort analogue au Tœnia serrata. EXPLICATIOIN DE LA. PLANCHE l" Fig. I. Grossie 3oo fois, Spongilleou éponge d'eau douce, portion écrasée entre deux plaques de verre et montrant rassemblées des spicules de diverses formes , savoir : les unes (a) , en plus grand nombre , lis«e5 et fusiformes , d'autres (i) avec des nccuds ou (c) avec des inflexious ; quelques-unes montrent aussi l'apparence d'un canal creux. Des spicules (^] beaucoup plus petites sont plus ou moins courbes et hérissées de pointes. Au milieu on voit une portion de la matière animale vivante. Fig: 2. Parcelles vivantes détachées de la spôngille et se mouvant, à la manière des amibes , sur la plaqué de verre couverte d'eau a ,b et c montrent les formes différentes sous lesquelles se présente une même parcelle à quelques minutes d'intervalle. Fig. 3. Groupe de parcelles vivantes delà spongille, montrant sur sou contour des (ilamens flagellifortnés très fins. Fig. 4. Plusieurs expansions glulinenses , diaphanes, et parcelles montrant des expansions di^itées plus longues , et se mouvaul dans le sens indiqué par la flèche. Fig. 5. Halisarca j nouveau genre de la famille des éponges, formant des plaques charnues, rongeâtres à la base du Fucus patmatus. Parcelles vivantes , détachées de la masse et montrant dés expansions bombreuses filiformes. Fig. fii Fotvax végétons M. {Anthophysa Bory) : — a. vaisseaux, terminés par les rosaces d'animalcules ( grossi a4o fois ) ; — b. une seule rosace sur son support ( grossie 45o fois) ; — • c. "un seul animalcule détaché. Fig. 7 a~b. Hexamila (grossi looo fois), nouveau genre d'infusoires de la famille desjMo- Badaires , péseutant en avant quatre filamens flagelliformes très longs, et terminée en arrière par deux prolongemens , portant chacun un filament , avec quelquefois un ^isième prolonge- ment intermédiaire : il se trouve dans l'eau de marais recueillie depuis vingl-qilalre ou qua- rante^huit heures, et dans laquelle sont déjà morts des larves d'insectes ou d'autres animaux. Fig. 8. Zoospemies de Triton patmlpes (grossi Sao fois: — a. zoosperme traversant le liquide et se mouvant d'un mouvement ondulatoire; — b. zoosperme qui se roule sur lui-même, sans changer de place: les parties , rapprochées et comme pressées ensemble dans ce mouvement, montrent cependant encore partout les ondulations du Clament accessoire, suivant la direction iùâiquée par la flèche-; — c. portion de zoosperme, pour montrer comment le filament accessoire peut se séparer du£lamcut principal dans une certaine étendue. •.Fig. g. Zoo.sperme du Crapaud (Z?((/ô cireereuj) , grossi 4oofois: il se compose d'une partie s'olidè, longue de j3 à 3o millièmes de millimètre, amincie en avant, renflée en manière de tête par derrière, et tvrminée par un filament très délié, long de 43 millièmes de millimètre, servant senl à la locomotion. Il est figuré ici pour faire voir la ditférence qui existe entre lés zoospermes de Salamandre et ceux des autres Batraciens. Czermak et ses prédécesseurs, n'ayant pu voir le filament terminal , avaient cru que le renflement devait être la tête du zoosperme, et -que la partie amincie antérieure est sa queue. Fig. lô.'OEufsde Ttenia cucumèriha (grossi 6oo fois; montrant à l'intérieur l'embryon, qui se meut , en se contractant dans un sens et dans l'autre, et en rapprochant ses crochets , qu'on voit alternativement dans les positions a, b: en même temps on voit au dessous des crochets deux masses gleuduleuses symétriques; — c. uu crochet séparé- FLOURENS. — Su7 le parallèle des extrémités y etc. 35 Nouvelles observatiojvs sur le parallèle des extrémités ^ dans l'Homme et les Quadrupèdes , 4 Par M. Flourens. L'analogie des membres supérieurs et infe'rieurs a frappé, de bonne heure, tous les observateurs; il a suffi, pour ainsi dire, d'y reejarder pour retrouver toutes les parties d'un membre dans l'autre^ Xépaule dans la hanche ^ le bras dans la cuisse^ ï avant-bras dans la. Jambe ^ la main dans \epied, les diverses parties de la main dans les diverses parties du pied y le carpe dans le tarse j le métacarpe dans le métatarse, les doigts dans les orteils. Il a été plus difficile de rapporter individuellement chaque os d'un membre à chaque os de l'autre. Chose étrange , on ne sait pas encore s'il faut comparer ensemble ïhumêrus et \e fémur du même côté, ou Xhumérus d'un côté et \e fémur de l'autre; on ne sait pas quel est celui des deux os de Xavant-braSy le ra* dius ou. le cubitus, qu'il faut comparer à tel ou tel des deux os de la jambe, le tibia ou le péroné. Vicq-d'Azir, dans un mémoire célèbre (i), prétend « qu'une extrémité antérieure répond et ressemble principalement à la postérieure du côté opposé » ; et M. Cuvier répète l'assertion de Vicq-d'Azyr : « C'est la droite d'une paire, dit-il, qu'il faut comparer à la gauche de l'autre. » Mais il est aisé de faire voir que cette opinion d'une analogie renversée, proposée par Vicq-d'Azyr, n'est nullement fondée; et que, tout au contraire de cette opinion, ce sont les deux extrémités du même côté qui se reproduisent l'une l'autre, et qu'il faut comparer l'une à l'autre. Eu effet, si, détachant, par exemple , l'extrémité antérieure ( «) Vicq-d'Azyr, JUdmoire sur le parallèle des extrémités dans l'homme et les quadrupèdes. 3, 36 FLOURENS. — Sur le parallèle des extrémités droite d'un squelette, on la compare avec l'inférieure du même côté, la mainéiawX. dans la pronation, sans rotation du radius, on a nn rapport exact de la main avec le pied; à la main comme au pied, les pouces sont en dedans, les petits doigts en de- hors, etc. ; mais alors ïhumérus et le fémur sont en opposition complète : \e fémur a sa tête en dedans, son grand trochanter en dehors, etc., tandis que Xhumérus a sa tête en dehors , sa g^ro^^e tubérosité en dedans, etc. Ainsi, dans ce premier cas, où l'on compare les deux extrémités du même côté, lequel cas est celui qu'a voulu corriger Vicq-d'Azyr , on a un rapport exact , direct, de la main avec le pied, mais un rapport inverse de Y humérus avec le fémur. Si l'on compare, au contraire, à l'exemple de Vicq-d'Azyr, l'extrémité antérieure gauche avec l'extrémité postérieure droite, la main étant toujours dans la pronation , et toujours sans la rotation du radius ( c'est-à-dire par l'inversion du membre en- tier, et comme elle s'opère sur le squelette), on rétablit les rapports directs du fémur avec Xhuînérus j mais on renverse ceux de la main avec le pied. Ainsi, toujours un renversement : dans le premier cas, à la partie supérieure, et dans le second , à la partie inférieure des extrémités. Si enfin on compare les deux extrémités du même côté, la Tnain étant dans la pronation , mais par son mécanistne vrai , naturel, le seul possible sur le vivant, par la rotation du ra- dius ^ on a partout des rapports directs; par l'effet seul de ce mécanisme , V/iumérus^ le fémur, la main j le pied du même côté, toutes ces parties se trouvent tournées dans le même sens ; et ce même sens de toutes les parties correspondantes est précisément ce qui constitue la solution réelle de la difficulté , et la preuve démonstrative de l'analogie cherchée. La longue indécision des auatomistes touchant les rapports réels des membres supérieurs et inférieurs, ne tenait donc qu'à l'oubli , dans des comparaisons faites sur le squelette , du méca- nisme vrai de la pronation de la main par la rotation du ra- dius ; et la simple restitution de ce mécanisme suffit pour rendre, comme je viens de le dire, à toutes les parties corres- pondantes une position semblable. dans l'Homme et les Quadrupèdes. 37 Or, dans cette position semblable de toutes les parties des deux extrémités du même côté , donnée par le mécanisme vrai de la pronation de la main , le radius répond au tibia , et le cubitus 2M péroné. C'est justement le contraire de ce qu'a pensé Vicq-d'Azyr , qui assimile le cubitus au tibia et le radius au pé- roné. Mais, indépendamment de la raison décisive, tirée du vrai mécanisme de la pronation de la main , combien d'autres rai- sons encore ne se présente-t-il pas contre l'opinion que je ré- fute , les unes prises de l'anatomie même de l'homme , et les autres de l'anatomie comparée. Dans V Homme, l'os essentiel de l'avant-bras, l'os qui conti- nue le bras , l'os qui porte la n\2àn .,■ est. \q radius } \e cubitus n'est là que pour , d'une part , élargir la surface des insertions musculaires, et, de l'autre, prêter un appui solide au membre pendant la rotation de l'os principal, du radius. De même , au membre inférieur, l'os essentiel de la jambe, l'os qui continue la cuisse, l'os qui porte le pied, est le tibia. Plus évidemment encore qu'au membre supérieur , le péroné n'est là que pour l'agrandissement des surfaces musculaires; il ne prend aucune part à l'articulation avec le fémur; il n'en prend qu'une latérale avec le pied. Dans les animaux , le rôle subordonné du cubitus et du péroné, et par suite leurs rapports respectifs, deviennent plus incontes- tables encore, s'il est possible. Déjà, dans les Chauve-souris, dans les Galéopithèques^ \ecubitus n'est plus qu'un filet très grêle; ce même cubitus ne se montre plus qu'en vestige dans les Hu- minans , dans les Solipèdes; le péroné _, déjà très grêle dans les Chauve-souris, déjà simple rudiment styloïde dans le Cheval , manque à-peu-près tout-à-fait dans plusieurs Rwninans (i), ou n'y est représenté que par un petit os qui forme la malléole externe; ce même péroné est toujours imparfait dans les Oi- seaux , etc. Que l'on consulte donc ou V Homme ou les anitnai/x , on voit («) Je dis [ilusieurs Ruminaiis ; car, dans le lieiine, VJ'ltaii , le Dttini , le Ceij de Timor, elc, OD Iruuvc, outre l'os de la iiialléulc externe , un rii/limeiU ilyloidv dtipcroné , attacliv, comme dauï les Sollficdcs , uu tôle externe de la Ititc du tibia. 38 FLOUREws. — Sur le parallèle des extrémités que le radius répond au tibia , le cubitus au péroné ^ et, ce qui ajoute le dernier trait à ce qui vient d'être dit, c'est que , dans la pronation naturelle, quoique temporaire, de ÏHomme^ les deux os de l'avaiit-bras sont un peu croisés, comme ils le sont dans la pronation constante des animaux. Mais ou demandera sans doute ce que devient la rotule dans ma manière de voir. La rotule, selon Vicq-d'Azyr, répond à Volécrane. Ces deux os se répondraient en effet, du moins par la position qu'ils prendraient alors, le membre antérieur droit étant comparé , comme le veut Vicq-d'Azyr , au membre posté- rieur gauche ; mais vous remarquerez que Volécrane forme une véritable apophyse , c'est-à-dire une véritable partie du cubitus, tandis que la rotule n'a nul rapport possible avec \Gpéroné{i). La rotule est donc un os particulier , sans nulle analogie réelle avec Volécrane , simple os sésamoïde, placé dans le tendon du triceps crural pour faciliter le jeu de ce tendon sur le fémur, comme, précisément à l'opposite , c'est-à-dire à la partie posté- rieure des condy les, il s'en développe si souvent dans le point de chaque tendon àe^ jumeaux qui répond aux condyles. Il ne reste plus qu'à montrer les rapports des os de Vépaule avec ceux de la hanche. Vicq-d'Azyr avait déjà comparé d'une manière générale l'épaule à la hanche. Les progrès de VOstéo- logie comparée ont permis , depuis, de retrouver chacun des trois os de Vépaule j V omoplate, le coracoïdien, la clavicule , dans chacun des trois os de la hanche, V iléon, Vischion et le pubis. J'ajoute que l'exemple des oiseaux met l'analogie respec- tive de ces différens os dans tout son jour. 1] omoplate, Vi- léon , y sont situés en haut et parallèlement à l'épine du dos; viennent ensuite à Vépaule j le coracoïdien , à la hanche ^ Vis- chion; et puis la clavicule, wX^dUvemexxX. fourchette, et le pubis, filet détaché comme la clavicule , et à qui il ne manque que de s'unir par son bout libre au filet opposé, pour former, comme la clavicule ) une fourchette ou petite fourche. (i) Pas même par le tendon du ?rî;e/w crura/ , Icpiel s'inscre| non m l'érond; mais au tiùia^el au tibia seul. dans l'Homme et les Quadrupèdes. 89 Donc, dans la comparaison générale des extrémités supé- rieures et inférieures , ce sont les extrémités du même côté qui doivent être comparées ensemble j donc , dans la comparaison des deux os de l'avant-bras aux deux os de la jambe , c'est le tibia qu'il faut comparer au radius, et \e cubitus 2l\\ péroné ; donc enfin , dans l'épaule comparée à la hanche , c'est Xomo- plate qui répond à V iléon, le coracoidien à \ ischion^ çt le pubis à la cla\^icule. ( i ) QiTant à la comparaison de la main avec le pied, Vicq-d'Azyr a donné le rapport exact des os du carpe et du tarse. ï^e pisi- forme et le pyramidal , réunis, répondent au calcanéum, le se- milunaire à V astragale , et le scaphoïde au scaphoïde. Pour la se- conde rangée, il ne peut y avoir de difficulté. !.e trapèze, le trapézoide , le grand os, répondent évidemment aux trois 05 cunéiformes , et le cuhoïde répond à Vos crochu- Le doute, s'il y a doute, ne peut donc porter que sur la première rangée ; et, dans cette première rangée même , que sur un seul point, savoir, le rapprochement des deux sçaphoïdes. Or, supposez le sémilunaire grandi à la main, comme X astragale l'est au pied, il repoussera nécessairement le scaphoïde , il le portera en avant; et, ce qui le prouve, c'est l'allongement du pouce du pied , comparé au pouce de la main, allongement qui n'a, en effet, d'autre cause que le déplacement du scaphoïde , son transport en avant , et sa position suf' la n>ême ligne que les autres os du pouce; car chacun de ces autres «s , pris sépa- rément, est peut-être, proportionnellement, plus coijrt ^u pouce du pied qu'au pouce de la main. Je ne parle ni de la comparaison du métacarpe et du méta- tarse , ni (le la comparaison des doigts et des orteils; l'analogie de toutes ces parties les unes avec les autres , de chaque os du métacarpe avec chaque os du métatarse, de chaque doigt avec chaque orteil y est trop évidente. (1) Je n'ai pas parlé de l'opposition des angles que font les articulations des deux extrémités du même côté, comparées uusemlile ; car ce n'est pas là une dil'Gculté réelle. Le sens quel- conque des articulations ne change évidemment rien à l'essence des os , et par conséquent à liîiirs aualo;;its. D'ailleurs, dans la manière même de voir de Vicq-d'Azyr, l'angle do l'ar- ticulation de la main en pronalion est encore opposé à celui de l'arliculatiou du pied. ^o FLODRENs. — Sur le parallèle des extrémités, ete. J'ajoute seulement que , dans les Singes , où le carpe a neuf os , deux os du caipe répondent à \ astragale (le semilunaire et le surnuméraire) , comme deux au calcanéum ( le pyramidal et le pisiforme). Je ne me suis occupé, dans cet article , que du rapport des os dans les deux extrémités comparées; je m'occuperai, dans un autre, du rapport des muscles ^ des nerfs et des vaisseaux. EXPLICATION DE LA PLAJVCIIE 3. Fjg. I. Jiuube ou extrémité inférieure droite. a. Le fémur. b. Le tibia. c. Le péroné d. Le gros orteil.' e. Le petit orteil, Fig. II. Bras ou membre supérieur droit , en pronation par la rotation, non du radius seul , mais du membre entier. a. L'humérus. è. Le radius. c. Le cubitus. d. Le pouce. e. Le petit doigt. JVola. Dans ce parallèle des deux extrémités du même côté, tel que le faisaient les anciens, le fémur et V humérus sont en sens inverse : l'un a sa léte à droite ; l'autre l'a à gauche, etc. ; mais toutes les parties de V avant-bras et de la; amie proprement dite se correspondent : le pied a le £fros orteil en dedans et le petit en dehors ; la main a le pouce eu-dedans , le petit doigt en- dehors, etc. ; le tibia répond au radius, le péroné au cubitus . etc. Fig. m. Bras ou membre supéiieur gauche, eu pronation par la rotation, non du radius seul , mais du membre entier. a. L'humérus. b. Le radius. c. Le cubitus. d. Le pouce. f. Le petit doigt. Nota. Dans ce parallèle, proposé par Vicq-d'Azyr, de l'extrémité supérieure d'un côlé avec l'extrémité inférieure de l'autre , la correspoudauce du fémur et de V humérus est rétablie ; mais tous les rapports de Id^ jambe proprement dile et de V avant-bras sont renversés : le pied a son pouce en-dedans et son petit doigt eu-dehors; à la main, c'est tout le contraire , \e pouce est en-dehors, le petit doigt en-dedaus; le radius répond au péroné ^ le cubitus au tibia , etc. PELTiER. — Nouvelle espèce de Floscularia. t\i Fig. rv. Bras droit en pronalton par le mécanisme vrai , c'est-à-dire par la rotation seule du radius. a. L'humérus. b. Le radius. c. Le cubitus. d. Le pouce. e. Le petit doigt. Nota. Dans ce nouveau parallèle , que je propose , la correspondance règne partout : Vhumè' rus et \e fémur ont leurs têtes tournées du même côté ; et, soit à \'avanl-bras, soit à la jambe ,• tous les rapports reparaissent. Au pied , comme à la main , le gros doigt est en-dedans , et le petit en-dehors; le radius répond au tibia , le cubitus au péroné , etc. Fig. V. Colonne vertébrale , os de l'épaule et os de la hanche d'un jeune Paon. I, I. x; Colonne vertébrale. a. Omoplate. b. Coracoïdien." c. Clavicule. a. Iléon. b. Ischion. c. Pubis. d. Prolongement terminal dn pubis. Nota. A l'épaule et à la hanche, les os correspondans sont , à dessein , marqués des mêmes lettres : d est le prolongement du pubis d'un côté , qui , se portant vers celui du côté opposé, reproduit la disposition ea fourche de la clavicule. Observations sur une nouvelle espèce de Floscularia j Par M. Peltier. • Dans la deuxième section de la classe des Rotateurs de sa classification des Infusoires, M. Ehrenberg a placé dans l'ordre des Cuirassés la famille des Floscularia ; il nomme cette section Schizatrocha y roue divisée, dont voici les caractères , tirés de la Floscularia proboscidea : « Floscularia major, urceolo gelati- noso, pellucido, cylindrico, lobis rotatoriis brevius ciliatis 6, proboscidem mcdiam ciliatam ambeuntibus. Dans son troisième mémoire, en 1 834, il a dessiné l'espèce qu'il a nommée Floscularia ornata j il lui donne six faisceaux 4a PELTIER. — Noui>elle espèce de Floscularia. et un tube gélatineux pour enveloppe, dans lequel se relire l'a- nimal dans sa contraction. Depuis quelques années, j'ai trouvé dans les eaux du bois de Meudon un animal ayant la plus grande ressemblance avec la Floscularia ornata du savant allemand, mais qui en diffère par des caractères si tranchés, qu'il est im- possible de les confondre. L'animal que j'ai trouvé ne peut se classer parmi les Rotateurs, d'après le sens que l'on donne gé- néralement à ce mot ; ses cils s'ouvrent lentement, et restent dans un repos complet pendant tout le temps de leur épanouis- sement ; la division est pentagone et non sexagone; il n'a pas d'enveloppes gélatineuses, ni de mandibules dentées. Ne pou- vant rapprocher le sujet de mon observation avec la Floscula- ria ornata, je me bornerai à en donner la description, laissant a M. Ehrenberg le soin de lui assigner sa place dans sa classi- fication. Dans le mois d'août 1 882, je trouvai dans l'eau d'un fossé du bois de Meudon une espèce de Polype dont je n'avais vu la des- cription nulle part. Sa forme était celle d'un vase membraneux très ouvert et d'une grande transparence; son bord festonné présentait cinq tètes armées de bras contractiles ; l'ouverture de ce vase était formée d'une membrane diaphane sous laquelle était un corps granuleux ovoïde , ne remplissant que le sixième environ de l'espace intérieur, le reste ne paraissant contenir aucune substance organisée; il était porté par un pédoncule assez court, qui paraissait formé de la prolongation de la mem- brane générale. Chaque tétine poussait des bras plus ou moins nombreux ; cinq au moins étaient toujours en élongation pour chacune d'elles, et différemment prolongés, les uns en rétrac- tion, les autres en extension. En les regardant par leur extré- mité, on voyait que ces bras étaient tubulés ; leurs mouvemens étaient lents et progressifs , il n'y avait nulle part de contraction brusque; quelquefois on apercevait un léger frémissement dans le corps ovoïde, puis il reprenait sa première immobilité. Pen-- dant le cours de cette année, je vis un assez bon nombre de ces petits Polypes,' tous à* peu-près au même degré d'organisation. Dès le mois d'avril i833, je retournai puiser de l'eau au même endroit, dans l'espoir de recueillir de nouveau cet animalcule. PELTiER. — Nouvelle espèce de Floscularia* 43 Ce fut en vain que je le cherchai et que je l'ai cherché depuis. Mais si je ne pus retrouver ce Polype tel que je l'avais rencontré l'année précédente, j'en trouvai une autre espèce qui avait avec lui une grande analogie , mais qui en différait par des points tellement importans, qu'il n'était pas possible de les confondre.; Il avait, comme le précédent, une bouche armée de cinq té- tines ; mais au lieu de bras contractiles en nombre assez limité, elles étaient ornées chacune d'un pinceau de soies excessivement longues et déliées qui s'ouvraient en éventail concave , de ma- nière à former un immense entonnoir où venaient se prendre les petits animaux. Ces soies n'avaient plus de ces contractions, ni de ces élongations qui pussent les rapprocher des bras des Hydres; elles n'avaient aucun mouvement en propre, et n'agi- taient pas le liquide : leur immobilité permettait de les voir con- stamment jusqu'à leur dernière extrémité. A un grossissement de 25o fois en diamètre, leur grosseur paraissait être celle d'un fil de cocon dédoublé. Le déplacement de ces cils n'avait lieu que par la contraction ou l'extension de la bouche qui les ra- menait en faisceau ou les ouvrait en un large cône. Le disque intérieur ne remplissait pas encore toute la cavité membraneuse; cependant il était plus considérable que celui du Polype de l'an- née précédente : il remplissait la moitié du corps , et contenait beaucoup de matière verte. Le pédoncule, plus allongé, se con- tractait quelquefois sur lui-même et ôtait à cet animal l'immo- bilité du premier. En 1 834, je le retrouvai au même endroit, mais plus avancé en organisation. Ses contractions sur son pédoncule étaient plus promptes, plus nombreuses; la membrane formant la cavité buccale était très contractile ; elle se contractait dans les deux sens; par les contractions latérales , l'amplitude de la cavité était diminuée, et, par celles qui étaient longitudinales, il se formait un pli rentrant au milieu qui fermait tout-à-fait la moitié infé- rieure de cette cavité. C'est par la pression de ce pli membra- neux sur la proie , que cet animal la fait pénétrer de force dans le corps granulé. Ce dernier remplissait alors tout l'espace inté- rieur , et les granules qui le composaient se massaient quelque • fois et changeaient de position. 44 PELTiER. — Nouvelle espèce de Floscularia. Je ne pus me procurer cet animal en i835 , mais je l'ai re-» trouvé en i836, à-peu-près tel que je l'ai laissé en i834. Cepen- dant il est plus gros ; quelques individus ont jusqu'à deux mil- limètres dans leur extension complète du bout du pédoncule à l'extrémité des soies ; il est plus actif, plus vorace, plus riche en cils ; une des tétines a un prolongement mobile que je n'a- vais pas encore remarqué : en résultat , il a fait encore quelques progrès , mais plus faibles que ceux des années précédentes. Lorsque de petites Cyclides pénètrent dans l'espace limité par les soies immobiles, elles sont comme irrésistiblement entraî- nées vers l'orifice largement ouvert ; souvent on les voit rétro-' grader , fuyant cette ouverture ; mais aussitôt , elles y sont re- poussées par une force qu'on ne peut apprécier, puisque l'ani- mal et ses tentacules restent complètement immobiles : bientôt la cyclide pénètre dans la cavité buccale , s'y promène en tous sens ; on voit parfois de petits mouvemens contractiles , selon qu'elle touche telle ou telle portion de la membrane. Enfin, lors- que, dans ses mouvemens divers, elle parvient à toucher cer- tain point au centre du corps ovoïde, aussitôt l'animal contracte la merùbrane annulaire dont nous avons parlé , la rapproche du corps granulé, et par son moyen y fait entrer l'animalcule. Si ce dernier est petit, un faible mouvement de cette membrane suffit pour l'y faire pénétrer , tandis que si cet animalcule est quelque peu résistant par sa grosseur, la contraction est complète, les soies sont rapprochées en faisceau et le pédoncule contracté. A la suite de cette introduction de la proie , un mouvement tumultueux a lieu entre les globules intérieurs , et la Cyclide broyée disparaît aussitôt. Lorsque l'animal englouti est gros et résistant, on le voit se débattre pendant quelque temps au mi- lieu de cette masse, puis disparaître toul-à-coup : j'en ai vu un résister une minute et demie et parcourir en tous sens la cavité du corps. Tant que l'animal ne touche pas la partie au centre du corps oval , la contraction n'a pas lieu ; on voit frémir la membrane, mais elle n'exécute pas le mouvement nécessaire à l'introduction de l'animalcule dans le corps. Lorsque le hasard n'amène pas le petit animal à toucher cette partie et à s'y placer, lorsque depuis long-temps il tourmente le Polype par son con- PELTiER. — Nouvelle espèce de Floscularia. 45 tact inutile, ce dernier se contracte sur son pédoncule, le ves- tibule à moitié ouvert , afin de se débarraser d'un hôte incom- mode. Si l'animalcule n'est pas du goût du Polype, ou s'il ne pouvait l'ingester à cause de sa grosseur, il se contracte de la même manière pour le chasser du vestibule. Son pédoncule pa- raît être une prolongation de la membrane générale , car j'ai vu quelques-uns des granules du corps y pénétrer pendant la con- traction et en ressortir pendant l'extension ; il est formé de plu- sieurs rangs superposés d'anneaux musculaires qui s'enchâssent les uns dans les autres pendant la contraction. Le i5 octobre de cette même année, au moment où je l'ob- servai, un de ces Floscularia se contracta vivement et toucha, du milieu du corps, un des aiguillons d'une Arcelle scutelHforme {^Arcella aculeata Ehr.). La membrane en fut déchirée, et il s'é- coula une partie de la substance intérieure, avec un certain nombre de granules colorés qui y sont mêlés. Ce Polype resta un moment demi-épanoui, courbé légèrement, la partie con- vexe du côté blessé, puis peu-à-peu la déchirure se ferma, et l'animal reprit toutes ses allures habituelles. Cet accident heu- reux me fit assister à la sortie d'une portion de la substance in- térieure, telle que je l'apercevais à travers les parois, et que je suivais du dedans au dehors, conservant toujours sa même apparence. Près de ces Floscularia , on voit souvent des corps ovoïdes assez gros, que M- Ëhrenberg désigne comme des paquets d'œufs. J'ai long-temps cherché à m'assurer de la nature de ces corps; je les ai vus se former peu-à-peu de la masse et dans la masse granulée du corps, et sortir par une ouverture latérale postérieure, qu'on ne peut voir qu'au moment de l'expulsion. Ces corps ne restent point attachés à l'animal; ils sont immobiles dans le voisinage , et ne s'attachent aux autres corps qu'à cause de leur état glutineux. Il ne se fait aucun travail dans leur inté- rieur : ils restent complètement dans le même état pendant quelque temps , puis on cesse de les retrouver. Voulant m'assu- rer de la cause de cette disparition , j'en ai suivi quelques-uns tout le temps nécessMire pour les voir disparaître. Après plu- sieurs jours d'existence , je les vis s'amincir , puis bientôt après 46 MARCHAND. — Sur la présence de Vurée dans le sang. s'échancrer dans une de leurs parties ; arrivés à ce point d'alté-- ration , la dissolution complète ne se fait plus long-temps at- tendre , et on ne voit à leur place qu'un amas informe dont les parties n'ont plus de solidarité. N'ayant vu aucun mode de dé- jection, je suis porté à regarder ces corps comme des paquets d'excrémens ; cependant , comme il se pourrait que leur dé* composition sous le microscope provînt de leur emprisonne- ment dans une seule goutte d'eau , je pense qu'il est nécessaire de recourir à de nouvelles observations pour décider de leur nature. EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE 4* La figure i" représente l'espèce de Polype que je trouvai en 1 83a , et que je ne retrouvai plus depuis. La figure a représente la Floscularia , que je trouvai dans ce même fossé, où j'avais trouvé le Polype précédent : elle est représentée dans son épanouissement. La figure 3 est la même Floscularia dans l'état contracté. r REcnERCHEs sur la présence de l'urée dans les différentes parties du corps des animaux autres que l'urine , Par M. R. F. Marchand, (i) § I. Sur la présence de Vurée dans le sang à l'état normal. Une question importante à résoudre pour la phj^siologie,. est celle de savoir si, dans l'organisme animal, les organes sécré- teurs forment les substances qu'ils sécrètent, ou bien s'ils les isolent seulement du sang où elles existeraient déjà toutes for- mées. Cette dernière opinion a été adoptée par la plupart des chimistes, en tête desquels il faut ranger M. Chevreul; et, de- (i) Trad, de l'allemand, et tirées du journal de Erdemanu Fiir Prœkische Chemie, B. xi MÀECHAN». — Sur la présence de l'urée dans le sang. 47» puis que MM. Prévost et Dumas ont démontré la présence de l'urée dans le sang après l'extirpation des reins, elle s'est ap* puyée surtout sur l'histoire de la sécrétion urinaire. Cependant les physiologistes soutenaient l'opinion contraire, et cherchaient à comhattre les chimistes avec leurs propres armes en leur de* mandant de démontrer la présence de l'urée dans le sang sans extirpation préalable des reins. MM. Mitscherlich, Gmelin et Tiedemann se sont occupés de ce sujet en dernier lieu, et,après s'être assurés qu'on peut reconnaître la présence de ttt d'urée dans le sang, ils ont recherché cette substance dans dix livres de sang de vache, mais sans pouvoir en constater la présence J du reste, ils ne spécifient pas si leur expérience a été faite sur du sang artériel ou sur du sang veineux. Les autorités que je viens de citer ne peuvent laisser aucun doute sur l'exactitude des résultats énoncés , et je n'aurais pas entrepris à mou tour des recherches à ce sujet , si je n'avais pensé que je pourrais modifier la marche suivie par mes devan- ciers. MM. Prévost et Dumas pensent que si l'on ne découvre pas l'urée dans le sang à l'état normal , cela dépend de ce que le travail sécrétoire étant continuel , l'urée ne se trouve qu'en petite quantité dans le sang, et peut alors échapper facilement à l'observation du chimiste. Il m'a donc paru nécessaire de faire l'expérience de manière à satisfaire aux deux conditions sui- vantes : 1° tirer à un animal, dans le temps le plus Ion» pos- sible, la plus grande quantité possible de sang ; a° le tirer du vaisseau situé le plus près possible des reins. Du reste, quoique tout le sang ne traverse pas les reins, mais continue sa route dans l'aorte descendante sans avoir été dépouillé de son urée; il est évident que la quantité absolue d'urée contenuedans ce liquide doit être moins considérable au-dessous qu'au-dessus de l'origine des vaisseaux rénaux. L'expérience a été exécutée de la manière suivante : on a ou* vert à un chien grand et bien portant l'abdomen du côté gauche ; on a adapté dans Yaorte , à-peu-près un demi-pouce au-dessus de l'origine des artères rénales, une canule en laitoti assez étroite; puis on a pratiqué une ligature autour de l'aorte, au-dessous de ces vaisseaux, de sorte que tout le sang de cette 48 MARCHAND. — SuT la préseuce de Vurée dans le sang. artère a été forcé de s'écouler par la canule. Après une heure environ , l'animal est mort, et le sang ainsi obtenu pesait à-peu- près trois livres. Mais en faisant l'opération , une hémorrhagie avait eu lieu. On a débarrassé le sang de sa fibrine en l'agitant fortement avec des pierres; la fibrine a été lavée avec de l'alcool, on a ajouté cette dissolution alcoolique au reste du sang, et le tout a été évaporé au bain-marie; puis on a recherché la présence de l'urée dans ce liquide d'après le procédé de MM. Mitscher- lich, Gmelin et Tiedemann. Cependant je n'ai pu en décou- vrir aucune trace, quoique des expériences préalables m'eussent fait voir qu'on en pouvait démontrer dans le sang, même ttt. Il me paraissait curieux de constater quelle est la substance qui nous empêche de découvrir la présence de l'urée dans le sang, renfermant moins de tv de cette matière. Je pensai d'a- bord à l'albumine, qui, par sa coagulation, doit empêcher la séparation de l'urée, et, pour m'en assurer, j'ai fait un mélange de aoo grains de sérum et de i grain d'urée ; j'ai évaporé le li- quide au bain-marie, et j'ai ensuite séparé de l'urée par le pro- cédé ordinaire. Mais quoique j'aie opéré avec toutes les pré- cautions possibles, je n'ai pu obtenir que 0^,2 d'urée. Il est dif- ficile d'expliquer ce qu'est devenu le reste de l'urée ; on ne peut pas admettre qu'elle se combine chimiquement avecl'albumine ou avec les sels qui se trouvent dans le sang, et dont la quan- tité est très peu considérable ; de sorte que si même une com- binaison pouvait avoir lieu, la perte qui en serait résulté n'au- rait pu être à beaucoup près aussi grande. J'ai pris ensuite 12 grains de fibrine fraîche ; je l'ai traitée par l'éther pour sé- parer la matière grasse qui lui adhère, puis je l'ai fait macérer dans l'acide acétique et je l'ai dissoute dans de l'eau bouillante. J'ai ajouté au liquide ainsi obtenu o^' ,5 d'urée , et je n'ai pu en retirer ensuite que o^%2i5. Cette perte est très considérable , et doit provenir en partie d'une réaction que l'acide acétique a exercé sur l'urée. Enfin j'ai étudié la manière de se comporter de l'urée envers la matière colorante, et, pour cela, j'ai mêlé 10 grains de matière colorante desséchée à /jo" avec o ,5 d'u- rée, et j'ai dissous le tout dans l'eau, en chauffant la dissolu- tion jusqu'à 70° ou 86° : elle s'est alors coagulée. J'ai séparé de MARCHAND. "— Sur la présence de Vurée clans le sajig. 49 la dissolution filtrée o^', 28 d'urée, et des eaiix de lavage du coagulum encore o^",i2, ce qui nous démontre que la matière colorante est de tous les principes du sang celle qui retient le moins d'urée. Ces expériences nous démontrent c]ue c'est sans contredit l'albumine qui embarrasse principalement dans la recherche de l'urée dans le sang, et une autre expérience que j'ai entrepris a confirmé cette opinion. Ainsi, dans les liquides hydropiques dans lesquels j'ai pu découvrir la présence de l'urée, la quantité d'albumine n'excédait pas 3 à 4 pour cent; mais quand, dans un autre cas, cette quantité s'est élevée à i4 pour cent, je n'ai pu découvrir des traces d'urée ; cependant ce liquide ne con- tient pas les autres principes constituans du sang qui dans ce liquide s'opposent à la constatation de l'urée : il contient, à la vérité, des sels; mais il est impossible d'attribuer à ceux-ci une si forte réaction. Malgré ces résultats négatifs, on est bien porté à admettre la préexistence de l'urée dans le sang, et cela d'autant plus qu'un calcul simple nous prouve combien les quantités d'urée dans ce liquide peuvent être minimes, de sorte qu'il paraîtrait, en effet, presque impossible de découvrir sa présence dans le sang à l'état normal. Pour faire ce calcul , prenons les données que nous fournit l'homme, et qui ont été les mieux constatées. L'urine de l'homme contient généralement 3 pour cent d'urée; si on ad- met qu'un homme sain émet 3 livres d'urine (quantité déjà bien considérable), il émet pendant vingt-quatre heures à- peu-près une once et demie d'urée. Il est nécessaire que toute l'urée qui se forme dans l'économie soit séparée, sans quoi elle s'accumulerait quelque part, et notamment dans le sang, comme cela s'observe dans certaines maladies. Ainsi pendant vingt-quatre heures il se forme une once et demie d'urée : rien ne nous prouve que la formation ne se fasse pas régulièrement et qu'elle soit plus forte dans un temps de la journée que dans f i) La promptitude avec laquelle le sang se débarrasse des substances qui lui sont étran- gères est démontrée par la présence de cyanose, de fer et de potassium jaune dans l'urine, quelques minutes après l'avoir pris ; il n'y a rien d'étonnant si l'organisme éloigne l'urée qui lui est étrangère aussi vite que le sel cité. X. ZooL. — Juillet. 4 5o MARCHAND. — Sur la présence de l'urée dans le sang. un autre. On pourrait croire qu'après avoir pris des alimens, la formation de ce corps devrait se faire plus activement; mais je prouverai plus bas qu'il n'existe aucun rapport entre les deux phénomènes de la digestion et de la formation de l'urée. Si, par conséquent, dans les vingt-quatre heures il se forme dans toute la masse du sang une once et demie d'iu'ée, lesquels sont con- tinuellement séparés, au moins en grande partie , il ne peut se trouver dans loute la niasse du sang pendant une heure que la 24' partie de cette once et demie. Si on admet que, terme moyen, l'homme a 20 livres de sang, ce qui est ordinairement le cas, on voit qu'une livre contiendra pendant vingt-quatre heures le 20' de l'once et demie d'urée; pendant une heure, ï"^t"~ = if? de cette même quantité, c'est-à-dire le ttt d'une once. Si on se procure du sang au moyen d'une saignée qui ne dure pas un quart d'heure et qui nous donne une livre de sang, on voit donc que cette livre contient seulementrrird'once d'urée ou la ttIoo. partie du sang employé, et on voit par conséquent en même temps qu'elle doit échapper à la recherche des chimistes. Du reste , lois même que toutes ces données seraient entachées d'erreurs, et qu'on trouverait des moyens d'éviter les obstacles embarrassans , il est clair qu'il sera encore bien difficile de ra- mener la proportion de ëriw à la proportion de ^, laquelle n'e&t pas encore sans difficulté pour l'expérimentateur. L'impossibilité de découvrir la présence de l'urée dans le sang se présentant elle-même à priori (i), il paraissait donc tout-à- (i) Le calcul de M. Marchand aurait en effet pour résultat d'éloigner, pour bien long-temps au Bioin.s , la pensée de recherclier directement l'urée dans le sang à l'état normal , puisqu'on ne pourrait espérer de le faire avec succès qu'à lacoudition déposséder desmoyeas de recherches ceat cinquante à deux cents fois plus délicats que ceux que là science n^et aujourd'hui entre les mains dts observateurs. Maiâ nous ne croyons pas qu'il en soit ainsi, et les raisoonemens qui précèdent n'ont con- duit M.Marcliflud à cette fâcheuse conclusion, que parce qu'ils renferment, ce nous semble du moins j une confusion dans les termes. Il se Jorme pendant vingt— (jualre heures une once et demie d'uree ; et le rein étant supposé un organe dont l'action est constante, la quantité formée sera proiiortionnelle au temps , on en pourra conclure qu'i7 se forme pendant une keure iplt, d'once et demie d'urée ; mais il se trouve n'est point synonyme de U se forme; çt il se trouve pendant ^ est une locution dont nous avouons ne pas bien comprendre la signification ni les conséquences nialJitm;itinULS dans le, cas. actuel. INous \o) ons bien moins encore com- ment M. Marchand part de là, pour s'appuyer comme il le fait sur ce principe, auquel rien de MARCHAND. — Sur la présence de l'urée dans le sang. 5 1 fait inutile de répéter l'expérience mentionnée plus haut , et qui exige une vivisection cruelle , si on n'avait pas vu bien souvent que Texpérience donne un résultat bien différent de celui au- quel on s'attendait. J'ai fait usage encore d'un autre moyen pour découvrir la présence de l'urée, c'est en traitant des grandes quantités de sang l'une api'ès l'aulre avec la même menstrue , espérant par là augmenter progressivement la masse de l'urée. Mais le résultat n'a pas répondu à mon attente, ce qui dépend, non-seulement de la petite quantité de cette substance, mais aussi de ce que les substances étrangères dont elle est entourée empêchent l'action des réactifs. Il me reste à prouver que la séparation de l'urée se fait d'une ce qui précède ne semble conduire, que la quantité d'urée contenue dans le sang tiré £une «s tère, sera proportionnelle au temps qu'aura duré la saignée. Celte question toutefois ne nous semble pas être de celles qui doivent échapper néces- sairement aux raisonneraens mathématiques ; mais nous sommes loin de posséder les élémens précis qui devraient servir de point de départ à un semblable calcul, et le seul but que nous puissions nous proposer dans l'é'at de choses oîi nous sommes placés, ce serait de déterminer si, comme le croit M. Marchand, les données actuelles que possède la science nous permettent de conclure que l'urée est dans le sang en quantité assez petite , pour qu'un chimiste doive renoncera l'y ciiercher , soit par les procédés que l'on possède dès aujourd'hui, soit à l'aide de perfeclionuemens que la science ne dût pas désespérer d'atteindre. Le cœur bat une fois par seconde, ou 86,400 fois par jour. Or, d'après l'opinion de M. Poiseiiille, on peut regarder la quanlité de sang lancée à chaque ondée, premier élément dont nous ayons besoin , comme ne dépassant pas de beaucoup i/st once. L'aorte peut donc être considérée comme un tuyau de conduite, distribuant environ 48,000 onces de liquide par jour dans les diverses artères qui y prennent naissance. C'est dans la portion de ce liquide seulement qui traverse les artères rénales et les reins, qu'est puisée l'once et demie d'urée que rend un homme en un jour. Or , la répartition qui se fait entre les artères est en raison com- posée de leur surface de section , et de la vitesse qu'y possède le sang , deux'élémeus qui nous manquent aiisolumeul. Admettons duuc comme un terme assez probable, et auquel d'ailleurs riea ne répugne dans l'état actuel de la science, que la part des artères rénales, soit d'envioa i/3 ou i/io de la quantité totale du sang, ce qui semblera probablement une estimation assez élevée, si l'on lait attention au nombre total des artères du même degré qu'elles et à l'impor- tance des sept ou huit priucipules. Ce seraient donc environ 5, 000 onces de sang qui traver- seraient les reins dans uu jour. Mais un élément nous man(|ue encore , aucun fait ne nous |)«rni«t de dire si le sang eu traversant les reins est dépouillé complètement d'urée, ce qui D'e.it |tai probable, uu s'il perd telle ou telle fractiou seulement de la quantité qui y est couleuue. Toutefois, soit r le rapport de la quanlité enlevée à la quantité totale ^ en lui asai— gnaul des valeurs arbitraires, eu supposant que ce suit la moitié , K* (|fiart , etc., nous arrive» runs a uuus faire une idée géuérale de ce que peut être le rapport do l'urée au saug duiig l'état normal. Le tableau suivant résume tout ii-la-'fuis les hypothèses dilféreutcs que uuus nvunsété 4. 02 MARCHAND. — Sar la présence de Vurée dans le sang. manière uniforme, et qu'elle est indépendante de l'influence de la digestion. J'ai examiné l'urine qui a été émise la nuit et peu de temps après que l'individu se fût levé du lit. J'y ai trouvé jus- obligés d'admettre, et les résultats auxquels cette manière de raisonner le problème en question nous conduit : Q la quantité de sang lancée à chaque ondée ; n le nombre d'ondées dans un jour ; — le rapport de la quantité de sang qui s'écoule par les artères rénales , à la quantité to- R laie qui sort du creur ; I * — le rapport de la quantité d'urée sécx'étée à la quantité totale contenue dans le sang de l'aorte ou des artères rénales ; q la quantité d'urée sécrétée dans un jour; X le rapport général de l'urée au sang dans l'état normal ; On aurait : (1 Rr Qn Qn ou , si l'on calcule d'abord la quantité de sang, qui -passe par l'artère rénale dans nn R jour , soit Q' , cette quantité Nous avons admis Q' := 5ooo """' q z= 1 »Dce 1^2 . Faisons successivement I iiiiiiii r ' /• 2 /■ 3 ' r 5 r lo il viendra ' /.-j.ioo *' — /i65o ^ '- — 1 1 6Go 350 Ainsi dans le cas où la sécrétion de l'urée serait complète, ce qui est le cas le plus défavora- ble , le rapport serait encore i/33oo , mais il serait 1/660 si la sécrétion ne s'exerçait que sur le cinquième de la quantité totale pendant le temps si court que le sang emploie à traverser les capillaires rénaux. Ce sont des nombres qui encore une fois n'ont aucune valeur réelle en eux-mêmes , puis- que nous nous sommes fondés sur des hypothèses dont aucune n'est une donnée positive de la science; mais d'un autre côté nous ne connaissons non plus aucun fait qui prouve que l'une quelconque des valeurs hypothétiques que nous avons assignées aux divers élémens de notre travail soit trop favorable; et si l'on admet les principes sur lesquels nous nous sommes fondés , si les conséquences que nous en avons déduites paraissent rigoureuses , on conclura comme nous de ce qui précède , que rien de ce qui est actuellement dans la sciaice ne permet de déclarer impossible de reconnaître la présence de l'urée dans le sang à l'état normal. L. D. BiARCHAND. — Sur la préseuce de l'urée dans le sang. 53 qu'à 4 pour cent d'urée , proportion qui est plus forte que celle existant ordinairement dans ce liquide. L'urine émise deux heures après le repas , et sur laquelle la digestion pouvait par conséquent influer, ne contenait que 3,2 pour cent d'urée. La cause pour laquelle l'urine émise le matin est plus riche en urée dépend probablement de la transpiration plus active des parties aqueuses pendant la nuit. Un autre fait à l'appui de l'o- pinion émise plus haut nous est fourni d'une manière indirecte par une expérience de Lassaigne (i) : ce chimiste ayant examiné l'urine d'un fou qui n'avait rien mangé ni bu pendant dix-huit jours , l'a trouvée composée des mêmes principes que celle d'un homme sain. Je n'ai pas eu l'occasion de répéter cette expé- rience, mais il serait à désirer qu'elle ne fût pas négligée par des médecins si un cas analogue venait à se présenter. Cette expérience nous démontre avec la plus grande certi- tude que l'urée ne se forme pas immédiatement des alimens , mais de la substance déjà formée du corps animal auquel est soustraite ainsi une quantité d'azote qui est ensuite remplacée par un aliment contenant de l'azote ; aussi voit-on , d'après les expériences de Magendie (a) , Macaire et Marcet (3) , Lassagne et Iwart (4), et Tiedemann et Gmelin (5) , que le défaut d'ali- mens azotés détermine d'abord une maladie et ensuite la mort. Par conséquent, si nous ne pouvons pas admettre que l'é- mission de l'urée soit activée par la digestion (6), il faut bien conclure que celle-ci se fait régulièrement. (7) (i) Journal de chimie médicale. (2) Annales de chimie. 1816. sept. p. 66. (3) Mém. de la Soc. de pliys. et d'hist. nat. de Genève, t. v. (4) Annales de chimie et physique, août t833. (5) Digestion, t. 11 , p. 18 3. (6) Il y a quelque temps, M. Moriu ( Anii. de chim. et dt; phys. f. 44)» a émis l'opinion que l'urée ne préexiste pas dans l'urine, mais qu'elle se forme au\ dépens d'une substance qu'il appelle urile et de l'acide azotique. Suivant M. Moriu , cet mile se trouM- dans l'in-iiie coinhince, au chlore. Si cela avait lieu en effet, lalprisence de l'urée dans l'uriue ne pourrait pas être démootrée ; mais ni la chimie lù la physiologie ne doivent se laisser arrêter dans leur marche par des hypothèses aussi arbitraires. (7) L'auteur ne tient pas compte ici dos belles oxncritnces de M. Cliosfat siu- la sécrétion urinaire , expériences qui démoulreiU les rapports intimes qui e.xislcnl entre l'alimentation et cette sccrétiou. (K.) 54 Sf ARCHAND. — Sur la présence de l'urée dans le sang. § II. Recherche de Vurée dans le sang altéré par la maladie. La cause de la présence de l'urée dans le sang des malades ou mieux son accumulation en quantité assez considérable pour devenir appréciable à nos analyses, peut dépendre de deux cir- constances: a° d'une formation excessivement active de cette substance ; i° de la suppression de son émission ou séparation. On n'a pas de certitude sur l'existence de cas dus à la première de ces causes. Nous pouvons par conséquent les omettre et nous ne nous occuperons que de ceux dus à la seconde cause. Le cas le plus simple que nous allons prendre en considéra- tion , c'est l'extirpation de reins , expérience qui a été faite et décrite par Prévost et Dumas (i), Vauquelin et Ségalas (2), Metscheilich, Tiedeman et Gmelin (3). Les trois séries d'expé- riences , faites par ces savans, ayant donné les mêmes résultats, il aurait été inutile de les répéter, si je n'avais espéré pouvoir en rendre les résultats encore plus évidens, et, dans cette vue, j'ai cherché principalement à empêcher la mort prompte de l'animal soumis à l'expérience , et j'ai été assez heureux pour arriver à ce but , en ne pratiquant pas l'extirpation des reins , mais en déterminant la gangrène des nerfs de ces organes par la ligature. Cette manière de procéder a plusieurs avantages. L'opération est plus facile à exécuter : elle entraîne une perte de sang moins considérable. Elle est moins douloureuse, de sorte que l'animal est moins affaibli , et reste plus long-temps en vie. J'ai choisi pour l'expérience un mouton foft et bien portant, au- quel la ligature a été pratiquée à-la «fois aux deux reins , et, dès que je pus présumer admettre que la mortification était devenue complète , les ligatures furent retirées, afin de troubler le moins possible l'état normal. Les blessures furent réunies par des sutures , et bientôt elles (1) Annales de chimie et de physique , a® série , t; xxin. (a) Journal de physiologie de MagenJie , tome ii. (3) Poggendorff's Annalen xxxi. MARCHAND. — Sur la présence de Vicrée dans le sang. 55 commencèrent à se cicatriser. L'animal paraissait très mal à son aise ; mais cependant, le jour de l'opération même, il mangea du pain blanc et du lait. U a vomi à plusieurs reprises (comme dans les autres cas) un liquide charge de beaucoup de bile. Le second jour, il était bien faible , mangeait cependant: il rendait des excrémens aqueux et vomissait de temps en temps; néan- moins il continuait à manger. J'ai réussi à prolonger de cette sorte la vie de l'animal jusqu'au quinzième jour. Il était alors bien affaibli; les vomissemens devenaient plus fréquens. Il pa- raissait bien près de la mort: le pouls, qui jusqu'alors était accéléré, devenait plus faible et lent. Comme il importait d'avoir la plus grande quantité de sang , on a ouvert alors les jugu- laires, et fait périr l'animal par bémorrbagie. Sa mort est arrivée après l'émission de près d'une livre de sang(i). Ce sang a été soumis à l'analyse : on en a pesé avec exactitude quatre cents grains, qu'on a fait évaporer au bain-marie jusqu'à siccilé, et, pour en séparer l'urée, on a suivi en général le procédé indiqué par Mitscherlich , Gnielin et ïiedeman. J'ai obtenu ainsi un ^ peu plus de deux grains d'urée. Ensuite j'ai recherché l'urée dans le liquide vomi par l'animal, et principalement dans celui quia été rendu pendant les derniersjours, supposant qu'il devait être plus riche en urée que ceux rendus les premiers jours. Soixante grains de ce liquide, traités par l'acide azotique, don- nèrent des signes si certains de l'existence de l'urée, que je n'ai pu douter un seul instant de sa présence. J'ai trouvé à peine une trace de liquide dans la vessie de l'animal. Pendant les quinze jours qu'a duré l'expérience , il n'a même pas sécrété de l'urine , ce qui prouve que la mortification des reins a été com- plète. L'idée de faire l'expérience à la manière décrite m'a été sug- gérée par MM. Millier et Peipers, qui ont déterminé la gan- grène des nerfs des reins par la ligature, et ont empêché de la (i) Je ne doule pas qu'on puisse prolonger la vie de l'animal bien plus long-temps j mais , n'étant pas incn exercé dans les vivisections , l'opération n'a pu être faite avec toutes les pré- cautions désirables: la fièvre qui est résultée de l'opéralion a contribué pour beaucoup à di- minuer les forces de l'aniuial. 56 MARCHAND. — Su7' la présciice de l'urée dans le sang. sorte la sécrétion de l'uriue; mais ces messieurs n'ont pas exa- miné le sang, (i) Dans la pathologie humaine , nous rencontrons des cas pa- reils , quoique des changemens aussi grands que ceux qui ré- sultent d'une telle opération ne puissent pas avoir lieu. Les cas d'une ischurie complète ne sont pas très lares, et de temps en temps , quoique moins souvent , on a l'occasion d'observer la maladie de Bright ; enfin le choléra asiatique , au plus haut degré de son développement, est accompagné d'une suppression com- plète de la sécrétion de l'urine. Quand je m'occupais de ces recherches, cette maladie était très répandue ici à Berlin , j'ai profité de cette occasion pour répéter les expériences de Her- man de Moscou (2) et de Wittstock , de Berin (3) , qui , comme on sait , ont donné un résultat négatif. Je dois des remercîmens à mon ami, M. le docteur Naget , employé à l'hôpital des cho- lériques, pour l'appui qu'il a bien voulu me prêter ; car il a même pratiqué la partie la plus difficile de cette expérience. L'analyse a été faite par le procédé ordinaire. On a soumis à l'examen une livre de sang d'iui malade affecté de chaleur, qui souffrait depuis plusieurs jours d'une ischurie; mais, malgré tous les soins qu'on a employés , on n'a pu apercevoir que des traces bien douteuses de la présence de l'azotate d'urée. On a répété l'expérience avec le sang d'un autre malade du choléra , qui souffrait aussi depuis plusieurs jours d'une ischurie , et on a obtenu des cristaux bien distincts d'azotate d'urée, qui ne laissait aucun doute dans l'esprit sur leur constitution. Je ne révoque pas en doute pas de la présence de l'urée dans le sang, dans l'affection de reins de Bright, comme cela a été annoncé par les chimistes et médecins anglais. Il a été dit plus haut que c'est principalement la coagulation de l'albumine , qui empêche de constater la présence de l'urée ; il fallait donc trouver un moyen pour précipiter l'albumine , et mettre ainsi l'urée dans des circonstances telles que sa présence puisse se manifester. Le chlore se présente d'abord à l'esprit. (i) Archives de physiologie do MuUcr. i83C. ['i) Poggcndorli , l. xxii, p. i6i. (3) Ajiu. dePogscaJorff, t. xxiv , p. Sog. MARCHAND. — Sur la présence de l'urée dans le sang. 67 Si on fait passer un courant de chlore dans une dissolution qui contient de l'albumine , celui-ci est précipité en légers flocons. Mais malheureusement le chlore réagit aussi sur l'urée et la dé- compose en azote, en carbonate et chlorhydrate d'ammoniaque. ."t § III. Présence de l'urée dans d'autres liquides pathologiques du corps humain. Les premières recherches détaillées , qui ont été faites à ce sujet avec une exactitude scrupuleuse sont celles de Nysten, qui ont été présentées à l'Académie des Sciences. Son mémoire, présenté en 181 1 , est resté sans rapport et tout-à-fait oublié; enfin , retrouvé par les rédacteurs du Journal de chimie médi- cale , il a été imprimé en extrait dans ce recueil (i). Une année avant la publication de ce travail (i 836), j'ai examiné le liquide hydropique d'uiie femme affectée d'ascite, chez laquelle la rétention d'urine n'était pas complète, et, malgré la quantité notable d'albumine que le liquide contenait (2) , j'y ai trouvé 0,42 p. "/o d'urée. Dans deux autres cas , j'ai trouvé de l'urée accompagnée toujours d'albumine; mais, dans un quatrième cas', il m'était impossible de trouver l'urée, probablement à cause de la quantité considérable d'albumine que le liquide contenait. Nysten, qui a aussi examiné le liquide hydropique (3), y a trouvé, outre l'urée, de l'acide urique. J'ai recherché vainement ce der- nier ccrps; mais je dois dire que je n'ai fait cette observation qu'une seule fois. Nysten a découvert la présence de l'urée , non-seulement dans les liquides hydropiques, mais aussi dans les liquides qui ont été rendus par des individus frappés d'une ischurie com- plète (4). Les cas sont bien rares. Je n'ai pas eu occasion de répéter l'expérience de ce physiologiste: le résultat qu'il a ob- tenu me paraît cependaht bien probable , et présente beaucoup d'analogie avec celui de l'expérience sur la mortification des nerfs des reins du mouton , que j'ai cités plus haut. (i) Journal de chimie médicale, juin i3!>7 , p. 357. (a) Aaiiales dePoygcndorf, t. xxxvjti, p, 357. (3) Il a été aid(': daiis s(!5 analyses pur Karruul le père. (4) BethcrcUes de chimie et de phy8iologie« 58 MARCHAND. »— SiiT la présence de l'urée dans le sang. On peut j3résumer que l'on trouvera de l'urée dans les excré- mens et les liquides vomis par des personnes atteintes de choléra et chez lesquelles la sécrétion pathologique de l'iuine est arrê- tée; mais cette opinion n'est pas confirmée par les expériences faites avec beaucoup de soin de Wittstock et d'IIermann. Witts- tock dit cependant avoir trouvé des traces d'acide urique dans les excrémens;mais on ne sait jusqu'à quel point on peut comp- ter sur cette observation. L'opinion de M. Hermann, déduite de cette observation, que, pendant le choléra, il ne se forme pas d'urée , me paraît bien hasardeuse. Je ne vois rien autre chose, seulement que la quantité du liquide sécrété est si considérable, et la quantité de l'urée si minime que la première masque la seconde. J'ai trop de confiance dans les recherches de M, Her- mann pour douter de leur exactitude: aussi, quoique le retour du choléra à Berlin m'ait présenté l'occasion de répéter cette expérience désagréable et dégoûtante, je n'ai pas cru nécessaire d'y revenir; du reste, je n'ai pas voulu m'exposer à la conta- gion. Avant que l'uréene fût découverte et que l'on eût appris à constater sa présence quand elle se trouve en petite quantité,on a observé que la sueur émise par les individus atteints d'ischurie et de maladies analogues, sentait fortement l'urine. Quoique la sueur possède en général l'odeur ammoniacale, et que, par con- séquent on ne puisse pas admettre de suite que c'est l'urée qui en est la cause , on conçoit bien la possibilité d'une pareille sé- crétion lorsque l'urée se trouve en excès dans le sang;cir, dans l'ictère , la peau sépare aussi du sang des matières qui ne sont pas du domaine de sa sécrétion normale. Dans beaucoup de cas cependant , l'urine , amoncelée dans la vessie ,est ramenée de nouveau dans le torrent de la circulation par l'exosmose; mais ces cas ne peuvent pas être pris en considé- ration ici, parcequ'ilsdépendentd'un phénomène accidentel, qui n'a rien de commun avec la formation de l'urée , et il y a sans contredit des cas où de pareilles sueurs urineuses apparaissent pendant que la sécrétion de l'urine est arrêtée. H Nos données sur la composition chimique de la sueur à létat pathologique, et en général nos notions sur tout ce qui con- cerne la théorie de la transpiration de la peau sont Lien incer- I aiARCHAND. — Sut la présence de l'urée dans le sang. 69 taines, quoique l'appréciation exacte de ces fonctions fût d'un haut intérêt tant pour la physiologie que pour la médecine pratique; aussi, vu l'état de cette partie de la science, aurait- il été inutile de nous arrêter plus long-temps sur ce cas par- ticulier. § IV. Sur la présence du sucre de diabète dans le sang des malades affectés du Diabètes mellitus. D'après la plupart des chimistes, l'urée disparaît de l'urine dans la maladie rare et presque incurable connue sous le nom de diabète mellitus, et se change en sucre de raisin; cepen- dant, d'après M, Baruel l'aîné, l'urée paraît ne pas disparaître complètement. Les expériences ultérieures décideront probable- ment si le fait annoncé par M. Baruel est exact, ou bien si le résultat qu'il a obtenu ne dépendait pas de ce que la maladie n'était pas encore complètement développée. Jusqu'à présent, nous devons admettre que toute l'urée se change en sucre de dia- bète, et, de même qu'on n'est pas d'accord sur la question de savoir si l'urée préexiste dans le sang normal, on ne s'accorde pas relativement à celle du sucre dans le sang des diabétiques. J'ai eu moi-même l'occasion de recueillir des données sur ce point; mais comme ce sujet a des rapports intimes avec celui que je traite, je crois devoir rassembler ici tous les faits connus. Dobson et Rollo (i) sont les premiers qui ont annoncé avoir trouvé du sucre dans le sang ; mais Nicolas et Guedeville (2) ont nié ce fait. Vauquelin et Ségalas ont également cherché en vain à séparer le sucre du sang tiré de la veine d'une femme dont l'urine contenait i5 pour cent de sucre. Wollaston, au contraire, dit avoir trouvé iz de sucre dans le sérum du sang. Les autres données sur ce sujet sont si vagues et si indécises qu'on peut passer outre , excepté toutefois deux observations qui méritent plus d'attention , et qui ont été faites dans ces derniers temps. Une de ces observations est due à Ambrosiani , pharmacien en (1) Ochlor's journal Band, i , p. 343? {t) Juui'uai iii; cUimiu médicale, topnc i, page i. 6o MARCHAND. • — Si/7' la présence de Vurée dans le sang. chef de l'hôpital de Pavie (i), qui a examiné le sang et l'urine d'un diabétique guéri plus tard par le professeur Carreliani au moyen de la créosote : il a chauffé légèrement le sang (dont on avait séparé la fibrine) pour le coaguler ; il a filtré , ajouté de l'acétate de plomb, séparé l'excès de plomb par l'hydrogène sulfuré , il a fait bouillir la liqueur filtrée avec un blanc d'œuf pour la clarifier, l'a évaporée jusqu'à consistance de sirop , et il a retiré de ce sirop, après quelques semaines, des cristaux de sucre qui, mis en contact avec la levure de bière , ont fermenté. Une partie(/Aei7) de sang veineux lui adonné g grains de sucre cristallisé. Maitland a annoncé un fait pareil, observé sur le sang d'un malade qui émettait une livre et demie de sucre par jour; cinq onces d'un sérum laiteux provenant de huit onces de sang lui ont fourni du sucre qui ressemblait tant au sucre de diabète , qu'on ne pouvait pas douter de l'identité du premier avec le dernier. Le malade a été saigné quand la quantité de sucre ;di- minuait dans l'urine. Il est inutile d'insister sur la ressemblance frappante qui existe entre la présence de l'urée et du sucre dans le sang. Dans le diabète j le sucre remplace l'urée ; ainsi tout ce qu'on a dit au sujet de ce dernier peut s'appliquer aussi au sucre. Par les raisons citées plus haut, il faut aussi des circonstances toutes particulières pour que le sucre soit retenu par le sang et pour qu'on puisse constater sa présence par suite de son accumula- tion, comme cela a lieu aussi avec l'urée, et en outre, il faut un concours tout particulier de circonstances pour que, malgré la séparation considérable de cette matière par les reins ( ce qui est un fait caractéristique de la maladie), il en sorte une quantité si grande encore. Dans le cas cité par Maitland, le sucre diminuait dans l'urine; c'est pourquoi sa quantité a peut- être augmenté dans le sang. Nos connaissances en chimie animale sont si peu étendues, que chaque fois que cette science nous fait faire un pas nou- veau dans les recherches physiologiques ou pathologiques, (i) Annal, univers. diOmodei , i83i (août et mai). îMAJicHAND. — Sut la présence de l'urée dans le sang, 6i nous devons examiner avec soin si elle ne nous égare point, et si nous pouvons adopter avec confiance les résultats qu'elle nous fournit sans risquer d'introduire dans le domaine des faits d'inutiles hypothèses. Je ne puis cependant quitter ce sujet sans émettre une opinion sur la ressemblance de deux espèces de diabète , le mellitus et le insipidus. Le phénomène principal que nous observons dans les deux maladies, c'est l'émission énorme de l'urine. Toutes les deux se caractérisent par l'absence de l'urée; la différence est que, dans un cas, nous trouvons du sucre dans l'urine , et que dans l'autre nous n'en trouvons pas. On n'a pas examiné, jusqu'à présent, le sang dans le diabète insipidus. Il serait bien possible que , dans ce dernier, la quan- tité de sucre qui est sécrété dans le diabète mellitus s'y trouve retenue, soit à l'état de sucre, ou bien encore à l'état d'u- rée, et que toute la différence des deux maladies existe dans l'émission de ces substances. Les expériences chimiques décide- ront la question; mais malheureusement, pour les exécuter, l'occasion est bien rare , et quand elle se présente elle est sou- vent négligée. § V. Observations générales sur l'action des organes glanduleux^ S'il était permis de tirer des faits mentionnés plus haut des conclusions relatives aux sécrétions des glandes en général, on arriverait aux résultats suivans : Nous connaissons dans l'organisme animal une grande quan- tité d'organes qui sécrètent, et parmi ces organes, les glandes jouent le rôle principal. La zoo-chimie explique jusqu'à un cer- tain point les phénomènes qui se passent dans quelques cas, mais le plus souvent ils échappent à notre observation , parce que les sécrétans s'exercent sur des substances dont les carac- tères chimiques sont, ou si peu connus, ou des matières si in- différentes , que leur recherche présente les plus grandes diffi-* cultes. Les organes qui présentent les conditions les plus favo- rables des recherches de cette nature sont les reins et le foie. Le principe essentiel de l'urine peut être reconnu , même en petite quantité , là où elle se présente ; c'est pour cette raison que nous la trouvons dans le sang, lorsque la sécrétion est em- 62 MARCHAND. — Sur la présence de l'urée clans le sang. pêchée par une cause quelconque ; c'est aussi pour cela que nous la trouvons clans les sécrétions morbides qui s'accumulent en partie clans le corps humain, ou sont expulsées par d'autres voies , lors des maladies rénales ou de celles de tout le système urinaire. Nous trouvons également dans le sang la substance qui remplace l'urée , le sucre , quand même il est sécrété , ce qui vient probablement de ce qu'il se forme en quantité extra- ordinaire , circonstance dont dépend probablement l'amaigris- sement terrible des personnes atteintes de cette maladie. Nous observons les mêmes phénomènes dans les sécrétions du foie. Je ne parlerai ici que cl'après les expériences de Tiede- raann, GraeUn et cj^uelques autres sa vans; mais elles ne laissent aucun doute. Nous voyons par ces expériences la présence des parties constituantes de la bile dans le sang, quand sa sécrétion est arrêtée, soit que le foie ne puisse fonctionner à cause de maladie (par exemple, dans l'endurcissement du foie), soit qu'on ait pratiqué une ligature aux canaux hépatiques : on dé- couvre alors avec facilité, dans le sérum du sang, la matière colorante de la bile , qui se distingue par la manière toute par- ticulière dont elle se comporte avec l'acide azotique. On sait aussi que cette substance se rencontre dans l'urine et même clans les autres organes du corps, dans les cas d'ictère. Un autre principe constituant de la bile se rencontre dans le sang, sans, le plus souvent, que l'état de l'organisme soit altéré profondément. Les recherches de M. Lecanu sur le sang y ont démontré la présence d'un corps gras ressemblant à la cholestérine , et le docteur Denis parait avoir séparé en outre des autres corps gras une graisse qui est particuhère à la bile. On ne peut pas ad- mettre que l'urine et la bde se trouvent toutes faites dans le sang, ces deux liquides n'étant pas des combinaisons chimiques; mais il parait certain que les parties constituantes de toutes les deux existent déjà dans le sang , et ne sont que séparées par le foie et les reins. Si cela n'avait pas lieu , il faudrait que , clans le cas où les reins et le foie ne peuvent pas fonctionner , d'autres organes se chargeassent de leurs fonctions et qu'ils jouassent le rôle de ces glandes. Il serait bien difficile, surtout dans l'orga- nisme animal, d'indiquer un organe quelconque qui pîit les I II poucHET. — Sur Vemhiyon des Limnées. 63 remplacer, et encore serions-nous obligés d'admettre que cela ne pourrait être qu'un organe glanduleux qui ait la faculté de sécrétion et de séparation ; mais il n'y aurait plus de raison , si cet organe pouvait sécréter l'urine et la bile, de ne pas admettre qu'il ne fonctionne pas simultanément avec les reins et le foie , même lorsque ceux-là fonctionnent. r., Les expériences citées plus haut démontrent que la faculté de sécréter l'urine est due à l'action des nerfs des reins, parce que toute sécrétion a cessé après la mortification de ces nerfs. Nous serions obligés d'admettre qu'un autre nerf est en état d'exercer les fonctions du nerf détruit. Mais si nous adoptons une fois une telle manière de voir , nous donnons lieu à ime liypothèsç qui n'aurait aucune borne , et que nous ne pouvons justifier par aucun fait ; car alors nous pourrions admettre aussi que les nerfs de sensibilité peuvent être remplacés , après leur destruc- tion ou leur paralysie, par les nerfs de la locomotion , fait dont une expérience journalière nous démontrera la fausseté. Les faits cités à l'appui des opinions émises ne présentent pas cette force qu'on exige à présent dans la physiologie aussi biea que dans les autres sciences naturelles ; cela provient de ce que cette partie de la science est tout-à-fait neuve et qu'elle exige une grande série d'observations et de combinaisons pour expli- quer lesphénomènesd'unemanière rigoureuse et mathématique. Note sur le développement de V embryon des Limnées j par M. PoUCHET. (Présentée à l'Académie des Sciences, le 2 juillet i838.) (Extrait.) a I. J'ai reconnu, dit l'auteur, que le vitcllus, au moment de la ponte, est compose de six cellules accolées: c'est ce que je prouve par une expcrieuce fondamcntule, qui cou.'.iste à chauffer légèrement, à l'aide du microscope solaire, ua Vitellus normal, nouvellement pondu , contenu dans sa coque et sous Teau} OB \e voit immédiatement se gonfler, et chacune de ses six cellules se transfor- Bcr^ sous les yeux de L'observateur, en six vésicules qui s'isuicnt parfaitement. « Chacune dti mx cellules (|ui foiuienl le vile. lus, offre de 4 à 5 cciiliéuics de millimètre de djaiucUe. Si l'on suit ce (jui se passe dans le développcmcnl de 64 POUcniÎT. — Sur l'embryon des Limnées. l'embryon, on s'aperçoit que de nouvelles cellules se forment bientôt dans les interstices qui séparent les cellules primitives; après vingt-quatre heures^ il y en a ï5 à 20, et par la dilatalioiî, le vitellus n'oiTre plus alors que l'aspect d^une framboise. En suivant l'accroissement de ces cellules jour par jour, on voit que bientôt elles acquièrent un diamètre de 8 à lo centièmes de millimètre j et que ces mêmes cellules, qui formaient d'abord toute la masse vitelline, viennent évidemment constituer le foie, l'ovaire ou le testicule, bien avant que l'intestin apparaisse et qu'on ne puisse même assigner, en apparence, aucune lacune pour son développement. « II. Quand on observe , au microscope ordinaire ou au microscope solaire, un vitellus nouvellement pondu , on voit que sous la membrane qui circonscrit ses cellules, il existe des myriades de granules ovo'ïdes qui s'agitent, se meuvent en présentant des mouvcmens bien autrement apparens que les oscillations que M. BroAvna observées dans les molécules inorganiques; on serait tenté de les considérer comme autant d'animalcules. « Au bout de dix à douze heures, ces granules deviennent toul-à-fait immo- biles, se déforment et s'agglomèrent, pour constituer une membrane interne qui doit faire partie de la peau. « L'action de l'opium rend immédiatement ces granules immobiles ; quand on les cbauffe au microscope solaire, d'abord leurs mouvemens deviennent plus intenses , puis après un moment, quand la température de l'eau qui contient l'œuf s'est élevée un peu, tout mouvement cesse sans qu'aucun de ces corps se soit déformé. « m. Au moment de l'émission de l'œuf, on aperçoit constamment à la sur- face du vitellus, une vésicule spbérique, translucide (rarement deux), qui s'en détache le second jour de l'émission ; cette vésicule, de 2 centièmes demillimètre, contient une vingtaine de granules très mobiles^ qui occupent sa partie centrale et non sa circonférence ; la mobilité de ces granules cesse quand la vésicule s'est détachée eu vitellus, et erre dans l'albumine plus ou moins déchirée. « IV. Lorsque le fœtus a acquis une longueur de 60 centièmes de miUimètre, on observe, derrière les yeux, deux cavités ovoïdes renfermant chacune six à huit granules d'une couleur violette claire ; ils sont plus gros que ceux que l'on remarque primitivement à la surface du vitellus, et encore plus extraordinaire- ment mobiles; ils culbutent les uns sur les autres, et leurs mouvemens durent encore un certain temps après que l'on a broyé l'animal, et que les mouvemens des le couvrent ont cessé. « V. On a signalé l'existence de cils à la superficie des Lymnées ; j'ai re- connu, en outre, qu'il en existe dans la cavité pulmonaire quand elle est formée, et que leurs mouvemens y déterminent des courans du fluide albumineux, fa- ciles à observer à cause des débris de la vésicule dont j'ai parlé, et qu'on y voit entrer et sortir en décrivant des circonférences d'un diamètre plus ou moins grand. » F. BtYKiCH. — Sur les (joniaiites. G5 Mémoire sur les Goniatites qui se trompent dans les terrains de transidoît du Rhin. Par M. Ernest Beyrich. (i) NoiisMevons à M. Léopold de Buch d'avoir établiiiiie sépa- ration tranchée et précise entre les Ammonites et les Nautila- cés(2). Il a fait voir que Ton doit supposer dans les premiers de ces Céphalopodes une organisation essentiellement différente; en effet, le siphon ne perce pas les cloisons , comme dans les Nautiles et les espèces voisines, avec l'unique fonction de fixer fortement l'animal à la coquille; mais, comme un organe rès important, il se prolonge entre les cloisons et la coquille, et, sem- blable à un ligament solide, il entoure l'animal jusqu'à ses extré- mités les plus extérieures. On doit considérer les Goniatites comme une division des Ammonites; ils sont les représentans du genre dans les terrains fossilifères les plus anciens, dans le terrain de transition, et dans le terrain houiller. Les Goniatites se distin^ruent des Ammonites par des cloisons plus simples, qui ne sont pas dentelées comme des feuilles de fleur, et dont les lobes ne suivent point une loi aussi simple ni aussi certaine que celle à laquelle sont soumises les Airiu'.onites des formations plus ré- centes. Dans quelques espèces en effet, on ne voit pour ainsi dire pas de lobes, et ou les prendrait pour des Nautiles, si l'on n'apercevait pas le lobe dorsal, suite nécessaire du siphon dor- sal. La plupart des Goniatites n'ont qu'un lobe latéral, qui est tantôt largement arrondi, tantôt anguleux et infundibulifornie, tantôt linguiforme. Quand il existe deux ou un plusgrand nombre de lobes latéraux, ou bien ils sont liuguiforuies, et s'étendent depuis le dos jusqu'à la suture, en augmentant ou diminuant (i) Brocliure in-',". Bt^rliii, 1837. Tiiiduil de l'alliniBiid pnr 11. I.rcorn , ingcnieiir dos mines. (î) \oycT. ^nna/et Jcs Scifitcrs naturei/ci , 1 '•'^ strie, I. xxix. IX. '/.iioi. -^ /4otU. S 66 K. BEYRic». — Sur les Goniatitcs. d'une manière régulière; ou bien ils présentent une forme ir- régulière, sans suivre aucune loi. "^ Les Goniatites sont très répandus dans les terrains de transi- tion : ils se trouvent en très grande quantité dans les calcaires de transition anciens du Fichtelgebirge ; M. le comte de Munster en a a décrit un très grand nombre d'espèces de ce gisement ( i ) ; et ils remontent à partir de là jusque dans les couches supérieures du terrain houiller proprement dit, où ils se trouvent, au milieu des débris d'une puissante végétation, presque les seuls et der- niers restes du règne animal. Dans lecalcaire du Fichtelgebirge, ds se rencontrent avec des Trilobites, des Orthocér alites et des Clyménies.LesTrilobites et les Orthocératites remontent jusque dans le terrain houiller; les Clyménies au contraire, très diffé- rens des Goniatites par la position du siphon, et qui doivent être regardés comme de vrais Nautiles , n'ont été trouvées jusqu'ici ni dans le calcaire carbonifère, ni dans le terrain de transition moderne auquel on doit rapporter le terrain schis- teux du Rhin. Le grand nombre des Goniatites découverts jusqu'à présent rend nécessaire leur division en groupes naturels, M. de Buch, qui neconnaissait que peu d'espèces relativement au nombre con- nu aujourd'hui, distingue d'abord les Goniatites en Goniatites à lobes arrondis^ et Goniatites à lobes anguleux ; puis, dans chacune de ces sections, il sépare ceux à lobe dorsal simple, et ceux à lobe dorsal divisé. Je crois devoir m'écarter de ce mode de classification, attendu que le caractère sur lequel sont fon- dées les divisions secondaires, celui du lobe dorsal simple ou divisé, me paraît en rapport plus immédiat avec l'organisation intérieure des animaux , et par conséquent d'une importance incomparablement plus grande que la différence entre les lobes arrondis et les lobes anguleux, qui ne peut pas être établie dune manière rigoureuse. On peut distinguer très naturellement, d'après la forme et le nombre des lobes latéraux, parmi les Go-i niatites à lobe dorsal simple quatre sections, et parmi ceux ài (i) Voyez Ànnahs des Sciences naturelles, %'' série, l. ii. E. BEYRicH. — Sur les Goniatites. 67 lobe dorsal divisé, deux sections qui suivent encore une loi déterminée dans leur distribution géognostique. A ces six sec- tions à établir parmi les Goniatites proprement dits , on peut peut-être réunir comme septième section les Cératites du Muschelkalk; ils sont en effet sans aucun doute plus' voisines des Goniatites que des Ammonites des formations plus récentes. On devra ensuite réunir au reste des Ammonites les Goniatites et les Cératites, en divisant aussi les premiers en différentes familles naturelles. Avant de passer à la description individuelle des diverses es- pèces , je crois qu'il est nécessaire de m'expliquer sur la déter- mination des rapports des dimensions de ces fossiles, caractères introduits poiir la première fois dans la science par M. de Buch, et dont je me suis également servi dans la description des es- pèces. L'accroissement en hauteur, la hauteur d'enroulement, ou plus simplement la hauteur, exprime le rapport dans lequel la hauteur de l'ouverture buccale augmente dans l'espace d'un tour entier. On mesure la hauteur de l'ouverture buccale sur deux tours qui se recouvrent, et l'on pose la plus petite de ces dimensions comme une fraction décimale de la plus grande, prise pour unité. La hauteur de l'ouverture buccale peut être évaluée de deux manières: on peut prendre la perpendiculaire abaissée du milieu du dos, soit jusqu'à la suture, soit jusqu'au milieu du dos du tour précédent. Comme le degré d'enveloppe- ment dans les tours extérieurs est toujours le même que dans les tours intérieurs, on doit par ces deux évaluations obtenir le même résultat pour l'accroissement en hauteur. L'accroisse- ment en largeur ou la largeur exprime le rapport dans lequel la largeur de l'ouverture buccale, c'est-à-dire la dimension per- pendiculaire à la hauteur, augmente dans l'espace d'un tour entier; on mesure encore ici la largeur sur deux tours qui se recouvrent, et l'on pose la ])lus petite dimension comme une fraction décimale de la plus grande. L'accroissement en hau- teur et l'accroissement en largeur sont des rapports très con- slans pour les dilférentes espèces; réunis à rcnveloppement, ces caractères déterminent coniplètemenl la forme; d'un Anuno- nile. L'épaisseur, qui exprime le rapport entre la hauteur et la 5 68 E. BEYRicii. — Sur les Qonintites. largeur de l'ouverture buccale, dépend des deux premiers rap- ports; elle varie en chaque point toutes les fois que la hauteur, et cela arrive presque toujours, ne croît pas dans le même rap- port que la largeur. Par ce motif, j'ai complètement négligé sa détermination. Au reste, pour la distinclion des espèces, il ne faut pas attacher à ces rapports numériques une plus grande impor- tance qu'ils n'en méritent réellement.Si, en général, il ne peut pas être question de déterminations mathématiques pour les corps or£;.Tuiques; on pourra, à bien plus forte raison dans ce cas-ci, négliger de petites différences; en effet, on opère ici sur des fos- siles dont la conservation, la plupart du temps incomplète, ne permet pas un grand degré d'exactitude dans les mesures. Section I. NAUTILINI. *'•' Le lobe dorsal est simple, infundibidiforme ou linguiforme; il y a un seul lobe latéral, plat, arrondi, qui quelquefois dispa- raît tout-à-lait. 1. Ammonites subnautilinus. ihlolth. A. Nœggerathi. Goldf. — L. de Buch. Goniat. pi. i, fig. 6-11. ? A. ei^exus. L. de Buch. Goniat. pi. i, fig. 3-5. -^ IjC lobe dorsal est infundibuliforme, deux ou trois fois aussi yjrofond que large. Le lobe latéral est large, occupe toute l'éten- due du côté; il s'enfonce à-peu-près jusqu'à la profondeur i\\i lobe dorsal , et remonte vers la suture avec une inclinaison un peu plus rapide jusqu'à la hauteur de la selle dorsale; l'accrois- sement en hauteur est de o,5oà o,55; l'accroissement en lar- geur, de 0,68 à o, 79,. Il y a i4 loges sur un tour entier. Le nombre des tours est de 6 ou 7. Les tours intérieurs sont tout-à- fait enveloppés; on n'en aperçoit tout au plus qu'un quart. M. de Buch a déjà fait voir que 1'^. Nœggerothi Goldf. ne diffère pas d'une manière essentielle de l'^. subnautilinus Schl. Dans ces deux AnuTionites, les lobes ont une forme tout-à-fait semblable; la hauteur et la largeur ne diffèrent presque pas, et E. BEYRiCH. — Sur les Goniatltes. 6g }'enveloppeinent un peu plus faible que présente ï^. Ncegge- ralhi serait à peine un caractère suffisant pour en faire une va- riété. Ija forme plus discoïde de ce dernier peut encore moins être regardée comme un caractère propre à le distinguer. On doit être très circonspect dans l'appréciation de la forme exté- rieure ^et dans l'emploi de ce caraclère pour la distinction des espèces, lorsque comme ici la hauteur et la largeur croissent dans un rapport tout-à-fait différent. Une conséquence néces- saire de l'accroissement plus rapide en hauteur qu'en largeur, c'est que l'épaisseur diminue très rapidement dans les tours exté- rieurs en suivant une progression géométrique, et par suile, l'Ammonite en s'accroissant prend une forme de plus en plus discoïde. Dans 1'^. subnautilinus , la différence d'accroissejnent entre la hauteur et la largeur est déjà assez grande pour rendre ce caractère très sensible. Le fragment que M. de Buch a dé- crit sous le nom a ^4. evexus, me paraît aussi devoir être rap- porté à cette espèce; il ne présente aucun caractère qui per- mette d'établir entre lui et l'Ammonite précédent un caractère spécifique. Dans \A. subnautilinus , comme dans celui-ci , les cloisons sont élevées dans le milieu, et leur plus grande proton- deur se trouve sur les bords, près des lobes. \JA. subnautilinus se rencontre dans le calcaire de l'Eifel ^ près de Gerolstein , et à l'état de pyrite dans le schiste argileux (ïhonschiefer) de Wissenbach. De ces deux localités je n'ai vu que des moules jusqu'à présent. Les fossiles pyritisés de Wissen- bach sont presque toujours à l'état de moules, et, quand ou aperçoit encore quelques stries, on doit penser qu'elles ont appartenu au côté intérieur de la coquille , qui était peut-être très mince. 2. Ammonites lateseptatus sp. nd. dsc. PI. 6 , fig. I , 2,3, 4- Le lobe dorsal est infuudibuliforme : il n'est pas beaucoU|> plus profond que large. H n'existe pas de lobe latéral propre- ment dit. Ce lobe n'est indiqué dans le jeune âge que par uue 70 E. BEYRicH. — Sur les Goniatites. faible courbure des cloisons. L'accroissement en hauteur est de 0,70, l'accroissement en largeur de o,65. Il n'y a que dix ou onze loges dans un tour. Le nombre des tours est de sept. On ne voit que le tiers des tours intérieurs. Cet Ammonite se trouve, avec le précédent , à l'état de pyrite dans le schiste argileux (Thonschiefer) de Wissenbach: il est bien caractérisé par sa forme et par ses lobes. Comme la hauteur ne croît pas plus rapidement que la largeur, que même elle augmente un peu plus lentement, l'épaisseur de l'Ammonite ne diminue pas dans les tours extérieurs , elle augmente plutôt un peu. Les fig. i et 2 de la planche 6 représentent le plus grand exemplaire que je possède. Il y a à-peu-près un tour et demi sans loge. Pour pouvoir voir les lobes, il a fallu supprimer une partie du dernier tour, comme cela est représenté dans la fig. 2. Dans les tours extérieurs , la largeur de l'ouverture buccale est considérablement plus grande que la hauteur ; par consé- quent , le côté est très étroit et peut à peine se distinguer du dos , qui est large et arrondi. La forme de cet Ammonite serait complètement sphérique , si les tours intérieurs n'étaient en partie dégagés et ne formaient ainsi un ombilic large et pro- fond. Sur le dernier tour, dépourvu de loges, le côté tombe vers l'intérieur, sous un angle obtus , en présentant une arête assez marquée. Cette arête manque totalement dans les tours intérieurs. L'accroissement , plus rapide en largeur qu'en hauteur, fait que l'épaisseur, dans les tours intérieurs, est un peu plus faible que dans les tours extérieurs. Par conséquent aussi le dos est moins large, le côté est plus plat et plus distinc- tement séparé du dos. Par ce motif encore , le lobe latéral , dans les tours intérieurs, est indiqué sur le côté par une faible cour- bure de la cloison, tandis que, dans les tours extérieurs, le lobe dorsal s'élargit et s'étend sur le dos, de sorte qu'il n'existe, à proprement parler, qu'une selle dorsale large et arrondie, qui ne commence à s'infléchir en arrière que là où le côté tombe dans l'intérieur. Sur la figure 3 de la planche 6 , les lobes sont figurés tels qu'ils commencent à paraître pour la première fois dans l'exemplaire représenté fig. 1,2, avec un tour et demi dépourvu de loges ; dans la figure 4 » ce sont les lobes d'un autre E. BEVRicu, — Sur les Gonitititei. 7' exemplaire, dont les trois tours les plus intérieurs seulement sont conservés. La coquille de cet Ammonite était striée, comme on le voit encore distinctement sur les moules ; les stries s'in- fléchissent en arrière sur le dos , comme c'est la règle ordinaire pour les Goniatites , en formant une courbe très protonde. J'ai choisi le nom de lateseptatus , à cause de la distance considé- rable, à laquelle les cloisons se trouvent les unes des autres, de sorte qu'il n'y a sur un tour que dix ou onze loges, tandis que quatorze semble la limite inférieure du nombre des loges pour les Goniatites. 'i t 3. Ammonites Dannenbergi sp. nd. dsc. '^ PI. 6,fig. 5 a, ô. Le lobe dorsal est infundibuliforme , deux fois aussi profond que large ; le lobe latéral s'enfonce un peu plus profondément que le lobe dorsal : il occupe le côté tout entier et s'élève vers la suture, pas tout-à-fait à la hauteur de la selle dorsale. L'accrois- sement en hauteur est de 0,28 ; l'accroissement en largeur de o,5o. Sur un tour il y a dix-huit loges. Les tours intérieurs n*.* sont pas du tout enveloppés: ils sont tout-à-fait dégagés. Cet Ammonite se trouve à l'état de pyrite, dans le schisie argileux ( Thonschiefer ) de Wissenbach. Il se distingue par l'accroissement extrêmement rapide de la hauteur, et parce que les tours intérieurs sont entièrement dégagés. Le seul exem- plaire que je connaisse se trouve dans la belle collection de M. DannenbergàDillenburg;le dessin est fait d'après un modèle en plâtre. C'est un fragment dans lequel il n'y a que deux tours conservés. Il manque les tours intérieurs et la partie extérieure, dépourvue de loges. La forme est tout-à-fait discoïde, à cause de l'accroissement plus rapide en hauteur qu'en largeur. Cet Ammonite se distingue par là de VA. expansus, dans lequel , au reste, les tours sont tout-à-fait enveloppés. Dans ce tlernier, la hauteur croît encore plus rapidement; cependant elle n'est pas dans une disproportion aussi grande avec l'accroissenient en largeur. Si l'on suppose que dans cet Anunonite, d'a|)rè^ \.\ 7 ai E. BEYRiCH. — Sur les GoniatUes. règle ordinaire, il a existé un tour et demi sans loges, on trouve, d'après le rapport de l'accroissement en hauteur, que le diamètre de la coquille entière doit avoir atteint presque un pied. L'e'pais- seur doit ici diminuer très rapidement, puisque la largeur de l'ouverture buccale croît beaucoup plus lentement que la hau- teur. Cette dimension est , au commencement du premier des deux tours conservés, 0,7; au commencement du second tour, I , et à la iin de celui-ci, i,5. La plus grande épais- seur se trouve au milieu du côté: elle ne décroît néanmoins que faiblement jusque vers la suture et jusque vers le dos. Sur celui des deux tours, qui est extérieur ,1e dos est complètemen tarrondi et passe graduellement au côté; sur le tour intérieur, il s'aplatit, et, au commencement du second tour, il forme presque un angle droit avec les côtés. Probablement il existait là , sur la coquille, entre le dos et les deux côtés , deux arêtes tranchantes , dont on voit encore les traces sur le moule. Ces arêtes limitaient la courbe infléchie en arrière , que les stries de la coquille formaient avec le dos : elles disparaissent graduellement sur les tours exté- rieurs. Nous verrons dans la suite se reproduire, dans plusieurs espèces, cette différence dans la manière dont le dos se réunit avec les côtés sur les tours extérieurs et sur les tours intérieurs. Les lobes de l'^. Dannenbergi ne sont pas essentiellement ditférens de ceux de X^é. subnautilinus. La selle dorsale est toujours un peu plus étroite et un peu plus haute;. le lobe latéral, au contraire, un peu plus profond. Ce dernier s'élève sensiblement pour former une selle latérale. Il ne monte pas, comme dans 1'^. subnautilinus , jusqu'à la suture, et n'est pas coupé là d'une manière brusque; mais il s'infléchit notable- ment sur le côté (voyez , dans M. de Buch, les fig. 3 et 9, pi. 1). Cette différence vient de ce que, dans XA. subnautilinus , chaque selle qui réunit le lobe latéral avec le lobe ventral aplati , qui existe dans cet Ammonite, est comprimé au-dessus de la suture par suite du fort enveloppement des tours intérieurs. E. BEYRicH. — Sur Ics GoTiiatîtes. 73 j gfj ,j, ;;| r>'^^f| «'1 ii aifiin ;9iuJ»ia !j.>nf)Ki oiJè ju; 4- Ammonites co/njy/-e6\sw5»)ooivO :xl .Ti\-M. S^/rw/a com/>/'e55<2 Goldf. Dechen Geogn. p. 536. ,' Gyroceratites gracilis R. \. Meyer.^cf. nat.cur.iS5i xv.u. ►- .tiju t7 o'i j.'» .ii I • ' ' ; P 59. , ^^ ...,.,.,,;, , ,.,,,..:., Bronn Ze/^. £^^02"/z/p. 102. pi. I, fis;, 6. ' •• Le lobe dorsal est très petit, infundibuliforme, deux ou trois fois aussi profond que large. Le lobe latéral manque pres- que complètement, il est tout au plus indiqué par une cour- bure extrêmement faible de la cloison des loges. L'accroisse- ment en hauteur est de o,3; l'accroissement en largeur de 0,5. Dans un tour il y a i5 loges. Le nombre des tours est de 4 à 5. Cet ammonite n'est pas du tout enveloppé; les tours in- térieurs sont tout-à-fait dégagés. -' <^- •,'■- -' C'est un fossile qui n'est pas rare dans le scliiste argileux (Thonischiefer) de Wissenbach, cependant en général les exem- plaires ne sont pas bien conservés, il manque souvent des tours intérieurs, et ce n'est que rarement qu'on voit là- partie extérieure dépourvue de loges. C'est ce qui doit avoir été cause que Goldfuss en a fait une Spirula , et qile IL de Meyèr en a fait un genre paiticulier sous le nom de Gyroceratites. Le lobe dorsal, petit à la vérité, mais qui cependant existe distinctement , prouve que c'est bien réellement un Goniatite. Les tours ne sont nullement séparés les uns des autres comme dans la Spiruie; ils se touchent, seulement ils ne se touchent que suivant une ligne. La plus grande épaisseur se trouve dans le milieu du côté qui s'abaisse graduellement, tant vers le dos, que vers la suture , de sorte que la coupe de l'ouverture buccale est une ellipse. Une conséquence de ceci c'est que sur les moules, où la coquille manque, il doit y avoir effectivement un petit iulcrvalle entre les tours; cet intervalle paraît encore plus grand, si les parties de schiste entre les tours n'ont pas été enlevées avec assez de soin. Le dessin que donne Broiui 74 E. BEYRiCH. — Sur les Goniatites. dans le Lethœa geognoslica n'a certainement pas été fait d'après nature; mais il l'a été peut-être d'après la description de H. de Meyer. Le Gyrocératite de ce dernier ne peut être rapporté qu'à ce fossile. Bronn donne comme synonyme un Lituites gracilis Goldf. coîlect. ; sans doute il existe dans le musée de Bonn un fossile désigné comme Lituites ^ mais c'est un tout autre fos- sile; il ne présente pas de loges, et je pense que c'est un moule ai Euomphalus , peut-être l'^. lœvis Goldf. Relativement à l'accroissement en hauteur et en largeur, \A. compressus est très voisin de ï^. Dannenbergi ^ il s'en dis- tingue principalement parla simplicité des lobes, et il n'atteint jamais la grandeur de ce dernier. Le lobe ventral n'existe ici pas plus que le lobe latéral. Cet ammonite a de commun avec ÏA. lateseptatus cette simplicité des lobes. Dans l'exemplaire figuré, PI. I, fig. 6, il y a une portion de la partie sans loges de Conservée. On voit encore fort distinctement dessus les stries de la coquille qui était très mince. Les espèces décrites ici, auxquelles se rattache intimement XA. expansus de Buch, forment parmi les Goniatites un groupe limité d'une manière très naturelle. Excepté le lobe dorsal qui se voittoujours distinctement, on ne peut rien dire de plus de particulier des lobes. Il existe seulement une inflexion très lé- gèire de la cloison des loges , qui dans tous les individus occupe le côté tout entier jusqu'à la suture. On ne peut ranger ici avec certitude aucun des Goniatites du calcaire de transition an- cien du Fichtelgebirge, qu'a décrits le comte de Miinster; on peut seulement ajouter à cette section , comme tspèces dou- teuses , XA. latus et XA. angustiseptatus. Section II. SIMPLICES. Le Ipbe dorsal est simple, infundibuliforme, ou linguiforme. Il existe un lobe latéral plus ou moins anguleux , et une large selle latérale qui occupe la plus grande partie du côté. ..(j luo f E. BEYfiiCH. — Sur les Goniatites. 76 5. Ammooites retrorsus de Buch. PI. I, fig. 10, û, 6, c. — L. de Buch Goniat. PI. 11, fig. i3. Le lobe dorsal est petit, infiindibuliforme, à-peu-près aussi large que profond. Le lobe latéral est arrondi en dessous, plus de deux fois aussi profond que le lobe dorsal, et un peu plus large que profond. La selle latérale, large et arrondie, est aussi élevée que la selle dorsale , occupe la moitié du côté , et ne se creuse que faiblement en s'approchant de la suture. L'accrois- sement en hauteur est de o,45 ; l'accroissement en largeur de o,65: cet ammonite est tout-à-fait enveloppé sans ombilic. Il se trouve dans le calcaire à Goniatites d'Oberscheld, près de Dillenburg , et dans la mine de Martenberg dans le pays de Waldeck. Les exemplaires que je possède de la première loca- lité ont au moins un pouce de grandeur , et sont pour le reste tout-à-fait semblables à ceux du pays de Waldeck. Cet ammo- nite n'a rien de commun, que la forme enveloppée, avec 1'^. Munsteri que M. de Buch croyait voisin de VJ. retrorsus y au contraire il concorde si bien tant pour la forme que pour les lobes avec X^. simplex de Buch , que peut-être ne doit-on pas séparer ces deux fossiles comme des espèces différentes. Pour l'accroissement en hauteur M. de Buch ne donne [pour YJt. retrorsus que o,32, et pour VA. simplex o,4o : dans tous les cas, la hauteur croît dans tous les deux beaucoup plus rapidement que la largeur, de sorte que l'épaisseur dans les tours extérieurs diminue rapidement , et que , plus l'Ammonite est grand, plus sa forme est discoïde. Dans 1'^. simplex tel que M. de Buch l'a décrit et figuré, le lobe dorsal est considérablement plus grand, le lobe latéral est plus étroit et de même profondeur que le lobe dorsal. Cela seul distingue cet ammonite de \u4. retrorsus. I^es stries que l'on voit sur la coquille très délicate de \A. retrorsus et qui lui ont fait donner son nom, suivent la règle générale pour les Goniatites. Sur la surface aplatie du côté, des plis fins forment une courbe très plate, infléchie en arrière; ilsse relèvent ensuite vers le dos, cl lorrjicnt dessus un sinus étroit et pro- 76 E. BEYRiCH. — Sar les Goniadtes. fond dont'la concavitéest dirigée en avant. La largeur et la pro- fondeur du sinus dorsal paraissent correspondre à la largeur du dos pour les différentes espèces ; plus le dos est étroit, plus ce sinus aussi est resserré et profond ; ce sinus est très large et très plat dans VJ. lateseptatus et dans \'A. Listeri. \] Ji. retrorsus est la seule espèce de cette section qui jus- qu'ici ait été trouvée dans le terrain de transition du Rhin. L'^. simplex qui eti est très voisin, et que l'on dit se trouver au Ramnielsberg près de Goslar, vient peut-être du calcaire de Grimd, dont les fossiles ont un grand rapport avec ceux du cal- caire de transition de l'Eifel. A ces deux ammonites se ratta- che intimement KA. ouatus Munster, dont la description ne laisse apercevoir aucune différence importante ni dans la forme, ni dans les lobes. La partie principale de cette section se compose des espèces nombreuses à lobe latéral anguleux et infundibuliforme , du calcaire de transition du Fichtelgebirge, que le comte de Miinster a fait connaître : A. nodulosus , A.sub- lœuis, A.globosus, A . sublinearis , ^. linearis, A. dwisus et A. hjbridus. On doit ajouter encore comme formant une troi- sième subdivision \ A. subsulcatus et ÏA. sulcatus Munster , qui se distinguent parleur lobe latéral linguiforme, et se rappro- chent en quelque sorte de la section suivante; ils ont cepen- dant encore une selle dorsale large et arrondie, qui occupe la plus grande partie du côté. .1/1 luaîijfui ul» ,if.,0 9ijp t-Wc 1 Section III. SQUALES. ^ Le lobe dorsal est simple, linguiforme, ou infimdibulifornie. Il y àdeux ou un plus grand nombre de lobes latéraux, qui devien- nent successivement plus grands ou plus petits en se rappro- chant de la suture. 6. Ammonites Becheri Goldf. ^ PI. 6,fig. 7, 8. — L. de Buch Goniat. Pi. ii,hg. 2. Le lobe dorsal est infundibuliforme; sur le côté qui est fai- E. BEYRicu. — Sur les Goniatites. hlement bombé se trouvent quatre lobes latéraux linguifornies, qui deviennent de plus en plus petits, en se rapprochant de la suture. Le premier de ceux-ci est deux fois aussi profond que le lobe dorsal, le quatrième atteint encore les deux tiers de la profondeur du premier, après lui vient une selle ventrale consi- dérable qui est deux fois aussi large que la troisième selle laté- rale. L'accroissement en hauteur est de o,4o; l'accroissement en largeur de o,65. On compte 7 tours; les deux tiers à-peu-près le.\, obloDgo-quadrala , elc. , cap. iri , secl. m , § 70 ; p. 7.2. 94 G. BRESCHET — Squelette des P^ertébrés> tifie ce que nous avions avancé sur la difficulté de déterminer , dans beaucoup de cas, la pièce qui réellement est le sternum. J. Fr. Meckel n'admet pas de sternum chez le ProLeus angui- nus, bien que ce reptile ait, comme tous les Tritons, deux lames cartilagineuses minces, unies aux os de l'épaule, et moins éten- dues que celles des Tritons (i). Mais pour démontrer que ce sternum n'a pas été nperçu chez les Batraciens, il regarde comme appartenant au sternum le cartilage ypsiloide sus-pubien des Salamandres terrestres et aquatiques, lequel est allongé, mince, partagé antérieurement en deux branches divergentes, longues d'environ quatre lignes, situé sur la ligne médiane au-devant de la symphyse du pubis, et fixé à son extrémité antérieure (a). A ce cartilage qui, quoique situé fort en arrière, est l'ana- logue du sternum^ il faut joindre, chez les Salamandres, deux autres pièces plus petites qui se trouvent dans la région des membres antérieurs. Ce premier cartilage rappelle, suivant J. F. Meckel , non-seulement la disposition de plusieurs pois- sons, mais il est même l'indice du développement plus consi- dérable à.y\ sternum que l'on remarque sur plusieurs Sauriens, et qui est surtout extraordinaire chez les Chéloniens. (3) Ainsi le sternum des Batraciens urodèles serait formé de trois portions séparées les unes des autres, et dont celle du centre serait rejetée en arrière et sur le pubis, mais cependant sans perdre ses connexions avec le thorax, parce que le rachis,dans toute son étendue, présente des appendices costiformes. (4) On peut aussi trouver des dispositions analogues à celles des Salamandres dans les Batraciens anoures, suivant J. F. Mec- (i) Vi Iroverebbe qualche picciola differenza, arregnachi le due carlilagini, che fanno le vece dello sterno , nelle Salamadra sono larghe assai c si stendono sul petto per modo , che la sinistre è in parte coperta dalla carlilagine désira ; ne protêt per lo contrario queste carlilagini sono, data la proporzione , si picciole , che neppure si toccano, u se si toccano, cio non è che ne' lembi e sollanto in alciini particolari movimenti délie gambe anteriore. — M. Rusconi Del Proteo anguino di Laureuti monograûa, etc. , p. 48. Pavia, 1S19. (a) Traité général d'anatomie comparée ,t. n. (3) Traité général d'analoniie comparée, traduction française^ t. 11, p. S5i. (4) Voyez les figures que nous donnons du squelette des Salamandres aquatiques. G. BHESCHET, — Squelette des Vertèhrés. gS kel (i). En effet, C. G. Kioeizke (a) a vu sur le bord supé- rieur du sternum du Rana cornuta , deux pièces cartilagineuses triangulaires qu'on peut, sans forcer les rapprochemens , com- parer aux os que nous avons indiqués sur plusieurs Mammi- fères, et que nous avons décrits chez l'homme. Dans le Pipa , on a signalé une disposition analogue à la précédente, mais plus singulière encore et dans des propor- tions plus grandes. La dissertation de F. G. Breyer, soutenue sous la présidence de Ch. Asm. Rudolphi (3), contient la des- cription faite par ce professeur célèbre du sternum de ce rep*> tile portant un appendice sus-sternal. Parmi les Ché Ioniens , les Trionix présentent surtout des pièces analogues à nos os sus-sternaux. On voit partir du bord antérieur du sternum , au-devant d'un arc osseux comparable à l'os furculaire , deux lames osseuses se prolongeant en avant et parallèlement l'une à l'autre comme deux cornes. Rudolphi , qui les a décrites (4), les compare à des côtes (5) , et une pièce cartilagineuse placée sur la partie antérieure et moyenne du pubis, précisément sur la symphyse, est considérée comme une dépendance du sternum (6). L'auteur la nomme cartilage xy- phoïde. (t) Loco cilalo , p. 553-554- (a) De Rana cornuta , Berolini, 1816. — Sternum:a more solito deflectit. Parles anticae cum furculis et claviculis coalitœ inter se liberae, quid? qiiod pars dextro siuistrae incumbit ; poslerior aiitem scutiformis marglnibus anieriore reclo, lateralibus convexis, posteriore cmargi- nato instruc(a,uDdique libéra utriuque appendicem cartilagineam olilongam offert, quod figura tertia bcnc exprimitur. (3) Siernum maximum , ad tesludinem scutiim stcrnale ferc accedens quinque constitiiitur parlibus, in mare osscis , ia femina licet adultaet quam ille majore, prout in juniore, pliiri- mam partem rartilagineis Quinque illariim sterni pnrtium nobis supra dictarum anticœ et exigua; ante furculara positx; medlce triplici utrinque parte couslant, nimirnm altéra inter furculas etduviculas , média inter claviculas eX poslica laterali inter claviculas et appendicem Kterni sila ; uliima landem pars, sive appendix salis magua et rotundala Cuvieri scelelum câdcra parle caruisse videtur, cujus licet maxime noiabilis, nuMam mcnlionem fecit. — Obser- vationes circa fabricam Ranœ pipœ , Berolini , 1 8 1 1 . (4) Disserlatio sistens descriptionem Trionichos jEgyptiaci osteologiam , etc. Car. Aug. Mohring , r>erulini , iSi/j- (5) Page ai. (6) P. 33, «, fig. a, (il. 2. Carliiago Xyphoïdea c symphisi ojsiimi pubis prominens convrnit ilenio abdominali Crocodili. ^6 G. BREscnET. — Squelette des Vertébrés. Dans les Sauriens, on voit, d'une part , s'élever de la partie moyenne du sternum une éinineiice ensiforme comme celle qui, chez beaucoup de Vertébrés, occupe l'extrémité postérieure du même os. D'autre part , on distingue sur toutes les vertèbres cervicales des apophyses transverses dont la racine est double: l'une partant du corps de l'os , et l'autre des masses latérales, et dont le sommet, dirigé en dehors et en arrière, se prolonge plus ou moins , et constituent une succession de petits arcs os- seux entuilés et représentant d'une manière incontestable des côtes rudimentaires. Ce qu'il y a encore de remarquable, c'est que les pièces les plus voisines de la tête ne sont pas les plus courtes. Les deux premières apophyses transverses de l'atlas ont une longueur bien supérieure à celle des autres apophyses cer- vicales. C'est au moins ce que je vois sur plusieurs squelettes de Crocodiles du Gange que j'ai sous les yeux. La même incertitude ne se rencontre pas , chez les oiseaux, pour indiquer l'os qui est réellement le sternum^ parce que cet os a non-seulement des caractères généraux certains , mais en- core des caractères particuliers assez prononcés et assez con- slans pour servir de base à une classification ornythologique , ainsi que l'a démontré M. de Blainville. Cependant si nous vçu- lions prendre le sternum avant son évolution complète et lors- que les pièces dont il est formé sont encore éplphysaires, la détermination de ces pièces diverses ne serait pas sans quelque embarras et pourrait faire surgir plus d'une contestation. Ce que nous disons du sternum des Oiseaux est applicable à celui des Mammifères, où l'incertitude ne peut s'élever que pour la détermination des pièces constituant cet os. Par exemple, chez les Monotrèmes, la partie antérieure du sternum est au maximum de son développement , et présente la figure d'un T ; circonstances qui font regarder par J. F. Mec- kel (i) cette première pièce comme un os à part, tandis que Rudolphi (a) , Éverard Home (3) et M. Geoffroy-Saint-Hilaire (4)> (0 Traité général d'anatomie comparée, t. m, p. 454- (2) Dissert, inaug. zootom. deOrnithorhyucho-paradoxoL.M. Jeffé, l, 2,fig. 3. BeroliniiSaS (3) Philos, transact. 1802. /() Philos, anat. t. i, p. ia6. G, BRESCHKT. — Squelette des J^ertébrès. 97 croient qu'elle est l'analogue de la fourchette des oiseaux. Cette opinion est infirmée par J. F. Meckel,clont les objections nous paraissent victorieuses : 1° le véritable analogue de la four- chette est situé chez les Monotrèmes , et comme os propre, sur la branche transversale de l'os en ï; 2° les Oiseaux, et plus encore les Reptiles, offrent une pièce sternale analogue à celle dont il est question. Il faut enfin ajouter à toutes ces raisons , qu'il existe, chez beaucoup d'animaux, des vestiges de cette disposition, consistant en une apophyse chez les uns, en une épiphyse chez les autres, qui dépasse le niveau de la preinière côte , et qui , chez les Phoques , forme une éminence qui n'est ni soudée, ni unie au reste du sternum, (i) Enfin, une dernière preuve de la difficulté de déterminer les diverses pièces du sternum., c'est que MM. Geoffroy-Saint-Hi- laire et Serres , qui ont long-temps médité sur ce sujet , ne sont point d'accord entre eux. M. Serres croit que M. Geoffroy s'est trompé en appelant du nom à' ento-sternal la seconde pièce du sternum, e\. Assvwe quel'ento-sterualest représenté dans l'homme par la grande pièce. (2) Nous avons pensé devoir entrer dans ces considérations his- toriques d'anatomie comparée avant d'en venir au fait que nous avons observé, et dont nous donnons l'image et la description. Pendant l'exercice de nos fonctions de chef des travaux au;i- tomiques de la Faculté de Médecine de Paris, nous avons eu assez souvent l'occasion de rencontrer des sternum dont l'ex- trémité supérieure était surmontée de deux noyaux osseux ou cartilagineux. Nous en avons remis plusieurs exemples à Bcclard, qui s'occupait alors, d'un travail sur l'ostéose, et il en a dit quel- (jues mots dans un supplément de sou mémoire (3). Mais ces pe- tites pièces osseuses n'ayant pas été ou que fort incomplète- (i) Traité général d'anatomie comparée , traduction trani^aisc , t. m , p. 4S4. (a) Analyse des travaux de l'Académie royale des sciences pendant l'année i83o, par le baron {;iivi>sik"s, I. \, p.iil. 1 , [il. i3, (ij;. >/. /. //. pi. i\, fiji. II n-n'. /. f. II. îoa G, BKLsciiET. — Squelette dës V^ertébréS'. très bien représentées et décrites par Rudolphi , J. F. Meckel, G. Cavier, M. Geoffroy Saint-Hilaire, etc., s'articulent avec lescapuluin, tandis que chez l'homme les deu'x os dont nous parlons sont complètement étrangers à l'omoplate. Nous en dirons presque autant pour la pièce osseuse dont est armée la partie antérieure du sternum des Phoques , et que G. Cuvier a représentée sur le squelette du Phoque à ventre blanc (i). D'après l'examen que nous avons fait de cette pièce, sur le squelette, nous avons reconnu qu'elle est grêle, unique, située à la partie médiane de l'extrémité du sternum , tandis que nos deux osselets sont placés sur les côtés de l'extrémité cervicale du même os. Les personnes qui comparent la ceinture ihoracique à la ceinture pelvienne, pourraient peut-être trouver un rapport de plus entre ces deux parties, en faisant de nos os sus-ster- naux les analogues des os marsupiaux. On ne manquerait pas, pour corroborer cette comparaison, de faire remarquer que les animaux, où les os marsupiaux sont au maximum de leur déve- loppement, offrent aussi, au-devant de leur sternum j les pièces osseuses dans les proportions les plus grandes , et que chez l'homme l'os marsupial n'étant qu'à l'état de vestige , les pièces du sternum correspondant à celles qui présente la forme d'un T dans les monotrèmes, ne pouvait aussi s'offrir que comme vestige. Mais dans les reptiles, et principalement parmi les Batra- ciens, les Salamandres possèdent une pièce cartilagineuse ou osseuse au-dessus du pubis , laquelle a été d'abord indiquée par Townson (2), puis par Funk (3) dans la Salamandre terres- tre, et que depuis bien long -temps nous avons signalée dans les Tritons ou Salamandres aquatiques, et cependant le sternum de ces mêmes animaux ne porte rien de comparable au cartilage en Y ou ypsiloide placé sur le pubis. (4) (1) Recherches sur lesossemens fossiles, t. v, part, i , pi. 17, fig. i. (2) Observationes physiologie» de Amphibits, Roberti Townson , GœttiDgœ, in-4 , 1798 , lab. 159, Caitilago ypsiloidea. (3) De Salamaudra; lerreslris vita, evolulione, formatione traclatus , Adolp. Fred. Funk. in-fol. Bci'olini , i828j,{§ 10 , p. y , tab. 2 , fig. 21. (.'() Voyez la figure que nous donnons ici du squelette de la Salamandre ai|ualique. I G. BRESCHET. — Squelette des Vertébrés. io3 Ce processus, bien que moins marqué dans d'autres reptiles, n'en existe pas moins. Lorenz signale dans les Chéloniens (i^ cette apophyse que Wiedemann , bien auparavant, avait fait connaître, et il a raison d'assurer qu'on la voit aussi sur le pu- bis du Tupinambis , du Monitor (2), de l'Iguane (3), etc. Après avoir passé en revue toutes les dispositions analogues à celles de deux osselets, et qn'on peut apercevoir sur le ster- num des animaux vertébrés des diverses classes, ne devons-nous pas arriver à faire un rapprochement pour établir des analogies et donner une explication. Nous commencerons par dire qu'aucune des analogies qu on voudrait reconnaître entre ces petits os et des épi-sternaux on pièces osseuses faisant partie constituante du sternum, ne nous parait pas recevable^ bien que nous admettions la formation du sternum par deux séries de noyaux osseux latéraux. Nous ne reconnaissons pas non plusde rapprochement possibleentre nos deux petites pièces osseuses et l'os furculaire des oiseaux ou l'os en T des monotrèmes. Pour nous, ces deux noyaux osseux sont des rudimens de côtes. Voici les raisons sur lesquelles nous appuyons autre sentiment : 1° Une loi bien réelle et depuis long-temps reconnue , c'est que , dans les formations organiques, la nature ne fait pas de (1) Observationes anatomlrs de pclvi rcptiliuin , Lud. Erii. Fred. LÔrenz , Halae Saxouiini , 1807, « In pelvi reptilium et praesertini testudinuin reperitur os quoddam, spinœ ossiuni pubis in inammalibus et ossibus roarsupiabbus in Didelpbibus marsupialibus simile, quod eo lamen dift'ert, quod ossa marsupialia articulalione quâdam propc ad symphysiu coDJiinclasunl cuiii ossibus pubis atque in bis muveri quxant. E margine anteiiori amborum ossiuDi pubis et quidem inter niperiorem angulum prominentem et articulalionis parlein cxorilur ia testudi- iiuni pelvi processus quidam plus roinusve longus et rotundus,cu]us finis in latioreni siipcrficieni exit , et queai Wiedemannus * anteriorem ossium pubis proce$«uut nuniiuavit , p. 3. (a) E medio osse et quidem c superiore exlerioïc superficie sese extenJit ex ubbquo in parles inferiores processus quidam tenais , qui similis est anieriori ossis pubis processui in lesHi- dinibus , S 39 , p. ag. (3) Lacertœ igtianœ L. pubis iu ossc inveuitur ctiam pubis ossis processus, § 15, p, 3as niènie encore se réunir au sternum». — C. Duniéril. Mémoires de zoologie c( il'anatumie comparée. — Considérations sur les rapports de .slruclurnum. Fig. 1, Sternum d'un jeune sujet, représenté ici dans la proportion de deux tiers de sa grandeur naturelle. a , a. Cartilages rudimenlaires des os sus sternaux. b, b. Facettes articulaires destinées à recevoir la clavicule. c, c. Facettes articulaires du cartilage de la première côte. d, Première pièce du sternum. e, Union de la'piemière pièce du sternum à la Seconde. f, f. Seconde pièce du sternum , portant sur la ligne médiane les traces g. des deux noyaux composant piimitivemeut cette nièce. h, h. Troisième pièce du sternum , composée comme la précédente , mais plus dis- tinctement , de deux parties qui se réunissent sur la ligne médiane. j. Ligne cartilagineuse indiquant la soudure des deux pièces. / , A La quatrième portion du même os , également composée de deux pièces , se réunissant sur la ligne médiane m , et laissant entre elles un vide ou ouverture k. «1 Ligne cartilagineuse , par laquelle les deux pièces de la quatrième portion s'unissent à la cinquième ou os xyphoïde. o. Cinquième portion ou os xyphoïde. Fig. 3. Aernî/m d'un sujet adulte, deux tiers de nature. o , a. Os sus-sternaux unis au sternum par quelques faisceaux ligamenteux circulaires qui laissaient à ces pièces assez de liberté pour glisser et exécuter des mouvemeiis sur les petites facettes articulaires. b , b. Facettes articulaires qui recevaient la clavicule. c, c. Facettes articulaires du cartilage de la première côte. d, Premièreportion du sternum. c, T,igne indiquant l'union entre la première et la seconde portion du slcinnm. f. Seconde portion du sternum. g. Ligne indiquant l'appendice xiphoïde qui avait été brisé et détaché du sternum. i G. BiiESCHPT. — Squelette des Vertébrés. i \n Fig. 3'. Partie supérieure du même sternum que celui que représente la figure 3 ; mais ici les os sus-sternaux, a , a, sont détachés et écartés des facettes du sternum c', c . Ces facettes étaient encroûtées d'un cartilage diarthrodial et recouvertes d'une mem- brane synoviale. Les os sus-sternaux étaient donc mobiles sur leslernum. b', h' . Facettes articulaires pour recevoir la clavicule. d. Première portion du sternum. Ftg. 4. Première portion d'nn sternum d'adulte et de grandeur uatiicelle , vue par sa face pos- térieure ou pleurale. a, a. Os sus-sternaux. b, ^Facette articulaire pour recevoir la clavicule. c, c. Cartilage delà première côte. d, Portion postérieure du sternum, e, Ligne par laquelle la première portion du sternum s'unissait à la seconde. Fig. 4'. Première portion supérieure du sternum, vue par son extrémité supérieure ou cervi- cale CfourchetteJ. a', à. Os sus-sternaux. d', d'. Ligne circulaire indiquantl'articulation des os sus-sternaux avec la partie su- périeure du sternum. b', b' . Facettes articulaires destinées à recevoir l'extrémité interne de la clavicule. c', c' . Cartilages de la première côte. . :'{ Fig. 5. Squelette du Triton ou Salamandre aquatique CFêtèe( Salamandra cristata Lalr..) , vu par sa face inférieure. a, a. Os pubis. b, b. Cartilage ypsiloïde. c, c , c , c, c. Apophyses transverses des vertèbres représentant des rudime&s de- côtes. Fig. 6, Squelette de la même salamandre, vu par sa face supérieure. a, rcmièrc inspection. » (i) Notice sur les Rongeurs épineux désignés par les auteurs sous les noms c/'Echimys, Loncheres, Hetei'omys et Nelomys,/?ar M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. (Présentée à l'Académie des Sciences le 2 5 jtiin i838, ) (Extrait.) Bien que les Echimys, si remarquables par la nature éminemment caractéris- tique de leurs tégumens, aient dû fixer dès long-temps l'attention des auteurs, (i) A la suite de cette communicatiou, M. Elle de Beaumout fait observer qu'une petite mâchoire rapportée de Stonesfield par M. Brochant deVilliers, M. Dufrénoyet par lui-mèine, appartient en elfel à un Sauricu, mais que cela n'empêche pas que des ossemens de Mammi fères u'aientélé trouvés à Sionesfield. Ouvier et M. Agassiz ont recounu comme M. de Rlaiu- ville que la \)c\éc AIus hispidus , parce qu'il avait cru reconnaître en elle VEchimys /liitpidus de M. Geoffroy père. 6° A ces cinq espèces, dont la dernière n'est pas suffisamment authentique, M. Isidore Geoffroy en ajoute une nouvelle , ainsi nommée et caractérisée : Nelomys semiui/losusi^éhmys demi velu). — Queue écailleuse (sauf la base), mais avec des poils nombreux de couleur fauve. — Corps d'un brun roussâtrc tiiiueté de jaune, avec le dessous plus clair. — Des jjiquans médiocrement forts sur le corps; d'autres plus faibles, miis encore très raides et très aplatis sur la tête. — Taille, ©"".igS; longueur de la queue, o'",\g5. Trois individus de cette dernière espèce viennent d'être envoyés de Cartbagène ^ Nouvelle-Grenade ), par M. Pavagcau, ancien consul en cette ville. J'en dois la communication à MM. de Blainvillc et Boulin. Chacun des deux genres Echimys et Nelomys se trouve donc composé de <|uatre espèces anciennement connues el bien distinctes, d'une autre nouvelle, bien distincte aussi, et enfin d'une sixième déji figurant depuis plusieurs années dairs les catalogues , mais dont l'authencité laisse plus ou moins à dcîirer. I2(j I. GEOFFROv SAiNT-HiLAiRE. — RoJigeurs épineiix. Quatre autres rongeurs ont été rapportés par divers auteurs au groupe des Echimys . savoir .• A. Le Mufi anomalus de Thomsom, érigé, mais avec doute, en genre sous le nom à' Heterornys , par |M. Desmarest. Ce rongeur offrimit en effet des carnctères éminemment distinctifs, si l'on pouvait accorder toute confiance à la description de Thomson. Celte desciiption est malheureusement très vague dans presque toutes ses parties , et ne fixe pas même avec exactitude le nombre des molaires. B. Le Lemmiis nilolicus de M. Geoffroy père. M. Isidore Geoffroy s'est assuré que le sysième dentaire de cette espèce n'est ni celui des Campagnols, ni surtout celui des Echimys^ mais bien celui des Rats. C. Le Mus ca/iirinus de M. Geoffroy pcre, que quelques auteurs appellent Echimys d'Egypte. Ce rongeur très remarquable est en effet assez voisin des Echimys par ses tcgumens, mais en même temps aussi des Rats par ses dents, et il doit former j d'après M. Isidore Geoffroy, un genre à part que l'oa pourra nommer Acomys. Enfin YEchimys dactylinus , Geoflf.-S.-H. Ce rongeur, quoiqu'il ne soii pas même épineux, a été placé jusqu'à présent jiarmi les Echimys: mais les nom- breux caractères distinctifs que présentent ses dents, ses pattes, sa queue ne permettent de le laisser ni parmi les Echimys ni parmi les Nélomys, dont il diffère assurément beaucoup plus que ces deux genres ne diflèrent entre eux. M. Isidore Geoffroy propose, en conséquence, d'établir pour lui, sous le nom de Dactylomys, un genre nouveau dont les caractères, exposés avec détail dans le Mémoire peuvent être ainsi résumés: Corps couvert, no'i de piquans , mais de poils, et terminé par une longue queue : celle-ci nue et écailleuse , sauf sa base qui est velue. — Pattes courtes : les antérieures télradactyles, avec les deux doigts intermédiaires extrêmement longSj et armés^ aussi bien que les latiraux, d'ongles courts et convexes. Les postérieures pentadactyles ; les trois doigts intermédiaires à ongles médiocre- ment comprimés et allongés ; lès deux externes qui sont courts, à ongles courts et convexes. — A chaque mâchoire , quatre molaires, divisées transver- salement par un sillon en deux portions subdivises par une cchancrure: les deux rangées des molaires supérieures assez rapprochées en arrière, presque contiguës en avant. L'unique espèce connue dans ce genre est YEchimys dacLylinus , Geoff.-S.- U. Dactylomys (y/jws de M. Isidore Geoffroy , qui résume ainsi ses caractères spécifiques. — Corps couvert de poils assez doux, variés de roux mordoré, de noir et de fauve; une petite huppe de poils un peu raide , d'un blanc rous- sâtre sur la tête. — Taille d'environ o^Sôo ; queue plus longue que le corps et la icte. Cette espèce, qui habite l'Amérique méridionale, probablement le Brésil, est jusqu'à présent restée d'une extrême rareté. L'individu que M. Geoffroy Saint- Ililaire père a rapporté en 1808 de son voyage en Portugal, et qui est conservé H. R. FiciNDS. — De Fi bras muscularisjormâ et structura. 127 depuis cette époque dans le Musée d'Histoire naturelle de Paris , paraît être encore aujourd'hui le seul connu. Il sera figuré dans l'une des planches accom- pagnant le Mémoire de M. Isidore Geoffroy. De FiBRiE muscularis forma et structura , auctor H. R. Ficmus. Dans celte dissertation inaugurale , soutenue à Lepsick, en ï836,M. Ficinus passe eu revue les divers auteurs qui ont écrit sur la structure élémentaire des muscles, et expose ensuite les observations qui lui sont propres ; enfin il arrive aux conclusions suirantes. I. Musculis omnibus peculiares esse fibras subtilissiraas (0,0001 — 1,000066. poil. par. crassas) cylindricas , pro tenuitate satis firraas, elasticas, pellucidas, reccnti statu apud mammalia et volucres levi ruborc imbutas, in maiores vel minores, laxiores vcl fi miores fasciculas parallelas fibras continentes distributas, quœ fibrce priaiilivae appcllantur. II. Pro fibram primitivarum constructione musculos in duas maxime classes dividi, quarum altéra articulatos , altéra non articulatos continet. In musculis ârliculatis fibras primitivas aliquol vaginula Grma, uli videtur cellulose tendiaea, circiiindatas fasciculuin primilivum constituere; in musculis autem non articula- tis banc vaginam desiderari et laxe cohaerentium fibraruin primitivarum aggre- galione fascicnlum minus circumscriptum constitui. III. Pro fasciculoruraprimitivorum constructione musculos dividi in parallelo- fibrosos, et reticulatu-Jibrosos vel, utMuysio placuit, in musculos carne proprie musculoxa et reliculaCa instruclos. In illis invcnimus fasciculos primitive. s per tolum eorum dccursum sejiaratos nec ulla fibra carnea cum vicinis cohaerentes; in bis autem observamus fasciculos priraitivos fibras secum communicantes, ita ut retis formam référant. IV. In vivo animali et cmuis musculo nondum contracto fibras rccla liuea cx- tcnsds conspici. V. Contractione musculum rugis transversalibus notari, qua; in inoribundo musculo rcmancant. VI. Contractioncra osccllalionc undulata progressiva musculum convellente offlci. VII. Musculum e corpore vivo dcmtum cl sponle aut alicno stemulo contrar- tum numquam sponte sua rclaxari, sed tanquam oscillationis vestigia retiuerc iindatos flexus laccrtorum maiores, fasciculorum minores et fibrarum minimos. lllos oculo nuJo in carne crispati conspicimus, Los armato lantnmmodo. \ III. Flcxibiis Gbrariini primitivarum propriis et conciniiis in musculis arti- laS J. L. DRUMMONT. — Entozoaires observés en Irlande. culatis rugas fasciculorum primitivorum transversales formari. Hasque rugas nou vivi sed mortui musculi signura esse, flexusautem undulatos fibrarum primiti- tivarum sœpe fefelisse observatores, ita ut bas flbras globulorum constare iudi- casient. Notices of Irish Enlozoa. — Notices sur les Entozoaires , obserpés en Irlande , par yi. J. L. Duummond. (Extrait.) Dansla première partie de ce mémoire,ratiteur \x3\\.tàt\Echinorynchusacus, qu'il a trouvé en graad nombre dans la Morue et le Charbonnier {Merlangus carbonarius). Il dé<",ril avec soin la conformation extérieure de ce ver, ainsi que les changemens produits dans sa forme par son immersion dans l'eau; il a observé également les œufs fusiformes, qui se rencontrent dans l'intérieur du corps des individus femelles, et il a constaté que c'est par le point central de l'extrémité caudale de l'animal que la ponte s'effectue j fait quia de l'intérêt; car les natura- listes n'étaient pas d'accord sur le mode de terminaison des ovaires, et quelques auteurs pensaient que les œufs étaient expulsés par la trompe. Dans la seconde partie de son travail, M. Drummond rapporte ses observations sur le Tetrarliynchus grossus Rudol., dont l'habitat était inconnu , et qu'il a trouvé dans le rectum d'un saumon ; sur le Tetrarhjnchus solidus , espèce nouvelle trouvée dans le mésentère d'un autre saumon, et sur le Bothriocepha- lus punctatus Rud. L'auteur se propose de publier la suite de ce travail dans les cahiers suivans du journal de M. Charlesworth , où se trouvent les deux articles dont nous venons de rendre compte. {Magazine ofnatural history, n° 23 et 23, i338.) ! MJLNF. EDWARDS. — Distributioii géographique des Crustacés, i 2ic nouvelle. Il a deviné, on plutôt, là ou des observateurs moins fins et moins hardis, n'auraient vu que des élémens trop incomj)lets pour servir de base à des généralisa- tions quelconques , il a su saisir, avec un tact admirable, des lè^les que les progrès de la science ont presque toujours con- firmées dans tout ce qu'elles ont de grand et d'essentiel. Mais les travaux de Buffon et des naturalistes qui l'ont suivi, ne por- tent guère que sur les animaux terrestres ; on pourrait même dire sur les mammifères et les oiseaux seulement, tant les essais de T.atreille et de quelques autres savans sur la flistribution géographique des insectes sont restés incomplets ; un vaste champ de recherches est demeuré presque entièrement fermé, car, à peine a-t-on hasardé quelques vues isolées sur la manière dont se trouvent répartis au milieu des eaux, les myriades d'a- nimaux dont la mer fourmille (i). Dans une question de cette na- ture, on ne peut cependant négliger une branche sans que les progrès des autres s'en ressentent, et pour que l'étude de la distribution géographique des êtres vivans porte tout le fruit qu'on est en droit d'en attendre, il faut qu'elle les embrasse tous. Plusieurs circonstances ont contribué à retarder la marche de celte portion de la zoologie géographique. Pendant long- temps îes animaux inférieurs n'excitaient que peu d'intérêt; nos collections en étaient pauvres, et ceux que l'on y possédait étaient souvent étudiés d'une manière si superficielle, que les déterminations spécifiques étaient loin d'offrir la précision in- dispensable à des recherches de ce genre; si pour avoir un aperçu de la distribution géographique des Poissons, des Crus- tacés et des Zoophytes, le naturaliste parcourait nos musées ou (i) Parmi les écrits le-; plus intéressans sur ce sujet, je citerai un mémoire de M. Dorbignv relatif à la Jisiribiilion çéographiquR des Ptérojiodcs, et une note de M. Deshayes sur les mollusques dos mers aciuelles comparés aux fossiles des terrains tertiaires. Quant au travail de iVrou sur la d'slribuliou géographique des animaux marins , il ne contient guciequedes gé- néralilcs dont l'iiiexaclilude me semble être souvent évidente. i des Crustacés. K5 t jetait les yeux sur les catalogues zoologiques, il rencontrait à chaque instant les mêmes noms attachés à des animaux prove- nant des localités les plus éloignées et les plus dissemblables, et, s'il cherchait à appliquer à ces êtres quelques-unes des rè- gles établies par les observations faites sur les animaux supé- rieurs , il était arrêté aussitôt par des exceptions non moins nombreuses que les cas en concordance avec ses prévisions fondées sur TanaJogie. On en concluait qtie pour les classes inférieures du règne animal, la distribution géographique n'of- frait rien de constant ni de régulier, et cette opinion devait tendre à éloigner les observateurs d'une étude qui nécessitait de longues recherches, et qui semblait promettre si peu de résultats. Mais, depuis quelques années, les voyageurs ont cessé de se laisser attirer uniquenîent par les objets d'un gros volume, ou d'une brillante couleur, et les musées zoologiques ont été enrichis par de nombreuses collections, dans la formation des- quelles on a eu le bon esprit de ne négliger aucune des classes d'animaux. Ces matériaux précieux sont devenus aussi le sujet d'investigations plus sévères, et les distinctions spécifiques ont acquis plus de précision. Il en jest résulté que l'étude de la dis- I tribution de la plupart des animaux marins rencontrerait au- I jourd'hui moins d'obstacles, et qu'en la poursuivant avec la j patience nécessaire à ce genre de recherches , où la comparai- j son attentive des objets doit être à chaque instant renouvelée, \ soit pour confirmer, soit pour rectifier les déterminations re- ' çues, on pourrait espérer en déduire des conséquences dignes d'intérêt. Occupé depuis plusieurs années d'un travail général sur les Crustacés, j'ai eu l'occasion d'en examiner» un nombre très considérable , et cet examen m'a naturellement con- duit à comparer ces animaui^ entre eux , non -seulement sous le rapport de leur structure anatomique et de leurs caractères zoologiques, mais aussi sous celui de leur distri- bution à la surface du globe , sujet sur lequel la science ne possède presque rien (iV Pour ces recherches j'ai mis à con- (i) I.c iDÙmoirc sur la (]i«ti'il>iiliun (;co|;i'a|ilii(|iie des C.nislaoi's |>iil)!ii' par MM, (^)iuiy i-l 1>. i3-2 MiLSE KUWAKDs. — Distribution géoi^rapîuque tribution les écrits des autres naturalistes, et j'ai passé en revue plusieurs milliers de Crustacés, provenant de presque toutes les parties du monde, et conservés dans les principales collec- tions de la France, de l'Angleterre, de l'Italie; néanmoins les ré- sultats généraux que j'ai pu en déduire sont certainement très incomplets, et seront peut-être modifiés par les observations ultérieures; je ne les présente donc qu'avec réserve, mais ils me paraissent trop nets pour ne pas indiquer les tendances réelles de la nature, et du reste , quelle que soit leur valeur, ils seront je l'espère, utiles à la science en appelant l'attention des zoologistes sur des questions trop négligées jusqu'ici. § 2. En examinant avec attention la manière dont les Crustacés sont répartis à la surface du globe, on voit que, suivant toute probabilité, ces animaux n'ont pas pris leur origine dans un même point et ne sont pas émanés d'un foyer de création uni- que pour se répandre peu-à-peu dans les mers lointaines; on voit que l'aire occupé par chaque espèce à des limites plus ou moinsétroites,etonne tarde pas à se convaincre qu'il existe pour ces animaux marins, comme pour les plantes et les animaux terrestres, un certain nombre de régions distinctes caractéri- sées par des populations particulières. La faune de chacune de ces régions se compose en partie d'espèces qui ne se rencon- trent pas ailleurs, en partie d'espèces qui leur sont communes avec d'autres parages, et, en général, ces dernières sont, toutes choses égales d'ailleurs, en proportion d'autant moindre que les communications entre la côte où on les observe, et les autres mers sont moins directes et moins faciles. Pour se rendre compte delà distribution géographique des Crustacés, on est donc conduit à regarder ces régions comme autant de foyers de créa- tion , où , parmi les espèces prl^duites les unes sont restées can- tonnées dans leur patrie primitive, tandis que les autres se sont Caimard dans les Annales des Sciences naturelles , i'* série, t. xiv, ne renferme que des re- marques sur les localités visitées par ces voyageurs infatigables , et l'indicatiuu de quelques- unes des espèces qu'ils y oui rencontrées ; ou ne doit par conséquent pas y chercher la sulii • tion de la question que nous nous sommes proposée ici; mais on y trouvera des observation^ très intéressantes sur les mœurs de plusieurs Crustacés. des Crustacés. i 33 disséminées au loin et ont été se mêler aux habitons des régions voisines. En effet, la présence dans un point restreint du globe, d'une espèce particulière qui ne se retrouve pas ailleurs, suppose nécessairement qu'elle est originaire de ce point, ou bien qu'a- près y être arrivée d'une autre région par émigration , elle aura été complètement détruite dans le lieu qui avait été le berceau de sa race, c'est-à-dire précisément là, où suivant toute proba- bilité, devaient se trouver réunies les conditions les plus favo- rables à son existence. Cette dernière hypothèse, fondée sur des suppositions que rien n'autorise, ne peut, dans l'état actuel de la science, satisfaire l'esprit, tandis que la première ne présente aucune difficulté sérieuse, et devient un guide utile dans les recherches du naturaliste. On peut donc l'adopter et admettre que l'existence, dans une région quelconque, d'espèces qui n'ha- bitent pas ailleurs , indique la patrie originaire de ces mêmes espèces. On conçoit la possibilité d'échanges si multipliés entre des régions voisines, que toutes les espèces originaires de l'une ou de l'autre soient devenues communes aux deux, et alors rien ne décèlera au zoologiste leur séparation primitive ; mais si, au milieu d'une faune commune, on trouve, limitées dans des aires distinctes , un certain nombre d'espèces, on sera conduit à pen- ser que ces dernières proviennent de centres de création dif- férens , et à les considérer comme caractéristiques d'autant de régions zoologiques particulières. Ainsi, en comparant entre eux les Crustacés des diverses mers d'Europe, on voit que certaines espèces s'y rencontrent partout, depuis les côtes de la Norwège jusqu'au fond de la Méditerranée. Celles-là ne nous fournissent aucune donnée sur les localités dont elles peuvent êtie originaires, et leur dissémina- tion s'expliquerait également soit que- toutes aient appartenu , dans le principe, à une seule et même région, soit que cha- cune ait été primitivement limitée à une pailie différente de la surface du globe. INIais on voit aussi que jilusieurs espèces ap- partiennent exclusivement au littoral Scandinave; ([ue d'autres habitent les mers Ccltiqjies, et ne se rencontrent pas ailleurs; ♦•nfin que la Méditerranée possède ausii des espèces qui ne se i34 MiLNE EDWA-RD?. — Distribution géographique voient ni dans l'une , ni dans l'autre dts deux régions dont nous venons de parler. On peut en conclure que les Crustacés de nos mers tirent leur origine d'au moins trois sources diffé- rentes , et caractérisent par conséquent l'existence de trois régions carcinologiques distinctes. Si on ne poussait pas cet examen plus loin, on pourrait croire, il est vrai, que ces différences dépendent de ce qu'un certain nombre des espèces de la région Celtique sont restées station naires dans ces pa- rages pendant que les autres ont émigré au nord ou vers le sud, et ont été se mêler sur les côtes de la Norwège ou dans le bassin de la Méditerranée, avec des espèces qui à leur tour, étrangères dans ces mers, y seraient arrivées de quelque autre point du globe ; s'il en était ainsi la région Celtique devrait seule être considérée comme le siège de l'im des trois foyers de créa- tion indiquée parla distribution géographique de ces animaux, et les deux autres pourraient avoir leur centre dans quelque autre point, dans les mers d'Asie ou d'Amérique par exemple. Mais si l'on compare également la faune carcinologique des côtes de la Norwège et de la Méditerranée, avec celles des au- tres parties connues du globe , on verra que l'une et l'autre se distinguent de toutes ces dernières par des différences du même ordre que celles qui ne permettent de les confondre, ni entre elles, ni avec la faune de la région Celtique, Il en résulte, que suivant toute apparence , il existait primitivement dans les mers d'Europe trois centres de création distincts et qu'on peut les considérer comme formant un égal nombre de régions car- cinologiques. § 3. Dans l'étal actuel de la science, il est impossible de recon- naître tous les centres de création auxquels semblent devoir être rapportés les divers Crustacés répandus à la surface du globe ; mais on peut déjà en distinguer un assez grand nombre. Ainsi dans les mers d Euro^ie on compte, avons-nous dit, trois ré- gions bien caractérisées ; les côtes du Sénégal paraissent ap- partenir à une quatrième région dont il faudrait peut-être dis- tinguer les îles Canaries; les eaux de l'Ile-de-France sont le rentre d'une cinquième région; les mers de l'Inde et l'archipel 1 des Crustacés. ij;) d'Asie en forment une sixième qu'il ne faut pas confondre ni avec la légion du Japon, ni avec celle occupée par la Nouvelle- Hollande, la Nouvelle-Zélande et les terres voisines ; les parages des îles Gallapagos paraissent constituer, soiis le rapport des Crustacés qui les habitent une autre région particulière; il en est de même pour le Chili et les terres M;igellaniques ; enfin , les Antilles , la portion septentrionale des États-Unis d'Améri- que et les mers du Groenland, forment à leur tour autant de régions distinctes. Le nombre de ces régions carcinologiques actuellement constatées serait donc de treize, mais il est pro- bable que par la suite on sera obligé de les multiplier davan- tage. § 4- La région septentrionale de l'Europe, que nous appelle- rons la région Scandinave , embrasse les côtes de la Norwège et s'étend probablement vers le nord-est. Elle est caractérisée prin- cipalement par la Lithode arctique, par l'Hyas araignée, qui cependant se rencontre aussi dans la portion voisine de la ré- gion celtique, par le Nephrops et par quelques autres espèces moins remarquables, telles que l'Idotée entomon. A en juger par le nombre immense de Homards que l'on y pêche et que l'on expédie journellement pour le marché de Londres, il pa- raîtrait pi obable que cette région est aussi la patrie originaire de ce Crustacé, qui cependant est répandu dans les autres mers d'Europe. Du reste, dans ces parages septentrionaux, les espèces sont très peu variées, et parmi les Brachyures, les Oxyrhinques et les Cancériens, sont presque les seules familles dont on y trouve des représentans. (i) § 5. La région Celtique^ qui comprend les côtes de la Manche ainsi que le littoral occidental de la France et de l'Angleterre, et qui me paraît devoir s'étendre vers l'Islande au nord, et vers le détroit de Gibraltar au midi, est bien plus riche en espèces, et (i) Un pclil Crusiacé de la famille des Calomèlopcs, le Naulilogia[iso*iinimc,qui est lépan- dii daiit presque loulcs les mer», se renconlrc quelquefois jusque sur les côte» de la Norwc^c ; nitun'T ani\r qno Iri-s rartmeur, cl ne parait pas <^(re un liaMl.uil ordinaire de celte région. i36 MiLNE EDWARDS. — DisUibutioTi géographique c'est surtout dans les groupes les plus élevés que cette proges- sion est rapide. Sur les côtes de la Bretagne, qu'on peut con sidérer comme le centre de cette région , on trouve en plus grand nombre que partout ailleurs le Tourte .u et le Carcin ménade, qui se rencontrent aussi dans les der < autres régions de l'Europe; la plupart des espèces du genre Portune, le Maïa squinado, le Pise tétraodon, plusieurs Inachus , le Xanthe flo- ride, le Pagure hermite, la Langouste commune, le Palemon squille et plusieurs autres Décapodes y sont également très communs; mais toutes les espèces que nous venons de citer, ainsi que plusieurs autres, se rencontrent également dans la Méditerranée, et au premier abord on pourrait croire que toutes les mers tempérées et chaudes de l'Europe , devraient être considérées comme appartenant à une seule et même ré- gion carcinologique, dont le foyer serait dans la Méditerranée où se trouvent effectivement un nombre considérable d'espèces qui ne s'étendent que peu ou point vers Is nord , mais il paraît en être autrement; car, les côtes delà Manche et de l'Océan, pos- sèdent plusieurs espèces qu'on ne voit pas dans la région de la Méditerranée, et par conséquent ces parages ne peuvent être regardés comme une simple dépendance de cette division géographique. Au nombre de ces espèces caractéristiques de la région Celtique , nous citerons la Polybie de Henslow , l'Hyas resséré, l'Eurynome rugueux, l'Athanase brillant et le Pandale annulicorne. L'abondance extrême de quelques espèces assez rares dans la Méditerranée, nous semblerait indiquer aussi que primitivement elles ont appartenu à cette région centrale, et que c'est par dissémination qu'elles se sont répandues sur les côtes septentrionales et méridionales de l'Europe; le Tourteau, le Carcin et l'Etrille sont de ce nombre. Nous ajouterons aussi que la faune carcinologique de la région celtique se fait remar- quer par la prédominance des Oxyrhinques et des Portuniens, et par l'absence presque complète des Catomètopes , des Ano- moures et des Squilliens. §6. La régiifli méditerranéenne , qui parait s'étendre un peu au-delà du détroit de Gibraltar, possède,comme nous venons de le I des Crustacés. 1 3? (lire, la plupart des Décapodes qui habitent la région Celtique ; mais ce qui la caractérise essentiellement , c'est la présence de la Lupée hastée, du Lissa goutteux, du Mithrax dicliotome, de iHerbstie noueuse, de l'Amathie de Roux, de la Latreillie élégante, de l'Acanthonyx lunule, de trois espèces particulières de Larabres, du Calappe granuleux, de la Dorippe laineuse, des deux Homoles, de plusieurs grands Pagures, du Scyllare large, de la Squille manie et de quelques autres espèces moins remarquables. Ici les Catométopes tendent à devenir plus nom- breux, et quelques genres qui appartiennent presque exclusi- vement aux régions équatoriales commencent à se montrer : les Ocypodes , les Gélasimes , et les Phyllosomes par exemple. § 7. La faune carcinologique des îles Canaries diffère consi- dérablement de celle des régions dont nous venons de parler, mais n'offre pas encore de caractères assez positifs pour indi- quer nettement l'existence d'un centre distinct de création. On rencontre dans ces parages un singulier mélange des Crustacés des mers d Europe, d'Afrique et même d'Amérique (i); mais jusqu'ici on n'y a signalé l'existence que de deux espèces qui n'avaient pas été rencontrées ailleurs, et de ces deux espèces, une ne me parait pas suffisamment distincte pour être admise sans examen ultérieur. Il se pourrait donc que les eaux des îles Ca- naries ne constituassent pas une région carcinologique parti- culière , mais fussent en quelque sorte un terrain neutre où les aires de plusieurs foyers de création viendraient se terminer, et pour ainsi dire chevaucher les unes sur les autres. § 8. Les Crustacés des côtes du Sénégal et du Congo ne sont encore que très imparfaitement connus, mais les espèces qu'on y a trouvées sont si remarquables qu'elles me paraissent indi- quer clairement l'existence d'une région particulière, dont cette portion du littoral africain ferait partie. Telles sont certaines espèces du genre Sésaime , groupe naturel qui ne se rencontre (1) tic iiuiirrail-un pas atlriliucr à l'iiifliieiicu du ('•iiif-slrcau le transport de ces derniers à iiiK- Jisliiiictt si cuusiJiruljlf Fassent maintenant dans l'étude de la distribution géographique de ces animaux marins. § 19. Nous avons vu que les espèces communes à plusieurs ré- gions sont ordinairement en proportion d'autant pins forte dans la faune carcinologique de ces diverses localités, que les com- munications entre ces mêmes régions sont plus faciles (i). Il est aussi à noter que lorsqu'une espèce identique se rencontre à des distances très considérables, elle se trouve aussi presque tou- jours dans les mers intermédiaires , de façon que sa dispersion actuelle se comprend en supposant que des émigrations succes- sives ont étendu peu-à-peu l*aire qu'elle occupe sur la surface du globe. Presque toujours on peut s'expliquer d'après la con- figuration actuelle des terres, la manière dont cette propagation de proche en proche a pu s'effectuer. Il est cependant quelques exceptions à cette règle qui méritent d'être signalées. Ainsi le Néphrops qui habite les côtes de la Norwège, et qui ne se voit ni dans la Manche, ni sur les côtes de l'Océan, se retrouve au fond de l'Adriatique; il y est assez commun pour être vendu sur les marchés de comestibles à Venise, et l'exa- men le plus attentif ne m'a fait découvrir entre les individus de (i) Au nombre des circoustances physiques qui favorisent la disséniinalion d'une espèce, nous devons ciler : 1° l'existence d'une longue ligne décotes continues dans une zone comprise entre des latitudes dont les températures ne diffèrent pas excessivement; a" l'existeuce d'iles situées dans les mêmes conditions, à des distances peu considérables; 3<> l'existence de grands courans périodiques qui peuvent entraîner à la dérive des animaux , dont le pouvoir locomoteur est médiocre et les transporter à des distances d'autant plus grandes que ces êtres sont capables de rester plus long-temps éloignés de terre. C'est peut-être à cette dernière circonstance qu'il faut attribuer la présence de quelques Crustacés d'Amérique sur les côtes des îles Canaries. On sait , en effet , que le grand courant, désigné sous le nom de Gulf-siream, après avoir longé la côte de la Floride et de la Caroline, et avoir passé sur l'extrémité sud du grand banc de Terre Neuve, se dirige vers les Açores et se recourbe ensuite vers le sud, pour se Confondre au-delàdes Canaries avec le courant équatorial, et c'est par son inOuence que des fruits et autres corps légers, provenant de l'Amérique, ont souvent étéjeiéi sur ces côtes. Le contre-courant ou remous, qui se fait sentir du sud vers le nord, le long de la côte orientale de l'Afrique , peut aussi avoir contribué à transporter les Crustacés de la région Madécasse jusque daus la Mer Rouge, tandis que le grand courant équatorial, qui se dirige de l'est ver» le Cap , a dû ficiliter l'émigration de ces animaux de l'Inde vers l'Ile-de- France. D'après ces considérations , on voit combien il serait intéressant de connaître la faune carcinologique des A(,-ores, du canal Mozambique, etc. IX. 'f. 001.. -^ Septembre. lO i46 Mii.NE FDWARDS. — Distrihiition idéographique ces parages si éloignés , aucun caractère constant qui indique une différence spécifique. Il serait bien difficile de s'expliquer comment ce Crustacé aurait pu se transporter de Drontheim à Venise par les mers actuelles sans s'arrêter sur nos côtes, et l'on doit se demander si la nature qui a souvent produit dans des ré- gions éloignées des espèces très analogues, quoique distinctes, aurait été jusqu'à créer dans ces deux points si différons, deux souches identiques, ou bien, si l'existence de cet animal remon- terait à une époque à laquelle une communication maritime entre les mers Scandinaves et la Méditerranée, aurait existé du côté de l'orient. La géologie nous donnera peut-être un jour , la solution de cette question. tJne autre difficulté résulte de la distribution géographique du Grapse messager. Ce Crustacé, qui est commun dans la mer Rouge, et qui habite également diverses parties du littoral in- dien, se retrouve sur la côte nord de l'Afrique et même aux îles Canaries; il ne paraît pas avoir passé des mers d'Asie dans l'Atlantique et ses dépendances, en doublant le Cap-de-Bonne- Espérance, car on ne l'a encore rencontré ni dans cette der- nière localité, ni dans les eaux de l'Ile-de-France, et d'un autre côté les Grapses périssent trop promptement lorsqu'on les re- \ tire de l'eau, pour qu'on puisse supposer qu'il aurait passé de la mer Rouge dans la Méditerranée, en traversant l'ishtme de Suez, et ici encore on serait porté à soupçonner que la disper- sion actuelle de l'espèce, s'est effectuée avant que cette partie de la terre n'ait eu sa configuration actuelle, et à une époque où la Méditerranée communiquait librement avec l'Océan-Indien ( i ). Dans l'état actuel delà science des spéculations de ce genre n'of- frent pas assez d'intérêt pour fixer long-temps notre attention ; mais elles méritent d'être indiquées et lorsque la distribution géographique des animaux marins, et la distribution géologique de leurs débris fossiles seront mieux connues, on pourra peut- être en tirer des déductions utiles. (:) Le Thalamite admete, qui est très répandu dans les mers d'Asie , se retrouve aussi aux îles Canariei , et ce que nous venons de dire du Grapse messaj^er est également applicable à ce Crustacé, qui cependant est bien mieux conformé pour la nage. j des Crustacés. 147 § 20. L'étendue de la puissance locomotive desCrustacés, et la configuration des mers, ne sont pas les seules circonstances qui limitent et qui règlent le mode de dispersion de ces animaux sur les diverses parties de la surface du globe ; l'influence de la lempératuie sur ce phénomène nous paraît également évidente, et c'est peut-être cette influence seule qui a empêché la plupart des Crustacés de se répandre de proche en proche, tout le long du littoral des deux mondes, et qui a maintenu les faunes car- cinologiques des diverses régions plus ou moins distinctes. En effet , pour ces êtres , de même que pour les animaux supé- rieurs et pour les végétaux , il est des extrêmes de température qui paraissent être incompatibles avec la vie, et ces extrêmes varient suivant les espèces, les genres et les familles naturelles. Des expériences directes donneraient probablement sur ce sujet des résultats importans, mais elles n'ont pas encore été tentées, et pour y porter quelque lumière on ne peut, dans l'état actuel de la science, qu'interroger la géographie zoologique. Le premier fait dont on est frappé lorsqu'on étudie sous ce point de vue la faune des diverses mers, c'est la grande diffé- rence numérique des espèces à des latitudes différentes. Il ne paraît pps que les Crustacés soient individuellement moins nom- breux dans les régions froides du globe , que dans les mers équa- toriales. La pêche abondante du Homard sur les côtes de la Nor- wège , ainsi que les bancs de Mysis , et autres petits animaux de la même classe dont les Baleines et les divers poissons font leur pâture dans les mers glaciales, peuvent faire penser qu'il en est autrement ; mais, ce qui n'admet pas de doute, c'est que les formes et les modes d'organisation de ces animaux tendent à dei^enir de plus en plus variés a mesure que l'on s'éloigne des mers polaires pour se rapprocher de Céquateur. Ainsi les côtes de la Norwège, que nous venons de citer comme étant si riches en individus , ne sont habitées que par un très petit nombre d'espèces. A peine y compte-t-on plus d'une quinzaine de Décapodes, et dans les autres ordres les formes spé- cifiques ne varient guère davantage. Dans les eaux de laManche, les espèces diverses de ces mêmes Décapodes sont environ cinq fois plus nombreuses. Sur le littoral de la Méditerranée, les i48 MiLNE EDWARDS. — DistribuHoTi géographique différences spécifiques se multiplient davantage, et leur nombre comparé à celui des espèces de la région Scandinave, devient dans le rapport de sept à un. Si l'on passe ensuite de la Médi- terranée dans les mers de l'Inde , on voit cette progression se continuer encore, car dans l'état actuel de la science on compte déjà dans ces parages éloignés, plus de deux fois autant de Crustacés Décapodes que dans la région Celtique, dont l'explo- ration a cependant dû avoir été faite d'une manière bien plus complète. Enfin dans l'hémisphère sud, vers l'extrémité mé- ridionale de l'Afrique et sur les côtes de l'Australasie , le nombre des espèces décroît de nouveau de la manière la plus évidente, fi) Une tendance analogue se remarque dans le Nouveau-Monde. Dans les mers glacées du Groenland , les espèces sont très peu variées; elles le deviennent beaucoup plus sur les côtes des États-Unis d'Amérique, et sont plus nombreuses encoredans la région équatoriale des Antilles et du Brésil. (2) Une coïncidence aussi constante entre l'élévation de la lati- (i) Les nombres des Décapodes et des Stomapodes inscrits dans les tableaux joints à ce Mémoire sont, pour La région Scandinave i5 espèces. La région Celtique 82 La région Méditerranéenne 114 La région Indienne 20s La région Australasienne 6g La région Madécasse 56 Mais iî est à noter que ces deux dernières régions n'ont été que très incomplètement explo- rées, de façon que le nombre des espèces y est probablement plus élevé qu'on ne le croirait d'après cette évaluation (D'après quelques renseignemens que je reçois au momeut de mettre cette feuille sous presse, il paraîtrait aussi que le nombre des Décapodes de la région Scandi- nave est beaucoup plus considérable qu'on ne le pensait; mais ces observations nouvelles ne détruisent en rien les conclusions générales auxquellesje suis arrivé relativement à l'augmen- tation du nombre des espèces avec la température ]. Quant aux Edriophlhalmes et aux petits Crustacés des ordres inférieurs, nous n'en tenons pas compte ici , parce qu'on ne connaît guère ([ue les espèces propres à nos mers. (a) Les nombres des espèces de Décapodes signalés dans ces divers parages àoul , pour La région Groenlani'alse ou polaire Jï La rédou des États-Unis 37 un;:. , . . , ' La région Caraïbe ^ i La région Chilienne , Sy ries Crustacés. 1 49 tude, et la diminution des espèces différentes no peut être l'effet du hasard, et tout porte à croire que la température plus ou moins élevée des diverses mers, est une des principales circon- stances régulatrices de la diversité plus ou moins grande des animaux, dont la distribution géographique nous occupe ici. Cette opinion acquiert une nouvelle force lorsqu'on compare sous le rapport du nombre des espèces , certaines régions de l'Ancien et du Nouveau-Monde, dont les latitudes sont sembla- bles. Les côtes du Groenland et de la Norwège sont situées à- peu-près sous les mêmes parallèles, mais, comme on le sait, elles ne jouissent pas de la même température moyenne. Le Groen- land est bien plus froid que la Norvrège ; or, le Groenland est aussi bien plus pauvre en Crustacés. Ainsi, soit que l'on compare entre elles les diverses régions de l'Ancien ou du Nouveau-Monde, soit que l'on compare, sur les côtes des deux continens, les mers polaires, on remarque une même tendance. Dans l'un et l'autre cas l'élévation de la tempé- rature correspond à une augmentation dans le nombre des espèces, c'est-à-dire, à une diversité plus grande dans les formes et dans la structure de ces animaux marins , et il est digne de remarque qu'un résultat analogue ressort de l'étude de la dis- tribution, soit des animaux, soit des plantes qui vivent sur la terre. Je me garderai de hasarder une opinion sur les relations de causes et d'effets qui peuvent exister entre ces deux phénomè- nes, et de chercher par exemple, si celte diversité de structure, croissante avec la température, peut dépendre de l'influence même de la chaleur sur le développement de ces êtres, qui d'ordinaire se ressemblent d'autant plus entre eux que ce déve- loppement est moins avancé, moins complet; les faits manque- raient bientôt à une pareille investigation et par conséquent elle sortirait du domaine de la science. Mais je crois utile de faire remarquer que si l'on attribuait à la chaleur seulement cette diversité organique, on tomberait dans l'erreur; car le nombre des espèces n'est pas toujours proportionnel à la tem- pérature, et, en Amérique par exemple, les Crustacés sont moins variés que dans les régions isothermes de l'ancien continent. 1 5o MiLjvK EDw^Auus. — Distribution géographique Ainsi les côtes des États-Unis, comprises entre Charlestown et New-York , quoique aussi méridionales que les bords de la Mé- diterranée, et baignées par un immense courant d'eau chaude venant du golfe du Mexique, sont moins riches en animaux de cette classe, que la Manche, et la mer tropicale des Antilles est loin de fournir une liste d'espèces aussi longue que la mev des Indes; elle est même plus pauvre que la Médi- terranée , dont la température est cependant bien moins élevée (i). Du reste ces irrégularités ne détruisent en aucune façon la conclusion à laquelle nous étions arrivés , touchant la tendance de la nature à multiplier les différences spécifiques à mesure que la température s'élève; elles montrent seulement que la distribution géographique de ces animaux, ainsi qu'on devait bien s'y attendre , est une question complexe dont les divers élémens ne nous sont pas tous connus. §2 1. Du reste, les différences de formes et d organisation ne sont pas seulement plus nombreuses et plus caractérisées dans les régions chaudes que dans les régions froides du globe ; elles y sont aussi plus importantes. Le nombre des groupes naturels dans lesquels les espèces se répartissent augmente graduellement avec la température des eaux qu'elles habitent, et c'est parmi les Crustacés des mers équatoriales qu'on rencontre les modes de structure les plus dissemblables. En effet , presque tous les principaux types d'organisation qui se voient dans les mers po- laires se retrouvent également dans les régions tropicales, tandis que dans ces derniers parages il existe un grand nombre de types particuliers qui ne se rencontrent pas ailleurs, ou qui sont à peine représentés à des latitudes un peu élevées. Pour que la ilistribution méthodique des Crustacés retrace fidèlement les différences introchiites par la nature dans la conformation de ces êtres, et indique l'importance relative de ces modifications (i) On voit, par conséquent , que l'on s'exposerait à de graves erreurs , si l'on cherchait à éTaluer d'une manière absolue la température d'une région d'après la considération de sa faune carcinologi(iue seulement, et ce que nous disons des légions actuelles doit s'appliquer aussi aux diverses époques géologiques. des Crustacés. l6i de structure, il faut diviser la classe entière en trois grou- pes : les Crustacés Maxillés , les Suceurs et les Xyphosures. Or, de ces trois groupes, deux seulement sont représentés dans les régions froides du globe, tandis que tous les trois se voient rassemblés dans les mers équatoriales. Le groupe tout entier des Décapodes Brachyures, ainsi que la division des Ano- moures, paraissent être exclus des latitudes élevées du Spitz- berg et de la mer de Baffin ; les navigateurs qui, dans ces dernières années, ont exploré les mers polaires, n'y ont trouvé que des Crustacés appartenant à la division des Edrioph- thalmes, à celle des Entomostracéens , ou à la section des Décapodes Macroures; il est bien possible que des Branchiopodes et des Crustacés Suceurs existent aussi dans ces parages loin- tains , et qu'ils aient échappé à l'observation à raison de leur petite taille, mais on ne peut supposer qu'il en aurait été de même pour des Décapodes Brachyures, qui, semblables à nos Crabes, doivent par leur volume et leur forme attirer bien da- vantage l'attention des collecteurs. Sur les côtes méridionales du Groenland, on commence à trouver de ces Brachyures, maison n'en a signalé dans cette région que deux espèces. La section des Décapodes Anomoures ne paraît commencer à être représentée que sur les côtes de l'Islande et de la Norwège. La famille prin- cipale de l'ordre des Stomapodes, celle des Squilliens ne dé- passe pas la Manche et ne se rencontre même que rarement au-delà du quarante-cinquième degré de latitude nord; enfin le groupe des Phyllosomes et des Erichthiens est limité à des pa- rallèles moins élevés, car c'est à peine s'il se montre dans les eaux de la Méditerranée. Or, je le répète, tous ces types exis- tent simultanément dans les mers intertropicales. § 22. L'étude de la distribution géographique des Crustacés fait apercevoir aussi une coïncidence remarquable entre la tem- pérature de la mer et la perfection organique plus ou moins grande des espèces qui l'habitent. Les types qui disparaissent à mesure qu'on s'avance vers les hautes latitudes sont ceux dont l'organisation est la plus compliquée, et non-seulement les Crus- tacés les plus élevés dans V échelle manquent dans les régions i5a wiLNE EDWAiiDs. — Distribution géographique polaires, mais leur nombre relatif croit rapidement du nord vers V équateur. Si effectivement on rangeait ces animaux en série, d'après le degré relatif de perfection et de complication qu'offre leur structure anatomique, les Décapodes Brachyures se trouveraient en tête et seraient suivis par les Anomoures, tandis que les Macroures ne prendraient place qu'au troisième rang , et les Edrioplithalmes se trouveraient relégués plus bas encore (i). Or, dans les parages les plus rapprochés du pôle, au Spitzberg et dans la mer de Baffin , on a rencontré des Edriophthalmes d'espèces assez variées et quelques Macroures , mais point de Brachyures (a); sur les côtes méridionales du Groenland et de laNorwège, il en existe; mais leur nombre, comparé à celui des autres animaux de la même classe, est extrêmement faible : au Groenland, par exemple, les Décapodes n'entrent que pour un tiers dans le nombre total des Crustacés portés sur les cata- logues des zoologistes , et de ce tiers les trois quarts appar- tiennent à la division des Macroures. Sur les côtes de la Nor- wège, où le froid est moins rigoureux, les Décapodes pa- raissent devenir à -peu- près aussi nombreux que les Edrioph- thalmes, et on compte autant de Brachyures que de Macroures. Dans la Manche et tlans la Méditerranée, ainsi que sur les côtes des États-Unis d'Amérique , les Décapodes l'emportent de beau- coup sur les Edriophthalmes ; on y rencontre près de deux fois autant de Brachyures que de Macroures, et le nombre relatif des Décapodes Anomoures s'élève aussi. Dans la région des Antilles, deux Macroures correspondent à -peu -près à un Anomoure (i) Les Enlomoslracés et les Crustacés suceurs, qui occupent les degrés inférieurs de la sé- rie carcinologique, sont trop imparfailement connus pour /jue nous puissions en tenir compte dans celte revue générale de la répartition des espèces; mais les Décapodes et les Edrio- -phthalmes, dont nous connaissons bien mieux la distribution géographique, forment à eux seuls la presque totalité de la classe entière des Crustacés, et par conséquent, nous suffisent pour les recherches dont nous nous occupons ici. (a) Les Crustacés observés par MM, Parry, Sabine, Rost, etc., sont à-peu-près les mêmes dans la mer de Baffiu et au Spiizberg ; ils sont de très petite taille, et appartiennent presque tous à la division des Edriophthalmes. On a trouvé dans ces parages éloignés sept espèces de Macroures (a Crangons et 5 Hippolytes), une espèce de Mjsis, et li espèces d'Edrio- phthalmes. I des Crustacés. 3KJii« i56 et a cinq ou six Brachyures. Enfin , dans les mers de l'Inde , ces mêmes nombres de Macroures et d'Anomoures corres- pondent à environ dix Brachyures, tandis qu'en procédant plus loin vers le sud, sur les côtes de l'Australasie par exemple, le nombre des Brachyures connus n'est guère que quatre fois plus considérable que celui des Macroures, (i) Lorsqu'on connaîtra mieux la zoologie maritime de ces ré- gions éloignées, il esta présumer queces proportionsjchangeront plus ou moins ; mais il nous paraît bien peu probable que la tendance générale indiquée parj des observations nombreuses déjà recueillies soit infirmée ; car nous ne voyons aucune raison pour supposer que les voyageurs , en visitant les mers du Nord, auraient négligé les Brachyures pour ne s'occuper que des Ma- croures, tandis qu'en explorant les régions tropicales ils auraient suivi sans exception une marche inverse. Ainsi, tout nous porte à croire que l'élévation de la tempé- rature des eaux est accompagnée non-seulement d'une multi* plicité plus grande des espèces et de différences plus considé- rables dans le mode de structure des Crustacés, mais aussi d'une tendance plus marquée vers la complication et le perfectionne- ment organique de ces animaux : aucun climat ne paraît être incompatible avec l'existence de Crustacés peu élevés dans la série naturelle (2); mais ceux qui occupent le plus haut rang (1) Toici le chiffre du relevé des diverses «pècesde Brachyures , d'Anomoures et de Ma- «roures dont j'ai pu jusqu'ici constater suffisamment la présence dans ces diverses régions. Brachyures. Ânonioures. Macroures. Kégion ecandinave 4 a g. — celtique 44 6 17. — roédilerrannéenne Sg 16 33. — indienne 117 ai 37. — auttralasicnne 4^ 9 "• • — roadccaste 40 7 g. Mer de Baffin o o 7. Côtef du Groenland , . . a i g. '< — des Etati.-Unis ao 6 «i. Ré|;ion caraïbe 5o 7 i3. Kégiou cijilieune a4 9 ^■ (a) Le capitaine Parry a liouvi des Ampliipudes dans les para^jes du Spilitberg |>ar 8a de- grés de latitude nord. '^ «54 MiLNE EDWARDS. — Distnbutioji géographique dans cette série sont exclus des régions les plus froides du globe, et deviennent, relativement aux premiers, déplus en plus nombreux des pôles vers l'équateur. § aS. Si, au lieu de nous en tenir aux grandes divisions de la classe des Crustacés, nous descendons à quelques exemples par- ticuliers, nous verrons encore surgir la même tendance générale. Toutes choses égales d'ailleurs , les animaux aquatiques sont ordinairement moins élevés en organisation que ceux conformés pour habiter sur la terre; pour s'en convaincre , il suffit de con- sidérer le règne animal dans son ensemble, ou de passer rapi- dement en revue chacune des grandes divisions dont il se com- pose. Or, les Crustacés sont presque tous des animaux aqua- tiques; mais, parmi les êtres les plus élevés de cette classe, on trouve des Crabes qui ont des habitudes différentes et qui vivent constamment à terre. Par analogie, on peut donc penser que ces Crabes de terre ou Gecarciniens doivent prendre place en tête de la série naturelle formée par tous ces êtres; et si une haute température est réellement une condition d'existence pour les espèces les plus élevées, on ne devra les rencontrer que dans les régions les plus chaudes du globe; et effectivement, c'est ce qui a lieu : dans les contrées froides et tempérées , on n'en con- naît aucune espèce, mais ils se rencontrent dans la zone torride de l'Ancien et du Nouveau-Monde. Les tribus qui ont pour types les Ocypodes et les Grapses, et qui établissent le passage entre les Crabes de terre et les Bra- chyures ordinaires , s'étendent plus loin de l'équateur , mais de- viennent extrêmement rares dans les pays tempérés , et ne se montrent plus à des latitudes très élevées. Parmi lesCrustacés aquatiques, on en connaît, maisen très petit nombre, qui vivent loin de la mer et qui habitent les ruisseaux. Or, dans les régions tropicales, ces Décapodes fluviatiles se rap- portent au type le plus élevé de cet ordre , à la division des Brachyures, tandis que dans les régions tempérées et froides des deux hémisphères, tous appartiennent au groupe inférieur des Macroures. Effectivement, vers l'extrémité méridionale de l'Europe, en Egypte , en Perse, dans l'Inde et dans les parties des Crustacés. 1 55 les plus chaudes de l'Amérique, on rencontre partout des Crabes de rivière ou Thelphusiens, tandis que dans les autres parties de l'Europe, dans l'Amérique septentrionale, au Chili , au Cap de Bonne-Espérance et dans la partie sud de la Nouvelle-Hol- lande, ce sont des Ecrevisses d'espèces particulières qui peuplent les eaux douces, et il n'existe aucune espèce de Brachyures fluviatiles. § 24- Lorsqu'on compare entre eux les Crustacés des différentes parties du monde, on remarque une autre tendance qui paraît avoir aussi un rapport avec la température. Dans les régions chaur des , la taille de ces animaux semble être y terme moyen, plus élevée que dans les régions froides. k.ms\ les plus grandes espèces des mers du nord sont plus petites que les plus grandes espèces des mers équatorialcs ; les petites espèces sont proportionnelle- ment plus nombreuses vers les pôles que vers la ligne, et la taille moyenne de tous ces êtres pris en masse, paraît y être moins élevée. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer la Lan- gouste commune, le Homard et le Tourteau , c'est-à-dire les plus gros Crustacés de nos côtes, avec les Langoustes, la Fortune de Tranquebar, le Pseudocarcin géant , et quelques autres Crus- tacés des mers de l'Inde ; puis de noter le petit nombre de ces animaux qui dans nos mers atteignent une taille moyenne , et de se rappeler la longue série d'espèces remarquables par leur grosseur , qu'on rencontre dans les mers tropicales. Mais ici encore la progression est loin d'être constante, et poUr que les différences deviennent bien sensibles, il ne faut pas compa- rer les régions froides avec les régions tempérées, mais bien avec les mers les plus chaudes du globe. § a5. Il semblerait aussi que là où les espèces sont les plus va- riées, et où le corps atteint ses plus grandes dimensions, c'est- à-dire là où la température est la plus élevée j les particularités dç structure qui caractérisent les groupes naturels, sont aussi por- tées au plus liant degré. Ainsi le développement transversal de la portion céphalo-thoraciquedu corps, qui donne à tout le groupe des Brachyures un aspect si particulier, est plus grand che^j i56 MiLNE EDWARDS. — Distribution géographique certains Crustacés des mers équatoriales, que chez aucun de ceux qui habitent nos côtes, où qui se rencontrent phis au nord , et la moyenne de ce développement prise dans toutes les espèces, est indubitablement plus grande dans les mers des régions chaudes. La longueur extrême des pattes et du rostre , qui caractérise la famille des Oxyrhinques et surtout la tribu des Macropodiens, n'est nulle part aussi excessive que chez certaines espèces propres aux mers de l'Inde et des Antilles. Les formes ovoïde des Cancériens , et hexagonale des Portuniens, sont bien plus marquées dans les espèces équatoriales que dans celles des 'pays froids ou tempérés; et les anomalies que présente le squelette tégumentaire et l'appareil générateur du Catometopes, semblent s'effacer peu-à-peu dans les espèces propres aux mers des régions froides ou même tempérées. Enfin, c'est aussi dans les régions tropicales qu'on rencontre la plupart de ces formes anomales qui donnent à certains animaux de cette classe un aspect si bizarre, les Ranines, les Hippes, les Rémipèdes, les Albunées, les Leucifères et les Phyllosomes, par exemple. Ce résultat me paraît remarquable, et offrira peut-être un nouvel intérêt lorsqu'on se rappellera des observations sur le développement des jeunes Crustacés, que j'ai eu l'honneur de soumettre au jugement de l'Académie il y a quelques années. En effet, nous avons vu alors une tendance analogue détermi- née par une autre cause, car nous avons constaté qu'en géné- ral, la ressemblance entre les espèces et les genres voisins est d'autant plus grande que le développement du jeune animal est moins complet, et que les changemens amenés par les progrès de l'évolution organique tendent essentiellement à éloigner ces êtres du type moyen propre au groupe dont ils font partie, ou, en d'autres mots, à les spécialiser de plus en plus. -c -^ § 26. Enfin, l'étude de la distribution géographique de? Crus- tacés fait apercevoir aussi une coïncidence remarquable entre la température des diverses régions carcinologiqueset V existence ou la prédominance de certaines formes organiques. Ainsi, quoique les Crustacés des Antilles et des mers de l'Inde soient tous ou presque tous d'espèces différentes, ils ont entre eux une analo- \ des Crustacés. 167 gie si grande , que les deux faunes offrent le même aspect géné- ral et se distinguent facilement de celles appartenant aux régions froides de l'un et de l'autre continent. Ces deux régions tropi- cales sont habitées par le genre Ocypode, qui se rencontre aussi dans les eaux du Sénégal , mais qui ne se trouve ni sur les côtes de l'Europe, ni dans les parties un peu froides de l'Asie et de l'Amérique ; par les Gelasimes , qui se voient également dans tous les pays chauds , mais qui ne dépassent que peu ou point le 35' degré de latitude; par les Grapses et les Sésarmes, qui s'é- tendent un peu plus loin vers le nord , mais qui ne sont nom- breux que dans la zone torride ; par les Lupées , qui vers le nord se montrent pour la dernière fois dans la Méditerranée; par des Cyclograpses , des Plagusies, des Pericères, des Car- piles, des Zozymes, des Chlorodies, des Calappes, des Hippes, des Cénobites, des Scyllares, des Ibacus, des Penées, des Squilles , des Limules , et plusieurs autres Crustacés qui habitent exclusivement les régions les plus chaudes du globe, ou ne se montrent qu'en petit nombre et d'une manière pour ainsi dire accidentelle dans les régions froides et tempérées. Cette analogie entre les Crustacés des diverses mers tropicales se retrouve même parmi les espèces de certains genres dont les limites géo- graphiques sont moins restreintes. Ainsi les Langoustes , de la division des Longicornes, habitent les mers de l'Inde et des Antilles ; mais les espèces qui les représentent, tant dans les mers d'Europe que sur les côtes du Chili, appartiennent toutes à la division des Langoustes ordinaires; les Paléraons les plus remar- quables de l'Inde, ressemblent bien plus à ceux des Antilles qu'aux espèces des rners des zones tempérées; enfin, dans ces deux régions tropicales, le nombre relatif des Macropodiens est également petit. Les régions tempérées ont aussi entre elles des points de res- semblance nmltipliés. Nous avons déjà vu que le genre Ecrevisse leur appartient en propre et se trouve représenté par notre Ecrevisse commune dans le nord de l'Ancien-Monde, par YAS' iacus Darlonii dans le nord de l'Amérique, par XAstacus capen- sis au Clip de Honne-Espérance, par une quatrième espèce dis- tincte des précédentes au Chili, et par une cinquième à la Nou- t 58 wiLNE EDWARDS. — Distribution géographique velle-Hollande, mais paraît être presque entièrement exclu de l'espace int< — liolsatus R. Celtique. — longipes , . R. Méditerranéenne. Celtique. Celtique et Méditerranéenne. Polybius Henslowii R Platyonichus latipes K — nasulus ...... . Lupa hastala R OXYBHIHQUeS. Parlliénopient. Lambrus angulifrons. — MasMMia. . — Mcditcrraneus Eurynome aspcra. . . — Audounii. . Màieiii. Aieanlhonyx luoiiliilui X. /.ooi.. — Srpifmhrr MéËilerranéennc. — Iles Canaries. R. Méditerranéenne. Celtique. Méditerranéenne. i()2 MILNE KDWARDS. — Distribution géographique Maia squinado R. Celtique et Méditerranéenne. — Ile> Canaries. — veiTUCosa K. Méditerranéenne. Mithrax dicotUomus R. Méditerranéenne. Rare. Hyas aranea K. Scandinave et Celtique. Rare. — coarctata R- Celtique. iJssachiragra R. Méditerranéenne. l'isa tetraodon R. Celtique et Méditerranéenne. — Gibsii « " — corallina R. Méditerranéenne. — aroiata >• » Herbstii condyliata « Inachus scorpio R. Celtique et Méditerranéenne. — doryuchus R. Celtique. — leptorynchus « — thoracicus R. Médilerranéenn . Amathia Rissoana Aoha?us Cranchii « Stenorynchus phalangium R. Scandinave, Celtique et Méditerranéenne. — lougirostris R. Celtiqne et Méditerranéenne. — Egyptius R. Mérlilerranéenne. Latreillia elegans <. OXYSTOMES. Calappiens. Calappa granulala R. Méditerranéenne. — Iles Canaries. Leucosiens. Ilia nucleus R. Celtique et Méditerranéenne. — rugulosus R. Méditerranéenne. Ebalia Bryerii R. Celtique. — Cranchii «. — Pennantii Corystiens. Atelecyclus cruentatus R, Celtique et Méditerranéenne. — helerodon R. Celtique. TLia polila R. Celtique et Méditerranéenne. Corystes dcutatus Dorippiens. Dorippe lanata ; . . R. Méditerranéenne. Cymopolia Caronii a Etusa mascarone « ANOIHOURSS. Apterures. Dromiens. I Dromia vulgaris R. Celtique (rare) et Méditerranéenne. Homoliens. Homola spinifrons , R. Méditerranéenne. — Cuvierii « Lithodes artica R, Scandinave. Raniniens. Ptérigures. Hippieiis. Paguriens. % Pagurus Bernhardus R. Scandinave, Celtique et Médilerranécune. — Islande, — Pridauxii R. Celtique et Méditerranéenne. — ocellaliis R. Celtique. — angulalus R. Méditerranéenne. — strialus „ | — rallidus « , — piclus « — timidus « — misantrophuL « des Crustacés. itJ^ Pagurus ornatus.'^ R. Méditerranéenne.' — maculatus « Porcellaniens. Porcellana platycheles R. Celtique et Méditerranéenne. longicornis « ■ MACaOUBES. MAcnonRES ctirassés. Galathéides. Galatheastrigosa " « — rugosa R. Celtique. — squammifera « Scyltariens. Scyllarus arctus R. Méditerranéenne. latus R. Méditerranéenne. — Iles Canaries. Langoustiens. Palinurus vulgaris R. Celtique et Méditerranéenne. THAtASSIfflENS. Ciiptobranchides. Callianassasubterranea « « Âxia stiryncbus R. Celtique. Gebia steliaia « — deltura •< — iiltoralis R. Méditerranéenne. Gastrobranchides. ASTACIENS. Astacus fluviatilis Europe australe , etc. vulgaris R. Scandinave, Celtique et Méditerranéenne. Neplirops norwegicus R. Scandioave et Méditerranéenne. Salicoques. Crangoniens. Crangon vulgaris. R. Scandinave et Celtique. — fasciatus R. Méditerranéenne. — catapractus <• — boreas R. Scandinave. — Mers polaires. — septemcarinatus ■■ « Alphéens. Alpheus ruber R. Méditerranéenne. — Edwardsii — deutipes •< Poulonia tyrrhena « Automriea Olivi « Caridina longirostris •> Nika edulis R. Celtique et Méditerranéenne. Athaoas nitescens R. Celtique. Palémoniens. 0>na(hopbyllus elegans R. MéditeiTanéenne. Hippolyte varians R. Celtique et Méditerranéenne. — virescens " •< — Brulei R. Méditerranéenne. — Pridauxiana R. Cellique. — Moorii << — crassicornis « — CraDcbii ■« — SoH'erbii R- Celtique. — Mers polaires. Pandalusaunulicornis R. Scandinave et Celtique. — Narwal U. Méditerrauéeiini'. Ly(inala<>fli<',iii(|aia Paliiimn serralus R. Celtique el Méditerranéenne. — squilla « „ — varia'" \\. Cellique. n. iG/i MiT.Nr FTo-WARDS. — Distribution géographique Palemon lonisla R. Oollique. — aiitennariiis R. Méditerraiiéeniu'. — Treillianus " Pénéens. Slenope spinnsiis R. McdilciTaiiccnne. Rare. Sicyoïiia sculpta R. Mcililerraiiéeiine. PcuBeus caraniole R. (;<'lliquc (rair) et Méditerranéenne. — membrauaceus R. INIédilerranéeiiiie. — foliacciis • Fphvra pelayica « — pediinciilata •• Pasiplia>a .sivado « § XI. MXR.S 3>'ASIE. — Régions Indienne ^ Madécasse et Australasienne. braghtures. Imtometopes. Gécarchiiens. Cccarcinus lagostoma R. Australasienne. Cardisoma carnifex R. Indienne. Thclphtisieiis. Thelphusa indica << — Leclinaudii <. — perlata R. Madécasse. ()c)'podiens. Ocypode ceralophthalina R. Madécasse, Indienne et Australasienne.— Mer Rouge. — ippeus R. Madécasse el Indienne. — Aussi au Séuégal. — cordimana R. Madécasse. — brevicornis R. Indienne. — Fabricii R. Australasienne. — macrocera R. Indienne et Péruvienne. Gelasimus tetragonon R. Madécasse et Indienne. — Marionis R. Madécasse , Indienne el Australasienne. — cUlorophlhalmus. . ^ . . R. Madécasse. — annulipes R. Indienne. — forceps R. Australasienne. — cordiformis <■ firapsotdiens, Sesarnialetragona R.Indienne. — indica « — qusdrala .< Cyclographus punctatus « — Audouinii « — quadridenlalus. ... R. Australasienne — sexdentalus « — Gaimardii « — octodentatus ». — Latreillii R. Madaf;asse. Pseudograpsus penicilliger R. Indienne. — pallipes R. Australasienne. Orapsus strigosus , R. Madécasse, Indienne et Australasienne. — niessor R_ Indienne. — Mer Rouge ; aussi côte septentrionale de l'Afrique et îles Canaries. — scaber R. Indienne. — plicatus « -- variegalus R. Australasienne-— Chili. NaulilograpMis minus R. Madécasse, Indienne et Australasienne. — An -si dans les mers d'Europe et d'Amérique des Crustacés. « iG5 Plagusia tomeutosa II. Madécasse et Âiistralasieuiic. — Chili. — depressa R. Indienne. — squauiosa R. Indienue. Nouvelle-Guinée, Mer Rouge rt Iles Canaries. — clavimana R. Australasietine et ludieaue. Varuna litterala R. Indienne. i Macrophthalmus parvimanus . . . . R. Madécasse. — Iransvcrsus ... R. Indienne. — cariuimanus ... « — depressus « Cleistotoma Leacliii R. Indienne. — Mer Rouge. Pinnothêriens. Pinnotheres tridacna; R, Indienne. Elemena Malha;i R. Madécasse et Indienne. Hymenosoma orbiculare R. Madécasse. Miclyris longicarpis R. Indienne. Dato sulcata . R, Indienne — Mer Rouge. Cyci-ometopes. Cancériens. Melia tesselatus R. Madécasse. Eriphia lœvimana R. Madécasse , Indienne et Auslralasienne. Trapezia ferruginea . . ..... . R. Madécasse et Indienne. — digitalis R. Madécasse. — dentifi'ons R. Australasienne. Ruppeliia tenax R. Indienue. Pilumnus Yespertilio « — Peronii » — Forskalii R. Indienne. — Mer Rouge. — tomentosus R. Australasienne. — lanosus « — fimbriatus » Elisus dentatus R. Indienne. — insequalis « — anaglyptus • R. Austraiasieuiie. * Pscudocarciuuâ Rumpliii R. Indienne. — Bellangerit ..... « — gigas • Rt Australasienne. — ocellatus • R. Madécasse. Ozius tuljerculosus R. Indienne. — frontalis • » — truDcalus • R. Australasienne. — guttatui Chlurudius exaratus • R. Indienue. — niger • — sanguineus R. Madécasse. — ungulatus • R. Australasienne, — areulalus • « — eudorus ■ « Xanthu rutbpuuctatus • K. Madécas.se et liidieuni'. — Lamarckii R. Madécasse. — Mer IJ.oiige. — impre.ssus ....:..... R. Madécasse. — lividus •< — punctniatus <* — radiatus ■■ — a-spera • R. Indienne. — sral>er • — Keynaudii ; . . <• — Iiirtipes h. Indienne. — Mci Rouyc. — inciius R. Au'ilral.isifnne. — Peronii « ]6G MiLNE EDWARDS. — Distribution géographique Zozysmus pubescens. • H. Madécasse. ;eneus R. Indienne. — tomentosus — latissiraus K. Ausiralasienne. Carpilius convexus R. Indienne. — Mer Rou^je. — maculatus R. Indienne. Cancer roseus R- Indienne. — Mer Rouge. — marginatus <■ — sculplus « « — limbatus R. Indienne. — Savignii « — integerrinius R. Indienne. — Japon. — Ocyrôe " " — calculosus R. Ausiralasienne. — mamillatus •> OEthra sculpta R. Madécasse et Indienne. Portuiiiens. Portuuus integrifrons R Austialasienne. Platyonichus bïpustulatus R. Madécasse et Ausiralasienne. Lupa Iranquebarica R. Indienne. — Mer Rouge, Japon. — pelagica R- Indienne. — Japon. saoguinolenta R. Indienne et Ausiralasienne. — Mer Rouge , Japon. >— lobifrons R. Indienne. — gladiator R. Indienne. — granulata R. Madécasse. Thalamita Admete '. R. Indienne. — Se trouve aux îles Canaries. — Chaptalii R. Indienne. — sima » ■ — ■ creuala « — annulata R. Indienne. — callianassa R. Indienne. — natator — crucifera K.Indienne. — Japon. — «truncata R. Indienne. — Japon. — erylhrodactyla R. Aiistralasienne. — pryma R. Australasieiine. — Japon. Podophthalmus vigil R. Madécasse «t Indienne. — Japon. OXYRBIFQUES. Partliénopiens, Parihenope horrida R. Indienne. Lambruslongimanus R. Indienne. — serratus) « — prensor ' • . . « — ■ carinatus « - — echinatus •< Ciyplopodia formicala Maïens. Acoiiihoiiyx deutatus. ....... R. Madécasse. — Cap de Eonne-Espérance. Haliuus aries. . . - R. Indienne. — auritus « Menœtliia inonoceros R. Madécasse et indienne. — Mer Ronge, Stenocinops cervicornis R. Madécasse. Pericera eornigera R. Indienne. — verrucosa R. Ausiralasienne. Mici()pe platipes R. Indienne. — Mer Rouge. — crislala R. Indienne. — philyra R. Madagasse et Indienne. Paramilhiax Peronii R. Auslralasienn •. — barbicornis « — r.aimnrdii ...... « (les Crustacés. i'^" Choiinus aiies K. Indienne. — aculealus. . . . , R. Aiisiralasieniie, — Dumeiilii « Naxia serpulilera « l'isa styx R- Madtcasse cl Indienne. Macropodiens. Doclea ovis R. Indienne. — liybrida « — inuricala " rigeria indica •« — arachnoïdes — Herbslii OXYSTOMES. Callappiens. Calappa lophos R. Indienne. — Japon. — cristata R. Indienne. — Mer Ronge , Cochineiiine , J;ipon. — fornicata R. Indienne. — tubcrcnlala R. Madécasse , Indienne el Auslralasienno — gallus R. Madécasse. Maluta Victor R. Indienne et Australasienne. — lunaris >■ l.eucoslens. l.eucosia urania R. Indienne. — craniolaris Oreophorns horridns R. Indienne. — Mer Roiiye. l'iiylira scabriuscula R. Indienne. Arcania erinaceus. ... ; <■ Ixa canaliculata R. Madagasse. Nursia Hardweckii R. Indienne. — Mer Rouge. Iphis septemspinosa R. Indienne. Corysi.ieiis. Polydeclus cupulifera, R. Madécasse. ."Nanlilocorysles ocellalus R. Madécasse. — Cap de Bonne-Espérance. Dorippe quadridentata R. Indienne. — sima « — astuta • Caphyra Rouxii • AMOmOnREB. Al'TKRDKES. Urunùens. Di'umia falax R. Madécasse. — hirlissima « — Rumphii R. Indienne. — caput-inortuum « — unidentala R. Indienne. — Mer Ronge. Dynomena bispida R. Madécasse. Homoliens. Ix)mis hirta R. Anstralasienne Hantnies, Ranina deutata R. Madécasse el Indienne. Fterygures. Ilippiciis. Albnnea syninisla K, Indienne. — scutellata Ilippa aiiiatica u Keinipes lestudinarius h. Australasienne. l'dgiirifiu. Ilirgus lalro R. Indienne. Oenobitii rlypeala • — iMKosa 68 MiLNE EDWARDS. — DistributiOTi géographique Ceuobitaspinosa R- Indienne. perlata R- Australasienoe. Pagurus deformis K. Madécasse. — aniculus — Gamianus cristalus R. Ausiralasienne. — tibicen — setifer " — froDtalis * — puûctulatus R- Indienne. — clibanarius — elegaus " — pilosus " — miles * — custos " Porcellana Lamarckii « — deatata " maculata R. Ausiralasienne. — sculpta " — elongata « UACB01TRES. M. Cdirassés. Galathéides. Grimothea strigosa R. Ausiralasienne. — Duperrei. " Scyl/ariens. Scyllarus rugosus R. Indienne. — ■ squammosus 2* • ^* Madécasse. Thenus oiientalis R. Indienne. Ibacus antarcticus Peronii R- Ausiralasienne. Langoustiens. Palinurus Lalandii R. Madécasse. ornalus R. Madécasse el Indienne. — dasjnjus R- Indienne. — peniciliatus — sulcatus " — fascialus " Thalasiniens. Crjptobranchides. Glaucothoe Peronii R- Indienne. Thalassina scorpionoïdes R. Ausiralasienne. GastrobiaHcIddes . Calliauidea typa R. Indienne. Callianisea elougata ASTACIENS. Astacus australasiensis R. Ausiralasienne. — capensis R- Madécasse. Salicoques. Crangoniens. Alphéeiu. Hymenocera typa R. Indienne. Alpheus ventricosus R. Madégasse. villosus R. Ausiralasienne. — bidens - . . R- Indienne. — chiragrus ■ " — brevirostris R. Ausiralasienne. — frontalis " Ponloniu niacrophlhalma R.Indienne. — armala » des Crustacés. 169 Fortoaia inflata .... ..^iiim.,? • • R- Indienne. Caridina typus R. Madécasse. Palemonieiis. ' Hippolyte Quoyanus R. Indienne. — ventricosus " — spiuifrons R. Âuslralasienne. — spiuicaudatus « — gibberosus « *■ — marmoratus << — serratus « Rhynchocynetes typus R. Indienne. Palemon natalor •■ — longirostris « — carcinus « — ornatus — Lamarrei « — Quoyanus R. Australasienne. — lurtimanus R, Madécasse. Pénéens. Stenope hispidus R. Indienne (aussi dans les mers d'Amérique). Penœus canaliculatus R. Madécasse et Indienne. — monoceros J . . . R. Indienne. — indiens >< — mouodon « — afQnis « — brevicornis « — planicornis « — crassicornis « — styliferus « Opiophorus typus <• Aceles indicus « § UI. MERS I>'AMXR.XQUE. — Régions Polaire, Fensylvanienne et Caraïbe. brachtubes. Catométopes. Gécarcinlens , » Gecarcinus ruricola R. Caraïbe. — lateralis. •• Cecarcoïdca Lalandei « CardisoDia Guaiikumi « Uca una «« — la;vis . [ « Thelpliusiens Potaœia dentala « Tricudactylus quadrata •• Ocypodiens. Ocypoda arenaria R. Caraïbe el sud de la région Pcnsylvauieunc. — rhombea R, Caraïbe. Gelasiaiiis maracoani — plalydactylus « vocans K. Caraïbe et Pensylvanjennc. Scsarma cincrea ■ . . . " — Pisonii R. Caraïbe. Cyclograpsus intcgcr (Irapsus rrucnlulus « — lividus " — pictus ■• • 170 MiLNE EDWARDS. — Distribution géographique Nautilograpsus minus R. Pensylvaniennc et Caraïbe; se trouve aussi au Chi- li, daus les mers d'Europe et d'Asie , aux îles Cana- ries , etc. Plugusia depressa (Say) R. Caraïbe et Pensylvanienne. Gonapléciens. P'mnothériens. Pinnotherus ostreum R. Pensylvanienne. Cyclometopes. Cancérieni. Eriphia gonagra R. Pensylvanienne et Caraïbe — atissi au Chili. Pilumuus Quoii R. Caraïbe. — aculealus R. Pensylvanienne. Plalycarcinus irroratus '„ Panopcus Herbstii „ — limosus Chlorodiusniger R. Caraïbe. Xantho parvulus. . . — setiger „ — mercenaria. ........ R. Pensylvanienne. Carpillus corallinus. . ■. ; . ^ .■■ . . r. Caraïbe. Portuniens. Platyonichus ocellatus r. Pensylvanienne et Caraïbe. Lupadicaniha r. Pensylvanienne et Caraïbe — aussi au Chili. — cribraria R. Caraïbe. — spinimana ^ . . „ — rubra — Sœbœ „ — forceps „ — maculata r . Pensylvanienne. OXTBHIITQUES. Parthénopiens. Alaiens. Afanthonyx Peliverii r. Caraïbe. Pericerecornuta ,. — trispinosa — bicorna „ — heptacantha „ Mithrax spinosissimus „ — aculeatus „ — verrucosus „ — hispidus — sculptus „ CLorinus héros « Hyasaranca. R. polaire (Groëuland-Orienlal ).- R. Celtinne, etc. Lissa fissirostris r. Pensylvanienne. Libinia canalicnlata „ — <î".'»'a R. Caraïbe. — spinosa Macropodens . EurypodiusLatreillii R. Caraïbe (Brésil).-Iles Malouiues. - (;h.li. Leptopodia sagittaria r. Caraïbe — aussi auv Canaries. calcarata r, Pensylvanienne. OXYSTOMES. Calappiens. Calappa marmorata r. Caraïbe. Hepaies fasciatus r. Caraïbe'ct Peiisylvanie. r.iinia puncl,-.(a K. Caraïbe. ( orysticns. nnrippienf, . des Crustacés. 1 7 r ANOMOiraES. Apterures. Dromiens. Dromia lator R. Caraïbe. Pterigures. JHippiens. Hippa enierita R. Caraïbe. Paguriens. Pagurus granulatus « — tuberculosus <• — siilcatus « — longicarpus R. Pensylvanienne. — poUicaris <« — vittatus <• Porcelianiens. Porcellana galathina R. Caraïbe et Pensylvanienne. — pilosa R. Pensylvanienne. — sociata « SIACaOUHES. M. Cuirassées. Galathéides. ScjUaiiens. Scyllarus œquinoxialis R. Caraïbe. Langoustiens . Palinurus longimanus « — gutlalus » — Amcricanus — Argus TUALASSINIENS. Crjptobranciddes. Callianassa uncinata R. Pensylvanienne. Gebia al'fiuis « Gastrobranclddes. ASTACIERS. Astacus Bartoui R. Pensylvanienne. — afiiuis ' . — amerkauus « Salicoques. Crangonlen. Crangon boreas R. Polaire. — septumcarinatus Alpliéens. Alpheus helerodieles R. Pensylvanienne. — minus •< — aimilialus R. Caraïbe. Palèmoniens, Hippolyle borealis R. Polaire. — pularis — aculeatus — Sowerbii R. Polaire. — Aussi dans la région Scandinarr. Palernon tenuiroslris R. Pensylvanienne el Polaire. — forreps R. Caraïbe. — jatuaicensis — spiniinanus « — \ulgaris R. Pensylvanienne. Penaciis . Sienope liispidus K. Caraïbe — aussi dans les mers d'iiuroiu-i Penœus lJrasiliensi^ K. Caïaïbc. — selifcrus U. Pensvlv«uifnnf. ina MiLîfE EDWARDS. — Distribution géographique N" II. Tableau du mode de répartition des divers genres de Crus- tacés Décapodes dans les régions tropicales et tempérées. TRIBUS OU GENRES. NOMBRE DES ESPÈCES QUI SE TROUVENT DANS LA. Région Région Région Région Région Indienne. Caraïbe. Celtique. Pensylvan, Chilienne. Gecarciniens . 2 6 O O O Thelphusiens . 2 2 O O o Ocypode. . . 4 2 O I o Gelasime. . . 3 3 O I o Sésarme • . . 3 2 O 1 o Cylograpse. . 2 I O O o Pseiidograpse . I O o o o Grapse. . . . 4 3 I o o Plagusie . . . 2 i o I I Varune. . . . I o o o o Gonoplace . . O o 2 o o Macrophthalme. 3 o O o o Cleistotome. . I o O o o Pinnothère . . I o 2 1 I Elamène . . . I o O o o Mictyie . . . I o O o o Trapèzie . . . Eriphie . . . I o O o o I I I I I Pirimele . . . o o I o o Pilumne . . . 3 I 1 I o Ptalycarcin . . o o I I 3 Etise 2 o O o o Pseudocarcin . 2 o o o o Ozie 2 o o o o Panope. . . . O o o 2 o Chlorodie. . . 2 I o o Xanthc. . . . 6 2 2 I 3 'Zozyme . . . 2 o O o o CarpiUe . . . 2 I O o Crabe p. d. . . 7 o O o jOEthre. . . . I o O o Carcin . . . . o o I o o Portiine . . . o 7 o 1 o iPolybie. . . . o o 1 o o Platyoniqne. . o o 2 X o Lupéc . . ., . 5 6 O 2 I .Thalaaiilc. . . 9 o o o jiPodophthaline. 1 o 1 des Crustacés. ,73 1 NOMBRE DES ESPÈCES QUI SE PROUVENT • DANS LA TRIBUS ou GENRES. Région Région Région Région Région Indienne. Caraïbe. Celtique. Pensylvan. Chilienne. Parthcnopc . . I I Lambre. . 5 Eurynome. I Cryptopodi( î. . I Leucippe. 2 Épialte. 2 Acanthonyx I I Halimes . 2 Menœlhe . I Perciere . I 4 Paramicepp I Micippe . 2 Maïa. . . I Mithrax . 5 Chorine . I Hyas. . . 2 I Pise . . . I 9. LibinJe. . 1 2 Doclée. . 3 Egerie . . 3 Inachiis . 2 Cephalius. I Eiirypode. I Sterorhynqu e . 2 Leptopodie I Caiappe . 4 I Platymère . I Matute . . 7. Hepatc. . . I I I Lciicosie . . •A Ilia .... X Myra . . . l Giiaia . . . I Ebalie . . . 3 Philira. . . I Arcanie . . I Niirsie. . . I Ipliis. . . . I Atélccyc. . M 2 I Thie. . . . f) I Corysliens. . I I Doiipiens. . 4 f) Dromiens. . 3 l 1 1 1^4 MiLNE EDWARDS. — Distribution géographique TRIBUS ou GENRES. Homoles . Hanine. . Hippiens. Birgus . . Pagure. . Cénobite . Porcellane iEgléé . . Galathées Scyllariens . Langouste Glaucothoe Calianasse I Axie. . . iGebie . . Callianide. Astaciens. Crangon . Alphee. . Atye. . . Hymenocere Pontome Nika. . . Alhanase . Hippolyte. Rhynchocinète. Pandalus . Palemon . Penée . . Stenope . Oplophore Acéte . . Mysis . . Cynthie . Leiicifère. Phyllosome . Amphion. Erichlhiens Squillicns. NOMBRE DES ESPÈCES QUI SE TROUVENT DANS LA Région Indienne. o I 3 1 6 3 4 o o 3 5 I o o o I o o 2 O I 3 o o 1 I o 5 9 I I I o a lo I 7 6 Région Caraïbe. o O I o 3 I I o o I 4 o o o o o o o I o o o o o o o o 3 1 I o o o o o o o o 3 Région Celtique. I o O o 3 o 2 O 3 o I o I I a o 2 I o o o o I I 6 o I 4 I o o o 3 I o o o o I Région Pensylvan. o o o o 3 o 3 o o o o o I o I o 3 I 2 I O O O o O O o 2 I O o o I o o o o o I Région Chilienne. o o o O 3 I I o I o I o o o I o t o o o o o o o o 1 o o o o o o o o o o I F. DUJARDiN. • — Nouveau Fer parasite. MÉ:MomE sur un ver parasite constituant un nouveau genre voisin des Rotifères , sur le Tardigrade et sur les Systolides ou Rotateurs en général , * Par M. F. Du jardin. I. Pendant que je m'occupais à recueillir des observations sur divers Rotateurs, j'ai été assez heureux pour rencontrer un nouveau type de cette classe de vers, lequel n'est pas moins re- marquable par son habitation à l'intérieur du corps des Lom- brics et des Limaces, que par son organisation. C'est un Hel- minthe offrant en partie les caractères généraux des Furculaires et des Rotifères, ou plutôt, c'est un nouveau type servant de lien commun entro les deux classes de vers qu'on peut nommer les Ilelmintbides et les Systolides. iJ^lbertia vermiculus (c'est ainsi que je pro|^ose de le nom- mer) a la forme d'un petit ver contractile, tout uni à l'exté- rieur, arrondi en avant, atténué et terminé en pointe mousse à l'extrémité postérieure, mais d'ailleurs presque de même gros- seur dans toute sa longueur, qui égale au moins sept fois son diamètre quand il est étendu ; quand au contraire il se contracte, il montre quelques plis irréguliers, et la partie postérieure pré- sente même un peu l'apparence d'une queue articulée. Sa lon- gueur totale n'est guère au-dessous d'un tiers de millimètre, et quelquefois elle en dépasse la moitié (o",55). Il est vivipare, et les plus grands fœtus qu'on voit à l'intérieur, repliés deux lois sur eux-mêmes, ont déjà les deux tiers de la longueur des adultes, et n'en différent que parce qu'ils sont bien plus minces, et que leur ovaire, peu développé, laisse voir distincteujent l'intestin dans tout son trajet. La partie antérieure change frécpuMument de forme : tantôt elle ne montre ({u'un contour également arrondi ou légèrement 176 F. DUJARDiN. — - Nouveau Fer parasite. sinueux sur les côtés seulement (Pi. 2, fig. i); on ne distingue clans ce qui parait former la tète que deux globules moins transparens près du bord , lesquels on pourrait prendre pour des yeux si l'on ne s'assurait, par les mouvemens ultérieurs de l'animal, que ce sont deux faisceaux musculaires vus perpendi- culairement; un peu plus en arrière, on volt aussi l'apparence de cils repliés, immobiles. Tantôt un prolongement circulaire, trois fois moins large que la tête, se montre en avant comme un cbaperon frontal, et les deux globules ronds qu'on avait vus précédemment près du bord se changent en deux cordons d'a- bord infléchis et sinueux , puis droits et étendus longitudinale- ment quand le chaperon est entièrement étendu. Les cils ne paraissent pas encore, mais ils ne tardent pas à se montrer quand le chaperon est développé. On voit d'abord une expan- sion circulaire bordée de cils couvrir seulement le chaperon , puis le bord latéral venant à se renverser sur toute sa largeur, la tète entière paraît bordée de cils vibratiles, mais ce n'est point un organe simple ou multiple analogiie à ceux des Méli- certes, des Brachions et des Rotifères, c'est une expansion ci- liée , aussi simple qu'on la rencontre chez certains Furculaires; quand ensuite l'animal commence à retirer ses expansions ci- liées, quand il contracte ses mandibules, la partie centrale se reîire tout cà-la-fois plus que les deux côtés, qui forment, comme on le voit dans la fig. 2 , pi. 2 , une saillie circulaire de chaque côté de la partie centrale ciliée que ne dépasse plus le chaperon. En arrière du bord frontal, à une distance variable entre un diamètre du corps et le tiers de cette largeur , se trouve l'appa- reil mandibulaire qui, avec ses accessoires et sa masse muscu- laire, a tout au plus le dixième de la longueur du corps et la moitié de sa largeur; cet appareil se meut d'arrière en avant, en même temps que le bord frontal se déploie comme il a été dit. Dans la position que représentent les figures i et -3 , il est en repos et aussi reculé que possible; quand le chaperon se déploie et que l'ouverture buccale se trouve conséquemment libre, les mandibules s'avancent en s'écartantà la manière d'une tenaille, ainsi qu'on le voit aussi dans les Eumolpes et les autres Annelides à fortes mandibules; quand la nourriture a été saisie, voisin des Roti/ères. 17 y par les mandibules, leurs pointes se rapprochent en se por- tant en arrière comme dans la figure 2 ; alors aussi le centre de l'expansion ciliée se retire un peu , ainsi que tout le pharynx. Les mandibules (fig. 3 ), comme chez beaucoup de Rotateurs, sont formées chacune de deux pièces articulées : l'une anté- rieure plus courte . plus ferme , un peu crochue , est la pointe (acies), et sert à saisir la proie ; l'autre, postérieure, plus longue, donne attache à deux muscles particuliers , l'un en dehors, ab ducteur, l'autre en dedans, adducteur, au moyen desquels les mandibules sont écartées ou rapprochées; cette dernière pièce peut être nommée le fût {scapus)\ aux mandibules est annexé, pour produire en outre le mouvement de flexion de la pointe sur l'arliculation du fût, un appareil également corné qui peut être nommé support {^fulcrum ), et se compose d'une tige cen- trale et de deux branches : la tige est courte et peu visible ici, où elle s'insère avec les deux fûts au même point de la masse char- nue, mais elle est longue et très visible dans la Vorûcella aurita Mùller r Notommata Ehr. ), dans le Diglena grandis et surtout dans le Mastigocerca carinata Ehr. Les branches qui s'arti- culent, d'une part à l'extrémité de la tige, et d'autre part au tiers antérieur de la pointe des mandibules, sont deux lames arquées, falciformes ou en croissant. Le support, en s'avançant oti se reculant , indépendamment du mouvement des mandi- bules , fait jouer la pointe de celles-ci comme des leviers du troi- sième genre , dont le point d'appui est leur articulation avec le fût. Tout cet appareil est assis sur une masse charnue arrondie postérieurement (fig. 1 , 2 r), et qui, par sa contractilité, paraît toute muscnleuse, quoiqu'on n'y distingue ni fibres, ni fais- ceaux; seulement il s'y produit spontanément, comme dans toutes les masses charnues des animaux inférieurs , des cavités sphériques ou vacuoles remplies d'eau, qui disparaissent plus ou moins prom[)tement sans laisser de traces, pour être plus tard remplacées par d'autres. De cette masse charnue part l'in- testin, qui d'abord aussi large, va en diminuant jusqu'à l'anus (fig. 2^) situé au-dessus de la queue,etdistantde l'extrémité d'une longuetir \\n peu moindre que le diamètre du corps. De chaque i\,'i,oo\.. ^ Septembre. la \~S F. DUJARnn. — IVoin'eau FeT' pfirasite côté, près de son origine, liiUcstiu porte deux corps pédicellés en forme de sac ( fig. i et 2 d, c) , l'un antérieur {d) beaucoup plus volumineux et presque aussi long que l'appareil mandibu- laire ; l'autre (c) plus court , réniforme, montrant bien son em- bouchure dans l'intestin par lui tube court et épais. Ces sacs doivent être analogues aux a]iperidices reconnus par M. Ehren- berg chez beaucoup de Rotateurs à l'origine de l'intestin, et re- gardés par lui comme des corps glatululeux ou des pancréas- Cependant les organes en question sont ici susceptibles de se contracter considérablement en faisant refluer dans l'intestin leur contenu, qui les remplit de nouveau quand ils se dilatent bientôt après comme chez les llirudinés et les Aphrodites : ce pourraient donc être des cœcums ou des estomacs accessoires , et, dans ce cas, nous aurions ici de vrais polygastriques, tandis que les Tnfusoires auxquels on a voulu donner ce nom le méri- teraient beaucoup moins. J'ai vu d'ailleurs aussi des vacuoles dans ces organes. L'ovaire a la forme d'un sac obloug simple, remontant le long de l'intestin jusqu'au-dessus de l'insertion des sacs ston)acaux postérieurs. Chez les individus jeunes, on n'y voit qu'une sub- stance demi transparente, irrégulièrement granulée, avec six ou sept vésicules diaphanes. Plus tard, les œufs se montrent distinctement avec leur enveloppe; il est rare alors qu'on en voie plus de quatre, et encore ceux qui sont plus près de l'ori- fice externe sont déjà occupés par des fœtus reconnaissables : enfin, dans les individus les plus gros, on voit toujours , outre les œufs, des fœtus plus ou moins complètement développés , comme chez le Rotifère; on y distingue surtout les mandibules, le mouvement des cils. J'ai vu distinctement, dans ÏAlbertia , la vessie contractile reconnue par M. Ehrenberg chez tous les Rotateurs, mais je ne puis la prendre , comme lui , pour une vésicule séminale ou pour un organe d'éjaculation. Quelle probabilité trouverait-on, en effet, à ce que chez un animal n'ayant à pondre que huit ou dix œufs à peine dans tout le cours de sa vie, il y eiJt éjaculation aussi copieuse des milliers de fois? Rien n'est impossible à la nature assurément ; mais si elle ne se montre pas avare pour la voisin des Rotif ères. lyq variété des formes, elle l'est beaucoup au contraire pour les moyens qu'elle emploie. S'il fallait absolument donner une signification à tous les or- ganes des animaux qui offrent si peu d'analogie réelle avec ce que nous connaissons, j'aimerais mieux regarder celui-ci comme un organe respiratoire. Cependant XAlbertia présente en outre dans l'intérieur de sa cavité abdominale des organes particuliers ( fîg. I aa^ qui semblent propres à cette même fonction : y aurait-il connexion entre la vessie contractile et les organes vibratiles de l'intérieur, pour le renouvellement du liquide propre à la respiration ? C'est ce qu'on ne peut que conjecturer. Les organes intérieurs dont je veux parler («, a) sont quatre paires de filamens ondulatoires situées de chaque côté à des dis- tances égales , savoir , la première paire un peu en arrièie des sacs stomacaux postérieurs, la dernière en avant de la vessie contractile, et les deux moyennes également espacées entre celles-là. Ces filamens, épais de rfs mill. et longs de iVmill. envi- ron, sont agités d'un mouvement ondulatoire continuel , assez vif, et dirigé toujours dans le même sens (indiqué par les flèches sur la fig. 1 ) ; le plus souvent les deux paires postérieures ont leur mouvement dirigé d'arrière en avant, et les deux autres ont un mouvement inverse ; mais cette disposition n'est pas constante j chaque filament ondulatoire paraît retenu par un cordon droit de même longueur, qui est fixé parallèlement au tégument. J'ai trouvé pour la première fois Vyilbertiale 3i mars i838, dans le liquide obtenu par des incisions latérales faites à de petits Lombrics de mon jardin ; j'avais soin, en faisant ces in- cisions, de ne pas entamer l'intestin, de sorte que j'étais cer- tain d'avoir pris le parasite dans la cavité abdominale du Lom- bric. Je l'ai retrouvé ultérieurement de la même manière eu nombre assez considérable, et enfin vers la fin d'avril, je l'ai trouvé aussi très abondamment dans l'intestin même de la lA- max agrestis, qui vit dans le même lieu. Si l'on compare les caractères que je viens d'exposer à ceux des Rotateurs déjà connus et particnlièreincnt décrits par M. Khrcnbcrg, on reconnaîtra que VAlbertia constitue un type i8o F. DUJARniiv. — Nouveau fer parasite parfaitement distinct, i" à cause de sa forme allongée qui ne se voit que chez les Rotifères, lesquels ont nne queue appendicu- lée rétractile , et sont plus amincis aux deux extrémités quand ''.ils s'allongent, et surtout bien plus contractiles; a" par sa queue simple, en pointe conoïde, mousse, ce qui ne s'observe tout au plus que chez le Glenophora Ehr., si ditïérent d'ailleurs par sa forme courte et conique , tandis que tous les autres ont à la partie postérieure, ou une ventouse pour se fixer, ou des ap- pendices plus ou moins prononcés ; 3° par son appareil man- tlibulaire, analogue seulement à ceux des diglena, dont le corps, plus court, est entouré d'un tégument lâche, «plissé, et dont la queue est bifurquée ; 4° enfin par ses organes respiratoires in- térieurs, qui diffèrent totalement de ceux que M. Ehrenberg a décrits chez les notommala , megalotrocha y etc. On pourrait , je crois , poser ainsi les caractères génériques de KAlhertia : Animal vermiforme , contractile _, nuduin , mandihulatum , anticè sub-truncatum , cucullo frontali mox prominulo , ore- que ciliato mox expanso viunitum ,postice attenuatum, caudâ brevi, conica terminatum. Les caractères spécifiques seraient fournis par les appendices de l'estomac , par les mandibules et par la viviparité; tandis que les caractères généraux tirés de l'organisation lui seraient commun avec ceux d'une même famille. Voilà ce que mes premières observations m'ont fait connaître sur ce type curieux : on pourra bien me reprocher d'avoir laissé ma description incomplète en ne mentionnant pas même les testicules, les nerfs, les vaisseaux et fous les autres organes mi- nutieusement décrits par le savant micrographe de Berlin; je crois bien qu'on peut voir plus que je n'ai vu; j'espère même que mes recherches ultérieures me feront mieux distinguer ce que je n'ai fait qu'apercevoir; cependant je ne crois pas pouvoir parvenir à y découvrir les oiganes décrits par M. Ehrenberg, et que j'ai vainement cherchés, non-seulement dans cette es- pèce, mais même dans celte fameuse Hydatina qu'il a prise pour type. voisin des Rotijèies. i8c 11. Pour faire connaître la cause de mes doutes, je vais présen- ter une exposition rapide de nos connaissances réelles sur la classe des Rotateurs, après que j'aurai préalablement dit quel- ques mots du Tardigrade de Spallanzani. Cet animal microscopique, long de i/4 à 1/2 millim.,^ paraît avoir été vu d'abord en 1 767 par Eicbhorn ( 1 ) , qui lui donna le nom significatif^e ff^asserbdr {Onv?, d'eau). Dans ses mou- vemens, en effet, et surtout quand il se montre de profil, il rappelle assez bien l'idée d'un ours cjui se dresse sur ses pattes de derrière ou qui cherclie à grimper. Eicbliorn , qui l'avait trouvé dans une eau gardée long-temps avec des herbes, en donna une figure très imparfaite en représentant l'animal avec dix pieds au lieu de huit, et n'indiquant ni les intestins, ni les mandibules , etc. Corti, en 1774» qui le nomma Bî'ucolino, le trouva dans le sable des toits, et l'étudia particulièrement sous le rapport de sa résurrection après qu'il a été desséché avec le sable (2); c'est sous ce rapport aussi que Spallanzani (3) l'observa avec soin en 1776, en même temps que ses Rotifères , qu'il trouvait comme lui, nuiis bien plus communément, dans le sable des toits et des gouttières : il lui donna le nom de Tardigrade , à cause de sa démarche lourde et de ses mouvemens assez gauches. Mal- heureusement, il le représenta, on ne peut plus mal, dans ses planches, et n'indiqua aucunement son organisation. Sthrank, dans sa /Vzw/za ZJo/ca^ i8o4, décrivit le même ani- mal , qu'il avait bien vu, et le nomma Arctiscon (du mot grec Arctos f ours); mais ce nom fut entièrement oublié , jusqu'à ce que M. Nitzsch en i835, dans les Archives de Wiegnian(4), le ra|)pela en décrivant comme deux espèces le même animal qui en i833 et i834 venait de recevoir deux noms différens, savoir, (1; Bcylrage ziir iiatuigwcLiclitc der kleiiislen Wasseiiliierc , 1781 , \\\. vu. (a) Opère inicroicopiclic. (1) Opuscules de pliysique , traduits par Stiinebier; lonic II, p. (4) Wicgmanirs Anliiv fur Nalurgcscliidili'. i835 , p. 'i')'*. iSï F. DDJARDiJV. — Tardisrade. i3' le nom de Macrobiotus Hufelandii par M. Schullze de Griefs- wald ( 1 ), et celui de Tnonychium iardigradum par M. Ehrenberg. Les observations de JM. Schultze, communiquées à la réunion des naturalistes allemands à Breslau , furent particulièrement importantes, parce qu'elles mirent hors de doute la véracité des expériences de Spallanzani sur la résurrection des Roti- fères et des Tardigrades desséchés dans le sable : vérifiées par beaucoup d'autres naturalistes à cette époque, elles permirent de croire sans réserve que ces animaux peuvent éprouver du- rant plusieurs années une suspension de \§. vie, qui prolonge par le fait la durée de leur existence bien au-delà de ses limites naturelles. La description et la figure du Tardigrade ou Macro- biotus, données dans Xlsis par M. Schultze, furent les plus exactes qu'on eût encore eues; mais l'auteur se trompa sur la signification de plusieurs parties, et voulut peut-être trop considérer à priori son animal comme appartenant à la classe des Crustacés ; conséquemment, il le crut voir bien plus réelle- ment articulé qu'il n'est en effet : il prit pour une circulation du sang le refoulement des gra?iules contenus librement dans l'intérieur du corps, et mus irrégulièrement par suite des con- tractions. Il paraît s'être mépris sur ce qu'il nomme des œufs , ou du moins il n'a pas vu les œufs mûrs; et enfin , voulant in- terpréter l'appareil mandibulaire, il appelle œsophage la réu- nion antérieure des quatre tiges des mandibules et du support, et veut trouver trois paires de dents dans les articles de la base du support, au milieu de la masse charnue globuleuse du pha- rynx. La caractéristique du genre Macrobiotus, donnée par M. SchuUze, est la suivante : « Corpus elongatum, depresso cylin- « driium, in decem segmenta distinctum. Pedes octo, alternis cf segmentis à quarto ad decimum affixi. Caput antennis destitu- «tum, oculi duo». Ainsi, pour eu faire des Crustacés, on est forcé de reconnaître que ces animaux n'ont pas d'appendices articulés. M. Ehrenberg, qui de son côté crut reconnaître une très (i) Isis. 1834 , p. 70S. F. DUJARDiN. — Tardigrade. i83 grande affiiiilé entre eux et les Lernées , se méprit aussi sur plusieurs détails de leur organisation , notamment sur leurs ongles, qu'il dit être au nombre de trois à chaque pied, et d'où il a même tiré leur nom générique trionychiwn ; mais il avait, en général, mieux vu que M. Schultze : il signala l'analogie de leur canal intestinal avec celui des Rotateui'S , sauf, dit-il, l'ab- sence des deux glandes stomacales , et surtout il fit une obser- vation fort curieuse sur la ponte de leurs œufs, car il vil les Tariligrades se déiiouiller eux-mêmes de leur propre peau, qui reste comme une enveloppe ou un sac renfermant des œufs gros de i/36"'(i/i6 millim. ). Il m'est bien arrivé à moi-même de voir des peaux de Tardigrade ne contenant rien autre chose que des gros œufs, mais je n'ai pas vu ces animaux effectuer à-la-fois leur mue et leur ponte. C'est leur volume si considé- rable qui nj'a fait dire précédemment que M. Schultze n'a pas représenté les véritables œufs dans la planche de Ylsis. Le Tardigrade , par le volume de ses œufs, par la période si peu considérable de son développement, de i/io à 1/2 mill., et surtout par la simplicité de sou appareil digestif, en même temps que par son a|)pareil mandibulaire, m'a paru se rapproche) bien plus des Rotateurs que des Crustacés. D'un autre coté, ses ongles cornés, bi-mucronés ( pi. 2 , fig. 7) rappellent tout- à-fait les crochets de certaines Aiuielides. De sorte que, ;ulap- tant l'idée de M. Mdne Edwards, qui veut placer les Rotateurs dans une division générale des Vers avec les Annelides et les llelnnnthes, on verrait dans le Tardigrade le passage des Rota- teurs aux Annelides à n)andibules œsophagiennes et à celles à soies en crochet; tandis que \ALbevtia y que j'ai décrit plus haut, établirait le passage de cette même classe aux Helminthes par les INematoïdes dont il a presque la forme extérieure, et |)ar les Penlastomcs, dont les crochets, comme je le montrerai plus taid , ont tant tle rapport avec les mandibules de certains Rotateurs. C'est bien à tort que M. Schultze a représenté le Tardigrade comme articulé, car son enveloppe extérieure, irrégulièrement goîiflée , présente seulement des rides plus ou moins nou)- bieuses dans la flexion et la conliaction du corps. Les pied^ i84 F. DU JARDIN. — Tardwrade ô' eux-mêmes ne sont pas articulés : ce sont des tubercules saillans, formés par le prolongement de la peau , analogues tout au plus aux tubercules servant à la progression des larves de Syrpbe , et qui , comme on sait , ne sont nulle- ment des pieds. L'appareil mandibulaire, quoique différant beaucoup, au premier aspect, de celui des Rotateurs, n'est pas sans quelque analogie avec celui de certains Diglena et Notommata, chez lesquels les pointes tendent à former saillie au milieu de l'ouverture buccale. Les deux pièces latérales, avec leurs deux apophyses basilaires, auxquelles s'attache un cordon musculaire qui les rapproche, sont les mandibules proprement dites. Les pièces centrales constituent le support {Julcrum)^ qui, s'avançant et se reculant, détermine l'écartement et le rap- prochement des mandibules. La base de ce support, logée au milieu d'une masse musculaire globuleuse et radiée, présente deux séries de deux pièces articulées , correspondant à chacune des deux tiges. J'avoue que je n'ai pu me rendre raison de cette articulation, dont la mobilité est peu sensible; mais, à coup sûr, par cette dernière raison, ce ne sont pas des dents, comme le pense M.Schultze; non plus que la réunion des tiges, du support et des mandibules n'est un oesophage. Le mouvement relatif de chaque pièce est peu considérable; les mandibules s'écartent un peu en avançant leurs pointes quand leurs bases se rappro- chent, en tournant autour de l'axe commun du système, mais non comme les branches d'une paire de ciseaux. Le mouvement général de l'appareil est, au contraire, assez étendu; quand il s'avance tout entier, les mandibules se prolongent un peu et viennent aboutir à l'extrémité d'une sorte de trompe courte, percée d'un orifice rond très étroit ( pi. 2, fig. 5 ). Quand il se retire , les tégumens se retournent à l'intérieur comme un doigt de gant, et, au lieu d'une trompe, on a une large ouverture en entonnoir (pi. 2 , tig. 4); mais, alors, lamanducation ne s'effec- tue pas. C'est donc encore l'analogue du mouvement de la trompe et de l'armure œsophagienne de certains Annelides et Helminthes. Les deux points noirs qu'on aperçoit de chaque coté des man- dibules sont intérieurs et |)araisscnt sans organisation, ei même F. I>UJARDIN. — Tardigrade. i85 sans forme distincte. Ce sont desimpies taches, comme celles de la tête des Planaires, mais on a tout autant de motifs pour les regarder comme des yeux que les taches rouges des rotateurs. Plusieurs fois , j'ai vu une troisième tache médiane très peu mar- quée, près du bord antérieur. La substance charnue intérieure ne forme pas de fibres ou de faisceaux distincts, comme dans les articulés; bien loin de là, elle paraît molle, visqueuse ou de- mi liquide et reflue d'une extrémité à l'autre, quand l'animal se meut. Les granules contenus à l'intérieur se trouvant alors en- traînés dans un sens ou dans l'autre, ont présenté à M. Schultze l'apparence d'une circulation du sang. Une particularité que je n'ai pu m' expliquer, est offerte par certains individus de cette singulière espèce: tandis que les autres sont presque diaphanes et ne montrent à l'intérieur, entre l'intestin et la peau, qu'une substance transparente, ceux-ci sont remplis et comme farcis de globules granuleux (pi. 2, fig. 4) en nombre considérable, tous égaux ou à-peu-près, et de— millimètre environ: ils changent déplace dans l'intérieur, quandl'animal se contracte, et parais- sent n'avoir aucune connexion ni entre eux, ni avec les autres organes. Spallanzani les avait remarqués , sans les comprendre plus que moi. Ce ne peuvent être les œufs, que l'on connaît si volumineux et surtout si peu nombreux chez ces animaux. J'ai trouvé le Tardigrade , comme Eichhorn, dans des flacons où je conservais, depuis plus d'un an, des conferves et des len- tilles d'eau; je l'ai trouvé aussi très abondamment dans l'eau des petites mares de la forêt de Fontainebleau , avec les Brachions, les Floscularia, etc., entre les rameaux d'une mousse très déli- cate (Hypnum fluitans). 111. Si, maintenant, nous voulons jeter un coup-d'œil sur la classe qui contient ces animaux, et qu'à tort on a voulu nommer classe des rotatcms, nous devrons distinguer soigneusement les carac- tères expriiriaiit des i)arlicularitcs plus ou moins iloutcuses de i86 F, DCJARDiN. — Sjstolides OU Rotateurs. leur organisation, et les caractères reconnus de tous les obser» vateurs comme parfaitement avérés. • Ceux-ci sont ; i° de pouvoir se contracter brusquement et plusieurs reprises, de manièi'e à faire entièrement rentrer sous l'enveloppe de la partie moyenne du corps les extrémités, ou au moins l'extrémité antérieure (i); a** d'avoir toujours une en- veloppe résistante, souvent même cornée, et de ne point se dé- composer par diffluence, comme les infusoires; 3° d'avoir un ca- nal intestinal simple, droit ou presque droit, ce qu'on ne voit pas non plus chez les infusoires; 4° d'avoir un appareil mandi- bulaire mu par des muscles spéciaux et composé de pièces arti- culées cornées, analogues à celles de l'armure œsophagienne des annelides et aux crocheîs de certains Helminthes, et nulle- ment comparable aux baguettes cornées, rangées en manière de nasse autour de la bouche de certains infusoires;. 5° enfin, de se multiplier exclusivement par des œufs peu nombreux, et, proportionnellement, très volumineux, et jamais par division spontanée ou par gemmes, comme les infusoires et les polypes. On voit que ces caractères saftîsent, et au-delà, pour distin- guer ces animaux des infusoires, auxquels on a supposé, sans preuve, il est vrai, des œufs qui auraient moins du centième delà longueuv ^e l'animal adulte. Ces caractères se rencontrent dans XAlbertia el dans le ïardigrade; ils se rencontrent aussi dans tous les animaux rapportés par M. Ehrenberg à la classe des ro- tateurs, excepté dans son Chœtonotus (Trichodalarus, Mùller) qui n'a pas de tégument ni de mandibule, et peut-être dans son Ichthydiuniy que je n'ai pas vu, mais que je suppose île voir être également étranger à la classe en question. Ces caractères doi- vent suffire aussi pour fixer la place de ces animaux dans la sé- rie animale; et je me range volontiers, sur ce point, à l'opinion de M. Milne Edwards, qui croit devoir les placer, comnie jel'ai dit plus haut, avec les Helminthes et les Annelides, dans une di- vision des articulés, qui reprendrait le nom de Vers. (i) C'est la coutractilité si prononcée du ces auiniau.x (]iii détermina (>. F. Millier , à les re unir en partie avec les "Vorliccllcs qui possèdent aussi ce caractère, mais qui n'ont point da tout les mêmes organes digestifs ni les mêmes moyens de reproduction. F. DUJARDiN. — S jstolides OU Rotateurs. 187 Dans l'énumération de ces caractères, ne figure pas précisé- ment celui qui leur a valu le nom de rotateurs. C'est qu'en effet, il n'est pas, à notre avis, un caractère essentiel; il se montre avec plus ou moins d'importance dans des ordres et dans des famil- les, il est vrai, mais il disparaît entièrement dans d'autres, ou se modifie tellement qu'on ne peut plus l'y reconnaître. Ainsi, l'organe rotateur de X Albertia, auquel, assurément, on ne con- testera pas ses affinités avec les vrais rotateurs , cet organe est comme rudimentaire; il ne peut plus servir d'organe de locomo- tion ou de respiration comme chez d'autres; à peine peut-il ser- vir à l'adduction des alimens, puisque l'animal vit au milieu de sa nourriture et qu'il n'a pas besoin de la chercher dans une vas- te étendue de liquide, au moyen des tourbillons qu'il y produi- rait, à la manière des Megaloirocha, qui ne nagent pas. Cet or- gane rotateur, nous le voyons chez certains genres où il est très développé, nç jouer que le rôle d'un organe appendiculaire ou accessoire, et se déplier seulement dans certaines circon- stances assez rares : les rotifères , par exemple, ne voulurent le montrer à Spallanzani qu'après vingt-et-un jours d'observa- tion continuelle (1), et cependant cet habile observateur desirait ardemment voir cet organe précédemment décrit par Leeuwen- hoek et par Baker. Les Floscularia , qui ont bien réellememt des mandibules, ont au lieu d'organe rotateur, de longs cils qu'ils n'agitent jamais, et qui seraient plutôt un organe de tact que l'analogue des cils vibratiles des rotateurs, et le Chetonotus , s'il devait rester dans cette même classe, serait lui-même également privé de cet or- gane, car on ne pourrait nommer ainsi les cils vibratiles de sa face ventrale, qui ont bien plutôt le caractère des cils des Trichodes et îles I.eucophres. Ce n'est donc point de là que la classe aurait dii |)rendre sa dénomination ; ce devrait être plutôt delà faculté qu'ont ces animaux de se contracter brusquement en retirant leur extré- mité antérieure sous l'enveloppe résistante de la partie moyenne, (i)S|iallaiualii. ()|m!>r. |ili>i. lidil. T. II. |i. 217. i88 F. DUJARoiiv. — Systolides OU Rotateurs. ou du grand volume de leurs œufs et de la courte période de leur développement, ou encore de leur appareil mandibulaire, si cet appareil ne se voyait pas également chez des Annelides, et plus ou moins modifié chez des Helminthes: pour cette rai- son , je préférerais encore à la dénomination de rotateurs ou rotatoires [rotaioria) introduite par M. Ehrenberg, celle de Gnathostomes proposée précédemment comme exprimant le caractère plus essentiel de l'armure pharyngienne de ces ani- maux , si cette dénomination n'avait été appliquée récemment par M. Owen à un genre d'Helminthes Nematoïdes. Cependant, comme il importe qu'une classe aussi tranchée soit désignée par un nom qui ne renferme ni une contradiction , ni un contre- sens , je me réunis à M. Milne Edwards et M. Peltier pour pro- poser celui de Systolides. Cette dénomination , dérivée du mot grec cTuffToXrj, contraction y v?i\)}^e\\e bien les contractions brusques de l'animal tout entier et de ses parties externes ou internes, et en même temps elle est assez conforme aux dénominations d'A»nelides et d'Helminthides des autres classes de la division des Vers. Les caractères fondés sur des traits d'organisation douteux ou hypothétiques sont ceux qu'on a voulu prendre des organes des sens et du système nerveux, des systèmes circulatoire et respiratoire, et des organes génitaux mâles. Rien de plus douteux, en effet , que la signification attribuée aux points rouges de ces animaux: quoiqu'ils ne présentent au- cune trace d'organisation distincte, on les prend pour des yeux, par cette seule raison que les yeux des animaux plus élevés dans la série sont accompagnés d'un pigment coloré, et, ce principe admis, on veut trouver des yeux jusque chez les ani- maux les plus simples , partout où l'on voit un point rouge. Mais ces points colorés sont si variables par leur nombre et par leur position, ils ont si peu d'importance physiologique, que, bien loin de pouvoir servir à limiter des genres, ils ont conduit au contraire M. Ehrenberg à séparer des espèces très voisines , sinon identiques, par ce seul motif que les points rouges étaient ou n'étaient pas visibles: ainsi ses noteuSj par exenjple, sont des brachions aussitôt qu un point rouge se mauifeslr, connue F. nujARDiN. — Sj'stolides ou Rotateurs. 189 il est déjà arrivé au noteus BaJceri , et toutes ses Philodinées , à part ses Monolabis , qui sont un genre bien distinct, et peut- être son Calliclina et ses deux genres africains Hydrias et Tj- phlina , que de son propre aveu il n'a pu étudier suffisamment, toutes, dis-je, m'ont paru appartenir au même genre Rotifère, et la position des points rouges ou le développement plus ou moins complet de la cjueue , m'ont p^ru des différences pure- ment spécifiques , sinon accidentelles. Les muscles des animaux inférieurs ne m'ont point présenté de stries transverses au-delà des PentastoirifS , qui sont des En- tozoaires; je n'en ai jamais vu chez les Rotateurs, et M. Ehren- berg lui-même dit ne les avoir vus que chez une seule Diglena. On conçoit, d'après cela, combien il doit être facile de prendre pour des nerfs de simples cordons musculaires qui ne njontrent aucune organisation intérieure ; c'est, je crois, ce qui est arrivé pour les prétendus nerfs des Rotateurs. Quant au bulbe appelé un cerveau ou un ganglion optique, je ne sais ce que c'est; mais il me paraît impossible de dormer cette signification au gros bulbe dorsal sur lequel est fixé le point rouge de la Vorti- cella tremula de Miiller ( Sjnchœta Ehr.) Les organes génitaux mâles ont été interprétés par M.Ehren- berg d'une manière que je ne peux entièrement admettre; nous avons vu plus haut ( page 178) ce qu'on doit penser de la prétendue vessie contractile servant d'organe d'éjaculation , dont l'analogie est invoquée pour prouver la signification des vésicules contractiles des Infusoires proprement dits, tandis que, réciproquement, ceux-ci viennent à leur tour, suivant la logique de l'auteur, confirmer la vraie signification de l'organe des Rotateurs, Quant aux cordons charnus ou glanduleux que M. Ehrenberg nomme les testicules, il ne serait pas impossible qu'ils (lussent réellement avoir cette dénomination. Cependant l'auteur allemand convient lui-même qu'ils manquent chez plu- sieurs Rotateurs pourvus au contraire de la vessie contractile; et d'un autre côté, leur connexion avec les organes vibratiles pris pour des branchies intérieures, semble contredire celte si- gnification. Les organes respiratoires intérieurs découverts par M. Ehren- igo F. lUTJARDiN. — SystoUcles ou Rotateurs. berg, quoique différens par leur forme(i) de ceux que j'ai décrits chez XAlbertia^ nie paraissent bien en effet propres à la fonc- tion qu'on leur attribue; mais je ne puis croire que l'eau pé- nètre de l'extérieur à l'intérifur, pour la respiration, par le pro- longement nommé l'éperon chez les Rotifères, attendu qu'on ne peut jamais observer à son extrémité aucun mouvement d'entrée ou de sortie du liquidé. M. Ehrenberg, embarrassé de la signification de cet organe, l'avait d'abord , dans son second Mémoire (page [\o. i83'2) considéré comme \\\\ organe de gé- nération ayant, disait-il, « par sa position et sa forme, une grande analogie avec l'organe mâle des Mollusques»; et plus loin, il se résumait en disant : « Comme ces animaux se fécon- dent eux-mêmes, on pourrait aussi, en le considérant comme un organe générateur d'animaux hermaphrodites, l'appeler in- différemment clitoris ou pénis j). Aujourd'hui, ayant besoin d'expliquer l'arrivée de l'eau extérieure jusqu'aux branchies in- térieures, le même micrographe, comme je l'ai dit plus haut, veut donnera l'éperon cette destination; mais pour moi, il me paraît bien plus probable que c'est la vessie contractile qui rem- plit cet objet, et je me borne à dire que j'ignore entièrement à quoi peut servir l'éperon. Il me reste à faire un aveu dvi même genre relativement au système circulatoire des Sjstolides ou Rotateurs. J'ai bien vu les plis qui ont paru des vaisseaux longitudinaux transver- saux à M. Ehrenberg; je n'ai pas vu les prétendus réseaux vas- cidaires qu'il décrit tout autour de l'organe rotateur, le mouve- ment des cils m'en a empêché comme il en empêchera bien d'autres sans doute : et , à moins d'avoir vu le mouvement du li- quide dans ces vaisseaux, je ne comprends pas un système vas- culaire formé de canaux se coupant à angle droit , à de grandes distances, sur tout le corps, et venant. s'anastomoser indéfini- ment autour de l'organe rotateur seulement. J'aurais bien encore à émettre d'autres doutes sur différens (i) Ces organes, tels que je les ai vus dans divers systolides tels que VHfdatina^ VEnteroplea, etc., m'ont toujours paru consister essentiellement, en uu filament agité d'un mouvement ondu- latoire continuel. F. DU JARDIN, — Systolides ou Rotateurs. 191 pointsde l'organisation annoncée chez lesanimauxdecetteclasse; je (lirais notamment que Tinterprétation du mouvement des cils, qui décrivent des surfaces coniques ayant leur sommet à la base du cil , me paraît entièrement erronée , et qu'elle est con- tredite par la flexibilité de ces cils, par leur prompte décompo- sition après la mort , et par leur flexion évidente dans les inter- valles du repos, etc.; mais devant traiter ce sujet d'une ma- nière complète dans un ouvrage spécial, j'ai voulu montrer seulement ici pourquoi je n'avais pas indiqué chez \Albertia des organes qu'on dit avoir vus chez des animaux voisins. EXPLICATION DE LA PLANCHE 1. Fig. 1. Albertia tcrmicuf us jeune , ayant l'ovaire peu développé et ses organes ciliés rétrac- tés; aa. branchies intérieures , b. une branchie supposée, isolée et plus grossie; c. sacs gas- triques postérieurs; dg sacs gastriques antérieurs; r. appareil mandibulaire; q. anus. Fig. 2. Alhertia vermicidiis aJuIte avec des œufs o, o', o". o"\ à différens degrés de déve- loppement. Cette figure et la précédente sont grossies 3oo fois. Fig. 3. Mandibules de V Albertia et leur support grossi 6oo fois. Fig. 4. Tardigrade de Spallanzaui vu presque de face avec la bouche rétractée , et contenant des globules granuleux de nature inconnue (grossi 3oo fois). Fig. 5. Le même vu de profil, avec la bouche prolongée eu trompe courte et sans granules intérieurs (grossi 3oo fois). Fig. 6. Partie antérieure d'un tardigrade, ayant la bouche avancée (grossi 6oo fois). Fig. 7. Partie postérieure du tardigrade, grossie 600 fois. b CoMPTE-RKNDU dci actcs de la Société des Sciences naturelles de Baie , août i836 à juillet i838. (r) L'i partie zoologiquc et zootomique de ce compte rendu, contient les notices suivantes : I. M. iMnoFF, sur une monstruosilé du Cephalote vulgaris. Bon, Cara- bus cephaloleH. L. — Cet insecte monstrueux avait sept pattes; le membre an- térieur du côté droit était double. II. M.MiEâciiER présente quelques exemplaires de vers intest inaux,dcco\.ixcits (i) Extrait du Bcrlclit iiber die P^er/iand/ungen dtr natnrsforscheiiden Cesell scitaft in Basel 10m AiiguK i83G bis. Jiili. i838. III, IJaiel . i838. Communiqué par M Maudl. 192 Actes de la Société des Sciences naturelles de Baie. dans le cœcum et le rectum du cbeval. Ces Entozoaires se trouvent dans la sub- stance de la membrane muqueuse; loges dans des espèces de petits nids, qui appa- raissent à l'œil nu sous la forme de petites élévations, au milieu desquelles se voit un point noir; on ne peut guère les distinguer de autres glandes intestinales, mais considérés avec la loupe , on y découvre les petits Entozoaires. On ne peut pas enlever ces vers en lavant l'intestin, même après un certain temps de macération; il faut les extraire à l'aide d'une aiguille. Ils appartiennent à l'ordre des Néma~ toïdes ',\c\xr cor\>s est rond, distinctement anuelé, finissant en une queue beaucoup moins large que la partie antérieure. La .bouche est ronde et tronquée, et il en part un intestin noir ou rougc-noirâtre, qui s'étend le long du corps transparent, et qui finit à l'anus , un peu avant l'extrémité de la queue. La longueur de ces vers est de une à deux lignes et demie. Il n'y a pas de trace de l'appareil sexuel. D'après la description que nous venons de rapporter, M. Micscber conclut que ces yevs son\.\es Embryons du Srongylus armatus , qui se trouvent toujours en même temps dans les intestins. Il ne leur manqucrien de la formation propre à ce dernier, que la structure toute particulière des organes mâles; mais ceux-cj manquent tout-à- fait chez ces embryons. L'auteur puise encore un argument dans les circonstances suivantes : Il est connu qu'on trouve dans le cœcum du cheval deux variétés de Ston- gylus armatus , une qui est plus petite, et une autre plus grande, Rudolphi u'a pas décidé s'il faut en faire deux espèces différentes ou deux variétés. Les uns ont une longueur de 4 à 6 lignes, et sont d'une couleur jaune-blanche; les autres sont rouges, et longs d'un à deux pouces. Les petits sont les plus nom- breux; mais leur appareil sexuel est parfaitement achevé, et on trouve dans leurs ovaires des œufs parfaits. M. Miescher rejette donc l'idée que la grande variété de Srongle ne serait que des individus plus âgés qne la petite variété; au con- traire, il 3. trouvé parmi ces embryons aussi deux espèces correspondantes. L'es- pèce de petits vers ou embryons, que nous avons décrit, correspond à la petite variété qui est aussi la plus nombreuse. Mais l'auteur ditavoir trouvé une fois ,dans la membrane muqueuse d'un cheval, une espèce de vésicule, contenant un ver enroulé, d'un rougefoncé^ et d'une longueur de 4 lignes et demie, qui ne présentait non plus aucune trace des organes sexuels et il croit que c'est un embryon de la grande variété du Srongylus armatus. Il y aurait donc de cette manière une véritable éclosion des œufs des Entozoaires dans les intestins. III. M. Hagenbach fait une communication sur la structure particulière du cerveau d'un singe du genre Cercopithecus. Il a trouvé le cercle de Willis double. L'organe de l'ou'iese rapproche beaucoup de celui de l'homme ; mais ily a quelque différence dans le trajet des nerfs. MILNE EDWAKDs. — Circulation daus Ics Annelidcn. iq3 Receiehches poMr servir à t histoire de la circulation du sang chez les annelides. Par M. H. Milne Edwards. (Lues à rAcadémic des Sciences le Zo octobre iSS/.) § 1. Les grandes fonctions de l'organisme n'offrent en général que des modifications légères loisqu'on les étudie dans une famille naturelle, et que cette famille occupe un rang élevé dans la série zoologique. Alors, il suffit ordinairement d'un seul exemple pour donner une idée exacte du mode de struc- ture et du jeu d'un appareil dans toute une classe d'animaux; mais lorsqu'on poursuit des recherches analogues dans les de- grés inférieurs de l'échelle animale, on est loin de rencontrer une fixité pareille. Là , on voit ces mécanismes compliqués dis- paraître peu-à-peu , et , en perdant de leur importance, ils pré- sentent souvent des variations considérables sans que ces changemens entraînent d'autres différences dans le plan géné- ral de l'organisation, ou coïncident avec les limites des grandes ilivisions naturelles du règne animal. Il en résulte que dans les classes inférieures, l'anatomiste a besoin de midtiplier davan- tage ses investigations, et ne peut établir des règles générales que sur une masse de faits bien plus considérable. La respiration , par exemple, chez les animaux vertébrés, est une des fonctions dominatrices de l'organisation, et se pré- sente avec les mêmes caractères essentiels dans toutes les es- pèces dont chacune des grandes divisions de cet embranche- ment se compose; mais chez les Mollusques , les Arachnides, les Crustacés et les autres animaux inférieurs, elle offre sou- vent, dans un même groupe naturel, des variations extrêmes, et on l'y voit devenir tour-àtour l'apanage d'organes qui , X. Zool. — Octobre. l3 1^4 iHLNE EDWARDS. — Circulation dans les jénnelides. avec des modes de structure bien différens, se suppléent entre eux saus que leur changement paraisse coïncider nécessaire- ment avec d'autres modifications dans l'économie intérieure de ces êtres. La série naturelle, formée par les vers (i), est une de celles dans lesquelles on doit s'attendre à rencontrer le plus de di- versité dans le mode de conformation et dans le mécanisme de plusieurs des grands appareils physiologiques. On y voit deux fonctions de premier ordre, la l'espiration et la circulation, présenter une dégradation rapide, et cesser enfin d'être dis- tinctes, bien que leur rôle ait été d'abord d'une haute impor- tance. L'étude de ces fonctions, soit chez les Annélides, soit chez les Helminthes, promettait donc au zoologiste des faits variés et intéressans; aussi , quoiqu'elle ait déjà fixé l'attention de plusieurs observateurs, ai-je désiré m'en occuper à mon tour et dans la vue de faire de nouvelles recherches sur l'ana- tomie et la physiologie des Annelides, j'ai visité cette année divers points de nos côtes où ces animaux abondent. C'est principalement à Roscoff que j'ai eu l'occasion d'exami- ner un grand nombre de vers marins , et si je signale cette circonstance, c'est afin de pouvoir, sans plus de retard, expri- mer publiquement toute ma reconnaissance envers un des membres de cette académie, M. Beautemps Beaupré, qui, oc- cupé du relevé hydrographique du voisinage de ce port, a puissamment contribué aux succès de mes recherches, en me fournissant des moyens d'exploration sans lesquels je n'aurais pu que difficilement me procurer tous les animaux dont je voulais examiner la structure intérieure. § 2. Cuvier, comme chacun le sait , fut le premier à former des Annelides une classe distincte. Frappé de la couleur si remar- (i) C'est à dessein que je me sers de ce mot, qui est abandonné par la plupart des zoolo- gistes classiCcaleurs. En effet , je pense que c'est avec raison que M. de Blainville rapporte les Helminthes à la série des animaux articulés , et je crois qu'il faudrait diviser cetembrancliemeiit en deux grouj)es principaux, comprenant l'un les Arliculés à pieds articulés , et l'autre les An- nelides , les Helminthes , les Rotateurs , etc. , série à laquelle on pourrait conserver le nowi I vnlaairc de vers. MiLME EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. igS quable du liquide nourricier, chez ces animaux , il les désigna d'abord sous le nom di^ vers a sang rouge y et Lamarck, tout en substituant à cette dénomination le nom ^Annelides, géné- ralement adopté aujourd'hui , sembla aussi attribuer à l'existence de ce sang rouge ime grande importance (i). Ce caractère éloigne en effet les Annelides des Mollusques, des Insectes, des Crustacés, des Vers Intestinaux et de tous les autres animaux inférieurs, pour les rapprocher des animaux vertébrés, et ce fut probablement pour cette raison seulement que ces deux naturalistes placèrent ces êtres, dont toutes les facultés sont si bornées , plus haut dans la série zoologique que les Crustacés et même que les Arachnides dont la structure présente une perfec- tion bien plus grande et les facultés un développement corres- pondant. M. de Blainville ne partage pas cette manière de voir, et, dans lin article du dictionnaire des Sciences naturelles, il cita comme une exception à la règle générale, relative à la couleur du sang chez les Annelides, une des espèces les plus grosses de nos mers, l'Aphrodite hérissée (2). Pallas, à qui l'on doit tant d'excellentes observations sur les animaux inférieurs, avait, en effet, déjà noté que les vaisseaux de cette Aphrodite étaient remplis d'un liquide qu'il désigne sous le nom de lymphe (3), tandis qu'en décrivant plusieurs antres espèces, il avait mentionné l'existence de sang rouge. Néanmoins, l'anomalie, (i) D'après le passage suivant , on doit croire que Lamarck considérait l'existence de sang rouge conione le caractère essentiel de la classe des Annelides et aurait à priori exclu de ce groupe les animaux vermiforines chez lesquels on pourrait par la suite constater son ahseuci'. •• Ce qui a effectivement paru très singulier, ce fut de trouver que les Annelides, quoiqui; - moins pe(;fectionnés en organisation que les Mollusques avaient cependant le sang véritahle- •• ment rouge , tandis que celui des Mollusques , des Crustacés, etc., n'a pas encore celte cou^ " leur qui dépend de son état et de sa composition , et qui est celle du sang de tous les animaux « vertébrés. On sent bien que , parmi les animaux que nous rap|iorlons à noire classe des - Annelides ceux qui se trouveraient n'avoir pas dans leur organisation le caractère classique , •■ n'infirment point ce caractère et ne sont placés ici qu'eu attendant que leur organisation .M)il " mieux connue. » (Animaux sans vertèbres , I. v, p. a7().) (») Article ycrs du Dictionnaire des Sciences naturelles, I. lvii, p. 409. (3) « Sectis in dorso longitudinaliter tegumeuti'^, octunil vanuluiii lympba .s.Tpc tuvbidnia - plénum ,clc. •• (Miscellanrazoologira , p. 89.) 1,1. iq6 M UNE mwAiiDS. — Circulation dans les Atinelides. signalée par M. de Blain ville, ne fut accueillie qu'avec doute par d'autres savans qui faisaient également autorité dans la science, et notamment par M. Cuvier qui croyait se rappeler avoir observe le contraire dans une espèce voisine (i). Depuis lors on a cousl.ilé l'existence d'un liquide nourricier incolore chez quelques Sangsues, maison n'a pas fait, à ma connaissance, de nouvelles recherches sur ce sujet chez les Annelides Ché- topodes, et une des premières questions que je m'étais pro- posé de résoudre, en étudiant la circulation i\\\ sang dans ces arjimaux, était celle delà constance ou des variations dans la couleur de ce liquide. § 3. Chez les Eunices (-2), les Euphrosines, les Néréides , les Nephtys, les Glycères , les OEnones , les Arénicoles, les Her- melles, les Térébelles, les Serpules, etc., j'ai toujours trouvé le sang de couleur rouge comme chez les Lombrics et les Sang- sues. Mais, du reste, examiné au microscope, ce liquide ne m'a pas semblé différer du sang des autres animaux sans vertèbres. Les globules qu'on y voit nager n'ont pas du tout l'aspect de ceux propres au sang des animaux vertébrés : ce sont des cor- puscules circulaires dont la surface a une apparence framboi- sée, et dont hs dimensions varient extrêmement chez un même animal. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer à l'état frais le sang de l'Aphrodite hérissée; mais d m'a été facile de constater que dans un démembrement du genre dont cet Annelide fait par- tie, dans les Polynoés, le sang n'est pas rouge comme le pen- sait Cuvier, mais seulement un peu jaunâtre. Dans le genre Si- (i) Voici comment M. Cuvier s'exprime à ce sujet dans la dernière édition de son Règne animal, publiée en i83o: « Les Annelides sont les seuls animaux sans vertèbres qui aient le « sang rouge »; (note) « On a dit que les Aphrodites n'ont pas le sang ronge: je crois avoir observé le contraire dans YÀpkrodita sqtiamata. » (Op. cit. t. m ,p. i86. ) (3) Cette couleur rouge du sang des Eunices est sensiblement la même dans tout le système vasculaire , et je ne puis m'expliquer comment M. Délie Chiaje a été conduit à penser cp-ie , chez un Annelide de la même famille appartenant au genre Diopatra, ce liquide est rouge dans une portion du cercle circulatoire, et vert dans l'autre. (Voyez Memorie sulla storia e notom'a degli animait senta vertèbre del regno luul très court , pendant lequel il est étendu eu tous sens et 2o4 MiLME EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. D'un autre côté il est aussi des Annelides qui, tout en étant pourvus d'appendices branchiaux, bien développés, ne pré- sentent rien de semblable dans le jeu de ces organes, et il est à remarquer que la similitude dans la cause motrice du sang artériel chez les uns, et sa diversité chez les autres, n'entraîne ni pour les premiers ni pour les derniers quelque mode d'or- ganisation particulier et constant du système circulatoire. Ainsi, \\x\ des Annelides, qui, par le mode général de dis- tribution des vaisseaux sanguins, se rapproche le plus des Té- rébelles, est précisément un de ceux chez lesquels les bran- chies ne se contractent pas, et ne remplissent par conséquent aucun rôle actif dans le mécanisme de la circulation. On pourra juger de cette ressemblance par les détails suivans : ^'].\^d^\%\ Eunicesanguine{\), ww^àç^i espèces les plus grandes et les plus communes de nos côtes, on trouve, comme chtz les Térébelles, un vaisseau dorsal (2), gros et court, qui repose sur la portion pharyngienne du tube digestif, sans y adhérer, et qui, par son extrémité postérieure, connuunique également avec un anneau vasculaire dont la portion stomacale de ce même tube est entourée à son origine. Cet anneau est moins gros que chez les Térébelles, et ne se continue inférieurement cju'avec des branches veineuses, peu considérables, mais en dessus il communique avec deux vaisseaux sanguins, qui, accolés l'un à l'autre, longent la face supérieure <\\\ canal di- gestif et correspondent évidemment au vaisseau unique que nous avons vu occuper la même place chez les Térébelles. « d'une belle couleur rouge ; l'instant d'après, il s'affaisse sur lui-même , toutes ses branches se • ploient : il pâlit et devient tout-à-fait gris. Ces deux états alternent aussi l'un avec l'autre , tant » que l'animal est en bonne santé, et sont causés par le sang qui se porte dans les branchies, " pour y respirer, c'est-à-dire pour y subir l'action de l'élément ambiant et qui retourne en- • suite dans l'intérieur du corps. > (Art. Arénicole du Dictionnaire des Sciences naturelles , t XI, p. 474.) (i) Nereis sanguinea MentagQ. Ti-ans. otthe Linn. Soc. I. xi, p. a6; Leodice opalina Savî- gny, Système des Annelides. p. 5 1 , Eunice sanguinea Audouio et Edwards, littoral de la France, . t. II, p. 147. (a) Planche 1 1 , fig. a /' MiLNK EDWARDS. — Circulation dans les Annclides. ao5 Dans son trajet , vers la tète , le vaisseau dorsal unique qui fait suite à ces deux veines dorso-intestinales, et qui repose, comme nous l'avons déjà dit, sur le pharynx, reçoit plusieurs branches venant les unes des parois du tube digestif, sitiié au- dessous, les autres des muscles et des tégumens de la portion voisine du dos. Ces dernières branches communiquent avec un vaisseau cutané médio-dorsal, très grêle, qui règne dans toute la longueur du corps, et fournit dans chaque anneau plusieurs ramuscules sous-cutaués(i). Enfin, par son extrémité antérieure, le vaisseau dorsal envoie divers branches à la tète, et d'autres rameaux qui se portent en dehors comme chez les Térébelles, mais qui, au lieu de se rendre aux branchies, remontent en arrière et vont se distribuer au pharynx où leurs divisions s'a- nastomosent avec celle du vaisseau ventral. Ce dernier tronc (2) suit le même trajet que chez les Térébelles, et donne également naissance, dans chaque anneau du corps, à une paire de branches latérales. Mais la conformation de ces branches est différente ainsi que leurs usages. Aussitôt après sa naissance, chacune d'elles se renfle beaucoup et se re* courbe brusquement sur elle-même, de façon à ressembler, lorsqu'on l'examine superficiellement, à une vésicule ovalaire; disposition qui a probablement induit en erreur M. Délie Chiaje,quand il a annoncé l'existence d'ampoules ou poches ar- rondies, situées sur le trajet des branches latérales du vaisseau dorsal de l'Eunice gigantesque (^3). Ces vaisseaux transversaux (1) PI. Il , fig. 2 X. (0) PI. Il , Cg. a g. (3) La description que M. Délie Chiaje a donné de l'appareil circulatoire desEiiniccs ne s'ac- corde pas mieux avec ce que j'ai observé sur la nature, que ce qu'il dit des vaisseaux des Tcrc- helles , et le défaut de figures claires et bien significatives à l'appui de son texte , rend même la comparaison difficile entre ses observations et les miennes. Je me garderai bien de taxer cette descriplion d'inexactitude; car il se pourrait qu'il existât des variations dans la conformation de l'appareil circulatoire d'une espèce à une autre espèce du même genre; mais cela me paraît |)eu probable. Pour faire mieux ressortir ce désaccord, je rapporterai ici textuellement le pas- sage dans lei|UL-l le savant anatomisic de Naples expose les résuliats de ses recherches à ce sujet. Hn faisant l'histoire de l'espère de Diopatre, qu'il désigne sous le nom de Kereis ciiprea, il dit: • Dell" anello vasculoso , che circonda il buibo esofageo, escono délia parle superiore e latérale • due artcrir, altrettante delln quale inferiormente siluate abbiacciano il succeunato buIbo mus- 2o6 milné EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. se portentensuite en dehors, fournissent une branche ascendante au tube digestif, gagnent la base des pieds, y donne naissance à plusieurs petites branches anastomotiques dont la réunion constitue un lacis vasculaire, et a des ramuscules destinés aux muscles et aux tégumens voisins; enfin pénètrent dans les fila- mens branchiaux correspondans et s'y terminent. Le sang qui • euloso. Altesochè in giù ha origine eziandio l'aorta , la quale , menlre vercorre tutta la média m e siiperiore porzione del corpo , giungeudo fiuo ail' ano , ha sulle prime circolare ed equale dia- « melro , ofl'rendo par ogni arlicolazione a dritia e sinistra un canalelto fornito di uua vesica « rotonda. Indi s'impicolerche , presentando in correspondenza di cadena arlicolazione non ■ solo un' ampliazioue quasi fusiforme ma benanche a drilta et sinistra un caneliuo , oui ter- • raina una consitnile vesica piccola e presso a poco reiforme. Dallo stesso anello vasculoso « esofagéo nasce per ogni la to inferiore del corpo , l'arteria polmonare o meglio branchiale , lo « quale in ciascheduna divisione articolala esternaniente distribuisce due vasi abbastanza grandi, « che in unione délia vena branchiale forpaano una triplice spira vasculosa, délia quale e for- « mata ogni branchia : le cui pinne derivano délia secondaria e costante diramazione délie « menziouate arterie, d'onde nel princ'pio del loro corso allri rauioscelli esilissimi derivano « pe'muscoli abdominali e pel canale degli alimenti ; coslituendo infinité anastomosi colle laterali « e soltilissime ramiûcazione dell' aorto. Le sopradet/a arterie branchial! , nel lato interno o ■ sia nella faccia con cui sono in relazione colla vena cava o branchiale , offrono una corta e «« regulare ramificazione di arteriucce a guisa di pettire. Ben inteso perô ch' esse tanio nel coUo « di suffatta Néréide , che nel termine délia Gliera de' pennacchi , si vanno a destribuire in cias- ■ cun pacchetto seteloso : ed in detia correspondenza si oscerva pure la restrizione del diametvo « e la interrotla ampliazione dell' aorta, la piccolezza e déversa forma délie vescichette , che « adempiono ail' ofûcio di cuore. In modo ad un di presso aualogo facevasi la disiribuzione délie « arterie nell' Eunice gigantea , essendone soltante le vesciche più grandi ed ovali-allungala, non « che l'arteria branchiale è unica e da un solo lato pinuato. • Lungo la parte superiore e mediana del corpo é situata la vena cava , la quale dalla testa « fino air ano caccia a' lati le vene per le branchie cd ha le arterie branchiali e la filiera de'gan. « gli,cbe insoltopartono del cervello.Essa nelle pertinenze délia testa si anastomizza colle vene « venlrali , il cui sangue è verde chiaao , ed in correspondenza di ogni arlicolazione à dritta ■< e sinistra esternamente caccia la vene branchiale, che pria di arrivare ad ogni pennac- « cio , inferiormente manda una vena al corrispondente cirro j ed indi in unione délia due » arterie branchiali , come sopra si è detto , descrive la spira , da cui fa uscire de' ramoscelli « venosi, rendendonsi ragione del colorito rosso e verde délie branchie. Per sopra il canali de'cibi " si osservano non solo mollissime ramificazioni venose piene di sangue rosso-fosco , ma benan- « che due canali primari , da' quali esse prendono origine. » ( Memorie sulla storia e notomia degli animali tenza vertèbre delregno di Napoli , t. ii, p. Î96.) Les observations de M. de Blainville , faites sur la Néréide géante , s'accordent , à plusieurs égards, bien mieux avec ce que j'ai vu dans la Néréide sanguine. «On peut considérer comme • appartenant au système veineux , dit cet auteur, un seul gros vaisseau , un peu flexueux,sans " renflemens ou dilatations, et qui occupe la ligne médio-ventrale audessus du système nerveux. « Il est le résultat sans doute des rameaux qui lui viennent transversalement de chaque côté de « chaque anneau , dans toute la longueur du corps , si ce n'est en avant , où il reçoit trois grosses « branches, une médiane qui se place au-dessous de la masse buccale et qui est réellement la MiLNE EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. 207 a subi rinfluence de l'oxigène, à travers la surface de ces appen- dices dermoides , est reçu dans d'autres canaux transversaux qui se dirigent vers le tube digestif en suivant les cloisons interan- nulaires , et débouchent dans le vaisseau situé de chaque côté de la ligne médiane sur la face dorsale de cet organe. Les vaisseaux sanguins, considérés d'une manière absolue, se distribuent donc à-peu-près de la même manière chez les Eu- nices et les Térébelles , mais , si on les considère dans leurs fonc- tions et dans leurs rapports avec l'appareil respiratoire, on y voit, dans ces deux genres, des différences très grandes. Dans les Eunices, le cours du sang n'est pas déterminé par les con- tractions des branchies, ni même du vaisseau dorsal, dont l'ac- tion perd presque toute son importance; mais parles battemens de bulbes contractiles formés par la dilatation de la base de cha- cune des branches transversales du vaisseau ventral. Ces bulbes, au nombre de deux dans chacun des anneaux du corps, excepté les six ou sept premiers, envoient le sang aux branchies en même temps qu'à l'intestin, aux muscles, à la peau, etc., et, par conséquent, sous le rapport physiologique, ils représentent autant de coeurs. On en compte quelquefois plusieurs centaines, et cette multiplicité des organes moteurs du sang, indépendans les uns des autres, est probablement une des circonstances qui donnent aux tronçons du corps de ces annelides la faculté de vivre pendant fort long-temps après avoir été séparés du reste de l'animal. Il est également à noter que la portion du cercle circulatoire qui, chez les Térébelles, contient du sang artériel renferme, chez les Eunices, du sang veineux, et vice-versa. Enfin, on a pu remarquer que le vaisseau intestinal supérieur des Térébelles est représenté chez les Eunices par deux vaisseaux longitudinaux, <• coDiinuation du tronc, et deux latérales, une de chaque coté, beaucoup plus fortes et qui ' ■ ramènent le sang par des branches irrégulières de la masse buccale elle-même, de ses muscles • et de la peau des premiers anneaux : c'est ce que nous avons vu très bien dans lu Néréide " géante. » (Art. Vers du Dictionnaire des Sciences naturelles , t. i,vii , p. 4o5.) La descri|)tion que M. Délie Chiaje donne des vaisseaux fanguins de sa Nereis piç-lhfriopera , espèce apiiaricnant au genre Lysidicé, ne diffère pas notablement de ce qu'il avait déjà dit de In A', ciiprea { Memorif , t, m , p. i65. ) 208 MiLNE EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. situes de chaque côté de la ligne médiane du dos et accolés l'un à l'autre. § 8. Dans les Hermelles , la centralisation des grands canaux vasculairesest encore plus incomplète que chez lesEunices; car, chez cet annelide, il existe non-seulement deux vaisseaux in- testinaux supérieurs comme chez ces derniers, et ces vaisseaux sont très écartés l'un de l'autre; mais encore on rencontre une disjonction analogue dans le vaisseau ventral, qui est impair et médian dans le quart antérieur du corps et dans sa moitié \)os- térieure, mais se compose dans sa partie moyenne de deux troncs parallèles très écartés l'un de I autre, (i) Ces annelides portent de chaque côté de la bouche un paquet de barbillons filiformes que l'on s'accorde généralement à consi- dérer comme étant les branchies (2) , mais, en examinant avec soin un grand nombre d'individus à l'état vivant, je me suis as- suré que ces appendices ne peuvent être le siège de la respira- tion, car la quantité de sang qu'ils reçoivent est extrêmement petite. Les véritables branchies des Hermelles sont des lanières dermoïdes fixées à la base des pieds , tout le long du dos, et dé- signées par les auteurs sous le nom de cirrhes. Pendant la vie de l'animal, ces organes sont tellement gorgés de sang que leur couleur est d'un rouge intense, et ils communiquent avec les vaisseaux longitudinaux de la face dorsale et de la face ventrale du tube digestif par des canaux transverses assez gros et flexueux, qui ont une disposition très analogue à ce que nous avons vu chez les Eunices, et remplissent les mêmes fonctions, mais ne présentent pas de renflement en forme de bulbe comme chez ces derniers; aussi , sont-ce les vaisseaux longitudinaux qui, par leurs contractions , impriment au sang son mouvement cir- culatoire. * Sous le rapport des organes de la respiration, les Hermelles ressemblent donc beaucoup plus aux Eunices qu'aux Térébelles, (i) PI. ii.fig. 3. (a) Savigny, Système des Annelides , p. 82. — Lamarck , Hietoire des animaux sans verfèères, t. V, p. 35o. — Blainville , Dictionnaire des Sciences naturelles , t. xtvi , p. 485. MiLWE EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. 2 or) ef , si l'on persistait à classer les Annelides d'îtprès la considéra- tion (le leur appareil branchial seulement, il faudrait ranger les premières parmi les Dorsibranches plutôt que parmi les Cépha- lobranches; marche qui nous paraîtrait tour-à-fait en désaccord avec les affinités naturelles de ces êtres. L'erreur dans laquelle on est resté jusqu'ici relativement au siège de la respiration chez les Hermelles est une nouvelle preuve de la nécessité de l'étude des fonctions de l'économie sur le vivant, et des méprises aux- quelles on s'expose lorsqu'on se contente de l'examen anatomi- que d'individus conservés dans nos musées à l'aide de l'alcool» Certes on ne pourra citer de naturaliste plus sévère dans ses investigations que ne le fut M. Savign}» ; à mesure que j'ai occa- sion de revoir sur la nature ce qu'il a décrit et si bien représenté dans ses planches, j'admire de plus en plus son exactitudeet son habileté; cependant l'erreur queje vietis de signaler n'est pas la seule qu'il ait conniise dans la détermination des organes res- piratoires des Annelides, et toujours ces méprises s'expliquent facilement par les altérations que les animaux soimiis à son examen, loin des bords de la mer, ont dû éprouver par l'action même des agens employés pour en assurer la conservation. %^.\^^% Néréides (1) présentent une n)odification de l'appareil circulatoire tout opposée à celle que nous avons fait remarquer chez les Hermelles. La duplicité du système vasculaire n'est com- (i) On doit à M. de Blainville les notions suivantes sur la circulation de ces animaux: " La « circulation des Néréides parait être extrêmeuient simple. De toutes les parties du corps sans a doute , mais surtout de: parties de l'enveloppe modifiées pour la respiration, naissent les vei- « nules qui se terminent simplement dans un gros vaisseau médian et ioiérieur, situé sous le « canal intestinal au-dessus du système nerveux. Celle veine se porte longitudiualement depuis a l'extrémité postérieure du corps jusqu'à quelque dislance de la tête où elle reçoit les rainifica- « lions qui en proviennent, et elle remonte ensuite par plusieurs b^nches , qui , des côtés du a corps, vont aboutir à un seul tronc artériel flexueux, faisant l'office de cœur et d'aorte, et a placé dans toute la longueur de la ligne dorsale, creusé uiéine dans les parois de l'intestin. Ce « vaisseau fournit à droite et à gauche , à mesure qu'il se porte de la tète à la queue des branches n pour chaque anneau et pour chaque appendice. Ce que je viens de dire du système circula— « toire des Néréides est tiré de v que j'ai vu dans la Néréide pélagi(|iie, mais ce n'est que par a analogie queje place la veine eu dessous et l'artère en dt^ssus ; car les paiois de celle-là sont « évidemment plus épaissci que les parois de celle-ci. » ( Art. NéréiJe du Dictionnaire des Science» naturelles, t. XXXIV, p. 421 . ) • , X. Zooi.. — Oolohre. «4 îio iMiLNE EDWARDS. — Cii'culaliun (Iciris les Anneliclcs. plète dans aucune partie du corps , mais la centralisation en est portée moins loin cjue chez les Térébelles, car non-setilement le vaisseau dorsal est partout unique, il présente aussi la même conformation et les mêmes propriétés sur toute la longueur du corps. Ce tronc vasculaire (f) occupe la ligne médiane du dos et ad- hère à la couche musculaire sous-cutanée , plus intimement qu'au tube digestif situé au-dessous. Il est de grosseur médiocre et se contracte irrégulièrement, d'arrière en avant de manière à pousser le sang par ondées de la partie postérieure du corps vers la tête, mais il ne présente nulle part de renflement bien sen- sible. Dans chacun des segmens du corps qui suivent le neu- vième anneau, ce vaisseau dorsal communique avec une paire de canaiix vasculaires transverses, qui se ramifient dans la base des pieds correspondans, et avec deux branches impaires qui descendent verticalement sur la ligne médiane de l'intestin, et contribuent à former le réseau sanguin dont les parois de ce tube sont couvertes. Parvenu près de la tête, il donne naissance à deux paires de vaisseaux transverses qui , après un trajet flexueux, vont déboucher directement dans le tronc ventral; puis on en voit partir deux autres branches latérales qui se ren- dent dans un plexus vasculaire extrêmement serré, appartenant à deux grandes poches membraneuses (2) placées sur les côtés du pharynx. Le vaisseau dorsal pénètre ensuite dans la tête, et s'y divise en plusieurs branches, dont les unes vont aux antennes ou aux parties voisines et les autres s'anastomosent avec i\e\w vaisseaux longitudinaux accolés aux côtés du pharynx. Ces der niers vaisseaux se dirigent en arrière et se terminent bientôt dans une paire d'organes membraneux semblables à ceux dont nous venons de parler, et y forment un réseau anastomotique tellement riche ^l'au premier abord je les ai pris pour des poches transparentes imparfaitement rempUes desang. Ces deux tlernierssacs membraneux (3) sont unis entre eux par une petite (i) PI. lî, Gg. t i. (a) Pi, 13 ,fig. I o. (3) PI. lî.fig. t/». MILNE EDWARDS. — Circulation dans les y^nnelides. 2i i bande transversale également pourvue d'une multitude de ca- pillaires, et par leur extrémité postérieure, ils donnent naissance ainsi que les poches vasculaires de la première paire, à des vais- seaux récurrens, qui, après un court trajet, vont déboucher dans le vaisseau ventral. La disposition de ce dernier vaisseau est essentiellement la même que chez la Térébelle nébuleuse. Au niveau de chaque anneau du corps, il donne naissance à droite et à gauche à une branche transversale qui se recourbe sur elle-même et se divise bientôt en deux rameaux dont l'un gagne le tube digestif et y forme avec les divisions des branches du vaisseau dorsal un lacis vasculaire très serré, et dont l'autre pénètre dans le pied cor- respondant, après avoir donné naissance à phisieursramuscules anastomotiques réunis en touffe sur les parois latérales de la ca- vité abdominale. Cette branche inférieure des vaisseaux ven- traux transverses remplit les fonctions d'utie artère pulmonaire mais n'envoie presque pasde sang auxmamelons terminaux des rames sétilères, désignées par M. Savigny soas le nom de bran- chies et se distribue presque entièrement à la portion de la peau qui entoure la base du pied (i) et qui présente un réseau capil- laire superficiel, dans lequel la respiration doit certainement avoir son siège principal. C'est aussi de ce réseau vasculaire que naissent les vaisseaux que nous avons déjà vus se rendre des pieds au tronc médian du dos. § lo. Dans les Nephtys , la disposition générale die l'appareil circulatoire est essentiellement la même que chez les Néréides, si ce n'estqu'à la base du pharynx le vaisseau dorsal présente wn petit bulbe et devient ensuite très grêle (2) ; qu'il n'existe rien d'analogue aux poches vasculaires situées, chez ces dernières , de chaque côté du pharynx, et qu'on distingue de chaque côté du cordon ganglionaire ini petit vaisseau longitudinal (3) qui, dans les Annelides dont nous avons déjà parlé, paraît exister (i) PI. la , fig. I (/. (a) PI. n.fig. 3 /'. (3) PI. n, fig. 3. 14. aiu MiLWE EDWARDS. — Ciicttlation dons les ^ nneUdes. aussi, mais réduit à des dimensions qui le rendent tout-à-fait insignifiant. Les dessins que nous donnons du système circula- toire des Nephtys nous permettront de ne pas en donner ici une description plus détaillée ; nous ajouterons seulement que les appendices, auxquels M. Savigny a réservé le nom de bran- chies, ne sont pas les seules parties des pieds qui, à raison de leur structure, doivent servir à mettre le sang veineux en con- tact avec l'oxigène dissous dans l'eau ambiante. I>e grand lobe membraneux qui garnit le bord de la rame ventrale de chacun des pieds est également vasculaire et propre à des fondions de cette nature. § 1 1. Chez les Sabelles, le système circulatoire présente dans toute sa longueur encore plusd'uniformitéque chez les Nephtys et les Néréides. On y trouve un vaisseau dorsal très grêle, accolé au tube digestif, et recevant au niveau de chaque cloison inter- annulaire une paire de branches transversales qui viennent des parties latérales du corps (i). Au-dessous du tube digestif est \\n autre vaisseau médian qui est légèrement renflé d'anneau en anneau , et qui fournit à droite et à gauche des branches trans- versales recourbées en manière d'anse près de leur origine. La face interne des tégumens est garnie d'une multitude de fila- mens vasculaires qui paraissent être des organes de sécrétion , et autour de la base des pieds on remarque un petit réseau ca- pillaire superficiel qui concourt probablement au phénomène de la respiration; mais les panaches dont l'extrémité céphalique est ornée reçoivent aussi luie quantité considérable de sang, et c'est par conséquent avec raison qu'on les regarde généralement comme étant les branchies. § 1 2. Les modifications nombreuses que nous avons déjà signa- lées dans le système vasculaire des Annelides ne sont pas les seules que nous y ayons rencontrées. Ainsi l'Arénicole, qui ressemble aux Térébelles par le rôle que jouent les branchies dans le mé- .canisme de la circulation, s'en éloigne encore plus que toutes (i) PI. ii,ng. a. MiLNE EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. 2i3 les espèces précédentes, sous le rapport anatonûque. Les prin- cipaux traits de l'organisation de l'appareil circulatoire de cet animal ont été depuis long-temps uidiqués par Cuvier ; et à une époque plusrécente, Éverard Ilouie s'est occupé du même sujet, quoique avec moins de bonheur que son illustre prédécesseur; mais les observations de ces deux anatomistes m'ont semblé laisser encore quelque chose à désirer, et ne s'accordent pas assez exactement avec ce que j'ai vu pour que je puisse me dis- penser d'entrer ici dans quelques détails. Vers le quart antérieur du corps de l'Arénicole , on voit de chaque côté de la portion œsophagienne du tube digestif, un ventricule contractile , de forme ovoïde, qui est rempli de sang, et qui fait les fonctions d'un cœur (i). Inférieurement , chacun de ces ventricules donne naissance à un gros tronc vasculaire qui se dirige obliquement en bas et en arrière et gagne la ligne médio-ventrale, où, après s'être réuni à son congénère, il dé- bouche dans \\n vaisseau ventral analogue à celui que nous avons vu chez tous les Annelides dont nous avons déjà par* lé (2). Ce vaisseau médian est situé au-dessus du cordon ner- veux et s'étend d'un bout du corps à rantre. Au niveau de chaque anneau, il fournit à droite et à gauche une grosse branche qui se rend au tubercule pédiforme correspondant, et qui, à commencer du septième segment, pénètre dans la branchie située au-dessus. Ce sont les battemens des deux ventricules mentionnés ci-dessus qui poussent le sang dans le vaisseau ventral, et l'y font cheminer d'avant en arrière jusque dans les branchies , mais là ce liquide reçoit une nouvelle impulsion qui lui est donnée par les contractions de l'or- gane respiratoire, et, après avoir subi l'influence de l'air, il est ainsi lancé dans les canaux efférens des branchies. Presque aussitôt après leur entrée dans le corps, ces derniers vaisseaux donnent naissance à une branche culanée qui se porte en ar- rière cl se divise en deux rameaux dont les ranuiscules se disUi- (1) Plantlie i3, fig. I cl \'n. (3) C'csi éviileinnicnt ce \ aisseau venlial, Juiil Cuvier a parlé comme réguunt lout la long, «lu dot,eulrclcs branchies. (Aii. Arimcoleàn Uiclionnaire de» briciiccfiiialurelle», I. m ,p. i.) ■i.\[\ jriLNE lîDWARos. — Circulation clans les Annelides. buent dans cliacime des cinq subdivisions de l'anneau corres- pondant, et s'anastomosent fréquemment entre eux; vers la partie antérieure du corps, les anastomoses des branches supé- rieures de ces artères se font même d'une manière si directe, qù il en résulte de chaque roté un vaisseau latéral continu. Les canaux alférens des branchies poursuivent ensuite leur trajet vers la ligue niédiane, et, comme l'avait déjà constaté Cuvier, varient dans leur mode de terminaison; ceux des septdernières paires de branchies débouchent dans le vaisseau dorsal ; les autres, au lieu de remonter vers le dos, côtoient les vaisseaux afférens et vont se terminer dans un tronc vasculaire longitu- dinal accolé à la face inférieure du tube digestif. Le vaisseau dorsal (i), de même que celui des Néréides, règne d'une extrémité du corps à l'autre, et est simple dans toute sa longueur. Dans sa portion moyenne, il naît tle nombreuses branches transversales qui entourent le tube digestif , s'unissent iréquemment entre elles par des rameaux longitudinaux, et s'anastomosent aussi avec le vaisseau intestinal intérieur. Le lacis vasculaire formé par la réunion de toutes ces branches est extrêmement dévelojjpé, et donne naissance antérieurement à deux veines latérales qui marchent dans un sillon creusé de chaque côté de l'estomac, et se réunissent au vaisseau dorsal immédiatement en arrière des ventricules. Le sang contenu dans le vaisseau intestinal inférieur arrive en grande partie dans ces veines latérales, dont l'extrémité antérieure est très dilatée ; le reste est versé directement dans une espèce de sinus formé par leur jonction avec le vaisseau dorsal. Ce sinus communique de chaque côté avec les ventricules et se continue antérieure- ment sous la forme d'un vaisseau médian assez grêle, qui, après avoir donné naissance à deux vaisseaux pharyngiens latéraux et à quatre paires de branches cutanées, abandonne le tube digestif pour s'accoler aux tégumens du dos, et se termine en formant autour de la bouche et de la base de la trompe deux anneaux vasculaires d'où naît inférieurement l'extrémité anté- (i) o lii;. 1 e! I", |il. 1 J. MJLNE EDWARDS. — Circulation clans les Annelides. 21 5 rieure du vaisseau ventral. Enfin, outre ces vaisseaux nombreux, on trouve aussi de chaque côté du cordon nerveux une petite veine(i) dont les branches s'anastomosent avec celles des artères cutanées latérales et avec des ramuscules extrêmement délies du vaisseau ventral. Le sang qui a respiré dans les branchies est, comme on le voit, poussé par les contractions de ces organes, et envoyé en partie dans le réseau vasculaire cutané, en partie dans le vais- seau dorsal et en partie dans le vaisseau sous-intestinal; une grande portion du liquide reçu par ces deux derniers vaisseaux circule dans les^innombrables rameaux qui , par leurs anasto- moses fréquentes, couvrent le tube digestif d ini lacis serré; puis le sang qui a servi de la sorte à la initrition de ce tid)e, et qui a fourni les matériaux des sécrétions dont il est le siège, se mêle plus ou moins intimement avec une portion de celui reçu directement par le vaisseau ventral, et ce mélange se distribue en partie à l'extrémité antérieure du corps , tandis que le reste passe dans les deux coeurs pulmonaires d'où il est lancé dans le vaisseau ventral. Ce dernier canal reçoit aussi le sang qui revient de l'extrémité antérieure du corps et du reseau cutané. Erdin le liquide nourricier, ainsi rassemblé de toutes parts, re- tourne aux branchies d'où nous l'avions vu partir. i^e mode de circulation a beaucoup d'analogie avec celui ob- seivé par M. Dugès dans les Lombrics. Chez ces Annelides, le sang marche d'arrière en avant dans \\n vaisseau dorsal, et des- lenci en grande partie vers le système vasculaire ventral, à travers des condiuts moiiiliformes qui occupent la même posi- tion et remplissent des fonctions analogues aux deux ventri- cules de l'Arénicole, seulement leur nombre est plus considé- rable et leur faculté contractile moins circonscrite. Un vais- seau niédio-ventral conduit le sang en arrière, et comuïunique avec des branches verticales par l'intermédiaire desquelles ce licpiide remonte dans le vaisseau dorsal, (a) (0 PI. lî.f.g. 1%C. (1) Voyez Annales des Sciences nntnnlhs , t. \v, p. iov . lUic l.iiili' i]'im|iH'ssion ;i In li^îiif i .> |ioiirrail jelcr (|iiel(|uc conruMuii liiiiiii lu dtsciipliim i|ii<' riiiiltiii iloiiiu- ilii loiiis du sani; dira 2i6 MLXE EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. Les observations que nous avons présentées ci-dessus relati- vement à l'Arénicole, pourront servir aussi à jeter quelque lu- mière sur les rapports d'analogie qui existent entre les diverses parties de l'appareil circulatoire des Sangsues et des Antielides supérieurs. En effet, il existe, comme on le sait, chez les Hiru- dinés, deu\ vaisseaux longitudinaux et latéraux, aussi bien qu'un vaisseau médio-dorsal et un vaisseau médio-ventral (i); il ne peut y avoir aucune incertitude concernant les analogies de ces deux vaisseaux médians chez les Annelides supérieurs, mais il n'en aurait pas été de même pour les vaisseaux latéraux si l'Arénicole ne nous en eût présenté des vestiges bien évidens, dans le canal vasculaire latéral qui règne dans la paitie antérieure du corps à la base des pieds, et qui est formé par les anastomoses de l'une des branches des artères cutanées, vaisseau qui est par- faitement continu dans le quart antérieur du corps, mais qui cesse de l'être postérieurement, où il est représenté seulement par une série de vaisseaux distincts qui se suivent sur la même ligne sans communiquer librement les uns avec autres. Un fait digne de remarque et qui se voit chez les Arénicoles, mieux peut-être que chez aucun autre Annelide, est la fré- quence des communications que les gros vaisseaux de tous ces animaux ont entre eux, et la continuité du système capillaire. Chez les animaux supérieurs, le sang qui arrive dans une partie du corps revient aussitôt sur ses pas, et chaque organe a ses ar- tères et ses veines bien distinctes; tandis que chez les Annelides, on ne trouve pas d'ordinaire dans un même organe , si ce n'est dans les branchies, deux sortes de canaux circulatoires parallèles traversés par des couraus en sens contraire; le sang qui arrive dans un point quelconque du corps continue sa route vers le point opposé, et du moment où un vaisseau se ramifie dans un organe , on ne peut plus distinguer dans ses branches ni artères ni veines, car dans toutes le liquide nourricier suit la même di- cel Âiiiielide , si les expériences qu'il rappoile un peu plus bas ne levaient toutes les difCcul- tés. Eu effet; il faut évideoiinent lire « d'avant en arrière n , au lieu « d'arrière en ti. avani» , daiib la phrase où il est r|uestiuii de la dircclion du sang daus les vaissoau.x ventral et sous-ueiveu.\. f%) MiKjuiiiTandoa, .)/'>'«o^/"«/'/'(c. — Duiîcii , op. 'il. |>. jDg, etc. MiLSE EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. ii'j rection, et doit nécessairement agir de la même manière sur les tissus voisins. Il en résulte un phénomène diamétralement op- posé à ce qui a lieu chez les oiseaux, où l'air pénétrant partout, le sang commence à redevenir artériel, au moment et dans le lieu même où il s'était changé en sang veineux; car chez les Annelides, le sang devenu veineux dans un point déterminé de l'économie, ne revient pas immédiatement vers l'organe respi- ratoire, mais continue à circuler dans le système capillaire et se mêle au liquide nourricier destiné aux parties voisines, de telle sorte que les tissus ne sont, pour la plupart, en contact qu'avec un mélange de sang artériel et veineux, c'est-à-dire un sang imparfaitement revivifié par l'influence de la respiration. Si nous cherchons maintenant à résumer les traits de ressem- blance et de dissemblance que nous a offerts l'appareil circulatoire dans les divers Annelides dont l'étude vient de nous occuper, nous verronsd'abord qu'il existe chez tous ces animaux deux sys- tèmes de canaux sanguins, l'un dorsal et l'autre ventral, et aue les principales modifications anatomiques de l'un etde l'autrede ces systèmes dépendent de ce qu'ils sont formés chez les uns de deux moitiés latérales distinctes, dont la réunion sur la ligne médiane, devientchezd'autresespèces,de plus en plus intime, tandis qu'ail- leurs cette dualité des vaisseaux longitudinauxdisparaît complète- ment, de façon que les deux canaux symétriques des premiers ne sont plus représentés que par un seul vaisseau injpair et médian. Ainsi chez les Hermelles (i), le système vasculaire dorsal se compose essentiellement de deux vaisseaux longitudinaux occu- pant l^s parlies latérales du corps et réunis en un tronc médian à leur extrémité seulement. Chez les Eunices (a), ces deux vais- seaux sont intimement accolés l'un à l'autre dans toutes leur longueur et sont représentés antérieurement par un gros tronc impair. Enfin chez les JNéréides (3), les Nephtys (4), les Aréni- (') H. .i.fig. J. (») PI. la, fig. a. ;i) PI. li , fi,; 1. [\) l'I. 1/, (i^. Jet y 21 8 MiLNK EDWARDS. — Circulation dans les Annelides. coIes(i)etles Sabelles(a),cette division bilatérale nesevoil nulle part, et un vaisseau dorsal unique et médian règne dans toute la longueur du corps. Cette tendance à la centralisation se dé- cèle aussi dans|les modifications que nous avons signalées dans la disposition des branches intestinales de ce même vaisseau dorsal; car nous avons vu que chez les Arénicoles, les Sabel- les , etc. , ces branches sont partout paires et symétriques , tandis que chez les ïérébelles(3)eUes sont impaires et médianes dans la portion antérieure du corps, et que chez les Néréides(4) elles offrent partout cette dernière disposition. Enfin le système vasculaire ventral nous a offert des modifications analogues, car chez les Hermelles nous l'avons trouvé double et symétrique dans la partie moyenne du corps, tandis que chez tous les autres AnneJides dont il a été question dans le cours de ce mémoire, il est partout impair et médian. D'autres différences dans la conformation de l'appareil cir- culatoire de ces Annelides dépendent d'ime sorte de centrali- sation d'un autre genre. La tendance générale de cet appareil est d'affecter dans chaque anneau du corps une disposition serabhible à celle qu'il présente dans les segmens voisins, et d'of- frir partout la répétition des mêmes parties; mais', chez rpiel- même, en divers endroits de ses ouvrages , que , ses moyen!» d'observation sont devenus bien plus puissaus dans ces dernières années. Or , ses , découvertes fondamentales, qui n'ont ultérieurement reçu aucune extension, relativement à l'in- testin des Infusoires, ont précisément été faites avant i83o, avec un microscope de CJi. Cheval- lier, assurément moins parfait que ceux de ce même ingénieur, aujourd'hui. Je puis ajouter en- fin, d'après plusieurs personnes qui ont eu l'honneur de voir M. Ehrenberg à son passage à Paris, que le microscope de cet habile observateur n'a point «té trouvé supérieur à ceux que BOUS possédons en France. F. DDJARDiN. — Sur Ics Infusoires. aSg mille dessins d'Infusoires polygastriques , les dix ou douze fi- gures anciennement données par lui avec la représentation d'un intestin droit ou courbe; et de plus, à côté de ses figures, don- nées en i83o, de la Leucophra patula , avec une large bouche oblique et un intestin parfaitement distinct, il place d'autres figures faites plus récemment, qui ne leur ressemblent en rien et ne montrent point d'intestin; dans d'autres, ce prétendu intestin ne se voit qu'en partie, comme une réunion de plusieurs vési- cules contiguës et allongées, ou bien c'est une large bande qui ne se peut comparer à ce qu'on avait annoncé d'abord, ou bien encore, l'auteur déclare que ce qu'il a figuré (voyez Parame- cium aurelia, p. 35o) n'est qu'une représentation idéale du trajet qu'il a vu suivre aux alimeiis. Ne doit-on pas être grande- ment surpris de ce que, d'un si grand nombre d'Infusoires soumis par lui aux investigations les plus pressantes, il n'en puisse citer que onze chez lesquels l'intestin ait pu être suivi? Et de ces onze encore, cinq sont des Vorticellines , qu'il recom- mande comme plus propres à montrer un phénomène qu'on doit désirer voir dans les vrais Infusoires bien plus que dans un type si rapproché de certains Polypes. Des six autres, l'un, le Trachelius oi^um, est représenté avec un large canal central, droit, d'où partent de minces rameaux anastomosés, et qui n'a aucun rapport, ni avec l'intestin supposé d'abord chez les deux autres Polygastriques, ni avec l'intestin observé dans d'autres animaux : le Chilodon cucullulus et le Stylonjchia mytilwi ont une forme d'intestin plus conforme à la première hypothèse , mais encore d'une largeur excessive par rapport à la contracti- lité extrême qu'on lui attribue pour expliquer sa disparition hors le temps du passage des alimens; deux seulement ont con- servé leur intestin de i83o : ce sont la Leucophra patula et X Enchely s pupa, conion^ufi alors avec \' Encheljs farcimen y qui n'a rien montré de tel; enfin la dernière espèce est un des Infusoires les plus communs, le Paramœcium aurelia, qui une seule fois a montré à l'auteur tout le trajet de l'intestin, mais dont le dessin, dit-il, est idéal {idéale Zeichnung). Dans des dessins si démesurément grossis, n'est-on pas d'ailleurs en droit de désirer au moins l'indication des organes questrppose I an- a^o F. DUJARDiN. — Sur les Infusoires. leur; or, nous ne voyons dans des grandes figures deBursaires, de Leucophres i etc., longues de deux à trois pouces, absolu- ment rien que le travail régulier de l'instrument du graveur nommé une roulette, instrument inintelligent et qui a pour objet de couvrir de séries de points une surface ; rien, dans ces gravures, n'indique même les graiiulations de la surface ou de substance intérieure. Dira-t-on , pour les unes, la transparence trop grande a empêché de voir, voudra-t-on, pour d'autres, prétexter le défaut de transparence? Mais si l'on n'a rien vu, on n'a donc été guidé que par des suppositions ou des analogies : il importe de le dire. 1) Malgré les prétentions de M. Ehrenberg, la question des In- fusoires ne peut donc être considérée comme entièrement réso- lue par lui : j'aurai plus loin l'occasion de discuter ses opinions sur plusieurs points : je vais passer à l'étude de l'organisation des Infusoires, en tant qu'elle peut nous être connue ; mais, préalablement, j'examinerai les causes d'erreur qui ont jusqu'à ce jour exercé une influence plus ou moins grande sur cette étude. CHAPITRE II. Des erreurs à éviter dans l'étude des Injusoires. Les Infusoires , en raison de leur petitesse extrême et de leur transparence, ont pu être étudiés seulement au microscope, à l'aide de la lumière transmise à travers les liquides qu'ils ha- bitent; leur transparence déjà très grande a été encore aug- mentée par là, et même elle a été rendue presque complète par l'imperfection de certains microscopes , qui , laissant les détails plus diffus, n'ont montré qu'une masse homogène, diaphane, manifestant sa présence uniquement par un contour ombré. Il a dû résulter de là que quelques observateurs n'y ont rien pu distinguer, tandis que d'autres y ont vu tout ce qu'ils ont voulu f voir. L'analogie ayant alors été appelée au secours de l'observa- teur, est venue compliquer d'une foule d'illusions de raisonne- ment, un sujet qu'au milieu des illusions d'optique on avait tant F. DUJARDiN, — Sur les Infusoiies. i[^\ de peine à voir distinctemenr. On pent donc classer sous ces deux titres distincts les causes d'erreur que nous avons A éviter, en ajoutant aux fausses analogies les idées préconç(ies et les fautes de logique dont les plus célèbres philosophes n'ont point été exempts. Les idées préconçues ont entiaîué les rnicrogiaphes dans des directions tout-à-fait opposées siu^ la question des Infusoires. Pour ceux qui ont cru à la génération équivoque ou spontanée, ces animalcules n'ont été que de simples amas glutineux de ma- tière vivante : beaucoup de naturalistes célèbres ont eu cette opinion; mais on doit reconnaître qu'ils ne cherchèrent pas assez dans l'observation directe une confirmation de leurs idées. Pour ceux, au contraire, qui voulaient voir jusque dans les in- finiment petits une représentation également complète' des or- ganisations supérieures, une sorte de microcosme j les Infusoires ont dû être considérés à priori comme des aniinaux non moins compliqués que les Vertébrés; ce qu'ils ne voyaient pas, ceux- ci l'ont supposé; les autres, n'en ayant pas besoin, n'ont pas même cherché ce qu'ils auraient pu voir. Une idée préconçue sur la divisibilité indéfinie de la matière a fait admettre à Bonnet, à Spallaiizani et à Saussure, la doctrine de l'eniboitement des germes; elle eût pu conduire aussi Spal- lanzani, comme aujourd'hui M. Ehrenberg, à accorder l'orga- nisation la plus complète aux Infusoires, car le principe admis par ce dernier, que v les idées de grandeur sont relatives et de peu d'importance physiologique » (i), n'est que la conséquence de la divisdjilité indéfinie tie la matière; mais le philosophe ita- lien', qui s'élève avec raison contre l'abus de l'argument analo- gique, né voit même pas la nécessité d'accorder un cœur et une circulation au Ilotifère, parce que l'idée de cette organisa- tion , dit-il, est une idée j)articulière tirée d'un nombre défini d'animaux, (u) La divisibilité indéfinie de la matière , en supposant que ce fût réellement une loi de la nature, ce que d'ailleurs paraissent fi) Comptes rendus de l'Acadcinie des Scieoces, 1^7, p. -i-'k"}, i836. f7)Spallaozani. Optisc. phys., trad. franc., i. II, p. 7'i6. X. /.oou. — Ociohrc. i6 2^2 F. DUJAuuiN. — Sur les lufusuires. contredire une foule de pliéuoniènes physiques ou chimiques» ne suffirait pas pour prouver la possibilité d'une organisation très complexe au-delà d'iuie certaine limite de grandeur; car on sait que beaucoup de phénomènes physiques ou dynamiques sont considérablement influencés ou même supprimés par des actions moléculaires, quand les corps ou les espaces qui les séparent ont des dimensions trop petites : ainsi, par exemple, le liquide cesse de s'écouler, même sous une forte pression, dans un tiîbe capillaire dont le calibre est suffisamment petit. Dans les animaux dont le cœur est le plus puissant, les derniers vais- seaux capillaires ont au moins rrz millimètre de diamètre; voudi^ait-on donc supposer à des Infusoires grandis de ti milli- mètre des vaisseaux de , o o'o o o mdlimètrePj mais la loi de la ca- pillarité s'opposerait entièrement à une pareille supposition, dût-on même centupler le diamètre de ces vaisseaux. Il est donc bien plus conforme aux lois de la physique d'admettre que dans ces petits animaux les liquides pénètrent simplement par imbi- bition, comme il est plus conforme aux règles bien comprises de l'analogie de ne pas supposer que le type des organismes supérieurs se puisse reproduire dans les plus petits êtres, puisque nous voyons les élémens de ces organismes , les globules du sanf^, la fibre musculaire, les vaisseaux capUlaires , au lieu de subir un décroissement progressif dans leurs dimensions chez des Vertébrés de plus en plus petits , montrer à-peu-près les mêmes dimensions chez rÉléphant et chez la Souris, comme chez les articulés nous voyons l'organisme se simphfier bien plutôt que ses élémens décroître de volume. Ce sont ses idées préconçues sur l'organisation de la matière qui ont empêché M. Bory de connaître la vraie signification des f^lobules ou vésicules contenus dans les Infusoires. La méthode analogique est si bonne en elle-même, que nous devons saisir avec empressement toutes les occasions (Xen faire usa'^e : c'est à elle que nous sommes redevables d'une grande partie de nos connaissances physiques, soit directement, soit indirectement, quand elle nous ramène k l'observation pour y choroher la preuve des résultats qu'elle a fait pressentir; mais, comme le dit Bonnet, c quand fanalogie est trop imparlaite F. DUJARDiN. — Sur Ics Infusoires. 2/j3 nous (levons nous défier beaucoup des explications et des hy- pothèses qui l'ont pour fondement ». Or, que l'on prenne pour point de départ l'organisation de l'homme et des carnassiers, et que l'on descende toute la série du règne animal, ne veri-a-t-on pas clairement l'analogie s'affaiblir à mesure qu'on s'éloignera du point de départ? Ainsi, par exemple , quoique le type géné- ral de l'organisation se reconnaisse encore dans tous les Verté- brés , ne trouve-ton pas déjà chez les Poissons des organes et même des fonctions encore incomplètement déterminées; chez les Mollusques, et bien plus encore chez les Articulés, l'analogie primitive devient plus difficile à suivre ; chez ceux-ci surtout , les mêmes fonctions, si elles existent, peuvent se montrer en sens inverse, et des contrastes deviennent alors plus frappans que des analogies. Chez les Radiaires, chez les Acalèphes, et les Helminthes enfin, l'analogie qu'on voudrait invoquer avec les animaux su- périeurs sera le plus souvent trompeuse; et si l'on doit regarder comme de simples jeux de l'esprit les suppositions qui ont fait admettre à certains naturalistes des yeux véritables aux Mé- duses, aux Astéries , etc., là où ces animaux présentent des points diversement colorés; à plus forte raison ne doit-on pas accorder une importance réelle aux déterminations arbitraires des prétendus organes des Infusoires ; déterminations faites à la seule inspection de certaines parties plus ou moins translucides, plus ou moins granuleuses, mais dont les fonctions ne peuvent être prouvées par aucune connexion réelle. Dans ce cas , en effet, c'est à l'auteur d'une telle supposition à en prouver la justesse d'une manière complète, et ce n'est point aux autres à prouver coutradictoiremeut quelle doit être la vraie significa- tion des parties que leur petitesse ou leur indépendance , ou que l'indécision de leur forme rendent également aptes à rece- voir une dénomination quelconque. . D'autres erreurs de raisonnement ont dû provenir d'induc- tions purement rationnelles ou qui n'élaient pas appuyées sur des fails, ou (jui s'appuyaient sur des faits mal interprétés. C'est ainsi (|ue de quelques observations superficielles on a voulu concluie que les Infusoires sont dirigés par lui uisliiirl on par 16. 2/j4 F. DiiJARDiN. — Sur les Infusoires. une sorte d'intelligence, et, conscquemment, qu'ils ont un sys- tème nerveux, et, conséquemment encore, tous les autres systèmes d'organes qui accompagnent ordinairement celui-là. Mais toutes les prétendues preuves d'intelligence ou d'instinct disparaîtraient sans doule devant un examen attentif, comme les preuves de l'accouplement des Infusoires disparurent devant la belle observation faite par Saussure de leur division sponta- née ou fissiparité. C'est ainsi qu'une fausse interprétation de la structure du Voh'ox fournissait aux philosophes de la fin du dix-huitième siècle une preuve en apparence irréfragable de l'emboîtement des germes. Quant au raisonnement de Sennebier, qui, s'appuyant sur des idées religieuses, dit que le nombre des êtres sensibles ne saurait être si grand, si le nombre des sensations agréables qu'ils éprouvent ne croissait pas dans cette proportion, et qui veut conclure de là à une perfection indéfinie des plus petits êtres; ce raisonnement et beaucoup d'autres semblables, nous devons, je crois, quelque respectable qu'en soit le principe, les exclure d'une science positive. Il est enfin d'autres erreurs de raisonne- ment contre lesquelles on ne saurait trop se prémunir : elles consistent , clie/ les partisans de l'organisation indéfinie des plus petits êtres , à tirer des conséquences certaines de pré- misses incertaines, ou bien à généraliser d'une manière affir- mative ce qu'on a présenté dubitativement dans tous les cas particuliers, comme si une somme de doutes pouvait produire une affirmation. I>es erreurs provenant du micro, cope sont de tleux sortes : les unes ont trait à l'épaisseur des parties filiformes et des con- tours; les autres portent sur la distinction des pleins ou des vides, des creux ou des saillies ; ce sont les plus importantes, car elles conduisent, bien plus que les premières, à des notions erronées sur la structure des objets soumis à l'observation mi- croscopique : faute de savoir s'en préserver , on a pris les uns pour les autres des filets solides ou tubuleux, des vésicules rem- plies d'eau au milieu du corps des animaux, ou occupées par un liquide plus dense au contraire, des granules saillans et des cavités , des lignes en relief et des stries creusées à la surface. 11 F. DUJARUiN. — Sur les Infusoires. 245 etc. Une connaissance suffisante des lois de la réfraction devra toujours prévenir cette cause d'erreurs; mais, le plus souvent, on sera en état de l'éviter, si l'on a examiné coniparativenjent au microscope des gouttelettes d'iiuile et des petites bulles d'air dans l'eau, ou simplement des gouttelettes d'eau enchâssées dans les plus grosses gouttelettes d'huile (i); et si Von a remar- qué comment se comportent ces divers globules quand on éloigne ou qu'on rapproche l'objet et l'objectit du microscope. En effet, alors, on voit les globules dont la rél'ringcnce est moindre, c'est-à-dire les bulles d'air et les goutleletles d'eau par rapport à l'Imile, devenir plus obscurs à mesure qu'on les éloigne au-delà de la distance focale , et devenir au contraire de plus en plus clairs à mesure qu'on les rapproche en deçà de la même distance focale, tandis que les globules les plus réfrin- gens, c'est-à-dire les gouttelettes d'huile, présentant des phéno- mènes optiques tout-à-fait inverses; ils paraissent plus obscurs à mesure qu'on les rapproche de l'objectif, et deviennent de plus en plus brillans si ou les éloigne. Les globules les plus ré- tringens agissent donc comme des lentilles convexes qui con- centrent la lumière incidente entre le globule et l'objectif, <'t les globules les moins réfringens agissent comme des lentilles concaves qui rendent divergente la lumière incidente, comme si elle partait d'un foyer virtuel situé au-delà du globule ou du même côté que la lumière incidente. C'est aussi comme ces deux sortes de lentilles qu'agissent les difïérens globules quand on dispose la lumière incidente de njanière à former l'image de quelque objet extérieur. (2) (i)Oii préparc aisément une L-mulsioucuiivonablc pour colle observation, en agitant dans iiii flacon un peu d'tiuilcavec de l'eau gommée ou sucrée. On peut faire l'expérience d'une niaiiiiMe encore plus simple el plus satisfaisante en agitant entre ses dents cl ses lèvres un peu de salive il une[;outie d'huile ; l'éniulsion ainsi obtenue présenie des globules nombreux d'huile et d'air presque également petits, que l'on ne dislingue pas d'abord les uns des aulres, mais en variaul la dislance du porte-objet, la différence se manifeste aussitôt. Quchpies gouttes d'huile plus vo- lumineuses , sont parsemées de petites goultelettes d'eau , qni jouent à leur égard le riJU: de lcnlille& concaves ou de vacuoles. (a) l.a différence des globules plus ou moins réfringens que le milieu qui le contient est sui • tout facile à constater de diverses manière» avec l'appareil d'éclairage que j'ai frésenic réceni- ■icnl à l'Académie de» »cicn'"cs. Cet appareil, eu effet, qui sert à porter le foyer de la liwnière 2 46 F. DU JARDIN. — Sur It's Infusoires. On conçoit, d'après cela, qu'il sera toujours possible de re- connaître si réellement des globules, à l'intérieur des ïnfnsoires ou des autres animaux microscopiques, sont plus ou moins ré- fringens, et dans certains cas aussi, plus ou moins denses que la substance charnue environnante; s'ils sont remplis })ar de l'huile, par des matières albumineuses, ou simplement par de l'eau: dans ce dernier cas , ils font l'effet d'autant de lacunes sphériques vides, puisque les rayons de lumière en le traver- sant sontt^moins réfractés que dans le milieu environnant^ c'est pourquoi j'avais proposé en i835 de nommer wacuoles de sem- blables cavités remplies d'eau, dans les Infusoires et dans la substance glutineuse charnue de divers animaux inférieurs : cette appréciation convenable des effets de la réfraction dans les objets microscopiques, permettra aussi de décider si un fila- ment est creux ou plein; si un globule sanguin est vésiculeux , ou simplement renflé ou s'il est au contraire déprimé comme l'avaient bien démontré Hodgkin et Lister ; si un trou appa- rent existe réellement ou si l'on n'a qu'un globide plus diaphane ou une vacuole à considérer. C'est à la diffraction que doivent être attribués les illusions relatives au diamètre des corps très petits et aux contours des autres. Quand la lumière illuminante n'est pas convenablement dirigée sur l'objet, elle produit sur tous ses contours des franges quelquefois multiples, qui peuvent servir d'abord à le trouver aisément dans le champ lumineux du microscope , mais , qui empêchent d'avoir une idée bien précise de son épaisseur ab- illuuiiuaiitesur le point même à observer, pouvant feiudre dans le champ du microscoqe l'image de quelque objet extérieur , les divers globules reproduiront cette même image droite ou ren- versée, suivant la dislance de l'objectif et du concentrateur. Ainsi, quand le foyer de la lumière illuminante sera, par l'abaissement du concentrateur , porté au-dessous des globules, les plus léfrinyeus de ceux-ci, suffisamment éloignés de l'objectif, donneront une image renversée par ce qu'ils formeront l'effet d'une lentille convexe également éloignée de l'objectif du microscope et de l'image formée au foyer du concentrateur. Les moins réfringens, au contraire, suffisamment rapprochés de l'objectif feront voir, seulement diminuée, l'image formée primitivement par le coucentraleur. Si le foyer du coucentraleur est porté un peu au-dessus des globules , alors les plus réfringens changent peu l^image qui se trouve naturellement portée à leur foyer, et les moins réfringens jouant lout-à-fait le rôle de l'objectif concave de la lunette de Galilée , donnent l'image dans une position inverse et beaucoup plus rapprochée du concentrateur. F. DUJARDiN. — Sur Its Infusoires. ali"^ solue et souvent même des détails de sa structure. Cet inconvé- nient augmente considérablement avec le pouvoir amplifiant, et c'est ce qui explique pourquoi les précédens observateurs oui vu le filament des Zoospermes si volumineux. Un diapbragme trop étroit interposé sur le passage de la lumière , augmente beaucoup ses franges etl'on'ne peut s'en débarrasser entièrement qu'en amenant comme je l'ai lait, au moyen de plusieures len- tilles achromatiques, le foyer de la lumière illuminante sur l'objet même de manière qu'elle paraisse en partir. Alois sans doute, l'objet n'ayant plus ses contours aussi largement ombrés, paraît d'abord trop pénétré de lumière , et plus difficile à dis- tinguer , mais quand on s'est habitué à le voir ainsi , on y dé- couvre des détails qu'on n'eiàt pas vus par un autre moyen CHAPITRE III. Substance charnue des infusoires. — Difjluence. — Sarcode. Les infusoires les plus simples comme les Amibes et les Monades se composent uniquement, au moins en apparence, d'une substance charnue glutineuse homogène, sans organes vi- sibles , mais cependant organisée, puisqu'elle se meut en se contractant en divers sens, qu'elle émet divers prolongenicns et qu'en un mot elle a la vie. Dans les Infusoires d'un type plus con)|)lexe on voit d'une part, des granules de diverses sortes, «les matières terreuses ensasfées accidentellement et même des cristaux de sulfate ou de carbonate de chaux, qui paraissent s'y être formées successivement ; d'autre part, des globules in- térieurs, ou des masses ovalaire& plus ou moins compactes, et des vésicules remplies d'eau et de substances étrangères; enfin des cils ou des prolongemens filiformes de différentes sortes , et quelquefois une apparence de tégmnent réticidé , ou nue cuirasse plus ou moins résistante. Mais toujours la substance charnue glutineuse, paraît en être la partie essentielle. Elle peut être étudiée dans les infusoires vivans (A) lorsqu'ils se sont agglu- tinés avec d'autres corps (A— il) ou lorsqu'ils son taccidcu tel leuunt déchiiés en landjcaux (A — b) , elle peut tlie éliulice également ^48 . F. DUJARDiN. — Sur les Infïiioires. dans les inlusoires niouraiis (B) soit qu'ils se décomposent par dijfluence (B — a), soit qu'ils fassent exsuder hors de leur corps celîesubstance,daMs un état (risolement presque parfait (B—b). — ('A — a). Les expansions des Amibes, des Diffiugies et des Arcelles comme celle desRhizopodes ne sont formées que d'une substance glutineuse vivante, sans fibres, sans membranes exté- rieures ou intérieures (i). Cela est prouvé suffisamment par la faculté qu'ont ces expansions de se souder et de se confondre entre elles ou de rentrer dans la masse commune qui en produit de nouvelles sur un point quelconque de sa stu-face libre. Peut- être pourrait-on prétendre que cette soudure n'est qu'apparente iM-niriil séparés, qui se sont «oudés pour former des nmas. mais bien plutôt ^5o F. DUJARDiN. — Sur Ics Injusoircs. à-dire ayant le corps nu , de forme variable , sans bouche, sans tégument et sans cils vibratiles, sont susceptibles de s'agglutiner temporairement, soit entre eux, soit à la plaque de verre du porte-objet: il en résulte des prolongemcns irréguliers, qui s'allongent à mesure que l'animalcule s'agite, jusqu'à ce que, leur adhérence cessant, ils l'estent comme une queue , qui se rac- courcit, en se contractant peu-à-peu , et finit même par dispa- raître. Ces prolongemensaccidentelssont quelquefois aussi déliés que lesfilamens moteurs. Dans tous les cas, ils ont eux-mêmes une certaine motilité. Ce sont des prolongemcns de cette sorte qui unissent des Monades , pour en faire ces combinaisons que Gleichen et d'autres ont nommé des boulets rames, des jeux de la nature, etc. Ce sont eiix aussi qui donnent aux Monades de certaines infusions, des caractères qu'on a crus suffisans pour établir des genres, mais qui n'ont rien de constant. Dans ces prolongemens encore, on ne voit aucunes fibres , aucunes traces d'une organisation déterminée, et, en effet, on concevrait difficilement comment un corps , soutenu par des fibres et renfermé dans un tégument résistant, pourrait s'allonger et s'étirer presque indéfiniment dans tous les sens: ils concourent donc encore à prouver , chez les Infusoires cjui les produisent , ime extrême simplicité d'organisation. Il faut bien faire attention d'ailleurs que , en niant dans certains animaux la présence d'un tégument propre, je ne prétends pas du tout nier l'existence d'une surface ; j'admettrai même volontiers que cette surface peut, par le contact du liquide environnant, acquérir un certain degré de consistance comme de la colle de farine ou de la colle de gélatine qu'on laisse refroidir à l'air, mais simplement de cette manière, et sans qu'il se soit produit une couche autrement organisée que l'intérieur, sans que cette surface ait acquis , par le seul fait de sa consolidation, des fibres, un épidémie, des bulbes pihfères, ou seulement une contractilité plus grande ; et encore , si cette surface est réellement plus résistante, ce n'est pas, du moins sensiblement, chez les Monades et les Amibes. que ces amas proviennent d'une gemmation continuelle, puisqu'on trouve toujours, dans la même masse , des individus de tous les Ages. Quant aux Crustacés parasites et aux Eutozoairc s et ils n'ont po ut de communiralion oi-ganiqnc réelle axcc l'animiil aux dépens duquel ils vivent. F. DUJARBiN. — Sur les Infusoires. a5i Ici encore se présente une question que je ne me flatte pas plus de résoudre que celle de la non-soudure des Arcelles. Com- ment se produit l'agglutination des Monades aux corps étran- gers ? Est-elle subordonnée à la volonté de ces petits êtres? Je ne voudrais pas même à ce sujet entrer dans une discussion sérieuse sur la volonté, sur le moi des Infusoires , comme l'ont fait pourtant des philosophes célèbres. Il paraît toutefois qu'une agglutination du même genre et vraisemblablement involontaire se produit chez des Rolpodes vivant très nombreux dans des infusions. Il m'est arrivé souvent de voir deux ou trois de ces animalcules agglutinés d'une manière îortuite , les uns par telle partie, les autres par une partie différente, et nageant en bloc dans le liquide jusqu'à ce qu'ils se détachassent, sans qu'on pût soupçonner là rien d'analogue à un accouplement. — (A — b) Leslnfusoires en voie de multiplication par fissipa- rité ou division spontanée, et mieux encore ceux qu'un accident a dilacérés, montrent la substance charnue, étirée, transparente et sans traces appréciables d'organisation intérieure. Il m'est ar- rivé fréquemment de voir cela sur des Infusoires déchirés et dé- formés de la manière la plus bizarre, quand, prenant un petit pa- quet de conferves, je le comprimais à plusieurs reprises sur une lame de verre, pour en exprimer l'eau , que je voulais explorer. On y arrivera plus sûrement encore, en laissant tomber brusque- ment sur une goutte d'eau très riche d'infusoire une lame mince de verre, qu'on relève ensuite, ou enfin en appuyant un grand nombre de fois, à plat sur le verre, une aiguille à travers la goutte d'infusion. Ce sont surtout les Trichodes et les Kerones (Oxytricha pellionella , Kerona pustulatà) , qui se prêtent le mieux à celte opération. Les déformations qui en résultent ont donné lieu a l'établissement de plus de ti ente espèces de Mûller; car les vrais Infusoires, déjà si remarquables par leur fissiparité, ont la |)ro|)riété de continuer à vivre de quelque manière qu'ils aient été mutilés , pourvu que le lic[uide n'ait pas changé de nature, soit par l'addition de quelques nouveaux principes, soit par ia privation (Koxygène. Il est même extrêmement pro- b;ible <^iue , si , malgré leur petitesse , on pouvait |)arvenir à les couper en morceaux , chaque partie continuerai! à vivre et a5i F. DUJAEDi.N. — Sur les Infusoires. deviendrait un infusoire complet: c'est ce que démontrent les fragmens [qui, restant après la diffluence presque totale d'un infusoire, recommencent à nager dans le liquide , si on ajoute une goutte d'eau, et mienx encore l'exemple d'une Keione pus- tulata{\)\. i4, fig. i), qui s'était accidentellement trouvée par- tagée presque complètement en trois fragmens vivant en com- mun et nageant en tournoyant autour de la partie moyenne. On doit remarquer que les parties, ainsi mises à découvert par une déchirure, et qui évidemment n'ont pas de tégument, ne paraissent pas différer, quant à leur aspect extérieur du reste de la surface : elles sont plus diaphanes; mais elles ne montrent ni moins de fibres , ni plus de traces de l'intestin et des organes intérieurs. — (B— a). Un des phénomènes les plus surprenans que l'on rencontre dans l'étude des Infusoires, c'est leur décomposition par diffluence. C'est en même temps l'un de ceux qui tendent le plus à prouver la simplicité d'organisation des Infusoires. Mùller l'avait bien vu dans une foulede circonstances: il l'exprime par les mots effusio molecularum , effundi ou dirumpi ou solui in moleculas j diffluere , efflari ^ etc. Il avait été extrêmement su?-- pris de cette singulière décomposition d'un animal vivant. Tan- tôt il a vu des Infusoires au seul contact de l'air se rompre et se répandreen molécules, ou bien arriver au bord de la goutte d'eau entraînant une matière muqueuse qui semblait être le principe de leur diffluence; d'autres, traversant avec vitesse la goutte d'eau , se rompaient et d;ffluaient tout-à-coup au milieu de leur course iAnimalcula in/usoria ^^rsci. p. xv). Il décrit ainsi la dif- fluence de YEncJielis index, p. 38. L'animacule, s'étant échoué sur la rive et ayant pris lu^e forme ovale ventrue , se décomposa depuis l'extrémité antérieure jusqu'au tiers de sa longueur eu molécules , qui, au lieu de se répandre des deux côtés, comme chez les autres* Infusoires, s'échappaient en colonne droite, comme la fumée d'une cheminée. Le reste du corps, au lieu de ilifflucr de même , s'échappa au milieu du liquide , et , recom- mençant v.na nouvelle vie , compléta bientôt une forme sphé- rique. Il dit aussi (p. 106) avoir vu le Kolpoda melea-^ris se F. uuTARDiN. — Sut' les Infusoires. q53 résoudre en molécules jus(|ii'à la sixième partie, et le reste se remettre à nager , comme s'il ne lui fût rien arrivé. Dans vingt autres endroits(p. loo , 109, 2i5 , 270 , 290 , etc. , etc.), il décrit avec admiration la diffluence des infusoires, commençant à une extrémité et se continuant sans interruption jusqu'à la dernière particule qui , l'instant d'avant sa décomposition , agitait encore ses cils vibratiles , pour chasser au loin les molécules qui se sont détachées d'elle: Si j'ai cité Mûller, ce n'est pas faute de pouvoir citer des ob- servations qui me soient propres; mais celles de l'auteur danois sont tellement exemptes d'esprit de système, et ont un tel cachet de sincérité , qu'on ne peut , je crois, leur refuser une croyance entière. J'ai vumoi-mème nombre de fois la diffluence des infu- soires, qui sont susceptibles de la montrer, c'est-à-dire qui sont dépourvus de tégumens plus ou moins résistans, tels que les Trichodes et les Rérones , tandis que les Paramécies , les Vorti- celK s et les autres Infusoires , dont la surface est réticulée , offrent un autre genre de décomposition , qui sera décrit plus loin. On la détermine très facilement, en approchant du porte-objet une barbe de plume trempée dans l'ammoniaque, et Ton peut alors suivre commodément sa marche. L'animalcule s'arrête ; mais il continue à mouvoir rapidement ses cils; puis toul-à-coup, sur un point quelconque deson contour, il se fait une échancrure, et toutes les parcelles provenant de cette décompo- sition partielle sont chassées au loin par le mouvement vibratile. 1/cchancrure s'augmente sans cesse jusqu'à ce qu'il ne reste plus que l'une des extrémités, qui disparaît à son tour, à moins qu'on n'ajoute une goutte d'eau fraîche , qui arrête tout-à-coup la décomposition et rend la vie au reste de l'animalcule. La même chose s'obsirve par suite de l'évaporation progressive , quand on laisse la goutte d'infusion à découvert sur le porte-objet, comme le faisait Muller, au lieu de la recouvrir d'une lame mince, de verre poli. Dans ce dernier cas, on voit même mieux l'effet d'une affusiori d'eau fraîche. Cette diffluence, cette dispersion des molécules sans que l'a- nimalcule luciue tout entier, M. Khreuberg, qui l'a fort bien 254 ^' nuJARDiN. — Sar les oiinfusres. vue (i), la regarde comme un phénomène de reproduction : c'est la ponte, et les granules sont les œufs. Nous discuterons plus loin cette opinion ; pour le moment, je dois dire seulement que les granules en questitn , qui sont de plusieurs sortes, pa- raissent être pour la plupart étrangers aux pliénomènes de vita- lité des Infusoires. I.es uns sont évidemment des particules inertes ou organiques avalées par l'animalcule pendant sa vie; les autres sont des concrétions produites dans la substance glutineuse vi- vante. Le résidu , laissé sur le porte-objet, peut aussi montrer un bien plus grand nombre de granules, si on le regarde avec un microscope médiocre, qin donne cet aspect à toutes les par- celles irrégulières. Au milieu de ce résidu se voient aussi un ou plusieurs globides plus ou moins volumineux , que Millier avait déjà observés et qu'il prenait pour des œufs ou des ovaires, et que M. Ehrenberg, en certains cas, a nommés testicules ( Sa' mendruse ). Je dis que le phénomène de la diffluence offre une des preuves les plus frappantes de la simplicité d'organisation des Infusoires; car il est certain que si des fibres musculaires, si un tégument résistant, si un intestin et des estomacs existaient à l'intérieur, on en verrait quelque indice pendant cette décomposition pro- gressive. On ne pourrait, en effet, supposer que tous ces élé- mens de l'organisme se décomposent à-la-lois et qu'il n'y en a pas un seul qui subsiste un instant de plus que les autres, quand on voit dans les Planaires, dans les Distomes, dans les Méduses même qui occupent dans la série du règne animal un rang en- core moins élevé que celui qu'on voudrait assigner aux Infu- soires; quand on voit, dis-je, ces animaux, en se décomposant, montrer distinctement les divers élémens de leur structure, et notamment des fibres bien visibles. (ij Cet auleur, dans son mémoire de i836 [Ziizatze zur Erkenntniss ,etc.E), dil à la page 5: « On peut faire pondre arlifi'"iellement les Stentor^ si on les observe avec peu d'eau sur une lame de verre. Ils s'élargissent d'abord et laissent sortir d'un endroit quelconque de leur corps des grains verts par la déchirure de l'enveloppe. Si on ajoute alors un peu d'eau nouvelle, ils s'arrondissent de nouveau , la déchirure de la peau se ferme , et ils recommencent à nager , tan- dis que , dans d'autres cas , ils continuent à se décomposer ( zerfliessen ) entièrement. F. DUJARDiN. — Sur les Infusoires. 2 55 — (B — b) Un autre phénomène de décomposition des infu- soires, c'est l'exsudation de la substance glutineuse de l'intérieur à travers les mailles du tégmnent lâche qu'on aperçoit comme un réseau à la surface; il s'observe en général chez les Infusoires, qui nesedécomposcntpaspardilfhience, chez les Paramécies, les Leu- cophres , les Vorticelles, etc., et chez d'autres espèces dont le tégument, quoique non réticulé , est cependant bien réel, telles que les Enchelis pyrum , les Euglenes ou Raphanelles et les Di- selniis , etc. (i) On voit cependant quelquefois aussi des globules de cette substance glutineuse que j'ai proposé de nommer Snr- code , se montrer sur le contour des Infusoires décomposables par diffluence, et chez ceux qui se décomposent déjà, dans les parties qui sont moins exposées aii mouveaient vibratile des cils. Dans ce dernier cas, ces globules, pouvant rester adhérens parut! étranglement ou une sorte de pédicule à la partie déchi- rée deranimalculeressembleront quelquefois aux prétendus es- tomacs de M. Elirenberg; je crois même que cet auteur a repré- senté des globules sarcodiques, ainsi pédicellés, dans plusieurs figures de son ouvrage. Souvent aussi, de tels globules , se dé- tachant tout-à-fait j flottent dans le liquide et suivent les courans occasionés par les cils. On pourrait alors , comme M. Ehren- ])erg, les regarder comme des estomacs tout-àfait isolés et main- tenus fermés par la contraction spontanée de leur pédicule rom- pu, si l'on pouvait concilier celte supposition avec la largeur de ce même jiédicide avant la séparation. On ne pourra, il'ail- leurs, conserver le moindre doute à ce sujet, si l'on exaujine attentivement, pendant un temps suffisant, les exsudations glo- buleuses ou discoïdes des Infusoires, et surtout celles plus volu- mineuses de la LeucopJira nodulata qui vit dans l'intérieur des lombrics et qui a fait l'objet d'un des chapitres de mes recher- (i) Qtiand^on brise oudccliircIcsNaviciiics, les Bacillaires, les Euastrum, les Closlériei.elc, que M. Zlireiibcrg classe parmi les lufusoires , la substance vivante qui eu suri a bcaucou|) plus de rapport avec celle dcsCharacces et des Coujugées qu'avec celle des lurusoircs. Elle montre^ daus ses dilféreiis lobes , une dispusitioii à se mettre en globules , qui semble bien anuoriccr un^ rerlaiti degré de cuntraclilité j qiiel(|ues lobules nièine, duus les liacillaircs et les Naxicules soiiti diaphanes comme le sarcode des Infusoires, mais je n'y ai jamais pu distinguer ni molilité, ait- formation de vacuoles. a 56 F. DUJAiiDiN. — Sur les Infusoires. ches sur les organismes inférieurs ( Ann. Se. nat. y décembre i835). On ne manquera pas^ en effet, de voir quelques-unes de ces exsudations ghilineusesse creuser des cavités sphériques ou des vacuoles^ qui iront en s'agrandissant jusqu'à l'entière des- tr-.iction des masses glutineuses ou sarcodiques. Ce qu'on voit plus difficilement dans les Infusoires, on peut l'observer avec la plus grande facilité, au contraire, sur les vers intestinaux et particulièrement sur la Douve du (o'it^ (Dlstoma hepaticunij , qui laisse exsuder des globules sarcodiques de 7 millimètre environ dans lesquels la production des vacuoles se voit admirable- ment, (i) Dans ces différens cas, cette substance se montre parfaite- ment homogène, élastique et contractile, diaphane, et réfrac- tant la lumière un peu plus que l'eau, mais beaucoup moins que l'huile, de même que la substance gélatineuse ou albumi- neuse sécrétée par les vésicules séminales de plusieurs mammi- fères et que celle qui accompagne les globules huileux dans le vitellus des œufs d'oiseaux, de poissons, de mollusques et d'ar- ticulés. On n'y distingue absolument aucune trace d'organisation, ni fibres, ni membranes, ni apparence de cellulosité, non plus que dans la substance charnue de plusieurs zoophytes ou vers et dans celle qui, chez les jeunes larves d'insectes, est destinée a former plus tard les ovaires et les autres organes intérieurs. C'est là ce qui m'avait déterminé à donner à cette substance le nom de sarcode, indiquant ainsi qu'elle forme le passage à la chair proprement dite ou qu'elle est destinée à le devenir elle-même. L'idée exprimée par cette dénomination univoque a d'ailleurs (i) Je ne puis qu'engager les naturalistes à répéter celte observation sur les Kolozoaires, et parliculièrement sur les Taenias et les Distomes , pour acquérir une notion claire delà nature du sarcode et de la propriété qu'il a de se creuser spontanément des vacuoles. Tous les ento— zoaires trématodes et cestoïdes m'ont fait voir de nombreux globules de sarcode ,. lorsque je les conservais vivans avec un peu d'eau entre des lames de verre; mais le Distome hépatique, si commun dans les canaux biliaires du foie des moutons , où sa présence est dénotée par un gonfle- ment bien visible, est celui qui m'a donné cette substance en globules plus gros. Quand on a appris à l'observer, on le trouve aisément malgré sa transparence sur lecontour des plus petits Taenias, des 5co/ex habitant l'intestin des poissons ; des Distomes du poumon ou de la vessie des grenouilles, et de tous les autres Entozoaires qu'on laisse mourir entre les plaques de verre, ainsi <|ue sur le bord des plaies de diverses Anuelides et des jeunes larves vermiformes d'insectes. X. F. DUJARDiN. — Sur les Infusoires. 2.07 commencé à s'introfluire dans la physiologie; on a du reconnaî- tre, en effet, que dans les embryons et dans les animaux infé- rieurs, le tissu cellulaire ne peut avoir encore les mêmes carac- tères que dans les vertébrés adultes, et qu'il a dû être primitive- ment luie sorte de gelée vivante. Qu'on l'appelle de ce dernier nom ou qu'on l'appelle tis.^u hypoblasteux , comme le propose M. Laurent, ce sera toujours la même substance dont on aura voulu parler': une substance qui, dans les animaux supérieurs, est susceptible de recevoir avec l'âge un degré d'organisation plus complexe, mais qui, dans les animaux du bas de l'échelle, reste toujours une simple gelée vivante, contractile, extensi- ble , et susceptible de se creuser spontanément de cavités sphéri- ques ou de vacuoles occupées par le liquide environnant qui vient toujours soit directement, soit par imbibifion occuper ces vacuoles. Telle paraît , d'ailleurs , être la cause qui , dans les aiiiiTiaux plus élevés, détermine la transformation de cette sub- stance homogène en une substance plus organisée. Comme on l'a vu plus haut (page 2^5), il est toujours facile de distinguer les globules sarcodiques, qui agissent sur la lumière comme des lentilles convexes faibles, coniparativementaux globules hui- leux , et les vacuoles qui agissent au contraire comme des len- tilles concaves, puisque ce sont des cavités sphériques remplies d'eau, au luilieu d'une substance plus dense ou plus réfrin- gente. Celte substance, Lamarckla nommait dans les Infusoires tissu cellulaire, d'après l'usage qui voulait que ce fût là le tissu le plus élémentaire; cependant, il en parlait comme d'une masso gluli- neuse homogène, et, s'd y supj)osait des cellulosités, c'étaient des cellulosités absolument invisibles. Millier, qui avait vu les exsudations de sarcode autour des Infusoires ou dans leurs déchirures , les décrit comme des vési- cules ou des bulles diaphanes; il a même vu des vacuoles d.uis quelques-unes de ces exsudations et les regarde comme des vé- sicules incluses ( Voy. Kolpoda nucleus, aniu). inf., p. 99); il Us regarde en général comme des ovaires ou des ovules. En parlant (\u Kerona lùstrio. il les désigne simplement sous le nom de molécules muqueuses (moleculœ rnucidœ). Gleichcn et beau- IX. 7.oo\„ "~- Novembre. 17 u58 ' F. DiiJARUiN. — Sitr les Infusoires. coup cVautres observateurs les ont vîtes également, mais se sont nié{3ris sur leur signification; il est présumable que le préten- du g;az intestinal observé par M. Ehrenberg sur son Ophryo- gîena flaviccms (^Infusionsthierchen, p. 36o et pi. xl, f. ix d). n'était antre chose qu'une exsudation ol et par la chaleur; de se dissoudre bien moins que l'albumine dans la potasse, qui paraît seulement hâter sa décom- position par l'eau, sa faible réfringence et son caractère de visco- sité et d'élasticité m'avaient paru suffire pour la distingner des autres produits de l'oiganisme, tels que l'albumine, le mucus et la gélatine. La sins;ulière faculté de se creuser de cavités sphériques ou vacuoles remplies d'eau m'avait paru tenir à un reste de vitalité qui l'aurait encore plus essentiellement distin- guée des substances que j'ai citées. Mais nous connaissons si peu ce qu'on a confondu sous le nom commun d'albumine qu'd n'est peut-être pas impossible que diverses substances es- sentiellement différentes aient les caractères que j'ai assignés au sarcode, et qu'il faille encore trouver un caractère spécial pour distinguer la substance charnue des animaux inférieurs. Malo^réde légères variations dans leur manière de se compor- ter avec l'eau, il me semble qu'elle est bien analogue à celle des embryons de mollusques, quand la vie commence à s'y mani- fester; à celle de très jeunes articulés, et même à la substance que dans les poissons on trouve entre la peau et la chair, et que, chez plusieurs vertébrés, on fait sortir par expression de l'épaisseur des membranes muqueuses. Levitellus des œufs d'articulés et de poissons est en partie for- mé d'une sorte d'albumine peu soluble dans l'eau et susceptible de se creuser des vacuoles comme la substance des Infusoires, mais bien moins consistante et moins élastique ; d'où résulte qu'au lieu de former des globules dans l'eau , elle forme des disques ou des gouttes aplaties sur la plaque de verre. La por- tion la plus consistante de la liqueur spermatique, celle qui est sécrétée par les vésicules séminales; chez le cochon d'Indepar F. ni7 JARDIN. — Sur les Infusoires. i5q exemple, a la propriété de former dans l'eau des gouttes aplaties ou des disques lenticulaires et de se creuser aussi des vacuoles; mais ce phénomène dure très peu et la dissolution est bientôt complète. La partie extérieure et demi fluide du cristallin , celle qui , immédiatement au-dessous de la capsule, se confond avec l'humeur de Morgagni, m'a présenté aussi des particularités très analogues; ainsi elle forme des globules qui réfractent fort peu la lumière, paraissent assez élastiques et se creusent ordinairement des vacuoles; mais ici cette propriété est absolu- ment étrangère aux phénomènes vitaux , car on l'observe encore au bout de plusieurs jours, lorsque les humeurs de l'œil ont dé- jà subi un commencement de putréfaction. Le fait de la formation spontanée (i) des vacuoles pourrait être un phénomène physique et non organique, ces derniers exemples tendent à le faire croire; quoi qu'il en soit, cepen- dant, on devra reconnaître que ce fait doit avoir une grande influence sur le passage de la substance glutineuse homogène à un degré d'organisation plus élevé. La substance glutineuse qui constitue la presque totalité ou la plus grande j)artie du corps des Infusoires étant dès-lors con- sidérée comme simple et homogène, il devient sans doute fort difficile de s'expliquer son extensibilité et sa contractilité; mais, véritablement, on ne serait pas plus avancé en la considérant tomme du tissu cellulaire à mailles invisibles, puisque le tissu cellulaire tel que nous le connaissons dans les vertébrés, est tout-à-fait privé de ces propriétés. Au lieu de dire dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres, que nous ne savons pas comment se produisent et le mouve- ment, et les phénomènes de la vie, il peut ]^araître plussiuiple de supposer, comme M. Ehrenberg l'a fait pour les expansions des Amibes et des Arcelles, qu'il y a dans cette substance si dia- phane et en appaience si homogène, des membranes, des mus- (i) Quand on a préparé une émulsion avec del'liuiie et del'eiiu gommée ou sucrée ou albn- mineuse et qu'on la soumet au microscope, on voit, dans les plus grosses gouttes d'Iiiiile, des goutlulellci d'eau euiprisounées ou simplement enchâssées ù la surface , et qui sont de vérilablo« vacuuleu occu|H'es par un licjuidc moins dense que le milieu environnant; mais ce ne sont pas des varuolet formées spontanément. 'jiu) F. DUJARniv. — Sur lec infttsoires. clés , des fibres et des nerfs imperceptibles ; mnis , à part les ré- flexions que l'on peutfaire sur cet abus étrange de l'argument ana- logique, ne doit-on pas reconnaître que c'est seulement reculer la difficulté que de supposer des organes invisibles là où l'on ne peut rien apercevoir. En effet, soit que les fibres muscidaires se composent d'autres fibres de plus eu plus petites, soit que les fibres élémentaires se composent d'une série de globules réunis, comme par un ciment, par une substance susceptible de se contracter, il faudra bien en venir à concevoir un dernier terme, où une substance ho- mogène est contractile par elle-même. Alors, pourquoi ne pas admetlre que ce dernier terme est dans ce que nous montre de plus petit le microscope , dans des corps de 74t à rôv millim., puisque nous voyons qu'à ce degré de petitesse ou un peu plus loin, les actions moléculaires contrebalancent les autres lois physiques : les liquides et les gaz ne peuvent s'écouler par des ouvertures trop petites; les corps solides, en particules de t^tz millimètre , cessent en quelque sorte d'être soumis aux lois de la pesanteur et de l'inertie , pour se inouvoir indéfiniment de la manière reconnue d'abord par M. R. Brown. (i) CHAPITRE IV. Organes locomoteurs et organes extérieurs ou appendiculaires des Ivfusoires. Les principaux organes extérievirs des Infusoires sont les divers prolongemens de leur substance charnue vivante, qui, sous la forme d'expansions , ou de filamens, ou de cils, ou desoies, servent à-la-fois àlalocoraotion et à la nutrition ou à la respira- tion, en multipliant les points de contact de lasubstance vivante avec le liquide environnant et avec l'air contenu. D'autres pro- longemens filiformes, comme ceux des Actinophrys ne peuvent (i) Le mouvement Brownien des molécules étant singulièrement activé par la chaleur , tan- disque les autres agens physiques sont sans influence sur lui, je proposai en i835 , de le consi- dérer comme produit par les ondulations irrégulîères de l'éther dans le liquide échauffé. F. DDJARDiN. — Sur les In/usoires. 261- servir qu'à ce dernier usage, puisqu'ils sont presque immobiles. Les soies plus dures et cornées qui servent à l'armure de la bouche de certains genres, et les diverses sortes de cuirasse ou de test, peuvent aussi être considérées comme organes exté- rieurs. Les expansions des Amibes et des Difflugies , tantôt plus courtes, tantôl plus effilées, et enfin tout-à-fait filifornjes , simples comme dans le Trinema {Di/flugia enchells Elir.) , ou ramifiées dans les Gromies et les Rhizopodes , offrent tous les passages jusqu'au long filament flagelliforme qui sert d'organe locomoteur aux Monades. Ces derniers Infusoires eux-mêmes sont susceptibles, comme je l'ai déjà dit, de s'agglutiner aux corps solides pour une partie quelconque de leur surface, et s'é- tirent ensuite de manière à présenter un ou plusieurs filamens latéraux ou postérieurs également contractiles et mobiles. Ces tilamens , qu'on reconnaît bien n'avoir rien de fibreux, de mem- braneux ou d'épidermique, se contractent et se meuvent par eux-mêmes , et ne sont point du tout mus par des muscles in- sérés à leur base , qui leur feraient décrire une surface conique ayant son sommet au point d'attache, comme M. Ehrenberg l'a supposé et même figuré {^Monas guttula, pi. i, fig. n\). Pour s'en convaincre, il faut observer les Monades vivant dans les vieilles infusions ; on en verra dont le filament , trois ou quatre fois aussi long que le corps, se meut simplement à l'extrémité comme un fouet vivement agité , et demeure raide ou légère- ment courbé vers sa base. M. Ehrenberg, qui nomme ce fila- ment une trompe, et qui, particulièrement chez les Monades, dit l'avoir observé eu laissant évaporer sur le porte-objet du microscope la goutte d'eau contenant ces animalcules, ne pa- raît pas avoir connu sa vraie longueur : il l'avait pris d'abord pour une vraie trompe, et avait même représenté l'afflux des j)?rticules nutritives à l'extrémité chez ses Trachelomonas et Chœtoglena (111° méra. i833. pi. vu. f. iit-iv ). Maintenant , à la vérité, il prend cette tiompe pour un prolongement delà lèvre supérieure ; et même , en parlant de son genre Pliacelomonas , qui est pourvu de huit à dix seud)lablcs filamens, il dit que les trompes et les cils ne sont point des organes trop dilférens 262 F. DUJARDiN. — Sur les Infusoires. entre eux ( Infiis. p. a8 }. La bouche, suivant lui, est à la base •les filaiîiens ; mais rien ne prouve que cette supposition soit fondée, car, chez un grand non)bre d'infiisoires pourvus de cet organe, tels que les Euglena, on ne voit point d'intromis- sion réelle de matière nutritive ou colorante ; et chez les Mo- nades, qui souvent présentent des petits amas de matières étrangères à l'intérieur, l'intremission n'a point eu lieu à la base de la trompe , non plus que par l'extrémité. Si personne aujourd'hui ne veut persister à voir dans ces filam.ens des vraies trompes contenant un œsophage (r), je ne reviendrai pas sur les argumens que dans mes précédens mé- moires je tirais de la ténuité de ces filamens, qui deviennent de plus en plus minces à l'extrémité, et de leur facile rupture, et enfin de leur multiplicité. Je dirai pourtant que cette dernière circonstance s'oppose même à ce qu'on suppose la bouche à leur base, puisque, chez l'Infusoire que j'ai nommé Hexa- mita (2) , rien n'indique la présence d'une bouche à la base d'aucun des six filamens qui partent de diOérens points, de sorte qu'il y aurait autant déraison à y supposer six bouches invisibles qu'à en supposer une seule. Les divers 'prolongemens filiformes des Infusoires, quoique de même nature, se montrent plus ou moins consistans, plus ou moins contractiles : ainsi , tandis que ceux des Gromiu, pou- vant à chaque instant s'étendre, puis se fondre dans la masse, ne (i)M. Ehrenberg décrit sous le nom de Trachelius trickophorus [Infusionsthierclten , p. Saa, pi. 33 , f. XII j UQ iufu>oire qui paraît bien être le même que j'ai nommé Pyronema en i836 ; il représente comme une irompe assez épaisse el terminée par uu bouton, ce que j'ai décrit comme uu filament flagelliforme qui s'amincit considérablement à l'extrémité. A la vérité , il dit dans le texte que cette trompe est extraordiriairement mince et difficile à voir , et que dans les individus observés en Russie, il n'a pas vu de bouton à l'extrémité de la trompe. D'ailleurs, en assimilant ce filament au prolongement antérieur garni de cils vibratiles des autres Trache- lius, il ne le considère de même que comme un organe de tact et de mouvement , et il place la bouche à sa base. (2) Il se pourrait que l'Hexamita fût la même espèce qui est représentée dans l'ouvTage de M. Ehrenberg (pi, xxir, f. vi) comme un petit corps oblong terminé par deux soies , et décrit sous le nom de Chœtomonas conetricca; mais les figures sout trop imparfaites et trop iacom- plèles pour qu'on puisse prononcer avec certitude. F. DUJARDiN. — Sur les Infusoires. ^63 montrent que rarement un degré de tension qui leur permette d'abandonner le j)lan de reptation; ceux du Trinema , qu'on aurait tort de confondre avec les Difflugies(i), se dressent dans toute leur longueur, et s'inclinent d'un côté à l'autre, cher- chant un point d'appui où ils se fixent et s'agglutinent pour faire avancer l'animalcule en se contractant; ceux du Diselmis viridis ont encore la facidté de s'agglutiner au verre; cependant ils ne sont pas susceptibles de se contracter enlièrement , et même, après s'être rompus ou détachés, ils restent quelque temps visibles dans l'eau; comme des filamens flottans, sans mouvement ; dans d'autres espèces, des filamens agglutinés par l'extrémité se contractent brusquement de manière à lancer l'animalcule à une certaine distance. Le cils vibratiles paraissent être de la même nature que ces divers filamens: on les voit dans un grand nombre d'Inlusoires se crisper et se décomposer après la mort comme une substance glutineuse, à moins qu'ils n'aient été fixés à la piaque de verre par l'évaporation au liquide : quelques-uns persistent pendant quelque temps, mais ils ne sont jamais d'une substance cornée comme ceux des Entomostracés et t'es articulés en général, j)uisque aucun ne persiste si on y ajoute un peu d'alcali. On ne peut donc, dans aucun cas, les assimiler à des poils cornés, sécrétés par un bulbe et mus par des muscles; l'analo- gie, prise des animaux supérieurs, a donc évidemment entraîné trop loin ceux qui admettent une telle similitude et supposent des muscles insérés à la base des cils. M. Ehrenberg dit cepen- dant avoir vu, dans les grandes espèces des genres Stylonichia et Kerona^ la base de chaque cil en forme de bulbe, et ce ci! dé- crivant une surface conique dont le sommet est au bulbe même : il croit pouvoir expliquer ce mouvement par l'aclion de ùitv.x muscles qui agissent sur leur base, et de plus il regarde la dis- tribution constante des cils en rangées comme due à l'exislence de muscles longitudinaux qui les mettent en mouvement par (i) La Diffliigia ciicliefys (l'„- M. Klireiil)erg (-si évidcnirueiil le mùiai^ iiiriisoiiiMiiic. j'ai iioimiiL Trinema vu i83fi; mais on icconnailiu à l'iiispcrlion ilis fi^iiits Ailleurs MùUer mentionne l'apparition et la disparition alter- native de ces vésicules pendant la vie de l'animal (2) ou leur dis- parition après la mort (3), et enfin, en parlant du Trichoda aurantia {\. c, p, i85), il signale « une vésicule qui, se mon- trant quelquefois à la partie postérieure, offre l'apparence trom- f. .'! (i) Ceux-ci, tel* que les Monades et certains Vibrions, animalcules gélatineux, homogènes et sans organes apparens, lui paraissent seuls susceptibles de $e produire spontanément dans les infusions, taudis que les Bullaria sont membraneux, présentent des parties hclérogèoes in» ternes et externes, et se propagent par des petit» s'wAin{Ànimalcula infusoria, Préf., p. vu). (a) lu poslica «xtremitale pustula byalina ialerdùm apparet {Anim. inf, — Leucophra pustu- la/a, p. i5o). (3) Id morte... globuli omnes cvanescunt (/'nim. in/ — TrichoJa iinltr,p. 197). %. Zuoi.. — JVottmtre. 18 ^■^4 *"• DUJARDix. — Sur les Infiisoires. pense d'un trou , mais dont la vraie nature , ajoiite-t-il , est indi- quée par la comparaison de vésicules semblables dans d'autres parties du corps. >- Il parle d'ailleurs toujours de ces vésicules comme étant en nombre variable. Quoique l'Italien Corti et, plus anciennement encore , Joblot eussent dit avoir vu des Infusoires avaler leur nourriture , ce fait paraissait si peu certain qu'il ne pût influer sur l'opinion de Millier, relativement à la signification des vésicules ou glo- bules intérieurs. Une expérience concluante restait à faire : il s'agissait de vérifier si des Infusoires auraient avalé les parcelles de matière colorante en suspension dans le liquide. Cette expé- rience, Gleichen la fit avec succès, en 1777, sur des Paramécies, des Kolpodes et des Vorticelles; et, chose surprenante, après avoir vu des giobules colorés par le carmin à l'intérieur des In- fusoires, il en tira une conclusion absurde. Il avait voulu , disait- il , constater une déglutition effective de la nourriture _, et, après avoir reconnu que le carmin avait passé dans l'intérieur, il re- garda les globules colorés comme des œufs, attendu que, quand ils sont séparés par des interstices, on les voit entourés d'un anneau clair, comme les œufs de grenouille (i). Cepen- dant, il n'était pas satisfait lui-même de cette supposition ; et, après avoir dit qu'il a vainement tâché de voir éclore ces pré- tendus œufs, sortis spontanément du corps des Infusoires, il ajoute un peu plus loin , en appréciant les doutes qu'on peut élever à ce sujet, que si les globules excrétés ne sont pas les excrémens de ces animalcules, ce qui, dii-il, souffre bien des difficultés, il ne sait plus qu'en dire. Il avait bien remarqué, d'ailleurs , que tous les animalcules qui ne contiennent pas de globules, ne prennent jamais de couleur, et c'est ce qui rend son erreur encore moins concevable. D'un autre côté, il disait aussi (a), que « les bulles vues à l'intérieur ne sont souvent que l'effet du gonflement de la fine peau musculeuse de l'animalcule, et qu'elles disparaissent instantanément». (x) Dissertation sur la génération , les animalcules , etc., par Gleichen ; trad. franc., p. 177- X98. (2) Même ouvrage, pages xîâ-ia;. F. DUJARDiir. — Sur les Infusoires. anS L'expérience de Gleichen demeura comme oubliée jusqu'à l'instant où M. Ehrenberg a su en tirer un si grand parti; et, dans l'intervalle, on continua à regarder les globules intérieurs comme des corps reproducteurs, ou même, avec Schweigger, comme des Infusoires plus petits, comme des monades logées dans les plus gros animalcules. M. Bory, dans sa dernière publication sur ce sujet ( Dict. ci. dHist. nat.jX. 17, p. Sa), jugeant, d'après ce qu'on sait de certains Gymnodés , qui, comme je le pense aussi, ne peuvent avoir d'estornacs, a nié la signification réelle de ces vésicules dans les autres Infusoires : il a même cru pouvoir, d'après ses expériences, assurer que ce ne sont pas les globules internes ou prétendus estomacs qui se pénètrent de la teinture ; mais il eut entièrement raison de contester leur communication directe avec l'extérieur et surtout leur liaison avec un intestin central ; car, dit-il, « ces globules sont tellement mobiles qu'ils se dé- placent en tout sens, passent de devant en arrière selon les moindres raouvemens que se donne l'être dans lequel on les distingue. S'ils étaient mis en rapport avec la surface par quel- ques tubes, tous ces intestins se mêleraient d'une manière inextricable ». M. Bory, d'ailleurs, quoiqu'il refusât même une bouche véritable à ses Gymnodés, disait avoir vu plusieurs grasses espèces en avaler d'autres. — B. — Intestin des In/usoires. Les expériences de coloration artificielle avaient conduit M. Ehrenberg à reconnaître en i83o la réalité d'une déglutition chez beaucoup d'Infusoires; considé- rant alors comn)e des estomacs toutes les vésicules où s'était losrée la u)atière colorante , cet observateur chercha à deviner le mode de connexion de ces estomacs avec une bouche et un anus. Trompé sans doute par quelque illusion, il crut voir un tube central droit ou diversement courbe, auquel les vésicules slo- tnacales sont suspendues par des tubes plus étroits, comme les grains d'une grappe de raisin. Il décrivit et représenta VEncJie- lyspupa avec un intestin droit, Xa Leucophra painla avec l'in- testin courbé trois fois et la Vorlicclla citrina avec cet intestin formant un cercle presque complet et revenant s'ouvrir pour llexcrétion à côté de l'orifice buccal. Dans des Monades, au con- 18. 2^6 T. DiiJviiDiN. — Sur If s In/usoires. traire, il représentait tous les estomacs longuement pédicellés autour de la bouche et non suspendus à un intestin. Quoique , dans le texte de son mémoire, il eût soin de dire que les vési- cules remplies d'une nourriture solide sont sphériques et pa- raissent isolées parce que l'intestin qui les réunit se rétrécit et devient transparent , cependant ses dessins, censés faits d'après nature, représentaient cet intestin partout également gonflé et même rempli de matière colorante, chez la Voiticelle, de sorte qu'on était naturellement conduit à penser que ces représenta- tions étaient idéales. Il recoiniaissait bien qu'une vésicule pou- vait se dilater considérablement, de manière à loger une proie très volumineuse, et, conséquemment , il admettait que l'intes- tin avait dû se dilater également pour livrer passage à cette proie. Il n'avait point encore aperçu de différence entre les vé- sicules ou les globules de l'intérieur , mais il attachait alors tant d'importance à la découverte qu'il croyait avoir faite de l'intes- tin des Infusoires qu'il en fit la base de sa classification : nom- mant pol^ gastriques les Infusoires proprement dits, par oppo- sition avec les rotateurs, qui sont monogastriques, et qui, ré- unis par lui sous la même dénomination, lui fournissent de fausses analogies. Il distinguait les anentérés {anentera), qui, dépourvus d'intestin, comme les Monades, ont leurs estomacs pédicellés suspendus simplement autour delà bouche, et les entérodélés y qui ont un intestin. Ceux-ci étaient divisés en cf' clocœla, orthocœla , et campylocœla j suivant que l'intestin formait un cercle , comme dans les Vorticelles, qu'il était droit comme dans les Enchelys ^ ou contourné comme dansles Leu* cophres, mais l'auteur, pour se conformer, disait-il, aux règles admises en zoologie, substituait immédiatement à ces dernières divisions , d'autres coupes établies sur des caractères extérieurs dépendant de la position de l'intestin , c'est-à-dire sur la position de l'anus et de la bouche. Il nommait donc anopisthia les cy- clocœla qui ont les deux ouvertures réunies en avant; enantio- treta ceux qui ont ces deux ouvertures opposées, et situées aux extrémités du corps, et qui peuvent se subdiviser en Ortho- cèles et en Campylocèles; allotreta, ceux qui ont une des ouver- tures terminale et l'autre latérale ; et enfin Katotreta ceux chez r. DDTARDiN. -^ Sur les Jnfusoires. 277 lesquels les deux ouvertures sont latérales ou non terminales. Dans son deuxième mémoire (iSSa), M. Ehrenberg, sans ap- porter de nouveaux faits à l'appui de son opinion , développa davantage ses premières idées. Dans son troisième raéu'joire (i833), il représenta dans deux nouveaux types, le Chilodon cu- cullulus et le Stylonvchia mitylus , l'intestin aussi large, sinon plus large que dans les trois précédentes espèces , ce qui semble être en contradiction avec la contractilité extrême qui aurait dérobé cet organe aux investigations persévérantes des autres observateurs. En même temps , il commença à établir une dis- tinction entre les vésicules que peut remplir la matière colo- rante., et celles qui , toujours remplies d'un liquide diaphane , et ordinairement plus volumineuses et plus susceptibles de con- tractions subites, sont prises par lui pour des organes génitaux mâles. Déjà, en 1776, Spallanzani avait signalé chez les Para- mécies ces dernières vésicules, qui dans cette espèce sont en forme d'étoile, mais il leur avait assigné des fonctions respira- toires. M. Ehrenberg, au contraire, en poursuivant ses idées sur la signification qu'il leur attribue, s'est donné un moyen de lever en apparence les difficultés que présente l'explication (lu jeu de toutes ces vésicules intérieures. Dans son grand ouvrage publié tout récemment, en i838, il a reproduit sans changement les figures des cinq espèces pré- cédemment représentées avec un intestin largement dilate,, et de plus il a ajouté, comme représentant aussi ce même or- gane, la figure du Trachelius ovum , déjà décrit en i833 (m" mé- moire) avec une large bande foncée au milieu, et d'où partent des rameaux très minces, anastomosés , ce qui n'a vraiment aucun rapport avec l'intestin primitivement supposé, si contrac- tile et si difficile à apercevoir. 11 a bien représenté aussi un in- testin plus ou moins complet chez plusieurs Vorticellines, et cet intestin, uniformément dilaté dans quelques-unes, se montre dans la figure de l'une d'elles ^Epistylis plicatilis) renflé d'es- pace en espace, comme si les estomacs , au lieu d'être appendus en grappe, étaient enfilés à la suite les uns des autres. Quanta la figure qu'il donne de la Paramécie aurelie avec un intestin replié , il avertit lui-même que c'est une figure idéale. Tou 278 F. DUJARDiN. — Sur les Infusoires. en déclarant que ce n'est que dans sept espèces, dont quatre Vorticelles, qu'il a pu voir l'intestin assez clairement (i) pour le dessiner, il compte parmi les quatre espèces où il n'a pu l'a- percevoir que par le passage successif des alimens , précisément les deux Infusoires donnés en i83o comme lui ayant montré les premiers cet intestin ; et encore a-t-il mis à côté de ses anciennes figures de la Leucophre [•x) , des figures nouvelles qui semblent les contredire. On doit reiuarquer aussi l'insistance avec laquelle cet auteur recommande les Vorticellines pour la vérification de ce fait si important, et la tendance qu'il a toujours montrée à négliger, pour y représenter l'intestin, les espèces qu'il avait citées dans son premier mémoire comme y ayant remarqué d'abord cet organe : ainsi l'exemple de la Leucophre perd une grande partie de sa valeur par la comparaison des nouvelles figures, les Paramécies n'ont fourni qu'une figure idéale, et les Rolpodes n'ont jamais été représentés par lui avec un intestin quelconque. Voudra-t-on , comme on l'a déjà fait , invoquer l'analogie des Rotateurs ou Systolides , etc., pour prouver l'existence de l'in- testin chez des Infusoires , là où on n'en a pas même pu si- gnaler un indice? Mais, comme je l'ai dit plus haut, la diffé- rence des deux types est si grande, que cette analogie est des plus imparfaites , et , tout en persistant à nier l'intestin des Infusoires proprement dits, j'admets chez les Systolydes, non- seulement un intestin , mais encore des vraies mâchoires , des organes respiratoires , des glandes et un ovaire. Dira-t-on qu'il suffit d'avoir démontré que les substances ali- mentaires ont pénétré du dehors dans ces vésicules , pour con- clure d'abord que ce sont des estosnacs , et ensuite que ces esto- macs doivent communiquer avec un intestin , car on ne con- cevrait pas des estomacs sans communication avec l'extérieur.'* Mais voilà précisément ce qu'on pourra contester ; car cette conséquence s'appuie sur une fausse analogie avec des ani- maux supérieurs chez lesquels l'estomac est toujours la conti- -•î' (t) Die Infusionsthierchen , von Ehrenberg , i838 , p. 362. (») Die Infusionstlùtrchen , von Ehrenberg, i838, pi. xxxn, fig. I », 3,4,6. F. DUJAEDirî. — Sur les Infusoires. â^o nuation de l'intestin. Mais avant d'en venir aux preuves directes, nous devons examiner une objection qui, présentée d'abord par M. Bory de Saint-Vincent en i832,a été reproduite de nouveau par le docteur Focke de Bremen, en i835 (i), et vient encore d'être présentée à M. Ehrenberg par le professeur Rymer-Jones, devant l'Association britannique à New-Castle. Cette objection, que je crois parfaitement fondée, repose sur le mouvement in- térieur des globules ou vésicules stomacales , qu'on ne peut au- cunement concilier avec l'hypothèse d'un intestin reliant en- semble tous ces globules, et qui prouve au contraire leur indé- pendance absolue. Comme le disait M. Bory, les intestins, les tubes de communication, s'ils existaient, seraient bientôt mêlés d'une manière inextricable, et, à moins de les supposer indéfi- niment extensibles, ils ne permettraient pas aux globules de se promener comme ils le font à l'intérieur. Aux objections fondées sur le déplacement des prétendus es- tomacs à l'intérieur des Infusoires, M. Ehrenberg répond, dans son grand ouvrage, que ce mouvement n'est qu'un déplacement apparent, analogue à celui qu'éprouvent les petites figures en bois peint que font manœuvreles enfans sur le bras extensible formé de tiges assemblées en losanges, qui leur sert de jouet. Ce déplacement intérieur, que j'avais cru, en 1 835, pouvoir expliquer par le changement de position des Infusoires, par leur rotation autour de l'axe de leur corps, je le regarde depuis deux ans comme bien réel , et il a été surtout bien vu et bien décrit par le professeur Pi}^ mer- Jones (2). Ce §avant observateur, en déclarant publiquement à New-Castle n'avoir jamais pu aperce- voir la moindre trace du canal central décrit par M. Ehrenberg, ni des branches qui en dérivent pour communiquer avec les (i) Voyez dans le jourual alIcmaDil Vls'is pour i836, p. 785, l'analyse de la communica- tioa faite par le Dr. Focke à la réunion des naluralistps allemands à Bonn, en i835. M. FocWe dit n'ilVuir pu aurunement distinguer l'intestin supposé dans le Stentor Mulleri daui le Loxodes bursaria et dans une espèce de Vaginicola , et déclare que le mouvement évi- Jcut des amas de nourriture ou de couleur à l'intérieur du corps de ces animalcules est incom- jiatihle avec la supposition de l'existence d'un intestin ( ///(•/• miiss aho einc audcre organisa- tion det Dormeanals , als die von Ehrenberg angegebeiic stalt findtn). (t) Voyez le comple-reudu de rAssocialion biitannique dans le journal auglaii The Àth«- nourri jU.SCij, p. C35. aSo F. DUJARDiR. — Sur les Jnfusoires. petits sacs {sacculi) y ajouta que, par de nombreuses observa- tions, il s'est convaincu que dans la Paramécie aurelie et dans les espèces voisines, les petits sacs gastriques ( les vésicules) se meuvent suivant une direction déterminée, tout autour du corps (le l'animalcule, fait qui en lui-même , dit l'observateur anglais, paraît incompatible avec l'arrangement indiqué par le profes- seur de Berlin. A cela, M. Ehrenberg', sans recourir de nou- veau à la comparaison des jouets d'enfant , a répondu qu'il est extrêmement difficile de voir le tube central (l'intestin), et que c'est seulement en suivant la marche des grosses masses de nourriture qu'il a été à même de le tracer. Ce n'est pas là ce qui avait été dit d'abord, et moins encore ce qui avait été représenté sur les figures de i83o, reproduites en i838. Mais, on le voit à présent, de l'aveu même de l'inven- teur, toute la théorie de la structure intérieure des Infusoires repose sur des figures idéales et sur des observations impos- sibles à vérifier sur les Infusoires mêmes qui en avaient été l'objet. Et, qu'on y fasse bien attention , ces observations, cette découverte de l'intestin, ont été faites avant i83o avec des in- strumens évidemment moins bons que ceux dont l'auteur s'est servi depuis, et qui lui ont /ait découvrir l'armure de la bouche des Nassula et des Chilodorif et reconnaître les organes géni- taux de tous les Infusoires, et le filament locomoteur des Mo- nadines et des Euglenes, etc. Or, un fait aussi important que celui qui servait de base à la physiologie et à la classification des Polygastriques , ne méritait-il pas, non pas dix, mais cent confirmations ? ne devait-il pas être constaté cent fois avec les moyens d'observation que l'auteur nous dit être devenus entre ses mains de plus en plus puissans? ne devait-il pas sur- tout être exprimé clairement dans la plupart des figures, de manière à pouvoir être vérifié? Bien loin de là, ce faitj, amoin- dri, et disparaissant presque dans la vaste étendue du grand traité des Infusoires, est limité aux mêmes exemples cités pré- cédemment et devenus en quelque sorte surannés par le fait même de l'auteur. Et M. Ehrenberg, dédaignant de répondre aux objections qui lui ont été faites depuis plusieurs années , traverse le continent pour aller àNew-Castle entendre, en pré- F. DUJABDiN. — Sur les Infusoires. a8i sence de l'Association britannique, des objections non moins instantes. J'ai essayé, en i835 (Ann, Se. nat. déc.) , de prouver la non- existence de l'intestin des Infusoires, par ce seul fait que, pour être aussi extensibleet aussi contractile qu'on le suppose, il devrait contenir dans ses parois au moins quelques fibres qui persiste- raient et deviendraient visibles quand llnfusoire se décompose avec diffluence? Or, disais-je, dans cette sorte de dissolution , on ne peut saisir absolument aucune trace d'intestin, et, de toute manière, ce phénomène de diffluence tend à prouver da- vantage la simplicité d'organisation des Infusoires. Ayant vu, en i8J56, des Nassula avaler de longs brins d'oscillaires qui se courbaient à l'intérieur, et les distendaient en manière de sac: je citai ce fait dans un mémoire suivant, comme prouvant, à la vérité, la déglutition que j'avais eu le tort de nier précédem- ment, mais aussi comme toui-à-fait inconciliable avec l'hypothèse d'un intestin et d'un vrai estomac. En effet , d'autres vésicules contenant des débris d'oscillaires se voyaient en même temps, entièrement indépendantes les unes des autres , et la grande vé- sicule, creusée par l'élasticité de l'oscillaire, communiquait avec la bouche par toute sa largeur, et non par un tube ou un ra- meau de l'uiteslin central. L'objection que je faisais alors contre l'existence d'im intestin dont les fibres auraient dii persister, je la fais encore aujourd'hui, d'autant plus que M. Ehrenberg insiste davantage (i) sur la grande contractilité de cet intestin, pour expliquer pourquoi on ne le voit jamais dans un grand nombre d'espèces : « c'est parce que, dit-il, ce canal, comme l'oesophage des gros animaux , sert seulement pour livrer pas- sage aux alimens, et non pour les contenir ou les digérer, ce qui a lieu seulement dans les vésicules stomacales ; il s'élargit à volonté pour le passage de la nourriture, comme la petite bouche et le gosier d'un serpent qui avale un lapin , et se contracte aussitôt après et devient complètement invisible s'il n'est pas en action ». Mais , dirat-on , si on admet la contractilité indéfinie des vésicules stomacales et leur action digérante , à plus forte (i) Dit InfuiionslhiercheH.,., iR38, p. idi. sSa F. nujARDiN. — Sur les Infusoites. raison devra-t-on leur supposer une membrane assez complexe et contenant autant , sinon plus de fibres que l'intestin ; or, ces vésicules, dans la décomposition par diffluence , ne montrent jamais défibres : il faut donc en conclure, ou bien que la con- traction s'opère sans fibres, ou bien que ces fibres sont réelle- ment invisibles dans les vésicules comme dans l'intestin. Je vais prouver tout-à-l'heure que l'on doit considérer les vésicules comme des vacuoles creusées à volonté dans la substance eluti- neuse de l'intérieur, et que, par conséquent, elles sont sans membrane propre et se contractent par le rapprochement de la masse ; je dirai que, les prétendues vésicules diaphanes ob- servées hors du corps des Infusoires ne sont que des globules desarcode, sortis par expression ou par déchirement , ou par dilfluence du corps de l'animalcule, comme le prouve leur ré- fringence et leur faculté de se décomposer en se creusant des vacuoles ; mais il est un fait, un seul fait rapporté par M. Ehren- berg dans son troisième mémoire, en j833, et que je n'ai pu comprendre en i836 {^Ann. se. nat., avril i836), non plus qu'aujourd'hui. Il s'agit d'une vésicule stomacale qui sortait d'une Bursaria vernalis ,se décomposant par diffluence, et qui conte- nait encore deux fragmens d'osciilaire. C'est ainsi, du moins, qu'il l'a représentée alors (IIP mém. , pi. III , fig. 4 x) , et il a reproduit la même figure, par conséquent le même fait,daris son grand ouvrage, en i838. •> M. Ehrenberg (i) regarde la séparation et l'isolement des vésicules stomacales comme ne devant surprendre que ceux qui n'ont point observé des vers de terre coupés en morceaux. Ces morceaux, dit-il , si petits qu'ils soient, se contractent à chaque extrémité, tellement qu'il en sort très peu des sucs contenus , et un pareil effet se produit par la contraction sur les estomacs isolés des Infusoires. Un fait, sans doute, est plus puissant que tous les argumens, et je regrette seulement que celui d'une vé- sicule contenant des fragmens d'Oscillaires ne se soit pas pré- senlé plusieurs fois à l'observateur ; car pour ce qui est des pré- (i) Di« lurusionsthierchen.... i838, p. 36t. F. DUJAiiDiir. — Sur les Infusoires. 283 tendus estomacs sans alimens contenus, quand même ils pa- raissent légèrement colorés, la similitude si fausse des mor- ceaux de ver de terre ne suffirait pas pour me prouver que ce ne sont pas des globules de la substance glutineuse de l'infu- soire, puisque j'ai vu souvent ces globules un peu colorés, soit qu'ils eussent une teinte propre, soit que cet effet fût le résultat d'une illusion d'optique ou d'un phénomène d^ couleurs acci- dentelles. 1 , / ,' ri ^, . ' ,, C. Expériences de coloration artificielle des ïnfusoires. Lors de mon premier mémoire sur les estomacs des Tnfusoires en i835, j'avais observé la coloration quelque temps après qu'elle s'était produite et non point dans l'instant même où ces animalcules avalent la substance colorante. J'avais cru, mal-à- propos, pouvoir conclure de ce qui, comme je le crois, est bien certain pour les Monades et les Amibes , à ce qui doit avoir lieu dans les Infusoires ciliés ; et j'eus le tort de dire que la couleur a pénétré dans les vacuoles des Paramécies et des Kolpodes à tra- vers les mailles du tégument. Je m'empressai, quelques mois après, de revenir sur cette assertion; cependant, il est bon , je crois , de m'arréter un instant, sur les deux motifs qui m'avaient conduit à adopter d'abord cette opinion. Les Infusoires non ciliés, mais munis d'un ou de plusieurs filamens flagelliformes locomoteurs , sont dépourvus de bouche et ne peuvent se nourrir que par leur surface extérieure; ainsi les Euglènes, les Cryptomonadines, les Vibrions et les Volvo- ciens ayant un tégument perméable seulement aux substances dissoutes dans l'eau, ne peuvent jamais être colorés artificielle- ment par du carmin ou de l'indigo, dont les particules, relati- vement trop grosses, sont arrêtées par ce tégument. Et ceci doit paraître plus plausible que de dire , avec M. Ehrenberg , que ces animalcules n'aiment peut-être pas la couleur (i), car, comme je l'ai déjà dit dans mes précédens mémoires (i835), on ne peut (i) Ehrcnbcrt's Abhaudl. I. i83o, ji.'igj. « yielUUItl licbl es tiiesc FarLen niclil. m 2 84 F. DDJARuiN. — Su7 les Infusoires. supposer à des Infusoires quelconques un appétit particulier(i) pour une substance telle que l'indigo, qui ne peut être digérée. Les Monades, au contraire, et les autres Infusoires non ciliés qui n'ont pas de tégumens, présentent près de leur surface des va- cuoles variables, plus ou moins profondes, qui, donnant accès au liquide extérieur, multiplient la surface d'absorption et con- séquemment aussi de nutrition. Des corps étrangers et des ma- tières colorantes peuvent donc être entraînés avec le liquide dans ces vacuoles et rester engagés dans l'intérieur du corps, sans cependant être entrés par une bouche. On pourrait être surpris de voir des vacuoles ou prétendus estomacs plus chargés de cou- leur que le liquide environnant, si l'on ne considérait d'une part que ces animalcules se tiennent souvent contre les plaques de verre où la couleur est en plus grande quantité, et, d'autre part , qu'une vacuole , après s'être remplie par une large ou- verture , peut s'être vidée lentement de manière à retenir les particules colorantes Ce mode d'explication, également applicable aux Amibes ^ je l'avais cru d'abord convenable pour tous les Infusoires ciliés,^ d'après une analogie trompeuse, et surtout parce qtie certaines vacuoles se forment spontanément près de la surface, soit dans les Infusoires à l'état normal , soit dans les Infusoires mourans, et se remplissent d'eau seulement, à travers les mailles du tégu- ment lâche des Vorlicelles, des Rolpodes, des Paramécies, etc. Ces vacuoles, susceptibles de se contracter entièrement pour ne point revenir les mêmes, paraissent ne point différer, par leur structure , de celles que produit au fond de la bouche le (i) Cette supposition d'un appétit particulier n'embarrasse pas le professeur de Berlin, qui va plus loin encore, en admettant qu'une Paramécie , dans un liquide coloré à-la-fois par de l'indigo et du carmin , choisit parmi les corpuscules tenus en suspension , tantôt les uns , tan- tôt les autres , pour en remplir exclusivement et à volonté tels ou tels de ses estomacs. Ce fait qu'il dit avoir observé quelquefob ( zuweiUn ) lui parait démontrer chez ces animalcules] le sens du goût {Geschmacksinn). {Die Infusionsthierchen , i838 , p. 35i) ; mais ponr quiconque vou- dra considérer le mode d'intromission des alimens et des substances colorantes dans les Infu- soires, il paraîtra bien plus rationnel d'admettre que cette différence de coloration provient seulement de ce que l'animalcule s'est trouvé successivement dans divers endroits où, par suite d'une différence de densité ou d'un mélange imparfait , l'une ou l'autr* des deux couleurs était eu excès. F. DUJA.RDiif. — Sur les Jnfusoires. 285 courant excité par les cils ; ce ne sont également que des ca- vités non limitées par une membrane propre, mais creusées à volonté dans la substance charnue et contractile de l'intérieur. Souvent même les vacuoles formées au fond de la bouche parais- sent remplir exactement les mêmes fonctions que celles de la la surface, c'est-à-dire qu'elles ne contiennent que de l'eau; de même aussi, dans ce cas , elles sont susceptibles de disparaître entièrement, en se contractant. Ces vacuoles de la surface sont ordinairement rondes, très volumineuses et peu nombreuses ; ce sont elles surtout qui peu- vent présenter l'apparence de trous, mais, dans certaines espèces elles présentent un degré de complication bien remarquable ; ce sont elles que Spallanzani avait soupçonné être des organes de respiration chez les Paramécies où elles ont la forme d'une étoile dont le centre et les branches se contractent alternativement ; ce sont elles aussi que M. Ehrenberg a pris pour des vésicules séminales; mais il suffit de faire remarquer pour le moment qu'elles se multiplient singulièrement chez les Infusoires mou- rans et chez ceux qui sont un peu comprimés entre des lames de verre, comme si elles avaient en effet pour objet de multiplier les points de contact de la substance intérieure avec le liquide. Ce qui d'ailleurs prouve bien leur nature, c'est que très souvent ces vésicules se soudent et se confondent comme deux bulles de gaz ou mieux encore comme deux gouttes d'huile à la surface d'un liquide. J'ai représenté plusieurs exemples de ces réunions de vacuoles dans la planche i5. Dans mon mémoire de i836 (Jnn. se. nat, avrd i836), je revins sur la coloration artificielle des Kolpodes, dans lesquels j'avais vu le carmin occuper d'abord une bande irrégulière obli- que à partir de la bouche, puisse circonscrire en globules sur plusieurs points et se trouver successivement transporté aux extrémités du corps (PI, 1 5 ). Je n'avais pu apercevoir la moindre trace d'intestin ou de tubes quelconques de communi- cation; et, pour expliquer ces phénomènes, j'admettais une succession irrégulière de vacuoles, dans lesquelles le liquide extérieur avait pénétré avec les matières colorantes. Ce qui me manquait alors, c'était d'avoir vu comment les va- a 86 F. DT1JA.RDIN. — Suv les Infusoires. cuoles se produisent successivement au fond de la bouche, et comment ensuite elles parcourent un certain trajet dans l'inté- rieur du corps. Depuis cette époque, des observations nombreu- ses m'ont mis dans le cas de rendre compte entièrement du phé- nomène. Voici donc ce qui a lieu : quand une Paramécie, un Rolpode, im Glaucoma, une Vorticelle ou quelque autre Infu- soire cilié commence à produire le mouvement vibratile destiné à amener la nourriture à la bouche ( mouvement différent de celui qui détermine le changement de lieu), le courant produit dans le liquide vient heurter incessamment le fond de la bou- che , qui est occupé seulement par la substance glutineuse vi- vante de l'intérieur; il le creuse en forme de sac ou de tube fer- mé par en bas et de plus en plus profond , dans lequel on dis- tingue par le tourbillon des molécules colorantes, le remous que forme au fond le liquide. Les particules s'accumulent ainsi visiblement au fond de ce tube, sans qu'on puisse voir en cela autre chose que le résultat physique de l'action même du remous. En même temps que le tube se creuse de plus en plus, ses pa- rois formées non par une membrane, mais par la substance glutineuse seule, tendent sans cesse à se rapprocher en raison de la viscosité de cette substance, et de la pression des parties voisines. Enfin elles finissent par se rapprocher tout-à-fait et se soudent vers le milieu de la longueur du tube en interceptant toute la cavité du fond, sous la forme d'une vésicule remplie d'eau et de particules colorantes. C'est une véritable vacuole j une cavité creusées dans une substance homogène; mais puis- qu'elle renferme les alimens entrés par la bouche et que ses parois, formées d'une substance vivante, ont la faculté de digérer le contenu, on peut, si l'on veut, la nommer estomac. Ce ne sont point, d'ailleurs, les matières colorantes seules, que l'on Voit se loger ainsi dans une vacuole au fond de la cavité buc- cale : divers corps étrangers, animaux ou végétaux, ou même d'autres petits Infusoires vivans amenés avec le liquide par le tourbillon, peuvent également se trouver emprisonnés ainsi, et je crois même avoir observé que la séparation de la vésicule du fond a lieu plus promptement quand l'infusoire ressent le con- tact d'une proie plus volumineuse. Cependant on voit bien sou- 1 I. DUJARDiN, — Sur les Infusoires. 287 vent aussi, se former des vésicules ne contenant que de l'eau, et d'un autre côté, divers observateurs disent avoir vu des Infu- soires avalés jDar de plus gros, être rendus à la vie et à la liberté; ce dernier fait, je*n'ai pas eu l'occasion de le vérifier , mais j'ai vu des Infusoires demeurer loug-temps vivans dans le corps de ceux qui les avaient avalés. Aussitôt après que le rapprochement des parois a intercepté i.ne vésicule à l'extrémité du tube partant de la bouche, le tube restant , devenu beaucoup pins court , recommence à se creuser par lafflux continuel du liquide, et la vésicule se trouve repous- sée successivement par la substance qui la sépare du fond du sac, de sorte qu'une nouvelle vésicule venant à se former', doit se trouver presque à égale distance du tuberestant et de l'ancienne vésicule. Celle-ci étant donc toujours repoussée par les vési- cules formées successivement après elle, doit suivre à travers la substance molle et glutineuse de l'intérieur une direction dé- pendant à-la-fois de l'impulsion primitive , de la forme du corps et de la présence de quelques autres corps ou organes à l'inté- rieur. C'est ainsi que, dans les Infusoires allongés, tels que les Trachelius et Amphileptus j les vésicules se mouvront en ligne droite, et arrivées à l'extrémité dans une partie plus étroite, elles se réuniront, se fondront plusieurs ensemble, et finiront par évacuer au-dehors, tout ou partie de leur contenu, par une ou- verture qui se forme à l'instant même et disparaît ensuite com- plètement. Dans les Infusoires dont le corps est globuleux, tels que les Vorticelles , les vésicules devront décrire ini cercle et re- venir se vider près du point de départ; dans les Infusoires ovales-oblongs comme les Paramécies, après être arrivées à l'ex- trémité postérieure, en suivant un côté, elles reviendront jus- qu'à l'autre extrémité, en suivant le côté opposé , puis revien- dront encore et pourront décrire un circuit très complexe; dans les Kolpodes enfin , qui présentent en avant une saillie volu- mineuse prolongée comme un capuchon au-dessus de la bouche, les vésicules pourront venir s'accumuler en nombre considé- rable dans cette saillie. J'ai représente dans la pi. i5 ces dispo- sitions des vésicules remplies de carmin dans plusieurs types d'Infusoircs, et j'insiste particulièrement sur l'analogie parfaite 288 F. ouJARDiPT. — Sur Ics Ifijusoires. que présentent, sous ce rapport, les Vorticelles proprement dites, parce que leur organisation a été envisagée de diverses manières par de bons observateurs; et parce que M. Ehrenberg indiquant plus particulièrement les Vorticellines comme les In- fusoires polygastriques qui montrent mieux l'intestin, on aurait pu être tenté de leur accorder cet organe , tout en le refusant aux autres Infusoires ciliés. Il faut remarquer que la trajet parcouru par les vésicules à l'intérieur correspond assez bien à l'intestin qu'on y a supposé, et, véritablement , si M. Ehrenberg veut se borner aujourd'hui à dire que le passage successif de la nourriture lui a donné l'idée d'un intestin et ne plus dire qu'il a vu cet intestin, il aura seule- ment donné une fausse interprétation d'un fait incontestable et bien réel. Quand à ce que dit cet auteur du passage des ali- mens d'une vésicule dans une autre, en même temps qu'il nie la réalité du déplacement de ces vésicules, il est encore là dans l'erreur, car les vésicules se déplacent réellement en suivant le trajet indiqué ci-dessus, et si parfois elles commuuiquent entre elles, c'est seulement par la fusion complète de deux ou plu- sieurs vésicules en une seule, et non par le passage successif du contenu de l'une dans l'autre, ces vésicules demeurant dis- tinctes. Cette fusion de plusieurs vésicules qui s'observe bien dans KAmphilepius anser^ prouve suffisamment, d'ailleurs, que les vésicules n'ont pas de membrane propre. Les vésicules stomacales ou vacuoles, à l'instant où elles se forment, sont sphériques et gonflées de liquide ; elles conservent ce caractère pendant un certain temps et quelquefois durant tout leur trajet, mais souvent aussi elles se contractent peu-à- peu en cédant le liquide contenu à la substance environnante, ou en la chassant à travers les parois du corps, et, après avoir présenté les particules colorantes ou les corps étrangers plus rapprochés avec un peu de liquide, elles finissent par disparaître comme vésicules, laissant les matières colorantes simplement in- terposées en petits amas irréguliers dans la substance charnue glutineuse. C'est ce qu'on voit surtout à la partie antérieure des Kolpodes, dix ou douze heures après qu'on leur a fait avaler du carmin. F. DUJARDiN. — Sur les Injusoires. 289 Tel est le mécanistne du transport de la matière colorante et sans doule aussi du transport des aiimens dans l'intérieur du corps des Infusoires. Si on voulait considérer comme de vraii estomacs, ces vésicules sans membrane interne, sans commu- nication directe avec l'uitérieur et susceptibles de se contracter jusqu'à disparaître, alors, sans doute, on serait fondé à nom- mer po/xo"a5/rf^«e^ les Infusoires qui les possèdent; mais encore faudrait-il reconnaître que cette dénomination ne pourrait s'ap- pliquer à tous les Infusoires, à ceux, par exemple, qui sont dépourvus de bouche , et à ceux, en général, chez lesquels on n'observe aucune intromission de matière colorante. CHAPITRE VIL De la génération chez les Infusoires. (A). Dh'ision spontanée des Infusoires. — Des différens modes de propagation qu'on peut admettre chez leslnfusoites, un seul est bien constaté, c'est la fissiparité ou multiplication par divi- sion spontanée, et encore il n'a pas été observé dans tous les types de cette classe d'animaux. Les deux autres sont encore plus ou moins hypothétiques: c'est l'oviparité et la génération spontanée. On a bien signalé un fait de viviparité (i) , mais ce fait est uniqtie et tellement en désaccord avec ce qu'on connaît des autres Infusoires qu'on doit hésiter beaucoup à l'admettre. Le phénomène de la division spontanée des Infusoires avait été vu d'abord par Beccaria et pris pour un accouplement; ce fut Saussure, en 1765, qui reconnut la vraie signification de ce fait. Dans les années suivantes, il se trouva bien encore quel- ques observateurs (|ul ne virer. t là qu'un accouplement; mais, depuis plus de soixan'e ans, ce mode de propagation , si extra- ordinaire qu'il pût paraître, a été généralement admis dans la science. Rien, en effet, n'est plus éloigné du mode de repro- duction des animaux supérieurs et ne contrarie davantage les (1) "KxMonas vlv'ipara deM.Ehrpnbcrgdans son mémoire de i83G (Zw/a/ze zurEikcnnlnUs^ t\e, p. 2a ; ei daiu son Traité des Inf usoires, 1 838 , p. 10. X. /ooi.. — yoirmfirf. 19 200 F. niiJARUiN. — Sur les Infusoires. lois (le l'analogie, si Ton part de l'autre extrémité de la série du règne animal. Les gemmes, les bourgeons qn'on voit se déta- cher du corps des zoophytes peuvent encore être comparés jns- cpi'à un certain |'oint avec les germes détachés de l'ovaire des animaux plus parfaits : le corps de l'animal mère, par le fait de cette production, même chez les Polypes, ne perd aucun de ses organes , aucinie partie essentielle de l'individu. Dans les Infu- soires , au contraire, la division spontanée fait deux individus complets des deux moitiés d'iui seul individu, et ces deux moi- tiés nous les voyons, suivant les espèces , se séparer tantôt en long , tantôt en travers, ou bien indiiféremment de l'une de ces manières dans une même espèce. Certaines petites espèces de Nais ont montré un phénomène analogue, quoique avec plus d'uniformité; mais, pour ne nous occuper ici que des Infu- soires, nous devons dire que leur multiplication par division spontanée prouve, ou bien que le corps susceptible de se par- tager ainsi en deux moitiés, ne conteiuùt pas d'organes essen- tiels, ou bien que s'il en contenait quelqu'un dans une de ces moitiés, cet organe a dû se produire spontanément dans l'autre moitié; car on ne peut croire que les organes de la partie .•intérieure, par exemple , se soient dédoublés pour envoyer une de leurs moitiés à la partie postérieure , à travers tous les or- t;anes intermédiaires, tandis que les organes dédoublés de la dernière partie auraient fait à la première un envoi correspon- éunissent en elles les conditions nécessaires pour continuer à vivre et à s'accroître :i près la séparation. Et en effet, ce ne sont pas seulement les deux nîoitiés prises en long ou en travers qui peuvent contitnier à vivre séparément, mais encore tous les fragmens dans les- quels un Infusoire est divisé accidentellement , comme le mon- trent, avec une très grande probabilité, les exemples rapportés plus haut. Voyons toutefois, pour nous en tenir simplement aux faits, ce qui a lieu dans la division spontanée. Un Infusoire oblong, F. DUJARPiN. — ■ Sur les Infusoires. 291 tel qu'une Paramécie, un Trichode, une Rérone, etc. , présente d'abord au milieu un étranglement qui devient de plus en plus prononcé, puis la partie postérieure commence à montrer des cils vibratilcs à l'endroit où sera la nouvelle bouche; puis cette bouche devient de plus en plus distincte, et la séparation s'a- chève en laissant voir la substance giutineuse intérieure, étirée jusqu'à ce qu'elle rompe. Les deux moitiés, primitivement courtes , arrondies ou comme tronquées, s'allongent peu -à-peu en s'accroissant et finissent par ressembler à l'animalcule pri- mitif. Le phénomène, dans le cas de division longitudinale, se produit d'une manière analogue, sinon que les deux parties an- térieures se séparent en dernier lieu. M. Lhrenberg, pour le besoin de ses théories, ayant supposé que les vésicules contrac- tiles de la surface sont des organes génitaux mâles , ainsi que certains corps plus consistans, ovoïdes ou de toute autre forme situés à l'intérieur, a trouvé là un exemple de la division préa- lable des organes dans le cas de division spontanée : c'est que en effet, les vésicules contractiles et les prétendus testicides sont susceptibles de se multiplier à tel point qu'on en voit tou- jours dans les diverses parties du corps de tout prêts pour les divisions futures. On conçoit que, par ce mode de propagation, un Infusoire est la moitié d'un Infusoire précédent, le quart du père de celui- ci, le huitième de son aïeul et ainsi de suite, si l'on peut nom- mer père ou mère d'un animal celui qui revit dans ses deux moitiés; aïeul celiii qui , par une nouvelle division, continue à vivre dans ses quatre quarts, etc., de sorte qu'un Infusoire est une fraction encore vivante d'im Infusoire qui vivait bien lôug- temps auparavant, et dont il contiime la vie en quelque sorte. Il résulte de là qu'un corps étranger, logé dans la partie anté- rieiue, par exemple, d'un Infusoire, pourrait être transmis in- définiment à toutes les moitiés antérieures résultant des divi- sions spontanées successives, s'il n'était éliminé par excrétion; il'cn résulte aussi (ui'une difforuuté, un accident quelconque, pourrait se traiisuïetlre de même, et quen un mol, la partie antéiieure d'un Infusoire, dernier terme d'une série de. çiiYifj^ons '9. aga r. dijaroix. — Sur les Infiisoires. spontarjées , est encore la ir.ême partie encore vivante de l'Infa- soire primitif. Une telle considération conduit à demander si ce mode de propagation est vraiment illimité, ou si la vitalité provenant d'un premier germe ou d'une génération spontanée, se continue dans un Infusoire et dans ses subdivisions binaires jusqu'à un certain terme seulement, passé lequel tout s'éteint , de même que nous voyons les pucerons fécondés en une seule fois pour plusieurs générations successives mais non pour un nombre de £;énérations indéfini? Une solution précise de cette question aurait une grande importance, par rapport à la qjiestion de la préexistence des germes ou de génération spontanée ; peut-être est-elle impossible à obtenir; cependant on a vu déjà ce mode de propagation continué sans diminution apparente jusqu'à la huitième division au moins. La division spontanée ne se présente pas aussi clairement chez tous les types d'Infusoires. Les Vorticelles ont, en même temps que ce mode de propagation, la faculté de produire des gemmes ou bourgeons , ce qui les rapproche véritablement ties Polypes. Les Vibrions se divisent non en deux, mais en nn nombre indéfini de parties qui restent contiguës à la suite les unes des autres, au moins pendant un certain temps. Beaucoup dcMonadines n'ont pas encoi'e paru se diviser spontanément ; d'autres, très probablement , doivent le faire comme les Amibes, par l'abandon d'une partie de leur substance, qui continue à ^ ivre isolée. C'est également ainsi que se multiplient les Arcelles, et ce dernier exemple, constaté par M. Peltier, permet de pen- ser que les Cryptomadines à test siliceux tels que les Trachelo- monas peuvent se multiplier de même; on peut croire au con- traire que les Euglena et les Peridiniuni sont tout-à fait dépour- A us de ce moyen de reproduction. ( — B — ). Des œufs, des ovaires et des organes génitaux mâles. — La science ne tire pas toujours un profit direct des efforts tentés prématurément pour arriver à la solution de certaines questions. C'est ainsi que toutes les discussions pour ou contre la génération spontanée des Infusoires ont laissé la question sta- F. «i/JÀRBiW. — Sur les liifusoires. î^3" tionnaire, £i même elles ne l'ont t'ait rétrograder. Cependant les faits s'ajoutent les uns aux autres; et, s'ils sont exacts, quand même, faute d'avoir été coordonnés par une logique rigou- reuse, ils n'auraient fourni qu'un édifice informe : ce sont des matériaux qui, loin de perdre leur valeur, en acquièrent une nou- velle par des confirmations ultérieures, et qu'un architecte plus habile peut un jour mettre en œuvre avec succès. Spallanzani, lié d'amitié et de pensée avec Bonnet, adopta et étendit les idées du naturaliste genevois sur la préexistence et l'emboîtement des germes, et il réduisit au néant les argumens de Needham sur la force végétative et sur la génération spon- tanée. Cependant les faits qui lui fournirent ses principaux ar- gumens, tels que l'étude du poulet dans l'œuf, le volvox, etc., avaient été mal interprétés, et son argumentation porte à faux sur bien des points aujourd'hui. D'après ses expériences sur des Infusions soumises à l'ébullilion (i) et tenues dans des vases her- métiquement fermés , il se crut fondé à admettre que les Infu- soires les plus simples proviennent de corpusculei préoT^anisés o\x germes susceptibles de résister à une ébuUition de trois quarts- d'heure, tandis que, les germes des Infusoires plus complexes, tels que les Paramécies et les Kolpodes, sont détruits beaucoup plus ipromptement. Les uns et les autres étant également sus- ceptibles d'être transportés par l'air dans les infusions non scel-> lées, qu'elles aient ou n'aient pas été préalablement bouillies. A la vérité, il parle aussi d'Infusoires qui auraient pondu des œufs (2), et qu'on pourrait croire, d'après sa description, être des Kolpoda cucallas j mais il est extrêmement probable que ce fait a rapport à quelque rotateur. L'observateur italien, dans un autre endroit (3), revenant encore sur l'apparition des Infusoires qui se montrent indifféremment dans diverses sortes d'infusions, se détermine \ penser qu'ils proviennent d'abord de quelques germes ou principes préorganisés apportés par l'atmosphère ; mais, en même temps, il déclare formellement n'avoir aucune (t) Spallauzaiii. Opusc. phys., trad. franr., p. 48 et suit. (») Même ouvrage, p. 117. (1) .Mime ouM'age, p. ijy. 29"^ ^' DUJAKniiv. — Sur les Jnfusoires. certitude sur la nature de ces principes préorganisés, pour savoir si ce sont des œufs, des germes ou d'autres semblables corpus- cules. Gleichen, comme Ellis, avait bien vu la division spontanée des Infusoires , et la regardait également comme un cas rare ou accidentel; il croyait que les Infusoires les plus simples se for- ment spontanément par l'organisation d'une matière première (i), répandue dans toutes les eaux même les plus pures, mais qui ne se développent que dans les liquides, tels que les Infusions contenant des substances nutritives. Ces Infusoires simples, il croyait les avoir vus se réunir en amas, jouissant d'une vie commune et susceptibles de s'entourer d'une enveloppe géné- rale pour devenir des animaux d'un ordre un peu plus élevé, tels que ce qu'il nomme des Pendeloques (^Kolpoda cucn/lus). Ces derniers, qu'il avait colorés artificiellement en leur faisant avaler du carmin , étaient suivant lui , désormais capables de se reproduire par des œufs, et c'étaient précisément les glo- bules intérieurs, colorés par le carmin, qu'il prenait pour des œufs et qu'il avait espéré en vain voir éclore; mais on doit croire que ce qu'il avait pris pour la ponte des animalcules était sim- plement un effet de décomposition par diffluence, puisqu'il ob- servait ses gouttes d'infusion sans les recouvrir d'une lame mince- de verre comme on le fait ordinairement aujourd'hui. L'opinion de.MûUer, qui dans ses longues recherches se montra généralement exempt d'esprit de système, aurait sans doute plus de poids dans cette question que celle de Glei- chen; malheureusement, parmi les contradictions que son édi- teur Fabricius a dû laisser subsister dans son ouvrage inachevé , (i) Gleichen. Dissertation sur la génération , les animalcules, etc., trad. franc., p. io8 et suiv. (S 83 — §90). Suivant cet auteur (§ 83), c'est le mouvement qui est l'agent ou le principe, et ce sont les particules organiques coDlenues dans l'eau ou parties intimes et con- stitutives de l'eau (§88 ) qui sont les élémens de l'organisation. Celles-ci pro*'iennent elles- mêmes de la décomposition d'autres êtres organisés. Le mouvement qu'il nomme intérieur ré- sulte de la séparation des esprits et de la matière daus la fermentation des fluides, et met les particules organiques dans un mouvement de coction que Gle'chen nom<(ne mouvement radical. Les particules, ainsi mises en mouvement, se réunissent de nouveau en vertu de l'attraction ou de quelque autre moyen de jonction, pour s'élever à la vie animale par l'acliou de la sub- stance spiritueuse qui s'en est dégagée ( § 90 ). F. DDJARDix. — Sur les Infusoires. ago nous ne pouvons reconnaître au juste les idées qu'il aurait défi- nitivement adoptées. Ainsi, tout en admettant bien positivement la multiplication des Infusoires par division spontanée, il parle encore, à l'article de plusieurs Infusoires, de leur accouplement, et cependant sa préface, qu'on pourrait croire écrite eu dernier lieu, contient cette déclaration, qu'il n'a pu voir d accouplement réel. D'un autre côté, tout en paraissant, par occasion, admettre comme Leeuw^enhoek, une organisation complexe dans les plus petits vibrions ; il rapporte des faits qui tendent à prouver la génération spontanée de ces vibrions, et dans sa préface il ex- pose toute une théorie de la génération spontanée. Les animaux et les végétaux, dit-il, se décomposent en particules organiques, douées d'un certain degré de vitalité et constituant des animal- cules très simples, lesquels sont susceptibles de se développer comme des germes par l'adjonction d'autres particules, ou do concourir eux-mêmes au développement de quelque autre ani- mal ,pour redevenir libres après la mort et recommencer éternel- lement un pareil cycle de transmutations. Ces particules consti- tutives qu'ildit passer alternativement de l'état de matière brute à l'état de matière organique, il croyait bien les avoir vues dans la décompositon des animaux et des végétaux ; mais probable- ment il n'avait vu que le mouvement brownien des particules désagrégées. Cette hypothèse, Muller la proposait seulement pour les In- fusoires les plus simples, et tout au plus pour expliquer la pre- mière apparition des autres (les HuUarici) dans une infusion; et cela ne l'empêchait pas d'admettre pour ceux-ci des œufs bien distincts; mais, comme n(jus l'avons vu plus haut, ce qu'il a pris pour des œufs ou des ovaires , ce sont les vacuole% ou vésicules stomacales de l'intérieur, ou bien les exsudations de sarcode qu'on voit quelquefois en globules à l'extérieur. Après ces trois naturalistes, ceux qui , comme Treviranus et Oken, ont traité la question de la reproduction des Infusoires, ont plus argumenté qu'ils n'ont observé eux-mêmes. Lamarck , par exc'ni|)le , avait cherché à démontrer par le raisonnement, non-seulement (jue les animaux les plus simples peuvent se pro- duire spontanément, mais encore que des êtres une fois produits zg6 F. DUJARDiN. — Sur les Infusoires. de cette manière peuvent acquéiir un nouveau degré d'organi- sation qu'ils transmettent à des paities d'eux-mêmes, lesquelles sont susceptibles, en se développant à leur tour comme des germes, d'acquérir progressivement d'autres organes encore. Cuvier, dans l'éloge historique de cet illustre naturaliste, fit res- sortir habilement toutes les inconséquences d'un tel système appuyé seulement sur l'observation des formes extérieures et développé par l'imagination. M. Bory de St- Vincent avait assurément observé plus que Lamarck, cependant, dans sa théorie de l'organisation de la ma- tière, il n'a pas su se tenir assez en garde contre son imagination, et, par conséquent, on ne peut accorder une autorité suffisante à ce qu'il dit d'après sa théorie sur la production spontanée des Infusoires. Au nombre des partisans de la génération spontanée des In- fusoires , on doit aussi compter dans ces derniers temps M. Frav qui, dans son essai sur l'origine des corps organisés (1817), poussa beaucoup trop loin les conséquences qu'il eût pu tirer de ses expériences, et M. Dumas qui, dans le Dictionnaire clas- sique d'histoire naturelle, parut croire comme Gleichen que des Infusoires peuvent se former par la réunion des globules élé- mentaires , provenant de la décomposition de la chair muscu- laire mise en infusion. Il admettait bien, toutefois, qu'on ne faisait revivre ainsi que des substances qui ont déjà vécu, mais il prenait alors pour un signe de vie le mouvement broAvnien des molécules. M. de Blainville d'un autre côté en indiquant des réformes essentielles dans la classe des Infusoires, se prononça, mais avec réserve contre les idées de génération spontanée. M. Ehrenberg plus hardi , et se fondant sur les analogies les plus contestables, entreprit de prouver que les Infusoires ne peuvent provenir que d'œufs véritables; et, pour justifier l'an- cien principe omne vivwn ex opo, il voulut démontrer chez ces animalcules l'existence de tous les organes génitaux qu'on re- trouve chez les animaux les plus complexes. Reconnaissant avec raison que. chez eux, il n'y a pas accou- plement , ou concours de deux individus pour la fécondation , F. DU.TARDirf. — Sur les Infusoires. i^n il crut avoir le droit d'en conclure qu'ils devaient être herma- phrodites; puis, après s'être contenté d'abord de donner le nom d'oeufs aux pailicules dans lesquelles un lufusoiie se décompose par diffluence, il voulut nommer organes génitaux mâles, d'une part, des nodules ou certains corps plus consistans, qui , se dé- composant moins facilement quand l'animalcule vient à diffluer, durent être les organes sécréteurs ou les testicules ; et d'autre part, les vacuoles contractiles et toujours remplies d'eau près de la surface , les mêmes que Spallanzani avait soupçonnées être des organes respiratoires , et qui furent des vésicules séminales. Son principal argument pour démontrer la signification de ces derniers organes, c'est l'analogie des Rotateurs ou Systo- lides, analogie que je crois de tout point imparfaite , et qui est contredite même par le fait de l'existence des œufs qui chez ces derniers sont très volumineux proportionnellement , comme en général chez tous les anunaux. inférieurs où leur existence est démontrée, tels que les Helminthes, les Polypes , etc. ; au lieu que les granules pris pour des œufs par M. Ehrenberg dans les vrais Infusoires, ces granules qui restent après la diffluence, sont chez quelques espèces |jarmi les plus grandes, gros de W^r à T^ de lignes , ce qui ne fait que r^ à vh et même rb de la lon- gueur de l animalcule (i). Dun autre côté, la signification don- née à la vessie contractile desSystolides est très contestable elle- même, comme celle de tous les organes qu'on a cru deviner à priori. M. Ehrenberg qui déclare (2) n'avoir pu voir de communica- tion vasculaire entre les prétendus organes génitaux des Infu- soires, toujours à cause de leur délicatesse , et qui cependant , d'après des analogies quelconques , veut faire croire au passage d'une liqueur spermatique des testicules dans la vessie contrac- tile , et de là par des canaux invisibles sur les œufs disséminés (i) Chez le iJonas giiitu/a , \\ fixe cette grosseur à i|3odu diamètre de rauimalcule, ce qui fait i|5-6o de ligne. (i; ElireiiLcrg. Zusaize zur Erkcnntiiiss, clc. i836 , p. 1 7 « Ua die Zariheit der hier abzu- liandflndon Objerte hislier nielil cilaiible , den Gefdss-Zusamiiienbaus diejer Orjjane mil dea uhrigen koi'perlhfilcn dirvct zu vrksiiDcn. » agS F. DUJARDiN. — Sur les Infusoires. dans toutes les parties d(i corps; qui n'a point vu d'animalcules sperniatiques dans ces prétendus organes génitaux mâles, tandis que les distomes dont il invoque l'analogie , en ont montré à M. Siebold (i) , qui n'a point vu éclore les prétendus œufs (2) et qui tout en reconnaissant que pour être fixé définitivement sur leur nature il faudrait avoir vu au moins des coques vides après l'éclosion, trouve dans leur couleur blanche , jaune , verte, bleue, brune ou rouge , un argument suffisant pour se pronon- cer ; M. Ehrenberg, dis-je, a été conduit à interpréter ainsi les parties réelles ou supposées des Infusoires, par le seul besoin de compléter l'organisation de ces êtres , ou tout au plus par de fausses analogies, telle que celles des Rotateurs, des Planaires , et des Distomes. Il fait servir les œufs à prouver la signification des organes mâles, puis, prenant celle-ci pour 'Jémontrée , il s'en sert pour démontrer la signification réelle des œufs: et, c'est après avoir ainsi tourné plus d'une fois dans un cercle vi- cieux qu'il dit avec assurance : « En démontrant depuis iSSa « la présence des glandes sexuelles mâles et des œufs dans « tous les individus d'une espèce quelconque d'Infusoires , et « la manière dont ces organes se composent dans la division « spontanée , je crois avoir acquis une base scientifique so- « lide pour ces recherches ; la réalité d'une fécondation que « Schvi^eigger , encore en 1820, regardait comme un argument « contre l'existence de véritables œufs, trouvera dans ces rap- « ports, confirmés par la remarquable vessie contractile, un appui « d'une solidité incontestable jusqu'à ce qu'il ait été complète - « ment démontré que les granules pris par moi pour des œufs , « laissent effectivement éclore des jeunes Infusoires en forme de a MonacleSjOU hienjusqu à ce qu il ait été positivement démontré (i) Miiller's Archiv. fur Anatomie, i836, p. 5i. (2) Il s'exprime ainsi dans son mémoire de i836 {Zusiitze ziir , etc., p. 6 ) : « L'éclosion d'un jeune animal polygastrique sortant d'un de ces oeufs, laquelle en fixerait une fois pour toutes la nature, ou même de< coques laissées vides après l'éclosion, n'ont point encore été obser- servées, parce que leur ex Irème petitesse y opposeuue mande Jifficulté ; mais tous les phcno— mènes observables, tous les rapports el jusqu'à la couleur ordinairement vive et souvent verte , jaune, bleue, brune , rouge ou laiteuse du vilellus permettent de croire, avec une extrême- ment grande vraisemblance, que telle est leur signification. » F. DUJARDiN. — Sur Ics Iiifusoires. 2^9 « que leur nature est différente. Yiç.^ opinions sans observations o exactes, n'ont en vérité absolument aucune valeur [Infusions- K thierchen... i838 p. 382 ). » Si une pareille argumentaiion pouvait être acceptée par les ju^es compétens, et s'il était admis qu'un auteur eût le droit de donner l'autorité de la vérité à des opinions plus ou moins pro- bables sinon hypothétiques, en récusant d'avance toute objec- tion de quiconque n'aurait pas préalableineut démontré la vraie nature des objets en litige , il faut convenir que le cas serait bien choisi : en effet, il n'est pas présumable que de long-temps on parvienne à démontrer (et il faudrait cela) des communications vasculaires , autres que celles supposées par l'auteur allemand dans les prétendus organes génitaux des Infusoires , ni que l'Qn démontre la vraie structure de ce qu'il prend pour des œuts, car il est physiquement impossible dans letat aciuel de nos con- naissances optiques de déterminer seulement la forme exacte d'un corps globuleux ou polyédrique de ijaooo de ligne ( 1I900 millimètre environ. (1) Mais suivons cet auteur lui-même dans le développement de ses opinions sur la génération des Infusoires; c'est le meilleur moyen d'apprécier au juste ses assertions Dans son premier Mémoire (1828-1 8'3o), sur la distribution géographique des In- fusoires, il s'efforce de prouver que les germes de ces animal- cules ne peuvent être apportés par l'atmosphèie (2) dans les in- fusions^ ce qui, tout en contrariant l'opinion de Spallanzani, ne (i) Go peut déterminer approximativement avec assez d'exactitude , l'éparsseur d'un Cla- ment beauroup plus mince, mais on ne pent |)reiidre idée de sa structure ; les corpuscules san- guins ont au moins i|i5o miil ; les petits crains de ])ollen dont on apprécie bien la structure ont ijSo mill. et [dus ; d'un autre coté, des séminulcs de moisissures de ijaGo inill. ne mon- trent rien de distinct à l'intérieur, à j>lus forte raison il doit en être de même des prétendu^ œufs de polygastriques. (2) Die geograpliischeVerbrr-ilungderlnfusionsthierclien, etc., iSîS-So, p. i3. Il dit n'a- voir pu trouver un seul Infusoire dans l'eau de la rosée nouvellement recueillie: mais, jjour que l'expérience put réellement être comparée avec colle de Spallanzani , il eût fallu mettre infuser avec c tle rosée pure , des matières oigauiques soumises à un certain degré de chaleur ; de cette manière , les germes , .s'il» étaunt dans la rosée, auraient pu se développer. Il est pré est devenu libre eu è', et paraît être un nouvel animal de forme globuleuse; l'autre cordon s'est étiré davantage et le lobe c est près de se séparer ; les vacuoles sont plus claires à cause de la distance moindre de l'objet au microscope. En D 3 une autre Kerone de la même espèce est représenti'e telle qu'elle a été découpée accidentellement par la pression enti'edes Ulamens de cooferve; le lobe central présente une large vacuole correspondant à la bouche. Le tout a continué de se mouvoir autour de son centre pendant plusieurs heures. La Paramécie ( Puramecium aurelia fig. E j fait voir comment le carmin, dans les expériences de coloration artificielle, pénètre dans les vacuoles ou vésicules stomacales , qui se forment successivement au fond de la cavité buccale creusée par l'effet de l'impulsion que communi- quent les cils au liquide extérieur. Les vacuoles ou vésicules stomacales une fois séparées du fond de cette cavité par le rapprochement des parois , n'ont plus aucune connexion entre elles ni avec la bouche, elles se meuvent à l'intérieur par suite du refoulement de la substance charnue houiugcne dans laquelle elles se sont creusées. La même espèce de l'araraéeie(^^'. E 3, * J ( mais non le même individu ) tenue captisc entre des lames de verre, a montré les vési- eulet en étoile de Spallanzani a a, lesquelles un peu plus lard {Jig. E 4 ) soui devenues de grandes vacuoles irrégulicres avec des (races de plis rayonnant du centre à la circoufércnce. 3i4 F- BUJARDiN. — Sur if's Jn/usotres. Dans ces iiifusoires ainsi captifs, élargis par lu compression, et ne trouvant plus dans le liquide anibiaut les élémeiis uécessaires à la respiration ou à l'eatretieu de la vie, uu voit les ▼actioles ou vésicules intérieures devenir plus nombreuses et plus grandes, et en même temps la matière glulineuse intérieure exsude ou se répand au dehors en larges disques sur plusieurs points du contour. On ne peut aduietire que ces exsudations de sarcode soient enveloppées d'une membrane extensible ; car on ne voit aucun cils à la surface , ce qui devrait cependant avoir lieu si un tégument général les recouvrait ainsi que le corps , et d'autre part le mouvement des cils sur le reste du corps détermine dans ses exsudations une agitation ou même un mouve- ment circulaire , indiqué par la flèche en c, comme si elles n'étaient qu'une simple gelée. J'ai Yu plusieurs fois des vacuoles se former spontanément dans ces exsudations comme dans la figure (F. /|);mais n'ayant point sous les yeux le dessin que j'en ai dû faire, je n'ai pas voulu représenter de souvenir seulement cette particularité. Kn S et en d dans ces mêmes Paramécies on voit des corps réfractant la lumière d'une antre manière que les vacuoles ou vésicules ; tandis que celles-ci agissent à la manière des lentilles concaves; les corps /> et f/ jouent au contraire le rôle de lentilles convexes. Le corps d est ce que M. Ehrenberg nomme le teslicule ; quant à moi , je ne sais quelle est sa signification. Les corps 6, par leur position, paraissent être des corps étrangers avalés jar la Paramécie, et entraînés près des bords ou des extrémités par le refoulement de la sub- stance intérieure. J'ai vu distinctement, dans une infusion de farine, des grains de fécule avalés par des infusoires et logés de cette manière dans leur corps. On voit souvent sur les expansions sarcodiques des infusoires mourans des particules solides agitées du mouvement Brownien plus vivement que dans le reste du liquide : je n'ai pu me rendre compte de cette particularité. Les figures F et G représentent des Kolpodes de Muller , et présumablement l'espèce que cet observateur a nommé K. cucullus. Leur forme les avait fait nommer des cornemuses par Joblot ; mais suivant M. Ehrenberg on doit nommer Kolpodes les espèces ciliés seulement à la partie antérieure. Ainsi la figure F d'après- ce naturaliste, serait la Paramécie Koîpodc ; quant aux infusoires représentés par les figures G, comme ils ont la bouche munie d'une valve ou lame vibratile , ce sont des Glaucoma de M. Ehrenberg. Les ûg. Gi, Ga, G3, malgré leurs différences, appartiennent à une espèce ^/ai/coTOa scintillans Ehrenberg. La figure G i repré- sente une espèce nouvelle G. widis, caractérisée par sa couleur verte et par la position de la bouche occupant le tiers ou le quart de la longueur totale au-dessus du centre. Le Kolpode des figures F r, Fa, est vu dans l'état normal; la différence de teinte plu» claire ou plus foncée des vacuoles provient uniquement de la distance plus ou moins grande laissée entre l'objet et les lentilles du microscope. Les vacuoles ou vésicules étant occupées par l'eau qui réfracte la lumière moins que ne le fait la substance charnue de l'infusoire , joue le rôle de lentilles concaves, c'est-à-dire qu'elles rendent divergens les rayons parallèles qui les traversent, et leur donnent un foyer virtuel .situé du côlé de la lumière incidente. Par consé- quent, la figure F i correspond à un éloignement un peu plus grand, et la F a à un éloigne- ment un peu moindre de l'objet. On remarque dans la figure F i un anneau plus lumineux au- tour des vacuoles plus sombres ; cet effet de réfraction a été pris par Gleichen pour l'indice de l'existence d'une enveloppe mucilaginense, analogue à celle des œufs de grenouille, et c'est là seulement ce qui lui a fait dire que les vésicules intérieures sont les œufs des infusoires. La figure F 3 montre dans l'infusoire modifié par un long séjour entre les lames de verre, le centre oocupé par une masse granuleuse , ou par un disque de substauce charnue, de sorte qu'il reste autour un anneau occupé seulement par de l'eau, comme les figures l>,l>' le montrent avec un grossissement plus considérable; i étant l'apparence offerte quand on diminue la distance F. DU JARDIN. — Sur les Infusoires. 3i5 de l'objel au microscope, et A' celle du même objet quand la dislauce est augmentée. Le Kol- jMjde F 3 montre en b cej qu'on^a nommé le testicule. La figure F 4 montre le même Kolpode près de mourir et entourée des exsudations de la substance glutineuse intérieure ou du sarcode ; une des expansions sarcodiques d s'est creusée spontanément de vacuoles toul-à-fait semblables à celles de l'intérieur. La fi^nre F 5 est en- core le même Kolpode dont la difiluence a été activée par l'approche d'un flacon d'ammonia- que; un courant accidentellement produit dans le liquide tend à entraîner l'infusoire presque mort, et les expansions sarcodiques adhérentes aux verre sont étirées de manière à mieux mou- trer encore leur nature. Des globules réfractant fortement la lumière se voient en grands nombre; ils avaient déterminé la formation de vacuoles autour d'eux, et paraissent être des corps avalés par l'animal durant sa vie. Les Glaiicoma G 2, G 3 , montrent dans leurs vacuoles ou vésicules des noyaux granuleux comme le Kolpode F 3. Leur forme , analogue à celle des vrais Kolpodes, parait aussi dériver de celle des Paramécies, dans lesquelles la bouche est surmontée par une saillie volumineuse dont les cils servent à exciter les tourbillons dans le liquide , et à amejer les alimeus à la bouche. La figure G i est celle d'un Glaucoma coloré artificiellement par du [carmin depuis plus de douze heures; la couleur n'occupe plus des vésicules distincte», elle est interposée dans la sub- stance charnue de l'intérieur, où elle a été amenée par le mouvement de translation des vé.sicu- les qui la contenaient. Dans ce même infusoire, qui commence à souffrir de son séjour prolongé dans la même eau , on voit deux grandes vacuoles occupées par l'eau seulement. La Ggure G 4 est la nouvelle espèce de Glaucoma ; les vacuoles remplies d'eau qu'elle pré- sente sont disposées sur le contour, comme le carmin dans la figure précédente. Nota. Toutes ces figures sont grossies 3oo fois environ. Lettre sur les Crustacés colorés en rouge qu'on rencontre dans les marais salans , adressée à C Académie des Sciences le 5 no- vembre i838, Par M. Payen. Lorsqu'à mon retour d'un voyage en Italie, j'eus l'honneur de vous adresser quelques observations sur les colorations rouges naturelles des marbres et des marais salans, je ne de- mandai point de rapport. «!• Mais aujourd'hui, la discussion ouverte par le savant M. Du- mas ayant répandu plus d'intérêt sur ces phénomènes, je ne dois plus ciaindre d'abuser des momens de l'Académie en lui soumettant, à l'appui de mes observations premières, des faits .nouveaux qui leur donnent d'ailleurs de curieux développe- meus. 3i6 PAÏEN. — Crustacés des marais salans. Me trouvant en i836 à Serravezza, je fus consulté par M. Henraut, propriétaire dts belles carrières ouvertes par Mi- chel-Ange, sur la cause de certaines taches rouges du marbre blanc, attribuées au fer peroxidé. Je cru reconnaître sous le microscope qu'elles étaient dues à un végétal globuliforme dont, à mon retour en France, je soumis la détermination à M. Turpin. (i) Lorsque je passai à Marseille, je me rendis, suivant le conseil que m'en avait donné M.Dumas, à la saline de Marignane, dans la vue d'examiner la coloration de ses marais salans. L'obligeance de MM. Julien et Frémerat me permit de re- cueillir et de rapporter vivans à Paris des petits Crustacés, dans lesquels une couleur ronge me parut coïncider avec les phéno- mènes en question. M, Audouin détermina l'espèce de ces petits Crustacés et leurs affinités avec les habituns des solutions salines de plusieurs contrées. M. Turpin ayant découvert dans les Artemia que je lui avais données des végétaux rudimentaires semblables à ceux qui rou- gissent les marbres en Italie, la transparence des membranes des petits Crustacés semblait permettre d'attribuer leur couleur rouge au Protococcus kermesinus ingéré , et , par suite , la coloration des marais salans a.\\x Artemia salina , qui sont ame- nées en une sorte d'écume rouge à la surface des eaux salées , lorsque la densité maxime de celles-ci les contraint à surnager. Mes essais sur la coloration en rouge , en blanc , en bleu et en noir du canal intestinal de ï Artemia salina, étaient en par- faite harmonie avec le fait indiqué par M. Turpin. M, Audouin avait d'ailleurs observé sur les individus vivans à Paris les mêmes phénomènes dont j'avais été témoin. Il avait en outre reconnu , en changeant le liquide et variant la densité par des solutions d'eau claire et de sel commun, que les Artemies, d'abord rouges, se décoloraient du jour au len- demain , puis reprenaient au bout de quarante-huit heures leur coloration. ( i) J'ai prouvé depuis que les taches rouges des marbres de Versa/lles sont dues à une aulr» i cause. PAYiN. — Crustacés des marais salan 3j7 Ces alternatives furent reproduites plusieurs fois pendant quinze jours, alors même que l'examen le plus attentif ne put faire découvrir aucune trace de substance colorée dans les solu- tions où les petits Crustacés nageaient. Ces faits ne permettaient guère d'admettre la cause exclusive attribuée par M. Dunal à la coloration des eaux salées. Aussi, pendant son dernier voyage, M. Audouin s'empressa- t-il de profiter de l'occasion qui lui était offerte pour examiner attentivement le phénomène sur les points mêmes où M. Dunal l'avait observé. i Accompagné de ce savant, M. Audouin se rendit aux marais salans de Villeneuve : là, il fut constaté par M. Dunal lui-même que les eaux des rigoles qui entouraient et alimentaient certains bassins ne contenaient pas de protococcus discernables. Cepen- dant M. Audouin y trouva des Crustacés qui presque tous étaient colorés en rouge ; leur canal intestinal surtout offrait cette co- loration avec une grande intensité : il n'y eut pas alors le moindre doute émis sur ce fait, et M. Dunal, qui ne l'avait point encore observé , en demeura fort surpris. On en cherclia l'explication. M. Audouin pensa que dans ces eaux le Protococcus pouvait exister incolore , et le développe- ment de la coloration avoir lieu après l'ingestion dans le canal intestinal du Crustacé ; qu'ainsi l'apparition de la couleur rouge, en supposant qu'elle fût due aux Protococcus dans les eaux très denses, pouvait cependant être développée à la faveur du petit Crustacé antérieurement à l'époque où celte densité maxime de l'eau arrive. II me semble d'ailleurs qu'en suivant par leur extrême mobi- lité les mouvemens progressifs des eaux depuis les réservoirs jusques aux tables à sauner, les Ariemies doivent servir de véhicules à la matière colorante et aux petits Cryptogames globuleux qu'ils ont avalé, et qui, sans cette circonstance, dé- posés dans les premiers bassins, ne se renouveleraient peut-être pas en aussi grand nombre dans les tables à chaque opération. Les premières recherches de M. Dunal à ce sujet , ainsi que les développemens présentés par M. Auguste de Saint-IIilaire, peuvent tiè-. bien se concilier avec cette manière de voir. 3 18 PAYEN — Crustacés des marais salans. En résumé , il me paraît bien constant , ainsi que je l'iivais annoncé d'abord , que ces petits Crustacés colorés en rouge sont amenés à la superficie des eaux et contribuent au phénomène de la coloration des marais salans de la Méditerranée : ces Crus- tacés , d'après la détermination qu'en a donnée M. Audouin , sont des Artemia salina. Le petit Cryptogame dans lequel réside une des causes que j'avais signalées de la coloration des marbres, a été découvert par M. Turpin dans le canal digestif des Artemia que j'avais rapportées. Ce Protococcus kermesinus fut observé par M. Dunal dans des eaux où je n'avais point eu l'occasion de le voir. M. Audouin a constaté , en présence de M. Dunal , que des Artemia salina colorés en rouge nagent dans des eaux des sa- lines où l'on ne peut observer le Protococcus kermesinus. Le Protococcus kermesinus ainsi que \ Artemia salina , sont incolores dans les parties intégrantes de leurs tissus propres, et doivent l'un comme l'autre leur coloration rouge à une matière étrangère. .'.) Enfin il reste à démontrer si, dans certaines circonstances et dans quelques localités , le phénomène périodique de la colora- tion superficielle des eaux prêtes à sauner peut avoir lieu sans la coopération des petits Crustacés. M. Dumas avait appelé mon attention sur ce phénomène , parce qu'alors on en ignorait entièrement l'origine, bien que la présence de petits Crustacés rouges eût été signalée dans les eaux naturelles , salées ou alcalines de diverses contrées. Quelle que soit , en définitive , la part d'action de ï Artemia salina et du Protococcus kermesinus sur la sécrétion et le trans- port de la matière colorée ronge, j'aurai peut-être contribué à résoudre le problème , et je ne pouvais prendre pour cela une voie plus sûre qu'en apportant aux personnes les plus compé- tentes les objets mêmes que j'avais observés , recueillis et con- servés avec soin. T. H. DE SIEBOLD. — BlvalvCS. 3 It) Sur un organe énigtnatique propre à quelques Biuali^es, i. Par M. Ch. Th. de Siebold à Danzig. (i) '^ Il existe au bout antérieur du pied de quelques Bivalves un ganglion notable, décrit par Mangili sous le nom de ganglion central , et on aperçoit dans le voisinage de ce ganglion un organe singulier, double, qui paraît avoir échappé jusqu'à ce moment aux recherches des anatoraistes. M. Siebold l'a trouvé la première fois chez le Cyclas cornea. En comprimant le pied de ce mollusque entre deux lames de verre , on voit aux deux côtés du ganglion central un petit réservoir rond , composé d'une masse élastique, opaque, et tenace, contenant au milieu un nucleus parfaitement transparent, d'une forme ronde, aplatie. Ce nucleus flotte tout-à-fait librement au milieu de ce réservoir , ou plutôt il s'y balance continuellement par un mouvement oscillatoire sans toucher la paroi interne de cette cavité. L'auteur croit que ces noyaux sont encore entourés d'un fluide. ub mW) La blessure du réservoir en détermine la contraction , et empêche de cette manière les mouvemens du nucleus. La trans- parence de ce noyau n'est pas troublée par l'alcool ; l'acide nitrique afffjibli le dissout sans développement des bulles d'air. Pressé entre deux lames , il se foi»me des déchirures qui se dirigent du centre vers la périphérie, et on entend une dé- crépitation. Il se sépare enfin en pyramides plus ou moins I obtuses, dont la pointe se trouve au centre du nucleus. Notre auteur conclut de ces observations que ce noyau est composé d'un sel (peut-être calcaire), dont la cristallisation se mani- festerait aussi de la manière suivante. On observe au centre du noyau un petit trait, traversé par un second sous une di- rection verticah? ; si le nucleus se trouve posé sur le champ, on aperçoit un troisième trait au centre. Cet organe se trouve même dans les embryons de la longueur d'une ligne à i/G de ligne. Le diamètre du réservoir est de (i^ Extrait dft Atrliivi-s J'Aiialuniic , l'hyMologie,! II-., [arAhiIlLi. Ucrliii, iS^iS, cahier t. Cuo>iiiuiiii|ui- par M. Mdiidl 320 T. H. DE SIEBOLD. BivolvCS. o,o/| de ligne anglaise (i,o8 de millimètre), et celui du nucleiis de 0,02 de ligne anglaise (o,54 de millimètre), chez les individus de 5 lignes rhénales de longueur. Le diamètre des réservoirs des individus d'une ligne rhénale de longueur n'est que de de 0,02 de ligne anglaise, et celui des noyaux de 0,007 ^ 0,009 de ligne anglaise. M. Siebold a trouvé le même organe chez le Cyclas rivicola et C. lacusiris. Il est plus difficile à trouver chez \ Anodonta anatina, VUnio pictorum et MU. tumida. En observant les réser- voirs de ces derniers Bivalves avec le microscope, on y voit le noyau qui offre l'apparence d'une boule de verre qui tour-, nerait sur son axe. Séparés de leurs réservoirs les noyaux restent immobiles dans l'eau. Les caractères chimiques de cts corps sont les mêmes ; ils sont de plus transparens au jui- lieu, et on y voit quelquefois deux ou trois anneaux concen- triques. Enfin pressés entre deux lames, ils se séparent en cou- ches concentriques. Le diamètre du réservoir est chez une ^nadonia anatina de 2 1/2 pouce rhén. de longueur, de 0,1 et celui du noyau de o,o4 de ligne anglaise. Le Mya arenaria , le Cardium edule et le Tellina fragilis , sont pourvus des mêmes organes, et chez le Mya et le Cardium on croit apercevoir une corde nerveuse , qui établit la commu- nication entre le ganglion et cet organe. ^ Ni le Mytilus JVolgae, ni le M. edulis, ni l'embryon de 1'^- nadonta anatina ne possèdent cet organe. L'auteur n'a pu trouver de cils vibratoires ni à la surface du nucleus, nia la paroi interne du réservoir. Il discute ensuite en quelques mots la signification de cet organe, et se demande s'il pourrait remplacer les yeux? Si cette opinion trouve quelque appui dans la manière dont se meuvent les Cyclades, chez qui le bout des pieds se trouve toujours hors de la coquille, d'un autre côté on ne pourrait concevoir l'usage de pareils organes chez les Unio et les Anodontes, dont les pieds se trouvent tou- jours dans la fange. Il ne parait pas non plus que cet organe soit en rapport avec les fonctions génitales , parce qu'on le trouve même chez les embryons. M. Siebold se propose de continuer ses recherches à ce sujet. WILNc^oWards. — S/ir h nature des Polypiers. 32r ^rlO Ifi'jrinoiJiii ,-« jL' f.b l'iOH. ni: • .indlidéii Oeservations sur la nature et le mode de croissance des Polypiers. '". . ."".,"' i Par M. H. Milne Edwards, ^.j^ ^^^'I, g^^,.^ .9Vâiv § I . Parmi les faits curieux que nous offre, en si grand nom- bre, l'histoire des Polypes, il en est un surtout qui doit exciter au plus haut degré notre intérêt, car il se rattache à une des propriétés les plus singulières de ces animaux si bizarres, et se lie d'une manière intime à de grands phénomènes géologiques qu'on est étonné de voir résulter de forces si minimes. Je veux parler de la formation de ces corps solides ou Polypiers, dont la dureté et le volume contrastent quelquefois si vivement avec la délicatesse extrême et la petitesse presque microscopi- que des êtres qui les produisent. On connaît le rôle impor- tant que ces Zoophytes ont joué dans la formation d'un nombre I considérable d'immenses roches, dont les puissantes assises, composés en grande partie de débris de Polypiers, recouvrent des contrées entières, et dont la date remonte aux époques les plus reculés de l'histoire physique du globe; on sait aussi que de nos jours, de même qn'antrefois, les dépouilles solides des Polypes, ammoncelées au fond des eaux, comme dans un vaste charnier, stiffisent à produire des rescifs et des îles. Mais fii l'on cherche à s'expliquer comment ces frêles architectes exécutent de pareils travaux, on se trouve bientôt arrêté, car on ne sait presque rien sur la nature intime des Polypiers et sur leur mode amarck, ces Polypiers sont dès corps (jui nofjfrent aucune trace d'organisation, qui ne vivent pas et qui ne font X. /ouL. — Dccemèrr. ai 3^» MiLNiî EDWARDS, — SiiT la noture des Polypiers. nullement partie des animaux qu'ils contiennent (i); pour rendre sa pensée d'une manière encore plus claire, il ajoute que ces Polypiers sont toujours extérieurs aux êtres qui les habitent, et il les compare au guêpier qui sert de demeure aux guêpes (-2); enfin il explique la formation de ces habitations par une transsudation de matières gélatineuses et terreuses qui se ferait à la surface du corps des Polypes, et qui se moulerait sur cette surface, comme la coquille d'un mollusque se moule sur le manteau de cet animal, ou plutôt comme le tube cal- caire d'une serpule se forme autour de l'Annelide qui le se- crète. Cuvier, dans ses premiers écrits, avait professé sur ce sujet une opinion différente : « La partie dure ou la croûte qui revêt les Polypes, disait-il, paraît faire partie de leur corps et noître avec eux par intus-susception (3); » mais par la suite il se rangea évidemment de l'avis de son savant collègue , car, dans les deux éditions de son règne animil, il dit expressément que les Po- lypiers sont toujours formés par dépôt et par couches comme l'ivoire des dents. (4) 'ov 'ib Anuol'» J;>?* nn'rjp Lamouroux, dont les travaux sur l'actinologie sont cités à chaque instant par tous ceux qui s'occupent de cette branche de la science, dit aussi que les Polypiers se forment par dépôt à U surface extérieure de l'animal, et il va même plus loin que Lamarck, car il assure que, dans le jeune âge du Polype, il existe une membrane téguraentaire destinée à la sécrétion de la ma- tière dont cette croûte se compose, et qu'aussitôt la croissance de l'animal terminée, cette membrane se flétrit et disparaît, en sorte que le corps de l'animal ne reste plus en connexion avec sa lo£;e inorganique, que par le pourtour de l'orifice de cette cellule. -j Enfin, M. de Blainville,tout en adoptant les idées de Lamarck (i) Hist. de« anim. sans vcri., première éd. tom. ii, p. 60. et deiuièmeédiut.. ii.p, 8a. ^ ' l'iijjnil h' itj''- Il i-: i OlJpi'.O ifj lfi § a. Le premier fait qui m'a porté à soupçonner la vitahté dans ces Polypiers, réputés inorganiques, m'a été fourni par une belle espèce deSertulaire que j'ai trouvée sur les côtes de la Provence, et que je crois être nouvelle (3). Les Sertulaires, comme on le sait, sont pourvues d'une gaîne solide dont la con- sistaoce est assez analogue à celle de la corne, et dont l'aspect :»U«5f«no:j i.i ar (1) Voyez l'article Polvpier du Dictionnaire dos Sciences aatiirelles , t.' Va; p. 37*. >'" ■ . Ji. ,,•,.;. fa) Manuel d'actinologie, pageSio. ^'J ' . . .l{dq • tSO il ,1, ,()j I.a Scrtuliire bordée, Nok. . 5a4 mÛne Edwards. — Sur îa nature des Polypiers. rappelle tout-à-fait celui d'une plante grêle et rameuse; cette gaîne constitue le Polypier , et dans son intérieur se trouve une substance molle et parenchymateuse qui forme aussi un tube; et qui, dans toute sa longueur, est creusée d'une sorte de cavité' stomacale tubulaire, commune à tous les individus d'une inême agrégation.D inslaSertulaire dont il est ici question, l'espèce de tige, formée par la gaîne tégumeutaire de la série principale de ces Polypes agrégés, varie beaucoup en grosseur, et ces varia- tions coïncident avec des différences d'âge; dans les jeunes pieds, et dans toute la partie noiivellcment formée des tiges dont le développement est même très avancé, le diamètre du Polypier est très petit , tandis que vers la partie inférieure de ces mêmes tiges, déjà vieillies, sa grosseur est beaucoup plus considérable et dépasse souvent du double ce qu'elle était dans le principe: Au premier abord on pourrait penser que cet accroissement en diamètre dépendrait de l'adilition de couches nouvelles à la surface externe du tube tégumeutaire primitif; mais si l'on fait une section transversale de la tige là où elle présente les dimen- sions les plus différentes , et qu'on en examine la coupe au micros- cope, on verra que les parois du Polypiei» ont conservé ; èlh' grandissant, la même épaisseur, et que, ()ar les progrès de l'âgée' la cavité intérieure, remplie par le parenchyme mou des Poly-' pes, s'est élargie au point de pouvoir loger à l'àise un corps dii ' diamètre du jeune tube tégumeutaire tout entier. Or, un chau- ^ gement pareil ne peut dépendre que d'une véritable croissance, et ne peut s'expliquer que par l'effet d'un mouvement nutritif moléculaire, mouvement qui suppose dans les parties qui en sont le siège , l'organisation et la vie. ''''''' -'-''Vy^ <"> ''^^^^ ip rrtiftjnl'i'j^,9b otyfjqas all.ad •>nir § '6. Dans d'autres Polypes de la même famille, on remarque* aussi des phénomènes qui indiquent clairement là vitaHté de l'enveloppe tégumenlaire, lors même que cette gaîné sbKde a'- déjà acquis toute {épaisseur et toute la consistance qu'elle doit avoir. Ainsi, dans les Antenuulaires, dans plusieurs espèces de Plumulaires , et dans quelques Sertulaires, lé tube semi-corné de la tige de ces touffes d'aspect phytoïdé , cesse bientôt de ^e dilater ; mais à une certaine époque sa surface externe MiLNE EDWARDS. — • Siif la nature des Polypiers. 3-:t5 produit des excroissances filiformes qui s'avancent en ram- pant tantôt vers la cime du Polypier, tantôt vers sa base. Ces filamens cornés et tubuleux comme la gaîne dont ils provien- nent , s'y soudent dans tous leurs points de contact, et souvent donnent à leur tour naissance à des branches semblables à eux- mêmes, de sorte que par les progrès de l'âge, la lige qui d'a- bord était simple et grêle, grossit considérablement et se trouve composée d'une multitude de tubes réunis en faisceau. Enfin la croissance de ces parties dures ne s'arrête pas encore , et dans les portions de la touffe qui sont parvenues à ce que l'on .peut considérer comme la vieillesse de ces êtres singuliers; il naît de la surface externe du Polypier une multitude d'autres filamens semi-cornés qui se ramifient tout à l'entour, comme le chevelu des racines chez les plantes, et qui servent à fixer celui- ci plus solidement aux corps voisins. Cette espèce de végéta- tion me paraîtrait impossible si le Polypier qui en est le siège était réellement un carps inorganique, et elle fournit, ce me semble, une preuve évi<^lente de l'existence de la vie dans l'en- veloppe tégum^ntaire de ces animaux agrégés. § 4» Si l'on conservait encore quelque doute à cet égardj il^ suffirait, pour la dissiper, d'observer la manière dont une Scr- tulaire se multiplie par bourgeons. 11 arrive souvent de trou- ver ces Polypes solitaires dans le jeune âge , et alors leur tube extérieur ou Po/ypier ne présente ni orifice latéral , ni rami- fications; mais à une certaine période de son existence, l'animal produit dans l'intérieur de sa lige des bourgeons reproducteurs, et la manière dont ces nouveaux jets se développent répand beaucoup de lumière sur la nature intime du Polypier. Eu elfet, si la gaîne solide de la Sertulaire était, comme le veut Lamarck, i^ne sorte de croûte inerte et sans cormexions organiques avec la partie intérieure et vivante de l'animal, lebourgeon qui prend naiss;ince dans sor) intérieur ne pourrait se développer avant que d'avoir détruit, par résorption ou autrement, la paroi du Polypier contre laquelle il viendrait se heiu'ier,et après s'être frayé ainsi un chemin au dehors, il devrait .s'avanter plus ou moins loin avant que de se revêtir de la gaîne solide, résultat 326 jiilnV; KDWAUDs. — Sur la nature des Poî) piers, de la conciélion des lîiatières exsudées à sa surface; le nouveau tube tégumentaire, ainsi formé, devrait être toiijours précédé dans son apparition par le tissu parenchymateux intérieur, chargé de lé sécréter, et son extrémité serait ouverte dès le principe; enfin les diverses parties de la jeune branche du Poly- pier, une fois produites, ne devraient plus changer de forme si ce n'est par suite de l'allongement de leurs bords ou du dé- pôt de nouvelles couches à leur intérieur. Mais les choses ne se passent pas [ainsi. T-orsqu'une nouvelle branche commence à pousser, on voit d'abord le Polypier lui-même éprouver des mo- difications qu'on ne peut expliquer qu'en supposant son tissu animé d'un mouvement nutritif analogue à celui qui existe dans uq os dont la forme vient à changer par suite du développement d'im exostose à sa surface. Le tube semi-corné, ou plutôt carti- lagineux di» Polype adulte, présente dans un point déterminé une sorte d'excroissance latérale dont la cavité communique avec l'intérieui" du tube générateur, <^t loge un prolongement de la substance parenchymateuse i-enfermée dans ce dernier. Ce tubercule grandit rapidement et constitue bientôt un long tube de consistance cornée, semblable en tout à la tige qui le porte, mais terminé en cul-de-sac à sou extrémité libre; cette extrémité se renfle ensuite en une sorte d'ampoule dans l'inté- rieur de laquelle on voit se développer peu-à-peu la portion terminale et mobile du jeune Polype; ses dimensions augmen- jtent beaucoup sans que l'épaisseur de ses parois changent no- tablement: enfin son sommet qui adhère aux parties molles intérieures s'infléchit en dedans, s'aujincit, etfinit par disparaître de façon à ouvrir la cavité fermée jusqu'alors, et à permettre à l'animal de déployer au dehors son appareil tenlaculaire (i). On voit, par conséquent, que le Polypier des Sertulaires croît réellement , et pour se développer de la sorte il faut néces.saire- ment adhiettre qu'il est organisé et doué de la vie; ce ne peut donc être' une simple croûte moulée sur la surface du corps (i) J'ai eu l'occasion de nonstaler des faits de ce genre cliez un grand nombre de Serlula- riens, et un observateur très habile, M. Lister, fn a également été témoin, mais sans «n tirer , relativement à U nature du Polypier , les ronséquences qiii en découlent. ( Voyez , Spmc observations on the structure and fwicrivns of Polypi. Philos, ti'aus. i834.) AiiLKi: EDWARDS. — Sur ia nature des Polypiers. 327 (le l'animal, et il faut le considérer comme une tunique tégiunen- tairedont la substance se rapproche par sa densité du tissu qui» chez les animaux supérieurs, fbnneles cartilages permanens ou les os dans le premier degré de leur développement, § 5. Du reste, la partie tégnmentaire dcs Polypes ne présente pas toujours cette rigidité singulière, et, dans certaines familles, elle est tour-à-tour complètement membraneuse, de consistance cartilagineuse ou d'une dureté osseuse, sans que sa conformation soit d'ailleurs modifiée et sans qu'il soit possible de méconnaître dans la gaine rigidedes uns l'analogue de la tunique membraneuse des autres. Ainsi^chez les Polypes des genres Vesiailaria ^X-Deda": loea, le corpsde l'animal se compose d'un sacovoïdede consistance membraneuse. dont l'extrémité antérieure, garnie d'un cercle de tentacules entourant la bouche, peut rentrer en elle-même comme un doigt de gant, et dont la cavité loge nn tube digestif, recourbé en forraed'anse et terminé par deux orifices distincts;enfin ce sac est fixé avec ses congénères suî- une sorte de tige rampanic d& même texture que ses parois. Personne ne songerait à. révoquer en doute la luilure organique de cette mendjran*^ tégumentaire,; et les partisans de l'opinion de Lamarck se borneraient à dire» que ces animaux n'ont pas àe polypier . Or, dans les Sérialaires toutes les parties de l'organisation sont conformésessentiellementr de même que chez ces Vésicuiaires, seulement , la tige commune et les deux tiers inférieurs du sac tégnmentaire de chacun des> Polypes ont acquis plus de consistance et présentent la même- texture que la gaîne semi-cartilagineuse desSertulariens. L'espèce de cellule, ainsi formée , se continue avec la portion raâmbm- ueuse des tcgumens de l'animal-, et ne présente ni à l'une ni à. l'autre de ses. faces une tunique molle, que l'on pourrait consi- dérer conune étant le repiésentantde la membrane tégumentaire» des Vésicuiaires et couinte servant à sécréter le polypier. On est donc naturelLemeiU. conduit à admettre que cette cellule est une portion de la tutùqiie tégumentaire elle-même, e! à penser qu'elle doit être organisée, tout aussi bien que celle des Polypes, mous dont nous venons de parler. 3s8 MiLNE EDWARDS. — Sur la nature des' Polypiers. § 6. Les Eschariens nous offrentdesmoilifications analogues, et montrent quelquefois d'une manière encore plus évidente que c'est la membrane tégumentaire du Polype elle-même qui s'épaissit et se durcit pour constituer le polypier. Ainsi, tantôt la tunique extérieure, ou, pour me servir de l'expression généra- lement employée, la cellule est entièrement membraneuse (dans le genre Holodactyle, par exemple), tandis que d'autres fois elle conserve en partie seulement sa mollesse, et revêt, dans le reste de son étendue , un aspect corné , sans que l'on puisse attribuer cet endurcissement à la formation de quelque croûte déposée à sasurface,et sans qu'il y ait entre la partie dure et la partie molle discontinuité organique. Ainsi, dans la Flustre toile de mer, la gaine tégumentaire n'est cornée que sur le bord du repli labial qui représente l'opercule , dans les lignes de soudure des diverses cellules entre elles et à l'angle de celles-ci , là où s'élève un petit tubercule arrondi ; dans le reste de son étendue , cette enveloppe est membraneuse, et , lorsqu'on l'examine à l'état frais, il est facile de se convaincre qu'elle est formée par un tissu organisé. Dans les Cellulaires, les Eucratées,etc., l'endurcissement de cette tunique extérieure s'étend davantage, et il ne reste plus à l'état ipembraneiix qu'une sorte de disque ovHlaire,'au milieu duquel se trouve l'ouverture operculifère , destinée à livrer passage à la portion protractile du Polype. Enfin, chez certaines Flustres, tels que la Flustre bombycine, toute la cellule tégumentaire offre la consistance semi-cornée, qui, dans les polypiers précé- dens j ne se montrait que partiellemert. § 7. Jusqu'ici nous n'avons parlé quede polypiers plus ou moins cartilagineux , qui conservent une certaine flexibilité , et , tout en reconnaissant que ce ne sont pas de simples croûtes inorga- niques , comme on le croyait généralement , on pourrait encore penser que la vitalité dont ils sont doués n'existe pas dans les masses plus ou moins lapidescentes dont se composent les poly- piers pierreux, et supposer que ces derniers ne sont effectivement que des produits inorganiques , analogues aux tubes des Ser- pules;mais, en les étudiant comme nous venons d'étudier les polypiers flexibles, on est conduit à adopter l'opinion contraire, MilNE BbWABDs. — Sur la nature des Polypiers. 3i^ et à les considérer comme étant formés par un tissu vivant, dans la substance duquel se fait un dépôt moléculaire de matière cal- caire, assez analogue à celui qui, chez les animaux supérieurs, transforme les cartilages en os. '1 llT'-i^^^t;l^ fortr rrnrrlrrn'j §8, Cette sorte d'ossification commence même chez certaines Flustres, dont le polypier présente encore une apparence semi- cornée; car, si l'on plonge dans de l'acide hydrochlorique affai- bli une des expansions froudescenîes dont se compose la Flustre foliacée, on voit se manifester une légère effervescente, phéno- mène qiii décèle l'existence de particules de carbonate calcaire dans l'épaisseur des parois dt» polypier; mais l'enveloppe tégu- mentaire des Echariens n'acquiert réellement une dureté pier- reuse que chez les Eschares,lesRétépores,lesSalicornaires, etc., et c'est par conséquent chez ces Polypes que nous devons cher- cher si elle offre encore quelque indice d'organisation et de vitalité. f!!''!!î-ff'^ Les observations que j'ai déjà eu l'occasion de faire sur la struc- ture des cellules tégumen|^aires des Echareset sur les changemens de forme que ces loges crétacées subissent par les progrès de l'âge (i), me paraissent trancher la question; caries modifications que j'ai signalées, la conformation du Polypier de l'Eschare cer- vicorne et de plusieurs antres espèces du même genre , prouvent que, postérieurement à la complète ossification de la gaîne tégii- mentaire , celle-ci continue à être le siège d'un travail nutritif et s'accroît encore lorsque les parties molles du Polype ont déjà cessé de remplir leurs fonctions ordinaires. " ' Mais, si l'on voulait de nouvellespreuves de la nature organiqiie et de la vitalité deces Polypiers pierreux, lesSalicornaires nous en fourniraient. Par les progrès de l'âge, les cellules tégumentaires de ces petits Zoophytes subissent des changemens analogues à ceux que présentent les Eschares, et , de plus, à une époqvje avancée de la vie, lorsque leurs parois ont déjà acquis toute leur épaisseur et toute la dureté lapidescente qu'elles iloivent avoir» elles sont encore le siège d'une sorte de végétation; car elles (i; Voyei Annales des Sciences naturelles, deuxième série, Iodm vi , page a6. ,;, . i3o wiLrcK EuwvHDs. — Sar la nature des Polypiers. donnent naissance à des prolongemens radiciformes,dontle tissu est une continuation du tissu dont ellesse composent et dont la croissance est rapide. § 9. La conformation intérieure des Alcyons proprement dits ou Lobtilaires me paraît donner aussi la clef du mode de forma- tion du polypier pierreux des Astrées et des autres Zoanthaires. Le tissu tégumentaire de ces Polypes est de consistance charnue et recèle dans son intérieur un système compliqué de canaux ra- mifiés; il paraît être aussi le siège primitif de l'espèce de bour- geonnement par lequel ces animaux augmentent le nombre des individus agrégés entre eux : aussi ne peut-il exister aucune in- certitude sur sa nature organique et sur sa vitalité; mais on y re- connaît néanmoins un pi'emier degré d'ossification ; car il se dé- pose dans la profondeur de sa substance une multitude de par- ticules de carbonate de chaux qui, examinés au microscope, simulent en général des cristallisations confuses (1). Or, que l'on suppose pour un instant ce dépôt intérieur de carbonate calcaire un peu plus abondant, et l'on aura à la place du Polypier charnu un Polypier lapisdescent , comme celui d'un si grand nombre- de Zoanthaires. -nij ■ éiv»ii6-ii>) ..»>ji;«|, '>ai , ':•§ 10. Du reste, l'obset'vation directe de la structui'e' de ceux- ci fait voir qu'effectivement ce n'est pas à la surface du Polype, ainsi que le disait Lamarck, mais bien, comme l'a pensé M. de Blainville, dans l'épaisseur des tissus organisés de l'animal, que se déposent les molécules de carbonate calcaire destinés à la solidification du Polypier. Il est égalejnent facile de s'assurer que, lorsque le Polypier a acquis.de la sorte sa dureté pierreuse, il continue pendant long-temps à grossir et par conséquent à vivre. jimiB «îUrmmiftmi') i-^m iir;r-;(iji« ^i'M/iiuon^ ëi. * vt> ••: Si l'on examine à l'état frais un de ces gros Polypiers dendroïdes qui se rencontrent dans le voisinage des bancs de corail de la côte d'Alger, et qui atteignent souvent ime hauteur de plusieurs pieds, Polypiers que Peyssonnel désignait sous le nom AeFenouil {i) Vojci liés obseivatisns sur les Atcyoïis, Aun. des Se. n*\. a* série , tome iv. MiLNF, EDWARDS. — Sur la nuture des Polypiers. 33 1 de mer, eX que les zoologistes actuels appellent laCaryophillie ra- meuse (Lam.) ou la Dendrophillie (Bl.), on voit que les Polypes sont loin d'être simplement impLinlés dans les loges stelliformes par lesquelles chaque branche se termine. Le tissu mou et coriace dont se compose la paroi externe de la portion protractile du corps de ces animaux actiniformes, se continue sans interruption avec un tissu de même nature qui constitue en quelque sorte la gangue vivante, dans la profondeur de laquelle se déposent les particules pierreuses du Polypier. La présence de ce tissu de couleur jaunâtre est facile à constater tiiême vers la partie infé- rieure de celui-ci , et il est également aisé de s'assurer que c'est dans son épaisseur ou dans les mailles ;de sa substauce que se trouve l'espèce de charpente lapidescentedont ces singuliers ani- maux sont pourvus. Dans les jeunes individus, ainsi que dans la portion la plus nouvellement formée des individus d'un âge plus avancé , le tissu charnu est assez épais et cache complète- ment la partie calcaire du Polypier ; celle-ci est très mince et semble résulter de la soudure de particules pierreuses déposées I dans la subst. aiiLNE EDWARDS. — Sur la nature des Polypiers. 333 nate de chaux déposé dans sa profondeur; mais l'examen attentif de la dépouille desséchée de ces animaux , telle qu'on la conserve dans nos Musées, m'a convaincu que, chez tous, le Polypier doit avoir ce mode de conformation et doit continuer pendant un certain temps à croître après que son tissu a acquis une dû-'' reté presque pierreuse. En elfet, les différences que l'on observé' lorsqu'on compare les portions encore jeunes du polypier déS* Ôuclines, des Pocillopores, des Sarcinules, des Disticoporés^ des Errhines et de plusieurs autres Zoanthaires exotiques, ave^ des portions du même polypier plus avancées en âge, me pài^ Missent incompatibles avec les idées professées par Lamarck'''^ et me semblent indiquer clairement que, chez ces animaux ,(ïi' même que chez tous ceux dont nous venons de parler, le PôlV- pier doit se composer d'un tissu vivant solidifie par un" dépôt intérieur de carbonate calcaire , et doit continuer â croître a^fë*' que ce dépôt s'est déjà effectué. Je me boruerai pôiir le moment" à signaler ces divers faits, mais je les exposerai avec détail' lorsque je traiterai spécialement de ces Zoanthaires,; siii* la structure desquels je me propose, de revenir dans une àutreV occasion. ""^'''' • » -''''' '^''î''^"-f;»H>X au 1. no ;K)i ti:{ I § 1 3. Enfin les Polypes agrégés du Corail et des Gorgone» renP trent aussi dans ce qui semble être la règle commune rélati^i^ ment au mode de formation du Polypier. Lorsqu'on observé celui-^ ci à l'état frais,on voit qu'il ne consiste pas seulement en iine tige' inorganique qu'entoureraient des Polypes réunis en faisceaux, mais qu'il se compose d'une masse rameuse de consistance charnue, commune aux divers Polypes, masse dont le tissu est farci d'une multitude de cristaux confus de carbonate calcaire, exactement comme chez les Alcyons, et dont le centre est creusé Je canaux longitudinaux entre lesquels se développe un axe iolide compo.sé aussi de carbonate de chaux , mêlé à une ma- itre animale, ou bien d'une substance semi-cornée, trèsanalo- ,'ue à celle qui donne à l'enveloppe tégumentaire des Sertula- •lens sa consistance cartilagineuse. C'est cette portion inté- •leure qui, isolée par lade.ssiccation et le frottement, est regardée wr les auteurs comme constituant à elle seule le Polypier, 334 MiLSE EDWAROS. - Sur h natuTC des Poljfiers. mais dans la réalité elle n'en fo,ri?fç.. qu'une partie pl.is soli^le que le reste. '■<■■■ S i4 Les divers faits que nous venons de passer en revue me semblent prouver que l'opinion généralement adoptée relative- ment à la nature et au mode de formation des Polypiers, est in- exacte, et que ces corps, loin d'être toujours des croûtes ex e- rieures et sans connexions organiques avec les animaux qu. les produisent, sont des parties intégrantes de ces êtres , et consis: îent en un tissu organisé dont la substance se charge plus ou moins de matières cornées ou calcaires, déposées dans sa profon- deur, et dont la nutrition s'opère par intus-susception.Chez tous ces animaux il existe une tendance à l'endurcissement de la por- tion tégumentaire et reproductrice du corps, mais le degré au- nuelcettesolidiBcation arrive, varie beaucoup et determme seule les différences qui existent entre les espèces distinguées par les zoologistes sous les noms de Poljpesnus, de Potypcsà Poirpier /lea:tt/e , de Polypes charnus, et fe Polypes a Por vierlithoïde. Le Polypier cartilagineux ou lithoide d un Sertu- larien ou d'un Zoanthaire, n'est pas, comme on le dit d ordi- naire, une demeure que ces animaux se construisent, cest en quelque sorte leur peau, qui constitue la charpente solide de leur corps , et qui de même que le squelette des animaux verte-^ brés, affecte tantôt la forme membraneuse, tantôt une texture cartilagineuse, et d'autres foisunétaten quelque sorte osseux. ,xuv;'i*fi.a no «uu.ô-1 «^q-ilo'l e-)h in .•n-,ouiolM:V„p -.i.pinji^toni 'f,'Mttit^imoo ob ^iifiittK.i 98abm '^-Pqf"^ '"P **""^ ia-i h?>!iJ ol JHob ^^.«BHi , >'-rî7?o*? - • ««b aniunmo'j , nimuni: ,Wi>olij:) oîonodviio u U '• »■■ ' — ^> '♦bnmhio. f,«uf) iris ',.no 10 U'> '."J.vi'ï ol Jnol) 1^ ,?.novjli. i-M sori> '>«tmo> immoioi.r- ■-/s, nu 9q<.v Joi»|..««l •)i3n9 xnenibuliguol xukuko >! -un -mu K s .JBib si» slcnodir/J ab iijeuB àaoqmoo dhilg -ObifU "" * . . ^ ■ , '•'. :] '1... . ,,lopi»n«l»' DE LAtzER et DE PARiEU. — Pachyderme fossUe. 33^ Ai iï*.' >\ ii i n Notice sur un noui>eau genre de pachyderme fossile nommé Uplotheriwn, Par MM. deLaizer et de Parieu. , ,/\ Quelque multipliés qu'aient pu se trouver dans les premières époques de la création animale, ces Pachydermes qui semblent avoir été remplacés en partie sur noire globe par des herbivo- res généralement plus utiles à l'homme, il ne reste peut-être guère d'espoir aux Paléontologistes de nos contrées d'ajouter beaucoup de nouveaux genres à ceux si nombreux tirés de leurs tombeaux naturels parla savante nécromancie de Cuvier. Toutefois il se trouve des restes nombreux d'un Pachyderme à peu-près inconnu dans les sédimens tertiaires du bassin de l'Allier. Ce fut un contemporain de ces.'«nimaux fossiles de toute classe, dont l'im de nous signala en 1824 les premiers ossemens et qui ont rendu peu-à-peu, par des exhumations successives , les vallées de l'AuNergne aussi intéressantes pour le paléoritologUle que l'est pour les géologues le spectacle classique des volcans éteints. viixVK. / mj ,iiiiqij«i -y.) aim-' . T'J'kj)^/: iiy.iuua »ii Ce pachyderme qui fait le sujet de la piiblicat ion actuelle nous paraît être le même que celui dont M. Geoffroy S.-Hilaire a signalé l'existence dans la Revue encyclopédique ( i833), et dont \\ a pro|}osé de faire un sous-genre avec le nom (i^Anoplo- ierium laticuruatum , en regardant aussi conjme possible 4'eA constituer un genre à part sous le nom de Cyclognathus. ! , , Ce savant ne connaissait alors que quelques fragmens de mâchoires inférieures, et cette donnée trop incojnpléte ne liû avait pas permis d'arriver aux caractères les plus génériques dan^ l'animal dont il s'agit. g De nombreux fragmens de la tête de ce mammifère, tirés des gites de Perrier, Cournon, Chaptiizat, Ganuat, ont été recueillis successivement depuis plusieurs années dans la collection de r«m de nous. I.cs fragmens que non» publions proviennent tous. 35fi DE LAizER et DE PARiEU. — Pachyderme fossile. à l'exceptioji de celui qui est représenté dans la fig. 8 , pi. 9 , du grès friable de Chaptuzat. Dans ces fragmens, l'élévation du cond)^le au dessus des dénis inférieures, les tubercules de la couronne des molaires , la pré- sence des canines et incisives supérieures signalent au premier regard un animal placé à côté des petits Palaeotheriums, Ano- plotbériums, Lophiodons, c'est-à-dire un de ces Pachydermes pygmées qui ne semblent plus représentés aujourd'hui dans le règne animal que par les Damans de l'Arabie et du Cap. La longueur de la série dentaire ne dépasse guère en effet o"',oo4 dans la plupart de nos fragmens. ''"j ri -w ; Les figures qui se rapportent à la niâohoire supérieure (i,2,3) fortt connaître assez exactement la série des dents qui la gar- nissaient. Cette mâchoire était armée de chaque côté de trois incisives, une canine et sept molaires, le tout en série continue comme dans ce genre anoplothérium qui paraît avoir été si ré- pandu sur le sol qu'occupe aujourd'hui la France. (t\-\\?>''^ tn Mais malgré ce rapprochement important , un autre carac- tère génériqiie de l'Anoplothérium, celui que Cuvier, en le dé- couvrant , a voulu sceller dans son nom même, c'est-à-dire la faiblesse des canines réduites au niveau des molaires, ce carac- tère négatif ne se retrouve point chez notre Pachyderme qu'on ne saurait appel<^r, sous ce rapport, un animal sans armes. Chez lui en effet, les canines dépassent la ligne formée par les pointes des molaires. Elles sont armées d'uue petite haste un peu recourbée à leur sommet. D'un autre côté l'incisive la plus rapprochée de la ligne mé- diane déborde encore plus sur la carune elle-même, que celle-ci sur les molaii^es. Elle s'abaisse verticalement en présentant en avant tm peu de convexité^ et ressemble à une incisive de rou- geur. Quant aux deux autres incisives, elles étaient probable- ment infermédiairts par leur dimeiision comme par leur position à l'égard des précédentes. .^..a \\ hiot^ IbiJi^nui l Ce développement des dents antérieures et'supérifeures dans notre pachyderme , est un trait fort remarquable et caractéris- tique à nos yeux, surtout quand on l'oppose aux autres traits qui semblent lier ce même animal à l'anoplothère dont le bout du mu- DE LAizER et DE PAKiEU. — Pachyderme fossUe. 337 seau est organisé d'une manière si différente. Les sept molaires supérieuresse divisent en trois groupes, dont deux avant-molaires comprimées latéralement , \n\ peu trilobées et assez tran- chantes, comme paraissent l'étie celles de \Aclapis d'après l'ou- vrage de M. Cuvier. Ces avant-molaires sont pourvues de deux racines. Elles sont suivies de deux dents intermédiaires parleur forme comme par leur siîuation entre le type précédent et celui sur lequel sont formées les arrière-molaires. L'une d't lies, l'antérieure a de plus que les avant-molaires, un tubercule interne qui prête à sa couronne une forme un peu triangulaire. Dans la suivante ce contour triangulaire semble avoir été comprimé d'avant en arrière, de façon à présenter l'aspect d'un prisme couché trans- versalement et taillé sur son arrête saillante en deux tubercules pyramides; plus un troisième externe fort accessoire. Cette quatrième molaire est en quelque sorte la moitié d'une des trois suivantes, à la forme desquelles sa propre forme fait passer par une progression simple. Ces dernières vraies molaires, sont or- ganisées sur un type commun. Leur couronne est à-peu-près carrée. Elle présente à la surface deux prismes couchés en tra- vers, et qui convergent néanmoins un peu vers l'intérieur de la mâchoire. De ce côté leurs extrémités sont même réunies dans un bord légèrement contourné, et reposent sur une racine commune fort large, tandis qu'à l'extrémité opposée, c'est-à- dire externe, les prismes s'appuient chacun sur une racine propre. i,i Au fond, la composition des couronnes de ces arrière-molaires est tirée d'élémens à-peu-près pnreils à ceux qui sont disposés à la surface des dents correspondantes chez plusieurs autres Pachydermes, tels que rfinoplotherium, le choeropoturae, l'an- thracotlierium.Mais l'ordre dans lecpiel sont rangés ces élémens est ililférent ou pour mieux dire inverse. Ainsi , dans les Pachy- dermes que nous venons de rappeler, le prisme antérieur est divisé en trois petites pyr amides, tandis que le prisme postérieur n'offre que deux pointes bien marquées, la troisième étant ru- dimentaire. Ici c'est le contraire, et leprismi- postérieur répond au prisme antérieur dans les molaires des autres P;U'hydermes X. 7>oui.. — Décembre. aa 538 DE LAizER et DB PARiEu, — Pachyderme Jossile. en comparaison et réciproquement- Ainsi une dent du nouveau fossile est en quelque sorte une des autres dents plantée à re- bours. On voit dans l'un de nos fragmens (fig. 2 et 4) » ^'"e portion assez considérable du front pour pouvoir apprécier sa forme bombée d'une façon assez élégante. ,...Les os du nez ne sont point disposés pour avoir pu servir de point d'attacbe à une trompe. Ils offrent dans leur milieu une dépression longitudinale qui a son origine entre les frontaux, et qui partage d'une ma- nière gracieuse le museau d'ailleurs un peu cambré dans son profil. La mâchoire inférieure nous offre encore une sorte de pro- blème relatif à la composition de la série dentaire. Dans les fragmens que nous publions, on ne voit en place que les six dernières molaires et les deux incisives les plus rappro- chés de la symphyse. Entre celles-ci et celles-là sont deux alvéo- les que nous supposons avoir été remplies par une canine et une incisive, ce qui rendrait la formule dentaire inégale dans .ses deux termes. On voit par la fig. 7, que toutes ces dents sont en série conti- nue. Bien plus ( et c'est pour cela que deux alvéoles se voient seulement dans notre figure), les trois incisives , si notre conjec- ture précédente est juste, auraient en quelque sorte chevauché entre elles, celle qui manque ayant son alvéole à côté et en de- hors des deux existantes qui sont presque superposées Tune à l'autre. J^es incisives sont du reste couchées à-peu-piès comme dans le daman et le cochon, ce qui leur permettait de coïncider avec le recourbement des incisives supérieures , sous un angle d'en- viron i'^5°. Cette disposition des incisives d'en bas rend l'os qui les porle plus court que la mâchoire supérieure. Les molaires inférieures en place sont latéralementbeaucoup plus étroites que celles d'en haut, différence qui s'observe aussi chez d'autres Pachydermes, à divers degrés. Les premières ressemblent aux correspondantes d'en haut. On voit leur forme s'élargir dans celles qui leur succèdent , jus- DE LAIZER et DE PARI EU. — Pachyderme fossUe. 33q qu'aux trois rJernières, dont la coupe vue en dessus (fig. 6), offre deux triangles à côté l'un de l'autre, ayant leurs bases à- peu-près sur une même ligne vers le dedans de la mâchoire, mais laissant entre eux un petit angle ouvert en dehors. A chaque coin des triangles correspond une aspérité sur la couronne. L'arrière-molaire a un lobe supplémentaire comme dans les Palœothères, iVnoplothères, Anthracothères. Il importe d'observer que les aspérités de ces molaires sont beaucoup plus élevées en dedans qu'en dehors ainsi que le montre la fi». 7. Il en est de même de la base des dents qui est posée obliquement dans le même sens, ce qui donne plus de largeur à la branche maxillaire du côté intérieur que du côté extérieur. Cette obliquité de la surface de trituration dans les mâcheliè- res inférieures par rapport au pian de l'os qui les supporte , la forme générale de ces mêmes dents, celle du devant du crâne sauf le sillon médian ci-dessus mentionné, rappellent un peu le Chevrotin, transition entre les pachydermes et les Rumi- nans dont nons montrerons des signes plus particuliers dans le nouveau genre fossile. Le condyle est très éle\é; quoique un peu endommagé, nous avons pu reconnaître dans le fragment représenté fig. 5 sa forme transversale. Il est placé obliquement , un peu comme dans les rumirians, mais il est plus fort et plus arrondi que chez les animaux de cet ordre. L'Apophyse coronoïde est, aussi renversée en arrière, par un nouveau rapport avec les rumingns. L'angle de la mâchoire offre un contour arrondi tout parti- culier et dont M. Geoffroy St.-Hilaire a tiré les noms que nous avons rappelés plus haut. Quoique n'ayant pas la forme épaisse qui se voit chez le Daman , cette partie de la mâchoire nous a paru dans le fragment , fig. 8, plus renflée que chez l'ensemble des Pachydermes. L'arc extérieur qu elle dessine constitue sur le bord parotidien de la branche montante une sorte de talon relevé à angle aigu et par conséquent plus prononcé que la saillie correspondante chez V^noplot/ierium commune jleTapxr, le Rhinocéros uuicorne. Sur le bord inférieur de la branche maxillaire, le contour se termine par une autre saillie ordonnée 34© DE LAizKR et DE PARiEU. — P ochy derme fossUc. .pour ainsi dire symétriquement par rapport à la première, mais d'une forme plus obtuse que celle-ci. Ce talus sur le bord inférieur de la mâchoire est plus fort que le correspondant dans le cheval ou le Rhinocéros unicorne, mais n'est pas compa- rable à l'apophyse considérable qui se voit à la même place dans le squelette de l'Hippopotame. Nous venons d'envisager l'angle de la mâchoire de notre pa- chyderme dans ses rapports avec l'ostéologie des animaux du même ordre. Cet angle se trouve chez certains Rongeurs. Mais \\ peut être aussi l'objet d'une comparaison intéressante pour ce qui concerne son rebord sur le côté parotidien. Il est en effet desruminans qui ont cette apophyse bien plus marquée que notre pachyderme : ce sont les espèces de la fa- mille Camélienne. Et ces mêmes animairx ont aussi, par une singulière coïnci- dence, des canines qui les détachent du groupe des Rumi- nans! Ils ont un condyle intermédiaire par sa convexité entre celui des ruminans et celui des pachydermes ! M. Cuvier a signalé une transition analogue de l'Anoplothe- riinn au chameau, en faisant observer que « le chameau lui- cf même s'écarte assez des ruminans par ses incisives, ses nom- « breuses canines, un os de plus au tarse , une autre nature de « sabots et même par quelques différences dans la forme de l'estomac. » Par ces rapports communs de l'anoplothère et de notre pa- chyderme avec un ordre différent du leur, se trouve confirmé de nouveau ce que nous avons énoncé plus haut sur l'affinité respective des deux genres, affinité qui les a long-temps fait confondre ! Cependant comme placé ainsi en regard de l'anoplotheriimi, notre pachyderme s'en sépare à cause d'un caractère opposé à celui dont l'anoplotherium a tiré son nom, et qu'il a au con- traire, dn moins dans sa n)âchoire supérieure descaniries et des incisives relativement très développées , nous avons cru que le nom àiOplotherlum pourrait exprimer naturellement et par DE LAizER et DE PA.R1EU. — Pachyderme fossUe. 34 f une antithèse fort simple sa juxtà-position à l'anoplotherium et sa dissemblance d'avec lui. ( i ) Du reste , après avoir étudié et cherché à bien apprécier^ le type commun dont nous avons cru reconnaître l'empreinte dans nos fragmens fossiles, nous serions, loin de pouvoir affir- mer l'identité des espèces dont ils proviennent. Au contraire, sans vouloir attacher dès à présent une grande importance à la distinction des espèces d'un genre nouveau, nous devons dire néanmoins quelques mots des différences qui se remarquent entre les fragmens que nous publions et qu'il eût été iïnpossible au dessin de rendre parfaitement. Les fragmens représentés dans les fig. i et 7 sont de moin- dre dimension que ceux représentés dans les fig. 2 et 5. Le fragment 7 vu du côté correspondant à celui montré dans la fio. 5 a une voussure beaucoup moins marquée que celle qui sa voit dans cette dernière figure. Il serait possible que la différence de l'âge et du sexe rendît compte à-la-fois de la diversité dés proportions et des formes entre ces i\eux fragmens. Dans tous les cas les mêmes circonstances ne serviraient pas à ce que nous croyons, à expliquer la différence notable de largeur entre la branche maxillaire de la fig. 8 et le côté caché de la fig. 5, malgré l'égalité de longueur de la série des molaires^ dans les mêmes fragniens. Cette différence que le dessin de nos fragmens ae laisse pas soupçonner est résultée pour nous d'un examen du fragment fig. 6, détaché de la position naturelle dans laquelle on l'a re- présenté. La comparaison de cette face externe avec la correspondante dans la fig. 8, donne une dificrence si marquée à l'œil et au compas (a), que nous n'hésitons point à la signaler comme se rapportante l'existence de deux espèces d'Oplotherium, à l'une (i) Suivant un large système de zooclassic, on pourrait considérer l'Anoplotbère et l'OpIo- Ihère corame deux scclions d'un grand genre pour lequel nous proposerions le nom de Plt- itgnaihus. (a) Ollc diffcrcucc est de o^iOOi à o",ooa. 34^ DE LA.IZER et DE PARiEu. — P ùcliy demie fosslle. desquelles, sous le nom de laticurçatum , nous rattacherons le fragment de la fig. 8 , tandis que nous laisserons réunies au moins provisoirement dans l'autre, sous le nom d' Oplotherium leptognathum, les autres fragmens qui, il est bon de le rappeler, sont tous renfermés dans une gangue de même nature minérale. Il est bon de terminer cette notice par la formule abrégée du nouveau genre et de ses deux espèces jusqu'ici connues. Ordre des Pachydermes. Genre Oplotherium ( Nob. ) Caractères. — Dents en série continue. Canines et incisives moyennes suréminentes par rapport aux molaires dans la mâchoire supérieure. Disposition des croissans sur les couronnes des arrière-molaires supérieures exactement inverse de celle des Pachydermes qui ont des couronnes composées d'élémens analogues. Angle de la mâchoire inférieure constitué par un contour circulaire en saillie sur les deux branches. Sillon sur la ligne moyenne du front et du nez. Formule dentaire (en partie présumée pour la mâchoire in- férieure) : Mol. T Canines \ Inc. f. Deux espèces connues : Oplotherium Laticurvatum . Oplotherium leptognathum. EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE Q. Figures i et 2. Fragmens de mâchoire supérieure en dehors. 3. Fragment de la figure a , vu en-dessous. 4. Id. perpendiculairement en dessus. 5. Mâchoire inférieure en dedans. 6. Même fragment en dessus. 7. Autre fragment de mâchoire inférieure en dehors. 8. autre fragment de mâchoire inférieure en dehors, P. s. M. Bravard a annoncé l'existence d'un petit pachyderme , qu'il a nommé Cainothère^ avant la publication ci-dessus énoncée de M. Geoffroy.... Il a promis de le décrire , il y a de cela plus de dix ans. FLOURENS. — Sur l'épiderme. 345 Recherches anatomiques sur la manière dont l'épiderme se corn- porte avec les poils et auec les ongles^ Par M. Flourens. (Lues à l'Académie des Sciences, le 19 novembre i838.) Onn'est pasencored'accord^en anatomie, sur la manière dont l'épiderme se comporte, soit avec les poils, soit avec les ongles.. Et d'abord , pour ce qui est des poils , Meckel a décrit depuis long-temps , et avec une grande exactitude , les gaines par- ticulières que l'épiderme, en se réfléchissant vers le derme, four- nit à la base de chaque poil ; de sorte que, comme il le dit lui- même : « l'épiderme a, du côté qui est tourné vers la peau, une « infinité de petites racines blanches, transparentes, qui man- « quent entièrement dans l'épiderme qui couvre la paume de la. « main et la plante des pieds ». ( i) Mais ces gaines particulières, ces racines , pour me servir dfe l'expression de Meckel , s'arrétent-elles à l'entrée du bulbe du. poil , comme le veulent quelques anatomistes? ou bien , pénè- trent-elles dans ce bidbe, et en tapissent-elles tout l'intérieur , comme le veulent quelques autres? telle est la première diffi- culté que je me suis proposé de résoudre. Si l'on examine un morceau d'épiderme, pris sur un individu adulte, et détaché du derme par la macération, on voit toute la face interne de cet épiderme , toute la face qui correspond au derme, hérissée de prolongemens, lesquels sont les gaines mêmes que l'épiderme fournissait aux poils. De plus , et je suppose chaque poil extrait de sa gaine, la surface externe de cet épi- derme présente autant de petits trous qu'il y avait de poils. Si l'on examine, au contraire, un morceau d'épiderme, pris sur un fœtus très jeune, et également détaché du derme par (l) Mcrlirl ^ ^iti lu natuir dv l'éjùdcivie , it<'. 344 FLOUREws. — Sur lépiderme. la macération, on ne voit plus ui fie prolongemens épiderniiqties à la face interne, ni de trous à la face externe. Les deux faces sont parfaitement continues et lisses. Enfin, si Ton examine un morceau d'épiderme, pris sur un foetus un peu plus âgé , et toujours détaché du derme par là macération, on voit, à |a face interne, de petits prolongemens, et , à la face externe , de petites éminences dont aucune n'est percée. Ces prolongemens internes, ces éminences externes et non percées, sont les gaines que l'épiderme fournit aux poils. Toutes ces gaines, ainsi que les poils qu'elles recouvrent, ont une direction très oblique; et, à cet âge , elles sont toutes, comme je viens de le dire, parfaitement continues. Ce sont, en un mot, des gaines complètes, comme les gaines d'épiderme et de corps muqueux qui recouvrent les papilles de la langue, et que j'ai décrites dans lui autre n)émoire. (i) Ces trois états de l'épiderme se voient sur les pièces que je mets sous les yeux de l'Académie. La pièce n° 5 montre l'épi- derme pris sur un individu adulte, avec ses prolongemens in- ternes et ses trous à la face externe. Les pièces i et 3 montrent l'épiderme du fœtus , avec ses deux faces également continues et lisses ; et la quatrième montre l'épiderme pris sur nn fœtus un peu plus âgé, et ayant ses gaines complètes. Il y a donc trois états successifs par lesquels passe l'épiderme, considéré dans ses rapports avec les poils. Dans un premier état, il est parfaitement lisse, continu, sans gaines particulières; dans un second, il a des gaines complètes; et dans un troisième, ces gaines sont percées à leur bout externe (a). En d'autres termes, il y a un premier état où le poil n'a pas encore agi sur l'épiderme; un second où l'épiderme recouvre encore le poil, bien que le poil, revêtu de sa gaine, dépasse déjà la surface de l'épiderme; et nn troisième où le poil traverse l'épiderme et le perce. Et ces trois états montrent, par leur succession même, que l'épiderme est toujours placé sur le poil; puisque, d'abord. (i) Voyez Compte rendu j t. iv, p. 445. (a^ Je n'ui pas besoin d'ajouter qu'elles lèsent toujours à ieurboutinterac,piiisque, comme je e montre ici , l'épiderme ne passe jamais par-dessous le poil. FLOURENS. — Sur l'épidémie. 34^ le poil Jl'arrive pas jusqu'à l'épiderme; puisque, ensuite, l'épi- «lerme recouvre le poil et lui lournit une gaîue couipiète; et que ce n'est, enfin, qu'" dans le troisième et dernier état que le puil traverse l'épider-me et le perce. L'épiderme, en se réfléchissant sur le derme pour fournir des gaines à la base des poils, s'arrête donc à l'entrée du hulbe et à la base du poil (i), et ne passe pas par-dessous la racine du poil pour tapisser l'intérieur du bulbe. Les proloMgemeris de la face interne de l'éjndernie n'étant, comme je viens de le dire, que les gaines des poils, ces prolon- gemens devaient manquer à la paume des mains et à la plante des pieds, et ils y manquent effectivement, comme chacun sait. ÎVIais la face interne de l'épiderme, considéré dans ces parties, n'appelle pas moins, quoiquesous un autre rapport, l'attention de l'anatomiste. Les pièces to, 6 et 2 , sur lesquelles j'appuie mes descrip- tions, représentent cette face interne : la première, sur l'épi- derme de la paume de la main d'un individu adulte; la se- conde, sur l'épiderme de la face palmaire du doigt index d'un fœtus; et la troisième, sur l'épiderme de la plante du pied du même fœtus. On peut se faire une idée, sur ces trois pièces, de l'admirable régularité qui caractérise la structure de cette face interne. Le fond commun de cette structure est un ensemble de lignes, les unes continues, les autres ponctuées, la plupart simples, quelques-unes bifurquées.Eu général, une ligne ponc- tuée alterne régulièrement avec une ligne continue, el c'est ce qui se voit surtout à l'épiderme de la paume de la main de l'in- dividu adulte , et à l'épiderme du doigt du fœtus. A l'épiderme du talon du fœtus, les lignes ponctuées ne sont pas toujours aussi nettement séparées des lignes continues; les points y empiètent quelquefois sur les lignes; mais partout, soit au doigt, soit au talon , soit à la paume des mains , ces lignes et ces (i) Mais, pour arriver jusqu'à l'entréi! du Imlbe cl jusqu'à la base du poil , il faut qu'il pénètre dans reiifonci'menl du derme , qui cuuduit au bulbt; ; cl , par-là mi^mc , il forme tous tx% prolongemens qui hcrisseiil la face iulcrnv de l'cpidertne , et fpii couslilueul les gaines de& poils. 3^6 FLOURENS. — Sur l'épiderme. points sont l'empreinte exacte des éminences et des sillons de la face externe du derme, de la face du derme qui correspond à la face interne de l'épiderme. Enfin, la pièce n° 9 qui est sous les yeux de l'Académie, peut être regardée comme formant une sorte d'appendice à l'un de mes précédens Mémoires sur les deux épidémies de la peau humaine (i). Celte pièce présente ce>s deux épi- dermes, détachés l'un de l'autre par une longue macération, sur la face dorsale du petit doigt de la main ; et là, l'épiderme interne a un aspect blanchâtre très prononcé; aspect qui, en général, est un des caractères du corps muqueux , et qui , sans doute, a été la cause pour laquelle plusieurs anatomistes ont attribué un véritable corps muqueux à la peau des doigts. Je passe à la manière dont l'épiderme se comporte par rap- port aux ongles; et ici les opinions sont tout aussi partagées que pour ce qui concerne les poils. L'opinion la plus commune est que l'épiderme passe par- dessus l'ongle, et se confond avec sa face externe (2) ; d'autres veulent que l'ongle ne soit, à proprement parler, qu'une con- tinuation de l'épiderme; quelques-uns pensent enfin que l'épi- derme passe par-dessous l'ongle et en tapisse toute la face con- cave. Cette dernière opinion paraît avoir été celle de Bichat, et, plus récemment, elle a été celle de M. Lauth. «L'épiderme, dit M. Lauth, accompagne le derme exacte- « ment , en sorte qu'il tapisse aussi la face concave de « l'ongle. (3) Bichat avait déjà dit que « l'épiderme, en se confondant avec il l'ongle, semble former sa lame interne. (4) La difficulté était donc, pour l'ongle, àpeu-près la même que pour les poils ; et, pour la résoudre, il fallait, de même re- courir à l'examen de ce qui se voit, non dans l'adulte, où la (1) Voyez Compte rendu, t. m , p. 699. (2) Kéclard dil : « L'énideinic se réfléchit sur la racine de l'ongle et se prolonge sur sa face « externe , qu'il recouvre ainsi d'une lame superficielle très mince , qui se confond avec elle. » (Elemeru d'anatomie générale.) (3) Nouveau manuel de l'anatomiste. ('() Anatomie gmérale. FLOL'RENS. — Sur l'éplderme. 347 plupart des rapports primitifs sont plus ou moins changés , mais clans le fœtus, où les rapports naturels, les rapports com- plets, subsistent encore, .-ji Or , a considéier les rapports de structure qui nous occupent, dans les fœtus, et particulièrement dans les fœtus des Pachy- dermes, des Ruminans, des Rongeurs , il est aisé de voir , et de voir avec évidence, que l'épiderme passe par-dessus l'ongle. Les pièces i3, i4, i5 et [6, que je présente à l'Académie, montrent, sur des fœtus de cochon, l'épiderme passant par- dessus la face antérieure, par-dessus la face postérieure, et par-dessus la face latérale île l'ongle. La pièce 17 montre cet enveloppement complet de l'ongle par l'épiderme, sur un fœtus de lapin. Dans les fœtus des quadrupèdes , et particulièrement des quadrupèdes herbivores , l'épiderme passe donc par-dessus l'oiîgle ; et , en l'enveloppant de toutes parts, il lui forme une gaîne complète. L'analogie porte à croire qu'il en est de même dans le fœtus humain ; mais, faute de fœtus, tout à-la-fois assez jeunes et assez bien conservés, je n'ai pu réussir encore à y suivre, d'une ma- nière sûre , l'épiderme sur toute la face externe de l'ongle. Tout le monde connaît ces feuillets longitudinaux du derme, qui, placés sous l'ongle , constituent la véritable matrice de l'ongle i et qui , très développés dans le chevaly dans le bœuf, dans le cochon, etc. y ont reçu, de la part des anatomistes vété- rinaires, le nom de chair cannelée. Tout le monde sait aussi que cette chair, ou plutôt cette partie du derme qui sécrète l'ongle, n'est pas partout cannelée. A la sole, à \di fourchette , au bour~ relet(i), le tissu jeuilleté est rempLicé par le tissu villeux. Les filauiens très déliés, très fins qui composent ce tissuvilleux , sont surtout très développés et très remarqu;d)les au bourrelet ou bord supérieur de l'ongle ; tt , soit qu'on les considère au bourrelet^ à la sole, ou à \\\ fourchette , ils donnent à la partie 1/ de l'ongle qui leur correspond une ilisposition particulière et toute différente de celle qui est propre aux parties de l'ongle I (1) Voyez M. Girard : Traité du pied dans lu animaux domutiques. 348 FLOURE>s, — Sur Vépiderine. qui correspondent au tissu cannelé. Ainsi, les parties de l'ongle qui répondent aux feuillets du tissu cannelé représentent ces feuillets renversés; et les parties qui répondent aux filaraens du tissu wV/e/zx représentent un ensemble de petits tuyaux, sortes dégaines ou d'étuis, sécrétés par ceô/ilamens mêmes. Tous ces détails de structure sont à-peu-près les mêmes, du moins pour le fond (i), dans le cheval ^ dans le bœuf , dans le cochon, etc.; et, dans tous ces animaux, ils sont également con- nus. Mais, ce qui me paraît ne pas l'être encore, c'est que jusque dans l'ongle humain , on retrouve, indépendamment A^s> feuil- lets du tissu cannelé, que tous les anatomistes y ont décrit, un certain nombre (\e filamens qui répondent évidemment au tissu villeux. Dans l'homme, ces filamens sont placés et comme cachés sous le repli du demie qui recouvre la racine de l'ongle, sous cette racine même , et à l'origine des feuillets longitudi- naux. On les voit reproduits dans la pièce 8 qui est sous les veux de l'Académie. Les conclusions de ce méuioire sont : que l'épiderme passe, à tout âge, par-dessus le poil ; qu'il passe, de même, par-dessus l'ongle; et que, jusque dans l'ongle humain, se retrouvent des vestiges du tissu uilleux on filamenteux des quadrupèdes herbi- vores. (i) Il y a eu effet , quelques différences de détail. Dans le cheval , les filamens du bourrelet touchent aux feuillets longitudinaux ; dans le bœuf ^ les filamens, plus fins encore, du bourrelet sout séparés des feuillets longitudinaux par un espace à brins plus courts et presque ras. Dans le mouton , l'espace inlerméJiaire entre les filamens du bourrelet et les feuillets longitudinauir , est proportionnellement moins grand que dans le bœuf; dans l'un et l'autre (le bœuf et le mou- ton), \a. sole est toute garnie de filamens , lesquels sont surtout remarquables dans le mouton ; eofin les filamens du cochon ont quelque chose de moins délié, de plus massif, de plus grenu, que les filamens des ruminans et des solipèdes. J BEiWA ET GALVAGNi. — Stir UTi Jœtus humain à ttois têtes. 349 Sur un fœtus humain à trois têtes , Par les Docteurs Reina et Galvagni, de Catane, (i) (Extrait communiqué par M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire.) Le raonçtre qui fait le sujet de cet article est le fruit de la première grossesse d'uiiejeune femme de tempérament lympha- tique, dont la mère avait eu, dans le cours de trente-six ans, dix-huit fils, et qui n'avait éprouvé ni terreur, ni aucune im- pression morale. Le soir du 5 novembre i832, cette jeune femme, alors parvenue aux derniers jours du huitième mois, de sa grossesse, fut assaillie des premières douleurs de l'enfan- tement. Bientôt, le col de l'urérus se dilata, les membranes se déchirèrent et les eaux coulèrent; mais quatre jours se pas- sèrent au milieu de violentes douleurs sans que l'accouchement pût se terminer. Ce fut alors que le docteur Reina fut appelé. Un premier examen lui fit croire à la présence soit de deux ju- meaux, soit d'un monstre dicéphale; mais , plus tard, furent re- connues à-la-fois et l'existence d'une troisième tête, et l'impos- sibilité absolue d'un accouchement naturel. Sans suivre ici les auteurs dans la relation de tous les essais que M. Reina fit successivement , il nous suffira de dire que l'une des tètes étant déjà privée de vie , M. Reina se décida à l'amputer, et obtint bientôt après l'être monstrueux, mais non sans avoir été obligé à une nouvelle mutilation du Ibelus, dont nous allons donner la description. (1) M. Isidore Geoffroy, dans le troisième volume de son Histoire générale des ^iiomalirs , a déjà donné en France un extrait des deux mémoires publiés sur l'enfant Iricépliale, par MM. Reiuacl Galvagni , et qui fait partie des y^lli deW Accademia Gioenia (tom. vin). Nous joignons à IVxtrail beaucoup plus étendu ef plus rompicl que nous donnons à notre lour^ la figure , jii'^u'a pIé^.;^^ intdile , de Icnfaut Iricéphalc. 35o REiWA ET GAi.vAGJVY. — Sut uit fostus Ji II main à trois têtes. § I. Examen extérieur. Le raonslre se composait d'un tronc assez gros, avec deux cous, trois tèles, trois membres supérieurs, deux inférieurs, et des organes génito-uriuaires uniques; le sexe était mâle. Entre le tronc et les quatre membres (en laissant de côté le cinquième inséré au dos) il y avait une disproportion marquée, ceux-ci ayant le volume normal, et le premier, au contraire, étant deux fois plus gros qu'à l'ordinaire (i). Il était en etfet aussi gros que long, en sorte que les deux plans latéraux du tronc étaient égaux à la distance du pubis au cou. Les têtes, assez bien proportionnées et complètes, étaient ainsi disposées: la gauche était portée sur un cou qui lui était propre; l'intermé^ diaire et la troisième n'avaient au contraire pour elles deux qu'un cou unique et épais. Dans le thorax, on remarquait un défaut notable de symétrie; la moitié droite était plus large que la gauche. A droite exis- taient deux mamelons, tandis qu'd n'y en avait qu'un seul à gauche. Le volume du bas-ventre était considérable, ou pour mieux dire , double de l'ordinaire. L'ombilic était unique. Dans le dos on observait deux lignes médianes et un mem- bre. Il y avait ainsi trois membres thoraciques; deux occupaient la position ordinaire, le troisième inséré sur le dos et très près des deux cous. Sa conformation ditférait beaucoup de l'état nor- mal. Il était plus gros, plus court, dirigé obliquement et termi- né par une main incomplètement double. Celle-ci avait en effet deux paumes et trois doigts pour chacune : en tout deux pouces deux index et deux médius. Les membres abdominaux étaient dans les conditions ordinaires. D'après ce qui vient d'être exposé, ce monstre peut être con- sidéré comme divisé en trois segmens. Dans le premier, qui est supérieur, toutes les parties sont triples; dans le moyen , ( i) Nous rectifions ici une erreur grave, que nous ne pouvons attribuer qu'à une faute typo- graphique. La phrase italienne , telle qu'elle est construite, semble dire précisément le con- traire. R£iKA ET GAi.VAGNY. — SuT uji fœtus humain à trois têtes. 35 1 doubles; dans le troisième ou l'inférieur, uniques. Les trois têtes et les trois cous représetiteut le premier; le tronc et les membres thoraciques constituent le second; enfin l'appareil génito-urit)aire externe et les membres abdominaux forment le troisième. Ainsi l'anomalie extérieure s'efface à mesure que l'on s'éloigne du segment supérieur; elle est au maximum dans les têtes et les cous; moindre dans les membres; un peu moindre dans le thorax; très faible dans la région supérieure de l'abdo- men, et finalement nulle dans la région inférieure de l'abdomen et dans les membres abdominaux. § IL Examen intérieur. Les auteurs examinent successivemenl les modifications du thorax, delà cavité abdominale, du système vascidaire, du sys- tème nerveux, du système musculaire et du système osseux. Thorax. VdiV son amplitude non moins que par un prolonge- ment membraneux qui le divisait en deux cavités, le thorax peut être considéré comme double; mais les deux thorax n'avaient point les mêmes dimensions : le droit était plus large que le gauclie. Le prolongement membraneux résultait évidem- ment de l'adossement des plèvres; il était placé verticalement dans la ligne médiane, et était en rapport extérieurement avec le sternum, postérieurement avec un bord cartilagineux formé par les cotes et qui sera plus bas décrit ; supérieurement avec les i\(iu\ clavicules du bras dorsal, inférieurement avec le dia- phragme. Dans chaque cavité se trouvait un médiastin bien con- formé, nn lobe de thymus qui avait eu outre un troisième lobft situé dans le prolongement plus haut décrit, un appareil respi- ratoire et un cœur. L'appareil respiratoire droit, c'est-à-dire celui qui était situé du côté des deux têtes à cou commun, se coujposait de deux larynx, d'une trachée-artère unique, les premiers anneaux ex- ceptés, et de poumons, anomaux seulement dans leur volume; et le nombre de leurs lobes, le gauche en ayant trois, et le droit fjuatre. L'apj)areil respiratoire gauche était régulier. Le ca-ur gauelie était , comniç l'appareil respiratoire de son côté. 352 REINA ET GALVAGNi. — S//r unjœtus humain à trois télés. extrêmement normal, mais 1 oreillette et le ventricule droits dn cœur droit étaient mal conformés; leur forme était celle d'un sac long de sept lignes sur un diamètre de quatre environ. Abdomen. L'estomac était unique: sa position était régulière, mais sa capacité évitlemment plus grande qu'à l'ordinaire. Quant aux oesophages, dont c'est ici le lieu d'indiquer la dispo- sition, ils offrent des modifications analogues à celles des con- duits aériens; il en existe trois siipérieurement parmi lesquels le droit et le moyen ne tardent pas à se conjoindre en un seul , qui , à son tour , un peu au-dessus du cardia, se réunit avec l'œsophage gauche. Les intestins offraient une disposition extrêmement remar- quable : après un duodénum unique et de dimension régulière, le canal intestinal se bifurquait en deux jéjunums et deux iléums distincts. Ces deux iléums se réunissaient un peu au-dessus de Ja valvule iléo-cœcale, pour se continuer avec un cœcum, un colon et un rectum uniques. L'anus était imperforé. La rate, le pancréas , le foie avec sa vésicule biliaire, étaient uniques. Les deux poumons étaient normalement conformés; mais , dans le foie , le lobe de Spiegel se trouvait si grand qu'il égalait les autres lobes. L'appareil urinaire se composait d'un seul rein^ de trois ure- tères, dont deux se réunissant bientôt, et d'une veine urinaire unique. Le rein avait la forme d'un fer-à-cheval, et était situé au niveau de la troisième vertèbre des lombes. Il était presque de moitié plus gros que dans l'état normal. L'appareil génital , de même que la vessie, ne présentait rien qui ne fût normal. Système vasculaire. — Il existait deux aortes; l'une et l'autre présentaient une distribution anomale. Ainsi, de la courbure de l'aorte droite s'élevaient cinq troncs destinés trois pour la tête droite et la moyenne, une pour le membre thoracique droit, et le cinquième pour le membre dor- sal. Parmi ces troncs, la carotide dioite de la tête droite avait son origine presque commune avec la sousclavière droite , tan- dis que la carotide gauche naissait de la partie moyenne de la courbure, près de la sousclavière gauche. Il n'y avait point de REfNA r.T GALVAG^r. — Sur uu fœtus humain à trois iétes. 353 tronc innominé. Parmi ces troncs artériels qui toutes offrent lin mode remarquable de distribution, la sous-clavière gauche se portait au membre dorsal et se réunissait avec la sous-cla- vière droite dans le voisinage de la tète de l'humérus et de leur réunion résultait un tronc, d'un diamètre évidemment supérieur à celui des artères brachiales des membres antérieurs. La portion thoracique de l'aorte droite était dans l'état ordi- naire, mais l'abdominale manquait des troncs suivans: l'artère splénique, les capsulaires, les rénales, les artères des uretères. Le tronc cœliaque se divisait seulement en deux branches, l'hépatique et la coronaire stomachique. Finalement la portion abdominale de l'aorte droite se réunissait avec la portion corres- pondante de l'aorte gauche. Leur réunion avait lieu au niveau de la troisième vertèbre lombaire. Les anomalies les plus considérables de l'aorte gauche con- sistaient dans l'absence des artères hépatiques, coronaires, sto- machiques et capsulaires. Le cœur droit recevait deux veines caves supérieures, et une veine cave inférieure réunie à la veine cave inférieure de l'autre cœur vers le bas de la colonne vertébrale. Le système veineux gauche offrait plusieurs anomalies moins remarquables. Les artères et veines pulmonaires paraissent avoir présenté une disposition analogue à celle de l'état normal, avec cette différence, toutefois, que le nombre des branches principales des artères et des veines était en rapport avec le nombre ano- mal des lobes pulmonaires. % ■ ■ Les vaisseaux ombilicaux étaient dans l'état ordinaire. Système nen>eux. Sur les côtés des colonnes vertébrales exis- taient quatre cordons nerveux, savoir: les nerfs pnenmo-gas- triques et les trisplanchniques. Ceux de la colonne gauche, qui se portaient à la tête séparée, étaient dans l'état ordinaire; leuis j plexus et ganglions soit dans le thorax, soit dans le col, présen- Ij taient l'état ordinaire, ceux delà colonne droite se portant aux deux antres tètes. En outre, il existait de ce même côté deux cordons nerveiix remarquables, île même calibre que les quatre 354 KMivA » T (lALVAGNi. — .Sur Un Jœlus humain à frois têiei. troncs précédemiTient inclitmés , placés le long de la trachée - artère et de l'œsophage droits et que l'on peut considéer, di- sent les auteurs, comme les pnenmo-gastriques internes des têtes conjointes. Les nerfs spinaux étaient doubles comme les colonnes verté- brales. Système musculaire. — Dans les deux cous conjoints, chac un présentait les mêmes muscles que dans l'état ordinaire; mais ceux des côtés internes étaient imparfaitement développés, et se confondaient avec leurs analogues de l'autre cou. Il en était ainsi des muscles latéraux aussi bien antérieurs que postérieurs. Le diaphragme était d'une largeur considérable, et manifeste- ment double. Système osseux. Les colonnes vertébrales présentaient les anomalies suivantes : elles étaient courbées latéralement de telle manière que la concavité de l'une regardait celle de l'autre, et que leur ensemble représentât, pour ainsi dire, les branches d'nne hyperbole. La colonne droite, dans sa portion cervicale, était comme composée de deux colonnes cervicales, destinées à soutenir les deux têtes de ce côté. Dans le reste de la colonne , les vertèbres étaient en nombre et de forme ordinaire. La co- lonne vertébrale gauche était normale dans son ensemble. Le bassin se composait de deux sacrums , quatre iléons , dontxdeux imparfaits, et seulement deux ischions et deux pubis. Chaque colonne vertébrale portait vingt-deux côtes, onze de chaque côté. Les côtes internes étaient incomplètes et se réu- nissaient à leurs congénères; leur ensemble formait ainsi un bord épineux entre les deux thorax. Le sternum était d'une largeur remarquable; on y distinguait sept nœuds osseux, parmi lesquels trois des plus grands occu- paient la ligne médiane. L'appendice xiphoîde était normal. Sur le jnanubrium , plus large qu'à l'ordinaire, s'articulaient quatre clavicules, savoir deux sur les bords latéraux, et deux sur le bord supérieur; les premières appartenant aux membres nor- maux, les autres au membre postérieur. REiNA ET GALVAGNi. — Suf uu Joetus humaùi à trois têtes. 355 Voici quelle était la composition de celui-ci. Les omoplates, aussi bien que les clavicules étaient doubles. Les premiers avaient conservé leur position ordinaire; les secondes, au con- tra*re, avaient été transportées dans une direction longitudi- nale d'avant en arrière, formant ainsi un angle aigu avec les clavicules des membres thoraclques. Les formes de ces clavicules n'étaient pas non plus normales; elles étaient très peu courbées; et leur corps n'était pas rond, mais aplati. Les os de l'éoaule étaient double, il en était de même des muscles de cette région. L'humérus , qui était unique, était suivi de trois os et de l'avant- bras , dont deux paraissent avoir la conformation ordinaire ; le troisième était au contraire grêle. Les muscles de cette région étaient petits et assez confus; on distinguait cependant parmi eux deux ronds pronateurs,deux cubitaux externes et deux car- rés pronateurs. Les os de la main étaient, comme on l'a vu plus haut, incomplètement doubles; il est à peine utile de dire qu'il en était ainsi des muscles de cette partie du membre. RÉSUMÉ. Des observations qui précèdent, on peut déduire que la triple division, tracée d'après l'extérieur du corps, peut aussi être admise pour les organes intérieurs. Il existe en effet une analogie évidente entre le nombre des parties extérieures et celui des organes des cavités splanchniques. En fait , les trois tètes et les trois cous coïncident avec trois larynx , trois œso- phages, de triples vaisseaux , nerfs, muscles et os vertébraux. Les parties étaient donc généralement triples dans le premier segment. Les deux coeurs, les deux aortes et veines caves supérieures, les deux appareils respiratoires, les deux médiastins, les intes- tins grêles doubles, le mésentère plus étendu qu'à l'ordinaire et pourvu de doubles vaisseaux sanguins; l'excessif développe- ment du diaphragme et des plexus nerveux abdominaux sont autant de faits analogues à la duplication de la ligne niédiane du dos, (lu thorax et des meuibres suj)érieiirs, a 3. 356 REiNA ET GALVA.GNI. — SiiT vn fœtus Jiumaîn à trois têtes. En outre, en considérant avec attention les formes des appa- reils décrits, on reconnaît que l'état de triplicité des organes du premier segment et l'état de duplicité des organes du se- cond diminuent graduellement; des organes cépbaliques et cer- vicaux thoraciques. Ainsi il n'y a pas pins de trace de triplicité pour les viscères du thorax que dans le grand développement de l'une des oreillettes et dans le nombre excessif des lobes pul- monaires droits. Les viscères abdominaux sont en partie uniques et en partie doubles, jusqu'à ce qu'enfin les membres in|erieurs et l'appareil génito-urinaire soient entièrement simples. Classification. Si l'on vient chercher la place que doit tenir dans la classification cet être si remarquablement monstrueux, on trouve que sa place est marquée dans la classe des monstres par excès, de Blumer^ach; dans l'ordre diandrie de Malacera; dans les Monstruosités quantitatives selon Treviranus; dans le groupe des monstres géminés de Mayer , enfin selon M. Bres- chet, et en employant sa terminologie, dans l'ordre des diplo- génèses^ au premier genre : diplogénèse extérieure, à l'espèce di- ptothoracie. En tenant compte de l'existence de la troisième tête , le monstre est, si l'on peut s'exprimer ainsi , un tricéphale diplothoracique avec pénétration des deux embrygermes dans la région thoracique et avec duplication de quelques organes abdominaux. En ayant davantage égard aux organes par les- quels se faisait l'adhérence ou la fusion du premier avec le se- cond et le troisième fœtus, et en suivant les travaux de M. Isi- dore Geoffroy Saint-Hilaire, on pourrait appeler ce monstre iléo-costo-tricéphale. (i) Explication de la planche 7 B. rig. I. Le monstre iléo-coslo tricéphale vu du dos et représenté sans les têtes, séparées du t ronc par l'opérateur. Fig. a. Le même vu de face et ayant les têtes replacées dans leur position primitive. (i) Cette application de la nomenclature proposée, en i83o, dans les annales des sciences naturelles j par M. Isidore Geoffroy, développée depuis par lui dans son Histoire générale des .'tnomalies , et maintenant adoptée et encore en usage par la plupart des tératologues, n'est FLOURENS. — Sur l'iiistoùe naturelle de r Homme. 35'/ CoNSiDÉRATiojvs SUT l'enseignement de l'histoire naturelle de l^ Homme , Par M. Flourens. • Je commence ces Considérations sur un enseigncmei't qui, jusqu'ici , mauque aux sciences natuielles, par l'histoire de la chaire que j'occupe au Muséum. On verra cette chaire consacrée, successivement, à Vanatomie humaine, entre les mains de Dionjs; à Yanaiomie comparée, d'abord entre les mains de Duver- uey , et, plus tard, entre celles de Vicq-d'Azyr; et l'on r,om[)rendra mieux les raisons qui ont du me porter à la transformer, de nos jours, en une chaire d'a- natomie appliquée à l'histoire naturelle de l'homme. Le Jardin-des-Plantes fut fondé en i635. Harvey venait de découvrir la circulation dusang en i6ig ; Aselli les vaisseaux lactés, en 16^5 ; on touchait à la découverte des vaisseaux lymphatiques par lludbeck et par Barlholin. C'était l'époque marquée pour les grandes découvertes de l'anatomie. D'ailleurs , ces grandes découvertes étaient combattues, fiiolan , le plus célèbre anatomiste de Vàùs, semblait c.o'tuenir Aar^ ( exjjrcssions de Dionis ) de la cir- culation du sang, mais il niait formellement, quelques années plus lard, le» poinr parfaitement rigoureuse. Le principe de cette nomenclature créée pour les monstrei doubles', s'a])plique de même aux monstres triples et plus complexes encore; mais les noms que l'ou obtint pour ceux-ci sont toujours nécessairement plus compliqués , puisqu'ils doivent contenir l'expression au moins d'un l'ait de plus, la triplicité, la quadruplicité, etc. , an lieu de- la duplicité , qui est toujours sous-enleuduc dans la iioinentlature des monstres doubles. Ainsi, les analogues des genres Xiptopage ^ Dérodynu; , Atlodjme , liiiodjme , Ofiodyme, indiques par quelques auleiir;) parmi les monstres triples , sont nécessairement nommes tii-exi- pliopage. j Iri-dtrodyme , tii-aldyme , tri-iniodjmc , tri-npodjme. Dans tous les cas de nioa- struosilé triple, où les unions &q\i\. similaires ^ c'est-à-dire où l'iudividii intermédiaire s'unit de la même manière à l'individu droit et à l'individu flanelle , cette uonieui latnie snlfit, et cliacuit de CCS noms renferme en lui la définition implicite du f^enre auquel il s'applique, et ai)(|nel seul il peut s'appliquer. IVlais,daus d'autres cas.'et le monstre triple de MM. Reina et Gnlva^ni eu offre un très remarquable, la nomenclature devint nécessairement un peu plus compliquée , en raison du mode dissimilaire An l'union ; en d'autres termes, puisque l'individu médian s'unit d'une manière avec, l'individu droit , et d'une autre avec lei;auehe, dès-lors, il y a deux modes d'union à exprimer, et non plus uu seul. Le monstre de MM. Reina et Calvagni , par exemple , correspond , par uu seul coté seulement , au cenre de monstres doubles, connu soas le nom de Dérodynic , «t par l'autre au genre Allodyme. Il n'est donc ni uu tri-dérodyme , m un iri-adudymr , uv,\\s il devrait être appelé tri-ddro-attodyme , s'il pouvait être utile d'ériger. dé» à préjcut en genre un cas qui n'a enrorp aucune analogie avec l'histoire de la science. 3j8 FI.OCKENS. — Sur Llusloire naturelle de V Homme. vaisseaux lymphatiques; et presque tous les vieux anatomistcs du temps écrivaient ou pensaient comme Riolan. On conçoit donc fout l'intérêt qui devait s'atta- cher, en i635,à la création d'une nouvelle chaire d'analomie. Cependant cette institution ne produisit pas immédiatement les fruits qu'elle dcvaitdonner. Le premier titulaire de la nouvelle chaire, Cureau delà Chambre, auteur de plusieurs ouvrages sur Y /wmme , sar les passions,, sur les affèctionn des animaux j elc, ouvrages qui n'avaient guère d'autre mérite que «d'être écrits, comme le dit Coudorcet, d'un style moins inintelligible que celui des écoles», n'était pas même anatomiste. Son successeur le fut. C'était Dionis. Célèbre à-la-fois comme chirurgien et comme anatomiste , Dionis n'était pas inventeur, mais il a été le plus heureux projjagaîeur des grandes et brillantes découvertes de l'anatomie. Le titre même de ses Leçons ^ qu'il publia pour la première fois eu 1690 et qui eurent bientôt plusieurs éditions, montre qu'il avait compris , avec une singulière sagacité, le but particulier de l'enseignement qui lui était confié. Ce titre est : Analomie de L'homme suivant la circulation du sang et les nouvelles découvertes ; et ces nouvelles découvertes sont ^ comme je viens de le dire, celle de la circulation du sang faite en ifiig, celle des vaisseaux lactés faite en iGaS, et celle des vaisseaux lymphatiques faite de i65o à i652. Dionis nous apprend d'ailleurs j en termes formels, que tel avait été le but ex- près de la création de la nouvelle chaire : la propagation des découvertes ré- centes de l'anatomie. « En ordonnant, dit-il, le rétablissement des Démonstra- tions publiques du Jardin royal (le rétablissement , car ces démonstrations, interrompues pendant plusieurs années , n'avaient été reprises et confiées à Dio- nis qu'en 1673}, le roi ( Louis XIV ) a voulu que l'anatomie de l'homme y fût démontrée telle que nous la connaissons aujourd'hui. » Et il ajoute que ce c'est dans cet établissement (le Jardin royal) que la circulation du sang et les nou- velles découvertes ont heureusement désabusé la médecine et la chirurgie de ces erreurs dont elles n'osaient presque sortir, et où l'autorité des anciens les avait si long-temps retenues. » La création d'une chaire d'anatomie au Jardia-des-Plantes eut donc pour premier résultat, de répandre les grandes découvertes de l'anatomie. De plus, en faisant sortir l'anatomie du cercle de la tacultè, elle devait nécessairement en avoir un autre; c'était d'appeler cette science à devenir, au Jardin~des~ Plantes, la base de l'histoire naturelle des animaux, comme elle devait devenir, à la Faculté , la base de la médecine et de la chirurgie ; c! ce second résultat parut dès l'époque même du successeur immédiat de Dionis, c'est-à-dire des l'é- poque de Duveruey. Duverney a été, comme chacun sailj l'un des plus grands anatomistes des temps modernes. Avec lui, l'anatomie prit un caractère nouveau, et beaucoup idus approprié à un Muséum d'histoire naturelle. Il la rendit comparée. Son époque lut, d'ailleurs, une des plus belles du Muséum; car, en même temps (pi^il y faisait revivre Yanatomie comparée j dont Aristotc avait jeté les premières FLOOREWS. — Sur l'histoire naturelle de l^ Homme. 359 bases chez les ancieus, Tournefort y enseignait la botanique et donnait le pre- mier exemple d'une méthode régulière et générale, en histoire naturelle. L'époque de Duverney lut aussi une des plus belles pour l'anatomie, prise en général : tandis qu'il iondahYanaiomie comparée sur de nouvelles bases, Ruysch et Malpighi fondaient l'anatouiie/irte ou àe structure. L'anatomie, alors si protondémeul cultivée, se partageait : une branche devenait Tawatom^W co/w- parèe y que devaient successivement agrandir parmi nous Duverney, Vicq- d'Azyr, et finalement Cuvier, auquel ranatoraic a dû son plus grand progrès en ce genre; l'autre branche devenait l'anatomie de structure ou des tissus j dont Bichat devait former , avec tant d'éclat, un corps particulier et distinct, sous le titre à'auatomie générale. Fontenelle dit que Duverney avait mis l' anatopiie à la mode. Il dit aussi qu'*7 excellait dans l'anatomie comparée , qui estj ajoute Fontenelle , l'ana- tomie prise le plus en grand qu'il soit possible. Et ce n'est pas seulement par ses leçons que Duverney concourait ainsi à la renaissance de l'anatomie compa- rée, il y concourait surtout par ces beaux mémoires sur Vanaiumie comparée des animaux , dont il a enrichi^ de concert avec le célèbre Claude Perrault , les pre- miers volumes des Mémoires de l'Académie des Sciences. Quant à ses leçons mêmes, on voit par les fragmens qui nous sont parvenus, que l'anatomie de l'homme en faisait le fond, mais qu'il y répandait, presque partout, de curieux et nombreux développemens sur l'anatomie des animaux. Duverney occupa la chaire d'anatomie du Jardin royal, pendant près de cinquante ans. Il l'avait trouvée chaire à'anatomie humaine sous Dionis, et il la laissait chaire A'anatomie comparée. Et Dionis et lui avaient également bien compris les besoins successifs et divers des deux époques oii ils avaient professé. A l'époque de Dionis, il fallait répandre des vérités nouvelles et combattues; à l'époque de Duverney ces vérités étaient reçues; elles étaient enseignées ailleurs et partout; les besoins avaient donc changé, et le moment était venu de faire, de la chaire d'anatomie du Jardin royal, une chaire particulière et appropriée au lieu où elle se trouvait placée, c'est-à-dire une chaire comparative de l'anato- mie de l'homme et de celle des animaux, ou, en. un seul mot, une chaire d'anu- tomie comparée. Je m'arrêterai peu sur les auatomistes qui succédèrent d'abord à Duverney, parce (|u'aucun d'eux ne paraît avoir marqué son enseignement d'un caraclèic propre. Ces successeurs furent : Uunaud, célèbre par un beau mémoire sur le mécanisme des os de la tête ; Winslow, l'anatomistc spécial le plus exact et le plus sûr qui eût paru depuis Vésale ; Ferrein , qui a laissé des recherches origi- nales sur \d formation de la voix, et des recherches prolondessur la structure des reins et sur celle du fuie ; et , enfin, Antoine Pe'it, auteur d'une édition àtXAnatomie chit urgicale de Pal fin, et d'une dissertation sur les naissances ■Ctori^ïf^s , question alors fort agitée, e«, (jui, aujourd'hui même, est loin d'être cntièrcmenl résolue. J'arnve tout de suite à V»(;(|-d'A7.yr. Anatomislc profond, physiologiste ingé- 36o FLOURENS. — Sur l'histoire naturelle de V Homme. nieux, écrivain supérieur, Vicq-d'Azyr reprit et perfectioaua l'enseigneincut de Duverney. Il Ot plus: on n'avait jusqu'à lui que des observations isolées touchant l'anatomie des animaux; il conçut et traça le premier le plan comparatif qui devait rassembler ces observations isolées eu un corps de science. Et de Vicq- d'Azyr, nous sommes conduits, en ne faisant attention qu'à l'ordre des progrès scientifiques, à M. Cuvier, de qui date l'enseignement spécial et distinct de l'ana- lomie comparée. Ainsi, et en ne considérant encore , pour un moment, que l'ordre de ces pro- grès, on voit l'anatomie, née dans le siècle précédent, des travaux des Vésale , des Fallope, des Eustaclii, marquer sa seconde époque, vers le temps qui répond à la fondation du Jardin royal, par les grandes découvertes de la circulation du sang, des vaisseaux lactés ou cLylifères et des vaisseaux lymphatiques. La troisième époque de cette science est celle de Duverney, qui commence l'ana- tomie comparée , et de Ruysch et de Malpighi qui commencent Xanctlomie de stnicture ; et la quatrième est celle où Vicq-d'Azyr et M. Cuvier fondent défi- nitivement, d'une part, l'anatomie comparée, et où Bichat fonde définitivement, de l'autre, Yanatomie générale. Mais je reviens à l'histoire particulière de la chaire à'anatomie humaine du Jardin royal. Nous venons de la voir une seconde fois chaire à'anaiomip. com- parée sous Vicq-d'Azyr, comme elle l'avait été, une première, sous Duverney; et nous touchons à un événement qui devait la modifier encore. Je veux parler de l'organisation nouvelle qui, en lygS , agrandit si fort toutes les bases du Jardin- des- Plantes, et substitua même à ce titre de Jardin-des- Plantes le titre plus général de Muséum d'histoire naturelle. A cette époque, deux chaires d'anatomie furent établies au Muséum, l'une à'anatomie humaine, et l'autre d'analomie comparée. La première fut con- servéeàM. Portai , qui, dans l'ancienne organisation , l'occupait déjà. La seconde fut confiée à Mertrud, de qui elle passa presque aussitôt à M. Cuvier , d'abord comme suppléant, et puis comme titulaire. Oa sait quel fut l'éclat des leçons de M. Cuvier. C'est dans ces leçons que chaque organe, pris à part, fut enfin rigoureusement suivi dans toute la série des animaux, et que, pour la première fois, on vit : ce rangés sur une même ligne tous ces cerveaux qui, pour me servir des expressions animées de Vicq- d'Azyr, semblent décroître comme l'industrie; tous ces cœurs dont la structure devient d'autant plus simple qu'il y a moins d'organes à vivifier et à mouvoir » ; et, ce qui ajoutait encore à l'éclat de ces leçons où Yanatomie comparée était, pour la première fois, exposée dans son ensemble, c'étaient les applications bril- lantes que le professeur y faisait des lois de cette science à la détermination des ossemens fossiles , et à la reconstruction de toutes ces espèces perdues que les couches du globe recèlent dans leur sein, et qu'un art nouveau semblait, pour ainsi dire , faire renaître et rendre à notre âge. On cençoitquc, à côté d'une chaire d'areo/omie comparée, spéciale et distincte, et surtout à côté d'un pareille cliairc, remplie par un professeur tel que M.Çu- FLOURENS. — Sur l'histoiré naturelle de l'Homme. 36 l vier, la chaire à'anatomie humaine ne pouvait plus se charger aussi d'enseigner Vanatomie comparée, comme elle avait pu, ou plutôt comme elle avait dû le faire 50us Duverney et sous Vicq-d'Azyr, quand la chaire à'anatomie compa- rée proprement dite n'existait pas. Aussi redevint-elle j dès ce moment , chaire A'anatomie humaine purement descriptive; et c'est dans cet état que je la trou- vai, lorsque j^'eus l'honneur de succéder, en i832, àM, Portai. Or, l'inconvéuicnt n'était pas moins grand delà laisser plus long-temps chaire à'anatomie humaine purement descriptive que de la transformer une troisième fois encore, et de toutes pièces, en chaire à'anatomie comparée. Ce n'était plus en effet, dans les deux cas^ une chaire propre , mais un véritable double emploi^ une répétition inutile : dans le premier cas, de la chaire à'anatomie humaine de la Faculté de Médecine, et, dans le second, de la chaire à'anatomie com- parée du Muséum d'histoire naturelle. Il fallait évidemment donner à cette chaire une direction nouvelle; et, quant à ce que devait être cette direction nouvelle, fout l'indiquait. Le lieu où la chaire était placée, le Muséum d'histoire naturelle, où tous les êtres de la nature ont leur enseignement marqué, et où l'homme seul n'avait pas encore d'enseignement distinct; la nature de la chaire, qui, de chaire d'anato- mie humaine devenait, par une simple modification, chaire d'anatomie appliquée kl'/iistoire naturelle de l'homme; et, enfin , l'époque même où nous nous trouvons, époque dont un des besoins les plus profondément sentis est, en effet, de voir combler la lacune qu'offre l'histoire particulière de l'homme j au mi- lieu des progrès rapides de toutes les autres branches de l'histoire naturelle générale. D'ailleurs, l'étude de l'homme, considéré sous le point de vue de l'histoire naturelle, a une importance propre, et qu'aucune autre branche de celte science ne saurait avoir. Les caractères physiques qui distinguent les races humaines les unes des autres sout peut-être \efait d'histoire naturelle qui, à toutes les époques, a le plus frappé l'imagination des hommes. On sait quel fut l'étonne- ment des premiers Portugais, qui, pénétrant au quinzième siècle dans 1 intérieur de l'Afrique, y trouvèrent des hommes absolument noirs, avec des cheveux cré- pus, un nez écrasé, des lèvres épaisses. Cet étonnement se renouvela à l'époque de la découveile du Nouveau-Monde. Les historiens racontent que , lors du pre- mier retour de Colomb , les Européens « ne pouvaient détacher leurs yeux des plantes, des animaux inconnus que Colomb avait rap])ortés, et surtout , discnt- ib, des Indiens^ si différtns de toutes les races d'hommes qu'on eut Jamais vues. » Cependant, malgré cet intérêt si vif qu'inspire et qu'a inspiré de tout temps rétude physique de l'homme, cette étude est très ])eu avancée. Et, d abord, pour ce qui est des anciens , c'est à peine si l'on peut recueillir autre chose »ar l'histoire naturelle de l'homme proprement dite, dans Hérodote, dans Stra- bon, dans Galicn même, etc. , que quelques opinions erronées touchant la na- ture cl les causes de la «.oulcur des nègres. Le véritable fondateur de ccllr 36^ FLOUREJVS. — Sur rhisioire naturelle de l'Homme. science nouvelle est Buffon. Son traite sur les Variétés dans l'espèce humaine est le premier pas important qui ait été fait eu ce genre. Mais, faute de carac- tères anatomiques suffisamment sûrs, Buffon ne parvint pas à la détermination précise de ces variétés ; il admit des passages du nègre au blanc; il crut que la chaleur du climat était la seule cause de la couleur noire ; et il arriva à cette conclusion , que toutes les différences physiques qui dislingueut, aclueUemenl, les variétés de l'espèce humaine n'avaient été, originairement, que l'eiret de causes extérieures et accidentelles. Camper est le premier qui ait cherché des caractères anatomiques précis. Ses observations sur le profil du nègre comparé à celui du blanc ^ furent un véritable progrès; etM. Blumenbachj'le vénérable doyen des naturalistes actuels, fit un pas de plus, en étendant à la conformation entière du crâne et de la face cette étude des caractères précis, que Camper n'avait appliquée encore qu'à la ligne faciale. D'un autre côté, Malpighi, Albinus, Mcckelj Cruikshaak, Gautier, etc., en cherchant à déterminer le siège de la couleur des nègres, ouvraient une voie qui a été beaucoup plus féconde encore, quoique les résultats qu'elle devait donner n'aient été obtenus que tout-à-fait de nos jours j comme on va le voir. Malpighi soupçonna que cette couche de la peau qu'il appelait le corps ou le réseau muqueux, était le siège de la couleur des noirs. Albinus et Meckel crurent le démontrer. Mais il résulte des nouvelles recherches d'anatomie auxquelles j'ai soumis , dans ces derniers temps , toute la structure de la peau , que Malpighi qu' Albinus, que Meckel, etc., n'avaient que des idées fort confuses sur la na- ture de ce corps muqueux. D'abord, ils le supposaient disposé en réseau _, et il forme pourtant une lame continue; en second lieu, ils le sup^josaient surtout dans la peau, et il n'existe réellement que dans les membranes muqueuses ; enfin, ils supposaient que ce corps muqueux, blanc dans Thomme de race blanche, noir dans l'homme de race noire , déterminait , par sa couleur seule , la couleur des hommes de ces deux races ; et il n'en est rien. Il y a, dans la peau de l'homme blanc, trois lames on membranes distinctes, le derme et deux épidermes ; et dans la peau de l'homme noir , il y a, outre le derme cl les deux épidermes; de l'homme blanc, un appareil particulier, appareil qui manque absolument dans l'homme de race blanche j, appareil composé de deux lames J et dont la lame la plus externe est le siège du pigmentum ou ma- tière colorante des nègres. Il y a donc , dans la peau de l'homme de race noire , un appareil qui manque dans la peau de l'homme de race blanche; les deux races, blanche et noire , forment donc deux races essentiellement et spécifiquement distinctes. Et ces deux races sont distinctes non-seulement par un caractère de forme j comme sont les caractères lires de la conformaiioii du crâne et de la face, elles le sont par un caractère de structure, par nu appareil spécial et très compliqué, par un appareil qui existe dans une des deux races et qni manque dans l'autre. FLouRtNs. — Sur l'histoire naturelle de l'Homnie. 363 Buflbn sujjpose que la couleur noire n'est que l'effet du climat ; il suppose (ui originairement l'homme nègre d, pu être blanc. Toutes ces suppositions tom- bent devant l'anatomie de la peau, mieux connue. L'effet du climat ne va pas jusqu'à donner ou retrancher un appareil. A la vérité, l'homme de race blanche peut prendre ce teint basané, noirâtre, qui est le produit du hdle ; mais l'anatomie fait voir que c'est le second épi- derme, et non un appareil particulier, distinct, qui est le siège du teint hâté. D'un autre coté, le mulâtre résulte du croisement des deux races noire et blanche ; et V appareil pigmentai^ l'appareil colorant au. nègre, se retrouve jusque dans le mulâtre. La race blanche et la race noire sont donc, je le répète, deux races essen- tiellement distinctes. Il en est de même de la race rouge ou américaine. L'a- natomie découvre sous le second épiderme de l'homme de race rowg-e, cuivrée, in- dienne, ou américaine {cdiV on désigne indifféremment cette race par tous ces noms), un appareil pigmentai qui est le siège de la couleur rouge ou cuivrée de cette race, comme Vappareil pigmentai du nègre est le siège de sa couleur noire. M. Cuvier dit , de la race américaine : « que, bien qu'elle n'ait pu encore être clairement ramenée ni à l'une ni à l'autre de nos races de l'ancien continent, elle n'a pas néanmoins de caractère à-la-fois précis et constant qui puisse en faire une race particulière ». Et il ajoute que son teint rouge de cuivre n'en est pas un suffisant. Il eût assurément pensé tout le contraire, s'il eût su que ce teint rouge decaivre tenait à un appareil spécial, déterminé, à un appareil que lana- toDiie détachait et isolait de toutes les autres parties de la peau. A. considérer, je ne dis pas des caractères de Jorme, je dis des caractères , des différences de structure, il y a donc trois races spécifiquement et primor- dialement distinctes : la race blanche ou caucasique , la race nègre ou éthio- pique , et la race rouge ou américaine. Tels sont les résultats que j'ai exposés dans mes leçons du Muséum, pendant ces dernières années. Il est vrai que, faute d'occasions favorables, je n'ai pu étendre encore ces recherches de structure sur les autres races et particulière- ment sur celle qui, entre toutes les autres, paraît la plus importante , c'est-i- dire sur la ràce Jaune ou mongole. Dès-lors, j'ai clé réduit à des caractères de second ordre, à des caractères de forme , savoir, aux caractères tirés de la con- formation du crâne et de la face. • Je dis que ces derniers caractères sont de sevond ordre ; et par là même s'expliquent les divergences qui régnent parmi les naturalistes touchant la déter- mination des races humaines , détermination qui, en effet, n'est fondée encore que sur ces caractères. M. lilumenbach fixe le nombre de ces races à cinq : \a caucasienne , la mongole , la nègre, l'américaine et la malaie. M. Cuvier réduit CCS ciiKj races de iiluincnbach à trois : la blanche ou caucasique, la jaune ou mongoUque et la nègre ou éthiopiqueJ] ht cependant, il avoue que « ni les Malais ni les Américains ne se laissent clairement ramener ni ù l'une ni a 364 FLODRENS. — Sur l'histoite naturelle de l'Homme. l'autre de ces trois races «. Enfin, un auteur plus récent, le savant M. Prichard, porte, et toujours en se réglant d'après la forme des crânes, le nombre des races humaines à sept. Les quatre premières sont : la caucasique , la mongolique , la nègre , et Yaméricaine ( moins les Esquimaux qui forment une tribu à part); la cinquième est celle des Hottentots et des Bosvhismans ; la sixième, celle des Papous ou peuples à cheveux crépus de la Polynésie ; et la septième , celle des Alfoiirous et des Australiens. Pour nous, en nous en tenant aux seuls crânes authentiques que possède notre Musée , nous croyons pouvoir établir jusqu'à dix formes ou types distincts de têtes humaines : le type caucasique , le mongolique, le nègre, \' américain , le malais on javanais j le hottentot, le boschisman , le papou, Valfourou, et le zè landais. Je rappelle en peu de mots les principaux caractères de ces types. Le type caucasique se distingue par l'ovale de la tête, la hauteur du crâne, la saillie du front, celle du nez , etc.; le type mongolique , par la saillie latérale des pommettes, la forme carrée du crâne, etc.; le type nègre, par un front com- primé, un liez écrasé, des dents incisives obliques, etc.; le type américain, par le volume de la partie postérieure du crâue,ld saillie du nez, la largeur des orbites , etc., etc. M. Prichard a supprimé, comme nous venons de voir, le type malais ; ce type manquait en effet, même dans M. Blumenbach qui l'a établi, de caractères précis. J'ai cru trouver ces caractères sur deux têtes de notre Musée, l'une de Javanais, l'autre de Madurais ; deux têtes dont le type est tout-à-fait sem- blable, et qui, toutes deux, se distinguent parla proéminence que fout en ariière les bosses pariétales très larges, et surtout par la manière dont l'occipital s'aplatit brusquement au-dessous de ces bosses. Le crâne des HoltenloLs forme' évidemment un type particulier, à côté du type géuéraldes nègres ; ce crâne est long et étroit; mais il est aussi proportion- nellement très élevé; et par là même il se distingue , d'une manière tranchée , du crâne des Boschismans, lequel est, au contraire, singulièrement aplati et comme écrasé de haut en bas. Les Papous , décrits avec soin par MM. Quoy et Gaimard, et les Alfou- ronsj décrits avec non moins de soin par M. Lesson, sont deux types dis- tincts. Les Papous sont remarquables par l'aplatissement , par la dépression du front et de la face ; les Alfourous ont le crâne long et étroit. J'ajoute que , si l'enfoncement que présentent les pariétaux (de chaque côté de la suture sagittale), sur deux têtes de notre Musée venues de la terre de Van-Diemen , se trouvait constant, il suffirait pour indiquer une variété dans le type des Papous. Enfin , le dernier des types que je propose, le type zélandais , est marqué par la hauteur et l'étroitcsse du crâne, surtout eu avant, par l'étendue de la fosse temporale, par la saillie antérieure de l'apophlysc du menton, etc. Tous ces types ne sont fondés que sur des caractères secondaires; et par con- séquent ils n''ont pas l'importance des trois races prirniti^'cs , fondées, comme FLOURENs. — Sur lliistoire naturelle de l'Homme. 365 nous avons vu, sur des caractères de structure. Il suit même, de ce que les carac- tères qui les constituent ne sont que secondaires, que plusieurs de ces types doi- vent rentrer comme sous-races ^ soit dans l'une des trois races primitives déjà établies, soit dans quelcjue autre de ces races qu'il peut rester à établir encore. Quoi qu'il en soit, je me suis servi dans mes leçons , decestypes^ provisoire- ment admis, pour rapporter à des groupes fixes et déterminés, les observations qui ont été recueillies snr les différens peuples par les naturalistes voyaqeurs , tels que les Forster, les Bougainville , les Péron, etc. , et , plus récemment , les LcssoD, les Quoy, les Gaimard, les Garnot, etc. D'ailleurs, à ces caractères tirés du crâne et de la face , viennent se joindre tous ces autres caractères dont l'ensemble fait la force : la couleur des cbeveux, la saillie des lèvies, l'ouverture des yeux, etc. , jusqu'à ces babitudes des peu- ples sauvages, qu'on peut regarder comme primitives, et, par conséquent, comme un effet plus immédiat de l'organisation même de ces peuples. Je ne parle pas ici des caractères tirés des langues, caractères d'un ordre très élevé, mais dont il faut demander le développement à une autre science et à d'autres chaires. Il s'agit ici de fonder les caractères anatomiques. Je me suis doue proposé dans mes leçons trois principaux objets : le premier, de chercher les caractères anatomiques qui distinguent les races humaines les unes des autres ; le second, de suivre les modifications qu'éprouvent ces caractères dans les filiations de ces races, depuis la race primitive jusqu'à la sous-race , et de la sous-race jusque dans les tribus oa familles qui en dérivent; et le troisième, de remonter jus- qu'aux lois particulières qui président à la distribution des divers rameaux de l'es- pèce humaine sur les différens points de la surface du globe. L'élude de ces trois parties de l'histoire physique de l'homme a fait le sujet de mes leçons pendant ces dernières années. Mais» je ne puis finir cet article sans examiner une question qui est encore aujourd'hui fort controversée. Cette ques- tion est celle de savoir si les diverses races humaines forment une seule espèce, ou si, formant diverses espèces, elles constituent ce qu'on appelle en histoire na- turelle un genre. Un simple coup-d'œil jeté sur la défiuition du mot espèce suf- fira pour faire évanouir, sur ce point, toute difficulté. Buffon définit l'espèce : a une succession d'individus semblables et qui se re- « produisent. » M. Cuvier définit également l'espèce: a la réunion des individus « descendus l'un de l^autreou de parens communs, et de ceux qui leur resscm- « blent autant qu'ils se ressemblent entre eux.» Or, il est aisé de voir que cette défiuition, donnée par Buffon et M, Cuvier, est complexe, etqu'elle réunit deux faits très distincts, savoir, le fait de la reproduction ou de la succession, et le fait delà ressemblance. Ici le fait de la ressemblance est complètement subordonné à celui de la succes- si'm ; et Buffon]Jct Cuvier en conviennent eux-mêmes, un peu plus tard. « La « comparaison de la ressemblance des individus n'est, dit Buffon, qu'une idée « acceasoiie , et souvent indépendante de la première ( l'idée de la succession <( constante par la génération ). » « Les différences apparentes des races de nos 366 MANDL. — Anatomle microscopique. e relire, et on n'en voitsoitir aucun fluide. On les trouve plus forts près de la base du cerveau et aux environs des ventri- cules, et au milieu d'eux quelques-uns isolés et plus gros. Il est souvent possible de reconnaître distinctement dans ces derniers, à côté des bords extérieurs de leurs parois, deux lignes intérieures marquées plus faiblement qui limi'ent l'éten- due du diamètre de la cavité. Si ces tub^s articulés sont déclinés, alors ils for- ment des petites vessies, globules, etc., .'1 douMes lignes; et ce sont ces pariics qui, d'après Ehrenberg, ctiiienl déclarées par Leeuwenhoek être des globules de graisse. Plus on se rappioche de la périphérie du cerveau, plus les tubes dimi- nuent de diamètre; de sorte que, dans la matière grisâtre, ils ïie forment qu'une masse granuleuse, composée de grains extrêmement fins qui sont u.)is au moyeu de fils très minces. Parmi ces fibres, ainsi qu'à la surface de la rétine, se trouvent des grains plus gros; ils paraissent formé? de petites granulations, et servent peut-être à la nourriture des nerfs qui, par leurs bouts béanU, pourraient les ab- sorber. Nous renvoyons le lecteiir, pour l'explication de ces globules, à nos mémoiies sur le sang, où nous démontrons qu'ils sont des globules de la fibi'iue Loaguléc, et qui se trouvent partout où il y a du sang épanché. Les tubes articulés transparens que nous venons de signaler dans la .substance blanche du cerveau et dans quelques nerfs, paraissent former la partie la plus importante du sys- tème neryeuxj et semblent destinés à |a sensation, .^j jdc la^icl yVi 1; '.néimi:" « Les nerfs du mouvement sont bien difïïreos. Ils sont composés de tubes droits et uniformes, sans dilatation, plus gros en général queles tubes articulés, mais dont ils sont la continuation : Ehrenberg les appelle tubes cylindriques. Ils contiennent dans leur intérieure une matière peu transparente, blanche, vis- queuse, qu'on peut faire sortir des tubes sous forme de grumeaux, et qui est appelée la matière médullaire. Leur cavit '^ est eu général plus grande que celle MANDL, :— yinatomie microscopique. Snx de tubes ariiculé's, et se voit bien à cause de la ligne interne parallèle aux bords • on voit même l'ouverture du tube. Leur diamètre Tarie entre —■ et — ^ — d'unp ligne; il est cLcz les vertébrés de 7^ à ^. De pareils tubes cylindiifjues se trouvent dans tous les troncs des nerfs et dans le sympathique. Dans les gan- glions des oiseaux et quelques antres animaux , se trouvent, en outre, des corps très grands, globuleux , irréguliers, dont le diamètre est presque -~ d'une ligne. Il y a continnité entre les tubes articulés du cerveau *et les tubes cylindriquess des nerfs ; en sortant du cerveau , les tubes commencent à être remplis de la matière médullaire , et quittent peu-à-peu la forme articulée. « Krause prétend que le cerveau est forme de libres soudes, qui sont compo- ées d'une masse soluble dans Veau, et de globules blancs, sphériques, du dia- mètre de -jv? ligne de Paris. D'après Berres, la plupart des tubes nerveux du cerveau ont la forme dentritique^ et on voit de petites vésicules sur leurs rami- fications. Il croit, eu outre, pouvoir établir des formes nerveuses avec vésicules superposées ; les tubes cylindriques avec les parois distinctes se trouvent dans les muscles; les nerfs de l'extension sont munis de vésicules a Trei>iranus nia le premier la réalité ou persistance de la forme articulée dans les tubes du cerveau,, qui ne serait d'après lui qu'accidentelle et produite après la mort. L'air et l'eau produisent aussi des changeraens dans la forme des tubes. Il voyait des tubes articulés daus les nerfs, et admettait, en outre, dans la substance corticale, des tubes plus forts que ceux désignes par Ehreuberg. ttLa grande facilité qu'ont les tubes à changer de forme, l'imnossibilité de tracer des limites bien distinctes entre les tubes cylindriques et variqueux, le nombre plus grand de ces derniers dans les jeuues animaux; tout cela a paru confirmer l'idée dcTrev^rauus. IF'eber.se range maintenant aussi à celte opinion • mais il croit les varicosités produites par l'eau et par la pression; il propose d'observer les nerfs en les mouillant avec de l'albumine. a Valentin , dans les recherches qu'il avait faites en partie avec Purkinje, s'est beaucoup occupé de la disiribution des globes ou corps en forme de mas- sues dans le système nerveux. Voici les principaux r-ésuitats de son mémoire. Tout le système nerveux est conqiosé de deux masses primitives : des fibres pri- mitives isolées, et de globes isoles qui foriueiit. la couche ( Belegungsmasse 1. Ces deux foria€s se trouvent égalementdnns le système nerveux central et pé-' riphérique ; il uîy a pas de transition entre elles. La masse rouge-grisâtre du cerveau et de la rnoelle, est composée seulement de globes; cette formption est appelée la couche continue (reine continuirliche Belcgungsformation). La couche qui est formée de globes mêles aux fibres primitives , constitue la couche inUrstitieLle. Si les fibres primitives se trouvent toutes parallèlement les unes à côté des autres, elles constituent \à formation des nerfi (nerveiiformation). Si au contraire ce parallélisme est détruit, cette forme est appelée par Valentin formation de plexus ( [tlexusformation ). 1 te Les tubes ainsi que les globes sont entourés des gaines, dont l'épaisseur varie 3ya JUANDL. — Anatomie microscopique. dans les difféienics parties du système nerveux; mais elles ^out toujours com- posées du tissu cellulaire. « La forme des globes varie beaucoup ; elle est plus ou moins ronde on allon- gée, arrondie d'un côté ou tiTminée en queue de l'autre. Mais ils sont toujours formes d'un parenchyme granuleux, qui se trouve traversé d'une masse semi- (luide, tenace, transparente, de la nature du tissu cellulaire. Il se trouve a» milieu un nucîeus rond ou allongé, qui est touf-à-fait transparent. On observe au milieu de la surface de ce nuclcus un corpuscule isolé, plus ou moins rond. « La substance de fibres primitives est partout une substance transparente, oléiforme, un peu tenace, qui fait voir, à cause de la réfraction de la lumière dans l'état isolé, une ligne très iQne parallèle aux bords. Le contenu et la gâîne lont encore unis. Si cette substance se trouve isolée, elle devient globuleuse, ou au moins son diamètre transversal s'élargit. ce II n'est guère nécessaire d'ajouter qu'on trouve encore dans le cerveau, outre les parties énumérées, des vaisseaux, du tissu cellulaire, de la matière colorante, de la graisse et quelques parties anorganiques. « La partie périphérique du système nerveux est, comme celle du centre , com- posée des mêmes masses primitives. Les globes ne sont que des formations in- terstitielles , et Valentin propose donc [d'appeler à l'avenir le système ganglio- naire la couclie périphérique interstitielle. Les globes se trouvent plus ou moins isolés, et les fibres primitives traversent directement les ganglions, ou elles entourent les globes. Il s'ensuit, d'après notre auteur, qu'il n'existe ni un sys- tème nerveux organique proprement dit, ni des nerfs organiqu^es; mais que la formation interstitielle peut trouver place parmi les fibres primitives des nerfs périphériques. Le nerf sympathique même n'est autre chose qu'un nerf com- posé presque dans tout sou trajet de globes (la formation interstitielle ). La partie centrale, le cerveau et la moelle épinière, ne sont composés que de ces deux masses primitives que nous connaissons déjà; il n'y a jamais lieu à aucune tran- sition parmi ces élémens ; mais ils sont rangés les uns à côté des autres. Toutes les variations possibles ne tirent leur origine que des rapports, des différentes positions relatives qu'affectent les parties élémentaires; au point oîi les substan- ces blanche et grise se touchent, les globes de la substance grise se trouvent entre les (ibres. Le nombre de ces globes déteimine la couleur du cerv€au. Toutes les fibres qui entrent dans la moelle se dirigent d'abord vers le centre ; elles entourent ensuite les globes, et continuent après leur direction vers le cerveau. ft Les gaines des nerfs et des globes sont beaucoup plus épaisses dans les par- ties périphériques que dans le centre. Elles deviennent extrêmement minces, sitôt ([ue les nerfs entrent dans le cerveau ; et c'est là qu'elles peuvent être détruites de la manière la plus facile ; elles deviennent alors variqueuses par la pression. » M. Mandl donne ensuite l'extrait du travail de Burdach, que les lecteurs MANUL. — ^natomie microscopique. 373 des Annales des Sciences naturelles connaissent déjà, et parle enfin du racmoire àe Remak [observationes de syslemalis nervosi structura. Berolini, i838). qui contient les résultats suivans. (c Les tuyaux primitifs des nerfs renferment dans leur intérieur, d'après cet auteur, non pas une masse liquide ou huileuse, mais un véritable fil, une espèce de ruban (fibra), très transparent et assez solide pour résister à la pression plus long- temps que le tuyau lui-même, et qui, strié à sa surface, paraît composé en outre de plusieurs fils élémentaires, parallè- les, qui ont des nœuds latéraux. Ce tuyau, c'est-à-dire l'enveloppe externe du fil, perd bientôt son aspect naturel par les agens physiques; il devientplus ou moins âpre à sa surface ; ce qui produit la forme d'une masse intérieure coagulée. D'au- tres fois ce tuyau se contracte de manièreà produire desvaricosités plus ou moins régulières; la cause de ce phénomène n'est pas encore connue. RelziusjMûller, Varr&ntrap, G'dtay avaient déjà démontré la présence de fibres grisâtres au milieu des nerfs du système cérébro-spinal; Valentin avait attribué la cause de cette couleur, ainsi que celle de la couleur jaune dans le cerveau, au nombre des . globes. Bemak au contraire a découvert des fibres d'une nature toute différente, qui n'ont pas d'enveloppe, qui sont tics transparentes, presque gélatineuses, el offrent presque toujours à leur surface des lignes longitudinales. Elles se sépa- rent facilement en fibres encore beaucoup plus minces, qui présentent en diffé- rens endroits de leur trajet de petits nœuds latéraux, ovales et plus ou moins couverts de corpuscules ronds, rarement irréguliers, de la grandeur des nucleus- des gloVics que nous connaissons déjà ; ils ont quelquefois des noyaux. Ces fibres, appelées organiques, se trouv/cnt dans tous les nerfs, et principalement dans le- sympathique. Mûller propose, dans sa physiologie, d'examiner la partie car-oti- quc du nerf sympathique du veau; pour se convaincre facilement de cette struc- ture. Cette partie est presque entièrement composée de fibtes organiques. Ces fibres organiques prennent leur origine sur les globes, qui se trouvent dans le système ganglionaire , et dans la substance grise du cerveau et de la moelle, que nous connaissons par les travaux d'Ehrenberg et de Valentin. Rolando-A décrit dans la moelle épinière une substance particulière qu'il appelle substance gélati- neuse. Notre auteur a trouvé dans cette substance des corpuscules semblables aux nucleu.s des globes;îls contiennent un noyaux contrr.l à leur surface, et sont transparens. La partie inférieure de la moelle est presque entièrement composée. de substance gélatineuse; elle renferme beaucoup de ces corpuscules, qui ont quelquefois deux ou trois noyaux, et quelquefois pas du tout. La substance blanche du cerveau et de la moelle est composé, ainsi que les nerfs , de tuyaux, qui contiennent le ruban interne, et qui sont beaucoup plus délicats dans lo cerveau que dans. la mucllc< Il en existe dans la couche grisâtre, de sorte que la couche purement globuleuse do Valentin n'est pas admise. » ■ <«♦' M. Mandl a appris dcrnièreinont par M. Millier que Purkinje est arrive A faire sortir le fil iutcrnc, qui so trouva dans les tuyaux des fibres primitives des nerfs, en faisant subir à ces derniers une certaine pré[>aration. tt Qu'un jette maintenant (ajoute M. Mandl) un conp-d'œil sur les Iravaui ^74 A* DUGÈs. — Physiologie de l'homme et des animaux. rfotit nous avons pris connaissjnce dans ce chapitre , et on verra que la forme globuleuse, décrite d'abord comme forme élémentaire du système nerveux, fut bientôt abandonnée par les auteurs, et qu'on siiivit long-temps l'opinion de ceux qui admettaient une structure tubuleuse. Celle-ci , repoujsce dans no^i'c siècle par les auteurs qui croyaient voir dans les globules les parties élémentaires des nerfs et du cerveau , est rétablie par les travaux des dernières années. Mais la forme de ces tubes et leur contenu solide ou fluide est encore un point de dissentiment entre les observateurs, et je me propose d'examiner dans la seconde partie de ce mémoire à tjuoi peuvent tenir les causes de ces différences. ;?, f )v|,,. Trait Ji de physiologie comparée de l'homme et des ahimàiix ^ par AivT. DuGÈs, correspondant de l'Académie des Sciences, professeur à la T^aculté de médecine de Montpellier. Les lecteurs des Annales ont eu souvent l'occasion d'apprécier lé ta'ent d'olî- scivalion qui distinguait à un si haut degré l'auteur de ce livre, et tous les amis de la .'cience doivent vivement regretter sa mort récente , car on pouvait espérer que pendant louq;-temps encore, il continuera t à poursiiivr* les travaux de recherches qui déjà l'avaient conriuità des découvertes si intéressantes. Son der- nier ouvrage, dédié au doyen des zoologistes français, M. Geoffroy Saint-Hi- laire,, est le Traité de physiologie comparée , dont le premier volume a été' imprime sous les yeux de l'auteur , et dont le reste du manuscrit, entièrement terminé , est déjà en grande partie publiée par les soins d'un de ses amîs. H a déjà paru deux volumes de cet ouvrage intéressant; le premier est consacré aux considérations générales sur lavioetà l'ctodedes sensationsqne l'auteur divise en externes, internes çt centrales; le second comprend les fonctions de manifesta- tions (électjicité animale, phosphorescence, chaleur animale, mouvcmens) et les fonctions de nutrition, considérées dans toute la série zoologique. Il n'est guère de CCS articles où, à côté de l'analyse rapide des travaux de ses prédécesseurs, l'auteur r.c présente quelques vues nouvelles et souvent il y a consigné des faits entièrement neufs tiré de ses propres recherches. Pour donner une idée de la manière dont Dugès a traité son sujet, nous rapporterons ce qu'il dit de la cir- culation chez les Myriapodes, les Insectes et les Arachnides. « AJyriapodes. Ici le sang est incolore comme dans les insectes , et, comme chez eux les oi'g.incs respiratoires se répandant partout, simplifient la circulation sans l'annihiler toutefoisj malgré l'axiome de Guvicr, que là ofi l'air va chercher k sang , le sang n'a pas besoin d'aller chercher l'air. Tout récemment Tyrrel dit avoir observé la circulation chez les lithobiea et les géophiles. Il y a long- temps que nous en avions décrit les organes d'après la Scolopendre mordante ; ils consistent eu un vaisseau dorsal étranglé à chaque articubtioo , et fournis- sant là , de chaque côté, une branche transversale entourée de graisse comme lui. Ce vaisseau dorsal se bifurque à ]ieii de distance de la tête , de manière A. DUGÈs. — Physiologie de l'homme et des animaux. dj5 3 embrasser l'œsophage et à former au-dessous , par une nouvelle anasto- mose, une aorte rétrograde qui se oolle sur le cordon nerveux central, et en suit le trajet dans toute la longueur du corpsj fournissant en plusieurs endroits bien manifestement des rameaux latéraux; c'est toujours vis-à-vis d'un ganglion, et les branches vasculaires accompagnent les nerfs qui partent de ces centrc's nerveux. Du milieu de la bifurcation du vaisseau dorsal part aussi une artère céphalique, et des crosses latérales p'artent d'autres branches antérieures assez volumineuses. L'analogie doit nous porter à croire que les branches trausvciscs du vaisseau dorsal sont des veines afférentes et que celles du vaisseau ventral sont des rameaux artificiels , ce que nous avons vu chez les Annclides l'indique assez, et ce que nous allons voir chez les insectes le prouvera encore , puisque ces derniers ne différeront des Myriapodes que par l'absence des veines; ce qui n'empêche pas 1:» circulation d'ctie toute aussi complète. « Insectes. Malpighi jSwammcrdara^ Lyonnct, connaissaient à mer\ eille le vaisseau dorsal ou cœur des insectes, et ses battemens semblables à ceux du nôtre lie leur avaient point échappé; ils snnt effectivement visibles même à travers la peau de certaines larves, des chenilles rases et des vers blanc(larves de coléop- tères , et de diptères); on les voit au raicrosco[)e dans le corps de plusieurs, insectes parfaits , demi transparens, la puce en particulier. N'ayant pu, même à l'aide d'injections, y découvrir des productions vasculaires, d'autres anatomistes n'ont plus voulu y voir, tout au plus, qu'un inutile rudiment de cœur ou un or- gane sécrétnire (Cuvier, Marcel de Serrés, Léon Du four). Cette opinion si con- tradictoire à l'analogie d'après ce qu'on voit chez les Arachnides^ les Crustacés , les Annelidei, tombe aujourd'hui devant des faits positifs. Une anatoniic plus minutieuse; une' inspection plus attentive^ ont appris que cette espèce de boyau, qui règne longitudinalement du côté opposé au système nerveux est non-seule- ment partagé en loges, dont le nombre est à -peu-près égal à celui des anneaux alidominaux, comme autant de petits cœurs particuliers (Malpighi), et (jue ces loges communiquant entre elles, poussent successivement de l'une à l'autre le fluide ciiculatoire , dans un sens antéro-postérieur; mais encore qu'à chaque jonclioM le renflement j>ostJiieur setnlde s'enfoncer un peu dans l'antérieur, mais qu'il reste deux boutonnièies latérales , dont les bords saillans en avant et en dedans font valvule, et permettent au liquide épanché dans la cavité générale du corps de pénétrer dans le vaisseau dorsal d'arrière en avant, et non d'en sor- tir ainsi (Strauss ^ Wagner, Carus). Nous avons reconnu cette disposition , sans dissection, de la manièie la plus manifeste, dans les larves aquatiques dont il sera question tout-'i-l'iietire , du moins pour les deux derniers renflcmens. Eu avant, le vaisseau dorsal ou cœur s'amincit, devient uniformément cylindrique, étroit dans le thorax; s'avance vers la tête, et se perd sur l'œsophage d'une ma- nière assez brusrpie pour avoir fait croire à Strauss qu'il s'ouvrait dans sa cavité. Des recherches attentives nous ont appris, et ont appris à Wagner, à Audouiti, à Miiller, que chez des phalènes, des ortlioiilères, des hyménoptères, le vaisseau lerminal donni' , dans le iliniax , des bi.iiulies inférieures e1 rétrogrades cpi'ju 376 A. nuGÈs. — Physiologie de l'homme et des animaux. peut suivre jusqu'aux ovaires. Peut-être en émane-t-il bien d'autres que l'on ne peut voir à cause de leur ténuité, de leur transparence, qui les cache au mi- lieu des fibrilles musculaires dont le cœnr est environné; mais leur existence fût-elle réjetée, il n'en reste pas moins aux insectes un cœur et une aorte à branches peu distinctes. a La dissection du cœur dans les grandes espèces apprend qu'il est très mus-: culeux et que sa cavité intérieure offre plusieurs étranglemens , formés par des plis transverses , en forme de valvules incomplètes. Dans le cœur de la Mygale aviculaire , j'ai pu m'assurer que les plis sont bilabiés, formés par un double faisceau musculaire , et que , entre leurs lèvres, s'ouvrent des. troncs vasculaires qui viennent des poumons, à travers de profondes scissures du foie, et d'autres qui s élèvent de la profondeur même de ce dernier viscère , et semblent venir de l'appareil digestif. Ce sont donc des veines mésentériques et pulmonaires. Celles- ci sont même au nombre de deux pour chaque poumon , dans la Mygale avicu- laire., une plus superficielle, une plus profonde: elles m'ont paru s'élargir en entonnoir plutôt que se diviser à l'approche du poumon; la superficielle tiendrait- elle lieu du grand lacis de l'Epéire cornue? Quoi qu'il en soit , tous ces gros tioncs «ont certainement des vaisseaux afférens; car, dans les contractions du cœur, leurs lèvres masculeuses doivent fermer l'oiifice, comme cela arrive aux troncs branchiaux des Crustacés. De là vient que, en injectant dans le cœur une sub- stance colorée, je n'ai que très rarement réussi à la faire parvenir aux poumons , ce qui m'est arrivé cependant : ils ont alors pris une rougeur diffuse , qui n'indi- quait point la présence de cajjillaires ramifiés. « Lois de la systole du cœur, le sang' doit donc passer en totalité ou dans les BA.RW1N. — Zoologie du voyage du Beagle. 379 artères iiiperficielles déjà mentionnées, ou dans une aorte dont il nous reste à parler. Le cœur se continue en avant, sous forme d'une grosseartère, qui traverse le pédicule et entre dans le corselet; je l'ai suivie jusqu'au milieu de cette partie, où je l'ai vue s'élargir, sans doute pour se diviser. En effet, je suis certain qu'il y a des artères dans les pattes. J'ai vu , sur de très jeunes Araignées de diverses espèces ou sur des espèces adultes et à membres transpareus {plio/cus),\es globules du sang marcher à la file sur une ligne étroite, constamment limitée par des parois membraneuses, depuis l'origine jusqu'à l'extrémité de ces membranes. Leur marche était saccadée comme les battement du cœur, et bien plus rapide qu'au refour. Ce retour d'ailleurs s'opérait sur un trajet large, irrégniier, et la marche de plusieurs globules était entravée par les muscles, etc. Donc il n'y a point de veines ; donc le sang revient dans les interstices des organes et sans doute va .«ç jeter aussi vers les poumons, après avoir traversé, le long des muscles et du cordon nerveux, le pédicule du corps. » Nous ajouterons encore que chaque volume est accompagne de quelques planches , représentant au trait les juincipales foimcs des organes décrits dans le texte; et que l'éditeur annonce la prochaine publication du troisième et dernier volume de ce traité. ■ id*-i .-'jir.L i-.)t . , : î!i"t "îrcr'!!!! )»,'» The zooLOGY, etc. — Foyage ait Beagle, exècuU' dii i832 a i836, sous le commande nient du capitaine Fi Izroy . — Partit: zi ologique par M..J)a^viih, La publication de ce voyage intéressant se poursuit avec activité. Nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs le mémoire de M. Owen sur le Toxodon (1), inséré dans la première livraison , et^ depuis lors, il a paru trois cahiers consa- crés à la description des Mammifères actuels , et un cahier contenant la descrip- tion des Oiseaux. "^'i t'Ai -yN^WiS A^W v\ « /ouiuuA Dans une courte introduction à l'histoire des mammifère* i-ecueillis pendant son voyage, M. Darwin présente quelques considérations géographiques et mé- téorologiques sur les contrées dont il a explore la faune ; mais la description des espèce est duc à M. Waterhouse et est accompagnée de très belles planches. Les trois livraisons que nous avons sous les yeux contiennent la descriptiou de cinq espèces nouvelles de Chauve-souris {Des,modus Dorbignyij Ph^llostoma Greyi, Phyllostoma perspicillatum, Vespertilio vhilœensis, Dy sapes nasutus^ ; des observations nouvelles sur le Canis antarticus de Shaw, le iahis magellani- ciu, de Gray ; le Canis fuluipes de Martin; le Canis Azarœ du prince Maxi- milien ; le Felit yagouaroundi de Dcsmarcst ; le Felis pajeros Desm. ; le Petis domestica , le Gallictis vittata et le Lutra c/iilensis de Bennet ; la des- cription d'unf nouvelle espèce de Loutre ( L. platensis) et un Dauphin (le Delphinus Fitzroyi) j des détails sur le Guanaco et le Cervus campestris F. Cav.; mais c'est surtout l'ordre des Rongeurs qui a fourni à M. Darwin une (1) V. .\nn. dt's Se. ual. t. i\. 38o AUDmET-SERviLLE. — Hiitoirc des insectes Orthoptères. abondante récolte; et M. WateiLouse a déjà publié la description du Miut decu- manus rapporté de Valparaiso, des îles Falkland, etc.; du Mus mourus de la Pbta ; du Jlfus Jacobine des îles Gallopayos; du Mus insularis de l'île de l'As- cension (peut-être une simple variété du M. rattus ) du Mus musculus ren- contré aux îles du Cap Vert , aux îles Falkland et à Maldonado ; du Mus longi- caudatus du Chili; du Mus elegans de Bahia (auquel paraît devoir être rap- porté fEUgmodonta typus de Fred. Cuvier); du Mus bimaculatus de Maldo- nado; du Mus gracilipes de Bahia, du M. flavescens de Maldonado et du M'. magellanicus du port Famine. IjGS oiseaux sont décrits par M. Gould. La livraison déjà parue contient des articles sur le Sarcoramphus gryphus, le Calharles atralus, lie Cuthartes aura j le Polyborus brasUiensis, le Milvago pegoparosj le Milvago chiman- go elle Milvago leucurus ; mais est accompagnée de planches représentant plu- sieurs autres espèces dout la description paraîtra dans les prochaines livraisons. Histoire naturelle des insectes Orthoptères j par M. Audinet- Servillk. I vol. in -S" avec planches. Cet ouvrage fait partie de la collection des traités d'histoire naturelle publiés par Roret , sous le nom de nouvelles tuiles à Buffbn, et contient la description détaillée d'un grand nombre d'espèces nouvelles: il ne pourra manquer d'intéresser vivement les entomologistes ; mais nous regicltons de ne pas y trouver plus de renseignemeussur l'anatomieetlapbjsiologiedes insectes à l'élude desquels il est consacré. lin ri Addition à la noie sur la nature des Polypiers , par M. Milne Edwards (insérée ci-dessus , p. 32 1). En exposant les diverses opinions des zoologistes sur la nature et le mode de croissance des Polypiers , i'ai omis de citer M. Meyen , dont je n'avais pas le travail sous les yeux au moment où je rédigeais ma note ; mais je crois devoir me hâter de réparer cet onbli ; car, en étudiant avec plus d'attention que je ne l'avais en- core fait les écrits de ce savant voyageur, je viens dem'apercevoir que sur quelques points il m'a devancé. Effectivement ses observations sur les Sertulaires , publiées dans les mémoires de l'Académie des Curieux de la nature de Bonn, en i834 (Supplément du tome xvi} , l'ont conduit à penser que la gaîue solide ou polypier de ces Zoophytes n'est pas une matière inorganique , mais doit être comparée à l'épideriue des plantes. J'aurais par conséquentpu ra'appuyer sur celte conclusion particulière dans la discussion générale à laquelle je me suis livré; mais c'est surtout pour rendre à M. Meyen ce qui lui est dû, que je m'empresse de revenir sur ce sujet. Ë. TABLE DES MATIERES coirrEwnEs daws cb volume. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIB. Nouvelles observations sur le parallèle des extrémités dans l'homme et 1 es quadrupèdes, par M. Flourens ^ 35 Recberches sur la présence de Yurèe dans les différentes parties du corps des animaux autres que l'urine , par M. R. P. Marchand 46 Recherches sur différentes pièces du squelette des animaux vertébrés, encore peu connues, et sur plusieurs vices de conformation des os, par G. Brescuet. g i De Fibrœ muscularis forma et structura , auctor H. R. Ficinus. (Extrait). 137 Aperçu descriptif de l'organe auditif du Marsouin, par G. Breschet. • 221 Recherches aoatomiques sur la manière dont l'èpiderme se comporte avec les poils et les ongles, par M. Flourens 343 Observations sur l'étude de l'histoire naturelle de l'homme , par le même. Observations sur un fœtus humain à trois tètes, par MM. Reina et Galvagnt. S^ig Anatomie microscopique , par M. Mandl. (Extrait) ZOOLOGIE. animaux VERTÉERÉS. Recherches sur l'ancienneté des Mammifères insectivores à la surface de la terre; précédées de l'histoire de la science à ce sujet, des principes de leur classification et de leur distribution géographique actuelle, par M. de Blain VILLE (Extrait) 118 Notice sur les Rongeurs épineux , désignés par les auteurs sous les noms A'Echimys , Lonchères , Heteroniya et Nelomys, par M. Isidore Geof- froy Saint-IIilaire 132 Notice sur un nouveau genre de Pachyderme fossile, nommé Oplotherium, par MM. Delaizer et de Parieu ... 335 MOLLUSQUES. Mémoire sur les Goniatites , qui se trouvent dans les terrains de transition du Rhin, par M. Beyricii 65 Sur un organe éiiigmaliquc propre à quelques Bivalves, par M. Siebold . 3ig Note sur le développement de l'embryon des LymnêeSj par M. Pouchet. (Extrait) , 63 382 * Table des matières. > ANIMAUX ARTICULES. Mémoire sur la distribution géographique des Crwstocts^ par M. Milnb liiDWARDS. • • • • • «^ •, VY • • • -^ »•■* f*^ •••••••. 2Q Lettre sur les Crustacés coîorés en rouge , qu'on rencontre dans les marais salans, par M. Payen 3i5 Recherches pour servira l'histoire de la circulationdu sang chez les ^/iree- lides , par M. Milne Edwards ig3 Mémoire sur un Ver parasite , constituant un nouveau genre voisin des Rotifères , sur le Tardigrade et sur les SystoLides ou Rotateurs en gé- néral, par M. DUXAHDIN. ' "' i Observations sur les Tœnias et sur les mouvemens de leur embryon dans i' l'œuf , par M. F. DujARDiN i.'} /•' J»'il 8?^?'" ag Notices of Iris h Entozoa. — Pfotices sur les EntozoaireSj observés en Ir- lande , par M. J. L. Drummond. (Extrait) I a8 ^. :\ ZOOPIIYTES. Observations sur les Eponges et en particulier sur la Spongille on Eporige d'eau douce j par F. Dujardin 5 Sur le Volvox vegetans de MuUer (^Anthephysa Bory), par M. F. Du- jardin i3 Sur les il/onarfes à filament multiple par M. F. Dujardin 17 Sur les zoos/>e;vraftervés en Irlande. (Extrait) 128 Ddcfs. — Traité de physiologie compa- rée. (Annonce.) 374 EuvvARDs (Milne). — Mémoire sur la dis- tribution géographique des Crustacés. 129 — Recherches pour servir à l'histoire de la circulation du sang chez les Anne- lides 193 — Observations sur la nature et le mode de croissance des Polypiers 3a 1 FiciNtrs. — De Fibrae musculari-. forma et structura. (Extrait.)'. . • 117 Flourens. — Nouvelles observations sur le parallèledes extrémités dans l'homme et les quadrupèdes 35 — Recherches anatomiques sur la ma- nière dont l'épiderme sp comporte avec les poils et les ongles. 343 — Observations sur l'étude de l'histoire naturelle de l'homme Galvacny et Reina. — Sur un fœtus hu- main à trois têtes 349 Geoffroy Saint-Hilaire (Isidore). — Notice sur les Rongeurs épineux , dé- signés sous les noms ii^£cfiimjs , Lon- clicres, Heteromys et A'elomYs.(K%tr'ii\) isi G0U1.D. — Oiseaux du voyage du Deagle. (Annonce.) 379 Masdl. — Afialomie microscopique. (Extrait), Maechand. — Recherches sur la présence de l'urée dans le sang, etc 46 Payew. — Lettre sur les Crustacés colo- rés en rouge , qu'on rencontre dans les marais salans 3 1 5 Parieu , voyez Delaizer. PowcHET. — Notice sur le développement de l'eiubryon des /-)Tn«ee.5. (Extrait). . 63 Reina , voyez Gai.vag:«t. Serville. — Histoire des Orthoptères. (Annonce.) 38o SiEnoLD, — Sur un organe énigmatique propre» quelques Bivalves. (Extrait). 3i(^ Wateuhouse. — Mammifères du voyage (lu Bcdgle. (Annonce.) 379 TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MEMOIRES CONTENUS DANS CB VOLUHI. Planche i. Eponges , Infusoires , Zoospermes , etc. 3. Albertia et Tardigrade. 3. Parallèle des extrémités. 4. Flosculaire. 5. Oreille du Marsouin. 6. Goniatites. 7. A. Goniatites. B. Monstre tricéphale. 8. Os sus-sternaux. 9. Oplothérium. 10 II. 13. i3. i4. i5. Appareil circulatoire des Annelid«c. Infusoires. FIN DU DIXIÈME VOLUME. ,bin iIac J>/>^^ naf . -?•",>>/-//» Zool Tom lO.Pl .1. K/io/i(/t\i\ ht/ù,r(ftri\v, Xoo,iy>t*r/H4\r f/ (I\u/x dt' '/a'nta I ■77',, .^O^ à n I ^ool . Tofn . 20 . /Y . 2. tf ; V^ f - a i %N, # ^-^ ;■'' /; €^"^s 1- ;) ■'/■ 4" %< ^r "^'i \^ - llhoriKi ('/ 'J'it/u/n/riK^r . -J. ^ 'ssiâfcr-aaij»* J^/ J II -ùifi de.r Set'fnr nat . 2"^ Série J Jfoo/ Tom . lo . J*l 3. /'ftrit//,'//' t/f'.v f.rO'rfftt/t'.r. é -<^( ./iin.i/n, Xeirnr rittt . 2' Xcrie . J^ool.Toin .jo . J'I ^ , 0^ ■■$ -V L;0^ >r . tutf ** Dmn^tui j /' /if.i'rtt/fif/r ■<: -*t fn/i ,/,, .u/é'/ic /utf.2^\i'erfe Zool To/n .ji, /'/ . f, . ./(y* /fuftuini/ j-r. (Ktfiiilftfv.y ■■-y •■rTi .in/t dej- Sctenr nat.l'Serie ^aa/ y'oni .10 J'I . b \ . C'O/uaiiU'.y. I'> .\l(tn.\trc t/i4<'-/>/i,i/(' ■/.,„■/ /'/,' //./' ./////.//:; hm.t/f.r.ir lui/ ■j'.mi' l'ip- 1 ■ fioô' " zwv«./;m' fi/ol/i 'icfinin ■ 3 /! '^ ^bm .dej- Jci^ic ,naf . 2*' Série . ^oot-. Tofn .jo. J^l io . i> . ippttrvt/ itf'ra/tf/t>t/'t' ///'.( . /n/H'/u/iM' .^.„vrMïïs|>j f^: fiff- i Jt/in.des Xc(efïc.nat.2^ Sertp . Xoof Ton t .jo . Pi . n . f/t/'if/ r/7 { a if(/,fhtirf t/i'.y huu'ttth\^ n Je.r . fhWtr na( 2'. Se/ue Jfoûl . Tout . lo . PI . J'2 - H ^ji' Vl.lo ^ l/i/Kiii-il ^t/ii//tl//>i/f t/i:i- hi/n'Miv ^ ,.VâH MU^^ .i/tfi .ffe.f Scienc -fiftt . 2^Serft' Zoul Torn uo.J'l .j3. . l/i/nin't/ (■i/i-ii/iitiiifr i/i:r Inni'/ii/tw A'<^^ Ann desSc naf. 2'" Série A 3 A 3 \, il Al IV î B.J 'm C.2 \\ \ TU \ 7 / // •M-'^t V,.3 Mk^- B^ C.J C.4 'M ■ C .2 ■N^\i% - „ i. ■• >-; -# I).:) /fi/it.ii>if<:i Ami i/iv Se . ruit 1''" Se Y..1. E..3. Zoo! Toin jo n ili . )h.. n % M I ^ F.7. E.^. d F. 2. « Y. 3. i,.2. G.4- # • (■>,.'{ ■:r^\ //i/('/.f<>t/i;r iivTMUS^ '^7^ i