S' ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. / et PARIS, IMPRIMERIE DE C. THUAU SUCCESSEUR DE ïEUGUERAY, IltJE DO CLOÎTBE SAINT-BEICOÎT, »° 4' an»^es L «dm" --s \ SCIENCES NATURELLES, PAR MM. AUDOUIN, ad. BRONGNIART et DUMAS, COMPRENAHT E. LA PHYSIOLOGIE AJNIMALE ET VÉGÉTALE, l'aNATOMIE lïL Yw H- ' — JOQOcs PARIS. CROCHARD , LIBRAIRE - ÉDITEUR , CLOITRE SAINT-BENOIT, N° 16, 1837. .:.-;: PA A wfcfep n des :\ SCIENCES NATURELLES, MM. AUDOUIN, ad. BRONGNIART et DUMAS, COMPRENANT LA. PHYSIOLOGIE ANIMALE ET VÉGÉTALE , L'ANATOMIE COMPARÉE DES DEUX RÈGNES , LA ZOOLOGIE , LA BOTANIQUE, LA MINÉRALOGIE ET LA GÉOLOGIE. TOME DIXIÈME, ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES IN-4" ! -\ Tjtî ■;- . PARIS. CROCHARD , LIBRAIRE - ÉDITEUR , CLOITRE SAINT-BENOIT, N» 16, rr 1CB DE SUBBONNS , K° 3. 1827. «■ y: ^o> ^5 > * •• ^ ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. Observations zooLOGiQUEsy Abyla, Nacelle , Cuboïde et Ennéagone. Caractères généraux des Diphides. Dans l'état parfait , ce sont toujours deux animaux réunis , de forme différente ; chacun d'eux jouissant d'une (7) \îe distincte , qu'il peut conserver assez long -temps quoique séparé de son congénère. Le premier qui se présente est formé de deux cavités , dont une , complète , a cinq dentelures à son ouverture ; la seconde n'est qu'un canal pins ou moins parfait , formé de deux feuillets , laissant passer un chapelet rie suçoirs et d'ovaires , qui appartient au second animal. Celui-ci , ordinairement plus petit que le précédent auquel il est uni d'une manière plus ou moins intime , est pourvu de trois cavités; C'est dans celle du milieu , par laquelle l'emboîtement se fait, que sont fixés les suçoirs. Genre Diphie , Diphyes Cuv. Planche i , figures i-"j. Observations sur l organisation des Diphics. La cavité , en forme de Sac assez régulièrement Cylin- drique , dont les contractions serveut à là progression de l'animal , se termine assez brusquement par un canal excessivement étroit, se portant jusqu'à l'extrémité du sommet , sans que nous puissions dire s'il s'ouvre à l'extérieur. Cette cavité , qui parait servir de réservoir au résidu de la digestion , est quelquefois pleine d'un^ substance muqueuse , comme nuageuse. L'autre cavité , à-peu-près triangulaire, dont l'ouver- ture est verticalement coupée , contient une grappe d'ovaires et de suçoirs réunis. Il en part également un petit canal très-délié, gagnant le sommet delà pyra- mide , et côtoyant de très-près , mais sans le toucher , celui dont nous venons de parler. Il est probable qu'il - s'abouche avec lui , car la digestion de ce Zoophyte doit (8) s'opérer d'abord par les suçoirs , et le résidu doit passer vraisemblablement dans la seconde cavité qui sert en même temps à la locomotion. Il existe un long cbapelet qu'on a quelquefois vu sortir de cette cavité et qu'on a pris pour des ovaires. Il paraît que ce sont bien réellement des ovaires , mais joints à des suçoirs que personne n a encore mentionnés , quoique cependant ils forment la masse la plus considé- rable de ce cbapelet. Le plus souvent , c'est une masse rétractée , nuageuse , rougeâtre, contenue dans la cavité. Alors on ne peut presque rien distinguer; mais lorsque la Dipbie les fait sortir et leur donne toute l'extension possible , on remarque autour d'un long tube transparent et sur sa longueur , des suçoirs qui adhèrent par une es- pèce de nœud assez ressemblant aux nœuds d'un roseau. Chaque suçoir est contenu dans une sorte de cloche très- délicate , de laquelle il sort; la base de chacun d'eux est munie de petites grappes qui sont probablement des ovaires, et il en part un petit tentacule ou filament exces- sivement délié et lisse, susceptible d'un très-grand al- longement. Toute la longueur de ce filament est garnie d'un seul côté d'une foule de petits filamens secoudaires, munis, à leur extrémité, d'un petit renflement duquel part encore un autre filet. Les suçoirs , dans l'état de vie , se replient dans tons les sens comme ceux des Vélelles et des Physales , s'ap- pliquent sur les corps , sur le verre , par exemple , en forme de ventouse , et peuvent y retenir l'animal ; ils ont alors à leur extrémité la forme d'une petite trom- pette , et il est toujours facile de bien apercevoir leur cavité intérieure. Ils sont d'autant plus écartés les uns des (9 ) autres qu'ils sont plus rapprochés de l'extrémité du tube qui les soutient. Dans l'intérieur de la Diphie , ils sont plus pressés et comme nacrés. Leur mouvement est sou- vent indépendant de celui delà totalité de l'animal. Enfin, comme ils sont excessivement petits , il faut , pour les bien voir et s'en former une idée exacte , se servir d'une très-forte loupe. On croirait voir alors une sorte de stéphanomie : c'est à-peu -près la même disposition de parties. Dans quelques individus , surtout dans ceux qui sont le plus complets , l'extrémité du chapelet ne paraît for- mée que par les cloches qui enveloppent les suçoirs , dont l'ensemble , à l'oeil nu , a l'aspect de l'extrémité d'une plume. Là , les suçoirs ne sont point encore déve- loppés ; et il est facile , à la loupe , de les apercevoir ayant l'apparence de petites vésicules accolées au tube central de l'ensemble. Voyez les planches et leur ex- plication. Il nous reste maintenant à parler de l'accouplement des Diphies , ou plutôt du second animal qui sert à les compléter. Cette aggrégation a été fort superficiellement observée jusqu'ici. On se bornait à dire que ces ani- maux s'accouplaient, ce qui devait faire penser qu'ils étaient semblables. Il n'en est rien cependant. La première Diphie , ou mieux la Diphie antérieure , a bien quelque ressemblance avec celle dans laquelle elle entre; elle est comme elle pyramidale et a une ca- vité subconique dont l'ouverture est entourée de cinq pointes; mais elle en diffère en ce qu'elle est beaucoup plus pointue , et qu'il n'y a point réellement deux ca- vités. La supérieure n'est qu'un canal formé par deux ( io ) membranes simplement appliquées l'une à l'autre , de sorte que le moindre effort suffit pour les écarter ; ce- pendant elles sont quelquefois unies dans Un seul point vers le milieu. C'est dans leur intervalle, lorsque ces- animaux sont accouplés , que le chapelet dés suçoirs de la Diphie postérieure s'engage et fait saillie an dehors. Ce chapelet passe avec la plus grande facilité de la Diphie, à laquelle il appartient, dans l'autre pour sortir à l'ex- térieur, et il rentre de même. Il faut qu'il y ait alors un accord manifeste entre ces deux animaux. Leur aggrégation est assez légère et n'a jamais lieu de nouveau lorsqu'une fois ils se sont séparés. Quoi- qu'ils se meuvent en commun , ils peuvent aussi se mouvoir isolément et vivre ainsi long-temps -, mais la Diphie postérieure, celle à qui appartient le chapelet des suçoirs , est beaucoup plus vivace , et ses mouvemeus sont très-brusques , très-vifs, tandis que ceux de la Di- phie antérieure sont lents. Dans cette dernière , la pro- gression ne s'opère que par la vraie cavité , celle dont l'ouverture est munie de cinq pointes. A quoi peut servir cet accouplement dans ces ani- maux? Il paraît bien difficile de s'en rendre compte. La Diphie antérieure n'a aucun organe digestif ou gé- nérateur visible sous le verre le plus grossissant. Un canal incomplet pour le passage des ovaires et des suçoirs de sa congénère et une cavité dans laquelle on aperçoit quelquefois un léger nuage de mucosités : c'est tout ce qu'on peut apercevoir dans ce Zoophyte transparent comme du cristal et taillé à angles assez rudes. Comme tous les animaux pélagiens , les Diphies ont besoin d'une eau sans cesse renouvelée ,• et , quoiqu'elles soient très- ( Il ) vîvaccs , elles finissent par périr après un séjour de quinze à vingt heures dans la même eau. Les différences que présentent les très-jeunes Diphies accouplées sont que le canal de la fausse est continu. Dans la Diphie postérieure, la grande cavité, c'est-à- di-re celle qui ne contient point les suçoirs, se prolonge jusque près de la pointe sans avoir de cul-de-sac terminé par un canal très-délié, tandis que dans la Diphie anté- rieure ce canal est très -allongé. Genre Calpé , Calpe. Animal libre , gélatineux, très- résistant, transpa- rent, polygonal, formé de deux parties. La plus considérable , subpyramidalc , ayant cinq cô- tés , séparés par des arêtes , dont une plus saillante , en forme de crête. Celte première partie à deux cavités dont une ovalaire , grande , à ouverture munie de cinq pointes -, l'autre cavité n'est , à proprement parler , qu'un canal formé de deux membranes réunies pour donner issue aux suçoirs et aux ovaires réunis. La seconde partie , beaucoup plus petite , est une sorte de cube joint à l'extrémité du corps et creusé de trois cavités. Nous avons donné à ce nouveau genre , voisin du précédent, le nom de Calpé , du lieu près duquel nous l'avons découvert , la montagne de Gibraltar , le Calpe des anciens. Calpé pentagone , Calpe pentagona Planche t. A, figures 1-7. Ce Zoophyle est formé de deux parties. ( T* ) La première a une grande cavité cornplèle ., cylindri- que , un peu renflée au milieu , de presque toute la lon- gueur du corps. Elle se termine par un petit conduit qui communique avec le cube , et auquel vont se joindre quatre stries intérieures qui paraissent être des vaisseaux , tandis que l'autre extrémité, très-arrondie , qui consti- tue la bouche , est circulaire , munie d'une petite valvule très-mince , et entourée de cinq pointes , dont trois plu§ grandes et deux plus petites. De ces cinq pointes partent autant d'arêtes parcourant toute la longueur de l'animal et limitant les cinq côtés. Sur un de ces côtés est un canal incomplet , c'est-à- dire qu il est formé de deux lamelles ou crêtes , dont une, beaucoup plus développée , se replie verticalement sur elle-même, et recouvre l'autre, laquelle est denticulée en scie, et aussi repliée sur elle-même, mais en sens opposé de la précédente. Ce canal , qui règne dans toute la longueur de l'individu , sert au passage d'une longue file de suçoirs et va communiquer avec la deuxième par- tie de l'animal. C'est à l'extrémité de la grande crête que se fixe le cube , et c'est à sa gauche , lorsque cette crête est dirigée en bas, que se trouve une échancrure trian- gulaire , à toucher ce même cube. La deuxième partie est formée par ce cube qui sert à compléter l'extrémité de l'animal , en s'y appliquant hermétiquement. Ce cube est composé d'un petit appen- dice bifurqué et de trois cavités , savoir : une moyenne , largement ouverte , du fond de laquelle part un chape- let de suçoirs et d'ovaires réunis; la couleur de ces der- niers varie de l'argenté au jaunâtre. C'est aussi près de cette ouverture que se fixe le corps de l'animal , à l'aide ( *3 ) d'un petit appendice très-adhérent et qu'il faut rompre pour séparer ces deux parties. Des deux ouvertures si- tuées de chaque côté de celle-ci et comme creusées dans l'intérieur du cube , l'une est ovalaire , fusiforme, com- muniquant à l'extérieur , et l'autre est arrondie avec un petit appendice. Toutes deux aboutissent à un canal commun qui paraît aller s'ouvrir dans la cavité princi- pale du grand corps , côtoyé de très-près par la tige com- mune des suçoirs : nous n'avons pas pu nous assurer s'il communiquait avec elle. Il est vraiment difficile , à la simple description , de se former une idée bien exacte de ce Zoophyle , qui est tellement transparent et sans ombre que le dessin lui- même ne peut en donner qu'une idée imparfaite. Sur un très-grand nombre d'individus que nous avons pris dans le détroit de Gibraltar , nous en avons vu beau- coup se mouvoir; et, comme ils n'ont qu'une ouverture susceptible de faciliter la locomotion , celle-ci se fait absolument à la manière des Diphies. Les dimensions de ce Zoophyte sont d'environ dix lignes. Genre Abyla , Abjla. Animal libre , gélatineux , très-résistant, transparent, trigone , formé de deux parties. La plus considérable , pyramidale , a les trois côtés séparés par trois arêtes saillantes , dont l'une , plus dé- veloppée , est en crête. Des deux cavités qu'elle contient , l'une est grande , ovalaire , à ouverture très-petite , mu- nie de cinq pointes -, l'autre n'est qu'un canal formé par la réunion de deux membranes , et destiné à donner issue au chapelet des ovaires et des suçoirs réunis. ( i4 ) La secoude partie , plus petite , est une sorte de cube irrégulier, creusé de trois cavités , dont celle du milieu reçoit l'autre animal. Abyla trigone , Abjla trigona. Planche %B, figures 1-8. Ce Zoophyte est plus grand du double que le Calpé pentagone. Son corps est formé de trois côtés séparés par autant d'ailes membraneuses , dont une , beaucoup plus considérable , est accolée à une quatrième denticu- lée en scie. Dans quelques individus , cet accolement est intime sur un point seulement. De leur réunion ré- sulte un canal pour les suçoirs et les ovaires réunis , et de leur terminaison une pointe qui s'enfonce profondé- ment dans le cube qui constitue la deuxième partie de l'individu. La grande cavité est proportionnellement moins grande que dans le Calpé pentagone -, et la bouche , très-rétrécic , est entourée de cinq petites pointes obtuses qu'il faut écarter pour y pénétrer , au lieu que dans le Calpé pen- tagone elle est toujours béante. Du fond de la cavité part un conduit très -délié qui va communiquer avec deux des cavités du tube, en recevant auparavant plu- sieurs stries longitudinales qui paraissent être des vais- seaux. L'extrémité du corps , terminée en bec de cuiller échancrée , pénètre dans le cube , et n'y est point très- adhérente. Cette seconde partie du Zoophyte n'est pas cubique comme dans le genre Calpé. C'est un corps très-irrégu- ( i5 ) lier , taillé à facettes , plus long que large , ayant une ouverture assez évasée au milieu, et sur les côtés , deux cavités oblongues , dont l'une est un peu plus arrondie que l'autre; la plus grande s'ouvre à l'extérieur, et toutes les deux communiquent par leur base , à l'aide d'un tube très-court , avec le conduit qui esta la pointe du grand individu. C'est du fond de la cavité moyenne que part le cha- pelet des suçoirs , des ovaires et des tentacules , pour se porter à l'extérieur au travers du canal dont nous avons parlé. Les suçoirs ne sont point recouverts d'une membrane en forme de cloche ; ils sont blancs et ont à leur base des ovaires de la même couleur. Ces derniers prennent quel- quefois une teinte jaune ou orangée. Les tentacules , ab- solument semblables à ceux des Diphies , ont leurs nœuds colorés en brun. Ces suçoirs et ces tentacules vivent long-temps après la séparation des deux parties de l'Abyla. Le cube, très-résistant, articulé de plat avec le grand corps , est doué d'un certain mouvement de contraction qui a lieu dans la cavité la plus oblongue , laquelle s'ouvre à l'extérieur. Il faut beaucoup d'attention pour l'apercevoir (i). Genre Nacelle , Cymba. Animal libre, gélatineux, résistant, transparent, formé de deux parties. (i) Ce que, dans le Voyage de VUranie , nous avons décrit sous le nom de Biphore polymorphe , est évidemment la seconde partie ou le cube de l'Abyla trigone. ( «6 ) La première qui se présente , allongée, a une grande cavité munie de six pointes à son ouverture , et un cà nal denticulé pour le passage des ovaires et des suçoirs. La seconde , carénée , en forme de fer de flèche élargi , a une large ouverture pour l'insertion de la première , et deux petites cavités , dont une en S. Nacelle sagittee , Cjrmba sagittata. Planche a C , figures 1-9. Ce genre est le quatrième de la famille des Diphidcs, Ici, l'union des deux parties qui le forment est plus intime. En effet, c'est une demi-cavité qui sert de moyen d'union. Cette partie qui reçoit l'autre est un corps triangu- laire, cristallin, qui , vu de face, est assez ressemblant à un fer de flèche obtus , caréné inférieurement ,. ayant une cavité en dessus à moitié recouverte , ce qui donne à ce corps la forme d'un petit sabot flottant. En avant, la pointe est mousse, et en arrière sont deux angles sépa- rés l'un de l'autre par une échancrure au milieu de la- quelle est un enfoncement subtriangulaire. Dans l'intérieur de ce corps sont deux cavités , dont une , vue de profil , a la forme d'un S. C'est en elle que prend naissance le chapelet des ovaires et des suçoirs. De plus , une autre petite cavité oblongue , en commu- niquant avec elle , donne à cette partie la même organi- sation qu'aux analogues des genres précédens. Le corps reçu ressemble assez au Calpé pentagone 5 il a six pointes à l'ouverture de sa grande cavité , la- quelle communique, par le fond . à l'aide d'un conduit, ( *7) avec les deux précédentes. Il a également un faux canal denticulé pour le passage des ovaires ; et de plus , il est tronqué en arrière , à sa réception dans la nacelle. Nous avons trouvé , sur la partie gauche , à l'insertion des deux parties qui composent la nacelle sagittée , un troisième corps qui aurait éloigné le Zoophyte de la fa- mille des Diphides , si nous n'eussions reconnu que c'était un jeune individu encore adhérent , ayant , comme l'adulte, ses six pointes et son faux canal crénelé. C'est encore dans le détroit de Gibraltar que nous avons découvert ce Zoophyte. Dans les deux genres qui vont suivre , les parties cons- tituantes sont, relativement au volume, disposées d'une manière inverse de ce qu'elles sont dans les genres pré- cédens. En effet , le corps qui serait l'analogue des cubes est très-considérable, et l'autre est réduit au minimum de développement 5 ce qui nous fit penser d'abord que ces animaux étaient incomplets -, mais en ayant trouvé un grand nombre dans le même état , nous croyons bien qu'ils sont entiers. Genre Ennéagone, Enneagonum. Animal libre, gélatineux, résistant, transparent, formé de deux parties. La première, globuleuse, à neuf pointes, est creusée de trois cavités, dont la moyenne loge les suçoirs et les ovaires , et reçoit la seconde partie. Celle-ci , très-petite , allongée, a une cavité dont l'ouverture est munie de cinq pointes , et de plus un canal latéral. ( i8) EnniUgone hyalin , Enneagonnm hyalinum. Planché*"-* D , figures 1 -6. Le nom que nous avons donné à ce nouveau genre est tiré de sa forme, assez irrégulière, ayant l'apparence d'une chausse-trape. On peut le définir une pyramide quadrangulaire , pointue, de la base de chacune des faces de laquelle s'élève un triangle 5 ce qui , en tout , forme neuf angles à pointes très-aiguës. Au centre de tous ces angles est creusée une cavité dans laquelle s'insère un petit corps à ouverture découpée , munie de cinq pointes. Il y a de plus deux cavités latérales oblongues , l'une desquelles donne naissance à des ovaires jaunes et à des suçoirs blancs. Ces trois cavités et le corps qui les domiue déter- minent la place de ce Zoophyte dans la famille des Di- phides. Si toutefois nous nous étions trompés, et si cet animal n'était que le complément d'un autre individu , le genre Ennéagone serait toujours établi d'après des ca- ractères constans et fixe, sa forme à neuf pointes. Il a été découvert dans le détroit de Gibraltar. Genre Cuboïde , Cuboides. Animal libre , gélatineux , résistant , transparent , formé de deux parties. La première , considérable , parfaitement cubique , ayant , sur une de ses faces , une ouverture moyenne donnant issue à des suçoirs et à des ovaires , et dans son intérieur deux cavités. ( »9 ) La seconde partie , très-petite, frangée , creusée d'une cavité , est reçue dans la moyenne de la précédente. Cuboïde vitré, Cuboides vitreus. Planche [2 E , figures i-3. Ainsi que l'indique son nom , c'est un corps exacte- ment cubique , cristallin , limpide , dont les quatre angles sont saillans et les six côtés un peu rentrés. Son ouverture moyenne, placée sur l'une des faces , est assez large ; les suçoirs qui y sont logés sont blancs et les ovaires jaunes. Deux cavités l'avoisinent : l'une a issue au dehors , et son ouverture est munie de cinq petites pointes; l'autre, arrondie , subcordiforme , avec un petit appendice , est placée tantôt verticalement , tantôt obliquement. Toutes deux communiquent par leur base avec la seconde partie de l'animal. Celle-ci , très-petite , frangée sur le côté , a une cavité dont la bouebe est quadrilatère. Son fond a un petit conduit qui va communiquer avec les deux cavités du grand cube. La bouche de cette petite partie se meut , et nous avons remarqué une seule fois dans sa cavité de petits globules blancs, agglomérés. Dans les genres Ennéagoue et Cuboïde, les suçoirs ne paraissent pas se développer beaucoup au dehors ; nous les avons toujours trouvés cantonnés au fond de la cavité. Il est probable que le genre Tétragone , établi dans la zoologie du voyage de l' Uranie ( page 579, planche 86, figure 11), n'est qu'une partie d'un Zoophyle corn- ( 20) posé , de la famille des Diphides ; et quuii jour, sans doute, on trouvera l'animal destiné à le compléter. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche I. Fig. i. Diphies réunies , de grandeur naturelle. Fig. 2. Diphies séparées, a , Diphie portant les suçoirs , ou postérieure ; b, Diphie antérieure; c, ouverture de sa cavité. Fig. 3. Chapelet de suçoirs et d'ovaires très-grossis. Fig. 4. Terminaison du chapelet , moins développé que la partie supé- rieure; les suçoirs ne sont que rudimentaires et arrondis. Fig. 5. Les mêmes très-grossis. Fig. 6- Suçoir couvert de sa cloche transparente excessivement grossi. Fig. 7. Une partie des filamens très-grossis. Planche à. A. Fig. 1. Calpé pentagone de grandeur naturelle, à, grande cavifé, dont le fond communique par un canal avec le cube 5 h , canal poul- ie passage du chapelet des suçoirs ; c , le cube dans sa position natu- relle. Fig. 2. Calpé vu perpendiculairement , montrant le cube tenant seule- ment par son pédicule. Fig. 3. Ouverture de la grande cavité , vue de face. Fig. 4. Extrémité avec le 'chapelet des ovaires dans le canal. Fig. 5. Cubé très- grossi , montrant ses deux cavités intérieures. Fig. 6. Les mêmes cavités isolées pour indiquer leur manière de com- muniquer avec le corps du Calpé : la plus oblongue a une ouverture à l'extérieur. Fig. 7. Suçoirs très-grossis. B. Fig. 1. Abyla trigoue de grandeur naturelle , avec son cube. Fig. 2. Le même séparé du cube, a , grande cavité qui a une issue déliée à sou fond ; b , canal crénelé sur ses bords , et par où passent les su- çoirs ; c , issue postérieure de ce canal. Fig. 3. Bouche rétrécie , à cinq pointes, de la grande cavité. Fig. 4- Cube de l'Abyla un peu grossi, montrant les deux cavités inté- rieures , dont une d a une ouverture extérieure. ( 2 * ) Fig. 5. Cube vu par la partie qui s'unit au giaud corps ; e , la cavité qui reçoit la pointe Uu grand corps. Fig. 6. Cube vu par sa partie postérieure. Fig. 7. Suçoirs et tentacules grossis. Fig. 8. Détails d'un tentacule. C. Fig. 1. Nacelle sagittée de grandeur naturelle, a, grande cavité dont l'ouverture a six pointes; b, canal dentelé j c, portion rece- vante. Fig. 3. La même partie vue par en haut, l'animal nageant. Fig. 3. La même partie vue en dessous, d , petite cavité triangulaire. Fig. 4- La même partie vue de profil. Fig. 5. Encore la même partie vue également de profil , et montrant de plus la cavité en S, d'où partent les suçoirs. Fig. 6. La cavité en S , grossie et séparée, avec les suçoirs. Fig. 7. Portion de l'animal reçue dans la précédente , et formée de deux cavités , a et b. Fig. 8. La même portion montrant de plus une autre petite cavité c den- telée à son ouverture. Fig. 9. Cette même cavité grossie. > D. Fig. 1. Ennéagone hyalin complet et de grandeur naturelle , mon- trant ses deux cavités intérieures, dont une porte les|suçoirs, qui sont très-déliés. Fig. 2. Le même , vu sous une autre face. Fig. 3. Autre portion du même. Fig. 4- Le plus grand de ses angles , qui se trouve toujours en dessous. Fig. 5, Bouche à cinq pointes d'une des cavités. Fig. 6. Deux cavités intérieures , séparées et grossies , avec les suçoirs. E. Fig. 1. Cuboïde vitré de grandeur naturelle. Fig. 2. Le même très-grossi , montrant i°. une large cavité d, laquelle contient un corps b creuse d'une cavité à ouverture quadrilatère ; 20. une seconde cavité crénelée , et entre elles un chapelet de suçoirs et d'ovaires. Fig. 3. Le corps b séparé du Cuboïde , et montrant une petite frange qui le contourne en spirale. {La suite des Mémoires dans le prochain numéro. ) £72- ( » ) Observations sur le Mouvement de la Matière verte dans les Végétaux (i); Par M. L. Ch. Treviratujs. L'opinion que le sang du corps des animaux jouit d'une vie propre, et qu'il est susceptible d'un mouve- ment spontané, indépendant de celui qui lui est com- muniqué par les parties solides, a été partagée , parmi Jes physiologistes anciens, par Harvey, Bohn et Glisson , et parmi les modernes , par les deux Albinus , par Wil- son et J. Hunter. Mon frère a également défendu cette opinion avec des argumens d'un grand poids , et c'est avec raison qu'il l'a aussi étendue aux sucs des végétaux , tant qu'ils sont encore sous l'empire de la vie. Dans les mémoires que j'ai publiés sur la physiologie végétale, j'ai décrit des mouvemens qui se montrent à l'oeil armé du microscope dans le suc vert qui remplit l'intérieur du Chara flexilis L. J'ignorais alors que (i )Ce Mémoire a été publié , en 1S17, dans les Vermischte Schriften des professeurs G. R. et L. Ch. Treviranus. L'intérêt que présente le sujet qui y est traité , sujet qui attire maintenant l'attention de tous les physiologistes , la précision avec laquelle les phénomènes de l'alternative de vie animée et de vie végétative y sont exposés , nous ont engagé à faire connaître ce Mémoire, malgré l'époque déjà assez reculée à laquelle il a été publié en Allemagne. Il prouve que des phénomènes analogues à ceux sur lesquels MM. Bory de Saint-Vincent , Gaillon, Edwards, ont attiré depuis quelques années l'attention en France, avaient déjà été ob- servés par quelques physiologistes allemands ; et comme des faits aussi importans et aussi difficiles à constater que ceux de ce genre ne sauraient être vérifiés par trop d'observateurs , il nous a paru utile de les consigner ( s3) l'abbé Bonav. Corti (i) ainsi que Fontana (2), avaient déjà observé ces mouvemens avec les mêmes circons- tances. De plus, je n'avais pu observer jusqu'alors ces mêmes mouvemens circulatoires de la matière verte , dans un végétal très-voisin 5 savoir : dans le Chara vulgaris L. ; ce qui ne laissa pas de me causer un grand étonnement. C'est à une conversation que j'ai eu dans l'été de 1814, avec le professeur Horkcl de Berlin , que je dois l'avantage de pouvoir résoudre maintenant cette contradiction apparente : dans la pre- mière des deux espèces , la membrane tubuleuse dans laquelle les tubes remplis du mucus vert se trouvent placés l'un à côté de l'autre , est fort mince et trans- parente. Dans le Chara vulgaris , au contraire, elle forme une enveloppe assez épaisse , striée dans sa lon- gueur , et très-peu transparente ; il faut donc commen- cer par détacher avec précaution cette couche , pour dé- couvrir l'organe vasculaire sous-jacent , dans lequel se montre alors le même mouvement de la masse verte , comme dans l'autre espèce. Ce mouvement est lent et uniforme dans cette dernière , ascendant d'un côté et descendant de l'autre 5 et une nouvelle preuve pour cons- tater qu'il dépend uniquement de la force vitale , c'est que le contact de quelques gouttes d'eau-de-vie qu'on laissait tomber , une pression , une déchirure du tuyau amenaient pour toujours la cessation de tout ce jeu. . MM. Link et Dittmar, dont le premier se trouvait à (1) Osscrvazione microscopiche sulla tremella et sulla circolazione delftuido inunapianta acquajola. Lucca, 1 774* (1) Rozisr , Obs. sur la Physique , l'Histoire naturelle, etc. Avril 1776. ( »4 ) Rostock dans le même temps où je m'occupais de ces expériences , en ont été témoins. J'ai aussi trouvé le môme mouvement dans le Chara hispida , espèce dont la structure ressemble beaucoup à celle du Chara vul- garis. L'abbé Corti ne s'est pas arrêté là. Dans un écrit postérieur (i) il fait connaître la suite de ses observa- tions d'après lesquelles la même circulation qu'il ob- serva dans le Chara , a aussi lieu dans un autre végétal dont il ne peut indiquer le nom , mais qui , à en juger par la figure , est le Najas minor AU. Il l'observa dans cbacun des petits tuyaux , dont la tige et les feuilles de cette plante aquatique se composent , et dans cbacun d'eux , elle avait lieu , comme dans le Chara , par elle- même, et indépendamment de celle du tuyau voisin. Elle ne changeait jamais dans sa direction , et elle était d'une seule et même espèce dans tous les tuyaux ( ou vaisseaux, comme dit l'abbé Corti) qui étaient intacts. L'abbé Corti a aussi trouvé ce mouvement circulatoire du fluide dans l'intérieur des tuyaux isolés du tissu cellulaire , dans deux espèces de cresson aquatique , dans les feuilles de la sagittaire , dans une renoncule aquatique , à feuilles capillaires , et même dans des végé- taux terrestres , tels que des courges et des concombres , la mercuriale, etc. Quel sujet pour de nouvelles obser- vations et quelle perspective pour pénétrer plus pro- fondément les lois de la vie végétale ! Cependant mes efforts à cet égard n'ont pas répondu jusqu'ici à mes es- pérances. Je n'ai pu parvenir jusqu'ici à me procurer à (l) Lettera sulla circolazione scoperta in varie piante. Modena, 1 776. — Trad. dans Rozier. Obs. mr la Physique, etc. 1776. Tom. yi\u ( 25) l'état frais Tune des deux espèces de Najas, dont lune , le Najas marina, se trouve à la vérité dans les fosses salées des bords de la Baltique , mais seulement dans les étés chauds et secs : j'ai donc été obligé de me bor- ner à quelques autres plantes aquatiques dont la struc- ture a une grande analogie avec celle du Najas , comme le Callitriche /verna , et le Lemna minor L. Ces végé- taux étaient exposés au soleil dans des vases remplis d'eau pure qu'on renouvelait journellement, ou du moins de deux jours l'un , et pendant ce temps ils con- tinuaient à s'accroître et à pousser de nouvelles feuilles. J'observais fort souvent et avec persévérance les cellules du parenchyme de ces dernières , sans pouvoir y remar- quer le moindre mouvement. Il ne s'en montre pas davantage dans le Sisjmbrium nasturtium , le Sium angustifolium, X Amaryllis undulata, le Mesembrjan- themum barbatum , le Scolopendrium officinale , ni dans un immense nombre d'autres plantes aquatiques et terrestres que j'ai disséquées depuis un certain nombre d'années , soit dans cette vue même , soit dans une autre. J'ai surtout examiné , dans des temps difle- reus et sur des tranches longitudinales plus ou moins épaisses , le tissu cellulaire de la hampe de l'Hellé- bore noir , dont les fleurs étaient sur le point de s'ouvrir pendant quelques jours printaniers d'un temps doux et chaud ; mais toujours la substance verte se trouvait ab- solument immobile, même dans les tuyaux intacts. L abbé Corli dit : qu'il faut faire ces expériences sur des végétaux sains , avec des tranches minces qu'on en sépare et qu'on plonge sous l'eau , et qu'il faut avoir beaucoup de patience. Je puis dire que j'ai tâché de sa- ( 26 ) tisfaire à toutes ces précautions et à toutes ces qualités. La grande différence du climat pourrait -elle donc pro- duire ici une si grande différence ? Cela n'est pas vrai- semblable , mais ce n'est cependant pas impossible. Ou sait quelle influence la chaleur exerce sur les mouve- mens des oscillatoires. TuOscillatoria Adansoni Vauch. examinée pendant un jour très-froid du mois de mai, et dans de l'eau froide , ne me montra absolument aucun mouvement dans ses filamens ; mais ce mouvement avait lieu distinctement , quand je l'eus mise dans une goutte d'eau chaude 5 il cessa dès que l'eau fut refroidie , et recommença de nouveau, quand j'y fis tomber de nou- veau de l'eau chaude. La même chose a été observée par Scherer (1) sur le même être vivant ou sur un autre analogue, qu'il a trouvé dans les sources thermales de Tœplitz. Ces filamens s'agitaient vivement dans leur élément naturel ; retirés de la source et mis dans de l'eau froide , tout mouvement était suspendu 5 la plaque de verre sur laquelle se trouvaient les filamens étant chauffée à la flamme d'une lampe, les oscillations ne tardaient pas à reparaître. On n'a point observé non plus , à ma connaissance , des phénomènes qu'on pourrait rapporter à cette catégo- rie, ni dans les mousses ni dans les hépatiques, si ce ne sont ceux que Schmidel a observés dans le Junger- mannia pusilla. On sait qu'avant le développement du fruit il se montre sur la tige de ce végétal de petits glo- (1) Beobachtungen und Versuche iiber das pfianzeneehnliche Wesen in den warmen KarUbader und Tœplitzer ffeetsern. Dresden, 1787 , in-8. ( *7 ) Lules pédoncules (1) , qui ont une structure celluleusc et qui sont regardés par Schmidel , aussi bien que par Hedwig , comme les organes générateurs mâles. Or, le premier de ces deux auteurs a remarqué que lorsqu'il plaçait sous une forte lentille un de ces globules mûr et intact , et qu'il l'humectait (2), il arrivait après un certain temps , que des corpuscules étaient lancés au dehors des cellules, à différentes reprises , et à des intervalles ap- préciables entre les différentes explosions. Ces corpus- cules étaient transparens , de forme ronde ou oblongue et de volume différent. Tous s'agitaient avec une grande vivacité , et oscillaient de la même manière que les ani- maux dits infusoires ; ils oscillaient non-seulement en vertu de leur force propre, mais ils étaient aussi lancés par le moyen de l'explosion , bien au-delà des bornes du champ de la vision , et ceci ne s'opérait pas d'un seul coup, mais par saccades, et comme par un acte vital. Quelquefois ils sortaient un à un , d'autres fois , deux ou trois ensemble. Quelques-uns dont les oscillations et les mouvemens étaient les plus vifs , paraissaient être pourvus d'un pédicule ou d'une queue qui ne devait pro- bablement son origine qu'à la vitesse avec laquelle les corpuscules étaient lancés à travers un fluide plus résis- tant. Schmidel regarde ces phénomènes, dont il a aussi donné une figure (3) , comme une suite des extensions alternatives d'un fluide élastique contenu , tant dans les globules que dans les corpuscules. Des objections graves («) Hedwigii , Theor. générât, plant. Cryptog. , éd. a e , p. i58 , pi. xx, fig. i, a . (3) Icon. plantai: et anal, partium , fasc. I, p. 85. (3) L. c. , pi. xxii , fig. 8. ( a») peuvent être faites à cette manière de voir, car lorsque T par exemple, nous comparons avec les phénomènes qui viennent d'être décrits les mouvemens mécaniques que le pollen, non parvenu à maturité, montre dans son ex- plosion sous Veau , les premiers paraissent plutôt indi- quer une force vivante , agissant avec liberté. Je ne sau- rais cependant rien décider en pareille matière sans avoir eu occasion d'observer moi-même ce phénomène, occasion qui m'a manqué jusqu'ici. Dans mon premier mémoire j'ai fait la remarque que le phénomène observé sur les Chara peut être comparé à certains mouvemens, en apparence spontanés , qu'on observe quelquefois sur les grains verts des Conferves. Tous les deux conduisent à un seul et même principe, savoir à une vitalité primitive de la matière organique amorphe qui, précédant la formation de tous les êtres organiques , est à son tour produite par eux , pour ser- vir , suivant les circonstances , ou à l'entretien et à l'ac- croissement de l'individu, ou à la production d'un or- ganisme nouveau. Cette vitalité se manifeste dans les mouvemens qui nous semblent avoir lieu sans règle ni sans but , mais qui sont diversement modifiés suivant la différence des corps organiques , ce qui semble indiquer que le principe vital est primitivement susceptible d'une variété de modifications et de déterminations , sans avoir besoin de l'entremise d'organes variés dans leur struc- ture et dans leur conformation. Dans les mémoires d'histoire naturelle de Weber et Mohr (i) , M. Mertens de Brème a publié une observation qu'il a faite sur le Confeiva mutabilis Roth. , et qui , (i)Vol. ï, p. 348. donne un résultat tout-à-fait analogue à ce qu'il a ob- servé, aune autre époque , sur le Conferva compacta Roth. J'ai réussi à répéter ces deux observations , et à mettre en même temps , dans un jour plus complet , quelques circonstances qui y ont lieu. En 1814 , au mi- lieu du mois de novembre , le temps étant continuelle- ment doux , je recueillis dans un verre blanc , une petite quantité du Conferva mutabilis , qui recouvrait de grosses pierres au milieu d'un ruisseau clair et rapide. Elle se trouvait dans le meilleur état , tous les filamens étaient verts et abondamment garnis de branches fasci- culées. Je la mis dans une tasse de porcelaine, remplie d'eau de fontaine pure , dans laquelle il n'y avait cer- tainement aucune trace d'animaux infusoires , et je la plaçai près de la fenêtre , dans une chambre modérément chauffée. Le lendemain, j'aperçus dans l'eau, du côté de la fenêtre qui était un peu plus sombre , parce que le bord de la tasse y était plus haut , une apparence de couleur verte , qui augmenta vers le soir , pour se trans- former ensuite en un sédiment vert , inégalement ré- parti. Je me convainquis que cette accumulation de la matière verte sur un seul côté n'était pas la suite de la position inclinée de la lasse , et je retournai celle-ci , le matin du troisième jour , de manière que le côté d'abord opposé à la fenêtre , la regardait maintenant. J'examinai dans la matinée du quatrième jour , les iilamens qui s'étaient totalement décolorés , par portions interrom- pues , et je trouvai que les plus grands , parmi les ra- muscules fascicules , s'étaient en partie vidés , et que la matière verte qui s'était échappée , n'avait laissé que le tube membraneux articulé. En même temps , l'eau était ( 3o ) remplie, surtout dans le voisinage de la plante, d'un nombre immense d'animaux infusoires, ronds et el- liptiques , dont la couleur et le volume s'accordaient parfaitement avec les globules verts , sous la forme des- quels se montrait encore la matière verte contenue dans les divers articles des ramuscules non vidés. J'examinai maintenant aussi la matière verte qui s'était déposée au fond, et je la trouvai composée, pour la majeure partie, de corpuscules allongés , elliptiques , immobiles , dispo- sés sous forme d'innombrables figures étoilées , à six ou à un plus grand nombre de rayons. Entre eux se trou- vaient de nombreux corpuscules globuleux dont quel- ques-uns se mouvaient, tandis que le plus grand nombre restaient immobiles. Ce dépôt vert n'augmenta, plus en quantité , au contraire , le liquide se montra , après quel- ques jours , rempli dans tout son contour de matière verte qui tarda peu à s'appliquer contre le bord de la tasse, sous forme d'un cercle vert. En même temps , plusieurs autres filamens s'étaient encore décolorés. Je répétai cette expérience, buit jours plus tard, en traitant de la même manière la Conferve nouvellement recueillie, et les résultats furent les mêmes. Cette fois je pus distinctement observer , comment un des corpuscules dont j'avais suivi pendant quelque temps le tournoie- ment et les mouvemens en quelque sorte sautillans , s'appliquait tout d'un coup contre les corps elliptiques allongés en forme de bâton , pour rester immobile , tandis que les autres continuaient leurs évolutions. Je l'observai encore long-temps après , et je vis qu'il per- sistait dans son immobilité. Cependant, quoique j'eusse taché de me préserver de toute illusion , voulant ôter (3i ) la possibilité même à l'erreur , je donnai le 27 novembre une portion de la Conferve dont il s'agit, et que j'avais cherchée le jour même , dans le même ruisseau , à M. le docteur Diltmar , mon concitoyen , qui est connu dans le monde pour son habileté dans l'observation des ob- jets microscopiques. Voici les résultats de ses observa- tions exposés dans ses propres termes : « Le 28 novembre, je pris des tiges fraîches et bien vertes de Batrachospermum glomeratum V auch. ( Con- ferva. mutabilis Koth. ), je les lavai le plus exactement possible avec de l'eau pure , et je les mis dans des vases plats de porcelaine , que je remplis d'eau pure. Le 29 novembre , je remarquai que quelques filamens avaient perdu leur belle couleur verte , et qu'une matière verte était répandue dans l'eau. Le 3o, cette matière était un peu plus abondante , et il se forma un dépôt vert au côté le moins éclairé du vase. Sous le microscope j'observai , pendant ces deux jours , que la teinte verte répandue dans l'eau dépendait d'animaux infusoires, ronds (pi. 3,fig. 1), qui nageaient avec beaucoup de vivacité. Le dépôt sur les parois du vase montrait des corps allongés , qui toute- fois étaient absolument sans vie , et qui formaient çà et là des figures étoilées (fig. 2). Le I er décembre on ne pou- vait plus découvrir aucun infusoire; le dépôt vert sur le vase était plus abondant , les corps allongés s'éten- daient de plus en plus , et le 3 décembre ils s'étaient transformés en de petits individus de Batrachospermum glomeratum (fig. 3) , qui adhéraient assez fortement au vase. Ils avaient encore la même forme le 4 décembre. » N ayant pas eu l'avantage jusqu'alors de pouvoir suivre les métamorphoses du Conferva mutabilis jusqu" au dé- ( 3 2 ) veloppement distinct d'un nouvel être de la même es- pèce, mon désir était d'y parvenir également; je répétai donc, en novembre i8i5 , avec cette conferve, l'expé- rience déjà mentionnée. Comme on pouvait s'y attendre, le résultat fut exactement le même. Dans une seule nuit, la température de la chambre étant à 10 degrés Réau- mur, il sortit de ce végétal, plongé dans de l'eau par- faitement pure, des myriades de corps mou vans ; je n'observai cependant qu'une seule fois le détachement de ces corps , du tube membraneux d'un ramuscule la- téral. Dans la matière verte qui forme les bandes trans- versales des articulations dans le tronc principal,, je ne pus apercevoir aucun vestige de rotation. Après une nuit froide , pendant laquelle l'eau s'était congelée à sa surface dans le vase , aucun mouvement ne se montra plus ; une température plus douce étant survenue quel- ques jours plus tard , l'eau se trouva remplie de nou- veau d'une quantité d'atomes mouvans, en même temps que la teinte verte était devenue plus foncée du côté de l'ombre. Après quinze jours , les corps verts allongés qui formaient les figures étoilées ne s'étaient pas seule- ment prolongés au point qu'on pouvait y distinguer une structure articulée , mais leur extrémité terminale s'était aussi prolongée en une pointe capillaire hyaline (fig. 4) 5 dont la présence forme, d'après Vaucher, et avec raison, un caractère principal du genre Batrachospeimum au- quel notre Conferve appartient. Je suis convaincu que si j'avais déposé sous une eau courante , ces linéamens dé- licats , ils auraient reproduit avec le temps le végétal en- tier avec ses nombreux rameaux fascicules. La seconde espèce sur laquelle j'observai ces meta- (53) morphoses ne paraît pas différer du Conferva compacta Roth. (i), elle s'accorde d'ailleurs parfaitement par sa for- me , avec celle qui est figurée par Dillwyn , sous le nom de Converja lucens (2). Je la trouvai également dans un ruisseau, dont le torrent rapide agitait continuellement les filamens du végétal qui adhéraient à des pierres. Le 3i mars 1816, époque où la température de l'air était au-dessous du point de congélation , pendant la nuit, et un peu au-dessus, pendantle jour , je pris une certaine quantité de cette C-onferve , et je la mis dans un verre blanc pour l'emporter -, arrivé chez moi , je la plaçai auprès de la fenêtre, dans une chambre modéré- ment chauffée , dans une tasse remplie d'eau pure. Sous le microscope on voyait nager, autour des filamens, quel- ques Vorticelles de la plus grande espèce ; on n'apercevait absolument aucune trace d'animaux infusoires plus petits. Les filamens étaient, pour la majeure partie, dans leur état naturel (fig. 5) , mais un grand nombre d'entre eux étaient devenus en forme de chapelet (fig. 6) par la dila- tation et l'arrondissement de leurs articles , qui coïnci- daient avec une diminution de leur transparence. Après un intervalle de quatre heures , une teinte verte se mon- trait déjà du côté delà fenêtre, dans la partie de l'eau qui était moins éclairée 5 le lendemain, cette teinte avait beaucoup augmenté et formait un nuage de matière verte foncée, dans laquelle l'oeil armé du microscope apercevait des millions de monades organiques plus ou moins grandes , rondes, ou du moins peu allongées eu ovales, qui s'agitaient avec une grande vivacité (fig. 7). (1) Catal. bot. , 1, 170. (2) S/nops. oj the britan. confervte , etc. , pi. {7. x. 3 ( 34 ) Eu mémo temps , un bien plus grand nombre de filamen» avaient pris l'aspect moniliforme , et dans ceux qui s'é- taienl montrés sous cette forme dès le commencement, un grand nombre d'articles s'étaient vidés, la matière verte et granulée s'en étant échappée par une ouverture latérale , partout perceptible , et n'avait laissé qu'un tube articulé hyalin. Une fois aussi, je vis une des masses granulées qui s'étaient échappées , se dissoudre en mo- nades vivantes qui se répandirent promptement dans toutes les directions (fig. 8). Le nuage vert, dans l'eau, se trouvant du côté de l'ombre , et le soleil donnant vive- ment sur le vase, je tournai celui-ci , avec précaution , un peu sur le côté , en sorte que la masse verte se trou- vait exposée aux rayons du soleil , mais immédiatement auprès de l'ombre formée par le bord de la tasse. En moins de cinq minutes elle s'était retirée dans l'ombre , et cela sous forme de bandes , dont je pus observer dis- tinctement la lente progression , de manière que , passé ce temps , on n'en apercevait plus que très-peu à l'en- droit précédent. Dès le second jour, et plus encore le troisième, il s'était formé au fond un précipité composé de corpus- cules verts allongés en forme de petits bâtons (fig. g) , dont une extrémité était très-amincie et transparente, tan- dis que l'autre était obtuse. C'est par leur partie amincie qu'ils paraissaient fixés ; souvent ils formaient des figures étoilées. Le sixième jour, des points floconneux , épars , d'un vert plus foncé, se montraient dans cette couche qui recouvrait le fond du vase. Ils consistaient en des filamens simples et courts (fig. 10, 1 1 ) qui étaient évi- demment, le résultat de l'allongement des corpuscules en ( 35 ) forme de petits bâtons que j'avais vus le second juin , et dont j'avais observé clairement tous les étals intermé- diaires et toutes les métamorphoses. Leur extrémité libre était obtuse , et ils avaient dans toute leur longueur des segmens incolores entre lesquels la matière verte fer- mait des bandes transversales. En un mot, l'ensemble de la structure montrait que ce n'étaient que déjeunes rudimens des filamens plus gros qui s'étaient vidés pour leur donner naissance. C'est ce qui fut aussi parfaite- ment constaté par l'observation ultérieure ; car le dou- zième jour ils avaient beaucoup augmenté en longueur et en diamètre (fig. 12), en sorte que celui-ci égalait la moitié du diamètre des filamens parfaitement développés. La structure interne était également tout-à-fail la même , si ce n'est que les segmens paraissaient plus longs qu'à l'état de développement parfait. Le nombre des corps mouvans avaitdiminué déplus en plus jusque-là , et il ne s'en montrait plus que peu ou point du tout. Après truis semaines, les filamens n'avaient pas pris d'autre ac- croissement , mais il y avait eu depuis ce temps plu- sieurs circonstances défavorables qui s'y étaient opposées. Il résulte de ces observations que la matière organique qui fait la base des êtres végétaux les plus simples , et par conséquent des corps végétaux , en général , exécute sous certaines circonstances des mouvemens que nous appelons mouvemens animaux , parce qu'ils ont pour nous le caractère de la spontanéité, et même d'une cer- taine tendance déterminée , attendu que ces corps mou- vans fuient , par exemple, la lumière immédiate du so- leil , et se réfugient à l'ombre. Cette transition était si brusque, que les mêmes particules de cette matière, qui (3G) dans la Conferve se trouvaient rangées sous forme d'ar- ticles ou de parties constituantes d'articles d'un filament , se présentaient comme des corps mouvans en se sépa- rant simplement de leur union , et revenaient ensuite à leur premier état en se fixant , eu s'unissant et en s'al- longeant de nouveau. Maintenant, ce qu'il y a de fort remarquable , c'est que nos Conferves continuaient à s'accroitre de la manière la plus vive , tant qu'elles étaient dans une agitation continuelle dans le torrent ra- pide d'un ruisseau , tandis que l'état de repos dans le- quel elles furent mises ensuite, donnait aussitôt lieu, sous l'influence favorable d'une température appropriée, à la sortie des particules et à leurs mouvemens. On peut conclure de là que la force qui détermine l'expansion et la ramification du filament de la Conferve , et celle qui donne lieu aux mouvemens spontanés des monades or- ganiques , sont une seule force identique qui se manifeste de différentes manières , suivant qu'elle est subordon- née à l'ensemble que la nature obtient par le mouvement , ou suivant qu'elle agit isolément, ce qui arrive dès qu'un état de repos et de mort générale a lieu. Il faut, de plus , remarquer que les mêmes corpuscules qui se mouvaient après s'être séparés du végétal , se reproduisaient après être revenus à l'état de repos. Mais comme ils formaient auparavant, à l'état d'articles ou de sporules, des par- ties intégrantes de la Conferve , qu'ils occupaient du moins une place déterminée dans son organisation , il faut en conclure que la force qui produit l'expansion de l'ensemble , par l'addition de nouvelles parties, est iden- tique avec celle qui a pour effet la génération d'un nou- vel être de la même espèce ; que les deux effets ont lieu , ( 3 7 ) par conséquent , à l'aide de simples liquides animés , sans intervention de la part des parties solides. Enfin , une dernière circonstance, digne de remarque, dans les expériences rapportées , c'est celle que la matière verte sortie des filamens , se déposait toujours uniquement au côté ombragé du vase , lorsque les corpuscules avaient cessé de se mouvoir. Ceci paraît avoir lieu d'après la même loi , suivant laquelle la semence ne germe ordi- nairement que dans la terre qui , du moins , en reçoit toujours la racine , et suivant laquelle , eu général , les premiers rudimens des corps organiques exigent l'ab- sence de la 'umière , tandis qu'ils supportent et qu'ils exigent l'influence de cette dernière , d'autant mieux et à mesure qu'ils s'accroissent davantage. Les observations rapportées dans le mémoire déjà cité, montrent que ces mouvemens en apparence spontanés de la matière verte, ont encore lieu dans d'autres es- pèces de Conferves que celles qui sont indiquées ici. Mais il paraît que, suivant les différentes espèces (ou suivant les genres de ces végétaux, si on veut suivre les principes de Vaucher), il finit aussi des circonstances différentes, et pour la plupart inconnues , pour obtenir le développement de ces mouvemens. Ainsi , par exem- ple, je n'ai jamais réussi à en observer la moindre trace dans le Conferva dichotoma L. (Ceramium Roth., Ec- tosperma V aucb.), dont la structure est pourtant si ana- logue à celle du Chara flexilis . J'ai conservé, une fois entre autres, au commencement d'avril i8i5, dans un vase rempli d'eau une douzaine, à peu près, des fruits de ce végétal, figurés par Vauober (i). Ils adhéraient à.. (i) tiist. des Conferves . pi. 1 1, lîg. i, /{• ( 3$) une tige à demi-pourrie, ei chacun d'eux avait produit un petit prolongement qui s'allongea d'une ligne environ dans vingt-quatre heures , sous l'influence d'un temps printanicr doux, et des rayons du soleil. Pendant cet accroissement, j'observai fréquemment et l'extrémité in- térieure globuleuse , et le prolongement, pour voir si la matière verte n'y exécuterait pas quelque mouvement de gyration , mais je ne pus apercevoir absolument rien de cette nature. Cependant les observations remarquables de Trentepohl montrent que des mouvemens de celte nature y ont lieu , quoiqu'avec des modifications tout- à-lait particulières. Je ne réussis pas davantage, malgré toutes mes re- cherches, à découvrir, soit dans le Conferva ietiformis, soit dans le C. quinina, soit dans d'autres espèces rap- portées par \aucher parmi les Conjuguées, des mouve- mens de la masse granulée , analogues à ceux du Con* feiva glomemta et du C. reticulata. Cependant le phé- nomène connu de la copulation qu'on observe dan? toutes les Conjuguées, tandis que toutes les autres Conferves ne le montrent pas , ne peut s'expliquer que de cette ma- nière. Hedwig, Vaucher, mon frère, Agirdh (i), et d'autres encore Font décrit, et les deux premiers ont donné, dans une figure, ce qu'on pouvait en représen- ter. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ce phéno- mène, c'est que la matière verte passe en entier d'un ar- ticle dans un autre , sans contraction et même plutôt avec une dilatation du premier. On sait que la matière dont il s'agit se compose en partie d'une membrane mince, visqueuse, en forme de (i) Algar. Decas. , m , p. 3a, 34. (3 9 ) tuyau et en partie de grains assez gros , qui se rangent dans une position régulière et forment, par exemple, dans le Conjerva quinina, des lignes en spirale ou en zig-zag. Les auteurs qui on traité ce sujet , regardent ces lignes , qui se distinguent ordinairement par un vert pins foncé, comme les réceptacles internes de la fructifica- tion (Sporaugia) , qui tapissent, dans d'autres Confer- ves , toute la circonférence interne du végétal , tandis qu'ils rampent dans celles - ci le long des parois in- térieures du tube articulé, en se contournant en forme de spirale ou de zig-zag. Mais ces lignes spirales ne sont nullement le sporangium lui-même , mais seulement des plis que le tuj r au forme à son intérieur, et sur lesquels les grains sont implantés. C'est ce qu'on reconnaît dis- tinctement, surtout lorsque les tours de spire sont un peu distans entre eux , à l'espace triangulaire qui se montre là où on les voit, en les examinant par le côté, devenir contigus au tube externe (fig. i3) , tandis que le tuyau interne est contigu au tube extérieur dans tout le reste de la circonférence , au moins tant que le végétal est frais et plein de vie. D'après ce que je viens de dire , il faut donc aussi rec- tifier ce que j'ai dit relativement à ce sujet dans un mé- moire antérieur sur la structure des végétaux cryptogames aquatiques (i). A l'endroit où le sporangium ou le tuyau vert forme les replis dont il a été question, il adhère évidemment avec plus de force à la membrane externe , lubuleuse ; mais la copulation est toujours précédée dune dilatation de cette dernière, par laquelle sa connexion , tant. avec (1) Weber et Mcmr. , Bcilrœgc , vol. i ; , p. 1 33. (4°) le sporangium en général, qu'avec les organes spiri- forme» en particulier , est détruite. Par là , la force vi-r taie de la matière verte est mise à môme de se mani- fester librement, et il se fait , sans aucune cause motrice xterne , un passage de celte matière , par le tube de com- munication qui va d'uu filament dans un autre, et cet acte se termine , comme on sait , par la formation , dans le second filament, d'un grain ovale ou l'ond, qui est le fruit. Le moyen dont la nature se sert pour favoriser ces chan- gemens , c'est de faire remonter le végétal du fond de l'eau à sa surface. C'est ce qui a lieu par l'influence de la lumière du soleil , qui, en donnant lieu dans l'eau au développement de bulles d'air qui s'attachent au végétal , le rendent spécifiquement plus léger, et déterminent eu même temps dans la matière verte une activité plus grande. J'ai toujours été frappé de ce que le passage mentionné de la matière verte ne s'opère qu'entre des articles de fi- lamens différens , et non pas aussi entre deux articles voi- sins d'un seul et même filament. Agardh (i) dit à'ia vé- rité que le Conferva quinina et le C. setiformis , qu'il a obseryés , étaient toujours dioïques^ mais ce cas n'existe pas toujours, et Vauclier dit avec raison (2) qu'il n'était pas rare de voir le même filament donner dans une partie de sa longueur et recevoir dans une autre partie, en sorte que parmi ses articles , les uns étaient vides , tandis que les autres se trouvaient remplis. Si cela est vrai, on ne saurait contester la possibilité (.)/;. c, P . 3a ,34- M/;,*., P . 44. (4' ) d'une copulation entre deux articles d'un seul et même filament. Au printemps de l'année 1 80-, j'observai ce phénomène, sans connaître aucune observation analogue, sur la variété du Confeiva quinina M. , qui se distingue par des filamens très-fins et par des articles fort allon- gés , et que Vaucber appelle Conjugata elongata (i)..La copulation avait lieu dans cette Conferve , en partie sui- vant la manière ordinaire figurée par Vaucher , c'est-à- dire par l'union de deux filamens diflerens , moyennant des tubes de communication qui s'étendaient de l'un à l'autre , et par lesquels le passage de la matière gra- nulée avait lieu , et en partie il y avait une copulation , s'il est permis de s'exprimer ainsi , entre deux articles voisins d'un seul et même filament. Voici l'origine et la marche de ce phénomène telles que je les ai observées : les deux articles commencent par se gonfler , mais celui dans lequel le globule se formera plus tard et que je nom- merai a, se gonfle plus que celui qui est destiné à se vi- der et que je nommerai b. Les tours de spire perdent leur disposition régulière et se détruisent dans les deux articles. Ensuite la masse granulée dans l'article b se met en mouvement vers a , ce qu'on reconnaît au gon- flement de l'extrémité qui est tournée vers a , et de la portion inter-articulaire. Lorsque le passage a eu lieu et que la masse granulée se trouve agglomérée dans l'ar- ticle a, le tube reprend le volume qu'il avait aupara- vant, à l'exception de la dilatation ventrue qu'occa- sionne la présence du globule de la fructification. La portion inter-articulaire conserve également ses dimen- sions antérieures. (1) L. c. , pi. vi, fig. 1,2. C4* ) Agardh (i) dit qu'il a toujours trouvé celte Con- ferve stérile-, il parait doue que la copulation , suivant le mode ordinaire , s'y fait avec une grande difficulté , et que cette circonstance est cause du mode particulier qui y a lieu. EXPLICATION DE LA PLANCHE III. Fig. 1-4- Développement du Batrachospermum glom.eratumVi.vcH. Fig. 5-i a. Développement du Conferea compacta Roth. Fig. i3. Structure du Conjerva quinina. Recherches microscopiques et physiologiques sur le genre Mycoderma (2)^ Par M. J. B. Desmazières. De toutes les familles de plantes établies par les cryp- togamistes , il n'en est pas sans doute dont l'organisa- tion et l'histoire soient moins connues que celles des Confervées et des Champignons^ et l'examen trop super- ficiel de plusieurs productions qu'on s'est empressé d'y réunir, a fait naître beaucoup d'erreurs accréditées r/ar des noms illustres. Les observations que je vais rappor- ter dans ce mémoire prouveront encore cette vérité , en dissipant l'obscurité répandue jusqu'à ce jour sur le genre Mycoderma. Persoon , dans la première section de sa Mycologia (.)£•*., P . 35. (2) Extrait du Recueil des travaux de la Société d'amateurs de* sBiences , de l'agriculture cl des arts de Lille pour î8i5. Lille , 182G, (43) Europœa , publiée en 1823 , créa ce genre pour y pla- cer les pellicules qu'il avait vues à la surface de plu- sieurs liquides ou de substances bumides fermentées. Mais n'ayant pas étudié au microscope les premiers déve- loppemens de ces productions; ne les ayant pas suivies , avec cet instrument , dans les divers états par où elles passent selon leur âge , les saisons , la nature des corps sur lesquels elles se propagent; ce savant mycologue ne signale point leurs caractères les plus essentiels; il se contente de les décrire d'après les formes extérieures et très-variables qu'elles revêtent, en les plaçant avec doute entre les Xylostroma et les Auricularia. Des caractères aussi vagues et une association aussi étrange, me firent dire avec raison, en 1823, que le genre Mycoderma était un des plus obscurs de la myco- logie ; mais à cette époque je n/avais pu saisir encore , avec les instrumeus amplifians que je possédais , la vé- ritable organisation des êtres qu'il renferme; de sorte qu'en ajoutant quelques espèces à celles mentionnées par le respectable et laborieux botaniste que je viens de citer, et en changeant, pour de bons motifs, tous les noms spécifiques qu'il avait proposés, je donnai , comme lui , une idée incomplète de ce genre intéressant. Depuis la publication de cet ouvrage , les naturalistes n'ont rien ajouté aux connaissances que nous avions ac- quises sur les Mycodermes : dans le trente-troisième vo- lume du Dictionnaire des Sciences naturelles , im- primé en 182/J , M. Léman n ; a fait que répéter ce que Persoon en avait dit avant moi; et M. A. Brongniart , dans ce même volume , au mot Mycologie , a classé le genre qui m'occupe dans la liste des genres rapportes (44) à la famille des champignons , mais dont la position et les caractères sont encore incertains. Dans cet état de choses, il était important qu'un natu- raliste entreprît avec soin une série d'observations exactes pour fixer les idées que l'on doit avoir sur ce genre , et c'est ce que j'ai essayé de faire. Je vais donc exposer ici le résultat de mes nouvelles recherches d'après lesquelles je crois avoir acquis des notions justes et vraies sur ces productions , que je n'hésite pas à ranger dans la classe des êtres que Gaillon a si heureusement désignés sous le nom de Némazoaires (i). Les Mycodermes, comme les Oscillaires, les Conferves et beaucoup d'Hydrophytes, sont des productions micro- scopiques. Si on les aperçoit à l'oeil nu , c'est parce que les individus dont elles sont composées vivent réunis en société; mais il est impossible de les distinguer un à un, et surtout de reconnaître leur structure intime, sans le secours d'un excellent microscopique. C'est donc à l'aide de cet instrument que j'ai fait toutes mes observations, et qu'on pourra les répéter pour s'assurer de leur exac- titude; mais avant d'entrer dans les détails de l'organi- sation , la plus intime de ces pi-oductions , je dois dire ( i) Par ce nom nouveau , composé de deux mots grecs , filet animal, Gaillon désigne un groupe d'infusoires qui , par une aggrégation fort singulière, constituent des iîlamens que l'on avait jusqu'ici considérés comme appartenant au règne végétal. Je renvoie à quelques-uns de ses Mémoires, au mot Némazoone du trente - quatrième tome du Diet. des Se. nat. , et à de nouvelles Notes que j'ai publiées dans les trois pre- miers volumes des Plantes cryptogames du nord de la France , ceux de mes lecteurs qui voudraient connaître les observations de ce naturaliste. Les Némazoaires devraient entrer , d'après M. Bory de Saint-Vincent, dans le règne qu'il appelle Psychodiairc. ( Vny . le Dict. class. d'Hist. nat. , au mot Histoire naturellf. ) (45 ) ici qu'elles prennent naissance à la surface de beaucoup de liquides et de corps très-humides fermentes, ou qui entrent en fermentation. Elles se montrent sous l'appa- rence d'une bouillie, presque toujours blanchâtre, qui s'étend sur la liqueur en petits groupes orbiculaires , ou en une sorte de pellicule, comme s'étend la crème sur le lait. Cette pellicule molle et souvent marquée d'une in- finité de petites rides , acquiert peu à peu plus d'épais- seur , et après quelques jours , recouvre ordinairement toute la surface du liquide qu'elle surnage. Pour étudier ces productions singulières , je voulus commencer mes premières recherches par la petite peau qui se forme à la surface de la bière, et que j'ai nom- mée ailleurs Mjcoderma cervisiœ. A cet effet, je remplis de cette boisson plusieurs assiettes de faïence , placées dans une pièce peu fréquentée , et au bout de quatre à cinq jours , la température étant de 7 à 10 degrés au ther- momètre de Réaumur, j'aperçus çà et là sur le liquide une légère teinte blanchâtre qui annonçait déjà le pre- mier développement de cette espèce de bouillie dont j'ai parlé. Le microscope m'y fit voir alors une multitude de corpuscules hyalins , inertes , ovoïdes , prodigieusement petits et presque égaux entre eux. Le lendemain et le surlendemain, leur nombre s'étant beaucoup accru, la bouillie qu'ils formaient par leur rapprochement prit plus de consistance et d'épaisseur , se couvrit d'une grande quantité de petites rides , et s'étendit sur toute la surface de la bière mise en expérience. Plusieurs jours s'écoulèrent sans que je découvrisse autre chose; enfin arrivé au douzième, je vis que mes corpuscules se trouvaient mêlés à un grand nombre de (46) iilamcns, hyalins comme eux et de la même grosseur , simples ou ramcux , entrecroises et cloisonnés à des in- tervalles plus ou moins égaux. Bien qu'il me parût assez naturel de croire que ces filamens devaient leur origine aux premiers corpuscules que j'avais observés et qui étaient en tout semblables à ceux que j'observais encore, je ne découvris rien d'abord qui pût m'autoriser à ad- mettre définitivement cette opinion ; mais après quel- ques nouvelles recherches, je m'aperçus que dans le nombre des corpuscules répandus sur le porte-objet du microscope , il s'en trouvait de plus allongés que de cou- tume , et quelques-uns ayant acquis udc longueur égale à la distance des cloisons des filamens, je ne doutai plus que ces filamens et ces cloisons ne fussent le résultat de leur réunion bout à bout, lorsque je vis plusieurs de ces corpuscules allongés se présenter pour ainsi dire à cette espèce d'aggrégation linéaire. Les uns se plaçaient aux extrémités des filamens déjà formés; les autres se sou- dant sur quelques poinls de la longueur de ces mêmes filamens , offraient l'origine de rameaux assez nom- breux. Les pellicules qui s'étaient formées dans toutes mes assiettes , augmentaient en épaisseur et continuaient à m'offrir les mêmes phénomènes, lorsqu'un jour, consi- dérant très -attentivement leurs corpuscules ovoïdes, éclairé d'une lumière favorable, je crus les voir s'agiter... Mais soit queje les examinasse avec l'opinion qu'ils de- vaient se mouvoir, soit que le mouvement qui pouvait exister fût à peine perceptible , une personne habituée à suivre nies observations ne put le découvrir; et j'allais abandonner les idées queje m'étais formées sur l'anima- (47 ) lité de ces êtres , j'allais les considérer comme des sporî- dies ., et les filamens qui en provenaient comme les rhi- zopodes (i) des moisissures qui devaient se développer plus tard sur mes Mycodei'mes , quand le lendemain un heureux hasard me fil enfin apercevoir que tous mes cor- puscules étaient évidemment doués de la faculté loco- motive. En ce moment je ressentis cette joie indicible que l'on éprouve souvent en histoire naturelle, lorsque l'on saisit un fait important, lorsque l'on parvient à mettre dans tout son jour une vérité nouvelle. Il ne fal- lut plus, dès-lors, un examen attentif pour se convain- cre du mouvement de ces petits êtres : on les voyait tan- tôt allant à droite ou à gauche , tantôt parcourant d'autres directions. Quelques-uns se rapprochaient, puis s'éloi- gnaient avec plus ou moins d'agilité , tandis que d'autres culbutaient ou tournaient sur eux-mêmes. Ne pouvant plus élever aucun doute sur la vie animale des corpuscules que je voyais, je les considérai comme entièrement analogues aux corpuscules monadaires con- structeurs des filamens de différentes conferves , ou des Némazoaires de Gaillon, et ne balançant pas à range* mon Mycoderma cervisiœ, dans ce groupe des infusoires, je me mis à raisonner sur la maivjère d'exister de ces ani- malcules, sur ce qu'ils deviendraient plus tard après leur réunion bout à bout, etc.; mais mon impatiente curio- sité me fesait devancer, par des conjectures, les obser- vations qui pouvaient seules leur donner quelque poids 5 je ne tardai pas à m'en apercevoir, cl je résolus, dès-lors, (1) Voyez , pour l'intelligence de ce passage, le Mémoire de M. Ehren- berg, ayant pour titre : De Mycetogenesi epistola. (IYoï. Act. Acad. Leop. Cœsar. nat. cur. , tom, x , p. i5g.) (48) de suivre encore cetie mycoderme , et d'étendre mes re- cherches à d'autres espèces. J'examinai successivement les pellicules développées sur l'encre, sur une colle très-liquide faite avec de la fleur de farine , sur une eau dans laquelle j'avais fait sé- journer de la drèche de bière, sur de l'oseille et sur desi tomates cuites et conservées dans des pots, enGn sur quelques autres substances. Elles m'ofl'rirent toutes à peu près les mêmes corpuscules et les mêmes phénomè- nes. Le mouvement était plus ou moins apparent selon les espèces-, dans la Mycoderme de la colle et dans celle de la drèche de bière par exemple, on pouvait remar- quer une agitation continuelle; quelquefois les animal- cules traversaient très-rapidement et en tous sens le champ du microscope, quelquefois aussi ils paraissaient, inertes dans les petits groupes qu'ils formaient 5 mais lorsqu'ils en sortaient, ils voguaient avec une vivacité étonnante, puis se montraient encore dans un état de torpeur lorsqu'ils y rentraient; quelquefois enfin ils s'arrêtaient tout-à-coup pour reprendre ensuite avec plus de rapidité leur course vagabonde. Ayant aussi soumis à mon examen la drèche de l'eau- de-vie de genièvre , elle me présenta le sixième jour les premiers développemens d'une Mycoderme, dont les ca- ractères me parurent par la suite assez distincts pour l'é- lever au rang d'espèce, en lui imposant le nom de My~ coderma malti-juniperini. Sa pellicule, beaucoup plus blanche et plus ridée que celle du Mj coderma ceivisiœ, était composée de corpuscules beaucoup moins petits , hyalins comme eux, mais d'une forme rectangulaire, qui me rappela celle du Monas lamelluîa , ou des par- C4y ) ùes granulaires de Y Echinella ubtusa de Lvngbye. Au bout de quelques jours, je remarquai ces corpuscules mo- uadaires en mouvement ; j'en vis aussi d'inertes, qui s'é- taient plus ou moins allongés , les uns en conservant con- stamment la forme d'un rectangle, les autres en donnant naissance, par leurs extrémités, à un ou deux prolon- gemens filamenteux qui , s'élargissant et se régularisant ensuite dans leur figure, ne formaient plus avec leur cor- puscule qu'un seul et même rectangle beaucoup plus long. Quelquefois aussi ces prolongemens restaient dis- tincts et offraient l'origine de rameaux par la direction oblique qu'ils conservaient. J'aperçus plus lard les cor- puscules monadaires ainsi allongés, se réunissant bout à bout sur une seule ligne , de manière à représenter des filamens pourvus de cloisons ou eudopbragmes. Ces filamens, comme tous ceux que j'avais examinés dans mes premières observations , étaient transparens , vitrés , très-nombreux , couchés , rameux , entrecroisés et sans mouvement apparent. La pellicule du Mycoderma malti -Juniper lui ni' avait paru très-légèrement velue à la loupe, j'en conclus que sa pubescence pouvait être produite par quelques-uns de ses filamens redressés hors du liquide , et je fus curieux d'examiner leur structure. Après plusieurs tentatives infructueuses , je parvins à disposer sur le porte-objet de mon microscope une partie de cette My- coderme . de manière que l'on voyait parfaitement ses filamens redressés ; et je pus me convaincre alors que chacun d'eux était formé par l'agrégation linéaire de cinq à dix corpuscules dans leur grandeur première , c'est-à-dire, avant leur élongation : cette découverte mu 4 (5o ) fit désirer de chercher la même réunion dans les autres Mycodermes , et particulièrement dans celle de la bière ; je la soumis de nouveau a mes observations, et je me persuadai bientôt que si je n'y avais pas saisi d'abord cette réunion , c'était parce que la pellicule ne se trou- vait pas disposée convenablement soixs la lentille du microscope. Cette nouvelle sorte de filamens dans le Mycoderma cervisiœ , comme dans tous les autres dont les corpuscules monadaires constituais sont ovoïdes dans leur premier développement , avait l'aspect moniliforme ou d'un chapelet. Devons-nous voir dans les animalcules qui se mettent bout à bout avant leur élongation une agrégation per- manente , ou bien cette agrégation précède-t-elle tou- jours une désunion qui aurait lieu avant l'allongement des corpuscules monadaires ? Cette question est très- délicate, et je dois avouer que je ne possède aucun fait pour y répondre. Toutefois , il me paraît naturel de croire que l'élongation des corpuscules et la réunion qui a lieu immédiatement après , sont absolument in- dépendantes de l'agrégation dont je parle ici. Peut-être doit-on la considérer comme le résultat de la position dans laquelle se trouvent les animalcules : placés tout-à- fait à la surface du liquide , ils en sont sans doute chas- sés par la production considérable d'autres animalcules dans la masse , et , par cette circonstance , privés de la substance qui contribue à leur accroissement , ils con- serveront, en s' unissant, leur forme primitive, tandis que ceux qui restent submergés , trouvant toutes les conditions nécessaires à leur existence , s'allongent et s'agrègent en filamens phytoïdes. Quoique cette opinion ( 5« ) soit assez fondée , on parviendra peut-être un joui k prouver que les corpuscules monadaires , agrégés dans leur grandeur première , prennent , après cette associa- tion et sans aucune désunion , un allongement sembla- ble à celui des autres animalcules. D'après les observations qui précèdent, et beaucoup d'autres que je passe sous silence pour ne pas augmenter ce Mémoire qui sera assez étendu , les Mycodermes sont d'abord composées d'animalcules très-simples, hyalins, gélatineux , prodigieusement petits , et doués d'une loco- mobilité très-apparente dans la plupart des espèces. Ces êtres frêles , que l'on doit regarder comme le terme où l'observation microscopique ait pu atteindre , ont pour caractère particulier de se réunir en grand nombre et de se rapprocher , comme s'ils éprouvaient une sorte de besoin d'association à une certaine époque de leur exis- tence , pour se joindre par leurs extrémités en séries linéaires, soit dans leur première dimension, soit après avoir subi une élongation plus ou moins considérable. Ils donnent ainsi naissance à des filamens hyalins , de même grosseur qu'eux , très-nombreux , rameux , mo- niliformes ou paraissant cloisonés , et presque toujours Couchés sur le liquide où ils s'entrecroisent ,se feutrent , pour ainsi dire , et constituent une peau ou membrane Ordinairement blanchâtre , souvent ridée, plus ou moins épaisse selon son degré de développement. Dans cette métamorphose extraordinaire des animal- cules , leurs filamens n'offrant aucun mouvement ap- parent, pourront être considérés , par certains natura- listes , comme appartenant au règne végétal j mais h£ (5a-) partageant point l'opinion d'Agardh (i) et de Bory d« Saint- Vincent (:>.) , suivant laquelle plusieurs produc- tions aquatiques et microscopiques sont alternativement animales et végétales , je reconnais toujours l'existence animale dans l'élongalioii et dans l'agrégation dont il est ici question. Ma manière de voir à cet égard est con- forme à celle que Gaillon s'est faite pour certaines con- fcrves qu'il nomme Némazoaires , et rentre dans celle de Lamarck. Mais que devons-nous penser de cette réunion des animalcules bout à bout? Je la considère, ainsi qu'on va le voir, comme leur état de gestation. Elle n'a certaine- ment pas pour but une fécondation proprement dite; ce que nous savous du mode de reproduction des Mo- nades , des f^olvoces , des Protées et des autres infu- soires , ne nous permet pas de le supposer. La manière dont mes animalcules monadaires devaient se multiplier m'a long-temps occupé. Après avoir ache- vé mes observations sur tout ce qui avait rapport à leur structure , je sentis qu'il était indispensable de les étu- dier de nouveau dans l'espoir de découvrir leur mode de reproduction. Ce fut dans le mois d'octobre que je commençai à chercher des faits relatifs à celte fonction; mais je n'aperçus rien pendant ce mois, celui de no- vembre et une partie de décembre , qui me fît espérer qu'un jour je parviendrais à satisfaire pleinement nia curiosité sur cet objet important : les corpuscules renro- (i) Dissertatio Je metamorphosi algarurn. Lund. , 1820. (2) Dictionnaire classique d'Histoire naturelle, aux mots Antho- piiyse , Arthrodiées , Chaodihées, Enchelides , Histoire naturelle, et autres, ( 53 ) docteurs j me demandai-je, se développent-ils dans les animalcules simples ou à l'état libre , et en sortent-ils alors par une ouverture ou déchirure quelconque? Leur développement a-t-il lien lorsque ces êtres sont agré- gés en filamens , et , dans cette hypothèse , sont-ils mis au dehors au moyen d'une ouverture latérale qui se fe- rait sur chaque animalcule monadaire allongé; ou bien encore, ne s'en échappent-ils qu'après la destruction du filament ? En vain j'ai cherché à sonlever le voile qui cache ce mystère ; toutes mes recherches , je le répète , ont été infructueuses , et je ne puis répondre d'une ma- nière bien satisfaisante à ces questions -, je me bornerai à dire que n'ayant pas trouvé de corpuscules extérieurs adhérens qui auraient pu être pris pour des germes, qu'ayant constamment remarqué que mes petits ani- maux sont toujours parfaitement hyalins , et que les filamens qu'ils construisent après leur élcngation of- frent quelquefois une granulation interne qui en trouble la transparence , je suis fondé à penser que les corpus- cules prodigieusement petits qui occasionnent cette gra- nulation , sont la matière reproductrice , et que , par conséquent , la génération se fait par gemmules internes , dont le développement a lieu après rallongement des animalcules monadaires et leur agrégation filamenteuse. Cette génération serait, conforme à celle des INéma- zoaires de Gaillon, et ne s'éloignerait pas de celle des Iufusoires qui est fissipare subgemmipare , ou , si l'on veut, tomipare; la multiplication des individus par scis- sions ou divisions, ainsi que l'a fait remarquer M. de Lamarck , dans la PliilosoyJne zoologique (vol. i t p. i9.o et i5o), et celle par gemmules externes ou in- C 54 ) Cernes, ne sont réellement que des modifications d'un même mode-, ce n'est au fond qu'une suite d'extensions et de séparations de parties , lorsque l'accroissement a atteint son terme; enfin ce mode n'exigeant point d'em- bryon préalablement formé, et conséquemment aucun acte de fécondation , n'a besoin pour s'exécuter d'aucun organe spécial. Quelles sont les causes qui peuvent favoriser le dé- veloppement des JYIycodermes? Quelles sont celles qui le retardent, le suspendent ouïe détruisent? Quelle idée doit-on se former de l'existence des êtres dont elles sont composées? Quelle est la durée de leur vie? Com- ment se nourrissent-ils ? L'expérience m'a prouvé que l'bumidité , une tem- pérature douce et un air tranquille , favorisaient et hâ- taient même le développement des Mycodermes. Le froid ou une grande chaleur , un air agité ou par trop sec, peuvent le suspendre 5 et la gelée ainsi que la pri- vation du liquide sur lequel ces productions se sont dé- veloppées , les détruisent presque tout-à-coup. A la fin de décembre de l'année dernière , par suite du froid que nous éprouvâmes , la température du lieu où j'observais mes Mycodermes étant baissée considérablement , leurs animalcules ne manifestèrent plus qu'un très-léger mou- vement qui cessa tout-à-fait , quelques jours après , lors- que la gelée eut pénétré dans l'appartement. Les li- quides contenus dans mes vases ne tardèrent pas à se glacer , et , au dégel , ils ne m'offrirent plus que l'image d'une destruction complète. Il arrive aussi parfois que lorsqu'une cause fortuite vient troubler les corpuscules monadaires d'une Mycoderme , ils ne s'agrègent point en filamens , cette cause venant même à cesser. Un peu avant l'époque que j'ai citée , pour préserver du froid une jeune Mycoderme de la bière , je descendis dans une cave l'assiette qui la contenait ; mais" la pellicule s'étant dérangée par le transport , ou se trouvant dans une localité qui peut-être ne lui était pas favorable, ne m'offrit aucun filament , même après plusieurs semaines de repos; et, au moment où j'écris, ses animalcules sont encore libres . v L'existence des corpuscules monadaires composant les Mycodermes , en nous démontrant jusqu'à quel point la vie peut être réduite , détruit un certain nombre des idées que l'on s'était créées autrefois sur la nature animale. Ces êtres étonnans que l'on peut considérer comme des ébauches imparfaites, nous présentent une simplicité d'organisation à peine croyable \ aussi leurs facultés sont-elles très-bornées. Frêles et sans consis- tance , ils ne paraissent être que des points mouvans qui n'ont d'autres fonctions à remplir , pour conserver la vie , que celle d'absorber par leurs pores les substan- ces que les liquides et les corps très - humides sur les- quels ils sont placés leur présentent de toutes parts. Quant à la durée de leur existence, 'elle est éphémère , et se termine , sans doute, lorsqu'ils ont rempli le vœu de la nature, c'est-à-dire lorsqu'ils ont reproduit d'au- tres individus semblables à eux. Si l'on examine ce qui se passe dans l'augmentation en épaisseur d'une Mycoderme, on se convaincra que cette augmentation se fait à sa surface inférieure en contact avec le liquide. En effet, le dessous de la pel- licule n'offre toujours qu'une sorte de bouillie peu cou- (56 ) sistanle; et si on la soumet au microscope, on n'y voit aucune production filamenteuse , mais on y découvre des myriades d'animalcules encore libres , qui s'agré- geront plus tard en Glets phytoïdcs , et se trouveront immédiatement remplacés par de nouveaux individus soumis aux mêmes destinées. Dès que l'animalité des Mycodermes sera bien recon- nue par les naturalistes, elle leur démontrera peut-être , d'une manière évidente , celle de ces petites productions épbémères et microscopiques que le vulgaire appelle moisissures , et dont les germes , d'une ténuité extrême , répandus et suspendus dans l'atmosphère , se fixent et se développent sur presque toutes les substances fer- mentescibles et jusque sur les Mycodermes. Déjà , Gail- lon rapporte à ses Némazoaires les genres Mucor , Mo- nilia et Botrjtis des Mycologues , parce que leurs fila- mens si déliés, si fugaces et si nombreux, sont, à ses yeux, formés de corpuscules monadaires analogues à ceux qu'il a vus dans les Conferves qui ont été l'objet de ses observations. Cette opinion sur l'animalité de plusieurs genres de l'ordre des Mucedinécs me paraît très- fondée; mais ces genres devront toujours être distingués de celui des My- codermes. Lorsque ce naturaliste dit que les Mycodermes et les Moisissures ont pour base une nature commune, nous devons entendre qu'elles doivent toutes leur déve- loppement à des corpuscules monadaires , mais dans les- quels on peut reconnaîtreplusicnrs espèces très-distinctes. Ainsi , le Mucor mucedo et les Monilia digitata et racemosa , par exemple, qui ne tardent pas à pulluler sur les vieilles Mycodermes de la bière , de la colle , de (5 7 ) la drèche de bière ou de l'eau-de-vie de Genièvre , et sur quelques autres, n'ont point pour origine, selon moi , les corpuscules créateurs des pellicules qui couvrent d'abord ces substances. La forme de ces animalcules élémentaires, dans le plus grand degré de petitesse où nous puissions les apercevoir, peut venir à l'appui de mon opinion : elle est ovoïde dans les trois premières Mycodermes, et rectangulaire dans le Mycoderma mal- ti-juniperini , tandis que les sporidies , ou plutôt les corpuscules monadaires des Mucor et des Monilia , sont parfaitement spbériques. En terminant ici les généralités que j'avais à exposer sur les Mycodermes , je crois devoir faire remarquer que les observations qui en sont la base , et plusieurs autres que j'ai rapportées dans les trois premiers fasci- cules des Plantes cryptogames du nord de la France? nous démontrent plus que jamais la nécessité de revoir avec soin , et à laide de bons instrumens amplifians , tous les êtres sur la nature desquels il reste encore quelque doute. Ces nouvelles recherches , faites avec patience , avec un esprit libre et dégagé de préventions, nous prouveraient , j'en suis certain , que les classifications de beaucoup de productions peu observées ou étudiées à la vue simple , sont aussi erronées dans les rapports que ces productions ont entre elles que dans la place qu'on leur a assignée dans l'ordre naturel. Pour ajouter à l'histoire des Mycodermes , je vais donner la description de quelques-unes des espèces les plus distinctes de ce genre ; ce sont : les Mycoderma cervisiœ , malti-ceivîsiœ , malti-juniperini , glutinis- farinulœ et vini. Indépendamment de ces cinq espèces (58) et de cellesque j'ai signalées dans le Catalogue des plantes omises dans les flores du nord de la France , sous les noms de Mycoderma acetosœ coctœ , atra- menti et succi-cerasorum, j'ai encore observé des My- codermes sur le petit-lait, le lait de beurre filtré au papier , le fromage à la pie , salé et conservé , l'eau sûre des amidoniers , le verjus , le vinaigre et plusieurs herbes ou pulpes de fruits cuits et conservés dans des pots. Je ne les distinguerai point ici comme autant d'espèces particulières , parce qu'il ne m'a pas été pos- sible de les suivre assez de temps pour reconnaître po- sitivement leurs caractères , ou parce que, le plus sou- vent, ces caractères les font rentrer dans quelques-unes des Mycodermes que j'ai nommées. Celles qui , par exemple, croissent sur le verjus et sur l'eau sûre des amidoniers ne me paraissent pas différer sensiblement . ,du Mycoderma ceivisiœ. Les corpuscules monadaires de ces trois Mycodermes se développent plus ou moins rapidement, se meuvent avec plus ou moins d'agilité et donnent naissance à des agrégats ou pellicules plus ou moins étendus 5 mais la nature des liquides sur lesquels ces productions se propagent , occasione peut-être seule ces petites différences , insuffisantes pour les distinguer spécifiquement. Des tomates , cuites et renfermées dans des bouteilles , m'offrirent cependant une Mycoderme dont la forme et le développement des corpuscules , ainsi que la structure des filamens , me parurent assez distincts ; mais n'ayant pu l'étudier qu'une seule fois , je dois attendre de nouvelles observations pour mieux connaître ses caractères. ( fe ) MYCODERMA. Animalcula monadina simplicissima , hyalina , gelatinosa, minutissima , prœdita locomobilitate plus minusve manifesta ; inter se ab uno extremo ad al- terius extremum ordine longo cohœrentia , sive in statu primordiali , sive post elongationem plus minusve notabilem : efformantia hâc adjunctione jila inerlia , hyalina, creberrima , ramosa, moniliformia , vel dis- sepimentis conspicua yferè semper incumbentia liquo- ribus , vel substantiis humidis in quibus nascuntur et ubi , per eorum implicationem , constituunt pelliculam plus minusve spissam. G eneratio per gemmas interiores . j. Mycoderma. certisi^œ: Desmaz. , Cat. des PI. omises, p. i3 ; Plantes cryptogames du nord de la France, n° 10 1. Vulgairement fleurs ou matons de la bière. Pellicula leviter rugata , leucofulva; animalcula monadina , sœpius immobilia , ovoïdea , inter se ferè œqualia, -^ millimetris longa, 7^ lata, eorum aggre- gatione seriatirn formantia fila , dissepimenlis ince- qualibus conspicua. Crescit ad superficiem cervisiœ. Ce Mycoderma croît sur la bière louies les fois qu'elle est exposée à l'air dans des vases ouverts ou qu'elle se trouve renfermée dans des bouteilles ou dans des tonneaux en vidange. Il se montre à la surface du liquide comme une bouillie ou une sorte de pellicule blancbàtre , presque toujours ridée , et plus ou moins épaisse , selon sou degré de développement. Vue au (6o) microscope, cette pellicule est entièrement composée,, dans le premier âge , de corpuscules monadaires (pi, 3 , fig. i4), hyalins, gélatineux, ovoïdes et à-peu-près égaux entre eux. Leur dimension en longueur , évaluée au micromètre , est de -^ de millimètre , et celle en lar- geur de 7-7^ 5 on peut observer un grand nombre de fois ces animalcules sans saisir le moment favorable où ils se meuvent. Ils sont , en effet, si indolens pendant plu- sieurs jours, ou le mouvement semble si peu nécessaire à leur existence, que je les avais examinés très-souvent, comme je l'ai dit plus haut, avant de remarquer leur déplacement. Mais enfin il arrive une époque où ils sortent de leur état d'inertie et montrent une locomoti- lité telle que personne ne pourrait la révoquer en doute. Peu de temps après , ils pai'aissent perdre cette faculté, du moins pour nos sens , s'allongent plus ou moins (fig. i5 ) (1), se disposent en séries linéaires , se sou- dent bout à bout , et représentent des fiîamens simples ou rameux ( fig. 16) , très-nombreux , touchés , entre-croi- (i) Cette élongation des corpuscules nionadaires des Mycodermes est entièrement semblable à celle que Girod-Chantrans décrit pour son po- lypier (Recherches chimiques et microscopiques sur les Conformes , etc., p. 216 , pi. xxxi , fig. 74 , 1, 2 , 3 , 4» 5 ) , et pour son Conferva rivula- ris (p. 78, pi. xxvi , fig. 6\',aA), qui est uneNéniazoaire de Gaillon. A cette occasion, je me plais à dire ici que l'ouvrage de Girod-Chan- trans a été jugé un peu trop sévèrement. Parce que cet au;cur n'a pas cherché à établir une classification naturelle dans les êtres qui ont été l'objet de ses Mémoires ; parce qu'il a commis des erreurs assez graves, en réunissant sous la même espèce des productions diverses ; parce qu'il a trop généralisé ce qu'il avait très-bien vu dans certains êtres j enfin parce que , pour étayer son opinion , il n'a pas voulu embellir ses faits nombreux de théories ou d'hypothèses ingénieuses qui amusent l'esprit quand les recherches deviennent infructueuses , on s'empressa (6i ) ses, un peu fiexueux , fugaces , hyalins , et quelquefois légèrement granulés dans leur intérieur. Les points de contact des animalcules font paraître ces filamcns cloi- sonnés d'espace en espace. Les corpuscules monadaires du Mycodcrma ceivisiœ peuvent se réunir aussi avant leur élongation : alors ils représentent des filamens en chapelet ( fig. 17), assez semhlahles , pour la forme, à ceux du Torula antennata Pers. Mais quel que soit l'état dans lequel les animal- cules s'agrègent bout à hout , le mouvement vital ne parait pas appartenir à l'ensemble comme à ses élémens. 2. MyCODEKMA MA.LTI-CERVIS1JE N. Pellicula fulva, vix rugata , anima Icula mona- di/ia quasi perpétua se moventia , subsphœrica , cras- situdine inœqualia , circitcr-^- a millimetris . Fila duo- bus modis , ut in specie prœcedenti. Crescit ad super- ficieni aquœ in inalto ceivisiœ subsidentis. Après avoir décanté l'eau que j'avais versée et laissée vingt-quatre heures sur de la drèche de bière, c'est-à- dire ; sur le marc de l'orge qui s'emploie pour sa fabri- cation , j'obtins, au bout d'une semaine de repos celte Mycoderme. Elle diffère de celle ci-dessus par sa pelli- cule moins blanche et assez unie, par ses animalcules presque sphériques, inégaux en grosseur ( les plus gros ont ~ de millim. ) , et constamment doués d'un mouve- de prononcer condamnation, avant tle posséder toutes les données né- cessaires pour rendre le jugement. Mais enfin , après vingt années d'un profond ouhli , des observateurs plus persévérans et plus exacts ren- dront à ce naturaliste, je n'en doute pas, toute la justice qui lui était due pour certaines parties île son travail. (6a) ment très-vif. Ils ne deviennent immobiles que dans leur réunion bout à bout , ou que lorsqu'ils se rassem- blent en petits groupes. Dans cette dernière position ils se trouvent tellement serrés les uns contre les autres qu'il n'y a que ceux placés sur les bords de ces espèces d'essaims qui peuvent encore agir. 3. Mycoderma MALTi-jimiPERiNi Desmaz. , PL crypt., du nord de la France, n° 102. Pellicula alba, rugata. Animalcula monadina in forma parallelogrammi , anguîis redis apice rotunda- tis , tj; millimetris lata , j^ longa ; fila dissimilaria non moniliformia. Crescit super maltum aquœ-vitœ juniperinœ. Cette Mycoderme se développe ordinairement au bout de six à huit jours sur le liquide , appelé dans notre pays drècïie de genièvre , et qui n'est autre chose que le ré- sidu de la distillation de la liqueur fermentée dans la fabrication de l'eau-de-vie de genièvre (1). Sa pellicule est beaucoup plus blanche que celle du Mycoderma cervisiœ , et ses rides sùntbeaucoupplus prononcées ; ses corpuscules (fig. 18) , dans le plus grand degré de peti- tesse où j'ai pu les apercevoir, sont en forme de rectangle à angles arrondis , et ont environ -^ de millim. de lar- geur sur un ji de longueur 5 mais cette long ueur varie (1) Pour éviter toute erreur , je dois faire remarquer que le seigle et l'escourgeon sont particulièrement employés dans cette fabrication, et que les baies de genièvre, lorsqu'on en fait usage, n'y entrent qu'en très-petite quantité. Par le nom spécifique que j'ai choisi pour désigner cette Mycoderme, j'ai donc voulu plutôt rappeler celui sous lequel on connaît le liquide qui la produit que le nom des grains qui en font la base. (63) beaucoup , parce que la plupart d'entre eux s'allongent de suite plus ou moins , soit en conservant constam- ment la forme rectangulaire ( fig. 19) , soit en donnant naissance par leurs extrémités à une ou deux tuméfac- tions d'où sort une élongalion ( fig. ao ) qui , s'arrêtant tout à coup dans son développement , acquiert plus d'extension en largeur, se confond avec l'animalcule, et ne représente plus avec lui qu'un seul et même rec- tangle six à huit fois plus long que large. Quelquefois cette élongation reste distincte du corpuscule et offre par la direction oblique qu'elle a prise l'origine d'un rameau. Comme dans toutes les Mycodermes que j'ai eu oc- casion d'observer jusqu'ici , les filamens de cette espèce se composent d'animalcules qui s'unissent les uns aux autres en conservant leur grandeur première (fig. 21 ) , ou bien ils se construisent par l'agrégation de ces mêmes animalcules après qu'ils ont acquis un certain degré d' élongation (fig. 22); la faculté locomotive n'est accordée qu'aux seuls animalcules élémentaires •, ce- pendant le repos paraît être leur élat le plus ordinaire. Je croyais d'abord que le mouvement ne se manifestait dans cette Mycoderme que par une sorte d'attraction lente qui réunit les corpuscules monadaires par leurs extrémités ; mais je découvris plus tard qu'il en existait un autre qui avait échappé à mes observations. Ce mou- vement est instantané, itératif et très - brusque 5 par communication il imprime à la masse des corpuscules une agitation générale tout-à-fait indépendante de celle que pourrait occasioner le liquide dans lequel ils se trouvent. (04) 4- MyCOUEKMA GLTJTINIS rkKlHVLX N. Pellicula vix formata. Animal cul a monadina crassissima, ovoïdea, complanata et perpétua semoven- îia , se constituentia in filis ita ut eorum extremitales sint applicatœ et se irn'icem tegant. Crescit super glu- ten farinulœ. J'ai observé cette Mycoderme sur la colle de fleur de farine extrêmement liquide ; il ne faut pas la confondre avec celle qui se développe aussi sur la même substance, mais dont les caractères ne m'ont pas paru assez dïiTé- reus de ceux du 31) coderma ceivisiœ pour la distinguer de cette espèce. Celle dont il est ici question me fit voir les plus gros animalcules qui se soient présentés dans mes rccberclies. Ils sont ovales, aplatis, toujours eu mouvement jusqu'au moment de leur agrégation filamenteuse. Celle agrégation ne se fait pas toul-à- fait comme dans les espèces que j'ai décrites ci-dessus , c'est-à-dire que les animalcules ne se soudent pas posi- tivement bout à bout. Lorsque l'époque à laquelle ces petits êtres doivent se réunir est arrivée , ils se rappro- chent , se disposent sur une seule ligne en glissant les uns sur les autres , de manière que leurs exlrémités res- tent appliquées et se recouvrent mutuellement ( fig. 23 ). Je n'ai remarqué aucune élongaiion des animalcules; peut-être conservent-ils toujours leur forme et leur grandeur primitive : les filamens qu'ils constituent sont moins nombreux que dans les autres Mycodermes. Celle espèce , par les caractères particuliers qu'elle présente, pourrait donner lieu à l'établissement d un antre senre. ( 65 ) 5. Mycodermà vimi Vallot, Bibl. phys. écon. , aoûl 1822. Desmaz. , Cat. des PL omises, etc., p. i3, et PL crypt. du nord de la France, n° io3. Myco- dermà mesentericum et Mycodermà lagena Pers. , Myc. , etc., sect. 1 , p. 96. Traité sur les Champ, comest. , p. 8 (vulgairementy7eu/*.s devin). Pellicula sive acervus carnosus , subalbidus , vel rubescens. Animalculo. monadina ovoïdea, inœqua- lia , minora et magis gelatinosa quam in Mycoder- irtate cervisiœ; fila dissimilaria ut in Mycodermale citato. Crescit ad superficiern vînt vel ad rimas do- liorum eumdem liquorem extrinsecus stillantium. Cette espèce prend naissance à la surface du vin , dans les bouteilles ou dans les tonneaux en vidanges. Les animalcules monadaires ( fîg. 24 ) sont ovoïdes , inégaux , plus pelits et plus gélatineux que ceux des autres My- codermes , et la pellicule qu'ils forment par leur réunion est blanche ou rouge , selon la couleur du vin sur le- quel elle s'est développée. Ses filamens m'ont offert quelquefois une granulation très - prononcée 5 j'ai vu même . dans l'intérieur de quelques-uns , de gros corpus- cules épars çà et là comme les représente la figure 25. C'est , selon moi , le Mycodermà vini qui se trouve encore dans les celliers et dans nos caves au dehors des pièces ( celles qui nous viennent de Bordeaux surtout); il s'y développe autour des broches, des bondes et le long des joints ou des fissures des douves qui laissent suinter le vin : mais dans cette localité il diffère un peu de celui qui surnage cette liqueur. Il se présente d'abord x. 5 (66) comme une peau molle , visqueuse et plus ou moins épaisse qui se transforme peu à peu , si le développe- ment continue , en une masse arrondie, convexe, homo- gène , eh arnue , compacte et très-ferme , que l'on peut comparer, pour la consistance et l'apparence, à un mor- ceau du foie de certains animaux , lorsque les vins rouges lui ont donné naissance. Celui des vins blancs diacre par sa couleur •, c'est du reste la même organisa- lion; dans tous deux , les corpuscules très-gélatineux ne se trouvant pas baignés par le vin , comme lorsqu'ils naissent à sa surface, s'agglomèrent en masse ( fig. 26) d'une manière si intime que l'eau ne peut plus les dés- unir 5 peut-être même exsudent-ils une mucosité parti- culière qui les retient l'un à l'autre. Quoi qu'il en soit , c'est cette étroite réunion qui les prive de la faculté loco- motive et qui les empêche de s'agréger aussi souvent que ceux des autres espèces eu séries linéaires et fila- menteuses. Avec un peu de soin et de patience , je suis cependant parvenu à trouver dans les masses quelques filamens semblables à ceux de la fig. 26 ; il est rare d'observer cette Mycoderme sans y rencontrer un grand nombre de Vibrio aceti qui paraissent en faire leur proie. Quoique la production qui m'occupe , et que je rap- porte au Mycoderma vini, semble s'éloigner un peu de cette espèce , je ne pense pas qu'on doive la regarder uniquement comme le produit de quelques combinaisons des principes du vin. Comme elle ira jamais , du moins à ma connaissance, fixé l'attention des chimistes, je dirai ici, en faveur de mon opinion, qu'elle est toul-à-fait insoluble ? même à chaud , dans l'eau , le \in et l'alchool , ( G 7 ) et quelle prend dans ces liquides une fermeté égale à celle de la gomme élastique. D'ailleurs, de ce qu'on ne remarque que très- rarement des filamens dans cette substance , de ce que le mouvement n'existe pas ou n'est point sensible à nos sens dans ses corpuscules, peut- on révoquer en doute sa nature animale ? Je ne le pense pas. L'observation parait prouver que tous les corpus- cules monadaires composant la masse d'une Mycoderme ne sont pas susceptibles de se réunir bout à bout. J'ai signalé même une circonstance dans laquelle la géné- ralité de ces corpuscules s'était refusée, pour ainsi dire, à l'agrégation filamenteuse, et , sans de grands efforts , il est facile de concevoir qu'ils peuvent très-bien vivre et mourir à l'état libre. Quant à leur inertie complète, j'ai fait connaître quelle pouvait en être la cause. Lors même que la mucosité qui les retient engagés n'existe- rait point, leurs fonctions vitales pourraient encore avoir lieu sous une immobilité apparente. EXPLICATION DE LA PLANCHE III. Fig. i4 _1 7» Mycoderme de la bière, Mycoderma cervisiœ. Fig. 18-23. Mycoderme de la drêche de genièvre , Mycoderma malti- juniperini. Fig. 23. Mycoderme de la colle, Mycoderma glutinis f annulée. Fig. 24-26. Mycoderme au yin , Mycoderma vini. (68) De l'Influence du Dessèchement sur la germination de plusieurs graines alimentaires ; Par M. Théod. de Saussure. (Lu à la Société de Physique et d'Histoire naturelle de Genève , le 17 mars 1825. ) On sait que les plantes développées requièrent, en général, la présence de l'eau pour soutenir leur force vé- gétative , et qu'elles offrent à cet égard un contraste frappant avec les germes de plusieurs semences qui con- servent dans l'état sec , pendant un grand nombre d'an- nées , la faculté de germer ou de végéter lorsqu'on leur fournit l'eau nécessaire à leur développement -, mais on ignore encore, à ce que je crois , si la présence de ce liquide est également nécessaire au maintien de la force végétative des graines germées dans l'intervalle compris entre une première germination et un entier développe- ment ; on demande si une graine germée participe , sous le rapport de la vitalité, à la faculté d'une graine non germée , ou , en d'autres termes , si la graine sèche ger- mée doit être considérée , en général, comme une plante sèche, morte et sans valeur pour une végétation ulté- rieure ? J'ai cherché inutilement dans les principaux auteurs des éclaircissemens sur la solution de cette question qui, dans son application aux semences les plus utiles, est d'un grand intérêt pour les cultivateurs; elle fait l'objet des expériences que je vais décrire , en reconnais- sant qu'elles sont loin d'avoir l'étendue qu'on pourra leur donner dans la suite. (^9) Je diviserai ce travail en deux parties : dans la pre- mière, je rechercherai si une graine desséchée à l'air libre et à la température atmosphérique, peut, après avoir été conservée un certain temps dans cel état , être rappelée à la végétation par l'humectation : je donnerai le nom de dessèchement ordinaire au procédé employé pour ce mode de recherches. Dans la seconde partie , je soumettrai les graines ger- mées et non germées à un dessèchement poussé beau- coup plus loin que le précédent , ou que celui qu'elles peuvent atteindre naturellement ; j'emploierai , à cet eilet, la dessication produite dans le vide sous l'in- fluence de l'acide sulfurique , suivant le procédé de Leslie. Les graines dont je m'occupe avaient été récoltées de- puis un an , et conservées dans un lieu sec où l'hygro- mètre à cheveu se soutenait entre le 70 e et le 85 e degré, et où la température moyenne était de i5° centig. Je les ai fait germer entre deux éponges mouillées : lorsque les semences étaient très-petites, telles que celles de la raiponce, du pavot , etc. , elles y étaient placées entre des feuilles de papier brouillard que les éponges main- tenaient au degré d'humectation convenable. J'ai examiné , autant que je l'ai pu , les graines ger- mées dans les trois époques suivantes : i°. Dans le moment où la radicule commence à saillir ou à s'allonger ; elle ne surpasse pas ordinairement à cette époque la moitié de la longueur de la graine. i°. Dans le moment où la radicule est égale ou com- mence à surpasser la longueur de la graine , sans qu'il y ait un dégagement total de la plumule. (?o) &*. Dans le moment où la plumule entière commence à paraître hors de ses enveloppes. Je n'ai pas toujours pu suivre rigoureusement ces distinctions , parce que dans plusieurs graines , telles que le froment et le seigle , la plumule se montre presque en même temps que la radicule -, tandis que dans d'au- tres , telles que le sarrasin et le chou , la plumule hien formée reste long-temps coiffée ou recouverte par des enveloppes. Du dessèchement ordinaire des graines germées. Je comprends sous le nom de dessèchement ordi- naire celui où les graines germées doivent être le plus souvent exposées dans nos climats , lorsqu'elles sont abandonnées , dans un lieu sec , à la température atmos- phérique. Pour cette dessication , les semences germées et sé- parées du milieu où elles s'étaient développées ont été placées pendant plusieurs jours dans une étuve sèche, chauffée au 35 me . deg. ccntîg. j elles ont été exposées ensuite à l'air libre dans un lieu sec où l'hygromètre se maintenait entre le ^5° et le 85°, et le thermomètre à une température moyenne de i5°. Après un mois de séjour à celte exposition , elles étaient ordinairement sèches, et je ne les considérais comme telles , que lors- que leur poids se trouvait inférieur ou tout au plus égal à celui qu'elles avaient avant la germination. Deux ou trois mois après leur premier développement , elles étaient placées entre des éponges humectées pour les rappeler à la végétation. Ces graines germées avaient i (7' ) d'abord été exposées dans l'éluve, afin de les préserver, par un dessèchement subit, de la moisissure et de la corruption; leur poids eu était d'autant moius diminué; plus le dessèchement de la graine est lent , plus aussi elle est exposée à éprouver un commencement d'altéra- tion ou de fermentation qui diminue son poids par une toute autre cause que celle de son dessèchement propre- ment dit. Il est important de noter ee changement de poids dans les recherches dont je m'occupe , parce qu'il sert, jusqu'à un certain point, à mesurer l'altération accidentelle que la graine a subie dans la germination ou dans son dessèchement. Blé (Triticum hybernum , L.). Il commence à germer au bout de deux jours d'humectation à une température de i5°à i ^° cent, en poussant des radicelles d'un à deux millimètres de long; on a séparé les graines germées à mesure qu'elles se présentaient pour les sécher à î'étuve, les exposer ensuite à l'air libre pendant plusieurs se- maines , et les peser lorsqu'elles étaient réduites au même degré de dessèchement que celui où l'on avait pris la graine pour la faire germer. Elle a perdu par ce premier développement la -|- mc partie de son poids. Après deux mois et demi de dessèchement , ce froment germé n°. i a été placé entre des éponges mouillées en même temps que du froment non germé. Le premier a été rappelé à la végélation entre quarante-huit et soixante heures , à la même époque où le froment non germé commençait à se développer ; leur végétation ultérieure n'a présenté aucune différence. J'ai soumis à la même épreuve le froment germé n°. 2, dont les radicelles avaient environ un centimètre et les (70 plumules trois millimètres de long : après deux mois et demi de dessèchement } il a été rappelé à la végétation sous la température précédente par une humectatîon de cinq jours , ou dans un terme plus long que le froment non germé n'en mettait à montrer un premier dévelop- pement. Les plumules du froment n°. 2 ont contiuué à s'allonger dans la reprise sans avoir subi aucune alté- ration par le dessèchement. Il n'en a pas été de même des radicelles : elles se sont presque entièrement dé- composées ; il s'en est formé , il est vrai , de nouvelles , mais en petit nombre , et la perte des premières a rendu , en général , la végétation de ce numéro et du suivant moins vigoureuse que si elle n'eût point souffert d'in- terruption. Le froment n°. 3 , dont les plumules avaient un cen- timètre, avec des radicelles au moins doubles de cette longueur, a pu encore être rappelé à la végétation après une dessication conforme à la précédente : il a fallu cependant employer ici des précautions particulières 5 la reprise n'a eu lieu que dans un petit nombre de graines qu'en soumettant la plumule à l'action d'une lumière diffuse, d'un air renouvelé très -humide, et d'une humectation directe qui atteignait seulement la base de la plantule ; si celle-ci eût été couchée sans pré- caution entre des éponges humectées , elle serait morte sans retour. La reprise de ce n°. 3 n'a été sensible qu'après sept jours au moins d'humectation -, d'ailleurs le développement ultérieur de ce froment , tout en se soutenant , a été extrêmement lent. Quinze jours après la reprise , il n'avait que deux pouces de haut , tandis que len°. 2 s'était allongé trois fois plus dans les mêmes circonstances. ( »3) Seigle (Secale céréale hybernum , L. ). Les graines les plus précoces ont mis deux jours à germer entre i5° et i6° centig. : il a présenté dans sa reprise , aux diffé- rentes époques de la germination et après un dessèche- ment de deux mois , des résultats analogues à ceux du froment ; seulement , dans ce cas , le seigle n'a pas di- minué de poids après la germination et le dessèchement n°. i. Le n°. 3 a repris en quatre ou cinq jours, ou plus promptement que le froment. Orge (Hordeum vulgare vernum , L. ). Il a employé au moins trois jours pour germer au premier degré , à une température de i5 à 16 degrés centig. Cette graine a perdu la 7^ me partie de son poids par ce développement. Après deux mois de dessèchement , elle a été rappelée à la végétation par huit jours d'humectation à la tempé- rature précédente. Il en a été à^peu-près de même du n°. 2. Le n°. 3 n'a pas pu reprendre. Avoine ( Avena saliva, L.). Germée et desséchée comme les précédentes , elle n'a pu , dans aucune pé- riode de sa germination, être rappelée à la végétation, lors même que le dessèchement n'a duré que trois semaines. Ces expériences ont été faites sur de l'avoine pourvue de sa baie ; mais en les répétant , d'après le conseil de M. le professeur Vaucher , sur la même graine déta- chée de sa baie, j'en ai obtenu les résultats suivans : elle a mis deux jours à germer au premier degré , à une température de 17 centig. -, elle a perdu 2,33 p r . \ de son poids par la germination. Après deux mois et demi de dessèchement , le n°. 1 a été rappelé à la végétation par deux jours d'humectation. Les n 0s . 2 et 3 n'ont pas pu reprendre. (74) Blé de Turquie ( Zea Maïs , L.) , variété brune. Il a commencé à germer au bout de nuit jours dhumecta- tion à la température moyenne de 20 . Après deux mois de dessèchement , le n û . i a été rappelé à la végétation par douze jours d'humectation à la température pré- cédente : les n 0s . 2 et 3 n'ont pas pu reprendre. Blé sarrasin (Polj gonum fagopyrum , L.). Il a com- mencé à germer au bout de quatre jours d'humectation entre i5° et 16 centig. Cette graine a perdu la 7^ mc par- lie de son poids par la germination n°. 1. Dans cet état, et après deux mois de dessèchement, elle a été rappelée à la végétation par six jours d'humectation à la tempéra- ture précédente. Le sarrasin n°. 2 , dans les mêmes cir- constances , et après deux mois de dessèchement , a exigé quatorze jours d'humectation pour être rappelé à la végétation ; le tiers des graines de ce numéro s'est pourri avant la reprise ; il en a été à-peu-près de même du n°. 3, dont quelques plantules , après une longue humectation , ont survécu entre un grand nombre qui se sont décomposées. Pesette , soit vesce cultivée ( Vicia sativa, L. ). Les précoces ont commencé à germer dans deux jours , entre i5° et 17° centig. Elles ont perdu deux centièmes et demi de leur poids par la germination n°. 1. Après deux mois et un quart de dessèchement , elles sont rentrées en végétation, par l'humectation, dans un temps aussi court que celui qu'elles avaient employé à faire leur premier développement. , Les vesces n°. 2 ont exigé , après le même dessèche- ment, quatorze jours d'humectation pour donner des signes de végétation. La reprise du n°. 3 n'a été bien (05) décidée qu'au bout de dix-sept jours , et elle n'a eu lieu que pour la moitié des plantules. Lentilles (Ervum lens, L.). Elles ont commencé à ger- mer dans quatre jours à i5° centig. Elles ont perdu ~z mei de leur poids par la germination n°. i . Après deux mois de dessèchement , elles ont employé à reprendre , à la température précédente , à - peu - près le même temps, qu'elles avaient mis à germer. Les lentilles n°. a , dans les mêmes circonstances , ont employé deux jours de pîus pour entrer en végétation; leurs radicules ont souf- fert , et , par cette raison , la végétation des plantules a été interrompue par le dessèchement. 11 a fait périr sans re- tour les lentilles n°. 3. Pois (Pisum satwum, L. ). Les plus précoces ont commencé à germer au bout de quatre jours d'humec- tation, à une température de i5° centig. 100 parties en poids de ces graines ont perdu 1,1 par ce développe- ment. Au bout de trois semaines de dessèchement, les n 0s . 1 et 2 ont tous repris par l'humectation 5 mais , au bout de six semaines de dessèchement et de six jours d'humectation , le tiers seulement des pois a pu repren- dre avec des radicules décomposées -, les deux autres tiers se sont pourris. Les n 0s . 3 n'ont pas pu reprendre. Haricot ( Phaseolus vulgaris, L. ). Les grains les plus précoces ont mis huit jours à germera une tempé- rature de i5° centig. ; ils n'ont pu , dans aucune époque de leur germination, être rappelés à la végétation après six semaines de dessèchement. Fèves de jardin ( Vicia faba , L. ). Ces graines ont commencé à germer après huit jours d'humectation a une température de i5° ceulig. Elles ont perdu la ,^ n,c (?6) partie de leur poids par la germination n°. i . Elles n'ont pas pu reprendre après deux mois de dessèchement. Trèfle blanc (Trifolium repens , L.). Il a commencé à germer dans un jour à la température de 2 1° R. Le cin- quième seulement des graines germées n°. 1 a pu re- prendre par huit jours d'humectation , après deux mois et demi de dessèchement. Le reste s'est pourri , ainsi que les n° s . 2 et 3. Cresson alénois (Lepidium sativum^ L.). Il a mis deux jours et demi à germer à une température de i5° centig. et a perdu la y~^ me partie de son poids par la germination n°. i. Après deux mois et un quart de dessèchement, il a commencé à reprendre par cinq jours d'humectation; mais , quoique sa végétation ait continué à se soutenir pendant plusieurs semaines, il ne s'est point élevé, parce que le mucilage qui entoure la graine n'a pas pu , après le dessèchement , se ramollir assez pour permettre à la plumule de se dégager complètement de cet enduit. Il en a été de même du n°. 2 qui a mis à reprendre plus de temps que le n°. 1. Je n'ai pas éprouvé le n°. 3. Chou (Brassica oleracea, L. ). La plupartdes graines ont commencé à germer dans quatre jours à une tempé- rature de i5° centig.; elles ont perdu la -^ me partie de leur poids par cette première germination. Après deux mois de dessèchement , elles ont repris par quatre jours d'humectation à la température précédente. La plupart des choux germes n°. 2 , après deux mois et un quart de dessèchement , ont repris par quatorze jours d'humectation. Les n 0s . 3 n'ont pas pu reprendre. Moutarde noire (Sinapis nigra, L.). Elle a commencé à germer dans vingt-quatre heures à la température (77 ) de 2i° centig. Après deux mois et demi de dessèchement, le n°. i a repris par deux jours d'humectation, ainsi que le n°. 2 entre trois et quatre jours d'humectation à la température précédente. Chanvre ( Cannabis sativa , L. ) a germé dans quatre jours à une température de i5° centig. Il a perdu par la germination n°. i la 7^ me partie de son poids. Après deux mois de dessèchement , la plupart des graines ger- mées ont été rappelées à la végétation par quatre jours d'humectation. Les n 05 2 et 3 n'ont pas pu reprendre. Laitue ( Lactuca sativa , L. ) a germé dans deux jours à la température de 17 à 18 cenlig. Après deux mois et demi de dessèchement , la plupart des graines germées n°. 1 ont pu être rappelées à la végétation par six jours d'humectation à la température précédente : les radicules étaient entièrement décomposées 5 cependant les coty- lédons , replantés et traités dans de la terre végétale, avec beaucoup de soin, ont donné , au bout d'un temps très- long, des laitues qui mont paru aussi belles que si leur végétation n'eût pas souffert d'interruption. Les n os . 2 et 3 n'ont pas pu reprendre. Reine-Marguerite ( Aster sinensis , L. ) a levé dans deux jours à la température de 21° centig. 5 n'a pu, dans aucune époque de sa germination , être rappelée à la vé- gétation après deux mois et demi de dessèchement. Pourpier ( Portulaca oleracea, L. ) a commencé à germer au bout de deux jours à une température de 20 cenlig. Cette graine germée n'a pas repris après deux mois et demi de dessèchement. Raiponce ( Campanula rapunculus , L. ) a commencé à germer dans quatre jours , à une température de 21 R. (7'S) Cette graine germée n°. i n'a pas pu reprendre après deux mois et demi de dessèchement. Panais cultivé ( Pastinaca saliva , L. ) a commencé à germer dans quatre jours à une température de 21 centig. Cette graine germée n°. i n'est pas en général douée de la faculté de reprendre après un dessèchement de deux mois et demi ; une seule graine sur quatorze n°. 1 a repris par un mois d'humectation. Pavot (Papayer somniferum , L. ) a commencé à germer au bout de trois jours à une température de 20 centig. Cette graine n'a pu reprendre à aucune époque de sa germination après deux mois et demi de dessèche- ment. Lorsque les graines germées ont la faculté de repren- dre après leur dessèchement, elles peuvent, immédiate- ment après la reprise et jusqu'à un certain terme de leur accroissement , subir de nouvelles alternatives de dessèchement et de végétation sans en périr ; j'ai fait ces observations sur le froment , le seigle , les pois et le blé noir. De Vinûuence d'une température élevée sur les graines germées. Je crois avoir atteint , dans les expériences précéden- tes , le degré de dessèchement auquel les graines ger- mées parviennent ordinairement, à l'ombre, dans nos cli- mats -, il me reste à reconnaître si elles résistent dans cet état de dessèchement à la température élevée qu'elles peuvent prendre par l'action directe du soleil qui donne à certains sables , en été , sur le bord des rivières et de ( 79 ) la mer , une température de 65° à 70 centig. (1). Quoi- que je n'aie jamais pu observer sur un sol cultivé une température aussi élevée , je l'ai adoptée , comme le terme extrême de dessèchement que les graines peuvent recevoir par la chaleur des rayons solaires. Spallanzani a déjà reconnu ( Opuscules de physique animale et végétale, tome I, p. 5g) que les graines sèches germées pouvaient être exposées pendant deux minutes à une température de 6o° R. sans que leur ger- mination en éprouvât aucun préjudice. Il a vu que les radicules de plusieurs graines en végé- tation , ou non desséchées , pouvaient être plongées pen- dant le même temps dans une eau chauffée au 5o° et sou- vent même au 55° R. sans que la végétation des plan- tules en souffrît; mais il n'a point fait ses expériences sur des graines sèches germées , et le terme de deux minutes auquel il réduisait son épreuve était trop court pour offrir un résultat satisfaisant. J'ai soumis à mes recherches des graines germées prises parmi celles que j'ai employées précédemment, et qui avaient , après un dessèchement de plusieurs jours dans une étuve chauffée à 35° centig. , et de deux mois (2) dans un lieu sec à la température de i5° centig., pris un poids ordinairement inférieur , ou tout au plus égal •à celui qu'elles avaient avant leur germination. Elles ont été chauffées à sec pendant deux heures par un bain- marie dont l'eau avait une température de 70 à 7 4° (1) annales de Chimie et de Physique , décembre 1824. (2) J'en excepte les pois, cjui n'ont subi qu'un dessèchement de trois semaines. (8o) centig. , mais qui ne communiquait aux grains qu'une température de 66° à 70 centig. Les n°\ 1 germes du froment , du seigle , du chou , du sarrasin , de vesce , qui avaient éprouvé ce degré de chaleur, ont repris par l'humectalion à la température moyenne atmosphérique. Celte reprise a été retardée de quelques jours sur celles des graines semblables qui n'a- vaient pas éprouvé de chaleur extraordinaire. Les n 05 . 1 germes de l'orge, du chanvre et des pois qui ont été sou- mis à la température de 66° à 70 , n'ont pas pu repren- dre. Les graines n° 1, qui n'ont pas succombé à ce degré de chaleur, étaient sèches quand elles l'ont reçu; mais je me suis assuré que si on les y exposait subitement pendant le même temps , lorsqu'elles étaient récemment germées et imprégnées de toute leur eau de végétation, elles en périssaient sans retour. Les n°» 2 de toutes les graines précédentes ont été ex- posés dans l'état sec à cette température élevée 5 mais aucun d'eux, après cette exposition , n'a pu être rappelé à la végétation 5 il en était de même , à plus forte raison, lorsqu'ils étaient humides. Au reste, une température naturelle aussi élevée que la précédente n'est pas commune; elle ne se rapporte qu'à un sol d'une couleur très - foncée et d'une nature particulière. J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'observer que les graines germées n° 1 résistent , même dans l'état humide , au dessèchement et à la température que les rayons directs du soleil produisent dans une terre ordi- naire. (8i ) De la durée de la force végétative des graines sèches germées. Les graines germées que j'ai soumises précédemment à une dessicatiou ordinaire , ont été rappelées pour la plupart à la végétation après avoir été conservées pendant deux ou trois mois dans l'état sec. J'ai recherché si leur reprise aurait également lieii clans un ternie plus éloigné, en essayant de faire végéter, après un an de dessèche- ment , les graines germées n° i de froment , de seigle , d'orge , d'avoine mondée , de maïs , de blé sarrasin y de vesce , de lentille , de laitue , de cresson alénois , et de chou ; mais aucune d'elles , à «elle époque , n'a pu re- prendre. Cependant les graines germées n"" x et 2 de de froment ont été rappelées à la végétation après six mois et demi de dessèchement -, les autres graines n'ont pas été éprouvées dans cette circonstance. Les expériences suivantes paraissent montrer que le dessèchement n'a pas d'influence bien marquée sur la mort du froment germé, qui a été conservé pendant un an dans l'état sec. Cinq grammes de froment ont été sou- mis à la germination ; cinq autres grammes de la même graine ont été pesés en état non germé, dans les mêmes circonstances atmosphériques que le froment germé. Après trois semaines 'de dessèchement , le froment germé pesait 5,o35 grammes ; le froment non germé pe- sait alors , par des changemens hygrométriques de l'air, 5,o65. Au bout d'un au , le froment germé pesait i5 grammes , et le froment non germé en pesait 5,o45. Il suit de ces résultats que 5 grammes de froment sec non germé ont perdu par un dessèchement prolongé, dans x. - 6 ( H ) l'espace de ouzo mois, 0,05 grammes , tandis que le fro- ment sec germé a perdu dans le même temps o,o35 gr. Or, 1 on verra plus bas que le froment sec germé peut perdre, par un dessèchement ultérieur , mais moins pro- longé , une quantité d'eau quinze fois plus grande, sans que sa force végétative en reçoive aucune atteinte. Au reste, si l'embryon seul était afiecté par le dessè- chement d'une année, il pourrait mourir par cette cause, sans qu'elle fût très-sensible à la balance , à cause de la petitesse de cette partie de la graine. Des graines séchées au-delà du terme quelles atteignent naturellement. En soumettant les graines germées et non germées à un dessèchement plus avancé que celui auquel elles par- viennent dans les circonstances atmosphériques , j'ai eu pour but de reconnaître : i°. si les graines non germées peuvent perdre , par le seul dessèchement, la faculté de germer ; »°. si la reprise des gi-aines germées et séchées à la température atmosphérique vient de ce qu'elles ac- quièrent par la germination la faculté de retenir un excès d'eau qui y conserve une force végétative analogue à celle que les plantes grasses possèdent en partie , eu raison de leur état succulent et de leur défaut de porosité. Les graines que j'ai soumises au dessèchement ex- traordinaire ont été prises parmi celles qui avaient subi le dessèchement ordinaire : il avait duré environ deux mois pour les graines germées (en exceptant les pois qui exigent pour leur reprise un terme plus court ) ; elles ont été exposées dès-lors , pendant quatre semaines, dans le vide, sous l'influence de trois livres et demie d'acide , (83 ) sulfurique. Je n'ai pas prolongé ordinairement au-ilt là de ce terme le dessècliement des graines germées dont j'ai provoqué la reprise , parce que je n'avais pas la cer- titude qu'elles pussent reprendre après un dessècliement ordinaire qui aurait duré plus de trois mois. Quant au dessèchement extraordinaire de? graines non germées , il a été prolongé jusqu'à six mois dans le vide. La force végétative de toutes les semences non ger- mées que j'ai soumises à cette longue dessication , n'en a jamais été détruite. La germination de plusieurs d'entr' elles , qui se trou- vent dans les plus petites ou les plus minces , en a été retardée de quelques jours. Telles sont les graines de pa- vot, de raiponce (campanula rapunciilus) , de pourpier et de panais (pastinaca oleracea) ;mais toutes les graines d'un certain volume, telles que le froment, le seigle, forge , l'avoine , le maïs , le blé sarrasin , les lentilles , les pois , la vesce , et même quelques graines d'un petit volume , telles que le trèfle blanc , la moutarde, la lai- tue, la reine marguerite, n'en ont éprouvé aucun retard. J'ai reconnu , il est vrai, par les résultats dont on trouve le détail dans le tableau annexé à ce Mémoire , qu'elles ne sont pas parvenues à un dessèchement ab- solu j car les mêmes graines , réduites par la trituration ou la pulvérisation à leur plus grand état de division , ayant été exposées dans le vide sous l'influence de l'acide sulfurique , y ont subi , dans le même temps, une plus grande perte que les graines entières. La différence des perles de poids , dans ces deux étals, peut indiquer les quantités d'eau que les graines entières ont retenue dans chaque expérience. ( 84 ) Celle indication ne paraît être juste que pour les se- mences qui, telles que les Céréales, les Légumineuses, le blé noir, se réduisent en poudre et ne forment point de pâte par la trituration. La laitue, la raiponce, le pa- nais, et toutes les graines huileuses (i), se réduisent , par la trituration , en parcelles agglutinées ou en masses liées , qui se dessèchent quelquefois moins que la graine dans son état naturel. On pourrait sans doute faire parvenir les graines en- tières à un dessèchement plus avancé , en ajoutant au procédé de Leslie l'action d'un bain -marie bouillant, ainsi que l'a fait M. Gay-Lussac pour d'autres corps ; mais plusieurs substances végétales , et particulièrement celles qui contiennent de l'albumine (9-) , commencent à s'altérer à une température inférieure à ioo° centig., et l'on ne peut pas toujours distinguer , quand on en vient à la germination , si l'altération que celte fonction subit lient à la chaleur que la graine a éprouvée ou à son dessèchement. Cent parties de graine de pois pulvérisée ont perdu 10,72 par le dessèchement à froid dans le vide , pendant un mois ; cetie perle n'a pas augmenté par un dessèche- ment ultérieur. Cent parties des mêmes graines entières ont perdu 10, 1 par un dessèchement de trois mois dans le vide ; elles (1) Mes résultats paraissent indiquer d'ailleurs que les graines hui- leuses contiennent beaucoup moins d'eau hygrométrique que les graines farineuses. (2) Les gousses de pois, qui sont presque blanches après leur dessè- chement ordinaire, passent au brun foncé par une exposition de quel- ques heures, h sec, sur un bain-marie bouillant qui ne leur communique qu'une température de 91° centig. (85 ) oui germé ensuite aussi facilement que dans leur état naturel. Cent parties des mêmes graines , soumises pendant sept heures à l'action d'un bain-marie bouillant , n'y ont perdu que 7,5 , et elles n'ont pas pu germer. Il n'est pas douteux que dans ce cas elles n'aient perdu leur fa- culté germinative par l'effet de la chaleur, et non par le dessèchement. Toutes les graines ne se comportent pas de la même manière que les précédentes, ioo parues de blé pulvérisé ont perdu 1 1,78 , par leur dessèchement à froid dans le vide; 100 parties de la même graine entière ont perdu (),65 par le même procédé continué pendant six mois : celte graine, ainsi séchée, a germé par l'humectation aussi promptement que dans son état naturel. Cent parties de la même graine soumise pendant sept heures à l'action d'un bain -marie bouillant , ont perdu 10,2. Ce froment a exigé dès-lors, pour entrer en ger- mination , sept jours de plus que celui qui n'avait pas subi cette épreuve : on ne peut décider si ce retard est dû à l'effet de la chaleur ou à celui du dessèchement. Je crois cependant pouvoir conclure du procédé de Leslie, sur plusieurs graines qui , en raison de leur té- nuité, offrent beaucoup de prise au dessèchement, que ce dernier, poussé très-loin , retarde la germination ; ou peut même prévoir qu'il parviendrait à l'empêcher en- tièrement en exposant la graine humectée à se pulrifier avant qu'elle eût atteint le terme requis pour sa reprise. Si le dessèchement par l'effet du vide n'a ôté , avant la germination , à aucune des graines que j'ai éprouvées, la faculté de germer., il n'en a pas été de même pour 1a ( s<> ) reptisç de toutes les graines germées qui avaient survécu à l'effet d'un dessèchement ordinaire. Les graines germées n°. i de pois, de lentilles, de vesce , de maïs , de Lié sarrasin , sont mortes sans retour par nu vide sec de trois ou quatre semaines 5 mais un grand nombre d'autres graines non germées ont été rap- pelées à la végétation après ces épreuves; tels sont le froment , le seigle , l'orge et les choux : c'est un phéno- mène singulier que de voir la plumule n°. 3 du fro- ment réduite , par le dessèchement dans le vide , à l'état d'une extrême fragilité , se ramollir insensiblement , et commencer à prendre de l'accroissement seulement après une humectation de plusieurs semaines. Je dois obser- ver que , dans ce dernier cas , la reprise n'a pas lieu dans toutes les plantules, et qu'elle exige beaucoup de soins pour empêcher la pourriture ou le dessèchement , par excès ou par défaut d'arrosement. La faculté plus ou plus moins grande que les graines germées ont , d'être rappelées à la végétation après le dessèchement extraordinaire, est subordonnée au pouvoir qu'elles ont, avant la germination, de résister au des- sèchement , et non pas à un excès d'eau qu'elles auraient acquis dans la germination ; car , en comparant dans le tableau les dessèchemens des mêmes graines germées et uon germées , on voit en général que les premières con- tiennent moins d'eau que les secondes. On voit de plus, en comparant, avant la germination, les dessèchemens des graines entières farineuses , et des mêmes graines pulvé- risées, que celles qui , dans le premier mois (1) , résis- (1) On ne peut juger que dans les premières époques du dessèchement delà manière dont elles lui résistent, parce que, à une époque beau- («7 ) lent le plus au dessèchement , telles que le blé, l'orge- et le seigle, sont précisément celles qui , étant germées, peuvent être rappelées à la végétation après un dessèche- ment extraordinaire ; tandis que les graines qui, telles que les pois, la vesce f le maïs , abandonnent presque toute leur eau dans la première époque de leur dessicca- tion , meurent sans retour après la germination , par ce même dessèchement. Instruction sur le tableau du dessèchement des graines dans le vide. J'ai employé, pour le dessèchement dans le vide, trois livres et demie d'acide sulfuriqu-j du commerce qui n'avait point été exposé à l'air depuis sa fabrication. Le vide se soutenait entre deux et trois millimètres dans la pompe pneumatique. • Lorsque le nom de la plante est désigne sans âû'Crê qua- lification, il indique seulement la graine entière non germée. Lorsque le mot germé, sans- autre qualification , est ajouté au fcom de la graiûe , il désigne le degré de ger- mination ii° i. Les graines pulvérisées sont celles qui, après avoir été réduites par le pilon dans leur plus grand état de divi- sion, présentent une poudre déliée; j'ai distingué sb"us> le nom de broyées celles qui , après celte opération , offrent une pâîe ou des parcelles plus ou moiiis liées , quoique ces deux termes puissent représenter d'ailleurs le même résultat. coup plus reculée , elles approchent presque reniement d'un dessèche- ment complet. ( (0 ) On voil dans le tableau que ioo grammes de graines de blé séché à l'air libre el à la température atmosphérique, perdent 7,1 grammes par leur exposition pendant un mois dans le vide , sous l'influence de l'acide sulfurique, et que celte perte monte à 8,21 grammes lorsque ce sé- jour dure trois mois , etc. Je n'ai fait l'observation directe que sur une quantité de graine qui n'excédait pas cinq grammes. On comprend que ces résultats doivent pré- senter quelques différences dans la même espèce de se- mence, suivant sa grosseur. Perte que cent, parties de graine en poids éprouvent par le dessèchement dans le vide. Deukchihint DeMBCHEMERT DessÈciehui* NOMS DES GRAINES. d'un mois. de trois mois. de •il moi*. Blé pulvérisé. Blé. Blé pulvérisé germé. Blé germé. Blé germé, n°. a. Blé germé, n°. 3. 11,78 io, 9 3 7,o3 7,» 7.1 8,21 10,93 11,78 9,65 io,93 Seigle pulvérisé. Seigle. Seigle germé. 10,4 6,96 6,96 10,4 9-47 9>7^ Orge pulvérisée. Orge. Orge germée. ".94 6,8 6,8 Avoine mondée pulvérisée. Avoine mondée. Avoine mondée , germée et pulvérisée. lyiaïs pulvérisé. Maïs. Maïs germé.- l3,I2 8,41 9>6 9,o 7-6 l3,I2 12,84 11,86 ( % ) NOMS DES GRAINES. DESSECHEMENT d'un mois. l>LSsÈCtItWENT de Iruii mois. Dembcbihuit de •i\ mois. Vesce pulvérisée. Vesce. 9,9 l 9>»7 Vesce germée. 9> 6 Pois pulvérisés. Pois. Pois germes pulvérisés. Pois germes. 10,7a 10,0 io, 3i 9>9 5 10,1 io,5 Lentille pulvérisée. Lentille. 12,1 9.7 Trèfle blanc pulvérisé. Trèfle blanc. IO,44 9,33 Blé sarrasin pulvérisé. Blé sarrasin. Blé sarrasin germé pulvérisé. 13,46 10,29 10,34 12,46 11,84 10,34 Chou broyé. Chou. 6,09 5, 9 3 6,09 6,96 6,09 Moutarde noire broyée. Moutarde noire. 8,2 9 7.9 1 Chanvre broyé. Chanvre. 6, 7 5 5,8i3 6,94» Pavot broyé. Pavot. 5,3 5,4 Pourpier pulvérisé. Pourpier. 9. 5 2 8,86 Laitue broyée. Laitue. 5,398 5,377 Reine marguerite broyée. Reine marguerite. 8,43 9,i3 Panais brové. 8 )9 5 Panais. 9,o5 Raiponce broyée. Raiponce. 6,14 7,89 (90) Résumé des principales observations contenues dans ce Mémoire. La plupart des graines alimentaires germées conser- vent leur force végétalive après le dessèchement lé plus avancé qu'elles peuvent éprouver à l'air libre , à l'ombre, ou sous une température de 35°. Telles sont le froment, le seigle, l'orge, le maïs, la vesce, les lentilles, le cresson alénois , le chanvre , le chou , la moutarde , la laitue, le blé sarrasin. Les graines qui m'ont paru dé- pourvues de cette faculté sont la fève ,. le haricot , 1© pourpier, la raiponce , le pavot. Parmi les graines germées qui peuvent être rappelées à la végétation après un dessèchement fait à l'ombre, ou à 35° centig. , on en trouve qui conservent cette faculté à la température de yo° centig. , ou à la température la plus élevée que le soleil peut communiquer au sol dans nos climats. Telles sont les graines de froment, de seigle , de vesce et de chou, dans la première époque de de leur développement 5 leur force végétative ne s'est tou- tefois maintenue dans ce cas qu'autant qu'elles parais- saient sèches ou dépourvues dé leur eau de végétation, avant d'être soumises à cette température élevée. Une graine germée et desséchée emploie à reprendre, après sonhumectation , au moins le même temps, et sou- vent plus de temps qu'une graine de même espèce, non germée , n'en met à germer. D'après ce résultat, on con- çoit que des graines lentes à germer et disposées à la pu- tréfaction , telles que les fèves et les haricots , ne doi- vent pas , lorsqu'elles sont sèches et germées , rentrer en végétation ; elles se putréfient avant d'avoir atteint le (9i ) terme requis pour leur reprise : d'ailleurs, la cause la plus commune de la perte des graines germées paraît dé- pendre de la disposition du germe à un dessèchement trop avancé. Les graines germées et desséchées mettent, toutes choses égales , d'autant plus de temps pour commencer à faire un nouveau développement par l'humectation, que leur germination était plus avancée avant le dessè- chement. Les graines sèches germées ( pour peu que leur ger- mination ait élé prolongée avant le dessèchement) per- dent leurs radicules dans la reprise. Cette perte , qui réduit les planlules à des espèces de boutures , rend la végétation moins vigoureuse qu'elle ne l'aurait été si elle n'eût pas souffert d'interruption. Dans l'état sec , une graine germée perd plus prompte- ment qu'une graine non germée la faculté de végéter. La plupart d'entre elles la conservent au moins pendant trois mois de dessèchement 5 mais je n'en ai vu aucune qui l'ait conservée au bout d'un an. Un dessèchement artificiel , beaucoup plus avancé que celui auquel les graines peuvent parvenir naturellement, n'a ôlé à aucune d'elles , avant la germination et sous la température atmosphérique , la faculté de végéter. Quel- ques-unes d'entr'elles seulement ont requis pour ger- mer, après cette épreuve , une humectation plus pro- longée. Le même dessèchement , appliqué aux graines ger- mées , a privé certaines espèces de toute leur force vé- gétalive , et n'a porté aucun préjudice à la reprise de plusieurs autres. Celles qui y ont succombé sont les (9' ) graines gcrmées n° 1 de vesce, de pois , de lentille , do maïs et de Lié sarrasin 5 celles qui y ont survécu sont les graines de froment , de seigle , d'orge et de chou. On peut juger si une graine farineuse gormée a la fa- culté de reprendre après un dessèchement extraordi- naire , en soumettant, pendant trois ou quatre semaines , au vide sec, les graines non gcrmées , dans l'état entier et dans l'état pulvérisé, et en comparant les dessèche- mcns qu'elles subissent dans ces deux états. Celles qui y éprouvent des pertes de poids peu différentes, ou qui ne diOèrent au plus que d'un cinquième, n'ont pas, lorsqu'elles sont gcrmées et séchées exlraordinairemenl, la faculté d'être rappelées à la végétation ; celles, au con- traire, qui subissent une beaucoup plus grande perte dans l'état pulvérulent que dans l'état entier , ont celte fa- culté. Les observations précédentes nous ont conduits à mon- trer que plusieurs espèces de graines qui ont germé à la surface du sol sans y avoir pénétré , et qui y ont éprouvé tout le dessèchement que l'ardeur du soleil doit pro- duire, peuvent, après une mort apparente, être rappe- lées à la végétation par la seule humeclalion 5 nous avons, vu qu'une menu- graine peut, dans les différens degrés de sa germination , supporter successivement, et à plu- sieurs reprises, ces alternatives de dessèchement et de végétation sans en périr, cl cela jusqu'à ce que les ra- cines aient pris un allongement sullisant pour pénétrer profondément dans la terre et garantir la plante d'un dessèchement devenu dès-lors fatal à sa conservation. Toutes les semences gcrmées n'ont pas , il est vrai, une vitalité aussi remarquable '5 mais il est intéressant (93) d'observer que le froment et le seigle qui , dans nos cli- mats , tiennent le premier rang parmi les graines ali- mentaires, le conservent encore par l'avantage de subir facilement cette sorte de résurrection. Mémoire sur les Papouas ou Papous ; Par MM. Lesson et Garnot. ( Lu à la Société d'Histoire naturelle le a3 juin 1826. ) Les peuples dont la peau est noirâtre , et la ebevelurc tantôt lisse, tantôt laineuse , et qui vivent sur les grandes terres montagneuses situées entre l'Asie et la Nouvelle- Hollande , ont élé jusqu'à ce jour fort peu étudiés. Il est même difficile de se former une idée exacte des dénomina- tions qui leur ont été appliquées 5 aussi, dans cet essai, nous présenterons seulement un résumé très-succint des observations que nous avons pu recueillir pendant le sé- jour de la Corvette la Coquille avi milieu de ces archi- pels. On doit d'ailleurs espérer que l'expédition de ï As- trolabe , qui explore actuellement ce système d'iles , jettera la plus vive lumière sur ce sujet, en rassemblant les faits nécessaires pour fixer irrévocablement l'opinion des savans sur une matière qui intéresse si particulière- ment l'histoire de l'homme. Sous le nom de Papous on connaît en France des peu- ples dont la couleur noire varie en intensité, et dont la chevelure n'est point lisse de sa nature, mais n'est pas laineuse non plus. Ces hommes, qu'on sait habiter le littoral des îles de Waigiou (1), de Salwaty, de Gammen (1) Le nom de Waigiou est écrit différemment par les Français et (94) et de Ba tenta , et toute la partie nord de la Nouvelle- Guinée, depuis la pointe Sabclo jusqu'au cap de Dorv, ont été parfaitement décrits par MM. Quoy et Gai- mard(i), qui les premiers ont démontré qu'ils consti- tuaient une espèce hybride, provenant, sans aucun doute, des Papouas et des Malais qui se sont établis sur ces terres et qui y forment à peu près la masse de la popu- lation. Ces Né gro - Malais ont emprunté à ces deux races les habitudes qui les distinguent, et c'est ainsi que plusieurs ont embrassé le mahomélisme , et que d'autres ont conservé des Papouas le fétichisme et la ma- nière de vivre. Un grand nombre des mots de la langue de cette variété humaine sont tirés du Malais , et no- tamment celui de Tladjah , qui sert à désigner les chefs. Ces insulaires forment donc une sorte de peuple mé- tis (2) placé naturellement sur les frontières des îles Malaises et des terres des Papouas, et sur le littoral d'un petit nombre d'îles agglomérées sous l'équateur, et au milieu duquel s'introduisent sans interruption des Ma- lais de Tidor et de Ternale et des Papouas de la Nou- velle-Guinée, et même quelques Atfourous des monta- gnes de l'intérieur. Presque toujours l'autorité , peu in- par les Anglais : nous avons toujours entendu les naturels appeler Ouai- ghiou la partie nord de Tîle , et Ouarido la partie sud. ( 1 ) Observations sur la Constitution physique des Papous ( Zool. du Voyage de l'Uranie, p. 1 à 11, et Ann. Se. nat. , tora. vu , p. 27 ). (2) La relation de Iacob le Maire {Miioir Oosl et Vest indical . Amst. , 1621 , in-4° oblong , p. 164 ) prouve que déjà ces Papous hybri- des u'avaient point échappé aux observations des premiers navigateurs. En 1699 , Dampierre {Voyage aux Terres australes et h la lYouvelle- Hollande , tom. iv , p. 67, 1714) décrivit également ces Papous hy- brides , et les détails qu'il en donne portent le cachet de son exactitude ordinaire. (95) flucnte d'ailleurs , se trouve reposer dans les mains des Malais , qui exploitent encore le commerce par échanges, et surtout la vente des esclaves pris à la guerre. La masse de ces Papous hybrides présente des hommes d'une constitution grêle et peu vigoureuse : la teinte de leur peau est très-claire, mais le plus souvent elle est recouverte de cette lèpre furfuracée si abondamment ré- pandue sur les peuples de race noire de la mer du Sud. Leurs traits ont une certaine délicatesse ; leur taille est le plus ordinairement petite 5 l'abdomen est très-proémi- nent, et leur caractère est timide. Tout en eux indique la funeste influence de leur genre de vie et de leur ha- bitation. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces peu- plades que visitèrent d'Entrecasteaux , de Rossel, Labil- lardière , de Freycinet , Quoy et Gaimard , et qu'il nous suffisait de distinguer des peuples à cheveux crépus (crispa tortilique coma des romains) auquels nous conservons le nom de Papoua (t), usité à la Nouvelle- Guinée où ils sont répandus sur les côtes, de même que sur les grandes îles faisant partie de ce qu'on nomme terre des Papous. Enfin nous retrouverons les Papouas peuplant les îles jusqu'à ce jour peu connues de la Loui- siade , de la Nouvelle-Bretagne , de la Nouvelle-Irlande, de Bouka , de Santa-Crux (2) , de Salomon (3) etc. (1) Du mot indigène juia-pua , qui veut dire brun-foncé. ( Marchai, , Hist. de Java , p. 4- ) (2) Les naturels de l'île de Santa-Crux sont noirs comme les Nègres d'Afrique; tous ont les cheveux laineux , et les teignent de différentes couleurs, etc. {Second Voyage de Mendana. Fleuriec, Découvertes des Français, p. 26.) (3) Les peuples qui habitent ces terres sont en général de l'espèce des («) Les Papouas qui doivent nous occuper ont la plus grande ressemblanceavecles nègres Cafro-Madéeasses( i ), et cette analogie se trouve encore dans plusieurs de leurs habitudes et de leurs traditions, de même que dans leur constitution physique. Ils paraissent provenir d'une mi- gration postérieure à celle des Océaniens, migration qui. s'est arrêtée sur le contour des chaînes de la Polynésie , n'a envahi que ie littoral de la Nouvelle-Guinée , et s'est répandue sur les îles de la Nouvelle-Bretagne , de la Nou- velle-Irlande , de Bouka , de Bougainville , de l'Ami- rauté, de Salomon , de Santa- Crux , de la Tierra Aus- tral del Espiritu-Santo , et de la Nouvelle-Calédonie (?.). Les habitans de la Nouvelle- Gui née se désignent par lé nom de Papouas, en réservant la dénomination $En- damènes aux nègres à cheveux droits et rudes de l'in- térieur : ils n'ont point passé le détroit de Tories, tan- dis que les Endamènes ou Alfoures (nègres australiens) paraissent s'être répartis bien antérieurement en peu- plades misérables , éparses et peu nombreuses , sur le sol maigre et stérile de la Nouvelle-Hollande. On ne peut , par suite, concevoir la manière dont la terre de Diémen a été peuplée , qu'en adoptant l'idée que les nègres à che- velure laineuse s'y sont introduits par le groupe des Hébrides et de la Nouvelle-Calédonie. i nègres; ils out les cheveux laineux et noirs, le nez épaté , et de grosses lèvres , etc. , etc ( Surville , Découvertes des Français , p. 95. ) (1) Ce rapprochement avait déjà été fait il y a un siècle ; il a élé com- battu par M. Crawfurd, dont les raisonnemens, en cette circonstance, ne sont appuyés sur aucun renseignement positif. (2) Les naturels des îles "Talée paraissent être de la rnème race que les Papous. Ils avaient, la tête laineuse, la peau d'un noir d'un jais, et tous les traits des nègres d'Afrique. (Méares , -voy. tom. 2 , p. 357-) (97 ) . Ainsi donc , la portion centrale de la Nouvelle-Gui- iiée est habitée par des nègres alfourous qui en sont les aborigènes , et que les Papouas du havre Doréry nom- ment Endamènes .Ces peuplades sont toujours en guerre les unes avec les autres , et n'ont point d'autres commu- nications que celles qu'amène un état perpétuel d'hos- tilités. Les nègres au contraire qui sont établis sur les côtes se distinguent entre eux par la dénomination dUAlfakis ou montagnards , et de Papouas ou de rive- rains. Ces derniers vivent par tribus éparses et isolées , clans un état continuel de défiance et d'inquiétude. Leurs villages , placés sur l'eau et sur des pieux , se composent d'un petit nombre de cabanes, gouvernées par l'auto- rité de chefs âgés. Leur taille est assez communément médiocre, quoiqu'on observe parmi eux de fort beaux hommes. Leurs membres sont ordinairement propor- tionnés avec régularité, et souvent leurs formes sont robustes et athlétiques. La couleur de leur peau est d'un noir mêlé d'un huitième de jaune , ce qui lui donne une teinte assez claire , dont l'intensité varie. Leur chevelure est noire , très-épaisse , médiocrement laineuse. Ils ont l'habitude de la porter ébouriffée d'une manière fort re- marquable , ou de la laisser retomber sur le cou en mè- ches longues et très-flexueuses. Le visage est assez, ré- gulier dans l'ensemble des traits , quoique le nez soit un peu épaté et que les narines soient élargies transversa- lement. Le menton est petit et bien fait ; les pommettes sont assez saillantes; le front est élevé ; les sourcils sont épais et longs 5 la barbe est rare , mais quelques natu- rels la conservent au-dessus de la lèvre supérieure et au-dessous du menton, à l'imitation de plusieurs peuple^ x, 7 ( g» ) africains. La physionomie des Papouas réfléchit aisé- ment les sensations qui les animent et qui naissent de la défiance , du soupçon et de toutes les passions les plus haineuses. De même que la prédominence des facultés instinctives (i) sur celles de l'intelligence ne saurait être mise en doute pour beaucoup des peuples de ce ra- meau. Les femmes , qui partout l'emportent sur l'homme par la délicatesse de l'organisation, sont communément laides. Cependant nous vîmes, à la Nouvelle -Guinée, quelques filles nubiles très-bien faites , et dont les traits réguliers et doux étaient remarquables. Façonné pour la servitude et l'obéissance , ce sexe , chez les Papouas , comme chez certains nègres d'Afrique , doit vaquer aux travaux les plus rudes que dédaigne de partager un maître inflexible et despote. Ainsi les Papouas se sont propagés sur les îles de Bouka , de Bougainville , de la Nouvelle-Bretagne et de la Nouvelle-Irlande. Si l'on en juge par les descriptions des voyageurs les plus exacts, ils se seraient également établis sur les îles de Sanla-Crux et des Arsacides, des Hébrides (2) et de la Nouvelle-Calédonie; ils auraient envoyé des colonies sur les îles des Navigateurs et des (1) Plus les hommes sont loin de l'état de civilisation, plus leur in- telligence instinctive est développée ; les sens sont plus parfaits que chez l'Européen : aussi le Papouas a-t-il la vue perçante et l'ouïe très-fine ; mais comme son unique occupation est de satisfaire son appétit vorace, que cette fonction absorbe toutes les autres facultés , ou qu'elles ne sont développées que dans ce seul but , il a reçu des muscles masseter et temporaux d'une grande force. C'est ainsi que nous remarquâmes , sur plusieurs crânes, des crêtes nombreuses hérissant toute la partie anté- rieure de la fosse temporale , pour donner aux fibres de ce muscle des points d'attache plus puissans. (■ï) Consultez lesexcellens détails fournis par Forster sur les naturels ( 99 ) Fidjis (i) , el y auraient donne naissance à la variété hy- bride ou négro- océanienne qu'on y connaît. Les naturels de Bouka , avec lesquels nous communi- quâmes, avaient une taille moyenne : ils présentaient absolument tous les caractères et toutes les habitudes des Papouas , et portaient comme eux leur chevelure demi- laineuse, longue et ébouriffée. Les habitans dePort-Pras- lin , à la Nouvelle-Irlande, ceux de l'île d'York, dans le canal Saint-Georges , ne différaient point de ceux-ci ; seu- lement il y avait parmi eux un plus grand nombre d'hom- mes grands et robustes. Mais plusieurs individus dans le nombre étaient remarquables par la teinte peu foncée de leur peau , ce qui les rapprochait de la couleur jaune faiblement bronzée des Océaniens. La figure des veillards de ces diverses peuplades était généralement calme , sereine et impassible. Cependant nous observâmes des changemens assez brusques dans le jeu de leur physionomie. A la fausseté , aux regards per- de l'île de Mallicollo , dans le Deuxième f^oyage de Cook , tom. 3, p. 5g et suiv.; éd. in-4°. (1) Suivant M. Mariner ( tom. 1, p. 346 ) , les habitans des Fidjis ont les cheveux crépus et de la nature de la laine. Il les poudrent avec des cendres , et les frisent avec le plus grand soin , de manière qu'ils res- semblent à une immense perruque ; ils portent des bracelets d'écorce et de coquilles autour des bras, et sont presque nus. Plus loin il ajoute ( après avoir séjourné au milieu d'eux ) ( t. 2 , p. i35 ) : les naturels de Ces îles paraissent être une race fort inférieure à celle de Tonga et ap- procher davantage de la conformation des nègres. La langue est dure , et emploie plus souvent la consonne r; c'est au point que, malgré que les îles Fidjis soient très-voisines des îles de ToDga, le langage diffère bien plus entre ces deux archipels que celui de Tonga, par exemple, avec les Sandwich , qui en sont éloignées par une distance neuf fois plus considérable. ( w ) fidès des uns , étalerai opposés la défiance et le soupçon des autres, la bonhomie ou la confiance d'un petit nom- bre. Ces peuples ne hérissent point leur chevelure comme Certains Papouas , car cette mode n'est suivie que par un petit nombre de tribus. Si nous examinons enfin la conformation physique des habitans de la grande. île de Madagascar, connus sous le nom de Madécasses proprement dits (i), nous trou- verons , au milieu des trois ou quatre variétés humaines qui habitent cette grande île, des nègres dont les mem- bres sont proportionnés avec régularité , et souvent des- sinés avec vigueur; ces Madécasses ont une taille bien prise , et parmi eux on observe Un très-grand nombre de beaux hommes. Leur chevelure, médiocrement lai- neuse, est nouée sur l'occiput par gros flocons -, la peau est de couleur brune mêlée de jaune 5 le nez est légère- ment épaté ; la bouche grande 5 en un mot , l'ensemble de leurs traits , qui est régulier , servirait en grande par- tie à tracer le portrait d'un Papoua deDoréry, de Birare ( Nouvelle-Bretagne de Dampier ) , de la Nouvelle-Ir- lande ou de Bouka (2). Il nous reste à généraliser les habitudes de cette grande famille. Les Papouas vont nus : jamais nous ne vîmes les ha- bitans des îles Bouka , de la Nouvelle-Bretagne et du (1) Consultez Flacodrt, Histoire de Madagascar, 1 vol. in-4 ; et Rochon , Voyage a Madagascar, 1 vol. in-8°, p. i5. (2)« Parmi les habitans de la Louisiade qui vinrent en pirogue le long de nos navires , et dont la chevelure était laineuse et la peau olivâtre , j'en remarquai un aussi noir que les nègres de Mozambique , aVec les- quels je lui trouvai beaucoup de rapport. » ( Labillardière , foyages, t. >. , p. 27G, in-4°.) ( loi ) Port-Praslin cacher par le moindre voile les organe* sexuel». Les naturels de Dorery, ainsi que les Papous, hybrides , sont les seuls qui fassent exception à cette cou- tume ; et bien qu'ils ne sachent point faire de tissus , ni convertir les écorces d'arbres en étoffes , ils emploient, comme ceinture, des sortes de toiles naturelles et gros- sières qu'ils retirent des enveloppes florales du cocotier ou des graines membraneuses des feuilles du bananier. Les tribus qui vivent sur les côtes de la partie nord de la Nouvelle-Guinée, ayant chaque jour des communi- cations avec les Malais, et surtout avec les Guébéens, en reçoivent, en échange d'oiseaux de paradis, d'écaillé de tortue, ou par la vente des esclaves, des toiles de cotori teintes en bleu ou en rouge, et qui sont destinées aux femmes : ils ont aussi adopté l'usage de chapeaux larges et pointus , faits à la chinoise , avec des feuilles de pan- daims cousues et disposées très - ingénieusement. Mai? un goût, commun à tous les peuples de race noire, est celui de se couvrir les épaules et la poitrine d'incisions, élevées et mamelonnées , disposées en lignes courbes 01} droites, mais toujours régulières 5 et cette mode, qui sert à distinguer les diverses tribus nègres de l'intérieur de l'Afrique, est pratiquée par presque tous leshabitans de Madagascar et par tous les naturels de couleur noire répandus dans l'ouest de la mer du sud , et aussi bien sur la terre de Diémen que sur l'Australie. La chevelure de ces peuples est en général très-frisée , très-fine, résistante, et en même temps très-épaisse. Quel- ques familles de la Nouvelle-Guinée , de Waigiou , de Bouka, lui donnent la forme ébouriffée et singulière qu'on a même regardé comme un caractère des Papous.} ( 102 ) mais d'aulres tribus , telles que celles de Rony, à la Nou- velle Guinée , de la Nouvelle-Bretagne et de la Nouvelle- Irlande , la laissent tomber sur les épaules en mèches cor- données et flottantes. Les Papouas aiment à se couvrir la tête de poussière d'ocre, unie à de la graisse , à rougir ainsi leur chevelure et leur visage, et à se faire sur la poi- trine ou sur la face, des bandes diverses avec de la chaux de corail. C'est plus particulièrement à Port-Praslin , à la Louisiade, qu'on retrouve cette singulière mode qui règne sans partage chez les habi tans de la Nouvelle-Galles du sud. Ces peuples emploient peu le tatouage , qu'ils nom- ment pana/y a à la Nouvelle - Guinée , et, opposés en cela aux Océaniens , ils se bornent à tracer quelques li- gnes éparses sur les bras ou à l'angle des lèvres de leurs femmes , comme une marque particulière. Ils aiment tous les ornemens, de quelque nature qu'ils soient : nulle part nous ne rencontrâmes en plus grande abondance des colifichets de plumes , d'écaillés ou de nacres , desti- nés à être placés sur la tête, à la ceinture ou sur les ar- mes. Mais partout nous observâmes l'usage , exclusif à cette race , de porter des bracelets d'une blancheur éblouissante, faits avec beaucoup d'art, très-polis, et qu'ils façonnent probablement avec la grosse extrémité des énormes cônes qui vivent dans les mers environnantes. Tous les navigateurs en ont parlé. Un tel usage est par lui-même caractéristique, mais ce qu'il offre de plus remarquable encore est l'analogie qu'il présente avec les coutumes des Egyptiens. Les re- cherches modernes nous ont en eifet indiqué la présence d'un ornement de forme exactement semblable sur un grand nombre de momies . ( Mtf ) L'usage de mâcher le bétel , avec l'arec et la chatix , propre au rameau malais , a été porté chez les Papouas , par ce peuple sans doute ; mais on doit supposer que des communications antérieures en ont fait naître le besoin chez les habitaus de Port-Praslin , où nous le trouvâmes très-répandu; à Bouka où nous en vîmes des traces - , à l'île de Choiseul et à la Louisiarle, oùBougainville et La- billardière l'observèrent. Ces derniers peuples , et les Papouas de la Nouvelle- Guinée surtout, portent des amulettes façonnées en ido- les (i), fixées sur la nuque par un collier fait de deuts d'animaux, etc. Mais nous trouvâmes , dans leurs ca- banes, quelques coiffures parfaitement analogues à celles qui servent aux enfans dans nos fêtes religieuses , et que surmontait une feuille de pandanus, contournée très- adroitement en fleur de lys. Cette forme antique et sin- gulière , conservée fidèlement , et même avec le plus grand goût, chez des peuples encore dans les ténèbres d'une longue enfance, doivent provenir de l'Abyssinie. Mais ce qui met hors de doute leurs rapprochemens avec les habitans de l'Afrique, sont les oreillers en bois ,sur lesquels ils s'appuient la tète pour dormir. À Waigiou , àDoréry, nous retrouvâmes chez tous ce meuble tra- vaillé avec adresse, représentant le plus constamment, et avec plus ou moins de perfection, deux tètes de sphinx, attribut égyptien , et plusieurs de ces objets , comparés (i) « Les nègres de Sierra-Leone semblent véndrer des petites sta- y> tues faites à-peu-près à la ressemblance de l'homme. Il n'en coûte » que huit ou douze pouces de bois pour la façon de ces images , qu'on » peint en noir, et qui sont les pénates de la hutte. Ils leur font des of- » frandes qui consistent en chiffons , vases ébrêchés , etc. » ( Matuews , yoyage à Sierra- Léo ne. ) ( '°4 ) en France , ne diffèrent en rien de ceux trouvés sous la tète des momies d'Egypte dans leurs tombeaux , et con- servés par les voyageurs modernes qui les ont décou- verts. Les Papous de Dorery et de Waigiou ont un goût parti- culier pour façonner des idoles qu'ils placent sur leurs tombeaux et dans un point particulier de leurs cabanes. Ces sculptures se reproduisent sur le devant de leurs pi- rogues; mais, comme leur culte est un féticliisme pur, et que quelque teinte de l'islamisme n'a pénétré qu'avec les Malais , au nord seulement , nous voyons cbez tous cette babitude de consacrer , dans une cabane qui sert de temple, une suite d'idoles , vêtues de guenilles di- verses, représentant des divinités rangées par ordre de puissance. Nous retrouvâmes cet état de choses au Port- Praslin, grâces à la course hasardeuse du jeune et brave de Blosseville ; et ces naturels, sans exception , au milieu de leurs grotesques divinités , consacrent à des animaux des représentations assez fidèles. C'est ainsi que le cro- codile est un objet de culte à Waigiou-, le requin et le pélandoe au Port-Praslin ; le chien à Doréry, etc. Les Papous , toutefois , vénèrent les morts , suspendent les têtes de leurs ennemis comme trophées aux parois de leurs demeures, pour les priver sans doute d'une exis- tence heureuse dans l'autre vie; car ils ont la croyance d'un être suprême infiniment bon et d'un génie adonné au mal. L'industrie despeuples de race noire n'est point à ci- ter. Cependant les femmes des Papous de Doréry fabri- quent de la poterie (i), et, comme ceux de Waigiou, ils (i) Dans le pays des Kaarlans , dans l'Afrique occidentale , le village ( «05 ) savent assembler les belles feuilles satinées du pandanun longissimus } pour en faire des nattes qu'ils festonnent diversement et qu'ils teignent avec les couleurs les plus éclatantes et les plus solides. Ces nattes, avec lesquelles ils s'abritent de la pluie , sont représentées au Port-Pras- lin par des capuchons qui en ont la forme et parfois l'ampleur. Elles sont en effet le plus souvent pliées au milieu et cousues à une extrémité. Les habitans de la Nouvelle-Bretagne, de la Nouvelle- Irlande , avaient divers ornemens passés dans les narines, ou des bâtonnets traversant la cloison du nez , à l'instar des naturels de la Nouvelle-Galles du sud. Cette mode se reproduisit à nos yeux chez les Papous du Hàvre-de- Rosny, et tous nous assurèrent que les bâtonnets qu'ils portaient étaient bien petits en comparaison de ceux que les farouches Endamèues , leurs ennemis , el les proprié- taires des districts plus au sud se plaçaient ainsi. Le genre de vie des Papouas ne nous fournit point de caractères bien précis. Cependant ils ne savent point, comme les Océaniens , pratiquer des fours soutemûns pour cuire leurs alimens. Ils se contentent de les griller sur les charbons ardens , ou bien de faire des treillages élevées , et de les préparer ainsi par l'action médiate de la chaleur. Vivant, du reste, des fruits équatoriaux, de racines nutritives , que le sol produit en abondance , les Papous de la Nouvelle-Guinée savent encore cultiver quelques légumes , et l'espèce de pois qu'ils nomment aberou forme principalement la base de leur nourri- d 1 'Asamanga tary est renommé par ses manufactures de poterie d« terre travaillée par les femmes. ( Voyage dans l'Afrique occidentale , de Gray et Docliard. ) ( io6) livre, avec les produits de la pêche , ou les coquilles qu'ils vont chercher sur les récifs , et môme les reptiles qu'ils attrapent dans les forêts. Leur gouvernement est peu connu. On a cependant remarqué qu'ils semblaient obéir à des vieillards dont l'autorité paraissait nettement établie -, et ce n'est guère que chez ceux qui ont communiqué avec les Malais qu'on retrouve le titre de radjah , par exemple , et encore n'en ont-ils point d'idées bien claires et bien distinctes. Nous avons vu que leur culte était un fétichisme pur : féti- chisme sons l'influence duquel toutes les races noires de l'Afrique, excepté l'abyssinienne, sont plus ou moins soumises. Mais les Papous entourent d'un profond res- pect les tombeaux' de leurs parens ; ils élèvent des ca- banes pour les abriter; ils placent souvent des estrades en bois destinées à supporter leurs os desséchés , et ne manquent point de placer sur leur sépulture des vases destinés à recevoir des offrandes telles que du bétel , du tabac ou du poisson , et d'entourer des attributs du dé- funt le lieu où reposent ses cendres. L'art d'élever leurs cabanes présente chez les di- vers peuples de race papoue des différences assez tran- chées. Ainsi , les huttes des naturels de la Nouvelle-Ir- lande sont de forme africaine , arrondies , couvertes de paille, ayant une porte étroite et basse. Chez les habi- tans de Waigiou et de la Nouvelle-Guinée (i) , au con- traire, elles nous montrent quelle peut être l'influence des hostilités continuelles auxquelles ils se livrent. Ces (i) Les cabanes des naturels de la Louisîade sont, comme celles des Papous , élevées avec des pieux de deux ou trois mètres au-dessus du terrain. ( Labillardière , Voy. Rccherch. de la Pérouse , t. il, p. 277-) i ( 10 7 ) peuples, en effet , établissent leurs villages au fond des baies et sur le bord des rivages. Mais, par une prévoyance sans cesse défiante, ils les ont établies sur l'eau même des grèves , de manière qu'elles sont supportées par des pieux , qu'on ne peut y parvenir que par des ponts in- formes , qu'en cas d'alerte du côté des terres on peut faire disparaître en un clin-d'œil , tandis que la fuite est facile par mer, parce qu'ils out le soin d'avoir leurs pi- rogues sous le plancher à jour de ces demeures. Ils se sauvent aisément dans les bois, au contraire, lorsque l'attaque a lieu par mer et à l'aide de pirogues. Enfin , ceux même qui habitent l'intérieur du pays ont placé leur gite sur quelque morne élevée dont l'approche est défendue par des palissades , et non satisfaits de la sécu- rité qu'ils peuvent retirer des obstacles qui se rencontrent sur le chemin , ils ont encore élevé leurs demeures sur des troncs d'arbres, rendus lisses, et hauts de douze à quinze pieds , et se servent d'un énorme bambou entaillé pour y parvenir. Chaque soir cette échelle est retirée dans la cabane, et la famille dort en paix sur des tas de flèches préparées pour repousser toute attaque dans l'aire qu'elle a construit à la manière des oiseaux. Ce sont ces cabanes aériennes , que l'un de nous examina avec détail , qui ont donné lieu de croire à quelques écri- vains, amis du merveilleux, que les Papouas logeaient dans les arbres. Je ne sache point que les voyageurs men- tionnent ailleurs une telle construction , et on n'en re- trouve point de traces en Afrique, à ce que nous croyons. Seulement le capitaine russe Krusenstem (voy. t. 2 , page 233 ) dit que les Tartares qui habitent Sakhalien élèvent leurs cabanes sur des pieux au-dessus du sol, ( »»8 ) Ces peuples possèdent encore un genre de construc- tion nautique, opposé à celui des rameaux océanien et mongole pélagieu. Navigateurs, comme le sont naturelle- ment tous les peuples riverains, on retrouve chez tous les nègres épars , depuis le nord de la Nouvelle- Guinée, sur ces chaînes de grandes îles , une forme assez générale de pirogues. Ceux de Porl-Praslin , de la Nouvelle-Bre- tagne, de l'île d'York, de Bouka, enfin, ont des embar- cations sveltes, légères, formées de bordages assemblés et cousus , et dont les joints sont bouchés par un mastic tenace, dont les deux extrémités se, relèvent et sont, le plus souvent, surmontées de quelque attribut. Mais toutes' ces pirogues n'ont point de balancier , tandis que. celles qu'on retrouve sur le pourtour boréal des îles dites des Papous, et qui sont destinées aux besoins ordinaires, sont, sans exception, à deux balanciers; celles de guerre, toutefois , ressemblent aux précédentes. Les armes principales des habitans de Waigiou et de Doréry sont l'arc, les flèches et les longues javelines terminées par une lame de bambou acérée et façonnée en fer de hallebarde. A Botîka nous retrouvons les flèches et des arcs parfai- tement fabriqués en beau bois rouge, de même qu'à la Nouvelle-Irlande et à la Nouvelle-Bretagne 5 mais ces tribus , inquiètes et guerrières , emploient principale- ment le casse-tôle de bois dur, les longues javelines gar- nies parfois d'os humains, ce qui annoncerait peut-être une habitude d'anthropophagie , les frondes pour lan- cer des pierres, et surtout l'usage constant du bou- clier (1). Cette arme défensive, faite sur le modèle de (1) Les Antaximes de la partie sud de Madagascar, ù teinte très-noire ( I0 9 ) certains boucliers romains, garnie de coquilles enchâs- sées avec symétrie, serait-elle due au hasard (i)? Tous les peuples ont une musique eu rapport avec leur civilisation : mais les Océaniens , les Mongoles pélagiens , et les peuples noirâtres et à cheveux frisés des îles de la mer du sud ont chacun un type particu- lier , suivant leurs habitudes, et quoique cet art soit resté stationnaire, par l'isolement de ces peuplades, il n'en est pas moins caractéristique, et ne peut provenir que d'un ensemble d'idées perfectionnées. Nous ne sa- vons rien de la musique des Papouas de Doréry et de Waigiou; celle des habitons de Port-Praslin;, de l'île d'York et leurs instrumens nous sont mieux connus. Sur toutes les grandes terres nous retrouvâmes le tam- tam , dont le nom peut varier, mais jamais la forme , qui est l'imitation parfaite du tamtam de la côte de Guinée : ce tambour creux , fermé à sa grande extrémité par une peau de lézard , est encore usité dans plusieurs régions de l'Afrique. Mais ce qui dut nous fournir matière à ré- flexion au Port-Praslin, ce sont l'épinette et la flûte à Pan que nous y trouvâmes. L'épinette est faite avec une lame de bambou, divisée en trois lamelles effilées, qui se placent daft^ la bouche comme la nôtre. Quant à la flûte à Pan , nous devons nous y arrêter un instant et in- diquer la conclusion d 1 une note que nous a remise, sur cet instrument, un de nos amis , excellent musicien. « Les et à cheveux crépus , se servent du bouclier pour combattre. ( Malte- BrCN , t. IV, p. 123.) (i) Bougainville ( Voyage autour du monde) vit les natnrels de la Louisiade se servir également de boucliers : la description qu'il en dom:e est applicable à ceux que nous avons vu au Port-Prasliù. C no ) » anciens connaissaient deux sortes de flûte, la simple » et le syrinx ou flûte à Pan , et ces flûtes n'avaient » qu'une étendue de sons très - bornée , parce que les » grecs ignoraient l'harmonie proprement dite , et que » leur mode de musique était mineur, tant l'homme » éprouve plus de facilité à attaquer la tierce mineure » que celle majeure. Le syrinx de la Nouvelle -Irlande » présente ce caractère mineur, et , après un examen sé- » rieux, je conclus que cet instrument , composé de » huit notes , dont cinq appartiennent à la gamme et » trois sont répétées à l'octave en dessous , est des temps » les plus reculés. » Lorsque M. de Blosseville visita le village de Leuki- liki, à une lieue du Port-Praslin , dans l'intérieur, il ne fut reçu qu'après que des naturels eurent exécuté une danse nommée Louklouk. Les danseurs étaient entière- ment cachés sous un vêtement bizarre , fabriqué avec des lanières de feuilles de pandanus , imitant une ruche am- bulante, et qu'ils suspendent à des poteaux sur la grève. Toutes les circonstances de cette sorte de solennité se- ront rapportées dans la relation historique; mais nous" devons citer, comme rapprochement, un usage semblable observé dans le royaume de Wouilli, en Afrique , par le major Gray. « En approchant de Cunda - Barra nous » vîmes, accroché à un poteau , hors des murs de la ville, » un vêtement fait décorées d'arbres, coupé par fila- w mens, et arrangé de manière à couvrir un homme, » espèce de loup-garou, nommé Numbo jumbo. » Des ténèbres trop épaisses couvrent les traditions poétiques de ces peuples pour qu'on cherche à les pé- nétrer : elles nous sont entièrement ignorées. Mais ce ( 1*1 ) qu'on ne peut se dispenser de remarquer , est la diver- gence complète du langage qui existe, non pas d'île à île, mais même de tribu à tribu et de village à vil- lage. Quelle peut en être la cause ? rien autre cbose sans doute que ces baines béréditaires, ces guerres perpé- tuelles dans lesquelles vivent et meurent les générations successives. Le caractère moral de ces peuples en a ac- quis cette barbarie profonde, cette défiance sombre et continuelle qui les rendent traîtres, perfides et assassins. <* Nous avons observé dans le cours de notre voyage , » dit Bougainville, qu'en général les hommes nègres » sont beaucoup plus méchans que ceux dont la cou- » leur approche de la blanche. » Quant aux rapports que peuvent avoir entre eux les idiomes de chaque peuplade, il nous serait impossible de les saisir. Leur langage barbare et guttural se refuse à tout examen , et on en pourra juger par le tableau sui- vant , dans lequel nous avons placé les noms de nombre écrits comme les naturels les prononcent. ( lis) OlD 00 ^J OS W» -P» W M ~ Hiossaire. Nourou. Nokore. Fake. Rime. Ouonême. OuDamanourou. Ounamonocore. Fike. Sanfour. % >• 1 i-S O 1 B 1 !» 1 O 1 a H) 1 c! -«1 M F p W O d a H s §: s r§ b % $ % r P * ' B n a / ""1 1 H w 1 M 1 O O s> M Toure.; Kire. Noure. Ouat. Mai. Imbitoure. Inebiki. Imbinour. Imbeboit. Ouanguire. 1 s" ►■ S B] O. G » a S » S. a B ' s S 1 cncflorotr'^Htr'H S S" <= 5" c g" f f 2 c £. " Ô B E. s c: • S* ' | ? • . ' O S» H » a O a 9 ! 1 O n si «.• e -• » ». » e. 3. sr g s* § W £. ? H >■ ? 1 » « n O B 5" H cra S- 0" sr b c C B > 09 ( »3.) Notice sur des Expériences concernant ta Jécondation de quelques "végétaux ; Par M. C. F. GARTNER. Les doutes et les contestations qu'on a récemment éle- vés au sujet de la fécondation et de la sexualité des vé- gétaux , ont , de nouveau , fait sentir l'état défectueux et l'incertitude de nos connaissances sur cet important phénomène de la nature. Un demi-siècle s'est écoulé de- puis que Koelreuter a fait ses belles expériences , sans qu'on ait essayé de les vérifier dans la nature , et d'élargir le champ de ces recherches si fécondes en résultats. Quelques botanistes modernes , induits en erreur par quelques petites expériences faites sans succès , se sont crus autorisés, non -seulement à déprécier la valeur de celles de Koelreuter, mais ont été même jusqu'à mettre en doute leur exactitude. A la vérité, la suite de ces recherches a été reprise dans ces derniers temps , surtout par le docteur Mauz 5 mais ceci n'ayant eu lieu .principalement que sous le rapport de la fécondation hybride, il nous a paru assez convenable, d'un côté, que cet objet spécial fut traité en même temps par plusieurs observateurs , et de l'autre , que la sphère de ces recherches fût encore agrandie da- vantage. L'aperçu que nous donnerons plus bas des expé- riences faites dans l'été de 1 825 , fera connaître avec plus de précision le point de vue que nous nous sommes pro- posé en traitant ce sujet. Nous allons donner aupara- vant un court exposé de notre manière de procéder, pour X. — Février 1827. £> ( "4) que les hommes compétens puissent juger de l'ensemble, l'examiner et éviter dans leurs propres expériences les fautes qui peuvent avoir été commises. Les différentes espèces de plantes avec lesquelles nous avons fait nos expériences, étaient toutes plantées dans des pots , et cela en partie pour pouvoir les observer plus exactement, et en partie aussi pour les préserver contre des influences étrangères défavorables ; mais d'autres in- dividus des mêmes espèces furent plantés en pleine terre, pour faire des expériences comparatives et pour pouvoir juger des influences étrangères et de leurs limites. Ce- pendant il n'y avait d'autre différence, nommément pour les végétaux qui seront désignés plus bas , que la facilité plus grande avec laquelle ceux plantés dans des pots se laissaient féconder artificiellement, et leur bourgeonne- ment plus considérable ; un plus grand nombre de fleurs tombaient sans être fécondées, toutes circonstances d'ail- leurs égales chez les végétaux plantés en pleine terre. La transplantation en pleine terre avait aussi pour but de se procurer le plus grand nombre possible d'indivi- dus , afin d'avoir, pour ainsi dire, à chaque moment des sujets propres à la fécondation et de la matière fécon- dante. Cette précaution est de là plus grande importance pour faire réussir des expériences de celte nature. Les fleurs étaient ouvertes avec lé plus grand ména- gement lorsqu'elles étaient à demi développées ( la co* rolle ne fut fendue que très-rarement), pour enlever le plus doucement possible et sans lésion des parties voi- sines , à l'aide d'une petite pince , les anthères non parvenues à maturité. On appliquait dès-lors le pollen si le stigmate était déjà développé; ou bien, si la flet ( ti5) n'avait pas encore atteint le degré de développement con- venable, et que le stigmate fût encore imparfait, l'appli- cation du pollen étranger était différée à un moment plus opportun . Le pollen était appliqué sur le stigmate, soil contenu encore dans les anthères non ouvertes, mais parfaite- ment mûres , ou bien on l'appliquait tout frais à sa sortie de l'anthère, et toujours à l'aide d'un pinceau fin. La matinée, avant que le soleil eût pu agir sur les flettrs , fut reconnue comme le moment le plus favorable, tant pour pratiquer la castration des fleurs, que pour re- couvrir de pollen les stigmates. Les anthères soiK alors presque toujours bien moins sensibles à l'attouchement, quand même elles auraient atteint leur parfaite maturité ; les stigmates de leur côté sont pins propres à recevoir le pollen sous la douce influence des premiers rayons du soleil. Lorsque le cas l'exigeait, la fécondation était ré- pétée plusieurs fois dans la journée et même pendant deux ou trois jours de suite. Pour éviter toute confusion , chaque fleur était mar quée d'une petite étiquette portant le numéro, le icmps de la castration et de la fécondation accomplie. Comme l'état de l'atmosphère exerce une influence bien décidée sur toute la végétation , et surtout sur le procédé de la fécondation, ces observations sont conti- nuellement rattachées à celle de l'état de l'atmosphère , et nous avons dressé un tableau exact de celui-ci. Un journal a été tenu exactement sur toutes ces cir- constances , ainsi que sur les changemens qui ont eu lieu et sur les phénomènes qui ont été observés sur les fleurs, les stigmates et les fruits. \. ( n6) L'été de l'année i8s5 a été, en général, extrêmement favorable pour faire des expériences sur la fécondation des végétaux ; il y a eu une suite de beaux jours, rare- ment interrompue par des jours de pluie, de sorte que cette dernière n'a que peu troublé les fécondations. Ce- pendant la gelée de la nuit du i4 au i5 mai avait menacé de faire périr, non-seulement les végétaux plantés en pleine terre , mais aussi ceux plantés dans des pots ; ce- pendant son influence nuisible s'est bornée à retarder, par ce trouble de la végétation , l'époque de la floraison et par conséquent aussi celle de la maturité; mais, par la gelée du 29 au 3o septembre, et par le froid , plus in- tense encore, survenu le 22 octobre , ce désavantage est devenu d'autant plus sensible , que plusieurs espèces tardives, telles que des Datuia, le Nicotiana macro- phjlla , le N. petiolala et le Physalis barbadensis , en ont tellement souffert, que plusieurs des fruits et des semences qui avaient commencé à venir, n'ont pu at- teindre la maturité convenable , quoique l'embryon fût déjà parfaitement développé dans les semences. Nos expériences s'étendent jusqu'ici à des végétaux pris dans quatre familles différentes , dans seize genres et dans trente espèces. Les expériences elles-mêmes sont au nombre de près de six cents. Elles sont , malgré cela, loin d'être assez nombreuses pour qu'on puisse en tirer avec certitude des conclusions pour tout le règne végé- tal. Nous n'attribuons par conséquent qu'une valeur spé- ciale aux remarques qui vont suivre. Celles-ci ne pour- ront prétendre à une application générale que lors- qu'elles auront été vérifiées et constatées de diverses manières , et sur des végétaux d'un plus grand nombre ( "7 ) de familles , de genres el d'espèces , et sur un plus grand nombre d'individus. Cependant les observations données pourront servir comme base provisoire de la théorie de la fécondation des végétaux , en attendant que des expé- riences ultérieures rendent plus facile et permettent de faire une coordination plus exacte des propositions qui se rattachent à celte théorie. Nous avons évité toutes les considérations théoriques dans cette notice préalable , et nous nous sommes efforcés de ne donner que de sim- ples faits, que chacun pourra coordonner, plier ou ex- pliquer comme il l'entend, suivant sa manière de voir individuelle. Nous ajoutons encore la remarque que , depuis le commencement de juin jusqu'à la fin d'octobre, temps pendant lequel ces expériences ont été faites , nous avons donné l'attention la plus soutenue et employé l'exactitude et les précautions les plus grandes possibles, dans l'observation des phénomèpes qui s'y sont passés sous nos yeux. Les expériences el les observations que nous avons faites relativement à la fécondation des végétaux, peuvent se diviser en quatre séries. La première de ces séries contient : (a) Des observations sur la marche naturelle de la fécondation des végétaux , sur l'état et les changemens des diiïërentes parties de la fleur avant et après la fécon- dation , sur le développement et l'accroissement des fruits el des semences , sur le temps nécessaire à la matura- tion, etc. (Jb) Des expériences sur la fécondation artificielle des fleurs avec leur propre pollen , dans diflërenles cir- constances. ( "S) Celle série d'expériences nous a paru être de la plus giande importance, parce que nous croyons qu'elles doi- vent former la base de toutes les recherches à faire sur ce sujet , attendu qu'elles seules peuvent nous éclaircir sur la marche de la nature et nous aider à expliquer les phénomènes que nous observons dans les fécondations hybrides. La seconde série d'expériences simultanées était des- tinée à l'observation de la fécondation hybride et des phénomènes qui y ont lieu. Notre attention était principalement dirigée sur la comparaison des changemcns que le pollen propre et le pollen étranger produisaient dans des circonstances ex- térieures égales , sur le stigmate et sur les autres parties des fleurs -, de plus nous avions égard à l'influence que la quantité de pollen , employée à la fécondation , exerçait sur le degré de perfection des fruits , sur le nombre des semences fécondées , sur la croissance relative des fruits , et enfin sur le développement graduel des em- bryons. Dans la troisième série d'expériences, nous avons ob- servé les phénomènes que produisaient sur les fleurs , les stigmates et les ovaires des mêmes végétaux , quelques autres substances pulvérulentes , telles que la fleur de soufre , la poudre de charbon , le carbonate de magné- sie et la poudre de Ljcopode. Enfin la quatrième série d'expériences et d'observa- tions avait pour but de reconnaître la durée et le mode d'action du pollen sur des ovaires étrangers, principa- lement pour répondre à cette question : le pollen étran- ger exerce-t-il une action immédiate sur la forme et la ( "9) couleur des fruits et des semences , et sur l'époque de leur maturité? Nous donnons ici un extrait préalable de la seconde série d'expériences, c'est-à-dire de celles qui ont été faites sur la fécondation hybride , quoique leurs résultats ne soient pas encore complets, attendu que l'histoire de ces expériences ne sera complétée que par la ger- mination et le développement des semences obtenues. Ce travail est réservé pour l'été de 1827. Nous espérons, malgré cela , que la publication de ces observations sur le premier acte de la fécondation, dirigera de nouveau l'at- tention des naturalistes sur cet objet si important, et dont l'examen plus approfondi a été négligé si long-temps. Le tableau suivant indiaue les végétaux avec lesquels ces expériences ont été faites. Le premier chiifre donne le nombre des fleurs fécondées , et le second celui des fruits obtenus. Il faut cependant remarquer que plusieurs des fruits recueillis ne contenaient que des semences sans em- bryon 5 il en résulte qu'on ne peut conclure avec certi- . tude du nombre de fruits obtenus à celui des fleurs fé- condées. Nous avons également cru qu'il n'était pas inu- tile de comprendre dans celte liste les fécondations qui n'ont eu aucun résultat, car ces exemples pourront être, de quelqu'utilité dans des expériences ultérieures. Les expériences de Kœlreuter ont prouvé qu'une fé- condation hybride qui a mal réussi n'autorise pas à en conclure qu'elle ne réussira pas ou qu'elle ne pourra jamais réussir, parce qu'en pareil cas un grand nombre d'influences avaient pu empêcher la réussite ; ce dont il sera encoro question plus bas. ( lao ) 2 Convolvulus sepiiim. Ipoinoea purpurea. — Datura laevis. Dut ura Metel. Hyoscyamns agrestis. Nicotiana macrophylla . rustica. —Datura Metel. Datura laevis. Hyoscyamus agrestis. — — pallidus. Nicotiana macropli y lia. — Dianthus caryopbyllus. Dianthus barbatus. — carthusianorum — Glaucium luteutn. Papaver Rhœas. somniferum. — Ipomoea purpurea. Couvolvulus sepium. —— tricolor. — Lavatera trimestris. Hibiscus Trionum. — Lychnis flos Cuculi. Lyclinis dioica. calcedonica. viscaria. Cucubalus Behen. Silène nutans. i— Lycbnis -viscaria. Lychnis Flos Cuculi. dioica. — Malva mauritiaua fl. alb. Hibiscus Trionum. Lavatera trimestres. — Malva mauritiana fl. rubr Hibiscus Trionum. — Nicandra physalodes. Capsicum annuum. Physalis angulata. — Nicotiana buràilis. Nicotiana lanceolata Langsdorfii. Nicotiana marylandica. quadrivalvis. Hyoscyamus pallidus. — Nicotiana lanceolata. Nicotiana humilis. Langsdorfii. — — macropliylla. — — paniculata. petiolata. — — quadrivalvis. 8. 4.4. a. 3. 1. 1. 1. 3. 3. 3. 2. 4- 4- », .4. 1. 2. I. 10. 6. 1. 2. 1. S. 1. 1. 1. 5. 4. )0. 7. 9- ?; 6. 4- 5. 1. 4- 3. a. 6. 5. 5. 6. 5. 1. 1. 6. 1. 2. 2. 1. 1. 5. 1. 3. 1. 3. a. 3! 3! rustica. a. Datura laevis. 3. Metel. 1. 1. -Nicotiana Langsdorfii. Nicotiana humilis. 3. 1. lanceolata. 5. macrophylla. 7. marylandica. iq. 5. paniculata. 14. 5. — — pumila. 5. 2. quadrivalvis. 9. I. — — rustica. \. %. Tabacum. 5. 1. Hyoscyamus agrestis. 5. -Nicotiana macrophylla. Nicotiana Langsdorfii. 4- 3. paniculata. 4. l\. quadrivalvis. 4- 2 - — — rustica. 4> a - Langsdorfii. •> quadrivalvis.! quadrivalvis. ■> paniculata. J -Nicotiana marylandica. Nicotiana Langsdorfii. 11. 3. macrophylla. 1. 1. paniculata. 3. 3. quadrivalvis. 7. 5. rustica. \. 1. pumila. yj quadrivalvis. J Datura laevis. t\. 3. — Metel. 3. 3. -Nicotiana paniculata. Nicotiana Langsdorfii. 8. 3. ■ macrophylla. 4- 4* — — marylandica. 5. 2. petiolata. 7. 5. pumila. 2. quadrivalvis. 13. rustica. 8. Tabacum. a. -Nicotiana petiolata. Nicotiana humilis. 2. Langsdorfii. 4- paniculata. 3. — ■ — pumila. 2. quadrivalvis. t\. rustica. 2. -Nicotiana pumila. JNicotiana Langsdorfii. 2. paniculata. 2. quadrivalvis. 2. ( fâl ) Datura laevis. Hyoscyamus agrestis. -Nicotiana quadrivalvis. Nicotiana humilis. — — Laugsdorfii. macrophylla. marylandica. pamculata. petiolata. ■ rustica. Hyoscyamus pallidus. -Nicotiana rustica. Nicotiana Langsdorfii. i marylandica. pamculata. — petiolata. — — quadrivalvis. Datura laevis. Metel. Hyoscyamus pallidus. -Nicotiana Tabacum. Nicotiana lanceolata. — — Langsdorfii. paniculata. quadrivalvis. » ' ■ '■■ rustica. ï.i 3. a. 3. 3. 3. a. a. i. 3. 6. 3. 2. 4.4. 1. 1. 7- 7- 4- 3. qnadrivalvîs 1 — — rustica. J — Papaver Rhoeas. Chelidonium majus. 3. 3. — Papaver somuiferum. Papaver Rhoeas il. simp. 6. 6. plen. 5. 5. Chelidonium majus. Glaucium luteum. — Physalis angulata. Physalis barbadensis. Nicandra physalodes. — Physalis barbadensis. Physalis angulata. — Silène nutans. Cucubalus Behen. Lychnis dioica. flos cucnli. viscaria. 2. $ Zea Mays sem. luteo. Zea Mays sem. rutilo. 2. — — cinereo. 2. Zea Mays sem. rutilo. Zea Mays sem. luteo. 2. — ■ — cinereo. 2. ZeaMaysnana. Zea Mays sem. rutilo. i.\. 4.4. 4- 6. 14. 5. 3. 3. . Les fécondations hybrides offrent à la vérité des diffi- cultés 5 cependant leur exécution est plus facile , surtout chez une grande partie des végétaux qui viennent d'être nommés , que ne semblent le croire beaucoup de natura- listes. Avec quelque constance , de l'exactitude et un lo- cal favorable , on ne tarde pas à acquérir une certaine habileté qui assure un bon succès dans la plupart des cas. Cependant nous croyons devoir conclure des expé- riences que nous avons faites jusqu'ici, que des fécon- dations hybrides ne doivent s'opérer que très-rarement dans la nature libre; car l'influence du pollen propre est tellement prépondérante sur celle même d'une grande masse de pollen étranger, d'une espèce quelque voisine qu'elle soit, qu'une quantité microscopique du pollen propre anéantit complètement l'action du pollen étran- ( I22 ) ger. Celte loi ne souffre peut-être d'exception que dans les variétés, surtout des végétaux cultivés, où elle est alors modiGée par des lois plus élevées de la végéta- tion. Une remarque généralement applicable et qui pourra être utile aux naturalistes qui se proposeraient d'entre- prendre des expériences de cette nature , ou d'autres analogues , c'est celle de la fécondation dans les fleurs , et de tous les phénomènes qui s'y rattachent; par exemple, la maturation des anthères et du pollen , la puberté du stigmate, le développement et l'épanouissement de la fleur sont singulièrement favorisés et accélérés par la chaleur du soleil , ce qui fait aussi que la plupart des fleurs sont fécondées long-temps avant l'épanouissement de la corolle (i) 5 sur le cucubalus behen , par exemple , lorsqu'il fait un temps chaud , ceci a quelquefois lieu deux et même trois jours avant l'ouverture de la corolle. Sous l'influence de la chaleur du soleil et d'un temps sec les anthères mûres sont tellement sensibles , qu'elles se crèvent et expulsent le pollen au plus léger attouche- ment. La pluie et un temps humide retardent au contraire beaucoup tous ces phénomènes: aussi nous nous sommes fréquemment servi d'un léger arrosement répété sur les fleurs pour retarder la maturité du pollen , dans les mo- mens où nous manquions précisément de stigmates pro- (1) M. Gaertner nous paraît trop généraliser ce fait. Dans un grand nombre de plantes, au contraire, la fécondation n'a lieu qu'après l'é- panouissement et même après la défloraison de la corolle : l'opinion de l'auteur a probablement été fondée particulièrement sur l'observation des Solanées et des Caryopnyllées, dans lesquelles, en effet, la fécon- dation s'opère avant l'épanouissement de la corolle ; mais c'est une ex- ception à ce qui a. lieu dans la plupart des autres familles. R. ( M3<) près à la conception , pour faire une expérience posi- tive. Le pollen propre appliqué à l'aide du pinceau s'at- tache très-facilement et fermement au stigmate suscep- tible de conceptiou , au point qu'il devient difficile de l'enlever de nouveau sans lésion de ce dernier. Il en est autrement du pollen étranger : il arrive fréquemment que le stigmate ne s'en charge que difficilement et avec lenteur, même quand il serait recouvert d'une humeur visqueuse. L'affinité plus ou moins grande des espèces réunies donne en cela une différence fort marquée 5 le pollen d'espèces très-voisines s'attache plus facilement ; celui de genres différens ne tient guère qu'avec beaucoup de peine (1). Mais la réception du pollen étranger dépend aussi eu partie de la maturité du pollen lui-même, et eu parliede celle du stigmate. Le pollen est à l'état de maturité lors- qu'il sort de l'anthère qui s'est ouverte naturellement; la puberté du stigmate se reconnaît à la plénitude, la fraîcheur et l'humidité de celui-ci. Dans la grande majorité des cas , cet état des deux organes de la fécondation paraît (1) Il est singulier que M. Gaertner ayant remarqué l'adhérence qui existe entre le pollen et le stigmate lors de la fécondation , n'ait pa3 cherché à déterminer quelle en était la cause ; il paraît l'attribuer uni- quement au liquide visqueux qui recouvre le stigmate , et il est difficile , dans ce cas, de concevoir pourquoi le pollen étranger adhère moins fa- cilement que le pollen propre ; s'il avait disséqué le stigmate dans ce mo- ment , il aurait vu que chaque grain de pollen est fixé sur le stigmate par un tube membraneux qui , sortant de son intérieur, pénètre dans le tissu du stigmate et y porte la substance fécondante. Nous avous fait sur ce sujet une série nombreuse d'observations, dont nous avous présenté les résultats à l'Académie des 8ciences, et que nous publierons incesssam- niciit. • R. (i 2 4) avoirlieu simultanément, et la maturité du pollen, regain dée presque généralement comme précédant la puberté du stigmate , ne semble être qu'apparente, ou bien la diffé- rence paraît n'être que très-légère. Des observations ré- pétées nous ont appris que la fécondation des fleurs dioï- ques, dans lesquelles le style et le stigmate deviennent fré- quemment plus apparens après la dispersion du pollen , s'était déjà opérée depuis long- temps. Cet accroissement des parties femelles nous semble précisément être , dans beaucoup de cas , une preuve que l'acte de la féconda- tion a eu lieu , et que l'ovaire commence à se dévelop- per. Lorsque le$ parties de la fécondation sont réunies les unes et les autres dans une seule et même fleur , la maturité du pollen et la puberté du stigmate coïncident dans une seule et même époque. Mais , de même que la maturité du pollen se laisse un peu retarder, par exemple, par l'humidité, de même aussi la faculté de concevoir peut être rendue plus durable dans le stigmate par des moyens artificiels. La première série de nos expériences donnera en son temps des notions plus précises à ce sujet. La faculté fécondante du pollen et la différence dans la durée de cette faculté ne peuvent pas être traitées ici ; nous faisons seulement la remarque qu'elle dif- fère beaucoup chez différens végétaux ; elle paraît ne durer qu'un petit nombre d'heures chez quelques-uns , et plusieurs jours et même plusieurs semaines chez d'autres. La puberté et Y aptitude à la conception se manifes- tent dans le stigmate , comme il a déjà été remarqué , par l'aspect plein, frais et humide de ce dernier. Chez un grand nombre de végétaux , un suc visqueux , limpide ( I25 ) (acidulé?), s'exsude à la surface du stigmate; c'est avec ce suc que se combine le contenu liquide du pollen. Cette exsudation humide cesse lorsque la fécoudation s'est exé- cutée complètement ; mais , dans quelques espèces de plantes ( surtout chez les Nicotiana rustica , JY. langs- dorjii, N. paniculata, etc. ), dans les cas de féconda- tion incomplète ou arrêtée , et dans quelques féconda- tions hybrides , elle persiste encore pendant plusieurs jours, et en si grande abondance, surtout sous une in- fluence vive de la chaleur du soleil , qu'on peut quelque- fois enlever goutte h goutte cette humidité du stigmate. Ce phénomène se rencontre principalement sur des stig- mates glanduleux ; sur ceux dont la surface est veloutée, comme, par exemple , dans les D attira , les Phy salis , les Nicandra ,• dans les Graminées , les Malvacées , les Papavéracées , etc. , cette sécrétion est au contraire moins apparente , et consiste plutôt en une simple va- peur fort ténue qui occasionne la contraction de la mem- brane élastique du pollen , afin que le contenu liquide de -celui-ci (mêlé à la vapeur du stigmate) puisse être reçu par les vaisseaux absorbans. Lorsqu'une fécondation hybride réussît, le pollen, appliqué sur le stigmate , disparaît plus ou moins promp- tement, suivant l'affinité plus grande ou plus éloignée des espèces , et suivant la quantité plus ou moins grande du pollen qui se trouve sur le stigmate. Cependant nous n'avons jamais pu observer en moins d'une heure et de- mie aucune diminution dans la masse du pollen , sur les plantes ci-dessus désignées. L'action de la chaleur du soleil favorise aussi ce phénomène d'une manière frappante 5 mais jusqu'ici nous n'avons pas encore pu ( I2Ô ) réussir à décider positivement si les grains de pollen se vident avec rapidité, comme le prétend Hedvvïg, ou bien si cela ne se fait qu'avec lenteur, comme Kofclrétiter l'a assuré. Dans un très-grand nombre dé cas* surtout lorsque le stigmate n'exsude point de liquide sous forme de gouttes, etc. (c'est ce qui a lieu chez la plupart des végétaux) , la sortie du contenu liquide du pollen né se fait que lentement. Après un temps plus ou moins long* on ne découvre plus , à l'aide du microscope, surlestig* mate, que de petites poches vides, de couleur terne ; dans beaucoup de Cas nous avons aussi vu , après un intervalle de trois-quarts d'heure jusqu'à une heure et demie., le . pollen devenir terne, et se décolorer enfin tout-à-fait après un temps plus long-, c'est ainsi, par exemple, que le pollen bleu du Nicoliana Langsdorjîi devenait d'a- bord rougeàtre et enfin tout-à-fait pâle. Lorsque la quantité de pollen appliquée suffisait poittf opérer la fécondation , le pollen appliqué plus tard res- tait sur le stigmate sans changer ni de forme, ni de cou- leur 5 mais nous étions souvent obligé, dans la féconda- lion hybride , d'appliquer du pollen à plusieurs reprisés 5 aussi nous a-t-il paru qu'elle exigeait une quantité de pollen plus grande en proportion que la fécondation na- turelle , et que des espèces éloignées en demandaient une quantité plus considérable que dei espèces plus voisines. Nous avons cru remarquer en outre que le pollen j* appliqué plus abondamment et à plusieurs reprises , a donné lieu à une fécondation plus complète , c'est-à-dire, que non-seulement les fruits , mais aussi les semences en sont devenus plus parfaits, et ces dernières plus nom- breuses. ( I2 7 ) Malgré cela , l'application la plus abondante et faite au temps le plus favorable produisait à la vérité des fruits parfaits , mais jamais le nombre normal de se- mences mûres ; il n'y avait que les espèces extrêmement voisines entr'elles , comme par exemple celles des Da- lura , qui faisaient ici une exception. Dès que le stigmate ne reçoit plus le principe fécon- dant du pollen , et que , par conséquent , la fécondation peut être regardée comme accomplie , son aspect de fraî- cheur se perd, il se rapetisse, se fane, se ternit, se ride , devient sale , tacheté , sec , et prend enfin une cou- leur brune-noirâtre ; cette mortification graduelle du stigmate se propage ensuite, quoique beaucoup plus tard, au style. Dans la fécondation hybride, la vie du stigmate se conserve ordinairement plus long-temps } souvent celui-ci redevient humide après avoir absorbé le principe fécondant du pollen , et ce phénomène est le signe de sa non-saturation par la matière fécondante , et d'une aptitude renouvelée à recevoir de nouveau cette matière; ce qui est clairement prouvé par la disparition du pollen appliqué de nouveau , jusqu'à ce qu'enfin ce dernier reste sans changement sur le stigmate, et que celui-ci perde sa couleur fraîche, sa forme , sa vie et sou activité. Dans quelques espèces cette période s'est prolongée jusqu'à durer trois jours, et cela surtout dans les cas où la fécondation avait lieu entre des plantes de genres difr férens , et où en même temps le ciel était couvert de nuages. Dans la fécondation naturelle, les phénomènes dont il s'agit suivent une marche bien plus rapide. Les chan- ( ta8) gemens du stigmate ont lieu en quatre-vingt-cinq à cent minutes, sous les circonstances les plus favorables, le plus souvent en quelques heures , dans vingt-quatre heures au plus ; il s'ensuit de là que la fécondation hy- bride s'opère avec plus de lenteur, et que le pollen étranger, non-seulement n accélère pas la fécondation, mais quil la ralentit plutôt ,• celle-ci arrête manifeste- ment l'activité vitale des végétaux. Quoique l'affinité des espèces entre elles détermine de préférence la disposition du stigmate à recevoir un prin- cipe fécondant étranger , nous avons cependant fait, à cet égard, des observations qu'il serait peut-être difficile d'ex- pliquer par le principe de l'affinité. Ainsi , par exemple, le Nicotiana pumila, le Datura lœvis et le Lychnis Jlos cuculi se chargent facilement de pollen étranger , même de genres diflérens , tandis qu'au contraire le Nicotiana langsdorjii, le Nicotiana paniculata, le Lychnis viscaria et le Datura Metel ne sont point , ou du moins sont difficilement fécondés par le pollen étran- ger, surtout lorsqu'il provient de plantes d'un genre différent. Peut-être trouverait-on une raison de ce phénomène dans la difficulté que le contenu liquide du pollen éprouve à se combiner avec le fluide qui humecte le stigmate. Mais nous doutons que ce soit là toujours la cause uni- que; des circonstances accidentelles peuvent aussi avoir exercé une influence sur le succès ou l'insuccès de la fécondation. Des observations ultérieures pourront en- core donner plus de lumière sur cet intéressant phéno- mène. La corolle et les parties qui la remplacent sont une ( *% ) au Ire partie essentielle de la fleur, et, par conséquent , sans doute aussi un organe nécessaire à la fécondation complète. L'observation rapportée plus haut, que la fé- condation s'opère fréquemment, et dans beaucoup de fleurs , toujours avant le développement complet de la corolle, paraît prouver que celle dernière n'exerce pa£ une influence immédiate sur ce phénomène, surtout lorsqu'on se rappelle en outre que, non-seulement la formation et le développement des étamines et des an- thères précèdent la formation et le développement de la corolle , mais cpie l'épanouissement subséquent de celle- ci et l'apparition parfaite de ses brillantes couleurs n'ont lieu que quand l'acte de la fécondation est décidé- ment accompli, et ne coïncident peut-être entièrement avec lui que dans un petit nombre de cas. Dans nos ex- périences , nous avons fait l'observation que la lésion de la corolle, divisée, par exemple, dans sa longueur pour opérer la castration des lïeurs, ne nuisait pas à la fécon- dation ; une lésion même plus forte ou une destruction partielle n'a paru avoir aucune influence nuisible dans plusieurs cas. Ces circonstances pourraient rendre dou- teuse jusqu'à un certain point la connexion nécessaire de la corolle et des organes analogues avec l'acte de la fécondation. On ne saurait prendre ici en considéra- tion quelques dispositions organiques accidentelles , telles que la fonction de presser des anthères contre le stigmate, celle de protéger les parties essentielles de la fécondation contre les influences extérieures nui- sibles. Il ne nous reste donc autre chose que d'observer les clmngcmens que la corolle éprouve après la fécondation, x. 9 ( i3o ) pour mieux apprendre à connaître sa nature et la con- nexion dans laquelle elle se trouve avec cet acte. Dans la marche naturelle de la fécondation , la corolle conserve encore, pendant quelque temps, sou aspect de fraîcheur et de vie lorsque les anthères ont déjà perdu leur pollen ; elle tombe alors ordinairement sans se dété- riorer et semble ainsi , en se détachant de son point d'in- sertion , être éliminée par l'ovaire qui vient d'être vi- vifié. C'est un fait connu depuis long-temps que ceUe sépa- ration a lieu d'autant plus nettement et plus prompte- ment que la fécondation a été plus parfaite 5 ce qui a sur- tout lieu dans un temps chaud et sous l'influence d'abon- dans rayons solaires. Il en est autrement dans la fécon- dation I/j bride. Il est assez raie, dans les cas de fécondation hybride, et même de toute autre fécondation incomplète , que la corolle tombe dans son état d'intégrité 5 elle passe ordi- nairement à un certain état maladif; elle commence par perdre son aspect de vivacité , elle pâlit et devient mate , tachetée par endroits 5 elle se fane en partie , se dessèche et finit par être rejetée. C'est ce qui a lieu en 4-5 jours chez les Lychnis fies cuculi, L. viscaria et L. dioica; en 3-4 chez les Daturaj en 5-^ chez la plupart des es- pèces de Nicotiana. Mais la corolle a aussi, dans ces cas , une durée plus longue , comme Kcelreuter et Mauz l'ont déjà observé j car, dans les Lychnis, les pétales tom- bent souvent déjà le second jour après la fécondation na- turelle; dans les Datura la corolle tombe également le second jour, et dans les Nicotiana , du troisième au qua- trième. ' ( i3. ) Nous avons empêché entièrement la féconda lion sui- des individus do Nicoliana rustica et do N . Langsdor- Jii, et par là nous avons prolongé la vie de In corolle et l'aspect frais du stigmate chez la première , jusqu'à dix, et, chez la seconde 'même jusqu'à quatorze jours, après lesquels seulement toute la corolle tomba décolo- rée et gâtée. Souvent cependant , lorsque la fécondation a totalement mauqué, toute la fleur tombe du 5 e au 6 e jour chez les Nicoliana , du 8 e au io c chez les 1 Datura, phénomène dont la cause nous est encore cachée. Les faits rapportés sembleraient faire croire que la corolle est plutôt destinée à la vie et à l'activité du stig- mate et du style-qu'au développement et à la nutrition des étamineâ, si la connexion organique éloignée du pistil et de la corolle en général, et d'un autre côté l'or- ganisation identique de la. corolle et des é la mines chez In plupart des végétaux, ainsi que leur union inlitne et leur adhérence mutuelle dans un grand nombre d'entre eux, ne s'opposaient à cette hypothèse. Des expériences et des observations répétées sur 'différentes espèces de (leurs fourniront sans doute encore plus de lumières sur ce sujet. La sécrétion du suc miellé se fait dans la plupart des fleurs pendant les progrès du développement de la co- rolle et avant l'épanouissement de celle-ci , et dure en- core quelque temps après cpie la fécondation a eu lieu (pendant deux ou trois jours dans \es Nicoliana et dans les Datura). Nous avons vérifié l'observation faite par Kcclreuter, que les insectes qui vont chercher du miel ne fréquen- tent que rarement les Heurs fécondées arlilieiellenioui -, ( 1-32 ) nous croyons trouver la cause de ce phénomène dans la privation de ces Heurs de leurs anthères et de leur pol- len qui attiraient principalement les insectes. Le dépérissement et la chute de la corolle sont les pre- miers signes de la fécondation accomplie 5 mais, à l'excep- tion de ce phénomène, nous ne remarquons à cette épo- que aucun autre changement dans les parties qui sur- vivent à la fleur; il n'y a que l'aspect frais du calice et de l'ovaire qui prouve que leur végétation continue. Le pédoncule du nouveau fruit et le calice sont les parties sur lesquelles on croit d'abord remarquer quclqu'accrois- sement , tandis que l'ovaire lui-même ne montre aucun signe visible d'un changement/jui s'y serait passé. L'al- longement et l'épaississement du pédoncule , mais sur- tout le développement de l'articulation pédonculaire , paraissent, être les premiers signes manifestes de l'ac- croissement commençant du fruit naissant. Ce n'est qu'après un intervalle de plusieurs jours , suivant la différence de la période nécessaire au déve- loppement parfait et à la maturation d'un fruit, qu'on remarque une augmentation à peine sensible dans les dimensions de l'ovaire , en même temps que le calice continue à s'accroître. ; Cet état stalionnaire apparent dans la croissance et dans le développement du jeune fruit pendant les, pre- miers jours qui suivent la fécondation est plus frappant encore dans la fécondation hybride que dans la fécon- dation naturelle. Dans quelques fruits dont la matura- tion exige un temps assez long , cet état est si marqué , que nous craignions la chute du fruit depuis long-temps dépouillé de sa corolle , lorsque le lendemain, après avoir ( i33) en quelque sorte terminé une lutte extérieure et vaincu un obstacle évident, il commençait à montrer décidé- ment de l'accroissement. Lorsque les semences sont vi- vifiées , l'activité intérieure paraît se répandre sur l'en- semble, et pour exciter celte activité vitale, une cer- taine période déterminée est évidemment nécessaire. A dater de celte époque , le jeune fruit continue à aug- menter son volume en proportion de ses différentes di- mensions-, les parties accessoires du péricarpe, telles, par exemple, que le calice, se perfectionnent et s'ac- croissent dans la même proportion jusqu'à ce que le fruit ait atteint son développement et son volume parfaits. Le fruit reste alors de nouveau stationnaire pendant quel- que temps, et toute l'activité végétalive se dirige évi- demment vers l'intérieur, vers le perfectionnement et la maturation des semences, et surtout de l'embryon. Dès que ceci a lieu, que les semences prennent de plus en plus leur couleur et leur degré de solidité , et l'embryon sa consistance , les fruits commencent aussi à diminuer de volume , les enveloppes se dessèchent et facilitent aux semences leur sortie pour les mettre en état de com- mencer une nouvelle vie. L'accroissement et le développement des fruits prove- nant d'une fécoudation hybride , une fois commencés , on n'observe plus, relativement au temps et au mode de l'accroissement , de différence entre ces fruits et ceux qui proviennent d'une fécondation naturelle. La période de maturation des fruits hybrides est donc de quelques jours plus longue et plus tardive , les circonstances exté- rieures d'ailleurs égales , que celle des fruits naturels. Ces jours correspondent h la durée plus longue de l'acte ( i34) 1 de la fécondation et au retard occasions par le trouble introduit dans la végétation. Mais il existe plusieurs degrés dans la fécondation hy- bride, et 1 on observe, tant dans les fruits que dans les semences , de grandes différences dans le développement de leurs diverses parties , en raison sans doute de l'in- fluence et de la distribution plus ou moins parfaite, par- tielle ou générale, du principe fécondant du pollen sur les ovules. Kœlreuter a également observé ce phénomène auquel il donne le nom de fausse fécondation {AJlerbe- fruchlung). ( Voyez ses notices préliminaires , page 43, et la continuation de ces notices page 68. ) Dans le de- gré le moins parfait de la fécondation , la force végétative se borne à l'accroissement du calice jusqu'à ses dimen- sions normales , tandis que l'ovaire ne se développe pas Un degré de fécondation un peu plus parfait a pour effe un développement plus ou moins marqué du péricarpe ; mais les semence n'y participent pas , ou du moins en petit nombre et fort imparfaitement. De cette manière la graduation s'élève jusqu'au développement, eu appa- rence complet , de toutes les parties; les semences mêmes ont en partie atteint leur grandeur naturelle, mais elles sont sans embryon. Le nombre plus ou moins grand de semences dans un fruit peut être regardé en général comme le résultat prin- cipal d'une fécondation plus ou moins complète. Cepen- dant la fécondation naturelle, la plus complète même, paraît être insuffisante dans les fruits polyspermes, comme par exemple dans les Nicotianes , les pavots, pour fécon- der tous les ovules contenus dans l'ovaire. Dans un grand nombre de genres et d'espèces de végétaux, il y a même s ; ( i35 ) desavortemens naturels et conslansparmiles semences. La fécondation hybride se montre encore ici, ainsi que dans les circonstances déjà mentionnées, comme un acte in- complet ; car, à l'exception des espèces du genre D attira (que Kcelreuter ne voulait, pour celte raison, regarder que comme des variétés), nous n'avons jamais obtenu , sur les végétaux que nous avons soumis à la fécondation hybride, le nombre de semences qu'une fécondation na- turelle produit ordinairement, quand même elle serait moins complète. Mais l'expérience nous a montré que des fécondations , souvent répétées, et par conséquent aussi une plus grande quantité de pollen appliquée sur le stigmate, donnent aussi lieu au développement d'un plus grand nombre de semences. Cette loi est cependant subordonnée à celle de l'affinité des espèces, comme on vient de le remarquer à l'occasion du genre D attira. Quelques exemples pourront éclaircir ceci : des fruits parfaits obtenus après la fécondation naturelle sur les Datura lœviî et D. metel contenaient , sans aucune trace des semences non développées, cinq cent quatre- vingt jusqu'à six cent cinquante semences parfaites. Un fruit hybride du Datura motel 2 avec le D. lœvis a" contenait , après une seule fécondation, six cent quarante semences non moins parfaites; un autre fruit du Datura lœvis 5 avec le D. metcl a" n'en avait que deux cen ! . quatre-vingt-quatre; un fruit du Datura lœvis 2 avec \e_Nicotiana rustica o", après une fécondation deux fois répétée avec le pollen, de huit ileurs ou de quarante anthères chaque fois , ne contenait que cent huit se- mences , parfaites en apparence, et pourvues d'un em- bryon complètement développé. Un fruit très-parfait du ( '36 ) Nicotiana macrophylla contenait deux mille quatre cents seize semences parfaites , avec un grand nombre d'autres qui étaient pulvérulentes 5 un fruit du Nicotiana macrophylla 5 fécondé une seule fois avec le Nicotiana quadrivalvis à" renfermait six cent cinquante-huit se- mences mûres en apparence ; un fruit du Papaver som- niferum contenait deux mille eent trente semences; un fruit hybride de cette espèce , produit avec le Glaucium luteum a", ne contenait que six semences, quoique la fécondation eût été répétée trois fois. Un autre signe auquel on reconnait que la fécondation hybride a réussi , c'est la maturité et la perfection des semences. Il y aiciégalement des différences notables. On sait que , pour être parfaite, une semence ne doit pas seulement avoir un certain volume et un bon aspect extérieur, mais qu'il faut en outre pour cela la présence, l'intégrité et la vie de toutes ses différentes parties, qui forment un ensemble inséparable par lequel la produc- tion d'une nouvelle plante est rendue possible dans des circonstances favorables. Fréquemment cependant la fécondation hybride a pour effet la formation de semences qui ressemblent à la vérité à des semences parfaites , quant à leur apparence extérieure , mais dans lesquelles on ne trouve , en les examinant de plus près , que les enveloppes extérieures 5 quelquefois même elles possèdent un embryon, mais qui n'est pas susceptible de se développer par la germination. Ainsi que les fruits , les semences parviennent aussi , après la fécondation hybride, suivant différentes circon- stances , à différens degrés de développement, cl nous ( i3 7 ) I croyons y avoir observé la même loi que pour les fruits, c'est-à-dire que les parties externes sont formées avant les internes. Dans les semences des D attira , par exem- ple , on ne peut distinguer l'embryon (quoiqu'ù peine sous forme d'une masse demi-liquide) , que lorsque les semences ont presque déjà atteint leur grosseur normale, vers le trente-sixième ou quarantième jour environ après la fécondation. Il a déjà été remarqué qu'un fruit, parfait en appa- rence , ne peut pas faire conclure avec certitude la per- fection des semences , quoique les deux clioses se trou- vent souvent réunies ; car nous avons trouvé assez fré- quemment qu'un fruit petit et de peu d'apparence con- tenait cependant des semences parfaites et propres à la germination. Une des causes principales de ces différen- ces paraît résider dans l'inégale distribution du prin- cipe fécondant sur les ovules 5 peut-être la quantité du pollen , la différence dans le degré de maturité des par- ties de la fécondation employées de l'un et de l'autre côté n'y sont- elles pas d'une moindre influence, etc. Des re- eberebes futures devront d'ailleurs donner des éclaircis- semens plus précis sur cet objet. Une remarque que Kcelreuter fait , en passant , dans sa notice préliminaire, p. 3c), où il dit : « Quoique je n'eusse guère pu découvrir de eboses particulières ou étranges sur les semences obtenues par la fécondation bybride, j'avais cependant trouvé une différence notable entre les semences normales et celles qui ont été obtenues artificiellement, » et l'assertion claire et positivement exprimée de M. le docteur Mauz ( feuille de corres- pondance de la Société d'Economie rurale du Wurtem- ( ,38 ) ' berg , t. 6 , p. i45), qui dit avoir obtenu un grand nombre de fruits dijférens par la forme et les couleurs , sur un jeune poirier dont un grand nombre de fleurs avaient subi l'opération de la castration , dans la vue de les faire féconder par le pollen de plusieurs poiriers voisins qui étaient également en fleur , sont en contra- diction directe avec nos expériences relatives au mode d'action du pollen étranger sur les fruits et les semences dans les cas de fécondation bybride. Engagé par d'autres pbénomènes que nous avons observés sur le Zea mays , nous avons entrepris une série d'expériences pour ré- pondre à la question : si le pollen étranger exerce ou n exerce pas une influence immédiate sur la manière d'être extérieure des fruits et des semences qui sont le résultat de ces fécondations ? Il en a déjà été question plus haut. Ces expériences n'ont point donné jusqu'ici de résultats décisifs; au contraire, nos expériences sur la fécondation hybride nous ont déjà donné quelques éclair- cissemens sur le mode et sur les limites de l'action que le pollen étranger exerce sur la formation des fruits et des semences futures. En mettant l'attention la plus scrupuleuse dans l'exa- men des fruits et des semences obtenus par nos féconda- tions hybrides , nous n'avons trouvé aucun changement ni dans la figure, Jii dans la couleur, ni dans aucune autre propriété extérieure des fruits et des semences de la plante-mère. Les fruits ^?insi que les semences , sont bien différens entre eux , relativement à leur volume et à leur forme , dans les Datura et dans les Nicotiana , dans les Jusquiames et les Nicotiana, dans les Pavots cl les Chelidoincs , et même dans le Nicotiana quadrival- ( i3 9 ) vis , le JYicoliana langsdorfii et le N. paniculata , dans le Silène nutans , le Cucubalus behen et le Ly- chnis flos cuculi , et cependant on ne pouvait découvrir la moindre différence ni dans la forme ni dans le vo- lume , ni dans la couleur des fruits et des semences ob- tenus par fécondation hybride sur les espèces désignées, et comparés avec les fruits et les semences de la plante- mère. L'examen anatomique, même le plus soigné et le plus attentif, des semences du Datura lœvis $ avec le Ni- cotiana rustica c/neput faire découvrir entre l'embryon parfaitement développé provenant de cette fécondation , et celui du Datura lœvis engendré par la fécondation normale , la moindre différence dans les rapports exté- rieurs. L'influence du pollen étranger ne change donc rien dans les formes extérieures propres à la plante- mère, ni dans les qualités extérieures des fruits, des semences et même de ï embryon ; cette influence ne fait que donner à ce dernier la faculté de produire , par la germination et par le développement ultérieur de la nouvelle plante , une combinaison intime de la forme des parties des deux espèces qui ont concouru à sa production. L'esprit observateur si exercé et si pénétrant de Koelreuter rend tout-à-fait invraisemblable la supposi- tion que la différence des fruits et des semences à la suite de fécondations hybrides , par exemple, entre le Nicor- tiana rustica et N. paniculata , eût pu lui échapper dans des expériences et des observations continuées pen- dant des années , et très-exates , si un changement dans la forme des semences de la plante-mère avait réelle- ment eu lieu. Cependant , à l'exception du passage cité , Kcclreuter n'a fait mention dans aucun autre endroit, de ses observations publiées sur cette matière , d'une pareille transformation , attendu que , dans la continua- tion de la Notice préliminaire , p. 10 et p. a3 , et dans d'autres endroits, il parle expressément de semences qu'il a obtenues des espèces de Nicotiana déjà dési- gnées 5 mais , sans rien dire d'une différence relative à leur forme. Nous pensons donc que les. expressions rap- portées n'ont été qu'une suite de la première surprise que lui avait causée le succès de son expérience. Quant à l'expérience de M. le docteur Mauz , nous n'oserions décider si le résultat mentionné a été une suite de l'influence du pollen étranger, ou bien de cir- constances qui n'ont eu aucune connexion avec la fé- condation. Nous sommes encore bien plus loin de mettre en doute le fait lui-même, puisque dans les ouvrages pomologiques nous trouvons plusieurs faits qui constatent qu'une seule et même brandie peut por- ter des fruits différens en grosseur et en couleur , sans qu'ont ait enté préalablement sur elle différentes greffes. Nous rangeons plutôt ce phénomène dans une même série avec d'autres qui lui sont analogues, mais qui n'ont pas le moindre rapport avec la fécondation ; savoir, avec ceux où les différentes branches d'un même pied portent des fleurs et des fruits de différente couleur. C'est ainsi que nous avons vu se développer sur un pied de Pelargonium zonale à feuilles vertes , une branche qui s'est conservée pendant plusieurs années avec des feuilles à bordure blanche et avec des fleurs d'un rouge plus saturé ; de plus , nous avons vu pousser sur des giroflées et sur des oeillets des branches por- ( i4i ) tant des ilcurs très -différentes pour la couleur de celles que portait le reste du pied, et c'était sur des in- dividus à fleurs simples que nous avons observé ce phé- nomène dans les deux espèces. Nous n'osons affirmer si la culture exerce une influence sur ce phénomène remarquable, ni préciser quelle est cette influence; toutefois ce n'est pas du moins à elle seule qu'on peut en attribuer la cause ; c'est ce que nous apprend un fait que nous avons observé sur une plante sauvage , la millefeuille, qui avait poussé de la même racine des tiges à fleurs blanches et d'autres avec des fleurs fortement rosées. La notice succincte de M. le docteur Mauz , dont il a été question , nous laisse, eu outre, dans l'incerti- tude, si les fleurs du poirier qui avaient subi la castration avaient été marquées ou non; et pourtant cette précau- tion est indispensable dans des expériences de cette na- ture pour prévenir toute espèce d'équivoque. Il résulte donc, des expériences que; nous avons faites jusqu'ici , que le pollen étranger, dans la fécondation hybride, ne peut accélérer ni le temps de la maturation en général , ni changer la forme et. la .couleur des fruits et des semences {le la plante-mère 5 etùl en résulte éga-^ lement que le pollen d'une espèce à période de matura- tion plus longue, ou plus courte ne, fait point passer l'une ou l'autre- de ces qualités à la plante-mère, en d'autres termes „ que cette dernière conserve la période de maturation ordinaire pour ses fruils , quelle que soit d'ailleurs l'espèce dont le pollen a été pris pour être ap- pliqué sur le stigmate de la première. Ainsi , par exemple, les fruits du Nicotianapaniculata de la liste donnée plus haut , mûrissaient trente -deux à trente- ( #» ) quatre jours après" la fécondation accomplie ; ceux du :\icntiana Lat/gsdorfii , en trente-six a quarante jours ; ceux du .V. quadrivalvis , en quarante-cinq à quarante- linit 5 ceux du JV. humilis , eli quarante-sept à cinquante ; ceux du N. nïstica, en quarante-neuf à einquante-deUx ; ceux du N. macrèphjlla , en soixante à soixante-dix; ceux des Datura, en soixante-dix-huit à quatre-vingt- dix , etc. Après avoir cherché, dans ce qui précède , à déduire des phénomènes que nous avons décrits , l'action du pol- len sur le stigmate en général, son influence sur la fé- condation des semences et les limites de son action sur la conformation extérieure des semences et sur la pé- riode de leur maturation , nous allons encore ajouter quelques mots sur sa manière d'agû\ Il devient clair, par les faits rapportés plus haut, cpie , selon la nature et l'individualité du végétal qui doit être fécondé, il faut Une période plus ou moins longue pour le sé- jour du pollen sur le stigmate; qu'un temps plus long est nécessaire pour la fécondation hybfide que pour la fécondation normale : nous concluons de là que la fé- condation des semences par le pollen H' a pas lieu par une action instantanée , analogue , pdt' eXetnple , à la matière électrique , mais par ûfie notion continue. Il résulte, de plus, des faits rapportés plus haut, que le pollen doit expulser son contenu , se mettre en contact intime avec le stigmate, se combiner avec l'humeur sé- crétée à la surface de ce dernier et pénétrer dans l'in- térieur de l'ovaire par les vaisseaux du stigmate si Une fécondation réelle des semences doit avoir lieu* qu'une plus grande quantité de principe fécondant dri ( i43 ) pollen féconde un plus grand nombre d'ovules 5 que la fécondation hybride exige une plus grande quantilé de matières ; enfin que la distribution de la madère fécon- dante sur les ovules se fait inégalement: d'où il résulte que , même dans la fécondation normale , une partie seulement des ovules, et non pas tous , devient des semences parfaites. Nous concluons de ces propositions expérimentales : Que le principe matériel -, le contenu liquide du pollen , parvient aux ovules après s'être combiné avec la matière liquide sécrétée sur le stig- mate , pour j donner naissance à V embryon. Ol i l'expérience nous démontre aussi que l'embryon ne paraît que plus ou moins long - temps après la fécon- dation, selon la nature du végétal , l'absence ou la pré- sence de Y albumen, etc. , et qu il se forme d'un liquide; nous en concluons : que l 'embryon ne préexiste pas dans les ovules, mais quil est au contraire un produit de la fécondation. Nous nous réservons la comparaison des phénomènes qui viennent d'être exposés avec ceux de la fécondation animale, lorsque nous aurons eu occasion de com- muniquer au public le reste de nos expériences , .et le tout dans son ensemble. En vérifiant d'ailleurs de nou- veau ce que nous avons rapporté jusqu'ici, et en don- nant plus d'extension à ces expériences , nous espérons pénétrer encore plus avant dans la nature de ces phé- nomènes remarquables; jusqu'à cette époque , nous lais- sons à d'autres la liberté d'user à volonté de ces maté- riaux. / Nous ajoutons , pour notre justification , que nous n'avons fait usage des expressions , fécondation , con- ( *44 ) ceplion , pubcrlc , ovaire , wule , etc., empruntées à la physiologie animale , qu'à cause fie leur brièveté eft de la commodité de leur emploi, sans vouloir rien pré- juger par-là. Nous avons pensé que ces expressions , que tout le monde comprend , convenaient mieux pour désigner certaines choses et certains phénomènes con- nus , que des noms nouveaux , grecs-latins ou latins- grecs qu'il aurait fallu créer expiés , et qui n'auraient été familiers ni aux défenseurs ni aux adversaires de la sexualité des plantes , qui n'auraient enfin servi peut- être qu'à cacher une nouvelle hypothèse. Il nous serait cependant désagréable d'avoir excité de nouveau, soit par les mots et les dénominations en question, soit par la manière dont nous avons exécuté nos recherches, la susceptibilité, et nous pourrions presque dire l'hu- meur passionnée de quelques naturalistes ; nous décla- rons; eu même temps que nous admettrons volontiers les observations faites avec urbanité qu'on pourra nous adresser sur les imperfections de notre travail, et nous recevrons avec reconnaissance la démonstration de quel- que erreur 5 mais nous ne ferons aucune attention à des insinuations injurieuses, inconvenantes et indignes d'un savant , et nous suivrons encore ultérieurement, autant que. notre position isolée et nos forces nous le permets tront , le chemin de l'expérience et de l'observation fidèle de la nature vivante dans lequel nous sommes entrés. (Pîatwwissenschaftlichc Abhandlungen , Tubingen , 1826 tom. 1*', 1 e1 ' cahier. ) ( *45 ) Note sur le Sclerotium stercorarium. (Extrait d'une Lettre de M. Desmazière. ) Lille, le 20 décembre 1826. Je viens de lire avec plaisir et beaucoup d'intérêt , dans les annales des Sciences naturelles du mois d'oc- tobre dernier , la notice de M. Durieu de Maisonneuve , sur le Pilobolus crystallinus de Tode , que Scopoli , dans sa Flora carniolica , publiée en 1772 , tome 11 , p. 494» signala le premier, je pense, sous le nom de Mucor obliquas. Bien que M. Durieu de Maisonneuve nous laisse ignorer la conlexture de son pédicelle et de là membrane vésiculeuse qui en est une continuité; bien qu'il se taise sur ce que l'on peut voir sous la lentille dans le liquide qu'elle contient ; sui l'organisation in- time du corps charnu et noir (^sporange ) qui la sur- monte; sur la forme et la grandeur de ses sporules , dont Bolton et Nées ont donné des figures différentes et assez médiocres ; enfin , sur d'autres détails microscopiques , d'aillant plus essentiels à connaître qu'il n'est pas pos- sible aujourd'hui d'aborder avec assurance les familles des plantes cryptogames aphylles sans avoir le micros- cope sous les yeux ; la Notice dont il est ici question me paraît recommandable en ce qu'elle peut contribuer à fixer les opinions diverses que l'on a émises sur ce que devient , dans l'état adulte , le petit corps charnu , je veux dire sur la manière dont il se sépare du pédicelle renflé qui le soutient. Quoiqu'il en soit des omissions que je viens de Lire remarquer, et qui sont importantes dans uneMonogra- x. 10 ( itf ) phie (i), 'mon intention n'est pus de discuter ici pliisi au Ions; des caractères du Pilobolus crjstalli/ius , ni de chercher à déterminer sa place , encore très-incertaine, ^ dans l'ordre naturel ; je me propose de faire connaître plus tard les observations que je possède sur ce char- mant petit être; mon but aujourd'hui est de réclamer en faveur du Scleroiiurn stercorarium , sur l'existence duquel M. Durieu de Maisoiineuve conserve quelques doutes, en supposant qu'il pourrait bien n'être que le péridîum du Pilobolus , observé après la disparition de sùn réceptacle fugace . Malgré le nombre prodigieux des végétaux crypto- games dont on surcharge , souvent mal à propos, le ca- talogue des eues naturels , je suis trop désireux d'y voir maintenir les bonnes espèces, les espèces bien caracté~ risées , pour ne pas prendre la défense de cette humble fongosité , et ne pas prouver que de Candolle , dont le tact est si fin et si sûr en botanique, n'a point inconsi- dérément mentionné , décrit et figuré (2) , une espèce imaginaire , reconnue depuis la publication de la Flore (1) Les observations de M. Durieu ne sont pas une monogra- phie de ce genre curieux , niais une simple Notice sur plusieurs par- ticularités de son développement , qui ne nous parait pas avoir été décrit jusqu'à présent avec autant d'exactitude. Il est surtout un fait qui nous a paru tout-à-fait neuf et mériter de fixer l'attention des ob- servateurs ; c'est le mouvement des globules contenus dans la vésicule du Pilobolus : ce fait , à lui seul , donnait un grand intérêt à celte No- tice ; réuni à ceux observés par MM. Gaillon , Bory de Saint- Vincent , Trevirauus , et; tout récemment par M. Desmazière lui-même , il ouvre un nouveau champ d'observations aux physiologistes. Quant aux omis- sions signalées par M. Desmazière, ce sont des lacunes que nous dési- rons qu'il puisse combler. R. (2) Mcm. du Mus. , 181 5 , pi. i/} , fig. 4 » « et &• ( M? ) françaisep.1 du tome second dos Mémoires du Muséum^ par le profond mycologue suédois , dans son Syslcma m) œlogkum , et que j'ai fait paraître en nature , il y a deux ajus, environ , dans les Plantes cryptogames du nord <ïe la France ^1), Si je cite ici cet ouvrage , c'est pour donner n M. Durieu de Maisonneuve des preuves matérielles et palpables de l'existence de cette Sclérotia- cée i, dont il trouvera de complets et beaux individus au n°. 3o du premier fascicule de la collection. A la première inspection de ces individus , il verra combien est immense la distance qui sépare le Pilobolus de Tode du Sclerolium stercorarium dont on doit la dé- couverte à Léon Dufour. Après le savant licbénograpbe que je viens de nom- mer , j'ai observé un grand nombre de fois le Sclerolium stercorarium , en mai, juin et juillet, dans les bouses de vache, mais là seulement (2). Lorsque ces bouses ont été réunies en tas dans les prairies , on trouve notre fungus , dans son intérieur, à plusieurs pouces et même à plus d'un pied de profondeur. A ces indications exactes de station, j'ajouterai , en terminant ici ma petite récla- mation , que ses péridium ou tubercules sont globuleux, bosselés , ou un peu aplatis et de forme irrégulière , offrant toujours un enfoncement particulier (rès-remar- quablc, et quinze à vingt fois, au moins , plus gros que les sporanges du Pilobolus , c'est-à-dire , delà grosseur d'un poids ou d'une petite noisette 5 l'enveloppe , ou (1) Le quatrième volume de cet ouvrage a paru il y a près d'un mois. R. (2) Decandolle indique ce Sclerntitim sur la terre même, recouverte par les bouses. ( i48 ) l' épidémie des péridium , naît blanche, passe an roux, au brun, puis au noir mat. Elle est souvent un peu chagrinée ou rugueuse dans un âge avancé, mais cons- tamment indéhiscente et fortement adhérente à la chair qui est compacte , ferme , d'un blanc assez pur et de nature parenchymateuse et homogène. C'est dans les parties de cette chair les plus voisines de l'enveloppe, qu'après bien des essais infructueux, je suis parvenu enfin, à l'aide du plus fort grossissement d'un bon mi- croscope , à découvrir des sporules extrêmement petites et hyalines ; mais comme dans cette position elles sont peu développées, je n'ai su apprécier exactement leur forme-, cependant je la crois sphérique. Il aurait été à désirer que je pusse les observer lorsqu'elles se trouvent répandues à la surface même de la plante -, mais on con- çoit que la station qu'elle s'est choisie s'opposera tou- jours à cette observation , et que , par les lavages succes- sifs qu'on doit lui faire éprouver pour la dégager entiè- rement des parties de la bouse qui lui restent attachées, on enlève les corpuscules reproducteurs qui doivent la couvrir extérieurement lorsqu'elle «st arrivée à son parfait développement. ( i&r , Mémoire sur les Tasmaïuens , sur les Aljourous, et sur les Australiens ,• ■ Par M!\I. Li^sos et Gaknot. De s Tasinctn icn s . Nous plaçons à la suite des Papouas , et comme deuxième variété du rameau Cafïo-Madécasse , les ha- bitans de la terre de Diénien. Nous ne les indiquons ici que pour mémoire, parce que la corvette la Coquille n'a point visité cette partie du globe, et que les naturels ne nous sont connus que par les récits des voyageurs. On s'accorde généralement à peindre les Tasmaniens comme une race d'hommes d'un noir peu foncé , dont le crâne est déprimé, et qui a des cheveux courts, lai- neux, irès-recoquillés-, le nez est écrasé et l'angle facial médiocrement aigu. On peuttoutelois s'en faire une idée assez juste par les planches 7 et 8 de l'Atlas de Labil- lardière , et par les ligures 4 à 8, dessinées par Petit, dans l'Atlas de Péron. Ce qui semble nous autoriser à placer les Tasmanieus à la suite des Papouas, ce sont quel- ques ressemblances d'organisation et une certaine simi- litude dans plusieurs usages qui paraissent dériver d'une source commune. Ainsi , ils ont l'habitude de se couvrir les cheveux d'argile ferrugineuse très-rouge ; de se faire naître des mamelons ou des cicatrices en relief sur la peau ; de cuire leurs alimeus sur des charbons incandes- cens 5 de coucher sur la terre , près de grands feux ; de (. f#B ) fabriquer des pauù rs élégans avec des liges d'arbustes j de façonner des ornemeus divers , et surtout de se servir d'un petit oreiller enbois'^ommé /oe7,c/(Labillardière, f^oy. , toin. %, p. 4'j)j d'élever des cabanes coniques sur les tombeaux de leurs pàrcns décédés (Pérou , t. îv, p. 99) , et enfin d'èlre polygames : seulement on ne re- trouve point cbez eux L'art de construire des cabanes dont la pauvreté du sol et l'inclémeUce du ciel auraient dû leur imposer la nécessité^ car ils se bornent à élever des abris temporaires , des cibal-vents en ccorces , in- suffisans pour les garantir des rigueurs du climat aus- tral. Leur langage diffère tellement des idiomes bar- bares et sans nombre des peuples de la Nouvelle -Hol- lande , que déjà , avant qu'on sut que la terre de Dié-^ ruen en était séparée par le détroit de Bass , M. La- billardière avait dit (tom. ft, p. 60 ) : « Il prouve que ces peuples n'ont pas la même origine. » Des détails utiles a consulter sur les Tasmaniens sont consignés dans le tome 1V (page 77 et suiv.) de l'historique du Voyage aux Terres australes , rédigé par Péron et le ca- pitaine de Freycinet. Des Alfourous endamènes. La population primitive des archipels des Indes-Orien- tales était Wue race noire qui paraît avoir été décimée par d'autres peuples conquérans sur certaines iles et à di- verses époques , ou avoir été chassée des côtes et relé- guée au milieu des montagnes, ainsi que nous l'ap- prennent les anciennes histoires et les annales de Ma- lacca , en particulier. Ces peuples à peau noire et à cheveux rudes ,.mais ligses , vivent encore dans les lieux ( '■-'■ ) inaeres-dbles tic amies les terres polynésiennes (i) , e' c'est. ainsi que le plateau central île la plupart des i! Moluqucs est occupé , de nos jours , par les Harafoi . ç^ji s/ljbiirous ('.i) 5 que les Philippines sont peuplées par las Indios des Espagnols (3) ; que Ton mentionne los Ne gros. d'A monte à Miudanao (4) , les Vinzimbers à (i) En nous serrant du nom de Polynésie, exclusivement restreint aux terres si viiguemunt nommées Archipels d'Asie . nous encourrons probablement le blâme de quelques géographes fidèles à une nomencla- ture barbare et encore plongée dans le cahos. La dénomination d Océa- nie est si harmonieuse et peint si bien la dispersion dos petites îles vol- caniques et madréporiques éparses sur la surface immense du grand Océan , qu'elle survivra indubitablement à toute autre ; celle de Pélagie traduirait avec exactitude le surnom de momie maritime , qui lui fut im- posé (d une manière trop générale cependant) par M. de Walkenaer. Ainsi , le nom de Polynésie que, jusqu'à ce jour , on avait étendu à plu- sieurs systèmes de terres aussi distantes que séparées par la nature , ne pouvant plus élre appliqué aux îles de la mer du Sud, demeure dpnn aux îles de l'Asie , que la formation primitive , les productions , les races qui les habitent permettent de grouper par des caractères très-earni lï- risliques. Peut-être serait-il préférable de le remplacer par un nom neuf, dont le sims lut sans équivoque , tels que pourraient être les mois éChclionésie ou de JMtdaisie , etc. (2) Les Alphourécns ou Alfoures sont vraisemblablement les pre- miers et les pies anciens habitans des Moluqucs; aujourd'hui même il* ne se confondent pas avec les autres habitans , mais ils se tiennent ren- fermés dans les nlontagnes de Bouroet de Céram. (Stavoiurus , t'oy. aux Indes , t. i, p. u5'j. ) (3) C'est peut-être à loi! qu'on indique, comme appartenant, à r, s races mal connues , les Laos et les Miaotsé de l'intérieur de la Corhin- chine , qu'on nomme aussi hommes a queue dans le pays. Barrow les regarde comme des Cochitichinois encore plongés dans une grossière, barbarie. ( Voyage a la Cochinchine , tom. a , p. 226. ) 4() k Ainsi nommés , dit Méaics, à cause de leur ressemblance avec I s noira d'Afrique, tant au physique qu'au moral. ( Voyage à la <■■";•■ N.-O. d' Amérique , t. I , p. 287. ) Il se pourrait que ces Ncgros fûsi 'I I des Papouas. ( ISS ) Madagascar, dont ils seraient les habilans naturels , cl que nous apprîmes l'existence des Endambnes à la Nôià- M-lle-Guînée. Les Alfourous endamcnes vivent de là manière là pîas sauvage et la plus misérable. Toujours en guerre' avec leurs voisins, ils ne sont occupés que des moyens de se préserver de leurs embûches et d'échapper aux pièges qu'on leur tend sans cesse. L'habitude qu'ont les Capouas des côtes de les mettre à mort et d'ériger en, trophées leurs dépouilles , rend compte de la difficulté qu'on éprouve à les observer, même à la Nouvelle- Guinée , et deux ou trois de ces hommes réduits en es- clavage , que nous vîmes à Doréry, sont tout ce que nous en connaissons : les Papouas nous les peignirent comme d'un caractère féroce , cruel et sombre , n'ayant aucun art , et dont toute la vie s'écoule à chercher leur sub- sistance dans les forêts. Mais ce tableau hideux, que chaque tribu ne manque point de faire de la tribu voi-i sine , ne peut être regardé comme authentique. Les En- damènes que nous vîmes avaient une physionomie re- poussante, un nez aplati , des pommettes saillantes , de gros yeux, des dents proclives, des extrémités longues et grêles, une chevelure très-noire, très-fournie, rude et comme lisse, sans être longue; la barbe était très- dure et très-épaisse ; une profonde stupidité était em- preinte sur leurs traits: peut-être était-elle due à l'es- clavage. Ces nègres, dont la peau est d'un noir brui sale assez foncé , vont nus ; ils se font des incisions sui les bras et sur la poitrine, et portent dans la cloison dt »ez un bâtonnet long de près de six pouces. Leur cara( tère est silencieux , et leur physionomie farouche; leui ( *p ) umuvemcns sont irrésolus et s'exécutent avec lenteur. Les liabilans des côtes nous donnèrent quelques détails sur ces Endamènes , mais comme ils nous parurent dic- ién par la haine, et que les versions ne s'accordaient point entre elles , soit que le sens de ee qu'ils nous éx-r primaient fût mal compris, soit qu'eux-mêmes nous racontassent, dans l'intention de nous inspirer de la frayeur, des habitudes auxquelles ils ne croyaient point, nous pensons qu'il est inutile de faire connaître, par des i cnseignemens faux et inexacts, l'espèce d'hommes dont l'histoire est encore entourée d'épaisses ténèbres (i). Nous nous bornerons à tracer la description des cr&ues d'Alfourous endamènes qi>e nous trouvâmes à Doréry , où ils servaient de trophées , et de les comparer avec ceux de Papous décrits par MM. Quoy et Gaimard , et aussi avec les crânes de nègre mozambique , de nouveau- zélandais et d'Européen. La figure que nous en donnons, dans la partie zoologique du voyage de la Coquille , planche i, est le résultat de la comparaison de plusieurs tûtes, mais elle a été plus particulièrement faite sur un crâne conservé avec soin dans une cabane, et enchâssé dans une idole grossièrement scu'lptéc en bois , que 1 ifu de nous ne put jamais obtenir des naturels , même eu o/irant des présens susceptibles de les tenter, et qu'il se décida à aller enlever pendant la nuit,, la veille du dé- ,'parL de la corvette. Celte idole assez remarquable, et qui (i) Les Endamènes retires dans l'intérieur de la Nouvelle-Guinée doivent être possesseurs paisibles des côtes méridionales, et ce sont eux, trcs-prob'ablêriielif', qui hahitèiit exclusivement les liords du détroit de Torrès. Les expédition» Wfttfpèï pu'.vrnt seules 'm (.'•.'• 1 1 uiie ou < «.>i:lu ne. r VOS doutes. est déposée maintenant au Muséum diiisloire naturelle de Paris, représente un homme assis, dont le cou sup- portait un plateau sur lecjuel reposait le crâne d'un A.l- fburous solidement enchâssé. Les orbites étaient rem- plis par des rondelles de nacre simulant des yeux, et fixées par un mastic noir, tandis que les arcades dentaires étaient recouvertes de deux lèvre en bois très-proémi- minentes. D'autres crânes d'Alfourous étaient disposés par rangées et attachés aux parois de la cabane qui ser- vait de temple à ces débris que les Papouas conservaient avec d'autant plus de complaisance, qu'ils se complai- saient dans l'idée de faire subir un pareil sort à tout en- nemi qui tomberai l dans leurs mains. Des australiens. Toutes les peuplades de race noirâtre qui habitent l'Australie, présentent entre elles les rapports les plus évidens, d'après les descriptions des voyageurs Phillip, Collins , White , d'Entre-Casteaux , Péron (i), Fli:<- (i) Les distinctions qui existent entre les Tasrnaniens et les Austra- liens ont été nettement exprimées par Péron , qui dit (t. iv , p. 212 ) : « De toutes les observations qu'on peut faire , en passant de la terre de Diémen à la Nouvelle-Hollande , la plus facile , la plus importante, et peut-être aussi la plus inexplicable, c'est la différence absolue des rares qui peuplent chacune de ces deux terres. Ces deux peuples n'ont presque rien de commun , ni dans leurs mœurs, leurs usages, leurs arts gros- siers , ni dans leurs iustrumens de chasse ou de pèche , lem s habitations, leurs pirogues, leurs armes, ni dans leur langue, ni dans l'ensemble de leur constitution physique, la forme du crâne, les proportions de la face , etc. Cette dissemblance absolue se trouve dans la couleur; les in- digènes de la terre de Diémen sont beaucoup plus bruns que ceux de la Nouvelle-Hollande : les premiers ont des cheveux courts, laineux et crépus, les derniers les ont droits, longs et lisses. » ( i55) dcrs, Grant, King , etc. Ces nègres de l'Australie ont toujours montré une pi'ofonde ignorance , une grande mi- sère et une sorte d'abrutissement moral : ils sont réunis par tribus peu nombreuses qui n'ont point de commu- nications entre elles ; d'où résulte l'état de barbarie profond dans lequel elles croupissent , et dont rien ne semble devoir les retirer. Les babitans de la Nouvelle- Galles du Sud , qui ont particulièrement fixé notre attention , sont disséminés dans celte partie du monde , par familles éparses sur le bord des rivières ou dans les baies nombreuses qui mor- cellent les côtes orientales de la Nouvelle-Hollande. Leur intelligence a dû naturellement se ressentir de l'infertilité du sol et des misères auxquelles ils sont soumis 5 aussi une sorte d'instinct très -développé pour conquérir une nourriture toujours difficile à obtenir , semble avoir remplacé cbez eux plusieurs des facultés morales de l'homme. La peuplade qui vit au milieu des buissons et des ro- chers des alentours de Sydney-Cove , et qui a pour chef Boongaree est plongée dans un tel état d'abrutissement , qu'en vain on a essayé d'améliorer sa position , en bâtis- sant pour elle des maisons et des sortes de villages , ou en lui fournissant des moyens de subsistance plus agréa- bles. Elle s'est refusée à l'adoption de ces premières idées' de civilisation et de toutes les habitudes sociales que lui montrent chaque jour les Européens. Au milieu des villes populeuses et imposantes de la Nouvelle-Galles du Sud , elle n'en a pris que des vices dégoiilans et un goût désordonné pour les liqueurs fortes : Ces peuples n'ont senti la nécessité de rerevoir des ( '56 ) vêtemens de laine que pour se garantir la poitrine. Au- cune idée de pudeur ne les a jamais portés à voiler les parties naturelles , et l'immodestie native de celte race fait un contraste d'autant plus grand, que chaque jour elle brave , au sein même d'une colonie Européenne qui a fait d'immenses progrès , les lois de l'honnêteté pu- blique. La liberté semble être pour ces noirs (i) un be- soin de première nécessité ; aussi sont-ils soigneux de conserver leur indépendance , au milieu des cantons ro- cailleux où ils habitent en plein air , autour de grands feux et protégés de la pluie par quelques branches né- gligemment jetées du côté où le vent soufle ; ou bien tous les elïbrts de leur génie se bornent, pour "les garan- tir, des intempéries du climat, à détacher une large écoree d'Eucalyptus , qui fournit le toit naturel qui les abrite. La taille des Australiens est médiocre et souvent au- dessous de la moyenne. Plusieurs tribus ont les membres grêles , peu fournis et en apparence de longueur dispro- portionnée ,. tandis que certains individus, au contraire , ont ces mêmes parties fortes et très bien proportionnées , et surtout les muscles jumeaux et soléaire très-pro- noncés. Leur chevelure n'est point laineuse : elle est dure, très-noire et abondamment fournie ; ils la portent flottante et sans ordre , le plus souvent courte et en mè- ches très-fiisées. La barbe participe de la nature des clie- (i) Le mot noir ou nègre n'a ici qu'une valeur relative. Nous n'em- ployons ce nom , eu efîet , que pour éviter des périphrases ; mais pour qu'il n'y ait point de doutes à ce sujet , nous devons dire qu'il n'y a nulle analogie à établir entre un nègre africain et un Alfourous australien , et que si nous les nommons parfois noirs ou nègres , c'est parce que la teinte de leur peau affecte une couleur noirâtre fuligineuse , qui approche plus de la teinte des véritables nègres que de toute autre. ( i5 7 ) veux : elle est le plus ordinairement rude et touffue sur les côtés du visage. Leur face est aplatie j le nez très- élargi , des narines presque transversales ; des lèvres épaisses , une bouche démesurément fendue , des dents un peu proclives , mais du plus bel émail , des oreilles à conque très-développée (i) , des yeux à demi voilés par la laxité des paupières supérieures donnent à leur phy- sionomie sauvage un aspect repoussant. La couleur peu décidée de leur peau , qui affecte communément une teinte noire fuligineuse , varie en intensité , mais n'est jamais très-foncée. Plus laides encore que les hommes, les femmes Australiennes ont des formes flétries et dé- goûtantes , et la distance qui les sépare du beau idéal de la Vénus de Médicis pour nous , est incommensurable. Lies mariages chez les Australiens se font par rapt, et l'usage a consacré l'habitude d'arracher une dent inci- sive aux hommes à certaine époque de la vie , et de couper une phalange aux femmes. Ils aiment se cou- vrir la tête et la poitrine de matières colorantes rouges , et cet ornement est de première nécessité dans leurs coroboris ou grandes cérémonies. Ils ont tous l'habi- tude de se peindre le nez et les joues avec les même fards grossiers, en y joignant des raies blanches, qui sil- lonnent le front et les tempes. Sur les bras et sur les côtés du thorax , ils font élever ces tubercules de forme conique, qui semblent être l'apanage du rameau nègre. (i) Grant (Voyage à la Nouvelle-Galles méridionale) peint de cette manière les habitans de la baie Jarvis , clans le détroit de liass. a Ces sauvages étaient jeunes, grands et vigoureux ; ils avaient des cheveux plus longs que ceux des autres naturels que j'avais vus jusque-là : ils les paient bouclés, mais point laineux comme ceux des nègres d'Afrique. « ( «58 ) Enfin cette race , qui semble ignorer l'usage Je tenu vê- lement, sous le rapport de la pudeur, se borne à se couvrir parfois les épaules avec une peau de kangourou ou d'opossum, et à s'entourer le front avec des fila- mens tissés en réseau. Un grand nombre de familles se placent dans la cloison du nez, des bâtonnets arrondis et longs de quatre à six pouces , qui donnent à leur plxy- sionomi©,vm r , ^spect farouche , et cet usage, nous le re- trouvons chez tous les Papouas. Superstitieuses à l'excès t ces peuplades ont cepond^nt conservé; l'usage de punir les sortilèges et d'avoir des jongleurs. Leurs différons se décident par des sortes de duels à nombre ou à armes égales, et des juges de camp établissent les règles du combat. La forme des armes dont ils se servent varie. A la Nouvelle-G^les , ils emploient la sagaie , sorte de javeline effilée , qu'ils lancent par le moyen d'un bàtomfaçonné pour cet usage, avec une grande vigueur et beaucoup de justesse. Ils s'attaquent le plus souvent avec une sorte de sabre de bois recourbé que Lesueur a nommé sabre à ricochets (pi. 3o , n° 6, Atlas de Peron) et que les naturels de Sydney désignent sous le nom de boumerang oudetato- namang. Cette arme caractéristique est également usitée au port Dowen et à l'île Goulburn , et la manière de s'en servir est fort remarquable-, car c'est en lui impri- mant des mouvemeus de rotation en l'air , qu'ils frappent souvent le but à plus de quarante pas de distance. Leur dernier instrument de guerre et en même temps d'uti-i' tilité domestique , est le casse-tête ou woudaïi, avec lequel, dans leurs duels , chaque naturel assène alterna- tivement sur la tête de son ennemi , un coup , que la du^ r ( »5 9 ) ielé inouie du crâne rend moins dangereux qu'on ne devrait le supposer. Nous retrouvons chez tous ces peu- ples l'usage du bouclier. Celui qui leur sert à parer les coups de sagaie avec une grandeadresse est de fonhe ovalaire, oblongueou quelquefois disposée en croissant, et nous avons vu un de ces naturels condamne à servir de but au coups d'une tribu qu'il avait offensée, parer avec une habileté peu commune plus de cinquante traits lancés avec vigueur , lorsqu'enfin une sagaie de Xanthorœa traversant son bouclier ', vint lui percer la poitrine. Quanta l'emploi de I arc et des flèches (i), il est complètement inconnu. De toutes les peuplades de l'Australie, celles du port du roi Georges ont plus particulièrement senti la né- cessité de se vêtir à cause du froid intense de l'hiver , et elles ont assemblé , sous forme de petits manteaux, des peaux de kangourous : celles des alentours de Sydney et de Bathurst préparent les peaux de pelauristes , tandis qu'entre les tropiques les Australiens vivent dans un état de nudité parfaite. Les objets d'ornement su ressentent du rétrécissement des idées de ces peuples : (ij Le capitaine King , parmi les observations qu'il nous a donnéc's sur les peuples du pourtour entier de la Nouvelle - Hollande ; remarque que la sagaie semble être d'un usage général parmi les habitans de l'Aus- tralie. Le bâton qui sert à la lancer n'existe pas à la Tasmanie , ni à la baie Moreton, si On doit s'en rapporter à un court séjour sur ce point. Il n'a reconnu que quelques diilérences légères dans cette arme, soit au Port- Jackson , à la côle S.-E. , à la rivière Endeavour , au N.-E. , aax baies d'Hanovre et de Vansittart ; au N.-O. , à la baie du roi Georges. Sur les côtes méridionales cette sagaie est faite avec les tiges du Xan- \iorhcea hasiilis ; ailleurs avec des branches de mangliers durcies au feu. '•{Bulletin idéographique , tom. v, p. 25l.) ( ifio) ils se décorent cependant de colliers laits avec des chaumes de gramen , mais combien leur forme sauvage contraste avec l'élégance des mêmes objets chez les habit tans de la terre de Diémen ! Les cabanes des Australiens se composent , autour du Port - Jackson , d'abris en ra- meaux ou en écorces d'arbres. Ailleurs ce sont des sortes de nids , formés de branches entrelacées , ou parfois disposées en huttes grossières, recouvertes d'écorces. Les soins qu'ils prennent de leurs tombeaux an- noncent qu'ils ont l'idée d'une autre vie. On a généra- lement observé qu'ils brûlaient leurs morts , et qu'ils en enterraient les cendres avec une religieuse sollicitude. M. Oxley a même vu de ces tombeaux dont les arbres des alentours portaient des sortes d'attributs funéraires. Des observations positives semblent même prouver qu'ils lèvent la peau des cadavres , afin que la combustion puisse s'opérer avec plus de rapidité. L'ensemble des habitudes des peuplades de la Nou- velle-Hollande , ainsi que leur genre de vie , ne pré- sentent poinl d'analogie bien démontrée. Leur industrie se réduit à la fabrication des filets pour, la chasse et pour la pêche , dont on mange le produit sur le lieu même en le faisant rôtir sur des charbons. Ces naturels portent toujours du feu a,vec eux , dédaignent leurs femmes aux- quelles les travaux les plus rudes sont dévolus , tels qvie ceux de préparer la nourriture , dont elles et leur fa- mille ne reçoivent que les débris rejetés par leurs époux , ou de porter les ustensiles du ménage et leurs enfans sur le dos , tandis que l'homme chemine n'ayant qu'ui légère javeline à la main. Ce sont elles qui récoltent préparent la racine de fougère nommée dingoua , qi ( *fo ) leur sert d'aliment journalier, et dont les hommes ne mangent qne dans les momens de disette , ou lorsque la chasse vient à manquer. La manière de construire les piroques varie pres- qu' autant que les tribus. Eljes sont faites au Port-Jackson avec une longue écorce d'eucalyptus , solidement liée aux extrémités , telles qu'on en voit un bon dessin, pi. 34 de l'Atlas de Lesueur et Petit. Dans la région intertro- picale , un tronc d'arbre creusé en tient lieu. Plus à l'ouest , dit King , à la baie d'Hanovre , c'est un radeau formé de tiges vieilles et légères de Manglier. Ailleurs, dans l'Archipel de Dampier , par exemple , leur intelli- gence n'a pu s'élever , pour passer les rivières , au-dessus d'un simple tronc d'arbre flottant. Chez ces peuplades on a retrouvé des idées de dessin , qui , toutes grossières quelle paraissent être , indiquent cependant une certaine réflexion , et l'on reconnaît encore dans ces linéamens graphiques lès êtres qu'ils sont destinés à représenter , tels que le casoar, le squale de phillip , divers poissons , etc. Quant à leur chant , ce n'est qu'une modification in- forme de leur langage; et leur danse se borne aux mou- vemens lourds et ridicules qui imitent les sauts du kan- gourou : les beaux arts , enfans du repos et des doux loisirs , pourraient-ils geriner chez des hommes toujours à la recherche de leur subsistance? Le langage des Australiens diffère de tribu à tribu. Nulle part on ne peut y reconnaître la moindre analogie ; mais il est vrai de dire aussi qu'il n'y a pas de langue moins connue. Cependant il parait que les naturels d'un- endroit , transportés dans un autre , comme les Anglais x. II ( i6 2 ) l'ont fait très-souvent , ne peuvent se comprendre. Les seuls mots qui nous ont présenté quelques rapports sont les suivans , usités d'une part par les naturels de Sydney 1 et de l'autre par ceux de Bathurst , au-delà des mon- tagnes bleues. L'ortographe des premiers est écrite d'a^ près le génie de notre langue , et nous avons conservé pour les seconds celle de M. Oxley. Ainsi nez se dit à Sydney mougouro , et morro à la rivière Lachlah : les dents nandana dans le premier lieu, et erra dans le se- cond. Cou ouro et oro -, poitrine , beren etbenîng; cuisse darra et âUhana. , etc. Note sur le Cliona celata , nouveau genre de j zoophjte trouvé dans le Firth du Forth , près d'Edimbourg; Par R. E. Grant. L'on trouve souvent , sur les côtes , des coquilles ; d'huîtres communes ( ostrea edulis Lam. ) entièrement perforées des deux côtés par de petits trous arrondis d'environ une demi ligne de diamètre. Ces traces né traversent pas en ligne droite la substance de ces co- quilles , mais s'ouvrent des deux côtés dans des espèces de loges creusées dans l'épaisseur de chaque valve. Lors qu'on plonge ces coquilles pendant quelques jours dai de l'eau de mer , on voit un grand nombre de petit vers marins sortir de leur intérieur j aussi est-il pr< bable que ce sont eux qui perforent ainsi la substance ( i63) la coquille , afin de se nourrir Je la matière animale qui en réunit les différentes couches , et de se construire un abri assuré. Lorsque des coquilles d'huîtres ainsi al- térées viennent d'être apportées des bancs du Firth du Forth , je trouve presque toujours les trous situés à leur surface et les loges creusées entre les lames qui les for- ment , remplis d'une substance organisée , molle et jau- nâtre, qui ne me paraît pas avoir été décrite par les na- turalistes, mais qui mérite d'être étudiée avec attention. Cette substance jaunâtre et charnue se trouve dans les : perforations des coquilles des huîtres vivantes, aussi bien que dans celles des valves séparées de l'animal mort ; mais chez les premières, les trous ne se voient qu'à la face ex- , lérieure de la coquille; celle-ci n'est jamais percée de ! part en part, et on trouve toujours une couche mince | de matière testacée entre la substance jaune et l'huître vi- | vante 5 mais lorsque l'animal meurt et que ses valves se 1 séparent , leur face interne se perfore bientôt, et alors 1 on voit la substance jaunâtre faire saillie en même temps | à travers les trous qui occupent les deux côtés de la co- I quille. En enlevant successivement les couches les plus externes de la matière calcaire, il devient facile de con- j stater que les excavations internes communiquent toutes librement entre elles , ainsi qu'avec les orifices exté- rieurs , et que la matière pulpeuse qui les remplit et i qui fait saillie au dehors est continue et forme une seule masse charnue s'étendant dans toutes les parties de la coquille. Cette substance charnue constitue un zoophyte : distinct et bien caractérisé , que j'ai nommé Cliona ce- lala , et que je n'ai encore trouvé que sur les coquilles d'huîtres perforées comme je viens de l'indiquer. ( i64) A l'état vivant , le Cliona est formé par une substance molle , charnue, granulée , évidemment irritable , d'une couleur jaune vcrdàtre , et traversée, comme plusieurs autres zoophytes, par des filamens déliés et très-régu- liei's : sa forme dépend de celle des cavités qui la con- tiennent. Elle s'insinue dans leurs ramifications les plus déliées , et adhère si intimement à leurs parois lisses et polis , qu'on ne peut l'en détacher sans la déchirer. Les parties du Cliona qui font saillie à travers les trous si- tués à la surface de la coquille sont tubulées , et si l'on enlève les lames extérieures de la coquille, on distingue plusieurs canaux vides qui se ramifient en serpentant dans l'intérieur de la masse du zoophyte , et paraissent partir de ces papilles tubulées. Pendant les mois de mars et d'avril , époque à laquelle je fis ces observations, il existait dans le voisinage de ces canaux un grand nom^- bre de petits oeufs jaunes , très-analogues par leur forme, leur couleur, leur volume et leur mode de distribution , à ceux de la Spongillia papillaris et de la Spongia pa- nicea , qui étaient alors presque au même degré de ma- turité : les papilles, saillantes et tubulées, présentent „ une structure compliquée, et jouissent d'un pouvoir de \ contraction très-grand. Si on examine avec attention ces zoophytes pendant qu'ils sont en repos dans de l'eau de mer bien pure , on les voit présenter une série d'appa- rences singulières. Lorsque les papilles sont sous l'eau, elles sortent des ouvertures de la coquille , quelquefois dans, une longueur d'une ligue et demie , et présentent à leur centre un large orifice circulaire , d'où s'échappe continuellement un courant d'eau rapide qui entraîne souvent avec lui des flocons d'une substance grisâtre et ( i65 ) membraneuse. En touchant ces papilles avec la pointe d'une aiguille , ou en les retirant de l'eau, les ouvertures que nous venons d'indiquer se ferment peu à peu , le courant s'arrête , les papilles elles-mêmes se ressèrent lentement et finissent par rentrer complètement dans l'intérieur de la coquille. Pendant l'état de contraction, l'extrémité de ces papilles paraît arrondie, lisse et par- faitement close ; mais lorsqu'elles commencent à s'avan- cer au-delà de la surface de la coquille , leur extrémité devient aplatie et un peu élargie , puis prend un aspect villeux et présente des fissures disposées en rayons du centre à la circonférence 5 enfin , au centre de ces villo- sités apparaît une petite ouverture circulaire : les pa- pilles s'allongent plus ou moins , et leur orifice central s'agrandit, suivant l'état de vitalité du zoophyte , ainsi que la pureté et la tranquilité de l'eau ambiante. A me- sure que l'ouverture s'élargit , son extrémité aplatie , radiée et comme veloutée , diminue graduellement de largeur , jusqu'à ce qu'enfin il n'existe plus autour-de l'orifice qu'un bord très-mince. En observant dans les circonstances les plus favora- bles, sur la côte même , quelques Zoopbytes de ce genre qu'on venait de prendre sur un banc d'huîtres situé près de Prestonpans , j'ai trouvé deux fois des polypes d'une petitesse et d'une délicatesse extrêmes placés tout autour des bords des orifices que je'viens de décrire ; ils exé- cutaient des mouvemens continuels , s'avançant au dehors ■et se retirant dans la substance de la papille , pendant que le courant d'eau sortait de son ouverture centrale. À la lumière ordinaire ces polypes étaient complètement invisibles à l'œil nu ; mais en suspendant le Çliona dans ( '66) un vase de cristal rempli d'eau bien limpide , et en le plaçant entre l'oeil et le soleil ou toute autre lumière vive, on apercevait des (ilamens semblables à des fils de soie, s'élevant et s'abaissant continuellement sur la marge de la papille. En enlevant une des papilles et en la pla- çant sous le microscope , dans de l'eau de mer, je vis les polypes continuer leurs mouvemens , et je trouvai qu'ils consistaient en un long corps charnu , tubulé , cylin- drique , mince et transparent , à l'extrémité duquel se trouvent environ huit tentacules larges , courts , et légè- rement dilatés à leur extrémité libre , qui se courbaient et s'étendaient irrégulièrement pendant que le polype lui-même s'avançait ou se retirait. Dans deux individus entiers , en bon état et placés dans de l'eau prise à Pres- tonpans , ces polypes continuèrent à être visibles et eu mouvement pendant plus de vingt - quatre ; mais je n'ai pas encore réussi à les voir dans aucun des indivi- dus que j'ai conservés vivans dans de l'eau de Newha- ven. Les épines ou filamens contenus dans la substance du Cliona celaîa sont de nature siliceuse, et ressemblent beaucoup à celles des grandes Spongiœ paterœ de l'O- céan indien. Lorsqu'on les isole en détruisant la sub- stance animale qui les entoure , soit par le chalumeau , soit par l'action de l'acide nitrique , on voit que ces corps sont allongés , minces , cylindriques , tubulés , lé- gèrement courbés , fermes aux deux extrémités , un peu fusiformes au milieu , très-pointus à un bout , et termi- nés à l'autre extrémité par une forte tête arrondie et creuse ; leur longueur est d'environ un quart de ligne , et au microscope ils ressemblent à des épingles très-fines ( i6 7 ) et, courbées , placées irrégulièrement dans la substance charnue de l'animal. Enfin, ils n'empêchent point les contractions de celle-ci 5 car , si on détache incomplète- ment de la coquille une portion de la masse commune , on la voit diminuer graduellement de volume , et si on la détache complètement, elle se contracte encore davan- tage , et devient dure au toucher. Ce zoophyte , quoique très-commun sur nos côtes et d'un aspect, peu agréable , présente des caractères très- importans pour la zoologie. En effet , il est étroitement lié aux Alcyons à cause de la substance charnue et con- tractile qui le forme , et des polypes distincts , quoique microscopiques, qui lui appartiennent; et d'un autre côté il se rapproche des éponges à raison de ses épines sili- ceuses et tubulées , des canaux rameux creusés dans son intérieur, de ses papilles tubulées , des courans d'eau qui eu sortent , et de la distribution de ses œufs. Il diffère cependant des Alcyons , en ce qu'il ne présente pas une surface libre recouverte par des tégumens coriaces et cou- verts de pores étoiles pour loger des polypes distincts; enfin , il diffère des éponges en ce que ses papilles et sa substance générale sont évidemment contractiles , parce que des polypes distincts s'y remarquent, et que sa surface n'est ni libre ni recouverte de pores anguleux et béans. Il constitue un genre bien caractérisé et intermédiaire entre les Alcyons et les éponges, et jette un grand jour sur la nature de ces dernières. J'ai nommé ce genre nou- veau Cliona (de -Aùu> , claudo) à cause de la propriété remarquable de ses papilles , qui se retirent et se fer- ment lorsqu'on les irrite, et j'ai appelé celata la seule .espèce que j'aie rencontré jusqu'ici , à cause de son ( i68 ) habitation cachée et sûre dans l'épaisseur des coquilles d huîtres. (Edimb. philos. Journ.) ' Note sur la Régénération du tissu nerveux ; Par le docteur Prévost. (Lu à la Société-de Physique et d'Histoire naturelle de Genève en 1826.) Il est en physiologie peu de questions d'un intérêt plus général que celle de la régénération des tissus ; malheureusement , chez les vertébrés, le phénomène qui nous occupe ne se présente à un certain degré de perfection que dans quelques-uns des animaux à sang froid ; sur les vertébrés à sang chaud les régénérations de tissus sont si imparfaites , qu'un des plus grands ana- tomistes de nos jours les a niées pour tous les tissus , à l'exception du cellulaire ; l'analogie s'opposait évidem- ment à de pareilles conclusions ; mais les objets que Bi- chat avait constamment sous les yeux permettaient de douter , et son imagination céda au plaisir de poser une de ces grandes généralités qui ont tant d'attrait pour l'esprit humain. Beaucoup d'observateurs distingués ont fait de bonnes expériences sur les greffes animales •, mais leur travaux , entrepris dans un but pratique , nous ont fourni peu de lumières sur l'organisation des tissus régénérés 5 de nou- veaux faits, examinés sous un point de vue purement scientifique , offrent donc de l'intérêt , alors même qu'ils sont isolés , et c'est ce qui m'engage à pu- C 169 ) blier l'observation suivante; clic est relative au tissu nerveux. ' ' L'été dernier , ayant pris cinq jeunes chats à leur naissance, je divisai à chacun d'eux le nerf pneumo- gastrique gauche; j'enlevai une portion de ce nerf d'en- viron six millimètres de longueur, afin que les bouts supérieur et inférieur fussent séparés l'un de l'autre par un intervalle notable. Aucun des chats ne parut affecte par cette opération-, la cicatrisation de la plaie fut ra- pide; ils continuèrent à se nourrir comme s'il ne leur 1 fût rien arrivé. Un mois après, je coupai à l'un d'en- tr'eux le pneùmo-gastrique opposé , c'était le droit ; l'a- nimai parut très-souffrant ; il bâilla- fréquemment , cria beaucoup d'une voix rauque ; sa respiration devint dé plus en plus gênée, puis fort rare ; au bout de quinze heures il était mort. J'examinai avec soin 1 le nerf pneumo- gastrique , divisé un mois auparavant; les deux bouts supérieur et inférieur en étaient renflés ; ils s'étaient di- rigés l'un vers l'autre ; un tissu blanchâtre , assez sem- blable à du nevrilemme épaissi et défiguré , les unissait; L'on peut juger d'après l'évènement'que cette substance ne 1 propageait pas l'action nerveuse. J'attendis encore un mois , et je répétai sur le second de mes chats la même opération ; il était plus fort , et mourut toutefois comme le précédent , mais seulement êprès trente-six heures ; l'autopsie présenta sur le nerf pneumo-gastrique gciuche la même substance dont nous ayons parlé plus haut, et qui semblait causer une solu- tion de continuité entre les filets de la portion supé- rieure et ceux de l'inférieure du nerf. Il me restait encore deux cbats , le cinquième ayant ( i?9 > péri par un accident. Çe,tte fois j'attendis deux mois , et j'opérai le troisième alors âgé de quatre mois; il parut peu éprouvé 5 comme trois jours, après il était encore plein, de viq , je me décidai à diviser aussi le pneuiftP/r gastrique droit à ^on camarade , qui n'en souffrit pas plus que lui 5 quinze jours s'étaient écoulés, > et les deux chats se portaient à merveille, Il s'agissait de décider si la préservation de leur vie ne dépendait point de quel- que anastomose , qui aurait rétabli la communication neryeusej en conséquence, je redivisai sur le premier des deux le nerf pneumo-gastri que droit , immédiatement au-dessus de la place où il l'avait été la première fois ; l'animal supporta très-bien cette opération ; sa respira- tion n'en éprouva aucune gêne 5 trente-six heures après Je divisai sur Je même sujet le pneumo-gastrique gauche au-dessus de sa première section; au bout de trente heures le chat mourut , comme si les deux nerfs de la huitième paire eussent été divisés en même temps. .. , Je disséquai avec beaucoup de soin les troncs nerveux que l'on avait divisés 5 les deux portions supérieure e: inférieure du pneumo-gastrique gauche étaient unie; l'une à l'autre par un renflement dur , d'apparence blan- châtre , sur lequel le nevrilemme paraissait bien plus (épais que partout ailleurs. Je fendis ce renflement , e. j'enlevai avec soin tout le nevrilemme grossier qui er formait la couche la plus externe ; je comprimai le reste entre deux lames de verre ; et le plaçant sous le mi- croscope , je vis distinctement les filets du tronc nerveux supérieur se prolonger dans le tronc inférieur au travers de la substance interposée , indiquant ainsi la restaura- tion du tissu dans son intégrité. Comme point de com- (17* ) paraison, j'examinai de la même manière la cicatrice qui s'établissait dans la section récente ; l'on n'y suivait point de filets. Je répétai identiquement la même expé- rience sur le dernier de mes chats , avec un résultat en- tièrement analogue , et je déduis de ces faits les conclu- sions suivantes : i°. Lorsque l'on a divisé un nerf, il ne suffit pas , pour que l'action y soit rétablie , que les deux portions divisées soient , comme cela arrive bientôt , réunies par ce tissu cellulaire blanchâtre qui s'interpose entr' elles et adhère à l'une et à l'autre. î°. Il faut que dans cette substance interposée il se prolonge des filets nerveux de la partie supérieure à l'in- férieure. 3°. Cette prolongation n'a paru avoir lieu qu'après un temps assez long. J'ajouterai encore que les filets prolongés n'étaient plus juxtaposés les uns aux autres avec cette régularité qu'on remarque dans les cordons nerveux ; ils étaient , au contraire séparés , comme s'ils s'étaient frayés avec difficulté une route au travers de la 6ubstance interposée. (Mém. de la Soc. de Phjs. et d'Hist. nat. de Genève. 1826. ) C 17 2 ) ■ I Observations z 00 lo g ique s jaites à bord de /'Astrolabe, en mai 1826, dans le détroit de Gibraltar } Par MM. Quoy et Gaimarik, Médecins dé la Marine , Naturalistes de l'expédition. ( Suite.) Description des genres Hippopode, Orythie, Rosace, RhIZOPHYSE , DlANÉE , EquORÉE , PhORCINIE , CA}H- panulaire , Astroïde et Alcyou. Genre Hippopode , Hippopodius. eJ Animal agrégé , libre , flc4tant,. formant des séries de six à huit individus groupés autour d'un chapelet de su- çoirs et d'ovaires susceptibles d'une très-longue exten- sion. Les individus isolés ressemblent, à la corne du pied du cheval ; d'où vient le nom que nous avons donné à ce nouveau genre, et leur ensemble offre l'aspect de la graine du houblon , ou mieux encore de l'épi des Briza+ Hippopode jaune, Hippopodius luteus. Planche ^A, figures i-ia. Voilà encore une de ces formes organisées que recèle la mer et qu'il est bien difficile de pouvoir comparer à aucun des animaux connus jusqu'ici. La manière dont la vie s'opère dans ces individus , que le moindre choc ( '?3 ) sépare , est encore plus difficile à concevoir. Lorsque . sur un grand nombre, on est assez heureux pour avoir un Hippopode complet, on le voit formant un petit cône d'un pouce de long , composé de sept à huit individus imbriqués d'une manière alterne , dont les plus gros sont les plus inférieurs 5 de l'un de ceux qui approchent le plus de la sommité part un chapelet d'ovaires et de su- çoirs , lequel traverse un canal formé par l'ensemble des individus , et se développe au dehors dans une longueur de huit à dix pouces. Si nous examinons chacun des individus séparément, nous trouvons que la forme dont ils se rapprochent le plus est celle de la corne du pied du cheval. La face que nous nommerons inférieure , d'après sa position naturelle ^ est arrondie, concave, avec quatre petites pointes sur le pourtour de la concavité servant de moyen d'union entre les individus. De la base de ces pointes s'élève une petite valvule excessivement mince , demi-circulaire, de trois ou quatre lignes de largeur dans l'état naturel , à peine visible lorsque l'animal est sorti de l'eau : c'est elle qui , par ses contractions , détermine la locomotion. Un des côtés de ce corps est échancré; c'est cette échancrure qui , réunie à celle des autres in- dividus , forme le canal central. La face supérieure de l'Hippopode est également con- cave. Dans la ligne médiane est une strie qui est sans doute un commencement de conduit servant à la nutrition ; du reste , ces animaux assez résistans , translucides , d'as- pect opalin , sont en série décroissante de bas en haut : ordinairement ce sont deux individus très-petits qui ter- ( i74) minent le sommet du cône, et leur forme est beaucoup plus arrondie. C'est le plus souvent au sommet , mais quelquefois au deuxième ou troisième individu , que se fixe , par un petit appendice , le chapelet des tentacules et des suçoirs ; il sort et rentre à volonté dans le canal , qui n'a pas plus d'un pouce de longueur. L'extension des suçoirs , dont les mouvemens sont très-brusques et très-vifs , peut al- ler jusqu'à sept à huit pouces ; sur la tige de chacun d'eux, et d'un seul côté, est un corps ovalaire, d'un beau jaune , strié et accompagné d'une cirrhe ordinaire- ment en tire-bouchon. Une seule tige centrale de suçoirs, ramifiée, pend au dehors entre les tentacules , tandis qu'un groupe de su- çoirs assez nombreux ne fait presque jamais saillie hors du corps. Nous n'avons jamais trouvé plus de huit à dix indivi- dus réunis ; cependant on peut concevoir leur masse plus considérable. Lorsque les tentacules sont rentrés ils se meuvent horizontalement 5 mais lorsque le chapelet des tentacules est sorti ils nagent verticalement : ce méca- nisme a lieu par le moyen de la valvule que nous avons indiquée. Tous n'agissent pas ensemble , un seul suffit pour conduire la masse : lorsqu'ils sont désagrégés ils se meuvent aussi séparément. Il en est de même des tenta- cules et des suçoirs, qui peuvent vivre ainsi plus de douze heures 5 c'est même le moyen qu'on est obligé de prendre pour mieux les étudier. La désagrégation de ces individus s'opère si facile- ment , que nous les rencontrions presque constamment séparés ; il arrive même qu'on en trouve d'unis , ne for- ( 17^) mant que la moitié du cône et ayant encore ait sommet les tentacules et les suçoirs. Malgré tous les détails d'anatomie que nous donnons de toutes'les parties qui composent les Hippopodes, dont nous avons observé plusieurs complets , il nous est im- possible de dire comment s'opère la nutrition de ceux où ne vont point se fixer les suçoirs , car il ne paraît aucun canal ni conduit passant de l'un à l'autre, et leur adhé- rence est si légère , qu'à peine peut-on supposer entre eux Un moyen d'union autre qu'une espèce de collement, comme on le remarque dans quelques Biphores. Orîthie jaune, Oryihia lutea. Flanche (\B, figure i. Ombrelle convexe, arrondie, plus que demi-sphéri- que , à limbe mince , très-légèrement denticulée , les denticules tendant à s'accoupler. Elle est piquetée tout- à-fait dans le genre de ce qu'on appelle pointillé dans le dessin. Pédoncule quadrilatère , épais , divisé en quatre bras , lesquels se subdivisent bientôt pour en former huit ; l'extrémité de chacun d'eux est légèrement bifurquée. C'est entre chacune de ces divisions que partent huit ap- pendices assez courts , augmentant de volume , et trian- gulaires à leur extrémité , qui est un peu élargie. Ce pédoncule est muni de cotyles à sa partie supérieure ! ainsi qu'à l'origine de ses huit dernières divisions, ce qui le rend rétréci au milieu et évasé à ses deux exlré- i mités. Il existe de plus , à la partie supérieure de l'om- I brelle , ce qu'on est convenu d'appeler des ovaires ; en ( 176) les examinant en dessus on voit qu'ils forment quatre segmens de cercle qui , réunis , ont la forme d'une croix.? Du reste , le pédoncule à sa sortie de l'ombrelle forme , par ses divisions, quatre ouvertures improprement nom- mées bouches , ayant chacune unpetit tubercule mame- lonné. La vraie bouche existe tout-à-fait à l'extrémité du pédoncule , entre les appendices . La brièveté de l'appareil pédonculaire de cette Mé-. duse fait qu'elle tend toujours , même dans l'état vivant* à être renversée l'ombrelle en bas 5 et lorsqu'elle estt morte les rebords de l'ombrelle se renversent en dehors.- Sur trois individus que nous avons pris dans le détroit de Gibraltar, près de Ceuta , et sur cinq ou six que nous avons rencontrés dans la rade d'Algés.iras , le plus grand n'avait que deux pouces environ de diamètre. Genre Rosace , Rosacea. Corps libre, gélatineux, très - mou , transparent, suborbiculaire , à une seule ouverture à l'un des pôles, communiquant avec une dépression dans laquelle s'in- sèrent des ovaires et des suçoirs. Rosace de Ceuta, Rosacea ceutensis. Planche ^B, figures a et 3. Cet individu , très-mou , de la grosseur d'une petite cerise , transparent , offre une cavité conique pénétrant dans l'épaisseur de l'animal et allant communiquer par un étroit canal à une dépression extérieure qui loge des, suçoirs et des ovaires de couleur jaune. L'ouverture ou, la bouche de cette cavité est ronde , placée entre quatre ( '77 ) renflemcns qui lui donnent l'aspect d'une rosacée. D'au- tres renflemens se voient dans diverses parties du corps de l'individu qui, en général j- est arrondi et comme bosselé. Sur deux individus trouvés dans le détroit de Gibral- tar, près de Ceuta , nous en vîmes un privé d'ovaires et de suçoirs. Rosace froncée , Rosacea plicata. Planche 4 B , figure 4- En attendant d'être mieux éclairés sur la nature de ce corps, dont nous n'avons trouvé qu'un individu, nous le plaçons parmi les Rosaces , bien qu'il soit susceptible de former un genre distinct. Il est gélatineux, mou , de la consistance des, petites Méduses , lisse , subovalaire et réniforme. A l'un des ' pôles, est un trou assez large , peu profond , plissé sur ses bords, du milieu duquel part un étroit canal qui va se terminer près du pôle opposé , à une cavité arrondie. A la face inférieure de l'animal est une dépression lo- geant des suçoirs placés sur une tige commune et d'autres corps qui avaient l'apparence d'ovaires. Le corps n'avait point de mouvement, les suçoirs seuls s'agitaient, et ils finirent par se séparer de lui : le tout était transparent. On peut voir dans les planches les dif- férences qui existent entre cette espèce et la précédente. La patrie est la même. Rhizophyse hélianthe, Rhizopîiysa heliantha. Planche 5A, figures ï-8. Cette jolie espèce est formée d'un axe centrai dont la pointe est vésiculcuse. A la partie supérieure de cet axe X. 12 ( lis ) sont de nombreux suçoirs mêlés à des ovaires ; ces su- çoirs, allongés ou arrondis en ampoule, sont évasés à leur ouverture. Au milieu d'eux on en voit un court, beaucoup plus gros-, à large ampoule , laquelle , rosée à la base et garnie d'ovaires d'un côté , parait être la boucbe. De la tige , susceptible de s'allonger indéfini- ment , partent de nombreux tentacules desquels s'échap- pent de petites grappes brunâtres terminées par trois di- gitations *, de plus , à la partie supérieure viennent se grouper en rond une foule de petites folioles étroites , subaplalies, recourbées en demi-cercle , pointues à leur extrémité avec une strie longitudinale dans leur milieu. Ces appendices excessivement transparens , difficiles à apercevoir dans l'eau , se détachent si facilement qu'ils finissent par tomber tous dès qu'on y touche. Les couleurs de cette Rhizophyse sont très -tendres et fort jolies 5 l'ampoule hydrostatique est rouge-brun ; les ovaires sont un mélange de jaune et de vermillon , et les tentacules présentent des tacbes brunâtres. Lorsque cet animal est hors de l'eau , les appendices rayonnes s'affaissent , s'appliquent les uns aux autres et lui donnent la forme d'un petit melon à côtes. Après que ce corps eut perdu ses appendices rayon - nés , l'axe central formé des suçoirs , des ovaires et des tentacules , fut conservé dans l'eau : plus de douze heures après ils jouissaient d'une contraction très-prononcée qui s'opérait, au moindre mouvement imprimé au vase, avec une telle rapidité, que pour les étudier, il fallait saisir leurs intermittences d'action. D'après la facilité* qu'ont les appendices à se détacher, nous pensons que la Rhizophyse figurée par Pérou ( '79 ) ( Voyage aux Terres australes, pi. 2g, fîg. 3) devait aussi en être pourvue , que par conséquent elle serait in- complète; il est certain qu'elle Test sous le rapport des suçoirs et des tentacules qui ne sont qu'imparfaitement marqués. Il y a si peu de détails dans cette gravure que l'on croirait voir une plante marine : il en est de même de la Rhizophyse filiforme figurée dans Forskal et qui est représentée dans l'Encyclopédie. La nôtre a été prise près du rocher de Gibraltar par M. d'Urville, Commandant de X Astrolabe. Peut-être est-ce la même qu'a voulu figurer Forskal dans le dessin peu reconnaissable qu'il a donné sous le nom de Phjso- phora rosacea (F. œgjpt. , pi. 43 , fig. B, b), et qui est reproduit dans l'Encyclopédie 3 pi. 89 , fig. 10 et 11. Rhizophyse discoïde , Rhizophysa discoïdea. Planche 5B, figures i-3. Cette nouvelle espèce représente un petit disque aplati , ressemblant assez à l'ombrelle d'une Méduse , au pourtour duquel pendent environ une douzaine d'ap- pendices légèrement rosés , floconneux , composés de petits corps orbiculaires se tenant les uns les autres; au milieu de ce disque, et en dessous } on remarque un faisceau de suçoirs striés transversalement qui entou- rent probablement une bouche que nous n'avons pu apercevoir ; ils sont très- rétrac tiles et donnent encore des signes de vie que lé reste de l'animal paraît mort. Ces suçoirs ne dépassaient point alors les appendices du pour- tour : leur base est entourée de petits corps jaunâtres. Du milieu de la partie supérieure du disque part un tube assez long, contenant une bulle d'airà son extrémité, ( >«ô ) qui est rougeàlre ; c'est à l'aide de cette bulle que l'ani- mal se soutient verticalement dans l'eau. La couleur générale est légèrement rosée; sa longueur est d'un pouce et demi : le diamètre du disque peut être d'environ cinq lignes. Sans les suçoirs et l'appendice supérieur qui part du disque , on pourrait prendre ce zoophyte pour une petite Méduse et en former une espèce distincte. Il a été pris dans le détroit de Gibraltar. • Rhizophyse melon , Rhizophjsa melo. Plancbo 5 C , figures 1 -9. Celle-ci est bien sans contredit la plus singulière et la plus élégante de celles que nous ayons encore vues; elle est remarquable par deux appendices épais, très-résis- tans , transparais comme du cristal, allongés , ovalairesl en forme d'ailes, avec un renflement à la partie supé- rieure qui sert de moyen d'union près de la tige , la- quelle contient la bulle d'air. Chaque appendice vu de face ressemble à une côte de melon , ou mieux encore à l'élytre rugueux de quelques Buprestes ; ces inégalités, sont occasionnes par de pelilcs éminences longitudinales régulièrement disposées sur six ou sept rangs. L'individu que nous possédons n'a que deux de ces appendices alaires , mais il est probable qu'ils sont en plus grand nombre et se groupent en rond autour des suçoirs; c'csi ainsi du moins que nous l'avons observé dans les deux espèces précédentes. La figures donne une idée de l'a- nimal dans son intégrité, telle que nous la concevons, et la figure 1 le représente tel qu'il a été trouvé. La partie supérieure de la tige est rugueuse, comim ( p* ) villeuse et de couleur brun -ronge ; les suçoirs sont vo- lumineux , comme découpés à leur extrémité-, les ovaires, mélangés de jaune et de vermillon , ce qui donne un as- pect agréable à cet ensemble; il y a de plus des tenta- cules peu allongés , lisses , et d'autres terminas en tire- bouebon , trifides à leur pointe et de couleur rouge- brun. A peine mis dans l'eau , les appendices latéraux ailés se séparèrent et , quoique très-épais , ils surnagèrent; la tige resla seule et vécut encore très-long-temps. La longueur de l'ensemble est de trois à quatre pouces ; le diamètre est de deux pouces. Celte Rhizophyse a été prise à l'entrée du détroit dç Gibraltar par M. d'Urville , Commandant de Y Astro- labe. Dianée ronde , Dianœa rolunda. Planche 6 A, figures i-a. Cette Méduse a le corps complètement orbiculaire , de sorte qu'il faut de l'attention, lorsqu'elle est contrac-. tée, pour distinguer l'ouverture de l'ombrelle et même les tentacules; elle n'a plus alors quela forme d'une boule montrant un point cramoisi au milieu. Lorsqu'elle se dé- veloppe, le bord orbiculaire de l'ombrelle s'élargit, et on aperçoit une large cavité occupant le tiers inférieur de l'a- nimal ; à la partie supérieure de cette cavité on remarque quatre stries, et au milieu quatre petits bras très-courts, très-rapproebés , festonnés sur les bords et de couleur cramoisie. C'est dans leur intervalle que doit exister la vraie bouche, ce que la petitesse de l'individu n'a pas permis de vérifier. ( «s, ) Le pourtour de l'ombrelle est muni d'un assez grand nombre de tentacules excessivement déliés. La grosseur de cette Méduse varie depuis le volume d'une petite cerise jusqu'à celui d'une balle de gros ca- libre. De la Méditerranée, dans le détroit de Gibraltar. Dianée conique , Dianœa conica. Planche 6A, figures 3-4» Corps allongé , conique , pointu à une extrémité , tron- qué à l'autre , qui est l'ouverture , arrondie , garnie d'une vingtaine de très -petits tentacules filiformes, ayant à leur base des points rougeàtres. L'intérieur présente quatre côtes surbaissées au sommet , et l'ombrelle autant de stries qu'il y a de tentacules. A l'intérieur et à la par- tie supérieure de l'animal est un pédoncule rougeâtre , cordiforme , duquel pendent quatre petits bras très- courts, agglomérés et de couleur rose. L'ensemble de l'animal est transparent , moins les parties que nous venons d'indiquer. Il prend, en se con- tractant, la forme d'une boule. Indépendamment de la contraction du pourtour de l'ombrelle, cette Méduse en présentait fréquemment une autre qui avait lieu de haut en bas , de sorte que les deux extrémités du cône se rap- prochant avec violence, la Dianée semblait aplatie, et alors les petits bras faisaient saillie hors de l'ouverture de l'ombrelle. Il ne résultait aucune progression de ce mouvement. Cette Méduse est voisine de la Dianœa pileata de Forskal (s£gypt., p. no.et le. , pi. 33, fig. D), représentée dans Y Encyclopédie méthodique , pi. 92 , ( i33 ) fîg. 1 1 ; mais elle en diilére par les points rouges du pourtour de l'ombrelle et par l'absence d'un tubercule mobile en dessus. Sa longueur varie d'un demi-pouce à un pouce. Elle a été prise dans la Méditerranée, près le détroit de Gibraltar. Diajnée petite, Dianœa exigua. Planche §A , figures 5-6. Ombrelle plus que demi-sphérique , comme en boule, à iravers laquelle on voit quatre stries qui , d'une,part , correspondent à la base du pédoncule , et de l'autre se terminent, au pourtour de l'ombrelle, à quatre folioles cordiformes d'où partent autant de tentacules filiformes très-courts. L'ouverture est orbiculaire et lisse. Pédoncule assez long , recourbé dans l'état de vie , évasé à l'extrémité où il présente quatre tubercules en croix. Cette petite Méduse , du volume à-peu-près d'une grosse cerise , est entièrement blancbe et transparente ; ^lê'a beaucoup de rapport avec la Médusa proboscida- lis de Forekal ( /Egjpt. , p. 108 , et le. , pi. 36, fig. i), reproduite dans l' Encyclopédie , pi. ()3 , fig. i. Peut- être est-ce la même ; cependant elle en diffère en ce que , au lieu d'avoir six folioles et six tentacules à la périphé- rie, elle n'en a que quatre de chacun d'eux. De la Méditerranée, détroit de Gibraltar. Dianée petite, Dianœa exigua. (Variété?) Planche 6 A, figures 7-8. Nous avons représenté à côté de la Dianée petite un ( '84 ) aulic individu ayant beaucoup do rapport avec elle 5 tou- tefois il en diffère par la grosseur de la trompe , par sa bouche en rosette , et surtout par le manque de folioles à la base des tentacules. De la Méditerranée , dans le détroit de Gibraltar, Dianée bitentaculéf. , Dianœa bilentaculata. Planche 6A, figure 9. Très-petite espèce, si ce n'est point une jeune, delà grosseur d'un noyau de cerise, à ombrelle arrondie, un peu plus que demi-sphérique : le pourtour bordé de petits points saillans et nombreux } deux tentacules assez courts , avec une petite trompe recourbée et tellement déliée qu'on pourrait la prendre pour un troisième ten- tacule. Cette Méduse , prise dans le détroit de Gibraltar, est blanche et transparente , et , sans les points de son pour- tour, on pourrait croire que c'est un jeune individu de notre Dianœa balearica. (Voyage de TUranie , Zoo- Zo^e, p. 566, pi. 84,fig. 3.) Djanée funéraire , Dianœa funeraria. Planche 6 A, figures io-i5. Ombrelle plus que demi-sphérique , très-arroudie en dessus ; ouverture large ; limbe garni de nombreux ten- tacules partant ebacun d'un petit renflement , très- déliés et courts. Pédoncule et bras très-courts, d'un noir velouté, se divisant en sept parties , à chacune desquelles commence une strie se portant en forme d'S , non loin du pourtour del'ombrelle, etse terminant à une petite foliole avalai re, ( Itt ) marquée d'un point fauve au milieu. Les divisions de ces lignes ne sont point égales ; quelques-unes sont plus rapprochées entre elles. Cette division du pédoncule en sept parties est la seule que nous ayons encore rencon- trée 5 constamment nous lavions vu s'opérer en nombre pair. La couleur de cette Méduse est hyaline , à l'exception du pédoncule et des bras ; son diamètre est d'environ quatorze lignes. Nous l'avons pi'ise dans le détroit de Gibraltar. Equorée chevelue, Equorea capillata. Planche 6 B , figure 1 . Très-petite espèce , de quatre lignes environ de dia- mètre, d'une transparence si parfaite qu'à peine peut- on l'apercevoir dans l'eau. Son ombrelle a la forme d'une loque surbaissée en dessus ; ses tentacules au nombre de plus de douze , quoique nous n'ayons pas pu les compter au juste , sont très - longs , rigides , toujours en S dans 'J'état vivant, et constamment quelques-uns élevés au- dessus de l'ombrelle ; ce que nous n'avions point encore remarqué dans les Médusaires. Cette espèce , également du détroit de Gibraltar, avait des mouvemens très-vifs-, Phorcynie bonnet, Phorcjnia pileata. Planche €>C, figure I. En attendant que nous possédions d'autres individus qui puissent mieux nous éclairer sur l'organisation de celte Médusairc, pour en former un nouveau genre , nous ( i86) la placerons dans le genre Phorcjnie de M. de La- marck. Elle n'a ni pédoncule, ni bras, ni tentacules j son ombrelle est conique et ondulée, mais n'a point de lobes à son bord , ce qui en constituerait une Carybdée , et son ouverture est large sans être très-profonde. Elle porte au sommet de l'ombrelle, dans son inté- rieur, uue petite cavité pyriforme placée obliquement , qui n'a point l'apparence d'une bouebe. Rien n'indique qu'il lui manque quelque partie , comme cela arrive quelquefois dans ces animaux qu'un trop léger examen pourrait alors faire regarder comme des espèces nouvelles. Sa couleur est entièrement blancbe et son tissu résis- tant ; sa longueur est de buit lignes et son diamètre de six. Sa patrie, le détroit de Gibraltar. Campanulaire lisse , Campanularia lœvigata. Planche 6D , figures i-5. Cette campanulaire , longue de six à huit lignes, pro- vient de la baie d'Algésiras ; elle est solitaire , blanche , assez longuement pédicellée 5 les pédicelles sont lisses ; la cellule qui les termine est oblonguc , assez réguliè- rement campanulée , subdenti culée dans son pourtour. VaQimal qu'elle contient, également de couleur blanche, est pourvu d'un grand nombre de tentacules en roue au- tour d'une bouche centrale, dépassant ordinairement de beaucoup sa cellule , et en occupant le fond lorsqu'elle est contractée : le pédicule qui le soutient occupe toute la longueur de la tige. ( i8 7 ) La planche 6 D représente ce polypier sous divers as- pects, .'jbiftin Genre Astroïde, Astroïdes. ilffl > .' ' "'' Polypes actiniformes , cylindriques , contigus , ayant deux rangées de tentacules assez courts-, bouche cen- trale, ovalaire , plissée , saillante ; corps susceptible d'ex- r ansion - r ,àj otii} e n Polypier encroûtant , à étoiles laraellifères pressées , peu profondes , assez irrégulièrement hexagonales. Astroide jaune, Astroïdes luteus. Dl L T> c « Planche g/i , ngures 1-6. Les polypes que nous décrivons , sans savoir s'ils sont déjà connus, pourront former le passage entre les Actinies et les animaux des Aslrées. Ils tiennent des pre- mières par les polypes et des dernières par le polypier 3 leur longueur est de huit à dix lignes et leur diamètre de trois ou quatre-, leur bouche est centrale , ovalaire , plissée ; leurs tentacules sont très-nombreux , sur deux rangées , peu allongés, obtus et rugueux ; le corps, cy- lindrique , présente des stries longitudinales. Ces poly- pes , très-contractiles, se développent facilement en at- teignant la longueur indiquée , et lorsqu'ils se replient sur eux-mêmes , ils rentrent au fond du polypier dont les bords les dépassent : il n'y a alors de visible que les ten- tacules et quelquefois la bouche. Leur couleur, de l'as- pect le plus agréable, est d'un très- beau jaune orangé, plus foncé au centre de la bouche et aux tentacules. Il est impossible à la peinture de rendre exactement la transparence et la suavité de cette couleur. ( iSS) Quoiqu'ils sortent facilement à l'extérieur, ces polypes se contractent tellement an moindre contact ainsi qu'à leur mort , que nous n'avons pas encore pu en faire l'a- natomie. Le polypier est une masse encroûtante , pierreuse, qui ne nous a pas présenté pins de trois ou quatre pouces détendue sur trois ou quatre lignes d'épaisseur ou d'é- lévation. Les étoiles sont pressées , peu profondes, assez irrégulièrement hexagonales ; leurs lamelles sont assez peu marquées , et au fond de l'étoile est une petite élé- i vation. L'Astroïde jaune a été prise au mouillage de Guet- j taire , dans la baie d'Algésiras $ elle n'était recouverte ij que de quelques pieds d'eau. Veretille jaune, Verctillum lutehm(i). Planche <$A , figures 1-4. Cet individu , pris par seize brassqs de profondeur { dans la baie d'Algésiras , au mouillage de Guettarre , a ] six pouces de longueur étant rétracté , et plus d'un pied dans son développement complet. Il est très-charnu et a résistant, allongé, cylindrique, arrondi à une extré-fl mité, pointu, subcordiforme et muni d'une très-petite ] ouverture à l'autre. Il présente d'assez grandes différen- j ces selon qu'il est ou non rétracté; dans le premier cas j on aperçoit des stries longitudinales se croisant , parse- I mées d'une foule innombrable de petits tubercules et ( d'osculcs : ces derniers sont les ouvertures par lesquelles ' ( 1 ) MM. Quoy et Gaimartl avaient fait de cet animal un Alcyon ; mai» il est plus probable qu'il appartient au genre Veretille. Voyez le rap- port Je M. le baron (Juvier à la fin tics Mémoires. ( i8y ) sortent les polypes, dont quelques-uns montrent leurs rayons étoiles. Mais lorsque l'animal a acquis son plus grand dévelop- pement, à peine le reconnaîtrait-on : , ses plis sont ei!a- cés, él ses nombreux polypes étant sortis le hérissent de toutes parts. Ces polypes , dont quelques-uns ont près de deux pouces de long , sont très-pressés , cylindriques , creux , à liùit rayons étalés en rosette ; chacun de ces rayons est pourvu de denticules courtes et écartées , au nombre de di#ou douze de chaque coté. La bouche, placée au mi- lieu , est étroite , arrondie 5 elle communique avec une sorte d'estomac allongé , de couleur brune, composé de plusieurs faisceaux accolés entre eux , peut-être au nombre de six •, car il part de leur extrémité inférieure six filamens plissés , rougeâtres et comme floltans dans la cavité du polype. Le reste de cette cavité est entière- ment vide dans une assez longue étendue, ce qu'il est. facile de voir à travers la blancheur et la transparence de l'animal -, de sorte qu'on peut dire que les organes di- gestifs et générateurs sont situés à l'extrémité du polype : huit stries extérieures très-fines parcourent la longueur de la tige et vont se terminer à la pointe de réunion de chacun des rayons. Comme cet animal habite à une assez grande profon- deur où la lumière n'a que très-peu d'intensité, ses po- lypes rèiitrenf dès qu'ils sont exposés à l'éclat du soleil. Pour les voir se développer nous avions le soin de les tenir dans une demi-obscurité. Ce mécanisme avait lieu par intermittence , ainsi, nous trouvions l'animal quel- quefois contracté et d'autres fois développé. Le resser- ( iy° ) rement s'eiTecluait très-prompUjmetft ., mais il fallait au moins une heure pour que le développement s'opérât-, celui-ci paraissait dû à la grande quantité d'eau que l'a- nimal absorbait , soit par les polypes , soit par les porcs dont le corps peut être percé , ou plutôt par l'ouverture de son extrémité pointue. En effet, il arrivait quelquefois que cette ouverture lançait de l'eau avec force. La couleur est d'un jaune orangé parsemé de points un peu plus foncés; son extrémité pointue, qui est lisse, est du plus beau jaune-orangé sans mélange. Les polypes , à l'exception de l'estomac et des filamens , sont blancs. » 5, 6. Le même vu de profil et sous divers aspects. — Fig. 7 Deux individus à plat pour montrer le canal a qu'ils forment pour laisser passer les tentacules. — Fig. 8. Manière dont s'insère le chapelet des suçoirs et des tentacules. '— Fig. 9. Un tentacule très -grossi et tortillé. — Fig. 10. Le même tel qu'il est complètement développé j les ovaires et les suçoirs n'occupent qu'un seul côté de la tige. — Fig. 11 et 12. Ovaires et utricules très-grossis. B. Fig. 1. Orythie jaune. Fig. 2. Rosace de Ceuta grossie du double. a, ouverture de la cavité j b , dépression où se fixent les suçoirs et les ovaires. Fig. 3. La même vue de face pour indiquer la position de l'ouverture. Fig. 4. Rosace froncée. Planche v. A, Rhitophyse hélianthe. fig. 1. De grandeur naturelle, a, sa bulle d'air. — Fig. 1. La même sortie de l'eau. — Fig. 3. Suçoirs grossis. — Fig. 4- Ampoule grossie qui, placée au milieu des suçoirs, est probablement la bouche. — Fig. 5. Un tentacule grossi. — Fig. 6. Une portion du même exces- sivement grossie. — Fig. 7, 8. Appendices qui se groupent autour de la tige. B. Rhizophysc discoïde. Fig. 1. De grandeur naturelle. — Fig. 2. Ses suçoirs grossis. — Fig. 3. I Les tentacules ovariformes très-grossis. ( *9» ) C. Rbizophyse mclou. Fîg. i. De grandeur naturelle , avec ses deux ailes et telle qu'elle a été trouvée. — Fig. 2. La même restituée dans l'état qu'elle doit proba- blement avoir. — Fig. 3. Extrémité de la tige où est la bulle d'air. — • Fig. 4- Côte charnue vue en dedans. • — Fig. 5. La même vue extérieu- rement. — Fig. 6. Tentacule très-grossi. — Fig. 7, 8. Suçoirs grossis. — Fig. 9. Un des suçoirs montrant son ouverture frangée. Planche vi. A. Dianées. Fig. 1. Dianée ronde. — Fig. 2. Ses bras grossis. Fig. 3. Dianée conique. — Fig. 4- La même vue en dessus. Fig. 5. Dianée petite. — Fig. 6. Extrémité de son pédoncule. Fig. 7. Variété de la Dianée petite. — Fig. 8. Extrémité de son pédon- cule. S Fig. 9. Dianée bitentaculée. Fig, 10. Dianée funéraire. — Fig. 1 t. La même renversée pour montre; le disque intérieur. — Fig. 12. Ce disque vu de face. — Fig. i3. L même vu de profil. — Fig. i4- Partie centrale du disque vue de prof et grossie. — Fig. i5i Portion externe d'un des rayons du disque très grossi. B. Eqùorée chevelue. Fig. 1. De grandeur naturelle* C Phorcynie bonnet. Fig. 1. De grandeur naturelle. D. Campanulaire lisse. Fig. 1. Trois iudividus de grandeur naturelle. — Fig. 2. Un iudivii avec l'animal sortant de sa cloche. — Fig. 3. Le même avec l'auim rentré. — Fig. 4« Animal retiré de la cloche. — Fig. 5. Un tenta'ci tres-grossi. Planche ix. A. Veretille jaune. Fig. 1. Veretille jaune, moitié de sa grandeur naturelle et au trait. Fig. 2. Une portion du même de grandeur naturelle. — Fig. 3. 1 polype grossi. — Fig. 4- Un polype dont les rayons sont tronqu et montrant le tube digestif a, à l'extrémité duquel pendent cinq lamcns plissés b. ( "93) Nota, Pour faire ressortir les polypes on a été obligé de leur don- ner une couleur rosée , mais ils sont blancs et transparens , et reflè- tent la couleur de la Veretille. B. Astroïde jaune. Fig. i. Astroïdes jaunes de grandeur naturelle et sortant de leur poly- pier. — Fig. -2. Un polype grossi. — Fig. 3. Sa partie supérieure vue séparément. — Fig. 4- Le même vue de face. — Fig. 5. Coupe d'un polype grossi. — Fig. 6. Un tentacule très-grossi. Sur les Habitudes de VOrniihorhjnque. L'anthologie de Florence vient d'en donner un pré- cis dans son dernier fascicule parvenu à Paris, dé- cembre 1826. M. le chevalier Grégori , présent à un dé- bat élevé le 3 janvier dernier dans le sein de l'Académie royale des Sciences touchant les habitudes de l'Orni- thorhynque, s'est empressé de nous faire la communi- cation ci-après, qui y est relative. L Ornithorhynque est- il vivipare ou ovipare? Un appareil glanduleux existant sur les flancs de cet animal doit-il, ou non, être rap- porté à une glande mammaire ? M. de Blainville s'est fortement prononcé pour la détermination de M. Meckel, quand le Mémoire (1) de M. Geoffroy Saint-Hilaire , qui élevait des doutes à cet égard, fut lu à l'Académie. C'est dans ces circonstances que nous publions l'article de l'anthologie que M. le chevalier Grégori nous a si- gnalé. « L'Ornilhorhynquc habite les marais de la Nouvelle- (1) Sur un Appareil glanduleux récemment découvert dans COriu- thorhyrufue et faussement considère comme une glande mammaire. Voyez précédemment . lome ix , paye f\5j. x. i3 ( >94 ) Hollande. Il fait , parmi des touilles do roseaux, sur le bord des eaux, un nid qu'il compose de 'bourres et de racines entrelacées : il y dépose deux œufs blancs plus 1 petits que ceux des poules ordinaires : il les couve long*- temps , les fait éclore comm»les oiseaux , et ne les aban- donne que s'il est menacé par quelque ennemi redou- table. Il paraît que pendant tout ce temps il ne mange ni semence, ni lierbe , et qu'il se contente de vase , prise à sa portée , et qui suffit pour le nourrir : d«( moins c'est la seule substance qu'on ait trouvée dans son estomac. Lorsque l'Ornithorhynque plonge sous l'eau , il y reste peu de temps , et revient bientôt à lrf surface, en secouant la tête comme font les canards. Il parcourt les rives des marais en marchant ou plutôt en rampant avec assez de vitesse •, ses mouveniens sont prompts, et il est difficile de le prendre, parce qu'il a une vue excellente* Il n'emploie ordinairement qu'une nas rine pour respirer dans l'air , ce qui laisse croire qu'ilr ne se sert de l'autre qu'étant dans l'eau. Il se gratte la tête et le cou avec un des pieds de derrière , comme font les chiens : il cherche à mordre quand il est pris ; mais son bec , étant très-flexiblé et faible , ne peut faire aucu» mal. Le mâle, le seul qui soit armé d'un éperon à la jambe de derrière , emploie celle arme contre ses aggies- seurs. La blessure qu'il fait produit une inflammation et une très -vive douleur, mais il n'y a pas d'exemple qu'elle ait occasioué la mort. » Antologia di firenze, tome 24 , page 3o5. Nous regrettons que l'anthologie omette ordinaire- ment de faire connaître la source où elle puise les faits curieux qu'elle communique à ses lecteurs. Ceux qu'oii ( m ) vient de lire se rapportent assez fidèlement à une rela- tion de sir Patrick Hill, écrite à Sydney , sous la date du 3 janvier 1821 ,et imprimée dans les Transactions de la Société linnéenne de Londres , tom. i3 , p. 622 - y mais ils diffèrent par plus de précision ; ce qui nous fait croire qu'ils sont empruntés à une source autre et plus nouvelle. M. Geoffroy Saint- Hilaire avait écrit en Angleterre pour obtenir de nouveaux renseignemens sur les habi- tudes de l'Ornithorhyiique. Nous allons rapporter un extrait de la réponse que le célèbre anatomisle et pro- fesseur M. Southwood Smith a faite à M. Edwards . « Il n'y a , ni à la Société linnéenne , ni dans aucun autre dépôt de Londres , d'œufs d'Ornithorhynque. Une préparation avait été vue et déclarée pourvue d'un oeuf : sir Everard Home l'a examinée et s'est convaincu qu'il y avait eu méprise à cet égard. Ce savant a ajouté que per- sonne ne s'était donné plus dé peine que lui pour lever tous les doutes au sujet des Ornithorynques, mais qu'il avait espérance d'y parvenir , ayant intéressé à cette re- cherche le secrétaire d'état du déparlement des colo- nies. » Sur quelques Phénomènes géognostiques que pré- sente la position relative du Porphyre et des Cal- caires dans les environs du lac de Lugano ; Par M. Léopoid de Bue». I^s phénomènes remarquables observés dans la vallée de Fassa dans le.Tyrol démontrent de la manière la plus ( & ) éviden té ■ que : le porphyre augi tique (porphyr-uugà ) traverse les roches des Alpes dans toute leur longueur^ que de là vient même le soulèvement de toutes les mon- tagnes Alpines ; qu'il en résulte que des matières di- verses pénètrent dans les différentes sortes de rdclies j les modifient et les transforment souvent en de nou- velles substances : qu'enfin toute la chaîne des Alpes doit être, selon toute vraisemblance , considérée comme sortie en dehors d'une fissure immense qui s'est faite dans le calcaire des terrains de sédiment : tous les faits dont on peut déduire ces conséquences immédiàtea'jeÉ, manifestes se trouvent malheureusement situés de telle manière qu'on ne peut les observer que diflicilement pendant une très-petite partie de l'année. Les sommets de ces montagnes sont presque tous couverts d'une neige éternelle^ et les plus remarquables des pentes inférieures ne sont dégagées de neige que vers le milieu de l'été. C'est donc une circonstance heureuse de trduve*jflfs phénomènes analogues , la même variété et la même clarté de rapports réciproquement liés comme cause et comme effet , dans une contrée accessible à tout le monde, dans toute saison , même en hiver, et avec d'au- tant moins d'efforts qu'on peut faire la plupart et les plus importantes des observations sans presque quitter sa voiture. C'est sur les rivages toujours verts du lac deLugano, dans la Suisse italienne , et particulièrement sur la nouvelle route pratiquée au pied des rochers presque perpendiculaires de Lugano à Melide:>JJy3 Il est vrai qu'on savait depuis long-temps qu'une partie de ces montagnes consistait en porphyre ou en roches semblables-, mais cette connaissance reposait sur ( *97 ) des bases si peu solides , qu'on ne la jugeait pas digne dune grande attention, et encore moins s'attcudait- on, qu'elle pût jetter quelque jour sur la science géo- gnoslique. Déjà, en 1784, le naturaliste Lamanon , qui périt plus tard avec La Peyrouse, avait avancé que les mon- tagnes voisines du lac de Lugano consistaient en lave , et ceci fut répété d'après lui dans un almanach inti- tulé Etrennes pour tous las âges v publié eu 1790 à Lausanne. Mais Faujasditdaus son Essai sur les Trapps, que Lamanon avait reconnu lui-même plus. tard que ce n'était pas de la lave, mais du trapp. Breislack (Iustit. géolog. , 4? ^27) a remarqué, plus de trente ans après, qu'iL est frappant qu'entre le grand nombre de blocs qui se trouvent sur les collines de Brianza il n'y a pas un fragment de porphyre , quoique cette roche se ren- contre en place sur le lac de Lugano : il ne dit rien de plus, et c'est là tout ce qui a été publié sur ces contrées, Mais je possède déjà , depuis plusieurs années, une 1jiOtice.de M. Lardy résidant à Lausanne, dans laquelle ofceigéognoste distingué décrit exactement , tant les ppr- -ptyres rouges que les porphyres augitiques, qui for- ment la partie orientale du lac , appelle l'attention sur la singularité de leur stratification ,_ et les signale comme les premières montagnes de porphyre que l'on ait ob- servées jusqu'à présent en deçà des frontières de la Suisse. Cette découverte mit aussitôt les montagnes de por- phyre qui entourent le lac d'Orco, en Piémont, en liaison immédiate avec les grands phénomènes oJlèrts par les por- phyres dans le Tyrol , et montra îVteudue de ces rjaajwis ( m ) Àuis toute la partie sud des Alpes; car Bfocchi et Gua- landi firent connaître comment la même roche reparaît non-seulement dans les vallées intermédiaires , au-dessus de Brescia et de Bergame, sur la Mella, sur l'Oglio et sur le Serio , mais aussi comment des montagnes de Do- lomie se trouvent à l'entour du lac d'Iseo, lesquelles ne devraient pas moins exciter l'attention que les mon- tagnes du Tyrol même. Cette continuité des porphyres augitiques sur le bord sud de la chaîne des Alpes con- firme de rechef une loi vraisemblablement commune à toutes les chaînes de ' montagnes , savoir, qttè tou- jours des porphyres augitiques apparaissent au pied de la chaîne /là ou sa pente s'abaisse vers le pays plat. Stimulés par cet important écrit de M. L'ardy, nous allâmes, en septembre r8a5 , M. Bernard Studer, le cé- lèbre auteur de la monographie de la Molasse^ JJfi r fflN-". bert Mousson de Berne et moi , par la Valteline à Como, et de là , par la grande route , à Lngano. ta' ïh&iii vîmes le porphyre éloigné de peu de pas du Cap'dë ÊkgtfJ sotis le rocher de calcaire presqvie perpendiculaire tpiSVétën'd jusqu'au lac. C'est du porphyre rouge , qui renferme , à%s dodécaèdres de quartz en quantité. ïl y a aussi beaucoup de felspath qui se distingue de la masse qui l'entoure par sa couleur jaune-blanchâtre et par sa cristallisation 'dé- terminée. On y rencontre, mais rarement,' 'ces lamfcfe de mica gris et peu éclatant , avec des arêtes très-in- déterminées , comme cela est ordinaire dans ces por- phyres : on y chercherait aussi en vain de l'amphibole ou de Taugite. Vers Melano , des masses noireé traver- sent cette roche en filons puissans ; elles de venaîeiit' tou- jours plus épaisses et plus fortes , et allaient Cëhslam- ( <99 ) ment se perdre à une certaine profondeur sous la terre. Près du ruisseau de Suveidia , qui descend du fertile Monte-gencroso , elles formaient les deux cotés de la vallée. Encore là elles sortaient distinctement de dessous le porphyre rouge , mais sans que la séparation fût ré- gulière : la démarcation des deux roches était tantôt plus haute, tantôt moins élevée. Nous suivîmes la roche noire, en remontant le ruisseau de Suveidia , et après avoir monté pendant environ quatre cent pieds , nous atteignîmes , sur la rive droite , un mur de rochers qui s'avançait sans être adossé ; et c est là que nous vîmes , comme sur un profil, la séparation de ces roches. Le porphyre rouge était au-dessus , le porphyre noir ou au- gitique au-dessous, mais avec une démarcation si tran- chée , si singulière et si irrégulière, qu'on ne saurait douter que ce dernier n'ait pénétré avec violence dans le poephyre rouge. Plus haut encore dans la vallée, le porphyre qui contient du quartz (le rouge) ne domine *pjc sur le côté gauche du ruisseau, sur une hauteur de cinq cents pieds, jusque dans la proximité d'une cas- jeade perpendiculaire sous le village Rovio. Là le calr caire le recouvre et forme vers l'est toutes les mon- tagnes supérieures. Le porphyre rouge n'atteint pas le village de Rovio : la roche noire s'élève sans interruption sur la rive droite du ruisseau, et constitue d'une manière continue toutes les montagnes qui se prolongent en remontant le lac, pendant trois lieues , jusqu'à Campione. R.ovio est bâti sur cette roche , qui constitue aussi toute la série île collines qui sépare Rovio de Campione et de Bissone. La masse principale de cette, roche est toujours d'une ( 200 ) rouit! ni' très -foncée, d'un vert noirâtre , très-écailleuse dans sa cassure t-l pi us pesante q\ic la masse prineipalcdu porphyre rouge. On n'y trouvejamais un cristal de quartz, mais une grande quantité de petits cristaux d'un blanc jaunâtre ayant tout-à-fait la forme et l'éclat du felspath, et qui sont des cleavelandites ( /.juiO .<>guoi ai^dqioq L'alternance des différentes roches sur le coté orien- tal du lac est Lien plus remarquable encore. Toutes les collines qui entourent Lugano consistent en micaschiste, ainsi que le pied du Salvador et jusques à plusieurs centaines de pieds au-dessus. A peine les rochers sont- ils arrivés si près du lac, que la route devient presque perpendiculaire au-dessus de l'eau , que le micaschiste disparait tout-à-coup , et qu'on voit sortir des couches de conglomérat qui ressemblent complètement aux cou- ches d'argile rouge , telles qu'on les. trouve près d'Eise- nach. Les fragmens , de la grosseur du poing , consis* tent principalement en micaschiste, en quartz et sou- vent en porphyre foncé , que je crois être un porphyre rouge, contenant du quartz ; mais il ne s'y rencontre point de fragmens calcaires. Les couches s'abaissent ra- pidement de soixante-dix degrés vers le sud , et forment dans le lac un promontoire escarpé sur lequel est situé la chapelle de S.-Martino. Cette roche fragmentaire reste en place pendant près de dix minutes de marche : la pente des couches diminue insensiblement jusqu'à soixante degrés. Alors paraît au-dessus , une roehe calcaire com- pacte , d'un gris de fumée , en couches minces , ayant à peine un pied d'épaisseur. Elles s'abaissent comme les couches sur lesquelles elles s'appuient, et elles s'élè-' vent avec cette inclinaison le long de la montagne : mais dans leur prolongement vers le lac , l'inclinaison va toujours en diminuant, à un tel point, qu'an niveau le plus bas elle est à peine de vingt degrés. Ims couches , ( 202 ) en remontant, décrivent une courbe qui ressemble assea à une parabole. Plus on nvanee sur la ebaussée , pins ces couebes sont traversées de veinules minces , dont les parois sont recouvertes de rhomboèdres de dolomie. Des cristaux semblables se montrent aussi dans de petites cavités de Ja roche. Plus loin , la roche parait toute fis- surée et la stratification cesse d'être distincte. Enfin là où la montague, dans sa hauteur, devient presque à pic ' r les couches ne sont plus calcaires, mais entièrement dolomitiques. On ne remarque nulle part une séparation tranchée entre ces deux roches. Par l'augmentation des veinules et des géodes . la roche calcaire finit par disi- paraître tout-à-fait, et il ne reste plus que de la dolomie pure. Mais comme les fissures , les veinules et les! géodes ont dû être nécessairement de formation postérieure à celle de la masse qu'ils traversent , et, à plus forte rai- son, losminéraux qui en garnissentles parois intérieures, il devieulévident que la dolomie s'est formée aussi danfc celte localité par l'altération et la décomposition de la roche calcaire. Cette transformation remarquable lt es^ ici si évidente dans toutes ses particularités fit fi ; facile à suivre dans l'ensemble de ses. différences, o G>iO0Uq stances, que mes compagnons de, voyage pensaient que, fous les doutes devaient disparaître à cet aspect , la nihv, ture parlant ici un langage trop clair et trop intellj^ gible. La dolomie devient toujours p|us pure daus ;i l§ prolongement de la chaussée, toujours plus blanche çt, plus grenue , en même temps que les rochers deviqn,-» nent plus hardis , plus sauvages et plus escarpé^. $uj, |g sommet , où est bâtie la chapelle de .S.-Salv«i4& «lus .ta L'herbier recueilli dans l'Afrique centrale contient trente-trois espèces de cette famille , dont deux seule- ment n'ont pas été décrites, mais appartiennent à r am|. genre bien connu. ^fibuaqîo jjjnae II Les Mimosées n'offrent que troisjespèces , savoir :\A- cacia nilotica^ le Mimosa Habitas et YInga biglobosa > ou une espèce qui en approche beaucoup -, je ne déier*û mine cependant cette dernière que d'après des fruits (i) Extrait de l'Appendice botanique du Voyage dans V Afrique centrale , par le major Denham , le docteur Ondney et le capitaine Clap- pertou. • ,,,.)} i ( *9 ) murs attachés au réceptacle singulier en forme de mas- sue formée par l'axe de l'épi. Ces échantillons lurent recueillis dans le Borne u , et appartiennent à un arbre dont les habitans font le plus grand cas, et qu'ils appel- lent Doura. Suivant M. Clapperton , on fait griller les graines comme le café , puis on les écrase avant de les faire fermenter dans de l'eau; lorsqu'il se manifeste un commencement de putréfaction, on les lave et on les réduit en poudre pour en former des gâteaux assez sem- blables au cbocolnt , ce qui procure une sauce excel- lente pour toute espèce d'aliment. La matière farineuse qui enveloppe les graines sert à produire une boisson agréable : on en fait aussi une sorte de confiture. Le Doura du capitaine Clapperton n'est probablement que le NilLa dont parle Mungo-Park dans son premiervoyage, et ne diffère pas de Ylnga biglobosa de la Flore d'Oware de Palissot de Beauvois , qui nous apprend que c'est le Netj du Sénégal ; il remarque encore que Ylnga biglo- bosa décrit par Jacquin comme indigène à la Martinique* y aura été probablement introduit par les nègres, comme il l'a été à Saint-Domingue. ISInga senegalensis de ]VL Decandolle (Prod. y u * p. 44 2 ) peut encore appartenir à la même espèce. Il serait cependant possible que quelques-unes des plantes dont on fait mention ici fussent des espèces dis- tinctes, quoiqu'elles aient beaucoup d'affinité les unes avec les autres, et notamment par leur épi remarqua- ble et en forme de massue ; car il parait , d'aprèô des échantillons recueillis à Sierra-Leone par le professeur Afzelius , qu'il existe dans celte colonie deux plantes dont les épis ont cette même forme ; et dans le ma- ( 208 ) nuscrit de la Flora indien de Roxburgh on trouve la description de deux espèces qui ont une inflorescence semblable , et qui sont probablement distinctes des es- pèces africaines. Toutes ces plantes ont des caractères suffisans pour les distinguer du genre Inga , auquel on les a rapportées jusqu'à ce jour. J'ai nommé le nouveau genre qu'elles forment, et qui est un des plus beaux de l'A- frique équinoxiale, du nom de Mungo-Park, en mémoire de ce célèbre voyageur , qui en observa le fruit pendant sou premier voyage , et à qui la botanique doit , entre autres services essentiels , celui d'avoir découvert que la gomme-kino est le produit d'une espèce de Ptcro- (arpus(i). mutr,-.-;. sab noimaari l»*l k aakttp PARKIA. «q s a oo srKoJ Ord. nat. Leguminosœ mimoseœ ; caesalpincis proximum genus. Chah, cek. Calyx tubulosus ore bilabiuto (-■) 5 sestivationeimbricata! Petala 5 suhacqualia , supremo paulù latiore ; aeslivatione conniventi- irubricata. Slamiua decern , hypogyna, monadelpha. Legumen poly- snermum : epicarpio bivalvi ; endocarpio in locnlos inonospermos sarco» carpio farinacco tectos solubili. Arbores ( Africanœ et Indice orientalis ) inermes. Folia bipinnala , pinnisjoliolisque multijugis ; stipulis minutis. Spicas axiitares, pcduif culalœ, clavalœ,floribus injerioiibus {dimidii cylindracei racheos)'sœpe masculis. (1) Ou trouve, clans le second Voyage de Mungo-Park , p. 124 > e c'est une espèce non décrite de ce genre. Lorsque ce Voyage parut , je comparai l'échantillon de Park , qui n'est qu'en fruit , avec la figure pu- bliée par Lamarck dans ses Illustrations (tab. 602 , fig. 4 ) > et avec fa description de Poiret (Encycl. meth. botan. , 5 , p. 728) , et je le rap- portai au P. erinacea de cet auteur ; nom que je crois avoir été adopté par la pharmacopée de Londres. Depuis cette époque , le docteur Hoo- ker a publié un dessin de la même plante fait par feu M. Ruminer, et pen- sant que c'était une espèce nouvelle, il l'appela Pterocarpus senega- lentis. ( Gruy's Ti avals in ff'estern slfrica , p. 3<)5, lab. D.) ( »9 ) Vâmik i/Jiïcuna. Faillis sub-20-jiigu , pinuulis sub 3o-jugis obtusis in- tervalln axjuantiluis, cicatricibus tiistinctis parallelis, glandulu nd busin petioli , racEî communi eglandulosa , partiulum jngis (2-3) sutri « mis ghndula urubilicata. lnga higlobosa. Palis nn Beauv. Flore d'Ovale ,2, p. 53 , tab. 90 j 1 . Sabine in Hnrlic. Soc. ^Tiaitsact. , 5 , p. 444 i Decand. Prodr. , n , p. 4i 2 - .. \Inga senegalensis. Dëcasd. Prodr. ,2 , p. 44 2 - j Mimosa taxifolia. Puas. S'yh. , 2 , p. 326 , ri» 110. Nitta. Pabk.'s First Journey, p. 336 et 337. J'ai essayé précédemment de distinguer les Mimosées j des Césalpinées par l'estivation valvulaire des deux en- |ve!oppes florales et par l'insertion hypogyne des éta- 1 mines. MM. Kttntb et Auguste de Saint-Hilaire ont re- marqué des cas où l'insertion des étamines était périgyne, mais on n'a point encore vu d'exception à l'estivation valvulaire du calice et de la corolle. Cependant le Par- hia diffère des Mimosées , non-seulement par cette esti- vation , qui est imbriquée , mais encore par l'irrégula- rité très-manifeste de son calice et par l'inégalité de ses pétales , qui , quoique moins évidente , est cependant sensible. L'EnYTOPMLErM est un autre genre indigène de l'A- frique éqninoxiale, dont j'ai déjà eu occasion de faire mention dans le Voyage au Congo du capitaine Tuckey -, je le rapportai alors aux Césalpinées -, mais quoique ses étamines soient périgynes, je pense que cette plante ap- partient plutôt aux Mimosées. Dans ce genre, le calice et la corolle sont parfaitement réguliers , et leur eslivation, sï elle n'est pas exactement valvulaire, n'est pas du moins jfjajrement imbriquée , quoique les boutons ne soient ni aigus ni angulaires. On trouve par conséquent dans le Parhia et dans Y Eryr.nphleum des exceptions à tous b- 1-4 ( 210 ) caractères admis pour les Mimosées , ci ces Jeux genres ont quelque analogie dans leur port avec les Césalpinécs. Il est cepeudant encore possible de distinguer ces deux ordres l'un de l'autre , et je pense que ce sera nécessaire* Abandonner des divisions aussi naturelles et aussi éten- dues que celles dont il est question , par le seul motif qu'on ne pourrait pas les définir avec précision , ce sq-r rait décider que l'analyse de leur structure est complet^ ce qui , certes , n'est pas vrai , et en même temps oin de- vrait annuller plusieurs familles naturelles admises !ac- tuellement , entre autres , la classe à laquelle ces deux ordres appartiennent , classe universellement adoptée. Dans ses Mémoires sur la famille des Légumineuses M. Deoandolle ne marque point de caractères bien tran- ebés pour distinguer les Légumineuses des Téy«biuiJïa- cées et des Rosacées , les deux ordres qu'on suppose s'en rapproeber le plus. Il serait cependant possible que ces caractères , quoique non observés , existassent réelle- ment 5 et j'essaierai de montrer que les Légumineuses peuvent encore être distinguées , au moins des Rosacées, indépendamment des différences légères 1 mais imporr tantes , qu'on remarque dans la structure primitive et dans le développement de l'ovule. aiéijjçrgèfl oonfiit Dans le caractère des Polygalées , que .je. publiai en i8i4 (Flinders , auslr. 2, p. 54a), je remarquai les relations de position des parties des enveloppes florales avec l'axe de l'épi ou avec les bractées qui les accompa- gnent. J'introduisis ce caractère principalement pour distinguer les Polygalées des Légumineuses , et prouver que le Securidaca appartenait à la première famille^ quoiqu'il eût toujours été rapporté à la dernière. ( 211 ) M. de Jussicu , qui publia bientôt après les caractères KîleS'PtylygRl'ées , omit entièrement cette considération, et continua de rapporter le Securidaca aux Légumi- neuses. Néanmoins , dans le premier volume de son Pro- drorruiA M. Decandolle adopte les caractères et les li- mites des Polygalées tels que je les avais proposés, quoi- qu'il ne fût probablement pas lui-môme satisfait de la description qu'il a donnée des divisions du calice et de la corolle. La disposition des parties des enveloppes florales des Polygalées , relativement à l'axe de l'épi (savoir : le cin- quième segment du calice supérieur ou postérieur et le cinquième pétale inférieur ou antérieur) , est la relation ordinaire qui existe dans les familles dont les ileurs sont quinaires : cette connexion est renversée dans quelques cas, et les Lobéliacées , telles que j'ai proposé de les limiter {Flindi amtr. , 3, p. 55g), en présentent un exemple. Une inversion semblable existe dans les Légu- mineuses 5 mais cette classe s'éloigne également de l'ar- rangement général des parties de la fleur les unes à l'é- gard' des autres, arrangement qui consiste, comme je t'ai déjà fait remarquer (Prod. , p. 55g) , dans l'alter- nance régulière des divisions des organes voisins dans fa fleur complète ; ou connaît cependant beaucoup d'ex- ceptions à cet arrangement , et M. Decandolle a donné Une table de toutes les déviations possibles, toutefois sans déterminer combien on en a observé jusqu'à ce jour. Dans les Légumineuses la déviation cie l'arrangement admis comme le plus régulier consiste en ce que le pistil simple est placé en face du segment inférieur du calice. Les Légumineuses diffèrent donc des Rosacées , dans ( **> ) lesquelles on observe l'arrangement ordinaire,' -par ce double caractère, savoir, le rapport do position qui existe cuire le calice et la corolle, soit avec le pistil simple.; soit avec l'axe de l'épi ou avec les bractées. Mais dans les Rosacées qui ont le pistil solitaire et placé dans le pétale antérieur, la position de cet organe, par rapport à Taxe , est la même que dans les Légumi- neuses, ebez lesquelles il est placé dans la divisiriri»art* térieuredu calice. Je crois que dans toutes les familM j soit dicotylédones, soil monoeotylédones, c'est 'générale* ïnent la position qu'ajïecte le pistil simple et solilnil-è par rapport à l'épi ou aux bractées. On a dû remarquer la réduction fréquente du pistil dans les plantes cjui ont les autres parties de la ileur complètes quant au nombre; mais je ne crois pas qu'on ait, jamais fait attention à l'ordre dans lequel ces abstrac- tions des pistils ont lieu, ni aux rapports des sériés ré- duites avec les autres parties de la fleur. Il paraîtra peut- être assez singulier que ces observations nient suggéré l'opinion que , dans une fleur complète dont les parties sont définies, le nombre des étamiucs et des pidllgust égal à celui des divisions réunies du calice et de la co- rolle dans l'es Dicolylédones , et aux deux séries du pé- rianlbe dans les Monoeotylédones. Ce nombre d'étamines admis comme complet est ac- tuellement le nombre le plus ordinaire dans les Mono- colyîédones 5 et, quoiqu'il soil moin* fréquent daite les Dicolylédones que ce qu'on appelle un nombre symé- trique ou celui dans lequel toutes les séries sont égales en nombre, ou le trouve pourtant dans les genres Dé- caudres et Octandres cl dans le plus grand nombre des ( 31$ ) Légumineuses.. La tendance à la pioduclion du nombre complet, quand le nombre symétrique existe repliement, so manifeste dans des genres appartenant aux familles de H la pentandrîe qui ont les étamines opposées aux divisions ,| de la corolle : tel est le Samolus par rapport auxPrimu- [I lacées -, le Bœobotrjs par rapport aux Myrsinécs; car dans ces deux genres on trouve ciuq étamines imparfaites i et additionnelles qui alternent avec les étamines fertiles | et qui, par conséquent, occupent la place des seules i étamines existantes dans la plupart des familles de la peu- tandrie. On peut avancer encore qu'il existe des indica- . lions de ce nombre dans les divisions du disque bypo- gyne de plusieurs ordres de la pentandric. l 'HJ' Quant aux pistils , le nombre complet est également r ,rare dans les deux divisions primaires des plantes plié- nogames. Le nombre symétrique est Irès-géuéral dans les Monocotylédoues , tandis qu'il est beaucoup moins fréquent dans les Dicotylédones, qui éprouvent com- munément une réduction encore plus grande. . Lorsque le nombre des pistils est réduit à deux dans ,une fleur dont le calice et la ccrolle oui tous les deux des divisions quinaires, un de ces pistils est placé dans Jjm^es divisions du calice , l'autre est opposé à un pétale où à un segment de la corolle. En d'autres mots , l'ad- dition au pistil solitaire (qui est constamment antérieur ou extérieur) est postérieure ou intérieure. C'est là la jjosition générale des parties qui composent un ovaire biloeulaire ou un ovaire ayant deux placentas pariétaux , ^ct, dans les fleurs dont les divisions sont quinaires , je ne -pins me rappeler d'autres exceptions à cette rè ;U' qui' dans (juelques genres de Dilléniacécs. ( 4*4 ) H est tvès-digne de remarque que la position ordinaire des loges du péricarpe, biloculaire était bien connue 1 'de Cisalpin , qui distingua expressément les Crucifères des autres familles biloculaircs par cette particularité, lès loges y étant placées à droite et à gauche au lieu d'être antérieures et postérieures (i). En ce moment je ne dirai rien sur la position des pis- tils dans les autres degrés de réduction de leur nombre symétrique ; je ferai seulement remarquer que , quant aux Légumineuses , il serait important de déterminer la position des pistils dans les Mimosées pentagynes , qu'on dit avoir été trouvées au Brésil par M. Auguste de Sâint- Hilaire (?.). Sont-ils placés en opposition avec les divi- visions du calice , comme on pourrait le croire d'après la position du légume solitaire dans cette classe, ou bien doit-on s'attendre à les trouver opposés aux péta- les , ce qui est leur relation la plus ordinaire et leur position dans le Cnestis , quoique l'ovaire simple du Connarus (genre qui appartient à la même famille) se trouve dans la division antérieure du calice? Dans le petit nombre de Légumineuses qui ont les di- ••ii/i . • i î visions de la ileur quaternaire , comme dans plusieurs espèces de Mimosa , l'ovaire est encore placé dan6 une des divisions du calice. Quant au Moringa , qu'on avait d'abord rapporté à cette classe d'après l'opinion mal fondée qui voulait ab- solument en faire un Gullandina , il diffère certaine-^ ment assez de toutes les Légumineuses, non- seulement par son ovaire uniloculaire compose , a trois placentas, (i) C*salp. , de Planas , p. 327, cap. xv, et p. o5i, cap. jiii. (3) Dkcard. , Legum. , p. 52. ( 2 .5) pariétaux , mais encore par ses anthères simples unilo- culaires. Il me semble que eetle plante devrait former une famille à part (Moriiigcœ), dont la position parmi les séries naturelles n'est point encore déterminée. •Mi') h uni us )À uu.fi » la wioiJ Note sur un Fémur de Mastodonte à dents étroites (Mastodon aiigustidcns) découvert dans les terrains marins supérieurs des environs de * l ^Montpellier; j 3Ô80ïniM 2^1 enr,b eiijgiq e^B non Par MM. Marcel de Serres, Dubreutl et de Chhistol. ifi'b 'jrùoio al JÏBnooq cto 9m ■■!.;•»• ub éaqi Nous rapporterons le fémur, dont nous allons don- ner la description et le dessin . au Mastodonte à dents étroites , plutôt qu'au grand Mastodonte de l'Ohio , parce qu'on a trouvé des mâchelières de la première es- pèce à peu de distance de cet os , et enfin pnree qu'il offre quelque différence avec celui qui a été décrit d'a- bord par Daubenton (î) et ensuite par M. Cnvier (2), comme provenant du Mastodonte de l'Ohio. En outre , les ossemens fossiles de celte dernière espèce sont plus communs dans l'Amérique septentrionale que partout ailleurs •, peut-être même sont-ils exclusivement propres Ma' 'cette dernière contrée', ce qui doit faire supposer que notre fémur appartient probablement a la même espèce de Mastodonte dont nous avons trouvé les mâchelières, sur la détermination desquelles ou ne peu,l avoir de doute. L'os que nous allons décrire est un fémur droit en- tier dont la grosseur est énorme. Cet os, très- large vers son milieu, l'est encore plus à ses extrémités et (1) Mémoires de l'académie des Sciences pour 176?.. (2) Recherches sur les Ossemens fossiles , tom. i cr . pagî 2; j , pi. IV-, fig. 6 et 7. ( ^6) Mirloul a son extrémité supérieure. 11 est liès-aplati par sa face postérieure, creusé supérieurement d'une large fosse , et en bas , au-dessus des condyles , par une autre fosse d'une étendue à-peu-près égale à la première. Ces deux fosses sont séparées par une surface presque plane. i Le tiers supérieur de sa face postérieure est creusé par une large fosse qui va aboutir à la cavité trochan- tériennc , laquelle , évasée à son entrée , se. termine en se rétrécissant d'une manière sensible. Celte cavité trochan- térîenne représente assez bien une pyramide creuse , dont la base serait tournée vers la face postérieure du fémur , et le sommet , obliquement dirigé de bas en liant, et d'arrière en avant , indiquerait le point de jonction du grand troebanter avec le reste de l'os. Quant au tiers inférieur de cette même face posté- rieure, il présente une cavité d'autant plus profonde , que l'on se rapproche des condyles. Ces condyles sont inégaux , 1 interne étant plus élevé que l'externe. Considéré dans sa face antérieure , cet os est beau- coup moins aplati , surtout vers le milieu de la bail- leur , où il est comme arrondi. C'est là que le corps de l'os a le moins de largeur; il n'est pas sensiblement arqué, quoiqu'il soit un peu convexe en avant dans le sens de la longueur , mais comme il n'est nulle- ment concave postérieurement , son axe se trouve eu ligne droite. Il faut cependant remarquer que notre fémur ,: cou- cave dans la partie de sa face antérieure formée par le col , est légèrement convexe du côté externe dans une étendue moitié moindre et vers la face externe du grand trochanter. Le tiers moyen du fémur est également con- vexe à sa partie antérieure; le tiers inférieur plani- forme offre une surface irrégulière , mais plane dans la. plus grande partie de son étendue. Le grand troebanter est moins élevé que la tète du fémur. Le col , assez court , large , est tiès-aplali d'ar- rière en avant. Sa partie inférieure est beaucoup plus large que sa partie supérieure. La tête du fémur, demi- spbérique , ne montre pas l'empreinte du ligament ( 3, 7 ) rond , caractère qui parait commun à lous les Probos- cjdiens. ''itNows ferons encore observer que le grand troebanter présente vers sa partie antérieure et supérieure une large rainure dirigée obliquement de baut en bas et de dedans en dehors, tandis que tout le restant de la face externe du grand troebanter est rugueux et inégal. Au-dessous du grand trochanter et à la face posté- rieure de l'os existe l'ouverture d'un conduit nourri- cier, dirigé obliquement de haut en bas, et de debors en dedans. Enfin la partie la plus élevée du grand troebanter est séparée de la tète articulaire du fémur par un es- pace quadrangulaire , ou par un intervalle qui , s'il était fermé vers la partie supérieure , représenterait as- sez, bien un quadrilatère irrégulier. La figure qu'offre cet intervalle se rapproche assez de celle que présen te le Mastodonte de l'Oh.io , tel qu'il a été dessiné par Daubenion; dans le fémur de l'éléphant, cet intervalle ou échancrure est représenté au contraire par une ligne concave. Quant à la tète inférieure du fémur , elle a sa poulie articulaire un peu oblique, remontant très -peu en baut 5 le bord interne, plus saillant, est plus prolongé en haut que le bord externe. Vus à leur pariie posté- rieure , les condyles offrent des dimensions différentes , dimensions plus considérables dans le condyle interne qui descend plus bas que l'externe. Les faces internes et externes des deux condyles présentent des éniincnces osseuses séparées par des excavations irrégulières. La partie supérieure de la face externe du condyle externe est bornée par une éminence qui est la termi- naison de la ligne âpre du fémur. Le fémur est lisse dans tout le reste de son étendue. Les condyles sont nettement séparés l'un de l'autre, dans notre fémur , ce qui le distingue de celui de l'élé- phant fossile où les condyles, très-rapprochés , ne lais- sent après eux qu'une espèce de fente , tandis qu'il existe ici xtne séparation hien marquée. Celle tète inle- rieure est plus large que hmguc dans le Mastodonu :, ( 3i8) dans l'éléphant fossile, le diamètre antéro -postérieur et le diamètre transverse sont au contraire presque égaux , en sorte que la surface articulaire de la tête in- férieure du fémur représente en quelque sorte un carré. Elle est aussi plus étendue transversalement que d'arrière en avant dans le fémur de notre Mastodonte , comme dans celui de l'Oliio. La ligne âpre part de l'extrémité postérieure du grand trochanter, dont elle forme comme la limite en ar- rière. Elle s'efface dans la presque totalité du tiers moyen de l'os , mais arrivée un peu au-dessus du tiers inférieur, elle se fléchit brusquement d'arrière en avant, et de dedans en dehors. Ce n'est plus alors une ligne, mais une crête très-saillante , un peu oblique , d'abord dans son cinquième supérieur, se prolongeant ensuite en ligne droite dans le reste de son étendue , et tom- bant sur l'extrémité supérieure du condyle externe. Ce caractère est-il purement individuel, ou est- il spécifique? C'est ce qu'il nous est impossible de dire, faute d'objets de comparaison suflisans. Ce qu'il y a de certain , c'est que si la figure donnée par Daubenton dans les Mémoires de V Académie des Sciences pour 1762 est exacte , comme elle se rapporte à un fémur droit du grand Mastodonte (Mastodon giganteum) , et que pré- cisément notre fémur est du même côté , la ligne âpre pi'ésenterait une différence frappante dans sa direction , dans les deux grandes espèces de Mastodontes. En eÛét dans le grand Mastodonte , la ligne âpre arrivée au tiers inférieur et à la face postérieure du fémur , se fléchit tout-à-fait à la face externe, en se redressant et for- mant une légère éminence indiquée par Daubenton, par la lettre E , laquelle éminence, au lieu de se prolonger par une ligne droite jusqu'aux condyles , comme dans le Mastodonte à dents étroites, s'abaisse de dehors en dedans en formant comme une ligne courbe qui occupe à-peu-'près la moitié du tiers inférieur , en se redressant ensuite brusquement vers la naissance des condyles. Lorsque M. le professeur Nesti de Florence aura publié la description du squelette presqu'entier du Mas- todonte à dents étroites découvert en Toscane , on pourra ( 219 ) facilement s'assurer si le caractère pris de la diversité de direction et de forme de la ligne âpre est réellement un caractère spécifique ou purement individuel. On pourra alors en déterminer l'importance. Mais dans l'état actuel de nos connaissances sur l'anatomie d'une espèce qui ne nous est presqtie connue que par les ma- chelières , nous ne pouvons décider une pareille ques- tion. Le bord externe de notre fémur près de la partie infé- rieure du grand trochanter est mousse. Ce bord externe 'est représenté dans le tiers inférieur par la terminaison de la ligne âpre. Le bord interne est également mousse dans toute son étendue , excepté cependant vers le tiers supérieur , où il offre une sorte d'avance ou de saillie immédiatement placée sous le col fémoral , saillie qui n'est que le petit trocbanter. Ce petit trocbanter n'est remarquable que relativement à son étendue de bas en haut qui est assez considérable , car son épaisseur et sa saillie en dehors sont si peu sensibles , comparative- ment au grand trochanter , qu'il semble comme effacé. En résumé, notre fémur diffère de celui de l'Elé- phant même fossile , i°. par sa plus grande largeur sur- tout au milieu de l'os ; 2 . par son plus grand aplatisse- ment d'avant en arrière ; 3°. par la distance ou la grande échancrure qui existe entre les condyles ; 4°- enfin par le diamètre transverse de la tête inférieure bien plus grand que son diamètre antéro-postérieur. Il semblerait encore différer du grand Mastodonte par la forme et la direc- tion de la ligne âpre , enfin par sa plus petite taille et ses proportions généralement moindres. En ellèt , M. Cuvier donne une longueur de i m , 088 au fémur du grand Mastodonte, tandis que celle du nôtre , n'est que de o m , 910 , d'où la différence égale o m , 178. Comme toutes les autres dimensions suivent le même rapport, il paraîtrait que le Mastodonte à dents étroites devait être d'une plus petite taille cpie le Mastodonte de l'Ohio , ce que semblent prouver les mesures compa- ratives que nous allons donner des fémurs des deux espèces. ( 220 ) Dimensions du fémur du grand Mastodonte d'après Cuvitr, el du fémur du Mastodonte à dents étroites d'après nos obscr-l ■-. — . ■■ .. i. Jii ■ y = b '»iKi FiMCR Ma'.odon*. Longueur depuis la l'éle du fémur «luMasto limite û ( lcnU étroites. ijKMtf) jusqu'au condyle interne 2°. Longueur depuis l'extrémité du. r . gVancl troclianter jusqu'au condyle i,ob8 o,<)to m cri saufiled 18 fiJ 0,870111 »rJ'Ifif^RH ■ o,V{o 0,100 ? nii; )!);•» . ?.-v>Ufil )'l i 0.1 '10 , i 0,010 DifreremM entre les il allumions. 0,178. evternc tfb.iiO ZoU ITO 3°. Largeurouhauteurdu/émur, prise,, q 8 grjfifo du bord do la tête h l'extrémité su- périeure du grand trôchanter. 0/1^0 \ n . Diamètre antéro- postérieur pris dans la partie supérieure de l'os ou ,| rf !!'»■> e. ~\l du grand troclianter 0,1 5o 5°. Diamètre antéro -postérieur du corps de l'os ' : i/lô|) jfi'!jyf le sens delà largeur-- •■■_ ■■- », . ...(^oflrfSft,., o n . Diamètre de la tetedu femur daus le sens de la hauteur o,l8o'>* "'■> ityWH M'è\w4 90. Diamètre antéro -postérieur du aSrJ d&d'O-fiï col du fémur près de sa base. ,?,,„». -i, r „o,o34 , , ,, » iW Largeur lie la partie moyenne 2'j5hbJ«H« »* »? n^^ du fémur 0,180 i 'ti^liBD . UD.V8#4» u». Largeur ou hauteur de la £hi 9 rn9léïjns JlIOê 8/jli'J un 00j|| inférieure 0,20.0 o.aAo 1 , o/>5o 12». Largeur ou hauteur des con- ,a otKw »»..9l MUI r. dyles. «601. «ald-ea- ul> .tk'iJx) ^udjuaifo j lârâofl i3». Largeur du condyle interne.- - Vna ;,j. f; [ } sfijifô) B j ^^f) J il\°. Largeur du condyle externe- • • » 0,120 » i5°. Diamètre antéro -postérieur du condyle externe J»1 ififc Diamètre antéro -postérieur difc ?oa 9 j> )jif B0( a gk)1 e „J condyle interne (ij- •• • » 0,100 IJ 17°. Largeur de la poulie, prise au- '«* 69b 8Ï1U 691 ! DnBJgtl dessus des condyles / jrrpl «i 80*jaiW6>lfi.O g iS«. Rainure existant entre les con- dyles , prise dans la partie p?,#" fii e W P êU l J9 n , 0Xj * ™™<* rieure de l'os ou de l'cclianr.rurc ïWp SO 81Î Vlb 891 *9 ; léi J.9 qui sépare les coudyks ....... idêPlOV VClU «&ft[> la: jM .M db aiioinàM al sa^o^ (1 r (1) Les diamètres SHléi-Ç-postérj^rsid^jJ^^ï^pitfajfi^igfàffl de la poulie articulaire h la partie postérieure des condyles. ( fc^I ) Notre -fémur de Mastodonte à dents étroites est en grande partie pétrifie, comme les os du même Masto- donte que l'un de nous a déjà décrit (i). Il contient de la matière animale, du phosphate calcaire, et le cin- quKaieide sou poids de carbonate de chaux, c'est-à-dire plus que n'en ont les os frais -, aussi est-il très-cassant , quoique sa dureté égale presque celle de la pierre. Sa couleur est jaunâtre avec des nuances plus ou moins fon- cées dues à de l'oxide de fer. La substance compacte est très-épaisse, surtout dans la partie moyenne, où l'os est du reste iistuleux , n'étant nullement tapissé dans son intérieur par des cristaux de spath calcaire , comme les os saisis par des brèches calcaires. Les substances celluleuse et réticulaire sont aussi pétrifiées ; les cellules ont conservé toute la délica- tesse de leur tissu, n élantpas incrusiées. Après son extraction du sable il s'est desséché et fendillé; il a durci comme tous les os que l'on relire de nos sables marins légèrement micacés. Les côtes de cé- tacés ( Lamantins, Dugons, Borguales) que l'on trouve en si grande abondance dans les mêmes sables ne se fen- dillent jamais en se desséchant. Cette diilérence tient probablement à la grande compacité de ces côtes, et à l'absence des substances celluleuse et réticulaire qui existent dans les os des mammifères terrestres , et enfin à ce qu'elles sont entièrement solides , sans aucune trace de fistule. Ces côtes sont cependant tendres et fragiles au moment où on les extrait du sable: mais elles acquièrent à l'air la dureté de la pierre et une assez grande téna- cité. Les ossemens de Mastodonte que nous avons observés dans trois localités de nos environs 'et à demie lieue de distance les uns des autres , nous ont tous présenté les mêmes caractères , la même dureté , le même état de conservation et jusqu'à la même couleur. Outre la ma- . chelière et les divers os que l'un de nous a déjà déerilj , nous citerons une vertèbre, un os du métacarpe, et (') Voyez le Mémoire de M. Marcel de Serres sur les divers débris de Mastodonte a dents étroites découverts récemment dans plusieurs lu- calités de la France , et surtout dans les environs de Montpellier. ( 222 ) enfin le fémur dont nous venons de donner la des- cription. Comme ce fémur appartenait à un jeune sujet, la tète n'était pas encore souciée d'une manière Lien solide avec le col; aussi s'est-elle détachée avec la plus grande facilité. On distingue très-bien sur les deux portions qui se joignent , des dépressions et des aspérités qui s'en- gagent les unes dans les autres; mais dans cette sépara- tion de l'épiphyse , l'os n'a éprouvé aucune sorte dé déchirure , ce qui indique que la séparation s'est faite sans efforts , et par suite que l'ossification n'était pas complète. v>9baiÏBki Ce fémur a été trouvé dans les terrains marins supé- rieurs des environs de Montpellier, par M. Grimes , qui a bien voulu nous permettre de le décrire et d'en prendre un dessin. Il était au milieu des sables marins qui com- posent cette formation dans nos environs et presque c?ah§ les mêmes couches où l'on trouve des débris de mammi^ fères marins , de poissons , de mollusques. C'est sur la rive gauche du Lez à quelques mètres au-dessus de cette* rivière et à 5 mètres au-dessous du sol , dans le lieu' nommé Soret, que cet os a été découvert, : à Une dis- tance d'environ demi lieue du point où l'on avait déterré plusieurs màcheïières de la même espèce et à 28 où an mètres au-dessus de la méditerranée. Ces terrains marins de Soret sont composés 3 pb Jnsnral i°. D'un sable blanchâtre marin , demi dur, d'une épaisseur de i m , 10 à i m , 20. 2 . D'un sable jaunâtre , également marin , mou et fa- cile à excaver , ayant une puissance de o m , 60 à o m , 70. 3°. De couches de grès calcareo-quartzeux . ou sablé endurci , d'un blanc grisâtre . d'une épaisseur moyenn de o m , 5oào ra ,6o. 4°. D'un sable jaunâtre marin dans lequel on trouve des huîtres (Ostreci imdata, Lamarck) , assez générale ment disposées en banc , et des rognons de silex pyro- maque, le plus souvent très '-altérés. Cette couche re cèle aussi des débris de mammifères terrestres et ma vins, avec quelques débris de poissons de mer, tel que des dents de Squales , d'Annarrhiques , de Daurades ( 223 ) (Spams) et de palais de Raie. Sa puissance varie entre i m , '20 et i m , 4°- 5°. D'un sable blanchâtre plus ou moins endurci. Ces sables renferment une grande quantité de concrétions de grès ordinairement arrondies et terminées comme les larmes bataviques dont elles rappellent assez bien la forme. Ces concrétions y sont disposées en lits horizon- taux et quelquefois continus. Leur pointe n'ast point re- dressée mais couchée , en sorte que l'axe de ces singu- lières concrétions est parallèle aux couches où elles se trouvent. Cette position constante prouve que la forme globulaire de ces concrétions n'est due à aucune espèce de transport , ni à un frottement quelconque. Aussi les concrétions suivent-elles l'inclinaison des couches. Cette 1 ' • J m c couche a une épaisseur de o , oo a o , 70. 6°. D'un sable jaunâtre doux et facile à excaver , offrant de nombreuses huitres à bec (Ostrea undata Lamarck) en bancs continus et bien distincts. Les cou- ches de ce sable sont souvent disposées en lits ondulés el sinueux. C'est à environ 5 mètres au-dessous du sol qu'à été déterré le fémur de Mastodonte que nous ve- nons de décrire. Dans la même couche dont l'épaisseur n'est pas connue , l'on a également découvert des ossu- mens fossiles de mammifères terrestres des genres cerfs et boeufs , ainsi que des mammifères marins , principa- 1 . 1 t .■ v lement des Lamantins. n ii- 1 j • • Lomme Jes diverses couches des terrains marins de Soret ne sont point parfaitement horizontales, étant plus ou moins inclinées, les unes de l'est à l'ouest, et les autres du nord au sud, dans le sens de l'ouverture de la vallée du Lez , les épaisseurs des couches de cette forma- lion sont souvent inégales : aussi ne donnons-nous l'é- paisseur que nous venons d'indiquer que comme une moyenne approximative de leur puissance. r Enfin nous ferons observer que la plupart des sables qui font partie de nos terrains marins supérieurs , sont composés de petits grains quartzeux , mêlés de petits | grains calcaires et argileux plus ou moins colorés par ! des oxides de fer. On y distingue parfois , et avec une forte loupe, comme des débris de coquilles marines. ( à*4 ) C'est dans les mûmes terrains sabloncux qu'on trouve les Spinetles ronges et noires (ceybmitc ou pleonastc) que l'un de nous a décrites ailleurs (i). Ces mêmes sables offrent une assez grande quantité de dénis et de palais de poissons marins , principale- ment d'Anarrbiques (A nnarrhicas Lupus) de Sparus et de Squales. Les dents de Squales que l'on y rencontre appartiennent pour la plupart à de petites espèces-, it n'en est pas toujours de même de celles des Anar- rhiques , qui par leur grosseur signalent des espèces de la taille du loup marin actuellement vivant. On y ren- contre les dents tuberculeuses postérieures avec les dents antérieures que l'on reconnaît aisément à leur forme co- nique et plus allongée. D'autres de ces dents poun aient bien avoir appartenu à des espèces des genres Blcnius et Clinus , car certaines sont fort courtes et pointues , comprimées sur leurs faces latérales ou taillées en bi- seau comme les dents incisives des Rougeurs (2). EXPLICATION DE LA PLANCHE X. Hg. 1. Fémur droit de Mastodonte à deuls étroites ( Mastodons angus- lidens) réduit au ~, vu par sa face antérieure. Fig. 2. ld. vu par sa face postérieure. Nous joignons ici le dessin de l'humérus de tortue décrit dans le Mémoire que uous avons publié t. ix , p. 3g4dece recueil. Fig. 3. Humérus droit de tortue de terre, placé sur lu gangue tel qu'il s'y trouve, et dans la position naturelle à l'animal. a, grosse tubérosité dent l'extrémité supérieure a été détruite; b, base triangulaire, seul vestige qui subsiste de la tête de l'humé rus; c, col ou pédicule qui soutenait l'apophyse appelée petite tube-', resité; d , extrémité de l'humérus , qui manque en totalité ; e, portion de plastron ; e'e'-e', petites portions de plastron disséminées dans h pâte calcaire. (1) Observations pour servir h l'Histoire des volcans éteints du ddpcm lement de l'Hérault, par M. Marcel de Serres , p. 61 et Si. ■ (2) L'on observe également dans les mêmes sables des dents de dau- phin, qu'il est facile de reconnaître depuis l'excellente descriptioi .(u'en adonné l'illustre auteur de l'Auatoiuiu comparée. ( 225 ) Observations zoologiqu es faites à bord de V Astrolabe , en mai 1826., dans le détroit de Gibraltar ; Par MM. Qtjoy et Gaimard, Médecins de la Marine , Naturalistes de l'expédition. ( Suite et fin . ) Description des genres Biphore , Carinaire , Etale , Flèche , Cléodore , Anatife et Briarée. Biphore bicaudé , Salpa bicaudata, an Salpa democralica? Forsk. , jfEgypt. , p. : 1 3 , et Je. , pi. 36 , fig. g. Planche SA, figures i, 2. Ce Biphore a son extrémité antérieure terminale, tronquée , large , la postérieure munie de deux longs appendices mous et rougeâtres. Le corps , assez mou , offre à la partie supérieure la division très-marquée en X de l'artère aorte. Des stries rougeâtres , excessivement fines et ramifiées , partent du nucléus ; ce qui donne à cette partie de l'animal la forme d'une grenade épanouie. Ces stries ressemblent assez bien aux fines injections sanguines des membranes sé- reuses : quelques individus en avaient sur différens points du corps. Ce Biphore appartient à une division que l'on pour- rait faire de Biphore s à canal intestinal court. Dans d'autres espèces où. le canal intestinal occupe toute la x. — Mars 1827. l & ( 226 ) longueur «lu corps , l'anus s'ouvre près de l'extrémité que nous nommons antérieure , mais qui n'est pas pour cela la boudin , ainsi que nous l'avons dit ailleurs (i). Sa longueur est de quatre pouces. 11 a été pris dans la Méditerranée, à l'entrée du dé- troit de Gibraltar. BiPHOre cordiforme, Salpa cordiformis. Planche 8 A , figures 3, 4', 5,6. . * Le nom de ce Bipliore est dû à la partie postérieure de son corps , qui présenté la forme d'un kiosque , ou~ plutôt celle d'un cœur très-pointu au sommet. Sur les parties latérales on remarque deux pointes ; l'ouverture qui les avoisine est festonnée. L'extrémité antérieure, à ouverture tout- à-fait ter- minale, est coupée net et carrément. Cinq stries vasculaires transversales , coupées par une strie longitudinale , ceignent le corps de ce Bipliore. Un paquet d'ovaires très-développés , auquel tient une sorte d'oviducte beaucoup plus petit , entoure le nu- cléus. Long d'environ quatre pouces. Il a été pris dans la Méditerranée, près de Gibraltar. Bipiiore microstome, Salpa microstoma, an Salpa zonaria? 'Encycl. , pi. ^B , iig. 8-10. Planche SA , figures 7, 8 , 9. Cette espèce assez petite, longue d'un pouce et demi, se fait remarquer par une pointe courte , tronquée à son extrémité antérieure', et par une autre un peu plus ai- (1) f^oyage âe /'Uranie, Zoologie , p. 4y8. ( 22 7 ) gué à Ja postérieure. Les deux ouvertures sont silure, à Ja partie supérieure du corps ; toutes les deux, petites et à lèvres épaisses , ne sont point terminales. La forme du corps est subovalaire , variant un peu dans quelques individus ; ainsi , l'un d'eux avait la pointe postérieure excessivement courte. Le nucléus est jaunâtre , et cinq bandes vasculaires entourent le corps. Les ovaires, dans plusieurs individus , au lieu d'être, comme dans quelques autres Biphores, un chapelet ar- rondi entourant le nucléus , sont ici placés à droite , et formés de quatre points pédicules et fixés au côté comme le sont des pois dans leur gousse. Sa longueur est d'un pouce et demi. 11 a été pi is , comme les précédens , dans la Méditerranée , près de Gibraltar. Cauinaire. Trois petites lames brunes , triangulaires , forment les parois latérales de la bouche; elles sont garnies de pe- || tites élévations triangulaires de même couleur, avec celte différence , que les moyennes présentent leur concavité obliquement eu bas et les latérales obliquement en haut. Les moyennes ont de plus au milieu trois petites dents très-aiguës , et sur chacune des parties latérales règne une rangée de dents ou soies recourbées en crochets ex- cessivement aigus , accouplés deux à deux par leur base, et d'autant moins longs qu'ils sont plus postérieurs 5 ils se couchent dans les intervalles des rainures ci -dessus indiquées 3 de chaque côté est une petite membrane sub- cornée , finement ciliée, qui parait être la racine de ces crochets. ( a a8 ) Deux muscles très-forts , placés à côté du palais ou de l'appareil buccal . servent à le mouvoir. De plus, tout 1 - «à-fait au commencement de l'œsophage et à toucher lés lames cornées , on voit deux petites plaques minces , subtriangulaires , ayant beaucoup de rapport avec les cartilages tarses des yeux humains; elles sont de couleur rouge-brun, et formées de petites plaques hexagonales. Après les deux muscles buccaux viennent des fibres musculaires transversales , puis un oesophage très-charnu dont les fibres sont longitudinales. L'oesophage situé à la pointe du triangle que forment les lèvres cornées est assez grand et muni d'une petite langue charnue-, son orifice est plissé : il se rend aussi- tôt dans la cavité intérieure , qui est très-grande , sans apparence de renflement stomacal. Tout-à-fait à la par- lie supérieure est un corps d'un rouge violacé, pyri- forme, très-allongé, de deux pouces de long, terminé en pointe , susceptible de se recourber, s'ouvrant par une large ouverture froncée à la partie supérieure et postérieure de la bouche. Est-ce une glande salivaire ? Tout semble l'indiquer. Ce corps se prolonge postérieu- rement dans la grande cavité intérieure et n'y a aucune is- sue apparente ; son intérieur est tapissé d'un pigmentum violet presque noir. lies yeux , noirs et quadrilatères à leur base , font saillie à travers la peau extérieure ; la cornée transpa- rente est arrondie 5 la sclérotique semble se confondre , pour la couleur, avec le corps de l'animal. Le cristallin brunâtre , entièrement sphérique comme celui des pois- sons , presque aussi résistant , est gros comme une têtt d'épingle. La choroïde laisse à nu des intervalles à tra-: ( 22 9 ) vois lesquels ou peut voir l'humeur vitrée, qui esl abon- dante; le pigmenium est d'un beau noir. Nous croyons avoir aperçu un rudiment de tapis. Les tentacules sont très -petits, fins , déliés et placés à la partie interne des yeux. La nageoire , rose , a une tache de laque , arrondie à sa partie postérieure et inférieure ; elle est formée de- deux plans de fibres très-fines , qui paraissent s'entre- croiser dans l'état frais , tandis que d'autres fibres suivent le contour inférieur et croisent ces deux plans. Cette nageoire , qui présente quelques taches rondes vers son limbe , se dédouble à sa partie postérieure , à l'endroit de la tache couleur de laque , pour former une petite ventouse destinée vraisemblablement à fixer l'animal. Ce n'est qu'en l'ouvrant que l'on peut bien voir les nom- breuses fibres musculaires qui viennent se rendre en, rayonnant à sa base. Le système nerveux n'a pu être aperçu à travers, l'enveloppe de l'animal , ainsi que cela a lieu dans les Firoles et peut-être aussi dans quelques espèces de Ca- rinaires ; ce qui tient à ce que les parois de la grande cavité intérieure , qui sont fibreuses et comme muscu- laires , étaient elles-mêmes d'une trop grande opacité. Voici les particularités qu'il nous a présentées. Il est formé de deux ganglions et d'un plexus. Le premier , ganglion , ou le moyen , est celui qui occupe l'intervalle des deux yeux 5 il est composé de quatre petits tuber- cules agglomérés , ainsi que l'a fait voir M- Cuvier dans son Mémoire sur la Ptérotrachée, qui était une Cari- naire incomplète. (Voyez Mémoires pour servira V his- toire et à ïanatomie des Mollusques, pi. 3, fig. i5-i7-) ( a3o ) il en part un faisceau nerveux considérable allant dans I les muscles de chaque côté, et de plus, un nerf optique I isolé , assez gros. Un filet s'en sépare à droite et va com- \ muniqucr avec le système nerveux central, qui est formé I d'un long filet qui s'étend depuis la bouche jusqu'à la partie postérieure où se trouve un autre ganglion dont nous parlerons. Cet axe nerveux passe dessous les gan- glions optiques, ou ce qu'on peut appeler le cerveau, sans y adhérer; A la bouche , il s'élargit en un plexus , envoie de chaque côté des filets aux muscles buccaux -, il | en fournit également un grand nombre au pharynx , reste isolé quelque temps , et bientôt après envoie dans le j corps à droite et à gauche, mais surtout à droite , de nom- ! breux filamens qui se subdivisent en se perdant dans l'en- | veloppe fibreuse de la grande cavité. Il s'unit ensuite , un peu au-dessus du faisceau musculaire de la nageoire , à un ganglion formé aussi de quatre petits tubercules desquels partent de nouveaux faisceaux très-nombreux , divergens , qui vont à l'appareil musculaire de la na- I geoire. Deux surtout, plus considérables, s'enfoncent! perpendiculairement pour aller se répandre plus pro- , fondement dans sa substance. Cet animal , quoique doué d'une organisation très- compliquée , a les mou vemens excessivement lents. Ses yeux , si bien conformés , ne paraissent pas lui être d'une grande utilité. 11 était privé de sa coquille ainsi que des viscères qu'elle est destinée à protéger 5 aussi n'a-t-on fait que l'indiquer dans le dessin (1). (1) Comme l'individu décrit par MM. Quoy et Gainiard était incom- plet nous n'avons pas cru nécessaire de reproduire les dessins qui ac- compagnaient leur description. R- ( s3i ) Celte Carinaire a été prise le 19 mal 1826, dans le détroit de Gibraltar, par M. Guilbert, officier de Y As- trolabe. Hyale mucroînée, Hjalœa tnuçronata. Planche 8 B , figures 1, 2. Son lest est légèrement bombé, cordiforme , terminé par une pointe très-longue inférieurement. Il est pro- bable que cette pointe est naturellement ouverte , à moins que ce ne soit une rupture; ce qui pourrait bien être , puisque les deux autres pointes latérales , très-ai- guës , placées un peu plus vers la partie supérieure, ne sont point ouvertes à l'extrémité. La grande ouverture supérieure, par laquelle l'animal fait sortir ses pelites ailes ou nageoires cépbalo-tbora- ciques , s'étend d'une pointe latérale à l'autre ; mais elle est plus évasée au milieu. Le bord dorsal est retourné en dehors, et l'opposé, légèrement bombé, est un peu plus saillant. Il n'existe point d'autre ouverture que celle - là. L'Hyale mucronée diffère donc en cela de toutes les au- tres espèces du même genre , qui sont fendues sur les côtés pour le passage des lobes du manteau. Des deux valves, la dorsale , un peu plus bombée, a cinq petites côtes longitudinales peu élevées -, la ventrale paraît n'en avoir que quatre : toutes deux sont très-fine- raent striées transversalement. La couleur du test est brun rougeàtre -, les trois ai- guillons et le milieu du corps sont les seules parties transparentes. Les deux nageoires céphalô- thorat iques de cette Hyale ( 232 ) sont blanchâtres et légèrement éshancrées à leur extré-* mité 5 caractères qui leur sont communs avec un troi-? sième lobe moins étendu , qui se déploie sur la coquille et la recouvre : dans leur intervalle on voit la bouche. On distinguait très-bien , à travers le test à gauche , les battemens du cœur ; deux points noirs sont probablement le foie. Cette Hyale , prise dans le détroit de Gibraltar, près, de Ceuta , est d'un volume comparable à celui d'un très- petit noyau de cerise. La figure i montre sa taille natu- relle 5 elle est représentée , grossie, dans la figure 2. Genre Flèche , Sagitta. Animal libre , gélatineux , transparent , cylindrique , trés-allongé , ayant une tête, probablement des mâchoi- res , peut - être des yeux 5 queue horizontale , aplatie comme dans les Cétacés : deux nageoires de chaque côté, le long du corps. Flèche deux points , Sagitta bipunctata. Planche 8C, figure 1, 2, 6, 7. Cet individu , dont l'organisation ne nous est point assez connue pour être rapportée , soit aux Zoophytes , soit aux Mollusques , est long d'environ quatre à cinq lignes , très-exigu , tellement transparent qu'on ne l'a-r perçoit pas toujours dans l'eau qui le contient, d'une agi- lité remarquable et toujours en mouvement; il se dé-: place à l'aide de sa queue , avec laquelle il frappe l'eau comme les Cétacés. Sa tête est renflée ; il est difficile de bien distinguer les organes qu'elle contient , et c'est avec beaucoup de ( 3 33) peine qu'à l'aide du microscope de Sclligue nous y avons aperçu une protubérance subcordiforme munie de deux points noirâtres qui sont peut-être des yeux , et latérale- ment de deux sortes de palpes striées qui entourent sans doute la bouche. Un canal central occupe toute la longueur de l'indi- vidu. De chaque côté, mais hors de ce canal , aux deux tiers inférieurs , on remarque deux rangées oblongues de points ronds ou d'ovules , et un peu plus bas , dans la même position , deux points noirâtres. La queue est élargie , aplatie , légèrement dentelée , et sur les deux côtés du corps de l'animal sont deux paires de nageoires triangulaires , allongées , séparées l'une de l'autre, et tellement ténues qu'on ne les aperçoit pas toujours. Nous avons trouvé cet animal dans la Méditerranée , au détroit de Gibraltar. Cléodore alêne, Cleodora subula. Planche 8.D, figures i, a, 3. Cette espèce , excessivement petite , a le test délié comme une aiguille, légèrement renflé à son ouverture , laquelle présente une pointe d'un côté et une échancrure triangulaire de l'autre : nous ignorons si l'extrémité op- posée est percée ou non. Les deux ailes membraneuses de l'animal sont légèrement ondulées sur leur bord , et d'une couleur rosée tendre. Dans l'intérieur du test on ne peut apercevoir que des filamens roses et rouges. Elle est longue seulement de six ligues , et elle pro- vient de la côte de Ténéritfe. Plusieurs fois, dans le voyage de l' Uranie , nous avions rencontré de ces ani- (.34) maux; mais l'extrême fragilité de leur enveloppe no nous avait pas permis de les décrire. Nous avons dit ail- leurs qu'une autre espèce avait le test recourbé. Anatife univ\lve, Anatifa univalvis. Planche 7, figures 8, Sa . Cette Anatife , d'une seule pièce, gélatineuse, dia- phane , a une seule ouverture en devant , verticale et presque constamment béante ; la partie postérieure est arrondie , et le pédicule , médiocrement allongé , est blanc et transparent. Comme les autres animaux de ce genre , celui-ci est muni de douze paires de cirrhes ac- couplés sur deux rangs ; ces cirrlies , médiocrement al- longés , blancs , ne se recoquillant point , ont environ dix anneaux tous couverts de poils à leur base. La bouche est très-large. Le reste du corps est d'un blanc mat lavé d'une teinte jaunâtre. Cette Anatife, qu'on pourrait aussi nommer /aJf- forme , parce qu'elle a la forme d'une grosse fève , se trouvait sous l'ombrelle d'une Méduse voisine de YE- quorc'e Forskal , à laquelle elle était adhérente. Elle a été prise dans le détroit de Gibraltar par M. Lot- v tin , officier de Y Astrolabe. Anatife tricolore, Anatifa tricolor. Planche 7 , figure 7. Une bordure rouge , étroite , entoure les grandes et les petites valves qui ont une couleur gris d'ardoise ; la cin- quième valve , blanchâtre , rouge seulement à sa partie ( 235 ) ]a plus inférieure , esl séparée des autres par une ligne noire. Un trait noir se fait également remarquer à. la partie supérieure du bord libre des grandes valves. Le pédicule est noir, avec un cercle rouge à la partie qui touche les deux valves. La grandeur de cette Anatife, que nous supposons nouvelle , est de onze lignes. Elle a été prise dans la Méditerranée , près de Gibral- tar. Genre Briauée, Bricirœa. Animal pélagien , gélatineux , transparent, aplati, sco- lopendriforme , ayant deux, yeux, quatre tentacules, dont deux très -longs, filiformes et résistans, un grand nombre de pieds-branchies de chaque côté du corps et [une longue queue. Bhiahée scolopendre , Briarœa scolopendra- Planche 7, figures 1-6. Cet animal , long d'environ quatre pouces , entière- ment transparent, a, comme lesGlaucus, quatre tentacu- les larges, courts, triangulaires ; les premiers, plus pe- tits, présentent ileux points noirs. Sont-ce des yeux? Le reste de l'organisation et le défaut d'apparence du sys- tème nerveux n'ont pu nous l'indiquer. De l'extrémité des seconds tentacules partent deux sortes d'antennes élastiques , résistantes , de couleur rousse , semblables à celles des Blattes , si ce n'est qu'elles ne sont point annelées : elles paraissent canaliculées , et doivent leur couleur à une foule de points bruns rou- ( 236 ) geàtres très-rapprochés , symétriquement disposés et di- minuant successivement de volume. Deux rangées d'au- tres points de même couleur, que l'on ne peut voir qu'à la loupe , occupent les parties latérales de la tête. Il a une queue très-longue et flexible. Sur les parties latérales du corps est une rangée de pieds- branchies , ou appendices branchiaux , servant à la loco- motion, au nombre de vingt-quatre à vingt-cinq de chaque côté, en série décroissante depuis la tète jusqu'au bout de la queue , où ils sont à peine apparens ; leur extrémité est bifurquée , aplatie , élargie et à peine frangée. Tous ces appendices sont creux et communiquent avec l'intérieur du corps : on aperçoit au milieu de ce dernier un long canal digestif qui commence au milieu des seconds ten- tacules où est une bouche charnue , saillante et arron- die , et va se perdre dans l'extrémité de la queue 5 il pré- sente à la tête un petit rétrécissement œsophagien. On voyait facilement de chaque côté du tube digestif un grand nombre d'ovules plus pressés vers l'extrémité du corps où ils étaient comme entassés : quelques-uns occupaient les appendices branchiaux 5 c'est même par eux que nous avons pu voir que ces derniers étaient creux. Malgré la transparence du corps de l'animal, et quoi-t que nous eussions d'excelîens instrumens grossissans eu notre pouvoir , nous n'avons pu reconnaître ni système nerveux, ni organe digestif quelconque, ni aucune ou- verture autre que celle de la bouche 5 il est vrai que ces organes pouvaient être aussi transparens que 1 animal lui-même et échapper à notre vvie (1). C'est donc d'après, (1) Ainsi que cela a lieu pour la Carinaire précédemment décrite. ( 23 7 ) les points noirs de la tête , que nous croyons être des iyeux , et surtout à la grande vivacité et aux mouvemens très-réguliers de cet animal , que nous le supposons ap- partenir à la classe des Mollusques. Nous l'avons eu vi- vant pendant huit à dix heures , et pendant ce temps il a toujours nagé avec une très-grande vitesse qui redoublait au moindre contact; quelquefois il se roulait en cercle , comme on le voit figure 2 , et alors il paraissait encore plus singulier que dans son état le plus ordinaire. Le dé- faut de renouvellement d'eau de mer le fit mourir. Si cet animal , dont la forme et l'organisation sont de celles qui nous ont le plus surpris , est un Mollusque , il doit être placé après les Glaucus. Il a été pris clans la Méditerranée , à l'entrée du détroit de Gibraltar, par M. Gressien, officier de Y Astrolabe. . Relativement à plusieurs des Mollusques et des Zoo- phytes que nous venons de décrire , nous ajouterons que malgré leur transparence, qui les fait ressembler à des morceaux dit cristal le plus pur, malgré toute l'attention que nous avons apportée dans leurs détails anatomiques , nous sommes loin de croire avoir tout rendu 5 d'autres , plus heureux , achèveront ce que nous avons commencé. Un des grands obstacles que l'on éprouve , c'est d'être obligé de les étudier dans l'eau , qu'ils altèrent prompte- ment et qu'on est obligé de renouveler sans cesse. Veut- on les en retirer , leur transparence cesse ou bien la dkTraction de la lumière est si grande qu'on n'y voit plus rien. En terminant , nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer combien la Méditerranée est encore peu ( 238 ) connue. Quelle prodigieuse quantité de Mollusques et de Znophytes ne doit-elle pas renfermer (de ces derniers plus peut-être qu'aucune autre mer ) , pour, que quelques jours de navigation dans le détroit de Gibraltar aient pu nous fournir un si grand nombre d'animaux nouveaux , dans l'étroit espace que sillonne un navire? Du Port-Jackson et d' Aniboine, nous aurons l'honneur de faire connaître à l'Académie des Sciences nos princi- pales découvertes zoologiques. A bord de V Astrolabe , en rade de Sainte-Croix , île de Ténériffe, • le 21 juin 1826. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche vu. Fig. 1. Briarée scolopendre un peu grossi. — Fig. 2. Le même vu en- roulé. — Fig. 3. Portion antérieure , vue en dessous pour montrer la bouche. — Fig. 4- La bouche de profil. — Fig. 5. Antenne très-grossie. — Fig. 6. Appendice branchial grossi. Fig. 7. Anatife tricolore. Fig. 8. Anatife uuivalve. — Fig. 8«. Un des arrhes grossi. Planche vm. A. Biphores. Fig. 1. Biphore bicaudé vu en dessus. — Fig. 2. Le même en dessous. Fig. 3. Biphore cordiforme en dessus. — Fig. 4- Le même en dessous. — Fig. 5. Ses ovaires grossis. — Fig. G. Fragment des mêmes. Fig. 7. Biphore microstôme. — ,Fig. 8. Variété du même. ; — Fig. j). Ses ovaires. B. Fig. 1. Hyale mucronée. — Fig. 2. La même grossie. C. Fig. 1 . Flèche deux points de grandeur naturelle. — Fig. 2 . La même très-grossie. — Fig. 6. Sorte de mandibules très-grossies, — Fig. 7. Points extérieurs au canal digestif et qui ressemblent à des ovules. 7). Fig. 1. Cléodore alêne de grandeur naturelle. — Fig. 2. La même (23 9 ) excessivement grossie avec ses nageoires sorties. — Fig. 3. Son tube vitré très-grossi. Extrait du Rapport sur les Observations zoologiques de MM. Quoy et Gaimard ; Par M. le baron Ctjviek et M. LatKeille. ( Fait à l'Académie des Sciences , séance du a octobre 1826.) « S'il était encore besoin d'apprendre aux Naturalistes combien les mers les plus voisines de nous sont riebes en objets inconnus , combien toutes les plages , on pour- rait sans hyperbole dire, toutes les vagues en fourmillent pour ceux dont l'œil saurait les voir et la main les re- cueillir, le Mémoire dont nous faisons l'analyse en se- rait une preuve. » Dans celte relâche de quelques jours , outre tout ce que MM. Quoy et Gaimard ont recueilli d'objets déjà décrits, ils ont observé vingt-sept espèces qui leur.onl paru entièrement nouvelles et dont une partie leur a semblé assez différente de tout ce qu'on connaît pour qu'ils aient cru devoir former dix genres. nouveaux. » Ce qui expliquera ce grand nombre d'espèces , c'est qu'ils se sont attachés principalement à cette classe de Zoophytes , que leur ténuité , leur transparence en quelque sorte cristalline, dérobe depuis des siècles aux yeux , non-seulement du commun des pécheurs , mais de presque tous les naturalistes. Forskal , lorsqu'il se rendit en Arabie , avait commencé à en étudier et à en ( M* ) décrire qUelques-unes ; mais depuis la publication dé ses manuscrits il s'est écoulé plus de trente ans jusqu'à ce que l'on se soit remis à celte étude. Pérou fut le pre- mier qui la reprit lors du voyage de Baudin , et d'après les instructions qui lui furent données par l'Académie , il enrichit la science , dans la Relation de ce voyage , de plusieurs belles espèces , et l'on aura long-temps à re- gretter que sa mort ait privé le public d'une multitude d'autres qu'il avait x-ecueillies dans la Méditerranée et qui sont restées enfouies dans quelque lieu inconnu avec les autres collections qu'il y avait faites. Cet inconvé- nient n'aura pas lieu pour celles que MM. Quoy et Gai- mard ont découvertes ! ils en ont envoyé de nombreux échantillons qu'il sera facile de comparer à leurs figures, et même, au besoin , d'étudier encore plus à fond qu'ils n'ont pu le faire dans !es circonstances peu commodes où ils se sont trouvés. )) Le premier de ces animaux qu'ils aient observé est ce Mollusque singulier que Forskal avait nommé Pte- rotrachcecl , et que l'on a reconnu dans ces derniers temps être le même qui porte cette jolie coquille coni- que , transparente comme du verre , que l'on a nommée Carinaire. » L'un de nous (i) en avait commencé l'anatoniie, uiais d'après un exemplaire incomplet. MM. Quoy et Gai- mard , qui n'en ont pas eu non plus un individu entier, en confirmant ce que le premier observateur y avait re- marqué , ajoutent quelques faits à ce qu'il en avait dit, notamment sur la structure de la langue , qui se trouve ressembler beaucoup à celle des Gastéropodes par les (i)M. Cuvier. C *& ) . crochets dont elle est garnie , et sur celle des yeux , où ils se sont assurés de ia présence d'un cristallin globu- leux et dur comme celui des poissons. Ils n'ont pu suivre le système alimentaire jplus loin que l'œsophage , à cause de l'imperfection de leur individu ; mais comme nous avons eu le bonheur d'en obtenir un entier , avec sa coquille , nous pouvons annoncer que l'organisa- tion de cette espèce rentre dans celle de l'ordre des / Mollusques auquel elle appartient : elle a un long intes- tin . un foie , un cœur 5 en un mot l'appareil observé dans cette classe d'animaux ; la niasse charnue qui en- toure sa bouche et fait jouer les organes de la dégluti- tion ressemble même beaucoup à celle de l'Aplysie. Nous mettons provisoirement une préparation de cet individu sous les yeux de l'Académie , et nous nous proposons de lui lire incessamment un Mémoire sur ce sujet , dont nous nous occupons depuis long-temps : nous y compa- rerons nos observations à celles que M. Lesueur a pu- bliées sur le même sujet , et qui sont dignes de beaucoup d'éloges. » M. le Rapporteur énumère les caractères de plusieurs genres établis par MM. Quoy et Gaimard ; il parle sur- tout de ceux qu'ils ont créés sous le nom de Diphie proprement dite , Calpé, Abyla, Nacelle et Cuboïde, et il ajoute : « Les Naturalistes trouveront peut-être que toutes ces espèces ayant pour l'essentiel à-peu-près la même organisation , et ne différant que par les formes extérieures , il n'était pas nécessaire d'en faire autant de genres 5 mais ils n'en accueilleront pas moins avec inté- rêt ces notions sur une famille peu connue et qui pré- sentera de grands problèmes à résoudre aux observateurs. 16 x. (242) » Pourquoi cette réunion constante de deux individus seulement et de deux individus dillérens ? Sont-ce des sexes? Sont-ce seulement des parties d'un même animal dont MM. Quoy et Gaimard n'ont pas aperçu la liaison organique, parce qu ils se tenaient par des membranes trop frêles? Nous ne prétendons pas répondre à ces questions ; nous les proposons seulement à nos Naturalis- tes ou à ceux qui se trouvent à même de poursuivre leurs recherches. » Ils terminent leur Mémoire par des observations sur les polypes d'un polypier libre qu'ils nomment Alcyon jaune , mais que nous croyons n'être qu'une Vérélile, ett sur ceux d'une espèce de madrépore de la famille des Astroïtes. Ces dernières surtout doivent être bien venues des Naturalistes , pour qui elles sont entièrement nou- velles. » L'Académie jugera sans doute , par cet extrait , que le Mémoire de MM. Quoy et Gaimard est un heureux avant-coureur des travaux qu'ils se sont proposé d'exécu» ter pendant leur voyage , et qu'il ne peut qu'exciter à un haut degré les espérances que les Naturalistes ont con- çues de cette entreprise. Nous proposerions à l'Académie de l'insérer parmi ceux des savans étrangers , si les au- teurs , dans une lettre qu'ils ont écrite à M. de Blain- ville, n'avaient témoigné le désir qu'il fût imprimé le plutôt possible, afin d'assurer la priorité de leurs ob- servations : il sera plus facile de satisfaire à une de* mande aussi juste , en le donnant à l'un des recueils qui paraissent chaque mois et où l'on a tous les moyens d'ac- célérer la reproduction des nombreux dessins qui l'ac- compagnent. Nous proposerons donc seulement à l'A- ( *43 ) endémie de témoigner sa satisfaction à MM. Quoy et Gaimard, et d'adresser une copie du présent Rapport à son excellence le Ministre de la Marine. » Signé Latreille; Cdvibr, rapporteur. L'Académie adopte les conclusions de ce rapport. Description et Figure d'une nouvelle espèce d'Ornithomjie ; Par M. Léon Dufour, D.-M. , Correspondant de la Soc. philom. , d'Hist. uat. de Paris , elc Les Ornithomyies sont des insectes de l'ordre des Diptères et de la famille des Ptipipares de M. Latreille. Ce savant entomologiste a établi ce genre aux dépens des Hippobosques de Linné; il y comprend plusieurs espèces de ces dernières qui vivent exclusivement sur les oiseaux , et c'est cette particularité qui leur a valu la dénomination qu'elles portent. Les espèces connues d'Ornithomyie sont encore peu nombi^euses : l'auteur que je viens de citer n'en a dé- crit que six dans l'Encyclopédie mélbodique , et deux d'entre elles sont exotiques. Lorsque celle que je vais faire connaître me tomba sous la main , je la rapportai d'abord à YOrnithomyie verte (Hippobosca avicularia Lin. ) 5 mais une étude plus attentive me fit découvrir des caractères solides qui l'en distinguent suffisamment , et je vais me livrer à l'exposition do ceux-ci. ( M4 ) OrNithomyia bilobA , Ornilhomyie bilobée. Planclie xi , ligure i. Pallidc rufescens ; ocellis nullis ; rostro exserlo ) abdomine echinato setosoque postice profunde emargi- nato-bilobo , basi utrinque obtuse unidentato ; pedibus livido-virescentibus ; tliorace supra pallide rufo $ alis ovali-oblongis subfumosis. Cette Ornitliomyie a la physionomie et l'allure de Y Hippobosque du cheval , dont elle ne devrait peut-être pas être séparée génériquement ; mais elle est infiniment plus petite qu'elle , car son corps n'a que deux lignes de longueur, et ses ailes qui , dans le repos , sont couchées longitudinalement l'une sur l'autre , dépassent l'abdo- men d'une ligne environ. Sa tète , plate et de niveau avec la région dorsale du corselet, est arrondie, un peu moins large cpie ce der- nier, au bord antérieur duquel son contour occipital est habituellement contigu ; elle est hérissée de quelques poils bien sensibles à la loupe : une touffe de trois ou quatre de ceux-ci redressés s'observe au devant des yeux, deux séries sur le vertex et d'autres plus isolés au bord occipital. Les yeux sont latéraux , grands, ovales, peu saillans, réticulés } bruns. Malgré les investigations les plus réitérées , soit à la loupe , soit au microscope , je n'ai pu découvrir à notre Ornithomyie aucune trace d'yeux lisses -, la portion occipitale où ils siègent dans d'autres espèces , est ainsi que le bord interne des yeux, un peu plus élevée, plus luisante que le vertex, mais il n'y a pas de différence pour la couleur, qui est partout rous- ( *45 ) sàtre, et je ne sais y apercevoir aucun point saillant parti- culier que Ion puisse prendre pour des yeux lisses : l'ab- sence de ceux-ci m'a surtout porté à regarder celte espèce comme différente de YOrnithomjie verte. Dans la des- cription de ce dernier diptère , Olivier et Latreille disent, à ce sujet , que « sur le derrière de la tète est une émi- )) nence noire écailleuse où l'on voit très-distinctement v trois petits yeux lisses (i). » Ces deux auteurs parlent- ils ex visu , ou ne font-ils que transmettre le témoi- gnage de De Géer ? Je suis très-porté à croire , d'après leurs généralités sur les Hippobosques et les Ornithto- myies , que , sur ce point , ils s'en sont rapportés à De Géer, qui s'exprime très-positivement ; alors il est per- mis de penser que l'Ornithomyie de ce dernier auteur (Hippobosca avicularia) est réellement distincte de la nôtre , qui peut-être ne diffère pas de celle qu'ont connu Olivier et Latreille. Quoiqu'il en soit, le devant de la tète de V Ornitliomyie b'dobèe présente au niveau du bout antérieur des yeux une échancrure superficielle en avant de laquelle s'insèrent les antennes 5 celles-ci , dirigées en avant et un peu inclinées en bas , ont une configuration et une structure insolites qui avaient porté De Géer à ne point les considérer comme des antennes. Elles consis- tent en une pièce principale en forme de lame cornée , ovale-triangulaire , peu ou point mobile , plus grande et plus à découvert que celle de Yllippobosque , et hé- rissée d'un nombre indéterminé de poils 5 tandis que dans cette dernière j'ai reconnu qu'il y avait constamment trois . (1) Oliv. , Encyd. mélh., t. vu, p. 88; Latb., /Voue. Dictionn, d'IliU. nat. > Jeux, ôliliou, tom. xxiv. ( *4* ) soies, dont l'intermédiaire plus longue (i). La trompe (ou plutôt le bec) est saillante, horizontale, d'un brun luisant, velue et terminée par quatre poils bien 'plus longs; elle est formée de deux valves oblongues , cornées , creusées en gouttière à leur face interne , et constituant ainsi , pa leur contiguilé , un canal qui loge le suçoir. Entre la base de ce bec et les antennes , j'observe de chaque côté un corps d'une seule pièce oblougue , hérissée, que je ne saurais considérer que comme des palpes. Le dessou de la tête de notre Ornithomyie est recouvert d'une es- pèce de plastron assez grand , cornéo - membraneux blanc , à peine tomenteux , arrondi à sa partie antérieure, dont le bord est libre, et qui semble faire l'office de lèvr inférieure. C'est au-dessus de ce plastron que se gliss le bec et que s'insèrent les palpes uniarticulés dont j viens de parler. Le corselet est arrondi , plane , d'un roux pâle , hé- rissé par ci par là de poils plus ou moins inclinés , se angles antérieurs se prolongent en deux espèces d'apo physes conoïdes , terminées par des poils. La région do sale est partagée par deux impressions linéaires crucia les : l'écusson est assez grand , demi - circulaire , hé- rissé. Les ailes sont ovales-oblongues et d'une teinte enfu- mée. La figure qui accompagne mon texte exprime ave exactitude la disposition des nervures : on y verra qu les plus grandes ou les costales sont loin de se prolonge jusqu'au bout postérieur de l'aile. Elles s'oblitèrent , ainsi que dans 1 Hippobosque , aux deux tiers environ (1) Recherches anatomiques sur l'Hippobosque , Ann. des Se. nat.y tom. \i,p. 299. ( 247 ) de la longueur de celle-ci. Les balanciers sont appareils et nus ; leur bouton est d'un jaune pâle. L'abdomen est transversalement ovale, grisâtre, avec une teinte verdâtre qui disparaît par la dessiccation ; il est revêtu d'une peau coriace et hérissée , soit de piquans roides et droits insérés au centre d'un mamelon cutané , soit, dans son pourtour, de soies longues et arquées. De chaque côté de sa base on observe constamment un petit avancement obtus , hérissé , une sorte de lobule. Sa par- tie postérieure est remarquable par une échancrure large et profonde qui la divise en deux grands lobes arrondis. Suivant l'observation de M. Latreille , celte dernière échancrure serait l'attribut spécial de la femelle ; ainsi l'individu que j'ai décrit et figuré appartiendrait à ce sexe. Les pattes , d'un gris verdâtre livide , ressemblent par leur disposition et leur grandeur respective à celles de l'Hippobosque ; elles sont hérissées. Les tarses se ter- minent par deux ongles noirs , robustes, crochus, trifi- des ; le crochet terminal , qui est le plus long , est courbé d'avant en arrière et en pointe aiguë : celui qui le suit est cylindroïde , obtus , presque droit. Le postérieur , qui est le plus rapproché du talon , est une lame lan- céolée , brune, bien plus courte que les autres. Deux pelottes ovales - oblongues, blanchâtres, tomenteuses , sont placées au-dessous des ongles, et une soie plu- meuse ou plutôt pennée , aussi longue que les pelottes , s'insère entre les bases de celles-ci. J'ai rencontré une seule fois Y Ovnithomyie bilobée sur les vitres de mon appartement , à Sainl-Sever, dans le mois d'août. ( *48 ) EXPLICATION HE LA PLANCHE XI. Fig. i. L'Ornitiiomyie bilob£e considérablement grossie. i, longueur et envergure naturelles de cet insecte. a , une antenne fort grossie. b , bec et portion du plastron vus en dessous et considérablement grossis : on y voit aussi les palpes. c , portion des tégumens de l'abdomen fort grossis , pour mettre en évidence les piquans et les soies dont elle est hérissée. cl , un tarse vu en dessous , et considérablement grossi pour mettre en évidence les articles dont il est composé , les pelottes et la soie pen- née qui est entre celles-ci. c , un ongle des tarses vu de profil et considérablement grossi. Mémoire pour servir à l'histoire du genre Ocyptera ; Par M. Léon Dufour , D.-M. , Correspondant de la Soc. philom. , d'Hist. nat. de Paris, etc. L'anatomie des insectes n'est pas seulement destinée à nous dévoiler les merveilles de leur organisation inté- rieure et à établir les rapports qui existent entre celle-* ci et les caractères purement entomologiques ; elle ser- vira aussi à éclairer l'histoire des métamorphoses de plusieurs de ces curieux animaux , et je vais en fournir un exemple dans ce Mémoire. Le genre Ocyptera , fondé par M. Latreille et adopté par Fabricius et Olivier, se compose d'insectes de l'ordre des Diptères et de la famille des Alhcricbres , compris autrefois dans les Musca de Linné. ( »fe ) D'après le témoignage du savant entomologiste qui a institué ce genre, la science aurait encore presque tout à acquérir relativement aux métamorphoses des Ocyp- tères 5 il convient quelles lui sont inconnues , et suivant lui De Géer, qui a étudié mieux que tous les autres les mœurs des Diptères , nous apprendrait seulement , à L'occasion de sa Mouche à taches rousses ( Ocjptera lateralis Fabr.) , qu'elle est vivipare , que ses larves sont blanches, à tête pointue, et de figure variable (i). Olivier termine , dans l'encyclopédie méthodique , les généralités des Ocyptères par l'article suivant. « Les » Ocyptères se trouvent assez fréquemment sur les fleurs » dans le courant de l'été •, leurs larves sont apodes , al- » longées , presque cylindriques ; leur corps est mou , » divisé en plusieurs anneaux , et la partie antérieure » est plus mince que la partie postérieure. La bouche » est armée de deux crochets écailleux qui servent à ron- » ger l'intérieur des racines ou des tiges des plantes » dans lesquelles elles vivent , où elles se métamorpho- » sent et d'où elles sortent sous la forme d'insecte ailé.» Il est à regretter qu'Olivier n'ait point fait connaître l'es- pèce d'Ocyptère qui lui a fourni ces détails un peu va- gues , si toutefois, comme le pense M. Latreille , ce n'est pas de sa part une simple présomption. Voilà où en sont nos connaissances sur ce point d'en- tomologie : je m'estime heureux de pouvoir, par des ob- servations positives qui me sont propres, contribuer à remplir cette lacune de la science. Au commencement d'avril 1823 , en disséquant la Cassida viridis Lin. , je rencontrai à plusieurs repri- 1 (1) JVoui'. Dict. d'Hist. nat. , deux. édit. , tom, xxin , p. 209. ( s5o ) ses , dans la cavité viscérale de ce petit Coléoptère , une- larve apode assez grande et d'une configuration très-va- riable à cause de sa contractai té. Dans les premiers jours de mai suivant, j'en obtins des chrysalides ovalai- res , glabres et lisses , munies à l'un des bouts de quatre tubercules noirs , cornés, rapprochés, et quinze jours après je vis naître d'une de ces nymphes une espèce nou- velle du genre Ocjptère , que j'ai désignée sous le nom de Ocjptera cassidcé. J'insérai cette observation et la description du Diptère dans un Appendice qui suit mes Recherches anatomiques sur les Coléoptères , successi- vement publiées dans les Annales des Sciences naturel- les (1) ; j'ajoute aujourd'hui aux détails consignés dans ces Annales les figures de celte Ocyplère et de sa chry- salide. Vers la fin d'avril 1826, toujours occupé d'investiga- tions entomolomiques , et spécialement de celles qui re- gardent l'ordre des Hémiptères , je découvris au milieu des viscères de la Pentatoma grisea Latr. , une larve vi- vante que je décrirai bieutôt. Je plaçai dans des bocaux un assez grand nombre d'individus de ce dernier Hé- miptère , clans l'espoir d'obtenir l'insecte parfait de la larve parasite; le 18 mai je trouvai une Chrysalide , et le 22 juin suivant il en naquit une Ocjptère, qui est YO. bicolor Oliv. (Encycl. méth. , tom. vin , p. 4 3 3.) Je donnerai plus bas la description et la figure de ce Dip- tère. La larve deY Ocjptère bicolore est apode , oblongue, blanchâtre, parfaitement glabre, mais plus ou moins ridée en divers sens à sa surface , d'une texture molle et (1) Tom. vm,p. 45. ( 25i ) éminemment contractile. Cette dernière circonstance rend sa configuration et sa grandeur très-variables, et je ne fus pas peu surpris , après avoir enlevé la paroi dorsale de l'abdomen de la Pentatome , de voir cette larve se dé- velopper au point de surpasser en longueur celle de tout le corps de l'Hémiptère qui la logeait, puisqu'elle acquit six lignes de long sur une et demie d'épaisseur. Elle a neuf anneaux ou segmens transversaux , sans y com- prendre la tète ni la queue. Ces anneaux ne sont pas tou- jours faciles à distinguer à cause des rides de la peau. La lèle est libre, ti'ès-mobile , susceptible de se retirer au gré de la larve sous les premiers anneaux du corps. Elle est profondément bilobée ou formée de deux mamelons arrondis, convexes, contigus , confluens parleurs bases. Chacun de ces lobes offre à la simple loupe deux points rapprochés mais distincts , un peu brunâtres, que j'avais pris d'abord pour des yeux , mais qu'une forte lentille du microscope m'a fait reconnaître pour des espèces de palpes d'une seule pièce , courts , cylindriques , rétrac- tiles , terminés par un bouton ou disque ombiliqué. Ce ne sont pas des suçoirs proprement dits comme on serait disposé à le croire , en voyant le trou qui est au centre de leur disque terminal 5 il faut les considé- rer plutôt comme des pieds - palpes destinés , soit à fixer la tête de la larve en faisant l'office de ventouses , soit à reconnaître par une sorte de toucher la matière alimentaire. 11 n'existe aucun vestige, ni d'antennes ni d'yeux. Deux mandibules cornées assez fortes, noirâtres, légèrement arquées, mais adossées parleur convexité, munies en dehors d'un grand crochet qui les fait pa- raître presque fourchues , constituent la bouche de la ( 252 ) larve. Remarquons que ces mandibules se regardent par la convexité de leur are , et que par conséquent leur pointes au lieu de former la pince sont divergentes , ce qui rend fort difficile à expliquer le mécanisme de leur préhension. Remarquons aussi comme conséquence de cette bizarre disposition et comme surcroit de difficulté dans l'explication, que c'est en dehors qu'elles sont ar- mées d'une dent. Quoiqu'il en soit ces mandibules s'in- sèrent tout à côté l'une de l'autre à une pièce cordiforme de texture faiblement cornée , tronquée en avant et lar- gement échancrée en arrière. La queue de la larve de l' Ocyptère bicolore mérite un examen particulier. C'est un siphon d'une seule pièce , iufuudibuliforme , légèrement arquée , d'une texture cornéo-membraneuse et comme scarieuse, invariable pour sa configuration, ayant à-peu-près le tiers de la longueur du corps. Par sa partie évasée elle s'articule avec le dernier segment de celui-ci , mais c'est un mode d'articulation qui semble plutôt une espèce d'enchàlonnement adhésif , car la larve peut s'en débarrasser sans qu'il se fasse une solu- tion de continuité à l'anneau du corps qu'elle embrasse. J'ai constaté ce fait sur l'individu même que j'ai figuré. Je présume que ce dernier approchait de l'époque de sa méta- morphose, en chrysalide et que son corps, s'il est permis de s'exprimer ainsi , avait acquis la maturité convenable , car le siphon caudal se détacha sans efforts , entraînant au tour de sa partie évasée quelques lambeaux d'une mem- brane fine , pellucide , épidermoïde, qui paraissait étran- gère au tissu propre du segment abdominal qu'elle recou- vrait. Dans une autre occasion j'ai trouvé encore adhérent dans le métathorax de la Pentatomc et isolé , ce siphon , ( 253 ) tandis que la larve et la chrysalide n'existaient plus dans la cavité viscérale. Comme je viens de l'insinuer, l'en- tonnoir caudal de cette larve se fixe par sa petite extré- mité dans le métathorax de l'hémiptère et il m'a paru que c'était au moyen de deux petites dents cornées , noi- râtres. Avant le point de cette insertion, on observe sur la portion mouleuse de l'entonnoir une très-légère in- flexion où le tissu est un peu plus souple et qui semble destiné à permettre un mouvement obscur. Nous re- viendrons plus tard sur les fonctions de cette queue. L'appareil digestif de la larve parasite qui fait le su- jet de cet opuscule , est, avec celui de la respiration , le seul viscère renfermé dans le corps. Il se compose de glandes salivaires , du tube alimentaire et des vaisseaux hépatiaues. i°. Les glandes salivaires consistent pour chaque côté, en un seul vaisseau tubuleux filiforme , assez long pour atteindre le milieu de la cavité abdominale , plus ou moins replié ou flexueux , diaphane , libre par un bout qui est flottant, confluent par l'autre avec son con- génère pour former un conduit commun qui passe par- dessus la pièce cordiforme où s'insèrent les mandibules pour s'aboucher près de la base de celles-ci. 2°. Le tube alimentaire a quatre fois environ la lon- gueur de tout le corps de la larve et fait plusieurs circon- volutions sur lui-même. Il est filiforme , d'une texture mince , délicate , presque diaphane et maintenu en place par des trachées rare et très-fines. Un œsophage d'une ténuité plus que capillaire , s'enfonce d'une part dans l'é- chancrure de la pièce cordiforme dont nous venons de parler; de l'autre il s'insère brusquement dans le jabot. ( *&| ) Celui-ci est en forme de godet turbiné , et dégénère in- sensiblement en un est omac tubul eux, replié sur lui- même , terminé par un renflement oblong. L' intestin est dilaté à sa naissance , flexueux , et avant sa terminai- son en un rectum peu sensible , il offre un cœcum oblong. 3°. Les vaisseaux hépatiques ou biliaires sont au nombre de quatre , réunis avant leur insertion en deux troncs assez courts qui s'abouebent à l'origine de l'in- testin. Dans le voisinage de celle-ci , ils sont diapbanes , lisses et unis , tandis que dans le reste de leur étendue ils sont froncés , variqueux. La larve qui nous occupe ne présente extérieurement aux investigations les plus scrupuleuses aucune trace des stigmates ordinaires, quoiqu'elle ait un système tra- ebéen antérieur bien prononcé. Les trachées sont toutes tubulaires. Elles sont disposées en deux troncs princi- paux qui régnent le long de la cavité du corps au-des- sous des viscères digestifs , et qui émettent un nombre assez considérable de branches ramifiées. Ces troncs de- viennent confluens en arrière et paraissent s'aboucher par un orifice unique à la base du siphon caudal. Ils n'offrent pas , non plus que leurs branches , l'aspect nacré propre aux trachées tubulaires de la plupart des insectes, et le microscope n'y démontre pas ces stries transversales ou spiroïdes qui ont mérité à ces vaisseaux Fépithète ft élastiques. Ils paraissent simplement mem- braneux et ils sont formés de deux tuniques pellu- cides. Des lambeaux membraniformes de tissu adipeux splan- chnique s'observent dans la cavité viscérale de cette ( 255 ) larve. Ils sont semi-diaphanes , formés de granulations arrondies, ponctiformes , disposées sur un même plan , ce qui leur donne au microscope l'aspect réticulé. C'est ici le lieu de revenir, comme nous l'avons pro- mis plus haut , sur les usages de la queue singulière de cette larve. Ce syphon cornéo-memhraneux remplit la double fonction , d'être la trachée artère de l'organe res- piratoire etde servir à fixer l'animal dans sa demeure vi- vante et mobile. C'est un stigmate, mais un stigmate d'une forme et d'une grandeur insolites. Le moyen, je dirais presqu'ingénieux , par lequel celte larve hermétiquement emprisonnée puise l'air dans l'atmosphère pour l'acte res- piratoire, tient du merveilleux. Il lui a fallu emprunter, usurper un des stigmates de l'hémiptère dont elle est parasite et détourner à son profit une partie de l'air des- tiné à la respiration de celui-ci. A cet effet , la pointe du siphon Raccroche , à l'aide des deux dents dont elle est armée, sur les bords d'un stigmate métathoracique de la Pentatome , et l'ouverture placée entr' elles s'adapte jus- tement sur ce dernier pour inhaler l'air du dehors. Le fait piquant de l'usurpation d'un stigmate étranger rappelle l'observation curieuse de MM. Audouin et Lâchât sur une larve de diptère qui vil dans l'abdomen du Bourdon des pierres 5 cette larve paraît appartenir au genre Co- nops (1). Il y a aussi quelques traits de ressemblance, pour la conformation générale et l'existence d'un si- phon caudal qui remplit les fonctions de stigmate, entre la larve de notre Ocyptère et celles des Slratiomes , dont Réaumur et Swammerdam nous ont donné l'his- (1) Journal de Physique , tom. 88 , p. 228 , et Mémoires de la Soc. {THist, nat. de Paris , tom. 1", p. 329 , pi. 22. ( a56 ) toirc (i). Mais les larves de ees derniers Diptères étant aquatiques ont, surtout quant à l'acte respiratoire, une organisation différente de celle des Ocyptères et relative au milieu qu'elles habitent. La chrysalide des deux Ocyptères dont j'ai étudié la métamorphose , a une forme ovale cylindroïde , arrondie aux deux bouts , et une couleur d'abord d'un marrou clair qui passe ensuite au brun noirâtre. Sa surface est lisse , glabre , sans aucune trace d'anneaux ou de seg- mens transversaux. L'un des bouts offre dans son centre des tubercules saillans , cornés , noirs , tronqués , soudés, par leurs bases, au nombre de six dans VO. bicolore et de quatre seulement dans Y Q. de la casside. Cette chry- salide se rompt irrégulièrement par le bout non tuber- culeux lors de la naissance de l'insecte parfait. Elle a quatre lignes de long sur deux d'épaisseur dans la prev mièrede ces espèces, et une grandeur de moilié^moindr& dans la seconde. Si la larve de ces Ocyptères se transforme en chrys lide dans la cavité abdominale même de l'insecte qui loge, comme j'ai lieu de le présumer, il paraîtrait aus que c'est immédiatement après cette métamorphose que nymphe est expulsée de l'abdomen. Je n'ai point été t moin oculaire de ce double fait, mais j'ai des raisons croire que les choses se passent ainsi. Dans le bocal ou je trouvai pour la première fois une chrysalide de 10- cjptère bicolore , je jugeai qu'elle venait d'être tout ré- cemment pondue parce que sa couleur, d'un marron clair, prit, dans l'espace d'une heure environ , la teinte (i) Réaumur, Mém., tom. iv; Swammerdam, Colleci acaafc Hist. delà Mouclie asile , vol. v, p. 4^9- (^ 7 ) brun-noiràtre qu'elle conserve ensuite toujours. Mais est- ce du vivant de son hôte et par des efforts expulsifs exercés par celui-ci que la Chrysalide vient au monde ? Il est difficile de concevoir autrement la possibilité de cette espèce d'accouchement contre nature. Tout le monde sait que les Chrysalides sont incapables d'exer- cer par elles-mêmes une faculté locomotive 5 celle des Ocyplères doit être considérée , dans le cas singulier de cette gestation extra-utérine, comme un véritable corps étranger dont la présence n'est plus compatible avec le bien-être des insectes dont elle est parasite. Au lieu de cette mollesse de texture qui permettait si bien à la larve de se prêter aux diverses pressions des parois abdomi- nales de son hôte , elle a acquis une résistance , une immuabilité de forme qui , en refoulant , avec douleur 6ans doute, les viscères de ce dernier, sollicitent irré- sistiblement ses contractions expulsives 5 celles-ci doi- vent être portées jusqu'à une violence extrême , puisque la Chrysalide étant placée au dehors des viscères , dans une prison sans issue , et la nature n'ayant destinée au- cune ouverture pour son évacuation , il faut que ce corps volumineux se fasse jour entre les derniers anneaux de l'abdomen , par la rupture, le déchirement de la mem- brane qui unit ceux-ci. Certes , il n'est pas étonnant qu'un accouchement aussi laborieux puisse entraîner im- médiatement ou consécutivement la mort de l'insecte qui acquiert cette bizarre et malheureuse maternité. Lorsque je m'aperçus de la naissance de la Chrysalide de YOcjptère bicolore , je trouvai morte la Pentatome du ventre de laquelle elle était sortie 5 mais la souplesse des membres de l'Hémiptère , et surtout la disproportion x. 17 (258) énorme cnlrc 1 ouverture qui avait donné passage à la nymphe et le volume de celle-ci, me firent penser que la mort était récente et que la contractilité de tissu des parties , soit pendant la vie de la Pentatome, soit immé- diatement après sa mort , avait ainsi réduit l'orifice par où s'était opéré l'accouchement. Depuis celte observation j'ai acquis la certitude que , s'il est des circonstances dans lesquelles la Pentatome peut mourir pendant ou aussitôt après l'accouchement , il en est d'autres où elle survit à sa délivrance. Le i er juin, en disséquant une femelle de la Pentatome gi'ise. qui était vivante et bien portante au moins en ap- parence , je trouvai fixé dans son métathorax le siphon caudal de la larve , et je reconnus aux derniers segmens abdominaux des traces non équivoques de l'expulsion de la Chrysalide. J'observai que les ovaires de cette Pen- tatome étaient , pour ainsi dire, atrophiés et que le tissu adipeux splanchnique était épuisé , presque nul ; néan- moins l'appareil digestif paraissait dans l'état normal. Cette larve a donc pu vivre plusieurs mois consécu- tifs au milieu des viscères de la Pentatome et aux dépens de sa graisse ; elle a pu y prendre un volume considé- rable , s'y métamorphoser en Chrysalide et être expulsée avec violence sous cette dernière forme sans occasioner la mort de l'Hémiptère. Voilà déjà un phénomène assez curieux-, mais qui nous révélera l'adresse, les ruses, l'artifice, la patience que l'Ocyptère} insecte faible et délicat , doit mettre eu usage pour insinuer, dans le stigmate imperceptible d'un Hémiptère cuirassé de toutes parts , ouTœuf ou la larve exiguë qui doit désormais trouver dans les entrailles de son hôte tous les élémens (3%) (le son existence ? Qui nous dira à quelle époque doit se faire l'insertion de ce germe parasite , puisque les Ocyp- tères ne se montrent qu'en été, et que leur vie, ainsi que celle des Hémiptères dont leur larve est parasite, ne se prolonge pa-s au-delà de l'automne? Qui nous résou- dra le problème de la présence de la larve dans la Pen- tatome aux premiers jours du printemps, précisément à l'époque de la naissance ou du moins de l'apparition de ces Hémiptères eux mêmes ? Où se trouvait donc recelé le germe de la larve pendant l'hiver? Nous n'avons pas encore surpris la nature sur le fait pour la solution de ces questions ; d'autres scrutateurs de l'entomologie se- ront sans doute plus heureux que nous. EXPLICATION DE LA PLANCHE XI. Fig. 2. OCTPTERA BICOLOR grOSSlC. Alra abdomine cylindrico obscure sanguineo ; basi macula Irian- gulari nigra. ( Ouv. , Encycl. méth. , tom. vm , p. 4^3- ) Elle a la forme et la tournure de l'O. brassicariœ Latr. , et près de six lignes de longueur. Tête arrondie , mais déprimée; front argenté avec la ligne médiane notre bordée de soies entrecroisées ; yeux bruus foncés ; antennes noires insérées sur une légère proéminence du front avec le dernier article oblong , comprimé , muni près de sa base d'une soie dorsale plus longue que lui, distinctement biarliculée ; corselet noir avec quelques reflets argentés , soit sur le dos , soit sur les côtés , bérissé de soies clair-semées dirigées eu arrière ; marqué d'une impres- sion transversale un peu avant l'origine des ailes; écusson arrondi, bordé de quelques soies; abdomen allongé, cylindrique, d'un rouge obscur, avec une tache médiane noire triangulaire occupant le premier segment et se prolongeant un peu sur le second ; quelques reflets argen- tés et des soies noires arquées aux bords des anneaux : ceux-ci au nombre de cinq, dont le dernier est petit et engaîné dans le précédent; pattes noires assez fortes, hérissées de poils et de soies; tarses allongés, avec le premier article plus long ; pelottes doubles , oblongues, tronquées , ( 2Ô0 ) .glabres , membrano-scarieuses , vésiculcuses ; crochets des ongles longs simples, peu courbés; ailes à peine enfumées, munies à leur bord in- terne , près de leur origine , de deux lobes arrondis ; cueilleron des ba- lanciers grand, simple , arrondi , scaricux , blanchâtre, bordé d'un duvet très-fin. Fig. a'. Longueur naturelle de l'insecte. J", cueilleron des balanciers considérablement grossi. g , antenne vue au microscope. h , larve de YOcyptera licolor grossie. i , tête et segmens antérieurs de cette larve considérablement grossis» k, une portion encore plus grossie d'un des lobes de la tête pouf mettre en évidence les pieds-palpes. I , siphon caudal de la larve grossi et détaché du corps. m , appareil digestif fort grossi de la larve de VOcyptera bicolor. n, Chrysalide de VOcyptera bicolor de grandeur naturelle. o , un des bouts de cette Chrysalide considérablement grossi pour mettre en évidence les sis. tubercules qui la surmontent. Fig. 3. Ocyptera cassidœ très-grossie. Fig. 3'. Longueur naturelle de cet insecte. p, cueilleron des balanciers fort grossi. <7 , antenne de celte Ocyptère vue au microscope. r, Chrysalide un peu grossie de VOcyptera cassidœ. s , uu des bouts de cette Chrysalide considérablement grossi pour mettre en évidence les quatre tubercules qui la surmontent. ( 26t ) (Quelques Considérations géologiques sur la Pré- sence des débris d'animaux vertèbres dans les- différentes couches de notre globe ; i Par M. Huot, Membre de la Société d'Histoire naturelle de Paris , de la Société philotechnique , etc. , etc. Nous n'entrerons point dans des détails que l'on re- trouve dans plusieurs ouvrages spéciaux sur les restes de vertébrés fossiles (i). Notre intention est seulement de rassembler ici sur ces antiques débris, les généralités les mieux démontrées et de rappeler quelques-unes des con- séquences qu'on est en droit d'en tirer. En signalant les différentes découvertes relatives aux ossemens fossiles , nous ferons remarquer que l'ordre de succession ou de superposition des terreins où on les trouve , confirme cette grande loi de la nature , devinée depuis long-temps par quelques liommes de génie et con- firmée jusqu'à l'évidence pour les coquilles fossiles : que plus les formations sont anciennes, plus les animaux dont on y retrouve les traces sont différeus de ceux qui vivent sur la terre. • D'abord les plus anciens débris de vertébrés sont ceux des poissons ; ce fait démontré par les observations , (i) Voyez Cuvier , Recherches sur les Ossemens fossiles. Voyez aussi notre Résumé géologique sur les Ossemens Jossiles , imprimé dans le cinquième volume de la Géographie physique de l'Encyclopédie mé- thodique. ( 2Ô2 ) s'accorde parfaitement avec l'ensemble des découvertes géologiques , puisqu'il est prouvé que nos continens sont tous sortis du sein des eaux. Les schistes de Glaris , que jusqu'à présent les géolo- gistes ont regardés comme appartenant à la formation intermédiaire, ne contiennent que des poissons d'espèces très-différentes de celles que nous connaissons vivantes, suivant l'examen qu'en a fait M. de Blainville : telles sont entr'autres le Clupœa Sclieuchzeri , le C. elon- gata et le C. megaptera; le Zeus Regleysianus , le Z. platessa et le Z. spinosus. Il y a même reconnu des genres tout-à-fait distincts de ceux qui vivent, comme ceux qu'il désigne sous les noms d 1 Anenchelum et de Palceoryn- chum. On objectera peut-être , qu'il n'est pas certain que les schistes de Glaris appartiennent à la formation intermé- diaire. La seule conséquence qui résulterait de ce fait, se- rait qu'il n'existe point de poissons fossiles dans les ter- rains de transition, proposition d'une grande importance, puisque les invertébrés y figureraient seuls. Mais s'il ne se trouve aucun autre vertébré dans ces terrains , les poissons demeurent toujours en tête des plus anciens ani- maux de cette classe •, car les schistes de Glaris , consi- dérés comme secondaires , constituent les premiers éche- lons de cette formation. Les schistes secondaires de la Thuringe et du Pala- tinat qui appartiennent aux terrains houillers, renfer- ment comme ceux de Glaris des espèces perdues et des genres inconnus à l'état vivant. Ainsi on y trouve , selon, M. de Blainville, le Clupœa Lametlierii , YEsox Eis- Ubensis, le Stromatœus major , le S. gibbosus, le S. ( 263 ) hcxagonus et le S. rhombus. Les genres inconnus sont le Palœoniscum et le Palceothrissum ; Ce dernier se divise en cinq espèces : le P. macrocephalum , le P. magnum , le P. inœquilobum , lo P. parvum et le P. œquilobum. Dans le calcaire secondaire , tel que celui de Pappen- heim et d'autres localités analogues , les poissons for- ment peu de genres inconnus , ils appartiennent princi^ paiement a des espèces différentes de celles qui vivent aujourd'hui. Ainsi les calcaires schisteux de Pappenheim ont offert à M. de Blainville , la Clupœa sprattiformis , le C. dubia , le C. Knorii, le 0. Salmonea, et le C. Davilei; YEsox acutirostvis , le Stromatœus hexago- nus et le Pœcilia dubia. Aux environs de Beaune et dans les coches des Fâches noires en Normandie , on a reconnu un Elops qui a reçu le nom de macropterus. Dans le calcaire des environs de Stabia dans la Cam- panie , les naturalistes italiens ont trouvé un Sparus qui a reçu le nom spécifique de quatracinus. Dans quelques localités de l'Italie ainsi qu'eu Angle- terre, outre le Sparus, on a reconnu les genres Chœto- don , Balistes , Murœna , appartenant à des espèces inconnues. Les terrains tertiaires sont beaucoup plus riches eu genres et en espèces que les précédens 5 ils renferment aussi plusieurs espèces semblables aux nôtres , et la plu- part des genres et des sous-genres vivans. Ainsi on y retrouve des Labres, des Cyprins, des Squales, des Raies, des Torpilles, des Balistes, des Téirodons , ( *H ) des Diodons , des Centriques , des S) lignâtes , des Bau- droies, des Fislulaires , des Esoces , des Chipées , des Muges, des Scombres , des Scombéroïdes , des Amies , des Lutjans, des Holocentres , des Spares, des iSau- mons, des Bandouillières , des Zées , des Pleuro r nectes , des Gobies , des Blochies, des Silures, des Blennies , des Murènes, des Ammodites , et quelques autres. Le seul genre inconnu est le Palœobaliste. Quant aux espèces qui différent essentiellement des nôtres, il suffira de citer le Labrus rectifrons;\e Crpri- nus elvensis , le Squamosseus , le Squalus innomi- natus ,1e Narkobatus giganteus , le Batistes dubius , le Palœobalistum orbiculatum , le Centriscus longi- rostris , et le C aculeatus ; le Syngnatus breviculus , le Lophius piscatorius , le Fistularia bolcensis , et le -P. dubia ; YEsox longiroctris , 1'/?. saurus , et Ti?. ma- cropterus ,• le Clupœa murœnoïdes , le C cyprinoïdes , le C. thrissoïdes et le C evolans ; le C dentex , le jC. brevissimus , le C Beurardi, le Mugilbrevis, Y Amia ignota, Y Holocentrus macrocephalus , le «Spa- ;'u* vulgaris, le Chœtodon pinnatiformis , le C suô- verpertilio , le C substriatus , le C subarcuatus , le C. rhombus , le C ignotus , le C velifer, le C. sm£- aureus , le Z eus. plate s sus et le Z. rhombus , le iï/o- nopterus gigas , le Blennius cuneiformis , la Perça minuta , Y Amia ignota, etc. Il est à remarquer que d'après la détermination qui en a été faite par les zoologistes , plusieurs espèces de ces poissons qui se rapportent à ceux qui vivent dans l'eau douce , se trouvent avec celles qui appartiennent indubi- tablement aux espèces marines. Le même mélange s'ob- • ( *55 ) serve fréquemment dans les dépouilles de mollusques conclu fères des terrains tertiaires : ce qui semble prou- ver que quelques espèces ont pu , à une certaine époque , vivre indifféremment dans la mer ou dans les lacs et les rivières ; à moins qu'on ne suppose , ce qui n'est guère admissible, que ce mélange ne s'est opéré qu'à l'embou- chure de certains fleuves. Cette question, qui n'est pas sans importance en géo- logie, mérite de fixer l'attention des observateurs. Plu- sieurs faits que j'ai recueillis et qui s'augmenteront pro- bablement de preuves suffisantes, me permettront plus tard peut-être , d'avancer avec certitude que la cause de ce mélange est due aux cliangemens qu'ont éprouvéles an- ciens bassins des mers. Serait-il impossible par exemple que les eaux de certaines caspiennes aient, par l'accumu- lation des dépôts calcaires, diminué d'abord de profon- deur , et qu'après avoir perdu de leur dimension et avoir été réduites à celles de certains grands lacs , leurs eaux alimentées continuellement par celles des rivières qui y affluaient, aient suffisamment perdu de leur salure, pour pouvoir nourrir avec les espèces marines qui y vi- vaient encore , d'autres espèces apportées par les eaux douces (i)? Plusieurs dents de poissons voisins des Requins, des Scies ou des Balistes , ou appartenant à ces genres, ont été recueillies aussi dans les terrains tertiaires : un grand (i) Dans le travail que j'ai fait insérer dans le cinquième tome de la Géographie physique, j'ai répété ce que Faujas et M. Defrance ont dit sur le calme et quelquefois sur la cause subite qui semblent avoir présidé en général à la destruction des Poissons fossiles, et j'ai consi- déré comme preuve , avec les deux savans que je viens de nommer , le Jilochius longirostris fossile de Monte-Bolea , qui en avale un autre. Ce ( a66 ) nombre appartient à des espèces douteuses , mais plu- sieurs tels que le Squalus tricuspideus , le S. pristo- dontus et le S. auriculatus ainsi que le Palœobalisle , sont tout-à-fait inconnus vivans. Lorsque les premières terres sortirent du 6ein des eaux , les plus anciens animaux qui y vécurent durent être des reptiles. En effet, les terrains secondaires d'une partie de l'Allemagne , tels que les schistes de la Thu- ringe , recèlent des 06semens de Monitor; le calcaire de Pappenheim , renferme ceux du Geosaurus ; celui de Stonesfield en Angleterre , ceux du Mégalo s aurus-; ce- lui d'Aichstedt dans la Vallée de rAltmùhl , contient des débris du singulier reptile désigné par M. Cuvier sous le nom de Pterodactylus . Tous ces reptiles , si différens de ceux de nos jours, paraissent avoir précédé les autres. Jamais ils ne sont accompagnés de Crocodiles semblables aux Crocodiles vivans , quoique M. Cuvier ait reconnu que le Saurien des dépôts supérieurs du calcaire alpin aux environs de Lunéville, se rapproche de ce dernier reptile 5 quoi- qu'il ait reconnu encore que les schistes calcaires de la Vallée de l'Altmûhl , que l'argile schisteuse grise qui revêt les pentes de la chaîne du Jura , sur les bords de la Wils et de la Lindach , renferment les ossemens d'un reptile voisin du Gavial, auquel il a donné le nom de Crocodilus priscus. Cependant remarquons que le rep-. 1 morceau , qui fait partie de la collection du Muséum d'Histoire natu- relle , a été regardé par quelques naturalistes comme une superposition de deux poissons fossiles. Après l'avoir examiné tout récemment ayee la plus scrupuleuse attention , je m'empresse d'avouer mon erreur. ( 3 6 7 ) tile fossile du calcaire de Caen, qui offre quelque ressem- blance avec le précédent , a été examiné avec soin par M. Geoffroy Saint-Hilaire , qui lui a trouvé comparati- vement au Gavial, des différences assez marquées pour qu'il l'ail considéré comme une sorte de produit mixte de Mammifère et de Crocodile , ce qui lui a fait don- ner le nom générique de Teleosaurus. Les reptiles fos- siles du Jura , ceux des falaises de la Normandie , qlù offrent des caractères assez rapprochés avec le Crocodi- lus priscus , pourraient Lien n'être quelles nuances gra- duelles du passage des reptiles plus anciens, aux rep- tiles plus modernes. Peut-être les Sauriens, qui se rapprochent un peu des Crocodiles ont ils été devancés dans les séries du règne animal par les singuliers reptiles découverts eu Angle- terre et auxquels on a donné les noms d' IcMyosam'ws et de'Plesiosaurus. Le premier surtout qui présente un as- semblage de plusieurs des caractères qui appartiennent aux Poissons , aux Cétacés , et aux Lézards , pourrait avoir précédé tous les autres Sauriens. Ses dépouilles ont été trouvées dans un calcaire secondaire ancien. Le second , découvert dans le calcaire secondaire et un grand nombre d'autres petites espèces. Reptiles. — Ils appartiennent à des ossemens de Ser- peus de la taille de la couleuvre commune. Oiseaux. — Leurs débris ont appartenu à des espèces de la taille des bergeronettes. Nous ferons remarquer que les ossemens de Pachy- derme sont très-rares dans les brèches osseuses , ce qui, selon nous, assignerait à celles-ci une époque de for- mation postérieure à celle des alluvions , ou du moins de celles qui renferment des ossemens d'Éléphans; car il est probable qu'une étude approfondie des terrains d' alluvions obligera de les partager en anciennes et en. modernes. Il convient encore de faire observer que, d'a- près cette distinction , plusieurs brèches osseuses se- raient d'une formation analogue aux alluvions à débris de grands Pachydermes ; telle est celle qui occupe une fissure sur Hutton-Hill , en Angleterre , et qui foc- ( 285 ) mée , comme la plupart des autres brèches , d'uue argile rougeâtre, renferme un grand nombre de dents d'Élé- phans. On cite encore aux environs de Koeslritz sur l'El- ster , en Saxe , des crevasses remplies d'argile pétrie d'ossemens fossiles , dont plusieurs appartiennent à une espèce de Rhinocéros inconnue , mais analogue à celle que Blumenbach a appelé Rhinocéros antiquitatis j ces ossemens sont accompagnés de débris appartenant à une espèce de Cheval inconnue , ainsi qu'à de grands Cerfs, à des Hyènes et à des Lions. Le phénomène que présentent certaines cavernes remplies d'ossemens d'animaux fossiles paraît être , se- lon nous , postérieur à celui des brèches osseuses. Il est naturel de penser qu'à l'époque où vivaient les Rhino- céros, les Eléphans , les Mammouths , les Mastodontes, les Hippopotames, les Cerfs, les Bœufs, et autres Her- bivores que l'on trouve dans les terrains d'alluvions , il existait peu d'animaux carnassiers , puisqu'ils sont très- rares dans ces sortes de terrains. Mais il n'en est pas de même des cavernes ; celles-ci renferment un bien plus grand nombre d'animaux car- nassiers que d'herbivores. Nous allons en donner une idée, en énumérant les animaux que l'on a reconnus dans les plus importantes. Dans celle de Baumann , au Hartz , on a trouvé des ossemens appartenant à des Ours et des Tigres. Dans les monts Crapaks , la grotte des Dragons ren- ferme , selou M. Cuvier, des débris d'Ours , et surtout de celui qu'il a appelé grand Ours des cavernes. Dans celle de Gailenreuth , M. Goldfuss a reconnu ( 286 ) des ossemens d'Ours , un animal voisin du Glouton du Nord ( Ifrsus gulo) , d'Hyènes , de Tigres , de Loups,' de Renards, de Gloutons , de Putois , et quelques restes de Cerfs et d'autres Herbivores ; il y a reconnu aussi deux animaux carnassiers , dont l'un a été appelé par lui Felis spelœa , et l'autre , par M. Cuvier , Felis anti— qua. Parmi les petits Carnassiers de cette caverne , M. Cuvier a reconnu une espèce de Zorille du cap de Bonne-Espérance. La caverne de Kirck-dall , en Angleterre , renferme des ossemens d'Hyènes , de Tigres , de Renards , de Be- lettes , mêlés à des débris d'Èléphans , de Rhinocéros , d'Hippopotames , de Chevaux , de Bœufs, de Cerfs , de Lapins , de Campagnols et de Rats ; plusieurs débris de ces Ruminans portent encore l'empreinte des dents des Carnivores. Celle de Lunel-Vieil, près de Montpellier, contient, suivant M. Marcel de Serres, des Lions et des Tigres d'une grande dimension , des Hyènes , des Panthères , des Loups, des Renards et des Ours. Les ossemens d'Herbivores sont ceux de diverses espèces d'Hippopo- tames , de Sangliers , de Pécaris , de Chevaux , de Cerfs , d'Elans , de Chevreuils , de Daims , de Mou- lons , de Bœufs et même de Chameaux. Les Rongeurs ' appartiennent à des Lapins et à des Rats ; on y a re- cueilli des débris de quelques Oiseaux. La caverne de Sundwich contient aussi des restes à'Ursus gulo et des débris d'un Sanglier que M. Gldfouss a appelé Sus priscus. La caverne de Kuhloch contient une si grande quan- tité d'ossemens fossiles , qu'on en a évalué la masse à ( 2 8 7 ) 5,ooo pieds cubes ; ils ne paraissent pas avoir été usés ni illérés par l'action des eaux : la plupart appartiennent au genre Ours. Enfin , ou a trouvé dans la caverue de Banvvell , en Angleterre , un si grand nombre d'ossemeus de Bœufs, de Daims, d'Elans, mêlés avec des os de Loups et d'Ours gigantesques , que le tout formait une masse de plus de quarante pieds d'épaisseur. Si nous quittons notre continent pour nous transpor- ter au nord de l'Amérique , nous y remarquerons encore des cavernes à ossemens 5 mais au lieu d'y retrouver des animaux analogues à ceux de nos cavernes , nous n'y jverrons que des restes d'animaux tout-à-fait inconnus et qui ne peuvent prendre place que parmi les Edentés ; tels sont les Megalonix, trouvés dans le comté de Green- Briar, en Virginie. Le célèbre Jefferson regardait ces quadrupèdes , dont la stature était au-dessus de celle o'un Cheval , comme l'ennemi naturel du Mastodonte. Nous avons considéré les cavernes à ossemens comme faisant partie des dépôts d'alluvion , parce que nous [croyons, avec plusieurs naturalistes , que s'il en estquel- iques-unes qui ont servi de refuge à des Carnivores , il en est d'autres aussi qui , par le mélange d'animaux qui n'ont jamais pu vivre ensemble, prouvent que leurs débris ont dû y être entassés , comme dans les brèches osseuses , par des fentes , des crevasses ou des éboulemens prati- qués aux parois supérieures de ces cavernes naturelles , jet dans lesquelles des inondations les ont entraînés avec (cette argile rougeàtre qui caractérise, selon nous, les ialluvions d'eau douce. Les observations de M. Bertrand- Geslin , relativement à la caverne d'Adelsberg , en Car- ( 288 ) niolè , confirment ce que nous disous sur l'origine des amas osseux que l'on trouve dans la plupart des cavernes semblables. Mais nous ne saurions trop le redire, afin que les naturalistes qui s'occupent de géologie et qui se- raient à portée d'examiner des terrains d'alluvions puis- sent examiner s'il n'est pas nécessaire de partager ceux- ci en diverses espèces , suivant leur ancienneté relative* Les cavernes , comme les alignions et les brèches osseu- ses , appartiennent nécessairement à différentes dates que la géologie n'a point encore appris à distinguer d'une manière précise , mais qui peuvent être provisoirement déterminées à l'aide de quelques recherches zoologiques. Ainsi , plus les animaux dont nous retrouvons les débris dans ces divers dépôts diffèrent de ceux qui vivent main-" tenant sur la terre , plus ces dépôts doivent être anciens. D'après ce principe , la caverne de Green-Briar se* rait une des plus anciennes de celles que nous connais- sons. Il en est de même, selon nous , des terrains tourbeux; il s'en faut que tous appartiennent à la même époque ceux de l'Ancien e; du Nouveau-Monde pourraient dif- ficilement être mis sur la même ligne. Ainsi, les dépôts tourbeux ou vaseux du bassin de l'Ohio , dépôts qui con- tiennent des débris de Mastodontes , avec des ossemens de Bufles et d'animaux appartenant aux Cerfs ; ceux d( l'état de New-Jersey, ceux des bords de la rivière d'York. qui contiennent des dépôts semblables , ceux enfin d( l'île de Slddavavj sur la côte de la Géorgie , et qui recè lent des ossemens de Mégatherium , sont certainemet plus anciens que les dépôts tourbeux de l'Ancien-Monc Parmi ceux-ci même on trouverait encore plusieurs dal ( ^9 ) différentes. En Sibérie, quelques dépôts tourbeux ren- ferment des ossemeus et des défenses d'Élépbans \ sur ceux des bords de l'Anadir on a découvert une dent de Narval ; en Islande et en Allemagne-, les mêmes dépôts contiennent les restes de deux espèces de Bœufs , et des ossemeus de Castors et de Rennes ; en Suède, l'Urus, le Bison , l'Elan , le Renne et le Sanglier, sont les ani- maux dont on retrouve le plus fréquemment les débris ; en Flandre, les mômes dépôts contiennent des restes de Ruminans et de Sangliers d'une taille extraordinaire ; en France , la vallée de la Somme contient des restes d'Aurochs, de Cerfs, de Chevreuils et de Castor.s : la val- lée de l'Oise ne contient dans ses terrains tourbeux que des dents de Chevaux analogues aux nôtres. Nous ne reparlerons point ici des prétendues décou- vertes d'ossemens humains fossiles. Lors de l'exposition à Paris de ces blocs de grès de Fontainebleau , que l'on voulut faire passer pour un homme et un cheval pétri- fiés , nous avons donné , dans ces annales , notre avis à ce sujet. A l'exception de terrains tourbeux les plus ré- cens, aucun dépôt ne renferme et ne peut renfermer de .débris d'ossemens humains , ni même d'aucun quadru- mane fossile -, la raison en est dans le peu d'antiquité de l'existence des quadrumanes, et de celle de l'homme. Mais afin qu'on ne soit point tenté , comme on l'a fait déjà, d'attribuer à certaines bizarreries de forme et à la présence de quelques atomes de matière animale la pé- trification ou la fossilisation d'un corps humain , ou de celui de quelque animal , nous terminerons ici en don- nant le résultat de différentes analyses d'ossemens fossiles. x. 19 ( *9° ) Le savant chimiste Vauquelin a essayé d'en fourmi' une de ceux qui ont été découverts dans le gypse de Montmartre; il y a reconnu , sur ioo parties : Phosphate de chaux : o,65 Sulfate de chaux 0,18 Carbonate de chaux. 0,07 Perte et matière animale 0,10 Total 100 D'après les recherches que j'ai faites de concert avec un chimiste habile, un fragment d'os de la même lo- calité a offert : Phosphate de chaux • 0,40 Carbonate de chaux • 0,48 Eau • 0,02 Matière animale o, 1 o Total • • 1 00 Un ossement contenu dans le calcaire secondaire de Lunéville , a présenté à notre analyse : Phosphate de chaux- • •, 0,07 Carbonate de chaux* • • • 0,73 Silice 0,07 Matière animale 0,07 Perte 0,06 Total 100 L'analyse d'un os de Ruminant du sable d'ail uvion de la plaiue de Pantin , a fourni : ( 39» ) Phosphate de chaux o, 1 4 Carbonate de chaux • o,83 Matière animale 0,02 Perte 0,01 Total 100 Les os fossiles des tufs volcaniques des environs d'Is- soire ont donné , à l'analyse , les substances ci-après : Phosphate de chaux o,36 Carbonate de chaux °i 2 9 Oxide de fer 0,2 r Matière animale 0,07 Eau. 0,07 Total 100 Enfin , les ossemens des brèches de Gibraltar nous ont présenté , par l'analyse : Phosphate de chaux o, 1 3 Carbonate de chaux 0,6:! Sable et matière animale- 0/25 Total « 100 Nous rappellerons aussi l'analyse faite par M. Stokes des os du Ceivus megaceros , qui est remarquable par la grande quantité de matière animale que ce chimiste a découvert dans ces ossemens (1). (1) Ami. Se. nul. , t. vin, p. 4 01 - ( 292 ) NoIice sur les Terrains tertiaires du midi de la France ; Par M. Marcel de Serres. ( Luc à la Société d'Histoire naturelle de Montpellier le ai décembre 1826.) Les terrains tertiaires où sont empreintes les der- nières révolutions que la terre ait subie , sont les plus compliquées et les plus difficiles à bien circonscrire , à raison de la position souvent ambiguë des diverses for- mations qui les composent. C'est pour déterminer avec plus de précision que nous ne l'avons fait jusqu'à pré- sent, la position relative des diverses formations ter- tiaires du midi de la France, que nous avons tracé le tableau des terrains auxquels nous avons dû la perfec- tion de l'anatomie comparée, et de la conchyologie sou- terraine, à cause de la quantité de Mammifères qu'ils renferment, et dû grand nombre de coquilles que l'on y observe dans un haut degré de conservation. Si la plupart des formations tertiaires ont acquis le plus grand degré de développement dans le bassin des environs de Paris, celles qui sont d'une date plus ré- cente que le terrain d'eau douce inférieur (deuxième terrain d'eau douce de MM. Cuvier et Biongniart) (1), semblent s'être singulièrement compliquées et diversi- fiées dans le midi de la France. En effet au-dessus de nos formations d'eau douce in- férieures , ont été déposés nos terrains marins supérieurs . 1) Recherches sur les Ossemens fossiles , lova. 11 , p. 8. . ( ^ y nos brèches marines , et celles que par opposition l'on.' pourrait appeler d'eau douce , les terrains à ossemens. de nos cavernes , et enfin nos divers terrains de trans- port supérieurs. Comme la série de nos formations plus récentes que la craie ne se succède mille part avec tons les termes qui en font partie , il est par cela même diffi- cile d'assigner avec précision l'époque relative de ces divers dépôts, d'autant que l'ordre de superposition ne guide pas toujours pour déterminer l'âge des diverses couches de nos terrains tertiaires. La difficulté est d'au- tant plus grande , qu'à l'exception du calcaire grossier etdes formations qui lui sont antérieures , nos dépôts tertiaires les plus récents sont tous circonscrits, inter- rompus , morcelles , bornés à des localités peu éten- dues , et séparés par des espaces plus ou moins con,- çidérables. Enfin, certaines de nos formations tertiaires se mon- trent immédiatement superposées , soit au calcaire se- condaire , soit aux schistes argileux intermédiaires, su- perposition qui pourrait aisément tromper si l'on n'ob- servait ailleurs ces mêmes formations recouvrant des terrains d'un âge bien autrement récent. Aussi pour faire saisir l'ensemble et le rapport des diverses formations de nos terrains tertiaires, ou de sé- diment supérieur , nous les avons disposés dans le même tableau sur deux séries, qui, lorsqu'elles sont placées sur une même ligne , annoncent que les formations sont parallèles ou se trouvent sur le même horizon géognos- tique. Dans l'une de ces séries nous avons placé celles de nos formations dont on peut le mieux apprécier l'é- poque d'après leur superposition habituelle , et dans. ( 294 ) l'autre relies au contraire qui ne se trouvant jamais en véritable stratification , et occupant constamment des fentes ou des fissures plus ou moins considérables , existent au milieu des terraius de l'âge le plus différent, telles sont en particulier les brêcbes osseuses , et les ter- raius à ossemens des cavernes. On peut considérer la partie des terrains tertiaires du midi de la France qui se montre en stratification assez constante, comme composée de huit formations princi- pales , en y comprenant les divers terrains de transport , ou seulement de cinq , si l'on n'y réunit point ces ter- rains. Ces formations sont eu effet ; i°. Les terrains d'alluvion ou de transport récent c'est-à-dire ceux que l'on peut considérer comme post- diluviens, terrains qui se déposent encore tous les jours , soit par l'effet du cours des fleuves, soit par l'action des eaux de la mer. 2°. Les terrains d'alluvion ou de transpoji, anciens , c'est-à-dire ceux qui paraissent anté-diluvieus et que M. Buckland nomme diluvium. Ces terrains qui diffèrent à la fois par leur nature chimique et par les fossiles qu'ils renferment, ne paraissent pas dans nos contrées méri- dionales receler des débris de Mammifères terrestres , à moins qu'on ne leur assimile les limons qui en se soli- difiant dans les fentes, ont produit nos brêcbes os- seuses, ou les graviers et les sables qui ont rempli en, tout ou en partie nos cavernes à ossemens. 3°. Les terrains d'eau douce supérieurs . 4 Q • Les terrains marins supérieurs qui , quoique presqu'entièrement composés de sable , offrent dans nos. ( 2 9 5 ) contrées un assez grand développement , et une étendue par fois considérable. 5°. Les terrains deau douce inférieurs , moins dé- veloppés dans le midi que dans le nord de la France, peut être à raison de ce que les roches gypseuses de cette formation y sont infiniment rares; car elles ne pa- raissent guère exister que dans le bassin d'Aix en Pro-» vence. Ces terrains d'eau douce ont aussi moins d'im- portance dans nos contrées , ne recelant point comme n Paris des genres perdus de Mammifères terrestres, ni les nombreux fossiles qui accompagnent ces Mam- mifères. 6°. Les terrains marins inférieurs qui offrent celle différence avec ceux du bassin de Paris , d'avoir pour espèces caractéristiques du calcaire grossier qui en com- pose la plus grande partie , des acéphales tcstacés , tandis que les Cériles signalent le calcaire grossier pa- risien ; les argiles plastiques calcarifères qui recèlent des débris assez nombreux de Poissons et de Mollusques de mer , et qui terminent la série des couches infé- rieures au calcaire grossier , ne peuvent guère être assi- milées aux argiles plastiques de Paris , puisque celles-ci ne sont nullement effervescentes comme les nôtres, et quelles ne renferment que des produits des eaux douces. \ Ces argiles plastiques de Paris que MM. Cuvier cl Brongniart ont considéré comme la première formation d'eau douce superposée à la craie, semhlcnt représen- tées dans nos contrées , par les marnes et les calcaires bitumineux à lignites que nous avons signalés depuis long-temps à Cézenon , et probablement aussi par la ( *96 ) plupart des lignites que l'on exploite dans nos con-* trées. y . Les terrains à lignites. , 8°. Les terrains de transport inférieur. Quant à la seconde série , celle où les formations ne se montrent point en stratification avec des roches d'une époque déterminée , elle se compose uniquement , en n'y comprenant point les terrains de transport évidens , de deux formations principales. La première ou la plus récente peut être assimilée en quelque sorte aux terrains d'eau douce supérieurs , ou du moins peut-on présumer qu'elle a été déposée à une époque à-peu-près contemporaine , à celle du dépôt de ces terrains. Cette formation n'offre en effet aucune pro- duction de mer , et les espèces de coquilles de terre qui la caractérisent, se retrouvent dans les terrains d'eau douce supérieurs. La seconde de ces formations offre à la fois des débris de Mammifères terrestres et marins , , sous ce rapport on peut ce semble, la comparer , ou en quelque sorte l'assimiler aux sables marins , qui com- posent la majeure partie de nos terrains marins supé- rieurs. Comme ces diverses formations sont encore peu con- nues dans nos contrées , nous indiquerons les principales localités où elles se montrent , d'autant qu'elles offrent le plus grand intérêt , à raison de la quantité de débris de corps organisés que l'on y observe. Première formation. Cavernes à ossemens. Les principales que l'on con- naisse jusqu'à présent dans nos contrées méridionales., ( 297 ) sont celles de Lunel- Vieil , auxquelles on peut en quelque sorte assimiler celles de Saint-Julien et de Saint- Antoine près de Montpellier 5 mais il est extrê- mement probable que de pareilles cavernes à ossemens existent dans la plupart des lieux où il s'est opéré des fentes rapprochées des terrains d'alluvion ou des forma- tions les plus récentes des terrains tertiaires. Brèches osseuses d'eau douce. L'on doit , ce semble, rapporter à une même époque la plupart des brèches osseuses qui ont été indiquées jusqu'à pré- sent comme rapprochées des bords de la méditerranée -, l'on ne peut former quelques doutes que sur celles de Nice ; mais en les comparant avec celles d'Antibes et de Sète , il est difficile de les en séparer , d'autant que dans ces diverses localités les mêmes espèces de co- quilles terrestres se montrent partout comme un signe caractéristique de l'identité de leurs dépôts. C'est au même genre de formation , que nous rapporterons les brèches osseuses du midi de la France que nous allons signaler en indiquant par un point d'interrogation celles sur lesquelles nous ne sommes point encore entièrement fixés. i°. Brèches osseuses d'Antibes. 2°. Brèches osseuses de Saint-Hypolite? (Gard. ) 3°. Brèches osseuses d'Anduse ? ( Gard. ) 4°- Brèches osseuses de Baillargues. (Hérault.) 5°. Brèches osseuses de Vendargues (Hérault. ) 6°. Brèches osseuses de Sète. ( Hérault. ) 7 . Brèches osseuses de Vendémian près Gignac. (Hérault.) 8°. Brèches osseuses de Ville-Franche. (Aveyron). g . Brèches osseuses de Ville-Franche? (Haute-Ga- ronne. ) Dans toutes ces localités , les Bongeurs et les Bumi- nans auxquels se joignent parfois quelques Pachydermes , mais toujours en petit nombre, caractérisent ces brèches, et avec ces Mammifères terrrestres, l'on observe à-peu- près constamment des Cyclostomes , des Bulimes , ou des Hélices , coquilles qui accompagnent également les calcaires du terrain d'eau douce supérieur. Brèches osseuses marines. Ces brèches qui parais- sent d'une date plus ancienne que les brèches osseuses d'eau douce , en diffèrent , en ce qu'elles recèlent à la fois des Mammifères terrestres confondus avec des Mam- mifères marins. Ce caractère leur est commun avec les sables des terrains marins supérieurs. Ausi peut-on les considérer comme des formations analogues. Les Rongeurs qui abondent dans les brèches osseuses d'eau douce , sont au contraire infiniment rares dans les brèches marines , qui , quoique toujours caractérisées par les Ruminans , offrent une plus grande quantité de Pachydermes , et même de la plus grande taille , tels que les Êléphans et les Hippopotames (i), animaux qui se trouvent également dans nos terrains de sable marin. Cette conformité entre l'espèce des animaux que l'un et l'autre terrain renferme , semblent confirmer leur analogie, et annoncer que leurs dépôts n'ont pas eu lieu à des époques bien éloignées. La seule diffé- (1) M. de Christol a observé le premier ce genre de Pachyderme parmi les brèches de Pézenas ; M. de Jussieu les avait reconnu depuis bieu long- temps dans nos terrains marins supérieurs. C 2 99 ) rence en effet qui existe entre ces deux terrains , lient à la présence des huîtres (Ostrea un data Lamarck), qui se trouvent eu bancs continus dans les parties supé- rieures et moyennes des bancs de nos sables marins, coquilles qui ne paraissent point exister parmi nos brè- ches marines , où du reste les coquilles de mer sont assez rares. En un mot , les animaux des brèches osseuses d'eau douce sont essentiellement des Honneurs et des Rumi- nans , tandis que les brèches marines ont pour animaux caractéristiques parmi les Mammifères terrestres , des Ruminans et des Pachydermes et enfin des Mammifères marins. Il paraît que l'on peut comprendre parmi les brèches marines de nos contrées méridionales ; i°. Les brèches osseuses d'Àix. (Bouches-du-Rhône, ) 2 . Les brèches osseuses de Pézénas. ( Hérault. ) 3°. Les brèches ossseuses de Perpignan. (Pyrénées- Orientales. ) Enfin , il n'est pas inutile de faire remarquer que nos terrains tertiaires lorsqu'ils présentent plusieurs des formations qui les composent, ne semblent pas abandonner le littoral de la Méditerranée, et cela du moins depuis Marseille jusqu'à Perpignan. Ces ter- rains s'élèvent également fort peu au-dessus du niveau de la méditerranée lorsqu'ils constituent des terrains à eux seuls ; ils ne parviennent à une assez grande hau- teur que lorsqu'il n'existe qu'une seule formation de ces terrains , ou un seul terme de la série tertiaire. Les terrains d eau douce de la Lozère , de l'Aveyron et du Gard , comme les brèches osseuses de l'Aveyron qui ne ( 3oo ) sont jamais que des formations morcellées et distri- buées par lambeaux , se montrent aussi à une éléva- tion bien supérieure à celle que les formations ter- tiaires acquièrent lorsqu'elles constituent des terrains à elles seules d'une certaine étendue. Cet aperçu général nous conduira nécessairement à publier le tableau détaillé de nos diverses formations ter- tiaires , auquel nous joindrons la carte géologique du Département de l'Hérault , dont nous n'avons retardé la publication , qu'afin de réunir le plus de données pos- sibles , et de la rendre moins imparfaite. Mais pour le moment, nous nous contenterons de tracer le tableau général des diverses formations qui composent le sol supérieur du midi de la France , afin que l'on puisse juger d'un coup-d'ceil, du rapport que ces diverses for- mations présentent en tr' elles, de la simultanéité de leurs dépôts , ou de l'intervalle qui s'est écoulé entr'eux. Si dans le tableau que l'on va lire , nous avons dis- tingué les formations tertiaires , suivant qu'elles recè- lent des êtres marins ou des productions des eaux douces , et si nous avons distingué l'époque de leurs dépôts , nous n'entendons point admettre par là que ces formations ont été déposées à de longs intervalles les unes des autres. Les divers membres de ces terrains sem- blent au contraire avoir été parfois déposés à des épo- ques fort rapprochées , puisque les mêmes corps orga- nisés se retrouvent aussi bien dans les formations in- férieures que dans les supérieures , et quelquefois dans celles attribuées aux eaux douces , comme dans celles qui semblent produites par des eaux mariues. En effet, l'on observe dans un assez grand nombre de nos loca- (3oi ) lilés , des végétaux terrestres ou des testacés des eaux douces dans les terrains marins supérieurs et inférieurs , tout comme des produits marins dans les formations d'eau douce les plus récentes , probablement parce qu'antérieurement à ces dépôts , les fleuves charriaient dans le bassin des mers , une partie des corps organisés qui avaient vécu dans leur sein ou sur les terres sèches , à-peu-près comme ils le font actuellement. Ces productions des eaux douces et des terres sèches entremêlées parfois au milieu dès productions marines et dans des terrains marins , annoncent ce semble avec le rapprochement des deux sortes de terrains (les uns reposant souvent immédiatement sur les autres) , que si les formations lacustres peuvent avoir été produites par un liquide d'une nature particulière, il n'en est peut- être pas de même des formations fluviatiles , celles-ci ayant fort bien pu être déposées comme les formations marines dans le bassin même des mers. TABLEAU général, et détaille des principales formations tertiaires qui paraissent composer le plus universelle- ment le sol supérieur du midi de la France (i). i°. Limon post-dihu>ien ou ter- rain cCailuuion moderne. On peut probablement compren- dre avec ce limon le sable qui forme des dunes plus on moins élevées fur les côtes de la Méditerranée. i°. Terre végétale. — Le plus généralement , les terres végétales du midi sont un mélange naturel de calcaire, d'argile et d'une cer- taine portion de sable siliceux , au- quel s ajoute du terreau ou humus, mais peu abondant , si ce n'est dans les bas-fonds. La proportion des élémensqui les composent sem- (0 Les formations qui se trouvent dans ce tableau, en regard îles unes des autres , .sont des formations qui semblent à-peu-près contemporaines ou déposées à des époques fort rap- prochées. Celles qni se trouvent sous le même nnniëro sont d« formations qui paraissent .avoir été produites par des circonstances analogues ; telles sont , par exemple . les cavernes » ossemens et les brèches osseuses. Celte observation est essentielle à faùe pour l'intelligence de ce tableau. ( 3o2 ) | blent dépendre de la nature miné- ralogique du sol qu'elles recou-> vrent', comme leur épaisseur est d'autant plus grande , qu'elles se montrent sur des terrains peu éle- vés , peu inclinés , et d'une forma» tion récente. 2°. Limon ante-diluvien calcaire, ou diluvium de M. Buckland. Ter- rain d'alluvion calcaire ancien , mais sans ossemens. Même observation que pour le terrain d'alluvion quartzeux. Ce limon calcaire se montre principa- lement dans les vallées les plus basses. 2°. Limon ante-diluvien , ou di- lui'ium de M. Buckland. Terrain d'alluvion quartzeux ancien , mais sans ossemens. En désignant ce limon sous le nom de diluvium , nous n'enten- dons point décider la question de savoir s'il est ou non universelle- ment répandu. Il faudrait peut-être placer ici les limons ante-diluviens calcaire ou quartzeux renfermant des ossemens , si de pareils limons ou terrains d'alluvion existaient dans le midi de la France. Jusqu'à présent nous n'avons observé de pareils limons , nommés aussi terrains meubles ( quoiqu'il paraîtrait convenable de consacrer uniquement cette expres- sion aux terrains d'alluvion ou d'attérissement les plus modirnes ) , que daus les cavernes ou les fentes de rochers calcaires où il s'est formé des brèches osseuses. 3°. Cavernes à ossemens , plus ou moins comblées par un limon coloré argilo - calcaréo - siliceux , rempli de galets quartzeux ou par <\cs graviers et des sables plus ou moins fins. Ce limon offre une quantité plus ou moins considérable d'ossemens de Mammifères terrestres , dissé- minés et confondus avec quelques débris d'Oiseaux, de Reptiles, de Poissons , et quelques coquilles. Les familles de Mammifères ter- restres le plus généralement ré- pandues , sont , parmi les herbivo- res, les liuminans et les Rongeurs, et parmi les carnassiers, les Car- nivores digitigrades des genres Chien et Hyène. Les coquilles le plus abondam- ment répandues au milieu du limon de ces cavtrnes, sont : i°. Un Bulimus très- voisin du JBulimus decollatus. 2°. Lu Cyclostoma très-voisin du Cyclostoma elegans. 3°. bis. Brèches osseuses formées 3°. Terrains d'eau douce supé- rieurs, principalement composés de calcaire sédiuientaiie ou tuf plus eu moins solide , de calcaire albâtre rubauné et de calcaire compacte. Ces terrains sont caractérisés par des Mollusques et des végétaux. Les espèces dominantes sont , pour les Mollusques : l°. Lin Bulimus très- voisin du Bulimus decollatus . 2°. Un Hélix très -voisin de [''Hé- lix nemoralis. 3°. Un Cyclostoma voisin du Cyclostoma elegans. 4°- Une Limuœa indéterminée et ' abondante, surtout dans les cou- ches inférieures. Les espèces dominantes pour les végétaux sont : i°. Principalement des feuilles de végétaux dicutylédons, qui sem- blent se rapprocher de celles île la vigne ordinaire , de l'olivier et lie I l'yeuse (Quercus ilex). 2°. Avec ces feuilles, on observe de nombreux fruits de Conifères ( 3o3 ) par un ciment argilo-calcaire , ne réunissant que des débris de Mam- mifères terrestres , avec des co- quilles également de terre. On les observe indiliéremmenl dans la do- lomie , le calcaire jurassique et le ! calcaire grossier. Les Mammifères terrestres le plus généralement répandus dans ces brèches , sont des herbivores qui appartiennent aux familles des utongeurs et des Ruminons, Quant aux Mollusques de terre, On y retrouve les mêmes espèces que celles qui existent dans les ca- wernes a ossemens. très-rapproi hés de ceux de nos pins ( Pinus ). Ces terrains d'eau douce supé- rieurs du midi de la France con- stituent des formations locales, cir- conscrites , toujours interrompues, se retrouvant à des distances plus ou moins considérables les unes des autres , et plus ou moins élevés au- dessus du niveau des mers. Comme les formations morcelées des ter- rains tertiaires, celles-ci se mon- trent parfois à d'assez grandes élé- vations , ainsi qu'à d'assez grandes distances du bassin de la Méditer- ranée ; ce que l'on n'observe pas également pour les calcaires d'eau douce inférieurs. Par suite de cette grande diversité de position , ces terrains se mou tient superposés aux roches d'âges les plus diflerens, re- posant sur tous les terrains déposés depuis ceux dits primitifs , jus- qu'aux terrains marins supérieurs. Cette particularité des terrants d'eau douce supéiieurs leur est commune avec les brèches osseuses d'eau douce, 'et semble lier d'une manière encore plus intime ces deux ordres de formation. Cette constance des mêmes espèces de coquilles dans les terraius d'eau douce supérieurs , les cavernes et les brèches à ossemens du midi de la HFrance , fait supposer que ces diverses formations , toutes purement locales et généralement circonscrites , sont des formations parallèles ou rayant à-peu-près le même horizon géognostique , ou, en d'antres termes, qu'elles ont été déposées à-peu-près aux mêmes époques ou à des épo- ques peu éloignées les unes des autres. I 4°* Poudingue calcaire , avec Ihuîtres fossiles généralement bri- sées. Ce poudingue, formé de ga- lets calcaires assez généralement 'arrondis et d'un volume plus ou moins considérable , réunit aussi un assez grand nombre de frag- imens d'huîtres , le tout empâté par jun ciment calcaire. 5°. Brèches osseuses marines , lou terrain de transport a ossemens. I Cette formation, également lo- jcale , circonscrite comme les brè- iches osseuses précédentes , et tou- Nous ignorons encore quelles sont les couches ou les formations que l'on pourrait considérer com- me parallèles à ce poudingue cal- caire , ou comme ayant à-peu-piès le même horizon géognostique. 5°. ferrai us marins supérieurs , ou terrains de sable marin. Les terrains marins supérieurs du midi de la France sont princi- palement composés de sables le (3o4) jours interrompue , paraît cepen- dant occuper des espaces plus «'tendus. Ces brèches sont compo- sées de fragmens calcaires réunis par un ciment calcaire ; ce ciment. a pénétré plus complètement les ossemens qu'il a saisis , que celui des brèches , où l'on n'observe pas de traces de Mammifères marins. Les Mammifères terrestres les plus généralement répandus dans ces brèches, appartiennent aux Ru- rainans et aux Pachydermes ; quant aux Mammifères marins, ce sont presque toujours des Céta- cés que l'on y rencontre, parmi lesquels le genre des ^Lamantins semble y être le plus commun. G». Terrain gypseux a osse- mens. C'est ici qu'il faut placer le ter- rain gypseux d'eau douce ou gypse à ossemens ; mais cette formation se montre peu dans le midi de la France. Eu effet, la plupart des gypses de nos contrées méridiona- les paraissent se rattacher aux for- mations secondaires , et principa- lement a celle dite du Jura ; il n'y a d'exception que pour les gypses du bassin d'Aix en Provence , qui paraissent de la même époque que ceux du bassin de Paris : ils en dif- fèrent cependant en ce que l'on n'y observe guère que des reptiles , des poissons et des insectes , et presque point de Mammifères terrestres. Les empreintes des végétaux sont également fort nombreuses dans les couches de marne qui k accom- pagueut ces gypses. 70. Comme les dépôts qui se sont plus souvent jaunâtres, avec de» marnes et des grès qui ne sont , du reste , que des sables durcis ; Ges terrains présentent à la fois , com- me les brèches osseuses marines , auxquelles on peut les comparer, des Mammifères terrestres et ma- rins et des coquilles marines , par- mi lesquelles le genre Ostrea est singulièrement prédominant. Les Ruminans et les Pachyder- mes caractérisent cette formation ; mais ils y sont moins abondans que les Cétacés. Avec ces Mammi- fères marins . l'on observe quel- ques débris de Poissons , soit des Cliondoptérygiens , soit des A cari- thoptéiygiens. Des reptiles chéta niens du geure des Tortues, soit de mer, soit de terre, soit des eaux douces , accompagnent ces Pois' sons. Dts huîtres ( Ostrea), des glands- de-mer (Balanus) , caractérisent encore cette formation ; les pre- miers , disposés assez souvent en lits ou en bancs continus , et le! seconds fixés sur d'autres coquilles ou sur les os eux-mêmes. 6°. Terrains d'eau douce infè rieurs . Ces terrains, généralement pei étendus dans le midi de la France y semblent uniquement composé.' de marnes , de calcaire et de silex des coquilles terrestres et lacustres les caractérisent, car l'on y ob serve bien peu de débris de végé taux. Les Limnées, les Planorbes les Paludines et les Hélices y son les genres les plus répandus : qui ' ques coquilles bivalves s'y m tient également , telles que les ( clades , mais celles-ci sont généfi lement les plus rares. 5°. Terrains matins inférieur ( 3o5 ) opérés après la précipitation de la craie ont été d'autant pliis étendus qu'ils étaient plus rapprochés de cette époque , nous n'avons aucune formation à indiquer comme paral- lèle à celle du calcaire grossier. En effet , les formations tertiaires du midi de la France , supérieures au calcaire grossier , sont générale- ment peu étendues , par cela même souvent interrompues tt se rem- plaçant les unes les autres ; mais, à partir de ce calcaire , elles occu- pent à elles seules des espaces assez considérables, et l'on n'est plus en doute sur leur ancienneté relative, puisqu'elles se succèdent avec ré- gularité et qne leur ordre de su- perposition donne la date de leurs dépôts. Ainsi , dans nos contrées méridionales les terrains tertiaires ne prennent une certaine impor- tance , relativement à leur éten- due , qu'à compter du calcaire grossier qui , sans constituer des montagnes élevées , forme cepen- dant des collines plus ou moins continues et s'élevant parfois assez brusquement au-dessus du niveau des plaines. ou formation du calcaire grossier et de l'argile plastique calcarifère. — Ces terrains sont essentielle- ment composés de marnes , de cal- caire et d'argile ; on n'y observe point de Mammifères terrestres , mais uniquement des Mammifères marins , des poissons de mer et des coquilles marines : ces coquil- les y sont en nombre immense , quoique leurs espèces u y soient pas très -multipliées. Les acépha- les tesiacés caractérisent essentiel- lement les terrains marins supé- rieurs du midi de la France; les genres qui persistent le plus et sont les plus aboudans , peuvent être réduits aux. Venus , aux Pecten et aux Cardium. Les Mollusques céphalcs tesiacés iinivalvcs, y sont spécialement caractérisés pat les C'erithium. La formai ion des argiles plasti- ques calcarifères , inférieure à nos calcaires grossiers , se compose principalement d'argile plastique pins ou moins calcarifère , de cal- caire sableux, et d'argile sableuse bleuâtre. On retrouve encore dans celle formation des débris de Mammi- fères marins , de poissons et de co- quilles de mer , mais d'espèces dif- férentes de celles du calcaire gros- sier. Nos argiles plastiques calca- rifères étant constamment accom- pagnées de produits marins, ne peuvent guère être assimilées aux argiles plastiques inférieures au calcaire grossier de Paris. 8°. Terrain d'eau douce h lig/iites. — Ces terrains , dont la position "est encore pour nous incertaine , semblent cependant pouvoir être as- similés au premier terrain d'eau douce de MM. Cuvier et Bronguiart. Ils se composent, dans uos contrées , de marnes, de calcaire bitumi- neux et de coquilles lacustres des genres Plaiwrbe et Limnée. CY.--I probablement à cette époque de formation que l'on doit rapporter la plupart des terrains à fignites du midi de la France. 9°. Terrain de transport inférieur. — Ces terrains sont essentielle- ment composés de blocs roulés de roches primitives plus ou moins con- sidérables , lesquels blocs sout dissémines dans un sol graveleux. Il n'est pas inutile de faire remarquer que ces terrains offrent aussi leur» analogues dans le bassin des environs de Paris. 20 ( 3o6 ) terrains secondaires sur lesquels reposent généralement les terrains tertiaires du midi de la France. 10°. Calcaire jurassique. il». Dolomie compacte. Nos terrains tertiaires paraissent reposer immédiatement sui s for- mations du calcaire jurassique, auquel succède la dolomie compacte, la craie, les grès secondaires à ligniles , comme les sables verts, man- quant le plus généralement dans nos contrées méridionales. Dans un second Mémoire , nous donnerons un aperçu de nos formations secon- daires. Relation d'une Découverte récente d'os fossiles faite dans la partie orientale de la France , à la grotte d'Osselles ou Quingey, sur les bords du Doubs , cinq lieues au-dessous de Besançon; Par le Rev. D r . Bcckland , Membre de la Société royale de Londres , de la Société linnéenne , de, la Société de géologie ; Professeur de Minéralogie et de Géologie à l'université d'Oxford ; Correspondant du Muséum d'histoire natu- relle de Paris, etc., etc. A mon retour d'Italie, au mois d'octobre 1826 , j'eus occasiou de passer dans la partie orientale de la France , où est située la grotte d'Osselles si célèbre par son éten- due et par la quantité extraordinaire et la beauté de ses stalactites (1). Je résolus de la visiter dans le but de m'assurer si elle ne présentait pas quelque pbénomène semblable à ceux des cavernes à ossemens d'Allemagne ot d'Angleterre , et comme le résultat de mes recbei - (1) Voyez , pour une description circonstanciée de cette caverne Vhi' néraire abrégé du royaume de France, par Langlois, page 3l5. ( 3o 7 ) ches a été favorable , je vais donner un récit succint des faits que m'a permis d'établir une inspection rapide. J'espère qu'ils engageront des personnes qui , rési- dant dans le voisinage , auront par là l'occasion et les facilités nécessaires pour une telle entreprise, à en faire une étude nouvelle et plus complète, puisque cette caverne , autant que me permet d'en juger un examen de quelques heures, promet de rivaliser avec les célèbres grottes de Franconie et du Hartz. Cette grotte est située sur la rive du Doubs , à envi- ron cinq lieues au - dessous de Besançon et une lieue au N. O. de Quingey j l'endroit où son accès est le plus facile , est sur la route de Besançon à Paris , à la poste . de Saint-Vit. Le roc dans lequel elle est creusée est du calcaire alpin le plus récent, ou du calcaire jurassique com- pact , qui est si commun dans les formations oolitiques du centre et du midi de l'Europe , et qui abonde en fentes , en crevasses et en trous à hirondelle, qui le per- cent de toute part (i). Mais quoique ce caractère de compacité prédomine , cependant dans le voisinage im- médiat de Quingey, ce calcaire se mêle graduellement et alterne avec des couches qui ont décidément le caractère oolitique et qui renferment en abondance des coraux, des échinites , des pentacrinites , et les autres coquilles univalves et bivalves de la formation oolique. Ces corps organisés sont quelquefois siliciûés. A l'endroit où est située la caverne , une haute col- line composée de la variété compacte du calcaire juras- (i) L'on voit des exemples de ces trous a hirondelle à 3 milles N. de Quingey, au point culminant de la route de Besancon. ( 3o8 ) sique, forme la rive gauche du Doubs, et s'élève sous urt angle trop aigu pour permettre la culture à la charrue. L'on entre par une ouverture de la grandeur d'une porte de chambre , à-peu-près de six pieds de haut et de trois ou quatre pieds de large. Cette ouverture est à en- viron cinquante pieds au-dessus du niveau de la ri- vière. Je n'ai pas eu le temps de mesurer l'étendue totale depuis l'entrée jusqu'à l'extrémité. Elle est très-consi- dérable , probablement de près d'un quart de mille An- glais. L'itinéraire de France dit un quart de lieue. La hauteur et la largeur ne sont grandes nulle part ; les communications latérales ne sont ni nombreuses, ni étendues ; le sol est rarement uni , mais plein de des- centes et de montées irrégulières d'un bout à l'autre , mais en général il est incliné. On a décrit ce souterrain comme divisé en trente-six chambres distinctes : mais ces divisions sont arbitraires et il est plus vrai de le considérer comme un passage continu , serpentant dans le corps de la montagne , se resserrant et rapprochant son toit et ses côtés de ma- nière à être dans un endroit un couloir étroit , et dans d'autres une chambre vaste et spacieuse. Les colonnes et les masses de stalactites qui remplis- sent une grande partie de l'étendue de la grotte excé- dent de beaucoup en nombre , et égalent en beauté celles de la célèbre caverne de l'île de Sky ou d'aucune autre caverne que j'aie jamais vue , et l'imagination des visi- teurs qui m'ont précédé , s'est plue à leur y faire trouver toutes les espèces de ressemblance qu'elle pouvait leur fournir entre ces stalactites'et des animaux , des végé- (3o 9 ) taux où des morceaux d'architecture ; mais personne avant moi n'avait songé à chercher des ossemens sous la croûte de stalagmite qui s'est accumulée au pied de ces stalactites , et a formé sur le sol un large tapis ou pavé de différentes épaisseurs. Les seuls endroits où j'aie vu que cette croûte eût été brisée, c'est là où le passage étant trop étroit, on l'a cassée pour donner aux visiteurs la faculté de pénétrer dans l'intérieur de la grotte ; dans quelques parties où la voûte est trop solide pour permettre une infiltration , il n'y a ni stalactites ni stalagmite. Ce ne fut pas sans peine que je parvins à persuader à mes guides de m'aidera rompre cette surface jusqu'a- lors laissée intacte , afin d'y rechercher des restes d'a- nimaux et de détritus diluvien que , d'après l'analogie qui existe entre cette caverne et d'autres , je m'attendais à trouver dessous 5 leur surprise fut très-grande de voir ma prédiction se vérifier à l'égard de l'existence d'un lit de limon mêlé de fragmens de pierres et de cailloux roulés , au-dessous de ce qu'ils considéraient comme le pavé solide et impénétrable du souterrain, et leur étonne- ment augmenta encore, en trouvant à chacune des quatre places , que je choisis pour mon expérience, ce détritus accumulé à une profondeur que nous ne pûmes percer avec une barre de fer de trois pieds de longueur, et de plus entremêlé d'une grande quantité de dents et d'os fossiles. Ces os ne sont pas réunis en squelettes com- plets , mais ils sont éparpillés dans le limon et les cail- loux roulés précisément avec la même irrégularité que ceux trouvés dans les cavernes d'Allemagne et d'Angle-, terre. ( 3io ) Quelques-uns de ces os étaient cassés , et d'autres en- tiers 5 aucun ne portait des empreintes , telles que s'ils eussent été rongés et comme on en voit sur les os trou- vés dans les antres des Hyènes. Ils avaient appartenu à des animaux de tout âge. Les uns si jeunes que je trou- vai des mâchoires d'où les dents de lait n'étaient pas tombées, d'autres si âgés, que les dents en étaient usées de vieillesse ; mais autant que j'ai pu en juger , c'était presqu'exclusivement dès ossemens d'Ours. Il y avait aussi de petites plaques osseuses qui , ayant été les parties composantes de crânes, s'étaient séparées le long des sutures et n'étaient pas cassées irrégulièrement comme elles l'eussent été , si elles avaient été rongées ; elles étaient dispersées dans le limon à une certaine distance les unes des autres ; une quantité d'épiphyses était aussi éloignée de leurs os et mêlée confusément avec du limon, des cailloux roulés et d'autres os. Ceux-ci et les por- tions des crânes , ont dû être séparés par une décompo- sition graduelle avant d'arriver à leur position isolée ac- tuelle dans le diluvium dessous les stalagmites ; d'où nous pouvons inférer qu'il s'est écoulé une période de temps considérable pendant laquelle ils restèrent sur le terrain de la grotte, avant que le limon et les cailloux roulés s'y fussent introduits. Il y avait aussi quelques ossemens" de plus petits ani- maux dont je n'ai pas encore constaté l'identité. Il est possible que des recherches ultérieures puissent faire découvrir des restes de Hyènes , de Loups et de Tigres ; mais j'en ai vu assez pour être convaincu que les prin- cipaux habitans de cette caverne avant l'introduction du limon et des cailloux roulés , furent des Ours , de (3n) même que dans les cavernes de Muggendorf et dans le Hartz où les circonstances, le caractère et la condi- tion des os sont précisément les mêmes que dans la grotte de Quingey. J'observai particulièrement dans celle-ci une grande quantité de petites côtes. On trouve rarement cette partie du squelette dans les cavernes à Hyènes , parce que ces dernières les ont ordinairement dévorées. Ainsi , l'existence de ces côtes en si grand nombre et l'absence de toute marque de dents sur les plus grands os, tendent à improuver l'action destructrice des Hyènes dans cette grotte , et à montrer que les Ours en étaient les principaux habitans. Ces os lorsqu'ils sont secs bappent fortement à la langue comme tous les ossemens anté-diluviens des autres cavernes. Vers le centre de cette file de grottes, l'on arrive dans la plus spacieuse de toutes appelée la salle à danser , 'parce que sa grandeur et l'égalité du sol l'on fait choisir pour l'endroit où se rafraîchissent et où dansent les per- sonnes qui viennent voir les singulières beautés de ce lieu. Cette chambre a , dit-on , plus de cent pieds de long et dans quelques endroits cinquante de large : le toit en est bas , et principalement formé d'une masse compacte de calcaire avec peu ou point de stalactites suspendues ou étendues sur le sol qui est couvert d'une masse de limon demi endurci , étendu horizontalement contre les parois du côté gauche de la caverne, tandis que sur le côté droit il s'élève rapidement presque jus- ques au toit, et communique a une chambre plus élevée et parallèle , bien garnie du même limon , sur lequel une couche considérable de stalagmite s'est étendue en ( iiS ) sortant des ouvertures latérales qui montent en dimi- nuant peu-à-peu dans la masse du roc. En examinant le lit de limon qui sépare cette chambre delà salle à danser, je l'ai trouvé entremêlé d'ossemens d'Ours de même que je l'avais découvert dans d'autres endroits sous la croûte de stalagmite, et en creusant horizontalement pour les chercher , je fus un moment surpris de voir quelques coquilles de noix récentes en contact immédiat avec les anciens os ; mais en exami- nant l'endroit plus attentivement , je m'apperçus que j'ar vais coupé une crevasse qui descendait verticalement de la surface du limon jusqu'à environ trois pieds de pro- fondeur et où les visiteurs de la salle à danser et à manger avaient accidentellement jeté ces coquilles. J'ob- servai aussi que le limon en se desséchant avait formé plusieurs autres crevasses semblables dans sa superficie. Je restai dans cette partie de la caverne jusqu'à ce que la faim me forçat de prendre quelque nourriture , et en mangeant, je jetai derrière moi, sans y faire attention, ,] des os de poulet qui tombèrent dans ce même lit de li- mon , où j'avais trouvé les coquilles de noix dont je viens de parler, et où leur présence pourra par la suite in- triguer quelque futur observateur, qui voudra expli- quer leur juxta-position à des os d'Ours d'une espèce éteinte. Dans une autre partie adjacente de ce limon , je trou- vai un trou horizontal d'un pied de diamètre et de deux pieds de long qui évidemment avait été fait par des rats. Sur les côtés il y avait des marques de leurs pattes, et au fond quelques os et des dents de rats et de souris ré- cens mêlés à des coques d'oeuf et à des coquilles de noix , (3i3) que ces animaux ont dû ramasser dans la chambre voi- sine. Dans les mêmes cavités, il y avait aussi quelques os et une mâchoire d'Ours anté-diluviens , en contact avec des os récens et des coquilles de noix récentes , tandis que d'autres os d'Ours détachés en partie des côtés , et en partie du, toit , avaient leurs extrémités inférieures en- tourées et supportées par la matrice du limon. Les parties saillantes de ces os avaient probablement été découvertes par les rats lorsqu'ils creusèrent leur demeure , tandis que les grands os isolés avaient été, par la même action de creusement , séparés du limon et étant tombés sur le sol , te trouvèrent trop pesans pour pouvoir être traînés par un animal aussi petit qu'un rat , et trop peu génans pour engager à les changer de place. La surface supé- rieure de ces os était recouverte d'un mince dépôt de suie ou de charbon très-divisé!, Occasioné apparemment par l'usage fréquent du feu et des torches dans la chambre voisine. Dans une des cavités de l'autre salle , je trouvai le •squelette d'un lapin récent,- si frais, que la chair n'en •était pas; détruite depuis long -temps ; d'où il est «vident que des animaux modernes tels que Renards , Rats et Lapins , ne sont pas maintenant exclus de la caverne , et ont toujours trouvé moyen de s'introduire dans les endroits les plus secrets. En poursuivant encore ma course juscmes aux der- nières extrémités de la grotte , je trouvai que le toit re- devenait irrégulier et très-garni de stalactites , jusqu'à ce qu'à la distance d'environ les trois-quarts de la longueur entière de la caverne, elles soient tout-à-coup coupées par (3i4) une large fente transversale de la montagne. En bas de cette fente coule un ruisseau sur lequel on a bâti un pont en pierre pour maintenir la communication avec l'inté- rieur de la caverne. Au-delà du pont, l'excavation se prolonge avec beaucoup d'irrégularité dans sa forme et dans sa grandeur , et est ornée abondamment et de sta- lactites et de stalagmites jusqu'à ce qu'elle descende sou- dainement et se termine par une mare d'environ vingt pieds de large , dont la profondeur n'a pas encore été déterminée. Dans cette extrémité de la grotte , au-delà de la cre- vasse , je n'ai pas trouvé d'indices d'ossemens -, mais mon examen dans la fente et dans cette partie fut très- rapide et très-superficiel : il est cependant probable qu'il n'y en a pas beaucoup , parce que cette fente transver- sale descendant de dix à quinze pieds au-dessous du ni- veau de la caverne , qu'elle divise presque verticalement, doit en avoir rendu l'accès très-difficile, sinon impos- sible à des Ours. Le ruisseau souterrain qui passe le long de la cre- vasse dont j'ai parlé , surgit du pied de la montagne sous la forme d'un ruisseau presque suffisant pour faire tourner un moulin, et tombe immédiatement dans le Doubs , à la distance d'une centaine de toises. Mon guide m'a appris qu'il y a près de quatre-vingts ans , son cours ayant été obstrué entre le pont souter- rain et l'issue actuelle par un éboulement du roc , l'eau s'accumula , remplit la caverne et sortit par l'issue ac- tuelle , sur le côté de la montagne , à cinquante pieds au-dessus du niveau du Doubs; cependant , la cause de l'obstruction ayant été retirée , la caverne sécha , l'eau ( 3.5 ) reprit son ancien niveau et redevint un petit ruisseau s'écoulant lentement dans le fond de la fente qui partage la grotte. L'effet de cette inondation récente et momen- tanée a été de laisser une couche de limon d'environ un pouce ou deux sur toute la surface du sol de la grotte 5 elle est étendue comme une vase sur la croûte de stalag- mite qui la sépare de l'ancienne couche de limon , de sable et de cailloux roulés diluviens , où sont contenus les os 5 mais dans d'autres parties du sol où il n'y a point de stalagmites , ce dernier limon étant en contact immé- diat avec le limon plus récent, ce n'est qu'après une minutieuse attention qu'il est possible de les distinguer l'un de l'autre. Si je n'eusse pas rencontré les anciens os et sans l'existence universelle de dépôts analogues dans d'autres cavernes dépourvues d'eaux , je ne me serais pas hasardé à déclarer que la masse entière du limon non incrusté n'eût pas été apportée par les inondations du ruisseau en question. Il est probable aussi que dans ce limon mou et non protégé par les stalagmites , beaucoup de confusion a été créée par l'intervention des Renards , des Blaireaux , des Rats et des Lapins , dont j'ai trouvé un très-grand nombre de trous 5 outre cela , le sol a été remué en plu- sieurs places dans le but d'ouvrir un passage aux curieux qui visitent la caverne. Celui qui entreprendra l'examen du sujet qui nous occupe , devra donc agir avec une grande précaution 5 mais comme les os se rencontrent plus abondamment dans les autres parties de la caverne où la croûte intacte de stalagmite ne laisse aucun doute sur l'âge relatif des sédimens , je recommanderais de choisir ces endroits aux ( 3i6) personnes qui viendront après moi et qui pourraient dé- sirer de rechercher les débris organiques de la grotte d'Osselles. Comme mes conjectures, en choisissant les emplace- mens qui me semblaient devoir contenir le plus proba- •; blement des ossemens , ont été confirmées à chacune des quatre places que j'ai choisies pour mes examens dans une aussi grande caverne, je ne puis terminer ce sujet sans enseigner à d'autres la règle que mon expérience ij dans cette partie de la géologie m'a fait adopter en ex- i plorant le sol d'une caverne inconnue et vierge ; c'est j simplement de choisir les régions les plus basses de I chaque couloir et de chaque chambre, aussi bien que i des passages et des ouvertures latérales qui peuvent y communiquer, et après y avoir brisé et traversé les sta- 1 lagmi tes , de chercher les os dans le limon et parmi les i cailloux roulés qui sont dessous. En suivant cette règle, j'ai été rarement trompé dans mes espérances , par le choix de l'emplacement dans une ) caverne , quelque grande qu'elle fût , où des os s'étaient ' accumulés. Cependant , la présence ou l'absence des stalagmites n'est qu'une circonstance accidentelle, sans importance, j et ne donne pas d'indice de l'existence ou de la non- j existence de débris animaux dans le limon inférieur j elle est ordinairement limitée aux parties qui admettent l'infiltration de l'eau par des crevasses dans la voûte ou dans les flancs , et , commençant de ces points , s'étend souvent le long des côtés , et sur le sol à une grande dis- tance de la première source. J'ai rarement vu une caverne dans le calcaire qui man-» (3i 7 ) quât entièrement de ces incrustations ; dans le plus grand nombre , elles couvrent environ un tiers de la surface du sol entier. Mais qu'elles soient présentes ou non, le limon diluvien et les cailloux roulés sont également su- jets à contenir les restes osseux des animaux, quels qu'ils soient, qui ont habité ces cavernes ou qui y ont été entraînés avant l'introduction des matières terreuses. Je désire aussi mentionner un indice auquel j'ai déjà fait allusion , et que j'ai trouvé très-utile pour faire dis- tinguer les os anté-diluviens , que l'on rencontre dans les fentes et les crevasses , de ceux des animaux récens qui, dans les temps modernes, se sont introduits dans les mêmes ouvertures , et par accident ont été mis en contact avec des restes anciens d'espèces éteintes. C'est la propriété de happer à la langue , lorsqu'on les y ap- plique tandis qu'ils sont secs , propriété qui apparem- ment dérive de la perte qu'ils ont éprouvée de gélatine animale , sans qu'elle ait été remplacée par aucune ma- tière minérale, telles que nous en trouvons dans les os placés en lits dans des couches régulières. Cet indice s'étend aussi aux os des brèches osseuses, des cavernes et des fentes , et à ceux de tous les dépôts superficiels de di- luvium , excepté lorsqu'ils sont trop argileux pour avoir rpermis la filtration de l'eau ; mais la propriété de hap- per n'appartient que très-rarement aux os de toute espèce d'alluvion ou de tourbière, et n'existe pas non plus dans les ossemens humains que j'ai examinés, qui venaient des tombeaux romains d'Angleterre et des tombes druides des anciens Bretons , ni dans aucun de ceux que j'ai découverts dans les cavernes de Paviland , Burring- lon et Wokey Uole, et que j'ai décrits dans mon ouvrage ( 3i8 ) intitulé : Reliquiœ Diluvianœ. Il serait peut-être bon de faire cette expérience du happement dans le cas si dis- puté desossemens humains qui, suivant M. Schlotheira, ont été découverts dans la caverne de Kostriz , en contact avec ceux de Rhinocéros et d'autres animaux éteints. S'ils ne happaient pas à langue et que les autresle fissent , ce serait, je crois , une preuve décisive que ces os humains I sont plus récens que ceux des quadrupèdes avec lesquels . quelque accident les aurait mis en contact , et ce serait alors un cas semblable à celui du scmelette humain que je découvris dans la caverne de Paviland , dans le pays de Galles méridional , qui évidemment avait été enseveli dans le limon et le gravier diluviens , au milieu d'os d'Eléphans , de Rhinocéros et d'autres animaux anté- diluviens, dont ce gravier est abondamment entremêlé. (Voy. Reliquiœ Diluvianœ . p. 82, pi. 21.) Je trouvai que la faculté de happer existait à ui haut degré dans quelques dents d'Ours que je vis dans la collection de M. Fargeaud, professeur des sciences physiques au Collège royal de Besançon. Sous ce rap* port et v sous celui de leur conformation , elles étaient précisément semblables à celles que je trouvai si abon- damment dans la grotte d'Osselles. Ce professeur avait reçues de M. Bouchât , maître de forges à Cher- val, sur les bords du Doubs , au-dessus de Besançon. Ce dernier les avait extraites d'un minerai de fer que l'on travaille dans les environs. Un morceau de fe oxidé pisiforme, qui était resté attaché à l'une de dents, olîrait un échantillon de la matrice d'où on l'a- vait prise 5 c'est le même minerai de fer qui fournit les nombreuses forges du district ooli tique de la Hante- ( 3i 9 ) Marne , où M. Brongniart a déjà découvert dans un autre endroit des os placés dans des trous et dans des ouvertures à la surface d'un roc de calcaire grossier. Le temps de visiter Cher val m'ayant manqué, je n'ai pas été à même de constater si le minerai de fer contenant les dents d'Ours venait d'une fente, d'une caverne, ou bien d'un de ces dépôts superficiels du diluvium ferru- gineux qui abondent sur les rocs oolitique de cette par- tie de la France. Dans l'un ou l'autre de ces cas , ces dents seraient anté-diluviennes et presque contempo- raines de celles de la grotte d'Osselles. L'on trouve souvent du minerai de fer pisiforme dans lia vase diluvienne qui a rempli les cavernes et les fentes et que l'on rencontre sur la surface de l'oolite et d'autres calcaires ferruginifères. Environ à une lieu N. O. de Champlitte, j'observai |sur le côté de la route , dans le roc oolitique , une fente [entièrement remplie d'argile ferrugineuse , et près d'elle |une masse isolée de brèches précisément identique avec Icelles qui forment la matrice des os trouvés dans des |fentes , à Gibraltar et à Cette. Les fragmens de pierre (contenus dans cette brèche étaient du calcaire juras- isitjue compact. ( 320 ) Mémoire sur la famille des 'Rliamnées ; Par M. Adolphe Brongniart. Adanson , le premier , forma sous le nom de Juju- biers, une famille dans laquelle il plaça la plupart des genres qu'on a réunis ensuite sous le nom de Rliam- nées ; mais il confondit avec ces plantes les Rosacées à ovaire simple , ou les Amygdalées et les Chrysobalanées^ qui cependant s'en éloignent par des caractères nom- breux. Plus lard , M. de Jussieu, dans ses Gênera planla- rum , traça avec bien plus de précision les caractères et les limites de cette famille , et pendant long-temps la famille des Rliamnées fut admise telle que ce célèbre: botaniste l'avait circonscrite : cependant M. de Jussieu lui-même avait prévu la nécessité de subdiviser C0 groupe; et les sections qu'il y avait établies correspon- dent, en grande partie, aux coupes qu'on a été porté à admettre plus tard comme des familles distinctes. M. Brown , dans ses remarques sur la végétation des terres australes fut le premier qui proposa la division de cette famille en deux : la première , à laquelle doivent se rapporter , dit-il , la plupart des genres des deux pre- mières sections du Gênera de M. de Jussieu , a été éla blie sous le nom de Célastrinées ; la seconde , qui cou serve le nom de Rliamnées , renferme la plus grande partie des genres des troisième et quatrième sections di même ouvrage ; enfin, plus tard, ce célèbre botanist» indiqua le genre Brunia (1), placé à la suite de cet» (1) Dans l'appendice botanique du Voyage d'Abel à la Chine ,p 1. (321 ) famille, comme type d'un ordre nouveau des Bru- niacées , groupe jusqu'alors connu Irès-imparfaitement , et dont nous avons exposé les principales modifications de structure dans un autre mémoire (i). Ces familles , admises par la plupart des botanistes, viennent d'être exposées dans leur ensemble par M. De- candolle dans le second volume de son Prodrome; la fa- mille des Célastrinées y est divisée en trois sections très-naturelles , mais tellement distinctes que les deux dernières surtout , celles des Evonymées et des Aqui- foliacées , me paraissent devoir former deux familles parfaitement caractérisées , et dont les places , dans la série naturelle, devraient même* probablement être fort éloignées. Les limites de la famille des Rbamnées y sont tracées avec précision , à l'exception de quelques genres jusqu'alors mal décrits et qui doivent en être exclus , et de quelques autres qu'un examen approfondi oblige nécessairement à diviser ; telles étaient les con- naissances qu'on possédait sur les plantes autrefois rap- portées par M. de Jussieu à cette famille , lorsque je voulus soumettre leur ensemble «à un nouvel examen. Mais bientôt je vis que les Rhamnées , les Bruniacées et les Célastrinées formaient des groupes trop diffé- rens les uns des autres pour pouvoir les comprendre dans un même travail ; leurs affinités , telles queje les conçois , me paraissent en effet devoir les ranger dans des classes très-différentes du règne végétal , et l'é- tude queje fis des Célastrinées me prouva que celle fa- mille se compose de deux familles très-diifé rentes , les Célastrinées proprement dites, à la suite desquelles (0 Voyez les Annales des Sciences naturelles , t. vm , août 1826. X. 21 ( 022 ) doivent peut-être se ranger les Staphyléacées de M. De* eandollc , qui cependant s'en éloignent sous beaucoup de rapports , et les llicinées ou Aquifoliacées du même auteur. Je vais exposer en peu de mots les caractères compa- ratifs de ces trois familles, les Rhamnées , les Célas- trinées et les llicinées , celle des Bruniacées ayant été déjà étudiée dans un autre travail ; ensuite je m'occu- perai particulièrement des Rhamnées proprement dites. § I er . Comparaison des familles autrefois comprises parmi les Rhamnées. Tous les végétaux qui font partie de ces diverses familles ont ce caractère commun d'être des arbres ou plus souvent des arbrisseaux , assez fréquemment roides et épineux , presque tous à feuilles simples ; mais du reste leur port varie trop dans chaque famille en particulier , pour qu'on puisse les comparer entre elles sous ce rapport 5 ce sont donc les organes de la fructifi- cation que nous devons nous borner à examiner. Dans les Rhamnées , le calice offre un tube toujours très-distinct, plus ou moins évasé, couvert intérieure- ment par un disque charnu , et dont les divisions pré- sentent la préfloraison valvaire. Dans les Célastrinées , la partie évasée qu'on a re- gardée comme analogue au tube ouvert de certaines Rhamnées, me paraîtrait d'une nature très-différente, et n'être , en grande partie du moins , que le sommet élargi du pédoncule , comme on l'observe dans plu- sieurs familles avec lesquelles les Célastrinées parais- (3 2 3) sent avoir de l'analogie. Le calice ne serait donc formé que par la partie la plus externe de cette expansion , et par les cinq lobes qui la bordent , et qui sont imbri- qués dans la préfloraison. Le disque qui couvre cette partie élargie serait alors hypogyne et non paspérigyne. Dans les Ilicinées , la structure du calice est assez analogue à celle que nous venons de décrire dans les Célastrinées ; mais les pédoncules sont moins élargis au sommet , et il n'existe aucune trace de disque. Les pétales , dans les Rhamnées , s'insèrent évidem- ment au calice , soit immédiatement entre les divisions,' soit sur le bord du disque 5 et dans ce cas , leurs vais- seaux , ainsi que ceux des étamines , ne traversent pas ce disque , mais rampent entre lui et les parois du ca- lice 5 ces pétales sont toujours onguiculés , et leur limbe est en forme de capuchon ou enroulé autour des éta- mines. Dans les Célastrinées, les pétales fort larges au con- traire à la base s'insèrent au pourtour même du disque. Dans les Ilicinées , ces organes sont le plus souvent soudés entre eux et forment une corolle monopétale pro- fondément divisée qui s'insère immédiatement sous l'o- vaire sans aucun intermédiaire. Les étamines opposées aux pétales et s'insérant avec eux sur le calice , forment un des caractères essentiels des Rhamnées ; elles alternent avec les pétales dans les deux autres familles. Dans les Célastrinées, elles sont fixées sur le disque, souvent vers son milieu ^t très- loin du bord externe (dans les Evonymus , Elœoden- dron) ; leurs vaisseaux traversent le disque lui-même, et leur mode d'insertion dépend par conséquent de la (324) manière dont on considérera ce disque. Dans la plupart des II ici nées , comme dans presque tontes les plantes à corolle monopétale, les filets des étamiues sont soudés avec la corolle , à la base seulement, il est vrai , et s'in- sèrent avec elle sous l'ovaire. Les anthères elles-mêmes offrent dans ces trois fa- milles des différences très-marquées : dans les Rham- nées et les Célastrinées , le connectif est distinct du fila- ment et l'anthère est mobile. Dans les Ilicinées , au con- traire, le connectif n'est que la suite du filament, et les deux loges de l'anthère sont adnées sur ces côtés. Nous avons déjà indiqué, en parlant du calice, les différences très-grandes que présente le disque dans ces trois familles ; il est évidemment calicinal dans les Rhamnées , et il en résulte l'adhérence fréquente de cet organe et de l'ovaire. Il me paraît hypogyne dans les Célastrinées, dans lesquelles il adhère plus ou moins intimement à l'ovaire , qui cependant n'est jamais uni au calice; enfin il manque complètement dans les Ilici- nées. L'ovaire offre les caractères les plus tranchés de ces trois familles. Dans les Rhamnées , qu'il soit libre ou adhérent , les loges au nombre de deux , de trois , ou plus rarement de quatre , sont monospermes 5 l'ovule est dressé , et le trou du testa est toujours dirigé vers l'axe du fruit, soit que le raphé soit extérieur ou latéral. Dans les Célastrinées , l'ovaire est également à deux , trois ou quatre loges qui renferment chacune un ou plusieurs ovules insérés à l'angle interne. Ces ovules sont super- posés et dressés (1), mais leur raphé est toujours in- (1) M. Brown regarde plusieurs Eïonymus comme formant une es- ( 3 2 5 ) terne, tandis que le trou du lesta est inférieur cl ex- terne ; ces graines sont portées sur un cordon ombi- lical qui, après la fécondation, se développe le plus souvent sous la forme d'un arille charnu (2). Enfin , dans les Ilicinées , les loges , dont le nombre varie de deux à six , sont monospermes , et l'ovule est suspendu au sommet de la loge par un cordon ombilical court , qui embrasse l'ovule comme une sorte de cupule, mais qui ne prend jamais d'accroissement après la féconda- tion. Dans ces ovules le raphé est toujours au côté ex- terne ou opposé à l'axe (3). Le fruit et la graine offrent des différences égale- ment tranchées. Le fruit est tantôt charnu , tantôt cap- sulaire dans les Rhamnéës , presque toujours capsu- lairu dans les Célaslrinées , toujours bacciforme dans les Ilicinées. Dans les premières, lorsqu'il est déhiscent, ce sont des coques distinctes s'ouvrant intérieurement; dans les secondes , les valves portent la cloison sur leur ligne médiane ; enfin dans les dernières , chaque' loge forme une nucule indéhiscente. ceptiou à cette règle et comme ayant l'ovule suspendu. Cependant je l'ai toujours trouvé dressé à l'époque de la floraison , mais dans plusieurs espèces il change de direction pendant la maturation, et la graine est suspendue : c'est ce qu'on observe même dans le Fusàiu commun. (1) Cet arille manque dans quelques genres , tels que les Elœnden- dron, et le Rubcntia de 31. de Jussieu, qui en diffère à peine. Il est très- incomplet dans le Polycardia. 1 (3) M. Browu, dans l'important travail qu'il vient de publier sur la 'Structure de l'ovule {voy. les Annales des Sciences naturelles , t. vin , p. 21 1), établit d'une manière générale qui , dit-il , ne souffre que très- peu d'exceptions, que le raphé, dans l'ovule, est toujours placé du côté qui correspond au placenta. Cependant les exceptions a cette règle me paraissent afcsez fréquentes, et sur les trois familles que nous exa- minons ici, deux me paraissent être de ce nombre Dans les Rhamnécs. ( 3 2 6 ) La graine est assez semblable dans les Rhamnées et dans les Célastrinées , à l'exception de la présence fré- quente de l'arille dans ces dernières 5 dans ces deux fa- milles, elle renferme un embryon très-grand presque égal à la graine , droit et plan , environné sur les côtés par un endosperme jaunâtre , charnu. Dans les Ilici- nées , au contraire, l'embryon est très-petit ; et l' endos- perme , très-blanc , presque farineux , occupe la plus grande partie de la graine. Quant à la position de la ra- dicule, elle est une suite nécessaire de l'insertion et de la structure des ovules , c'est-à-dire qu'elle est inférieure dans les Rhamnées et dans les Célastrinées (1), et supé- rieure dans les Ilinicées. Il me paraît résulter de la comparaison de ces trois familles, non-seulement qu'elles sont très -distinctes, il est évident qu'on doit regarder le placenta comme central , puisque le tissu * destiné à mettre le stigmate en communication avec l'ovule suft l'axe de l'ovaire ; cependant , dans les vrais Rhamnus , le raphé est ex- térieur, et dans tous les autres genres il est latéral. Pans les Ilicinées., lés vaisseaux nourriciers suivent également l'axe du fruit et indiquent par conséquent un placenta central j cependant le raphé est toujours ex- terne. Il est possible que M. Brown n'ait prétendu appliquer cette règfe qu'aux plantes dont les loges de l'ovaire renferment plusieurs ovules insérés le long de l'axe central , et dans lesquelles il y a par conséquent un placenta bien déterminé. * Dans tontes les plantes où j'ai cherché les prétendus vaisseaux fécondans venant du stig- mate à l'ovule, je n'ai trouvé qu'un tissu cellulaire assez lâche, à cellules allongées for- mant «in faisceau limité, ne contenant pas de globules verts, et se distinguant ainsi du parenchyme de l'ovaire: jamais je u'ai pu y décou\r!r de vaisseaux d'aucune espèce. J'ai fait particulièrement ces observations sirr des ovaires monospermes et à ovulesuspendu, parce qu'alors on ne risque pas de prendre les vaisseaux nourriciers, soit de l'ovule, soit du pé- ricarpe ou du style, pour des vaisseaux fécondans. C'est par cette raison que je n'emploie pas le terme de vaitseaUx t mais celui de tissu. (1) A moins que la graine n'ait changé de position pendant la matu- ration, comme cela a lieu dans quelques Evonymus. ( &7 ) mais qu'elles doivent occuper des places très-éloignées dans l'ordre naturel. Je ne parlerai pas pour le moment des affinités des Rhamnées proprement dites 5 je me réserve de les dis - cuter, lorsque j'aurai fait connaître leur structure avec plus de détail. Les Célastrinées me semblent avoir beaucoup plus d'affinité par la plupart de leurs caractères avec plu- sieurs familles à étamines hypogynes , qu'avec aucune de celles à étamines périgynes , et ce serait particuliè- rement avec les Malpigbiacées qu'elles me sembleraient avoir le plus d'analogie , surtout par l'intermédiaire des Hippocratéacées , rapprocbées des Malpigbiacées par M. de Jussieu , et que M. Brown regarde comme à peine distinctes des Célastrinées. C'est bien loin de ces familles que les Ilicinées me pa- raissent devoir se ranger, et je serais porté à adopter à leur égard l'opinion avancée avec doute par M. de Jus- sieu dans le Gênera plantarum , et admise par M. De- çà ndolle dans la première édition de sa Théorie élémen- taire , opinion qui consiste à les placer parmi les Mono- pétales auprès des Sapotées ou plutôt des Ebénacées (1) , quoique cette manière de voir ait été abandonnée par ce savant botaniste (2) , et que dans les ouvrages les plus récens et les plus estimés où les végétaux sont dis- tribués d'après leurs affinités naturelles (3) , ces plantes (1) En les comparant aux Ebénacées , j'exclue de cette famille, avec la plupart des botanistes , les Styracées. (2) Prodromus systematis naturalis , 11 , p .6g. (3) Kunth , Nova Gênera , t. vu , p. 69. — Nous ne concevons pas quelle raison a pu déterminer M. Don ( Prod.ftor. nepalensis , p. 188 ) ( 3 2 8 ) soient réunies aux Célastrinées. Cependant la forme du calice et de la corolle , la disposition des étamines , leur mode d'insertion, et surtout la structure de l'ovaire et du fruit, me paraissent les éloigner beaucoup de cette famille, et s'accorder, au contraire, presque complè- tement avec ce qu'on observe dans les Ebéhacées , qui ne diffèrent essentiellement des Ilicinées que par des ca- ractères d'un ordre secondaire, tels. que leur calice et leur corolle moins profondément divisés , leurs éta- mines en nombre souvent multiple de celui des pétales , leur style quelquefois divisé , leur ovaire dont les loges renferment dans plusieurs genres deux ovules collaté- raux , enfin leur fruit dont les loges ne sont pas osseuses comme dans la plupart des Ilicinées (i). à placer les Ilex parmi les vraies Rhamnées , dont ils s'éloignent encorq plus que des Célastrinées. (i) On peut résumer ainsi les caractères des Célastrinées et des Ilici- nées; on remarquera cependant que ce caractère ne s'applique qu'aux Célastrinées proprement dites, et non aux Staphyleacées , qui nous semblent devoir être rangées à la suite de cette famille comme genres analogues. CELASTRINE^E. Caly x foliolis 4*5 ad marginem tubi expansi (an thalarni?) insertis, obtusis , imbricatis. Petala sepalis alterna , .oblonga , plana , subcar- nosa , basi latâ sub margine disci affixa , in prefloratioue imbricata. Slamina cum petalis alternantia , disco vel èd marginem vel ad partérû' médium et superiorem insérta ; antheris bilocularibiis , iutrorsis ; coikr> nectivo à filameuto distincte Discus magnus , expsnsus , planus , ova- rium arctè cingens v calycis partem planam (au potiùs thalamum ? ) tegens. Ovarium libcium , disco ituniersuru et aduatum, 3-4-loculare , loculis i - polyspermis , ovulis angulo interiori loculorum podospermio brevi, angusto, affixis, ascendentibus ; foramine testa? infero; raphe interiori. Fruclus nunquam adbarens ; Vel capsula 3-4 Iqculaiis , 3-4-valvis , ( 3 39 ) Après avoir indiqué les caractères et les affinités des familles qu'on avait autrefois confondues avec les Rlia in- nées , nous allons exposer avec plus de détail la struc- ture des Rhamnées proprement dites. § II. Organisation des Rhamnées. Tige. Tous les végétaux qui appartiennent à celte fa- mille sont des arbres de moyenne taille, des arbustes ou des sousrarbrisseaux : une seule espèce est herbacée; leurs rameaux nombreux , presque toujours alternes , valvis medio septiferis, vel drupa exsycca , nuce 1-2-loculari, loculis mono vel polyspermis. oemina ascenuentia vel rarius resupinatione sus- pensa, aritlata Vel in quibusdatn nuda. Endospermium camosum. Em- brjo rectus, cotyledonibus plauis , crassis, appticàtis; radiculâ brevi, . inferâ. Frutices , foliis alternis vel opposais , simplicibus , subcoriaceis , in- tegris vel dentatis , pennineruiis ; floribus axillaribus , cymosis. ILICINE^. Calyx '4-6-pliyllus , foliolis parvis, obtusis, imbricatis. Corolta sub- monopetala , profonde divisa ; .petalis erectis , s,upeiiùs patentibus , in praefloralione imbricatis , sub ovario insertis. S lamina petalis alterna , corollœ in'serta ; filamentis erectis, connectivo continuis; antheris bilo- cularibus ; loculis filaïueuli lateribus aduatis. Discus nullus. Ovarium carnosum , crassum , subtru.n,cat'uni , 2-6-lpculaie ; loculis parvis , rno- nospermis; ovulum ex apice îoeuli penduluai, podospermio cupulje- foi'ïui suspeusum et superîùs cinctum , fararnine testae superiori et inte- riôri , ràphe exteriori. Stigma subsessile , lobatum. Fructus baccatus , fœtus pyrenis 2-G-indeliiscentibus , Iignosis vel fi- brosis. Semen suspensurn , subsessile. Liuhspermiurn aiagnum , carno- sum. Embryo parvus, bilobus , radiculâ superà. Frutices , foliis alternis vel opposais , sapais coriaceis , g/abris , in- ■ tegris X'el acuteatn-deritalis , penninerVus ; floribus aril/ardius , solita- riis rdl Jasaculalis , pedunculis simplicibus , in quibusdam dichotomis rympsis. , ( 33o») sont ordinairement cylindriques , rarement anguleux. Dans quelques genres , ils sont rapprochés par paires , sans être exactement opposés ; dans les seuls genres Col- letia et Retanilla , ils sont régulièrement opposés. Dans plusieurs espèces de cette famille , l'extrémité des rameaux , ou déjeunes rameaux latéraux tout en- tiers , se transforment en épines roides et acérées ; c'est ce qui donne naissance aux épines de certaines espèces de Rhamnus, de Sageretia, de Scutia, de Colletia et de Crjptandra. Feuilles et Stipules. Les feuilles sont toujours sim- ples 3 le plus souvent alternes : elles ne sont réellement opposées que dans les genres Colletia et Retanilla. Les nervures qui les parcourent affectent deux modes de disposition particuliers : tantôt elles sont pinnées et toutes égales et parallèles , plus ou moins rapprochées et régulières; tantôt les deux inférieures , beaucoup plus fortes , plus longues et plus obliques , donnant elles- mêmes naissance en dehors à des nervures secondaires très-marquées , font paraître ces feuilles à trois nervure? principales. Dans la plupart des plantes de cette famille , on trouve sur la tige , des deux côtés de l'insertion du pétiole , deux, petites stipules, qui n'adhèrent aucunement au pétiole, et qui tombent presque toujours assez promptement. La pré- sence de ces stipules est cependant loin d'être constante ; elles manquent dans plusieurs genres (Phjlica, Soulan- gia, Colletia , Retanilla , Crjptandra): dans d'autres , au contraire, ces stipules prennent un grand développe- ment et se changent en deux aiguillons forts et roides. ( 33. ) C'est ce qu'on observe dans la plupart des espèces de Z'xzyphus et de Paliurus. Dans les Zizyphus, genre très- inombreux et très-naturel , tantôt les deux stipules sont petites, foliacées et caduques; tantôt l'une (celle qui correspond à la surface supérieure de la feuille) avorte ou reste membraneuse et caduque, l'autre se change en un aiguillon très - fort et recourbé. Dans d'autres espè- ces enfin , toutes les deux se changent en aiguillons. En général , ces aiguillons , très-faibles et très-petits sur les jeunes pousses , ne prennent leur développement /complet , et n'acquièrent cette force qui en forme des armes redoutables , que sur les rameaux de l'année pré- cédente, ou du moins après la floraison. On voit que les épines dont sont armées beaucoup de plantes de cette famille , ont deux origines très-différen- tes ; ce sont tantôt des rameaux avortés et tantôt des sti- pules qui ont acquis un développement particulier. Inflorescence. La disposition des fleurs est tellement variée dans cette famille, qu'il est difficile de la bien faire connaître d'une manière générale. Dans toutes ces plantes cependant c'est une inflorescence générale , in- déterminée ou indéfinie, composée d'inflorescences par- tielles , axillaires, définies ou quelquefois elles-mêmes indéfinies (i). (i) Voyez, pour l'explication de ces diverses expressions , l'intéres- - sant Mémoire de M. Hœper sur l'inflorescence , dont nous allons cepen- dant rappeler ici les principaux résultats. Sous le nom d'inflorescence définie ou déterminée, M. Rœper comprend celles dans lesquelles la tige ou le rameau principal est terminé par une fleur accompagnée d'au- tres fleurs naissant des aisselles des feuilles inférieures alternes ou op- posées ; ce qui donne naissance aux inflorescences en cymes , en glome- rulea , ou en fascicules. Dans ces modes d'inflorescence , c'est toujours ( 33 2 ) Dans le plus grand nombre de Rbamnées , les fleurs sont axillaires , rarement solitaires , le plus souvent réu- nies plusieurs ensemble , et adoptant alors deux modes principaux d'inflorescence , qui , par l'avortement des feuilles aux aisselles desquelles elles se développent , donnent naissance aux divers modes d'inflorescence ter- minale qu'on observe dans cette famille. Les fleurs axillaires sont , en effet , ou en cymes dicho- tomes terminées comme on l'observe dans les Zizjphus^ Paliurus , Hovenia , qui , par la réduction de ces cy- mes , forment souvent des fascicules sessiles , comme on le voit dans beaucoup de Zizjphus et de Rhamnus , ou en grappes à pédoncules simples , comme dans les Ala- ternes , les Retanilld et la plupart des Collelia. Cette dernière disposition donne naissance , par le raccourcis- sement de l'axe de la grappe , aux fleurs en ombelles des Scutia , ou aux fleurs fasciculées à pédoncules sim- ples de plusieurs Rhamnus. la fleur centrale ou terminale qui s'épanouit la première; les Heurs infé- rieures ou de la circonférence ne se développent que plus tard. Dans les inflorescences indéterminées ou indéfinies, dont l'épi ou la grappe nous offrent le meilleur exemple , il n'y a pas de fleur terminale , et les fleurs naissant de l'aisselle de bractées plus ou moins rapprochées fleurissent toujours de bas en haut. Mais ces divers modes d'inflorescence peuvent se combiner ensemble et donner lieu à des formes très-variées , qu'on ne me paraît pas avoir bien distinguées; ainsi , les panicules ne sont pas souvent simplement un épi ou une grappe rameuse ou composée de grappes secondaires , souvent elles sont formées de cymes, de fascicules, ou de glomerules réunis sur des rameaux mis ou dont les feuilles se sont réduites à des bractées , et dans ce cas le développement de l'inflores- cence générale est celui des inflorescences indéterminées , et celui de chaque faisceau de fleur est le même que celui des inflorescences déter- minées; c'est ce qui a lieu dans la plupart des Rhamnées à fleurs eu panicules. ( 333 ) Dans le premier mode d'inflorescence , soit que la cyme bien développée soit facile à reconnaître , ou que, plus réduite , elle ne forme plus qu'un amas de fleurs sessiles , ce sont toujours les fleurs centrales qui se dé- veloppent les premières } dans le second, ce sont au con- traire toujours les fleurs externes. Ces deux modes d'inflorescence portés par des ra- meaux dépourvus de feuilles ou n'ayant que des bractées plus ou moins développées , forment des panicules ou tout-à-fait terminales ou sortant elles-mêmes de l'ais- selle d'une feuille , et dans lesquelles le développement général de l'inflorescence a lieu de bas en haut , comme dans les inflorescences non terminées ; tandis que le dé- veloppement de chaque aggrégation partielle de fleur a lieu ou de bas en haut , ou du sommet à la base , selon que ce sont des grappes réduites ou des cymes conden- sées qui forment ces groupes de fleurs. C'est ce qui fait que, dans la plupart des inflorescences en panicules on en épis des plantes de cette famille, les fleurs sont dis- posées par fascicules interrompus , comme on l'observe dons les genres Sageretia^ Beichemia, Ventilago , Gouania , Ceanothus . Enfin , il est un dernier mode d'inflorescence qui n'est propre qu'à un petit nombre de genres ; c'est l'épi ou la grappe terminale, réduite dans la plupart des cas à un capitule : on l'observe dans les Cryptandra, Phjlica, S oui an g ia et Trichocephalus , dans lesquels les fleurs sont aussi quelquefois solitaires à l'aisselle des feuilles supérieures. Calice. Quoique assez variable dans sa forme , le ca- lice offre dans sa disposition et sa structure , un des ca- (334) ractères les plus constans de la famille des Rhamnées son tube , plus ou moins ouvert, varie depuis la forme* presque cylindrique jusqu'à celle lout-à-fait plane. Il se termine par quatre ou cinq divisions triangulaires plus ou moins aiguës , qui, dans la préfloraison, sont exac- tement appliquées les unes contre les autres , sans se x'ecouvrir aucunement. Dans le plus grand nombre des plantes de cette fa- mille, les divisions du calice sont couvertes intérieure- 1 ment par une sorte de couche charnue et lisse , qui' forme sur leur milieu une crête plus ou moins mar- quée , se terminant vers l'extrémité des divisions par un' tubercule charnu (i); cette couche charnue, qui est nulle ou à peine sensible dans les genres où le disque' est bien limité , tels que les vrais Rhamnus , les Col- letia , ne serait-elle pas une sorte d'expansion de la sub-' stance de ce disque? du moins il est certain que cette 1 surface interne a un aspect particulier , qu'on n'observe* pas sur les calices de la plupart des autres plantes, et qui est semblable à celle du disque. Disque. Aucun organe dans cette famille ne présente* des modifications plus nombreuses et plus importantes' pour la classification que le disque : dans tous les genres , il adhère à une partie plus ou moins étendue du calice $ tantôt il ne couvre que le fond de cet organe ;' (i) Cette crête et ce tubercule saillant paraissent produits par la compression des pétales et des étamines sur les parties voisines, com- pression qui , par suite de la forme particulière de ces organes, ne peut pas avoir lieu sur la ligne moyenne , et surtout vers le sommet des divi- sions du calice. . ( 335 ) sans s'étendre sur le reste du tube , comme on l'observe dans le genre Collet.ia ; dans la plupart , au contraire , il s'étend jusqu'à la partie supérieure du tube, et là il est limité par un rebord ordinairement assez saillant. Sa forme, alors, dépend de celle du tube du calice; dans les calices urcéolés , comme ceux des Rhamnus , Sageretia, Scutia , il tapisse cette cavité, et enveloppe plus ou moins étroitement l'ovaire, sans lui adhérer. Dans les Zizyphus, Paliurus, Hovenia, Colubf'ina, il remplit la cavité peu profonde du calice , et entoure l'ovaire , auquel il adhère en partie , d'un anneau large , plat et pentagone. Par cette adhérence partielle à l'o- vaire , il détermine la persistance du tube du calice au- tour de cet organe ; et, suivant la forme du calice , sa plus ou moins grande adhérence , et le développement qu'il acquiert pendant la fructification , le fruit est ou semi-adhérent , ou simplement entouré d'une sorte de cupule à sa base. Dans quelques genres à ovaire com- plètement adhérent , tels que les Soulangia et les Gouania, le disque non-seulement sert de moyen d'u- nion entre le calice et l'ovaire, mais recouvre ce der- nier organe d'une couche épaisse, limitée, et forme ainsi un disque épigyne très-distinct. Dans des genres très-voisins de ceux-ci , le disque parait manquer com- plètement , c'est-à-dire qu'on ne voit pas de couche charnue, épaisse, couvrant une partie limitée du calice ou de l'ovaire 5 mais il nous paraîtrait plus d'accord avec les analogies, d'admettre que dans ce cas le disque couvre toute la surface interne du calice , d'autant plus que dan> certains de ces genres ,* le calice est enduit intérieure- ment depuis sa base jusqu'à l'extrémité des divisions. ( &6 ) par une couche charnue , épaisse , et parfaitement dis- tincte de la membrane propre de cet organe : tels sont les genres Phylica , Trichocephalus , Retanilla. De ces genres , on passe par des intermédiaires insensibles aux Cryptandra et aux Pomaderris , dans lesquels le disque paraîtrait manquer entièrement dans la plupart des espèces ; tandis que , dans d'autres ( Cryptandra amai'a), il forme une couche assez épaisse sur tout le calice ; d'où nous devons conclure que , dans les autres , il est seulement réduit à une ténuité telle , qu'il ne fait que donner à la surface interne du calice un aspect gras et comme cireux ires-particulier. Deux observations viennent à l'appui de cette opinion , c'est i°. l'aspect tout-à-fait différent du calice dans les Colletia, où le disque est parfaitement limité au fond du tube , et dans lesquels le calice est mince et membraneux ; i°. la forme étoilée du disque dans les Gouania , où ces lobes triangulaires du disque qui correspondent aux di- visions du calice , paraîtraient analogues à la couche charnue qui ordinairement adhère à ces divisions , et qui dans ce cas serait libre et distincte. Enfin le change- ment de ces lobes du disque des Gouania en étamines, changement que j'ai observé dans une espèce, pour- rait porter à admettre que la couche charnue , et sur- tout la crête et le tubercule qui couvrent intérieurement les divisions du calice de la plupart des Rhamnées , sont produits par l'avortement des étamines qui , dans la plupart des végétaux, sont opposées à ces divisions, éta- mines qui manquent dans toutes les plantes de cette fa- mille , dans laquelle on n'observe que des étamines op- posées aux pétales. ( 33 7 ) Pétales. Les pétales alternent toujours avec les divi- sions du calice, et sont insérés au sommet du tube à l'angle même formé par la réunion de ses divisions. Dans la plupart des genres , ils s'insèrent au bord du disque qui tapisse ce tube , et leurs vaisseaux unis à ceux des étamines forment un faisceau qui descend entre le disque et le calice lui-même ; cependant dans les Colletia , dont le disque n'occupe que le fond du calice , les pétales sont également insérés auprès de l'o- rifice sur le calice lui-même 5 l'insertion périgyne est donc parfaitement caractérisée dans cette famille. Etamines. La position des étamines devant les pé- tales est un des caractères les plus remarquables des Illuminées. Celte position et même leur légère adhé- rence avec l'onglet des pétales , détermine nécessaire- ment une même insertion dans ces deux organes; les fi- lets ainsi soudés à la base des pétales , sont presque tou- jours plus courts qu'eux ou très-peu plus longs -, ils sont aigus au sommet, et cette pointe donne attache au connectif de l'anthère , qui est ainsi vacillante. Ce dernier organe présente deux formes ou plutôt deux modifications remarquables d'une moine structure, qui montrent clairement comment certaines anthères uniloculaires résultent de la réunion des deux loges qui composent les anthères ordinaires. Dans le plus grand nombre des plantes de cette famille , les anthères sont ovales, à deux loges oblongues, parallèles ou un peu plus rapprochées vers le haut , légèrement divergentes vers le bas : chaque loge s'ouvre par une fente longitu- dinale, qui s'étend sur le côté interne , du sommet à la x. — Avril 1827. 22 ( 338 ) base. Dans d'autres genres , tels que les Retanilla, les Trichocephalus , les Soulangia, la plupart des Colletia et des Phylica , les deux loges de l'anthère se réunis- I sent complètement par en haut : cependant, dans quel- ques espèces , une échancrure assez profonde indique encore la réunion des deux loges; les deux fentes se confondent aussi en une seule fortement arquée , et on a ainsi une anthère réniforme , à une seule loge s'ou- vrant de haut en bas par une fente courbe, et ayant, lorsque la valve inférieure est abaissée , une forme toul- à-fàit circulaire. Il est évident ici que ces anthères uni- loculaires , sont le résultat de la confluence des deux loges d'une anthère biloculaire , et non pas de l'avor- tement d'une des deux loges, comme cela a lieu dans d'autres familles. Toutes ces anthères sont fixées att som- met du filament, par un connectif très-petit et à peine distinct; elles sont introrses dans presque toutes les es- pèces ; deux plantes seulement de cette famille ont offert jusquà présent des anthères extrorses : ce sont le Zizy- phus havanensis Kunlh , et le Rhamnus Sarcompha- lus L. (i), espèces dont la position sera très-difficile à fixer, tant que leur fruit ne sera pas connu. Je n'ai examiné le pollen que sur un petit nombre d'espèces , cependant dans toutes les plantes de genres assez différens où je l'ai observé , il s'est présenté sons la forme de globules forts petits , elliptiques et mar- qués d'un sillon longitudinal lorsqu'ils étaient secs , sphériques et portant quelquefois trois ou quatre ma- melons saillans lorsqu'ils avaient été humectés : jamai je ne les ai vus éclater brusquement sur l'eau. (i) K.UHTH , Nov. Gênera et Species , t. Yir,p. 57. (33 9 ) Pistil. Peu de familles présentent plus d'uniformité dans la structure du pistil que celle des Illuminées. L'o- vaire, ou complètement libre, ou plus ou moins adhérent au tube du calice , est surmonté d'un style simple ou divisé en un nombre de branches égal à celui des loges de l'ovaire. Le stigmate simple ou lobé qui termine le style unique ou ses rameaux , est en général fort petit , il ne forme à leur extrémité qu'une surface peu éten- due , couverte de papilles. Le nombre des loges de l'o- vaire varie de deux à quatre ; dans le plus grand nom- bre des genres cet organe est à trois loges ; dans quelques Rhamnus il est à quatre loges , et dans les genres Zizj- phus , Ventilago , Berchemia , ainsi que dans quelques espèces de Scutia et de Rhamnus, il est réduit à deux loges seulement. Chaque loge ne renferme jamais qu'un seul ovule (i) qui s'insère au fond môme de la loge, et qui est par conséquent dressé. Tantôt cet ovule est com- plètement sessile, comme dans les Rliammis, Zizy- phus , Colletia , Gouania; tantôt il est porté sur un cordon ombilical assez court , il est vrai , mais qui pa- raît jouer un rôle important dans la fécondation , et qui prend un plus grand développement après cet acte. Ovules. Dans les ovules , avant l'imprégnation , j'ai toujours trouvé la membrane interne libre et bien dis- tincte du testa \ mais en étudiant ces ovules plus tard, (i) La seule exception connue existe dans le Rhamnus humboldtiana , où M. Kunth ( J\ r ou. Gen. et Spec. , t, vu , p. 5a ) a observé un ovaire à deux loges renfermant chacune deux ovules collatéraux. Cette excep- tion peut être regardée presque comme unique , car j'ai examiné avec le j plus grand soin l'ovaire de plu3 des deux tiers des espèces de cette fa- | mille, et je n'en ai pas trouve un autre exemple. ( 3 4 o ) lorsqu'ils avaient déjà acquis un grand développement , quoique l'embryon y fut à peine visible , celte membrane, ou était entièrement soudée au testa dont elle se distin- guait seulement par son tissu plus lâche et plus blane ^ c'est ce que j'ai observé sur diverses espèces de Rliam-- nus et de Phylica): ou bien elle se soudait dans sa moitié supérieure seulement et restait libre vers l'ori- fice du testa , comme on le voit sur l'ovule à moitié mûç. du Pomaderris apetala. Duifs toutes ces plantes, le testa lui-même, examiné au microscope sur des ovules déjà fécondés et à moitié de leur développement , est composé de trois couches très-différentes : Tune, externe, n'est qu'un épidémie mince 5 l'autre, moyenne, est solide et fibreuse, formée de fibres transversales (i) , c'est elle qui doit former le test de la graine ; enfin , l'interne , très-épaisse dans les premiers temps qui suivent la fécondation , est formée d'un parenchyme lâche , composé de cellules remplies de globules verts : elle s'atrophie peu à peu à mesure que l'amande et l'embryon se développent. C'est en général dans celte couche que passent les vaisseaux nourriciers qui composent le raphé et vont for- mer la chalaze ; raphé qui , dans ce cas , suit l'un des côlés de l'ovule en dedans du test , et redescend en par- lie de l'autre côté après que la plupart des vaisseaux qui le composent ont donné naissance , par leur épanouisse- ment , à la chalaze. (i) Sous le nom de fibres j'entends ici, avec la plupart des auteurs qui se sont occupés d'anatomie végétale, des cellules allongées, fusi- formes , placées parallèlement , comme on les observe dans le tissu ligneux. ( 34i ) ' Cependant parmi les Rhamnus de la première sec- tion , qui, sous ce rapport, font exception à la structure de toutes les autres espèces de cette famille, le raphé est placé en dehors du test sous l'épidémie , au fond d'un sillon profond qui parcourt toute la face externe de l'o- vule , et ce n'est qu'au sommet de cet organe que les vaisseaux percent le testa pour former la chalaze à sa face interne. La chalaze, telle qu'on l'entend ordinairement, est un organe double ou composé de deux parties distinctes et d'un tissu très-différent. Elle est formée extérieure- ment par une expansion des vaisseaux du raphé, expan- sion ordinairement arrondie , qui correspond à toute la base adhérente de l'amande ; mais cette base elle-même est formée par une couche d'un tissu spongieux et cellu- laire particulier , qui finit par se colorer en brun ou en noir, et donne à la chalaze cette teinte qui, en général, la fait distinguer facilement. La chalaze vasculaire m'a tou- jours paru formée entièrement par un épanouissement de vraies trachées 5 elle semble destinée , ainsi que M. Brown l'a déjà avancé , à sécréter la substance nu- tritive qui , absorbée par l'aréole de l'amande ou cha- laze celluleuse , doit pénétrer dans cet organe et servir à la nutrition de l'embryon. - L'amande , quoique paraissant d'abord entièrement formée d'un tissu spongieux uniforme, est cependant composée de deux parties bien distinctes. L'une, externe, présente un tissu cellulaire blanc fort lâche , régulier , renfermant un grand nombre de globules blancs très- petits 5 c'est le chorion de Malpighi. Dans son centre flotte un sac membraneux , presque entièrement libre ( 342 ) dans les premiers temps , uni ensuite au tissu celluleux environnant , et s'étendant jusqu'à la chalaze, à laquelle elle finit même par paraître adhérer. Les parois de ce sac , lorsqu'il a acquis un certain développement , sont formées par une seule couche de cellules très-petites et très-différentes de celles du tissu environnant. Infé-^ rieurement il s'étend jusqu'au mamelon qui termine l'amande , auquel il adhère intimement ; sa cavité est simple et non partagée par des cellules : elle contient un liquide aqueux dans lequel flottent de petits globules; c'est la liqueur à laquelle Malpighi a donné le nom det liqueur de Vamnios. Le petit mamelon qui termine l'amande, et qui s'en- gage dans le trou du testa , paraît évidemment destiné à ahsorher le fluide fécondant , et ainsi à faire pénétrer jus- qu'au sac intérieur ( sac de l'amnios ) le fluide qui doit déterminer la formation de l'embryon. En effet, c'est toujours dans ce sac, et immédiatement à l'extrémité qui correspond au mamelon , que l'on voit les premiers li- néameus de l'embryon. Nous n'avons pu faire ces observations sur la struc- ture de l'ovule et sur le développement de ses diverses parties que sur quelques espèces qui croissent dans nos jardins, tels que des Rhamnus, des Zizyphus , des Phjlica ; mais il existe une telle uniformité dans la Structure de l'ovaire dans celte famille, que nous ne dou- tons pas qu'elles ne s'appliquent à toutes les espèces. Quant au mode d'insertion de l'ovule et à la manière dont le fluide fécondant agit sur lui, on observe dans les Uhamnées deux dispositions différentes. Tantôt l'ovule et ensuite la graine sont parfaitement sessiles;, ou plutôt i 3 4 3 ) le pédicule excessivement court par lequel ils sont fixés au fond de la loge de l'ovaire , n'est formé que par les vaisseaux nourriciers; dans ce cas, le tissu destiné à établir la communication entre le stigmate et l'ovule , se termine à l'angle inférieur et interne de la loge par un petit mamelon celluleux qui correspond à l'ouverture du testa. Ce petit mamelon spongieux s'atrophie plus tard , el le point où ce tissu perçait l'endocarpe forme un trou qu'on remarque à l'angle interne des coques du fruit de plusieurs de ces plantes. Tantôt l'ovule est porté sur un pédicule plus long , formé en même temps par les vais- seaux nourriciers et par un tissu cellulaire lâche et spon- gieux qui fait suite au cordon de même nature qui des- cend du stigmate. Dans ce cas , le cordon ombilical , très -étroit avant la fécondation , se gonfle peu de temps après que le stigmate a été fécondé ( époque à laquelle se fait probablement l'imprégnation de l'ovule ; car il me paraît , d'après plusieurs observations , que le fluide fécondant met un temps assez long, et variable suivant les espèces , à parvenir du stigmate à l'ovule ) ; il couvre alors et enveloppe même en partie l'ouverture du testa , et c'est par l'intermédiaire de ce tissu celluleux du cor- don ombilical , que je pense que s'opère l'imprégnation de l'ovule. Fruit. L'ovaire , parvenu à l'état de fruit mûr, diffère peu de ce qu'il était dans la fleur. Quelquefois une loge avorte, et les ovaires à deux ou trois loges se trouvent réduits à une seule ou à deux 5 cependant ces avortemens sont assez rares dans cette famille. Le péricarpe , dans les divers genres , prend des con- ( 344 ) sistances très-difler. ntes. Tantôt il reste mince, sec eC crustacé \ les coques qui le composent se séparent et s'ou- vrent intérieurement par la suture qui correspond à l'axe , soit que le calice adhère à la surface de ce fruit , soit qu'il reste à sa base sans lui adhérer ; tel est le fruit des Ceanolhus , Colletia, Colubrina , Pomade/ris , Cryptandra , Phylica , Gouania. Tantôt l'endocarpe devient dur et ligneux; il forme des coques indéhis-, centes qui restent unies intimement , et qui sont recou- vertes ou par un sarcocarpe mince et sec , comme dans les Retanilla, Berchemia , P'entilago r Paliurus ; ou par un sarcocarpe charnu, comme dans les Jujubiers. Enfin , dans les vrais Rhamnus , tout le péricarpe de- vient charnu et bacciforme, et les loges sont à peine ta- pissées par un endocarpe mince et cartilagineux qui forme autant de noyaux distincts. Graine. Les modifications de structure qu'on observe dans les graines étant le résultat nécessaire de celles que nous avons signalées dans l'ovule , nous n'entrerons pas dans de grands détails à leur égard. Comme nous l'avons déjà remarqué , les graines sont tantôt sessiles , tantôt portées sur un cordon ombilical court, épais et spongieux qui embrasse leur base comme une sorte de cupule ; c'est ce qu'on observe dans les genres Trichocephalus , Phylica , Soulangia, Poma- denis, Ciyplandra. Les graines sont généralement ovoïdes ou oblongues, anguleuses intérieurement et très-lisses; le testa qui le? enveloppe est presque toujours fibreux et coriace : il est ( M ) membraneux dans les Zizyphus , dont les graines sont protégées par un noyau dur et épais. Dans les vrais Rhamnus , le testa est recourbé de ma- nière à former extérieurement un sillon profond dans lequel est situé le raphé qui, dans ce genre, est placé en debors de la couche fibreuse du testa , qu'il ne perce qu'au sommet pour former la chalaze. Une autre modification plus singulière est celle qu'of- fre le genre Bercliemi a (1). Dans ce genre, le testa adhère, surtout vers la partie supérieure et à la face interne de l'endocarpe fibreux qui forme les loges du fruit; il est libre vers la partie inférieure et externe , et coupe même ainsi obliquement la cavité du péricarpe en deux loges secondaires 5 l'une , supérieure , ordinairement plus grande , est formée par la cavité même du testa , et ren- ferme l'amande suspendue à la chalaze ; l'autre, infé- rieure et externe, se trouve comprise entre l'endocarpe et la face externe du testa : elle est traversée par les vaisseaux du raphé qui, dans ce genre comme dans les vrais Ramnus , sont placés au côté externe de la graine et en dehors du testa ( cette loge correspond par consé- quent au sillon des graines des Rhamnus). Dans la graine , on retrouve en général toutes les par- ties de l'ovule d'une manière plus ou moins distincte. Le testa fibreux , recouvert d'un épiderme mince , forme la couche la plus épaisse de ses tégumens ; la couche interne s'est atrophiée et est unie à la membrane in- terne ; enfin l'amande , enveloppée de sa membrane propre, est attachée à la chalaze et presque toujours (1) J'ai observé cette structure sur les graines du Bevchcmia volubi- lis et du Bcrchemia floribunda. ( 3 4 6 ) libre et bien distincte des membranes externes : quel- quefois cependant , dans les Zizjphus , elle paraît unie à celles-ci dans sa plus grande étendue , et libre seule- ment vers son sommet. Le petit mamelon qui la termine correspond toujours à l'ouverture du testa, ouverture alors à peine distincte et placée auprès du hile 5 ce ma- melon a presque toujours une couleur plus foncée que le reste de là membrane. L'intérieur de l'amande est composé d'un endosperme cbarnu , déposé dans le sac de l'amnios. Cette partie de l'ovule s'est plus ou moins réduite suivant les espèces , de sorte que l'endo-r sperme, très-distinct dans la plupart, est quelquefois réduit à une couche mince de substance charnue qui ta- pisse l'intérieur de la membrane propre de l'amande : c'est ce qu'on observe dans les genres Zizyphus et Ven- tilago. Dans son centre se trouve l'embryon , d'une couleur ordinairement semblable à celle du périsperme, c'est-à-dire d'un jaune pâle et sale , d'un beau vert dans les vrais Rhamnus ; il occupe la plus grande partie de la graine. La radicule, courte, correspond et touche au mamelon qui termine l'amande inférieurement. Les co- tylédons , très-grands , plats et charnus , sont appliqués l'un contre l'autre \ leur surface est presque égale à celle de la graine , et c'est sur leur face externe que se trouve appliqué l'endosperme. § III. Affinités des Rhamnêes. Il résulte de l'examen que nous venons de faire des principaux organes de la famille des Rhamnêes et de leurs modifications les plus importantes , que cette fa- (347) mille ainsi limitée est l'une des plus naturelles du règne végétal. La structure et la préfloraison du calice, la forme des pétales et des étamines , et leur position res- pective, la disposition du disque; enfin l'organisation de l'ovaire , la position et le nombre des ovules , la structure de la graine , ne sont sujets qu'à des modifica- tions d'une importance très-secondaire , et qui ne chan- gent rien au plan général de l'organisation de ces végé- taux. Il nous reste maintenant à examiner quelles sont les familles avec lesquelles les Rhamnées ont le plus d'af- finité. Si l'on admet le principe que l'insertion des étamines est le caractère le plus important pour fixer les affinités , et par conséquent la base de la classification naturelle , on verra que. parmi les polypétales périgynes, il n'y a que les Rosacées avec lesquelles les Rhamnées aient quelque analogie : ce serait particulièrement le groupe des Pomacées qui s'en rapprocherait le plus par son ovaire à loges en nombre déterminé, par ses ovules as- cendans, le plus souvent au nombre de deux , enfin par ses feuilles simples présentant des stipules à leur base ; mais le nombre et la position des étamines et la structure de la graine les en éloignent beaucoup. D'un autre côté, si l'on fait abstraction de l'insertion, on trouve beau- coup de caractères communs à cette famille et à celle des Buttnériacées. M. Brown a déjà fait remarquer cette affi- nité (i). En effet, la préfloraison du calice, la forme des pétales , la position des étamines devant ces pétales , la structure de l'ovaire dans plusieurs des points les (i) Gênerais Jxemarks on the bolany of terra auttralis ■ p. 22. (348) plus importans , celle de la graine , sont presque les munie •, ces deux familles diffèrent principalement (sur- tout si Ton compare les Rhamnées avec la section des Lasiopetalées) par les étamines extrorses dans les Butt- nériaeées, presque toujours introrses dans les Rham-' nées 5 par l'absence du disque , et par suite , par l'inser- tion hypogyne dans les premières 5 enfin , par les ovules au nombre de deux et quelquefois en plus grand nombre dans chacune des loges de l'ovaire des Buttnériacées , toujours solitaires , au contraire, dans les Rhamnées. Une dernière famille avec laquelle elle offre quelques points d'affinité, que M. de Jussieu avait bien sentis dans son Gênera , est celle des Euphorbiacées 5 mais cette famille diffère de celle des Rhamnées , comme la précé- dente, par l'insertion hypogyne , et en outre par la sé- paration constante des sexes, et par l'insertion des ovules au sommet de la loge, caractères qui les éloignent beau-» coup des Rhamnées. Nous ferons remarquer ici que quelques genres , im- parfaitement connus \ qu'on avait rangés dans cette fa- mille , doivent en être exclus 5 tels sont les genres Gou- pia, Carpodetus et Schœjferia , dont nous donnerons la description dans un autre mémoire , où nous cher- cherons à déterminer leurs rapports avec les autres vé- gétaux connus. Quelques espèces rangées dans des genres de cette famille doivent également sortir , non-seulement de ces genres , mais de la famille : tels sont les Rhamnus ra- mifiants de Richard , et lœvigatus de Vahl , qui , d'a- près des échantillons authentiques , appartiennent à la famille des Célastriuécs ; et les Phylica pinifolia et va- (349) cemosa de Linné , qui sont des Brunia. Nous ne parle- rons pas de plusieurs autres genres qu'on avait rangés anciennement dans cette famille , et qui déjà en ont été exclus par d'autres auteurs. § IV. Distribution géographique. La distribution géographique de celte famille dans son ensemble n'offre rien de remarquable. En effet , il n'est pas de pays où on n'en trouve quelque représen- tant, si nous en exceptons la zone polaire : car le Rhamnus frangula , indiqué par Linné dans la Lapo- nie , n'y a pas été retrouvé par Wahlenberg j ce qui supposerait qu'il y est extrêmement rare, et Linné lui- même ne l'indique que dans les parties basses et les plus méridionales de cette contrée. Le nombre des plantes de cette famille va successive- ment en croissant à mesure que la latilude diminue : mais c'est particulièrement dans les parties les plus chaudes de la zone tempérée (entre les tropiques et le 4<> e degré environ de latitude) qu'elle parait atteindre son maxi- mum dans les deux hémisphères ; ainsi les parties les plus chaudes des Etats-Unis , l'Europe méridionale, le nord de l'Afrique, la Perse et l'Inde dans l'hémisphère boréal, le cap de Bonne-Espérance et la Nouvelle-Hol- lande dans l'hémisphère austral , produisent plus de plantes de cette famille que les autres parties du globe ■-, cependant un nombre considérable d'espèce croît égale- ment dans la zone équatoriale. Mais si cette famille est répandue assez généralement à la surface du globe , il n'en est pas ainsi des geurcs ( 35o ) qu'elle renferme: la plupart sont limités à certaines régions : ainsi l'Europe et le nord de l'Asie sont la pa- trie de prédilection des Rkamnus ; l' Amérique septen- trionale présente quelques espèces de ce genre et tous les vrais Ceanolhus ,• la région méditerranéenne et les- parties chaudes de l'Asie nourrissent la plupart des Zi- zyphus. Ce même genre s'étend dans les régions équa- toriales des deux mondes , qui produisent en outre pies* que toutes les espèces de Gouanîa , de Sageretia , de Scutitt, de Colubrina, de Collelia , de Retanilla , Eu- lin , les régions australes nous offrent des genres qui leur sont particuliers : tels sont les Phylica , les Sou- langia, les Trichocephalus elle JVillemetia , pour l'Afrique australe ; le genre Colletia , pour l'Amé- rique; les Cjyptandra, les Pomaderris et quelques Col- letia , à la Nouvelle-Hollande, à la Nouvelle-Zélande, et dans quelques autres points de l'Australasie. W\W«Wl\Vl\VlWMVtlVWVHV R H A M NE JE. RHAMNEiE R. Brown , Decand. — Rhamnorum pars* Juss. Caracter differentialis. Calyx monophyllus, ^-5- fidus, laciniis acutis , in prœfloratione valvatis. Petalâ cucullata, vel convoluta , rariùs nulla , laciniis calycis alterna , ejusque fauci inserla. Stamina petalis opposita. Ovarium liberum , semi-adnatum vel adnatum, bi-ld vel rariùs 4 loculare •, loculis monospermis , ovulo ereclo. Fructus carnosus indeliiscens , vel siccus tricoc- (35i) eus. Semina erecta. Endospermium carnosum, rariùs nullum. Embryo semini subœqualis, cotyledonibus pla- nis maximis -, radiculà brevi inferà, Caracter naturalis. Caljx monopltyllus 4-5-fidus ex- terne saepiùs villosus. Tubus expansus subplanus , bemi- spbaericus, urceolatus, campanulatus vel subcylindricus , liber, vel inferiùs ovario adnatus , vel cum eo omninô co- Laerens; interiùs nudus , vel inpluribus , disco carnoso aut fauci limitato , aut in laciniis eftïiso , tectus. Lacinia ovata , triangularia , rariùs subulata , acuta , interiùs subcarnosa, in pluribus in medio lineâ carnosâ prominente notata , et apice callosa ; in prœfloratione valvatim applicata. Petala cum calycis laciniis alternantia , ejusque fauci inserta , sa>piùs sub margine disci affixa , unguicuîata , un- gue plus niinùsve longo. Lamina rariùs patentia , plana , superiùs intégra vel emarginata , in plerisque concava , convoluta vel cucullata , stamina vel eorum hlamenta in- volventia, in pluribus nulla. Pratloratio complicata. Stamina petalis opposita. Filamenta calycis fauci vel margini disci inserta, et cum unguibus petalorum basi sae- piùs colierentia, laciniis calycis breviora. Antherœ in pe- talis cucullatis reconditae , vel è petalis convolutis exserta? , parte mediâ vel inferiori dorsi ad apicem lilamenti affixa?, versatiles, introrsae (rarissime extrorsae); vel ovata?, bilo- culares , loculis parallelis , aut basi divergentibus, rima lon- gitudinali dehiscentibus ; vel reniformes, uniloculares (lo- culis superiùs con(luentibus),rimâ simplici arcuatà bivalvim Liantes. Pollen siccum ellipticum, sulco secundùm longi- tudinem notatum ; madefactum spbœricum , laeve , vel tri- mamillosum. Discus forma maxime varians , in Collelid parvus , fun- dumque tubi calycis occupans ; in plerisque tubum calycis stralo plus minùsve crasso tegens ejusque formam accipiens ( in Zizyplw , Paliuro, J^entilagine, Hovenid, Colubrind, subplanus, pentagonus, angulis ad insertionem staminum emarginatis; in Rhamno , Sagerelid , Sculid, urceolatus vel cuputaformis ) , et fauci margine distincto limita tus ; in aliis {Retanilld, Crjptandra , Phjlicd, à plerisque auctoribus ut disco destitutis descriptis) super lacinias ca- lycis etiam efFusus, ejusque superficiem interiorem à fundo usque ad apicem laciniarum substantiâ carnosâ incrustans; ( 35a ) an in quibusdam nullus ?( in Pomaderri et Crjptandra! speciebus); niargine petalis staminibusque insertionem praebens. 'Ovarium libérant', disco plus minùsve immersum , vel calycis tubo semi-adbanens , seu onininô adbaerens ; ova- tum vel subglobosum, bi-triloculare , rarissime quadrilo- culare (in quibusdam Rhamnis); loculis monospermis. Ovulum in quolibet loculo solitarium erectum , è fundo loculi natum , sessile vel podospermio brevi suffultum. Po- dospermium , dùm adest , antè evolutionein floris angus- tum, nec forainen testée tegens, ad anthesim superiùs dila- tatum, et ut cupula parva basim ovuli foramenque am- plectens , celluloso-spongiosum , vasibus rapbes percursum. Testa laavis vel dorso (in Rhamnis) sulco profundo no- tata , inferiùs propè bilum perforata. Foramen in ovuUs sessilibus mamillo albido endocarpii respondens , in pedï- cellatis cupulâ spongiosà podospermii tectum nec ei adbre- rens. Membrana testai è stratis tribus formata , exterius cuticulata tenuissima , médium transversè fibrosum , tes- tam seminis producturum , interius spongiosum^ primùni maximam parte m ovuli occupans , deninc incremenlo nu- clei evanescens, rapbes vasa continens. Membrana inlerior albida , tennis, primùm libéra, deindè testae plus minusve adbserens ( in Pomaderri semi - adnata , in Phjlicis , Rhamnis aliisque pluribus onininô adnata), circùm cbala- zam superiùs aflixa , inferiùs tubulosa , perforata , tubulo in foramine testa? incluse Chalaza superiùs notata è du- plici strato (ut in omnibus seminibus) formata; exterius vasculosum , vasoruin rapbes expansione productum, testad insertum ; interius spongiosum , in ovulo semi-evoluto fu- cescens, nuclei membranae continuum. JSucleus subcylin- dricus, liber , superiùs cbalazœ aftixus , pendulus, inferiùs in mamillo brevi , foramini incluso , productus ; interius laxè cellulosus, in medio sacculum amnii continens, è mamillo usque ad chalazain extensuxn,in cujus cavitate granula parva natant , et propè mamillum embryo sub forma globuli spluerici primùm visus est. Fructus subspbaîricus , liber vel calyce adnato magis mi- nusve tectus; pericarpium exterius carnosum, drupaceum, spongiosum vel siccum tenuissimum ; interius ^endocar- piuin) fibrosum, durum , plus minusve crassum; aut li- gnosum indebiscens, nucem 2-3-locularem (seu abortu unilocularem) , seu nuculas 2-3 distinctas efformans ; aut ( 353 ) crUslaceum debiscens , capsulam tricoccam producens , coccis interiùs et inferiùs rima longitudinali dehiscentibus. Semen in quolibet loculo solitariuni, erectum , sessile vel podospermio brevi cupulœformi suffultum. Testa lae— vissinia , l'nsca , fibrosa, crustacea vel membranacea (in fructibus lignosis, ex. gr. , Zizyphis) raphe laterali inte- riùs notata, vel raphe dovsali, sulco profundo exteriori inclusà superiùsque testam perforante, pracdita (in Rham- nîs). Chalaza , ut in ovulo. Nucleus Buembranâ proprià , libéra , vel testœ subadhanente , inclusus. Endospermium carnosum , flavescens , cellulosum, lateribus embryonis applicatum. Embryo niagnus, semini subconformis, sed jnagis compressus, flavescens vel viridescens, cotyledonibus plani> applicatis, carnosis ; radiculà brevi iuferà. Arbores , frutices -feZsuiïrutices, ramulis ira pluribus spi- nescentibus. Fo\icLsi7J?plici, alterna, subopposita, vel ra— ri'us exacte opposita {in Colletiis) , pennincn'ia vel tripli- nervia , sparsa vel subdisticha, basi sœpius bislipulata , stipulis parvis , caducis vel spinescentibus et persislenli— bus {in Zizyphis, Paliuro). Flores axillares , solitarii , fasciculati , umbellati, vel cymosi , rari'us spicati ; in , spicis simplicibus vel interruptis { ramulis nudis ) , glomc- ratïm disposili {in Sageretià, Gouanià', Ventilagine) , ira quibusdam paniculas terminales efformanles { in Ceano— tbo , Berchemià , Pomaderri), vel glomerati seu capilati ( ùi Cryptandrâ , Pliylica , etc. ). PALIURUS Tourn., Desf. — Rhamni spec. Lin. Car. diff. Calyx patens. Petala obovata , convoi uta. Stamina exserta , antheris ovatis , bilocularibus. Discus planus , peulagonus. Ovarium disco semi-immersum , triloculare. Styli très. — Fruclus siccus, indehisceus , nuce triloculari fœtus , superiùs in disco mernbranaceo subrolundo expausus. Semina sessilia. Car. nat. Calyx tubo expanso , subpiano, limbo 5-fidb, laciniis patentibus , ovatis, acutis , interne vix carinatis. Petala obovata, subspatbulata , unguiculata, convoluta, externe deflexa , margini disci inserta. Stamina petalis op- posita et paulô longiora ; filamcnta cylindrica , basi com- X. 23 (35 4 ) pressa unguibus petalorum adnata ; antberae iutrors» , ovatae, biloculares ; loculis basi disjunctis, rima longitu- dinali debiscentibus. Disc us carnosus, planus , calycis tu- bum replens, ovarium arctè cingens, cjusque basi adna- tum. Ovarium disco semi-iminersum , superiùs liberum , 3— îoculare; loculis monospermis; ovulo e recto. Styli très conici , ab ovario vix distincti. Stigmata tria oblonga. Fruclus siccus , spongioso-eoriaceus , hemisplirericus, in disco magno circulari , submembranaceo , superiùs expan— sus; fœtus nuce lignosâ, globosâ, 3-loculari , loculis mo- nospermis. Semina erecta , compressa, obovata , tegu- mento crustaceo, lœvissimo. Endospermium tenue, carno- sum. Embryo magnus, dicotyledoncus , cotyledonibus maximis, subrotundis, planis ; radiculâ conicâ, brevi , inferâ. Species duœ certè cognitae. i°. Paliurus aculeatus Lamk. ( Rhaninus Paliurus L. Zizyphus Paliurus Willd. ) 2°. Paliurus virgatus Don. , fl. nep. Paliurus Aubleûa Dec. ( Auhleùa ramosissima Lour. , Fl. coch. , I, 348). Species hùcusquè valdè dubia videtur, fructu imperfectè noto. Paliurus inermis Hoit. Paris. , seu Ceanothus reclinatus. L'her. est Coluhrinœ generis species. (Vide infrà. ) ZIZYPHUS Toum. , Desf. — Rhamni spec. Linn. Cak. diff. Calyx patens 5-fidus. Petala obovata , un-- guiculata , convoluta. Stamina exserta , anlheris ovatis bilocularibus. Discus planus , pentagonus , expansus. Ovarium 2-3-loculare , disco immersum. Slyli 2-3. — Fructus carnosus ; foetus nuce 1-2-loculari. Semina ses- silia, compressa , laevissima. Car. nat. Calyx tubo expanso, vix concavo, limbo 5- fido patente , laciniis subtriangularibus , medio carinatis. Petala obovata , spatbulata, convoluta, unguiculata, ex- terne reflexa. Stamina petalis aequalia vel longiora , de- flexa, antberis ovatis bilocularibus. Discus planus , penta- gonus , calycis tubo adnatus , ovarium arctè cingens eique ( 355 ) adnatus. Ovarium ovatiun , disco iminersuni , biloculare , vel rariùs triloculare , ovulis sessilibus. Slyli duo , rariùs très, divergentes, vel in quibusdam conjuncti. Stigmata stylorum numéro œqualia, parva, papillosa, Fructus carnosus , basi calyce integro persistente , vel ejus tubo circumcisso parvo suffultus; fœtus nuce lignosà , crassâ , biloculari, vel abortu uniloculaii, in quibusdam triloculari , indebiscente. Semina. solitaria, sessilia, bine, plana, indè convexa. Testa tenuis, fragilis, lœvissima, fulva, sulco destituta; interiùs rapbe laterali , in pluribus speciebus vix distincto , notata. Endospermium nullum vel tenuissimum , tegumentum interiùs incrustans. Embrjo erectus, cotyledonibus crassis, adpressis, majoribus, ra- diculâ brevi inferà ; plumula parva conspicua. Frutices ramisvirgatis , sinuosis / folùs alternis , subdis— tichis , triplinerviis ; stipulis vel ambobus spinescentibus , altéra recta , altéra recurvd , vel und spinescente , altéra abortivâ vel caducâ. Flores cjmosi- cymis paucifloris axillaribus , petiolo brevioribus vel vix longioribus t in pluribus subsessilibus. Species numerosce, pleraeque in regionibus calidioribus crescentes. Pars maxitna Mediterranei maris littora, Arabiam , Persiam, Indiam orîentalem ejusque arcliipelagum , et imperium Sinense habitantes; quaedara Africae aequinoxiaiset australis incolae ; pauciores in Ameiicpe zouam intertropicalera repertae. Omnes fructu esculento plus mioùsve grato preditae , atqne plures, ut Zizyphus lotus , Zizyphus Spina-Christi , Zizyphus orthacanllia , gentibus prsesertim africanis ( Lotophagis atque Ethiopicis ) «lirai u tum salutare suppeditant. CONDALIA Cavau. Car. diff. Calyxpatens, 5-fidus. Petala nulla. Sta- mina antheris bilocularibus. Discus planus, expansus , pentagonus. Ovarium disco ciuctum , liberum , bilocu- lare. Slylus simplex. Stigma parvum , integrum. — Fructus drupaceus , fœtus uucc uniloculari. Car. nat. Calyx tubo expanso, subpiano 7 laciniis 5 ova- ( 356 ) tis j acutis, palentibus, membranaceis, glaberrimis. Pe- lota nulla. Stamina laciniis calycis alterna et paulà bre- viova, ad marginem disci inserta ; filamentis erectis, an- theris ovatis, introrsis, bilocularibus, dorso ad apicenr filamenti aflixis , loculis ovato-oblongis , parallelis , rima longitudinali dehiscentibus. Disons plan us , vel centro vix depressus , expansus, pentagonus , angulis ad inserlionem staminum emarginatis. Ovarium disco cinctum , liberum , ovatuni , glabruin , biloculare , loculis monospermis ; ovulis ovatis nec dorso sulcatis, erectis. Stylus simplex , cylindri- cus elongatus. Stigma parvum , subrotundum , integerri- mum. Fructus (ex Cavanille), Drupa ovata , nucleo (abortu ) uniloculari , monospermo. Semina sulco destituta. Suffrutex ramosissimus , glaberrimus , ramulis spines- centibus ; foliis alternis subsessilibus , obovato-oblongis , integerrimis , penninerviis ; floribus axillaribus. Genus Zizypho maxime affine , nec differt ab eo , nisi defectu peta- lorum , in Zizyphis omnibus prsesentium , stylo et stigmate simplicibus et habitu omuinô diverso. Condalia microphyixa Cavan. , Icon. ,6, p. 16, t. 525. Unica spe- cies rectè cognita , è Chili orta , in hortis colitur. — Condalia para- doxa Sprengel, Syst. , i,825, mihi ignota et ex descriptione valdè diversa videtur. BERCHEMIA Necker , Decand. — OEnoplea Hedw. — OEnoplia Schult. , Kunth. Car. diff. Calyx tubo hemisphaerico , lacinis 5 erec- tis. Petala convoluta. Stamina petalis inclusa ; antheris ovatis , bilocularibus. Discus annularis , subplauus. Ovarium disco semi-immersum , biloculare. Stylus sim- plex , brevis. — Fructus exsuccus , indehisceus , bilo- cularis. Semina, testa pericarpio adnatâ. Car. nat. Calyx tubo brevi hemisphaerico, laciniis acu- tis, erectis. Petala convoluta vel cucullata, Stamina erecta ; antherœ in petalis reconditae vel exsertœ, ovatae, biloculares. Discus annularis, subplanus , vel margine in- ( 35 7 ) terioii elevato , ovarium cingens, nec ei adhœrcns. Ova- rium disco semi-immersuin , liberum , biloculare. Stylus brevis , simplex , bisulcatus , vix apice bifidus. Stigmata duo. Fructus exsuccus vel vix carnosus, lignosus, oblongus, calycistubo circumcisso suffultus, indelnscens , bilocularis; pericarpio tenui lignoso , coriaceo. Semen, testa fibrosâ Sericarpio arctè adnatâ , inferiùs et exteriùs libéra , et in uos locellos loculum quemque pericarpii dividente , infe- riori vacuo vasculis clialazae percurso (et sulco seminuni Rhamnorum respondente) , superiore nucleum continente, chalazœ superiùs suspensum. Endospermium vix ullum , vel substantia tennis membranam nuclei incrustans. Km- brjo oblongo-lanceolatus, cotyledonibus planis applicatis, radiculâ brevi inféra. Frutices ramosissimi , erecti , vel subscandentes • foliis altérais, multinerviis , integris , nervis obliquis , subsim—. plicibus , approximatis • floribus in axillis superioribus subumbellatis et in paniculis tenninalibus digestis. Hujus generis sunt : i°. Berchemia volubilis Dec. ( Rhamnus vo- lubilis h,). 2°. Berchemia lineata Dec. (Rhamnus lineatus L. ). 3». Berchemia floribunda ( Zizyphus floi ibundus Wall. , Flor. ind.). 4°. Berchemia flavescens (Zizyphus flavescens Wallich. , Flor. ind.). Obs. i . Fructûs structura , quo caractère praecipuè hoc genus distin- guitur, in Berchemia voluùili atque floribundd observavi , nec duhito eamdem adesse in aliis speciebus, prœcedentibus simillimis. Obs. ii. Berchemia BurmannianaDec. (Rhamnus zeyianicus Burm., Zeyl. , p. 1 78 , t. 88 , ex herb. Burm. ) e gericre et familiâ expellenda , et ad Eupborbiaceas referenda est propè Andrachnem, k quâ praecipuè differt stigmatibus sessilibus. Berchemia Poiretiana et Berchemia Lourciriana (Decand., Prodr., 11, p. 23), species hùc usque imperfeclè nota;, geueii pertinere vi- dentur. VENTILAGO Gsertner. Car. diff. Calyx païens, 5-fidus. Petala obovala , convoluta. Stamina exserta , antheris ovalis, biloculavi- bus. Discus carnosus, planus. Ovarium disco iinmct ( 358 ) sum , biloc ulare. Stylus compressus, brevis , bidenla- lus. Fruclus indehiscens , lignosus , unilocularis , mo- nospermus , superiùs in alâ oblongâ , membranaceâ , productus. Car. nat. Calyx patens, 5-fidus, laciniis ovatis, acutis , interne subcarnosis, medio carinatis. P étala calycis laci- niis breviora, obovato-spatbulata, convoluta, unguiculata, externe deflexa. Stamina petalis opposita et paulô lon- giora ; iilamentis basi uiiguiculorum adnatis ; antherse o va- la:, bilocuîares, introrsae, loculis parallelis, rima longitu- dinali debiscentibus , connectivo superiùs in apiculum uncinatum producto. Discus carnosus , planus , expansus, superficie tuberculosâ , glabrâ , ovarii basim arctè cingens, nec ei adbanens. Ovarium parvum, subglobosum, disco immersum , biloculare ; ovulis solitariis erectis. Stylus com- pressus , pilosus, brevis, apice bicornis. Stigmata duo. conica. Fructus ; nucula coriacea , sphrcrica , calyce persistente adnato semi-involuta , glabra vel puberula , superiùs in alà membranaceâ oblongâ producta , abortu unilocularis , indebiscens, monosperma. Semen erectum, subglobosum, tegumento tenui. Embryo erectus , endospermio destitu- tus ( ex Gœrtner), endospermio involutus (secundùmWal- lich.). Cotyledones crassse, carnosae, piano convexœ ; ra- dicula miniina inféra. Frutex major scandens , ramis rigidis , glabris ; foliis al- ternis brève petiolatis, oblongis, acuminatis, basi obliquis , distante serralis (denlibus brevibus), coriaeeis , utrinque glabris , nervis obliqué pintiatis • flores in racemis axilla- ribus longissimis , solitariis, geminatis vel ternis, rachi pubescente , fascicidati , pedunculis simplieibus brevi- bus. Species unica ncmc cognita (i) , Ventilago madbaspatana Gsert., do Fruct , i, p. î23. t. 49> fifi- a. Wallich. , Flor. iiul. , n, p. 4"^- ( Funis-viminalis Rumph. , 5 , t. 2 , Icon. mal. ) (1) Ventilago Jentala Willtl., Nou. Art. ber. , Ul, 4*7 î ** Ven- tilago bracteata Heyn. herb. secundùm Smith et Wallich, ut tuerse \arictates admnuei anche sunt. (35 9 ) Habitat Indiam orientalem ; frequens in Bengalià septentrionali (Wallich), propè mare in insulà Amboiuâ (Rumphius); au planta Amboinensis Rumphii ab indicà Gœrtneri et Wallichii diversa , foliis magis ovatis et racemis termiualibus ? SAGERETIA. Car. diff. Calyx urceolatus 5-fidus. Petala convoluta vel cucullata. Stamina antheris ovalis , bilocularibus. Discus crassus , cupulœformis , ovariùm arciè cingens. Ovariuni, disco subiuclusuin, 3-loculare. Stylus brevis , crassus. Fructus... Car. nat. Calyx tubo urceolato vel hemisphaerico , laci- niis 5, a cutis , erectis, interne carinatis. Petala obovala, unguiculata, convoluta vel cucullata, erecta. Stamina pe- talis inclusa vel longiora ; antheris ovatis , bilocularibus, rima longitudinali anticè dehiscentibus. Discus cupulœ- formis , crassus, calycem tegens, ovariuni arctè cingens nec ei adliœrens , margine interiori elevato. Ovariuni disco cinctum et subinclusum, ovatum, trilocuiare. Stylus bre- vissimus, crassus, trisulcatus. Stigmata tria sessilia, vel stigma trilobum. Fructus... Frutices ramis gracilibus , subvirgalis , ramulis sœpius spinescenlibus • foliis suboppositis , brève peliolalis , lan— ceolatis vel oblongis . serratis , penni ne rviis Flores m spi- cis simplicibus vel ramosis , interruptis , rigidis , paten- tibus , axillaribus vel terminalibus , dispositi , parvi , so- litarii vel glomerati. Genus dixi in honorent Cl. Sageret, è regià Societate agriculture parisieusi, qui horticulturam atque vegctabi- lium physiologiain observationibus higeniosis , imprimis de plantis hybiïdis, illustravit. Genus (Jubium, fructu hue usquè isjnoto; à lUiamms et Zizyphis ve- getalioue maxime distiuctum , à Berchemia prœcipuè differt ovario li i- loculari et habitu. Species plerœque in America; œquiuoxialis et temperata; regionibus , prsesertim occidentalibus , atque in Asia: calidioris partibuï oiientalibus crescuut. ( 36o ) Huic generi referendœ mihi videutur : i. S. theezans (Rhamnus theezans Vahl.). — 2. S. spicata (i) (Rhamnus spicatus Sessé et Mo- cino in herb. Pavon. ex. mus. Lambertiano). — 3. S. oppositifolia ( Zizyphus oppositifolius Wallich. , Flor. ind. , u , p. 3^0 ). — 4- S. hamosa (2) [Zizyphus hamosa Wallich. ,l.c, p. 3g6). — 5. S. elegahs (Rhamnus elegans Kunth). — 6. S. cayaquilensis (3) (Rhamnus gayaquilensis Kunth , Nov. gen. , vu , 55; Rh. decussatus , herb. Pa- von. in mus. Latnbertiano). — 7. S. senticosa (Rhamnus senticosa Kunth , /. c.~). — 8. S. michauxii ( Rhamnus minutiflorus Mich., FI. um. , 1, p. i54)« Species sequentes quas examini snbjicere non potui, ex descriptioni- bus auctorum huic generi perlinere Ividentur, nempè : Rhamnus lan- ceolatus Pursh. — Rhamnus parviflorus Willd. , in Schultes. — Rhamnus fi/iformis Roth. . ^_ RHAMNUS Juss. , Desf. — Rhamni , Spec.L. Car. diff. Calyx urceolatus 4-5-fidus. Petala nulla vel emarginata. Stamina antheris ovatis , bilocularibns. Discus tenuis , tubum calycis tegens. Ovarium liberum, 3-4-locuîare. Styli 3-4 , connexi vel liberi. Fructus bac- catus , nuculis 3,4? ve l abortu 1 , fibrosis , indehiscen- tibus fœius. Car. nat. Caljx tubo urceolato , laciniis 4~5, erectis., vel patulis, acutis, interiùs medio carinatis. Petala vel nulla, vel emarginata, subplana, par va, margini disci (1) Sageretia spicata . ramis cylindricis , glabris , lateralibus spines- centibus ; foliis suboppositis , lauceolatis , acuminatis , serrulatis , gla- berrimis, basi bist.ipulatis • spicis siniplicibus, rigidis , divaricatis , ex unà axillarum alternatim nascentibus, vel terminalibus. ( V. in herb. Pavon. ) Species Rhamno eleganti Kunth maxime affinis. (2) Hœc species , praecedeuti conjuncta à clar. Don et Decandoîle sub nomiue Rhamni trisyni , ex speciminibus Wallichii dillerre videtur et habita et structura (loris. (3) S. ramis angulosis , elongatis ; foliis suboppositis, ovato-oblongis, acutis, integerrimis, subcoriaceis , glaberrimis; spinis (ramulis) axil- larîbus, decussatis, patent ibus , rigidis ; floribus longe spicatis , spicis, ad basim , spinarum conjugatis , iisque friplù longioribus. (Descript- ive spec. Pavon.) ( 3€i ) aHixa, evecta. Stamina brevia , petalis opposita ; antheritf ovatis, bilocularibus , loculis basi subinflatis et divergen— tibus , rima longitudinal! deliiscentibus. Disais camosus, tenuis, calycis tubuni tegens , ncc ovarilun cingens. Ova- rium liberum , tubo calycis minus , vel rariùs subœquale , tri-quadriloculare , loculis monospermis. Ovulum erectum; vel dorso profundè sulcatum, raplie dorsali et exteriori , in sulco inclusà, versus apicem testam perforante et in. chalazâ expansà , prseditum , nucleo sub apice suspenso ( in Rhainnis) ; vel lœve compressum , rapbe laterali et inte- riori notatum, nucleo versus apicem obliqué suspenso (in Franguld) ; membraiia interna ovuli in utrâque sectione libéra , in ovulo nondùm impregnato , nucleumque arctè cingens, debinc tests adnata, nec ab eà distincta. Sljli 3-| coimexi vel plus minùsve liberi divergentes. Sligmata lot quot styli , par va, papillosa. Fructus baccatus, spliaericus, fœtus nuculis cartilagineis (nec osscis) , duobus , tribus vel quatuor, indeliiscentibus , monospermis. Semen in quâlibet nuculâ solitarium , erec- tum ; in Rhamiiis sulco profundo, raplie percurso, externe notatum ; in Frangulis , lœvè , compressum , inferiùs liilo discolori exserto (strato interiori teste denudato) notatum. Testa ,\n Rhamnis complicata, exteriùsque sulcum efFor- mans , ad apicem vasis cbalaza? perforata ; in Frangulis lae- vissima , raplie laterali interius prrcdita. Endospermium carnosum , ad superficiem cotyledonum appositum. Em- brjo semini subaxjualis , cotyledonibus carnosis, applica— tis, in Franguld planis, in Rhamno arcuatis , sulcunique exteriorem seminis amplexantibus. Frutices vel arbuscukc ; foliis altérais , basi stipulatis , bre\'è peliolalis, iategris vel deatatis , sœpiùs glabris , pereaaaatibus et coriaceis, vel caducis , aervis pianatis , in prioiibus vage rarnosis , in aliis approximalis parai— lelis Flores axillare.s ; in Rh. alaterno , speciebusque affinibus racemosi ; in aliis faseicitlati rariits sitbsolitarii. Fasciculi , flàribus centralibits citiiis apertis- (Cyma: coarc- tata> ) An genus dividendum secimdùm Tournofortii scntenliani , et scctio- fies ini'rji cxpositu; ut gcuera a dm il tendae ? ( 36 2 ) § I. Rhamnus {Rhamnus et Alaternus Tourn.) Flores sœpiùs diœci et 4-Hdi. Semina externe profundè sulcata ; ra- phe externe in fundo sulci. Embryo curvatus sulcum seminis aro- plexaus. Folia in plerisque speciebus coriacea , perennantia , vage ve^ nosà , in quibusdam membranacea , tineata, nervosa. * Alaterni ; flores racemosi . Rh. alaterkus L. — Rh. hybridcs L'her. — Rh. glandulosus Ait. — Rh. iktegrifolius Decand. ** Rliamni ; flores fasciculati. Rh. longifolius Link. — Rh. prinoÏdes L'her. — Rh. celtidifo- tius Thunb. — Rh. catharticijs L. — Rh. virgatus Roxb. — Rh. dahirucus Pall.»— Rn. tinctorics Waldst. et Kit. — Rh. imflcto- rics L. — Rh. sa\atilis L. — Rh. serrux-atxjs Kunth. — Rh. cre- hulatus Ait. — Rh. prchifolus Smith. — Rh. erythroxylon Pall. — Rh. oleoïdes L. — Rh. boxifolitts Poir. — Rh. pcbescens Poir. — Rh. amygdalîhus Desf. — Rh. lycioïdes L. — Rh. microphyllbs Kunth. — Rh. Pcrshiakus Dec. — Rh. pumilus L. — Rh. alpinus L. — Rh. almfolius L'her. § II. Frangula. Flores hermaphrodili rariùsve diœci, 5-fidi . in quibusia. Flores corjmbosi . vel in paniculis ex- jjansis, corjmbiformibus , axillaribns vel terminalibus dispflsili , à basi ad apicem Jlorentibus. Specics omnes hujus generis in Novà-Hollandià crescunt, et liùc certè rcferendi sunt Ceanolhus globulosus Labill. et Ceanodius spa- ihulatus Labill. millo modo ab aliis speciebus Pomaderreos difleren- tes , uisi fructu foramine minori instructo. — Ceanolhus capsularis Fo;erà, pi- losâ; Iriloculave , loculis monospermis; ovulum crectum , podéspermio cupulato suffultum. Si) lus simples, calyei subncqualis. Stigma tridentatum. F rue tus semi— inferus, calyce toto persistente pctalisqwe coronatus , tricoccus, dehiscens , coceis monospermis. cie- mina oblongo-subtrigona, bevissima, podospermio brevi eupulata. Suffrutices eriroïdei è Nova— HoHandîâ, ramosissimi , erecti ; ramulis fqstigiatis , iJel patulis brevibus , rariits topinescentibus ; foins parvis , intégerrùnis , glabris , spar- pis; flores ad a pires ramulorum aggregati vel solilarii , erecli vel penduli, basi squamis 5-paivis imbriratis ca- tyculali. Hujus gencris specîes mihi cognitee , et hùc certè referenda? , stnil . 1°. CnYPTANDRA ECICIFOLIA Slllitll ; 2". CrYTTANDRA AMARA Slllilll j .1". Cryptakdra pyramidalis R. Brown , Mss. (i);4 n - Cryptandra spinescens Sieb. Hai'um specierum tertias primas niihi bénigne commnnicavil celcb. R. Brown ; quartam observavi in berbariia Musei Paiieusis ut clai , Kunth. Ciypiandra obovala Sieber , è génère et faaiilià repellenda esi. , g< ■usque novurn formare débet , cujus descriplioneni iufrà subjicio (2). (1) Cryptandra pyramidalis , ramulis pubcsrunlibus , creetis, p.vi.i- n'idalibus; foliis obovato-oblongis , iutégerrimis, sessilibus, çlabiis;- Ripulis setaceis ; floribus solitaiiis, erectis; fruetibus oblongis, sub- pendulis. (a) BARTLINGIA. — Cryptandra obovaia Sieber. Calyx basi bibracteatus , tubn subhemisphaerico , lio)bo 5-fido ; lacC- niis tubo duplo longîoribus , oblongis , oblusis , inUriùs \illo i . in prœlloiatiune imbricatis,. Petala 5 subrotunda , uiinima , subsquammi- fcjrmia , plana, calycis basi inserta (au perigyua? au b\ p<>-yna :' ). Stamma decem , 5 pelalis opposita , breviorâj .'> laciuiis cufycisopuon sitn , longiora; fdamenta liliformia , brevia ; anlheree a\ alu-Mibro- Inml.e, biloculares, loculis rimis longitudinalibus et lateralibus ue&is I ceulibus. Discus uullus. (.Xarium. compres'suni , uuo latrie sulcai'uni ijbjanceolaium , nnilocularê, inonb'sp&rmiim ( v 1 disperiiiûin ? ; ; ov« (3 7 4) TRICHOCEPHALUS. — Phylic* Spec. Auct. Car. diff. Calyx, Uibo brevi suburceolato , inferiùs ovario adnato, superiùs libero , laciniis longissimis se- taceis. Petala nulla vel setacea. Stamina, antheris reni- formibus , unilocularibus. Diecus vix distinctus , tubum et lacinias calycis tegens. Ovariuminferum , Irilocujare. Stylus simplex , brevis. Fructus semi-inferus , tricoc- cus. Semina podospermio carnoso, brevi, suuuha. Car. nat. Calyx externe lanatus , tubo inferiùs ovario adnato, superiùs subcylindrico, libero, limbo 5-fido, la- ciniis erectis, subulatis, angustis, lanuginosis. Petala sub- nulla, pavva, setacea, incurva. Stamina antè petala affixa, filamentis brevibus ; antberis reniforinibus , uniloculari- bùs, rima arcuatà bivalvim debiscentibus. Disais vix dis-* tinctus ; stratum carnosum , tenue , calycis tubum incrus- lans. Ovarium calyci adnatum , superficie superiori sub- plana, glabrà vel maxime viliosà ; triloculare, loculismo-» iiospermis ; ovulo obîongo, erecto, podospermio brevi> cupulseformi , suffulto. Stylus simplex, brevis. Sligma sub- triîobum. Fructus (ex Tr. Stipulari) semi-adhœrens ; pars inférai calyce adnato tecta, laevis; supera , altéra major, libéra, rugosa , villosa. Capsula tricocca, coccis duris, lignosis, inter se primùm arctè adnatis , deindè debiscentibus. Se-. lum laterîsulcato affixum , peritropum. Stylus brevis , subulatus, apici- laris. Stig ma simplex , pavvum. fructus... SuQ'rutex è Novâ-Hollandiâ , ramis gracilibus , Jastigialis ; foliis al- térais , obovatis , retusis , integerrimis , glabris, brève peliolalis , basi bistiputalis ; stipulis brevibus , cuneiformibus, acutis ; floribus ad apices ramulorum congestis , subglomeraiis. Genus inter ordines naturales difficile disponendum, fructu hùc us- què ignoto j ilores juniorcs inaperti in speciiniuibus Siberii à cl. Kunth communicatis , solùm suppetebant ; insertio perigy.ua videtur; sed hoc genus differt à pleiisque plantis perigynis calyce tubuloso praeditis, sta- miuibus petalisque fuudo tubi calycis nec fauci affixis; Arny gdalineis vel Chrysobalaneis afïinitate arctioii conjunclum îuihi videtur quîun ullis aliis ordinibus ; à prioribus difl'ert stamiuibus defniilis , ab alteris flore regulari et stylo apicilari , ab utrisque staminibus imo calyci nec ejus fauci insertis. Uixi in bouoreni clar. J. Bartliiic, qui cimi cl. Wendlamd disscr- latiouctu iugeniosam de Diosmcis evulgavit. ( 3 7 5 ) minibus erectis, oblongis , subtriquciris , nigris, laevlssimis, podospermio basi cupulatis> 7esta coriacca , in te ri us ra— plio latorali, chalazam ad apicem cftbrniante , notata. INu- clous testa? subadnatus , apiee mamillo , foramini respon- dente , praditus. Endospermiimi cavnosum, ilavesccns. Embrya magnus, semini subconformis, planus; cotyledo- nibus applicatis ; radiculâ brevi iuferâ. Suflrutices è Promontorio Y>onx-S[>e\ , erieo'idei ; rainis fasiigialis , tomenlosis ; foliis inferius villosis, superiiis glabris , margine convolulis , brève petiolatis , stipidalis val exslipulatis ; floribus capilalis , capitulis elongaiis ( in T. Spicatâ) vel sphœricis (m T. Stipulait) maxime lu- men tosis. Hujus generis species sunt : I. Thichocephalcs stîpularis (Phylica stipularis L. ). — 2. TraciiocEpiiALUS spicatus ( Phylica spicala Liai] , Suppl. ; Lamk. , Illustr , t. 127, fig. 3 ). PHYLICA. — Phylicje Spec. Auci. Car. diff. Calyx tubo subcylindrico, inferius ovario adnalo, superiùs libero. Pelala eucullata. Stamina in- clusa , antberis ovatis vel reniformibus , bilocularibus vel uuiîoeularibus 5 discus vix distinclus, calycis tubuni et lacinias tegens. Ovarium inferum, triloculare. Stylus simplex. Fructus inferus, calyce toto persistente parvo coronatus , tricoccus. Seniina podospermio brevi car- noso sulTulta. Car. nat. Caljx externe villosus , rariùs siïbglabcr, tubo subcylindiico, basi ovario adnato , superiùs libero , limbo 5-fido , laciniis erectis , acutis Petala vel subrotuuda, con- cava, fornicato-cucullata, vel oblonpja, complicato-cucul- lata , fauci inserta. Stamina petalis inclusa, antlieris bilo- cularibus, oblongis, loculis parailuiis riniis longitudinalibus apertis, vel renii'ormibus, loculis supernè confluentibus et rima uuicà arcuatàbivalvim debâscentibus. Disent vix dis- tinctus; vel stratum carnosuin calycis tubuin et lacinias, ovariique partem suporiorcm levons. Ovarium parvinn , iuferutu . luudo calycis adnatum , triloculare, loculis 1110- ( 3?6 ) nospennis ; ovulo erecto , podospermio brevi sufïulto. Sty- lus simplcx plus minùsvc elungatus, calycis tubo sarpiùs aequalis. Stigma trilobum vel tridentatum, in quibusdam conicum , integrum. Fructus inferus, ovatus, superiùs coarctatus, tubo ca- lycis persistenti , rariùs deciduo, coronatus, glaber, coria- ceus, tiicoccus; coccis disjunctis, interiùs debiscentibus, mouospermis. Senrina ovato-oblonga, larvia, basi podo- spermio brevi cupulato sufïulta. Testa crustacea , crassa , internis rapbe laterali notata. Nucleus cbalazae suspensus , mamillo brevi, foramini respondente, termina tus. Endo- spermium carnosum. Embryo cotyledonibus oblongis, pla- nis, carnosis, applicatis; radiculâ brevi inferâ. Suffrutices ramosissimi , ericoidei ; ramis erectis ,fasti- giatis ; foliis sparsis , exstipulatis, linearibus , margine revolutis , inferius villosis , superiùs glabris vel pubescen- tibus; vel longe pilosis- Flores eapitati vel spiçato-capi- tati , bracteis brevibus villosis vel longioribus plinnoso- pilosis cincti. Hujus generis species in iluas cohortes distribuendœsunt, caracteribus seqtientibus distinctas. § I. Erlcoidece. Calyx laciniis ovatis, acutis, erectis, vel subpaten- tibus , externe sublanuginosis. Petala subrotunda , concava , fornicato- cucullata. Antherœ reniformes, loculis coufluentibus , uniloculares , bivalvim déhiscentes. Stigma ssepiùs trilobum vel tridentatum. Folia nitida, glabra, brevia, acerosa. Flores in capitulis sphaericis , deusis, congesti. j . Phtlica parviflora L. — 2. Phtlica ericoides L. — 3. Phtlica acerosa Willd. — 4- Phtlica mitida Lamk. — 5. Phylica reFlexa Lamk. (An Ph, callosa L. ?) § II. Strigosœ. Calyx tubo longiori, laciniis erectis, acutis, subula- tis, externe pilosis. Petala oblonga, complicato-cucullata. Autherœ oblougae , biloculares, loculis parallelis, rimis distinctis, longitudina- libus , dehiscentibus. Stigma subulatum vel clavatum , integrum. Folia pubescentia, hirta , strigosa, vel villosa , lincaria. Flores spicati vel eapitati , bracteis longissimis , villosis vel plumosis , srcpiùs involucrati. 1. Phtlica bicolor Liun. (P. strigosa Thunb. ). — 2. Phtlica pinea Tlmnb. — 3. Phtlica rosmarihu-olu Lamk. — 4- Pux li ca vil- ( 3 77 ) losa Tlmnb. — 5. Phylica iiorizontaus Vent. — G. Phylica rur- MOSA L. 7. PlIYLICA SQCARHOSA Vdjt. 8. PliYLICA CAPITATA. Thunb. Species quas observavi solùm Lie enumerare volui. Alias species nu- merosas quas in herbariis parisiensibus non vidi ex aflinitate cum pra- cedentibus vel ex observatione caracterum quicunque ad gênera et sec- tiones referre poterit. Praefer illas quas ad gênera Soulangiam et Tri- chocephalum retuli , duœ species huic generi ab omnibus auctoribus adjunctae, nempè : Phylica racemosa L. , et P. pinifolia L. , exclu- dendœ sunt et iuter Brunias enumcrandœ. (Vide Disserlationem de Bruniaceis , in Ann. Se. nat. , t. 8 , p. 35?. ) SOULANGIA. — Phylica Spec. auct. Car. diff. Calyx tubo obeonico, ovario adnato. Pe- (ala cucullata. Stamina inclusa, anlberis reniformibus , unilocularîbus. Discus epigynus , pcnlagouus , carnosus. Ovarium calycis tubo adnatum et squale, trilocularc. Stylus subsimplex. Fructus iuferus, areolâ magnâ su- periùs notatus, tricoccus. Scmina poclospcrmio brevi carnoso suiïulta. Car. inat. Calyx externe villosus, tubo obeonico, ovario adnato etab illo replcto, lindjo 5-fido, laciniis aculis, apice callosis, subpatentibus. Petala par va , intégra, brève un- guiculata, cucullata. Stamina, lilamentis brevibus aveua- tis; antberis reniformibus , unilocularibus (loculis duobus superiùs confluentibus) bivalvim debiscentibus. Disais pentagonus, convexus , planus vel subconcavus, ovarium tegens et ad marginem elevatus. Ovarium tubo calycis œquale et adnatum, triloculare ; loculis monospermis; ovuïo erecto , podospermio brevi, cupularformi , suffulto. Stylua simplex , brevis , subconicus (rariùs apicé trilidus). Sligma tridentatum , vel stigmata tria. Fructus inferus, ovatus, superiùs areolâ magnâ, calyce non tectâ , subpiauâ, notatus; calycis tubo non coronatus ; tricoccus, coccis disjunclis interiùs rima debiscentibus. Sc- mina ut in Phylicà. Suffrutices ex Africâ australi , ramosissimi} foliis alter- nis , exstipulàiis , inlégerrimis . brève pfetiolalis , ovùïii , ( 3 7 8) eordatis vel lanceolatis , rariiis linearibus , infcriiis rd- losis , super ne sœpi'us glabris. Flores in axillis Joliorum superiorum vel braclearum solitarii, spicati vel panicu- lati , pube brevi tecli. Genus dicavi cl. Soulange, è Societate rëgi'â agricultures parisiensis , atque Societate pbilomaiicâ , qui culturà plan- tarum rariorum magis perfectâ , vegetabiliumque utilium introductione , de re herbariâ benè meritus est. Hujus g^neris , habitu et structura floris ab aliis Phylicis maxime distincti , sur.t specics sequentes ab omnibus auctoribus inter Phylicas enumeratœ, scilicet : i. Soulangia axillauts ( Phylica axillaris Lamk. ). — a. SouLAHGrA olejefolia ( Phylica oleœfolia Vent. ). — 3. Soulakcia thymifolia {Phylica thymifoliaYent. , Mal., t. 57). — 4- Soulangia panicu- lata [Phylica paniculata Willd. Phylica myrtifolia Lamk. , Enc,']. — 5. Soulangia dcxifolia ( Phylica buxifolia Linu. ). — 6. Soulan- cia cordata ( Phylica cordata Linn. ). GOUANIA Linn. Car. diff. Calyx tubo adhsereiile , liinbo sub-patenic» 5-Gdo. Petala convoluta vel cucullala. Slamina inclusa, antheris ovatis , bilocularibus. Discus epigynus, penta- gonus, vel slellatus. Ovarium calyci adnatum trilocu- ' lare. Stylus iriudus. Fructus inferus, trigonus vel tria- latus, tricoccus, coccis disjunctis, indehiscentibus, co- rxaceis. Semina sessilia. Car. mat. Calyx, tubo obeonico vel urceolato, ovario adnato ; liuibo patente vel sub-patente , 5-fido , lacinits ovatis, acutis, membranaceis. Petala 5, alternai, brève unguiculata , apice emarginata, convoluta vel cucullata , jnembranacea vel subcoriacea. Stamina petalis inclusa , ii- lamentis subulatis, basi coniplanatis , ad apiccin in eut; vis Antheraî ovatse , biloculnres, parte superiori conneclivi ad apicem acutum fdamenti suspensa;, introrsa; ; loculis paral- lelis, rima longitudinali debiscentibus. Discus epigyuus , carnosus, vel pentagouus ad faueem calycis lhnitatus (in G. smilacind), vel in plerisquc stellatus, lo!>is liliens, ( 3 7 9 ) ac.ulis , expansis, laciniis calycis oppositis ncc adbcerennbus. Ovarium tubo calycis adnalum et œquale , primo pavvum, ovatum, deinclè ampliatuni, elliptico- trigonum, supcriùs coarctatum , calyce coronatum , triloculare, loculis niono- spermis; ovulo erecto, sessili. Stylus profun.de trifidus. Fructus ovato - trigonus vel trialatus , tiicoccusj ala? marginibus adbfcrentibus coccorum productaj , ad maturi- tatem bipaçtitœ ; cocca disjoncte indebiscentia , ad margi- irem bialata , spongioso-coriacea , monospernia. Senien ses- sile , lœve , bine. angulatum ; indè couvexuni. Testa co- riacea , dura , interiùs rapbe laterali notata. Tegumcntnin interiùs ( nuelci membrana ) superiùs testa? adnatum , infe- riùs liberum , acuminalum. Endospermium tenue, carno- sum, tlavescens. Embrjo semini acqualis et subconforjms, planas, flavescens; cotyledonibus maximis appîicatis; radi- cu!à brevi inferiori, Fruùces plericjue scandentes , l'anmlis scepè abortr m— dis , cirrhiforniibus • foliis aliernis penninerviis , un vis inferioribus majovibus arcuatis, subtriplinciviis , décatis, subpubescentibus , basi stipulatis ; flores abortu sa'pb po- ly garni , in ramidis midis glomcralo-spicati , rariùs ad axillas foliorum bracteœformium wnbcilati ( in G. smiia- cinâ). Obs. i . Gouania smilacina Smith, iu Rees Cyclop. ( V. iu herb. el. Kunth) ab aliis spcciebus recedit , calycis laciniis rnarginatis, margi- nibus ruembranaceis, in pra:f!oratioue applicatis , cristas 5 eiïortnanti- bus; disco non stcllato , sed pentogono, ultra faucem calycis non ex- tenso; et inflorescentià urubellatà in axillis foliorum superiorum. Obs. ii. In pluribus hujus generis spcciebus, praescitini asiulicis et mauritianis , flores abortu polygami observantur , neinpè : flores, aliî masculi, ovarium parvum aborturn continentes; alii hermaphrodili , petalis, staminihus pistilloque perfectis prrediti. In specimine spèciei G. mauritianœ aflinis , ex Java (i), structurée normalîs ahcrratiom-r.i uotatioue diguam observavi. Flores masculi à floribus aliaram specie- (i)Gouakia oetcsifolia ( Vent. , Mss. in herb. ) , erecta , ferrugi- neo-vitlosa , foliis elliplicis vel ovatis , obtusis , creuatis , iulïà vilkkSH , suprà subpubesceiilibus ; floribus longé :;picalis; spicis simplicibus , cirrhum unicum et simplicem versus basim emittentibu:; , iuterruptis. , glcraerulis florum bracteà setaceâ sulïult.is. l'iuclus trialali, alis seijii- circularibus. Uni. in Java. (La Haye , in bob. \\u!< r .' ( - : s° ) i uui nullo modo difteiebanl ; sed flores hcrmapliroditi petahs '-ai-chant, et stamina deeem , 5 laciuiis calycis alterna , longiora, 5 opposita lue viora , 'ostendebant. Discus vix dislinctus , anuulumquc pilosiusculuin ad basini stauiiuum efTormans , in lobis stellœf'ormibus non expansus erat. An hœc structura, in unico specimiue visa , buic speciei sit pro- pria , vel moustruosa aberratio hujus speciminis , uescio; sed liàc ob? servatioue constat stamiuum numerus in Rhamneis ad decem perveuiru posse , nec plantse decandraî , si aliis notis congruerent, è fumiliâ ex- cludendae. Obs.iii. Gouania: species , quarum majorera partem in herbariis frustra quoesivi, in très sectiones distribui possc niilii videntur , sci- licet : * Disco non stellato. Gouania smilacina Smith, et forsàu aliae species brasili'enscs roilii ignotœ. ** Disco stellato ; floribus herniaphrodicis. — Amerlcance. Gouania domingensis L. — Gouania striata Rich. *** Disco stellato ; floribus polygamis. — Asiaticœ. Gouania tiliœjblia Laink. — Gouania mauriliana Lanik. — G, leptostachya Dec. CRUMENÀRIA Mart. , Nov-. gen. , Bras. , n , p. G8. Cau. diff. Calyx campanulatus, 5-fidus, supernè co- loratus , tubo iiiferiùs ovario connato. Petala cuculli- formia. Slamina antheris bilocularibus , inclusis. Stylus unicus. Stigmata tria. Capsula calyce adnato lecla , pa- pyraceà, tricoccà ; coccis margine alatis, monospermis , receptaculo centrali triparti to filiformi affixis. Car. nat. Calyx monophyllus , infernè ovario connatus, supernè campanulatus liber et albo coloratus ; limbo 5-fido, laciniis ovatis , prœfloratione imbricata (?). Petala 5, peri- pyna, calycis limbo in commissuris laciniarum inserta , ideôque cum calycis laciniis alterna, minuta, cucullata , stamina recipientia. Stàmina hypopetala ; filamentis lili- formibus ; antheris subglobosis, locellis sihi approximatis , ( 38i ) ♦ t nietlio secundùm longitudincm bivalvibus , pollinc mi- nutissimo, globoso-elliptico , longiludinaliter rimoso, far- ctis. Ovâiïum globoso - siibtrigonum , cum calyce fundo àrctè connalum coque tectum. Stylus è vertice ovarii bre- vis , cylindricus. Stigmala tria patcntia, oblonga, glandu— losa. Fructus • capsula tricocca, calyce ubiquè tecla. Cocca papyracea , sicca, exteriùs convexiuscula, obeordata , et alà marginali cincta , intùs bifacialia , et in ipso convexi- tatis medio sulco verticali insculpta , cui crus filiforme ap- plicetur receptaculi coccorum centralis tripartiti. Semen in quovis cocco unicum, obovatum, basi acutiusculum ; testa cornea , nitida. Membrana interna arctè adbaerens , subfa- vinacea , lactea , atque quasi albuminis , quod deest , vices gerens. Embrjro erectus , carnosus ; radicula cylindrica , obtusa, parte superiore latens iutrà cotyledones bine con- vexas, indè planas, crassiusculas, suborbiculares; plumula inconspicua. Unica species cognita : Crumenaria decumbens (Mart. , l. c. , t. iGo), planta minuta, anaua, ramis patulis , decumbens; folia al- terna , peliolata , cordata , integerrima , stipulis gemiuis instructa ; flo- res minimi, albi , in pedunculis axillaribus articulatis, solilarii vel ge- mini. Habitat in herbosis , ad margines sylvarum , super solum arenosum. Lat. 8° austr. , in mediterraneis Brasilia;. Genus à Gouanid non differt, nisi calyce campanulato, tubo snpernè libero , discique defectu. A Rhamneis omnibus caule annuo, herbacco, pusillo , decumbente , discrepat. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche xn. I. Paliurus aculeatus Lamk. A, fleur entière; B, fleur coupée longiludinolement ; C , pétale vu de profil ; C , le même vu de face ; D , éta- mine vue de face; D', la même vue par derrière; E , coupe longitudinale de l'ovaire cl du disque; F, fruit; G , coupe longitudinale du fruit; Z/V, coupe transversale du même; /, graine; K, graine coupée perpendiculai- rement aux cotylédons; L, la même coupée parallèle- mentaux cotylédons. ( 38 2 ) II. Zizvpîius vur.cur.is Latnk. A , fleur entière; B , fleur coupée loppiudinalcmenl ; C, pé- tale vu de profil ; C , le même vu de face; D, élamine vue de face; D' , la même vue par derrière; E , coupe longitudinale de l'ovaire déjà assez développé; F, ovule ; G, coupe de l'ovule; i, testa; 2, membrane interne; 3, amande; 4> cordon ombilical; 5, micropyle; H } coupe longitudinale du fruit; 1 , graine; K , coupe longitudi- nale de la graine. III. Condalia MicnoPHYLLA Cavan. A , fleur entière; B , coupe longitudinale de l'ovaire. IV. Vextilago madiuspatana Geerln. A, fleur entière; B, coupe longitudinale de l'ovaire ; C , pe'lale ; D, étamine vue antérieurement ; D' , la même vue postérieurement ; E, ovaire à moitié développé; F, fruit; G, coupe longitudinale du fruit. Planche xtn. I. Bf.UCHEMIA FLOr.IBUXDA. A, fleur entière; B, coupe longitudinale de la fleur. C, pélale et étamine; D, étamine isolée; E, coupe longitudinale du fruit; i, péricarpe; 2, testa j 3, en- dosperme enveloppé par la membrane de l'amande ; 4 , embryon ; F, embryon dont on a enlevé un cotylé- don. II. SaGERETIA OPr-OSlTIFOLIA. A, fleur entière; B, coupe longitudinale delà fleur; C, péule; D , étamine; E , style et stigmates. III. Rhamnus alaternus L. A , fleur mâle entière ; B , coupe longitudinale d'une fleur maie; C, étamine non ouverte, vue antérieurement; C , la même vue postérieurement; D, étamine dont l'anthère est ouverte ; vue de profil ; E, pollen sec ;Zî" ; le même mouillé; F, coupe longitudinale d'une fleur fe- melle; G, élamine avortée; //, coupe longitudinale d'une des loges de l'ovaire ; /, fruit ; K , une graine vue par la face externe; K ', la même vue par sa face interne; L y coupe longitudinale d'une graine; \, testa; 2, en- dosperme; 3 ; embryon; M , embryon entier vu par sa ( ^83 ) face convexe; M' , le même, dont on a enlevé un coty- le'don. ÏV. IlHAMNUS CATHAr.TICUS L. A } fleur mâle coupée longiludinalement; B, coupe longi- tudinale d'un ovule déjà fécondé et assez développé; i. testa; 2, amande; 3, sac de l'ainnios ; 4> ouverture des légumens et mamelon d'imprégnation de l'amande; 5, cordon ombilical; 6, chalaze ; C, coupe transver- sale du même ovule; i } vaisseaux nourriciers formant le raphé; 2 , couche fibreuse du lesta; 3, tissu spon- gieux du lesta ; 4, amande ; 5 , sac de l'amnios. V. Rhamnus frangula L. A, fleur entière; B, coupe longitudinale de la f ir , C, ovule coupé longitudinalemenl ; i 5 testa; 2 . ■ - brane interne ; 5, amande;/?, coupe iongitudii -'; ovule déjà assez développé; 1, couche fibreuse d ; 2, vaisseaux nourriciers; 3 , couche celluleuse ilii . la; 4., chalaze; 5, membrane interne; 6, parenchyn e le l'amande ; 7, sac de l'amnios; 8, embryon; 9, cordon ombilical; E, coupe transversale du même ovule; F, graine entière; G, la même coupée longitudinale- menl ; H, embryon dont on a enlevé un cotylédon. Planche xiv. I. Colletu HonniDA'Vent. a, rameau florifère ; A, boulon; B, fleur entière ; C, coupe longitudinale de la fleur ; D , élamine vue de face; D' , la même dont l'anthère est ouverte; D" y la même vue par derrière; E , portion du calice et du disque; F, stig- mate; G, coupe longitudinale de l'ovaire; h, fruit; Zf, coupe longitudinale du fruit; I , coupe d'une graine •parallèlement aux cotylédons ; K, coupe transversale de la même. II. Retanilla obcokdata. A, iM.neau florifère; B, fleur entière; C, pétale vu de face; C', le même vu de profil; D, étamine fermée; /)', la même ouverte; E, coupe longitudinale d'une fleur; F, coupe longitudinale de l'ovaire; g, fruit en- tier; G, le même coupé longitudinalemenl; H, graine; /, la même coupée parallèlement aux cotylédons. ( 33 4 ) 111. CmTTANnr.A amara Smilli. a, rameau florifère; B, fleur entière ; C , pétale; D , éla- mine vue de face; D' , la même vue de profil; D" , la même enveloppe'e par le pétale; E , coupe longitudinale d'une fleur; F, fruit enlier du Cryptandra pyrami- dnlis R. Br. ; G, le même coupé longiludinalemenl ; H, un ovule déjà développé. Planche xv. I. ScUTIA CoMMERSONII. A , fleur entière; B , la même coupée longiludinalemenl ; 6\, pe'tale et élaminp vus par derrière; Z>, coupe de l'o- vaire déjà de'veloppe'; E , ovule; E, fruit. II. Hovenia dulcis Thunb. si , fleur entière; B , la même coupée longitudinalemenl ; C, pélale enveloppât l'élamine; D } coupe de l'ovaire; E } fruils porlés sur des pédoncules charnus. III. CoLUBRINA FEI'.r.UGINEA. A, fleur entière; B , coupe longitudinale d'une fleur; C, pétale; D y élamine; E , fruit; E, une des coques ouverte et contenant une graine; G, graine entière; H, la même coupée longiludinalemenl; i, cordon om- bilical; 2, testa; 3, membrane interne; 4> mamelon d'imprégnation; 5, embryon; /, coupe transversale d'une graine; i, lesta; 2 ; membrane inlerne; 3 ; en- dosperme ; / l; embryon. IV. Cëanothus azureus Desf. A , fleur entière; B, étamine vue de face; B' 3 la même vue de profil ; C , coupe longitudinale de l'ovaire; Dj ovule; E , fruil; F, graine ; G, coupe transversale d'une graine. Planche xvi. I. Willemetia africana. A , fleur entière; B , la même coupée longitudinalemenl; C , pélale vu de face ; C' , le même vu de côlé ; D , éla- mine vue de face; D' , la même vue de profil. II. Pomaderris apetala I.abill. A , fleur entière; B , la même coupée longiludinalemenl; ( 385 ) C, étamine ; D, stigmates ; E, coupe du fruit ; F, graine avant la maturité; G, ut) des poils qui couvrent le ca- lice. III. GOUANIA TIUjEFOLIA J .Ulllk. A , fleur mâle entière} B , coupe longitudinale de la même; C, coupe longitudinale d'une fleur hermaphrodite; D, pétale enveloppant une étamine; E , pétale vu de face; F, étamine vue de côté; F', la même vue par derrière; G, coupe d'un fruit non mûr; H, fruit entier du Gouania domingensis L. ; /, une coque isolée du même vue intérieurement; K , une graine de cette es- pèce coupée longitudinalement; i, lesta; 2, endo- sperme; 3, embryon ; L , la même coupée transversale- ment ; M , fragmens du calice ; du disque, un pétale et une étamine du Gouania slriata Rich. ; N, portion du calice et du disque staminifére des fleurs hermaphrodites du Gouania obtusifolia Vent. Planche xvn. \. TntCHOCEPHALUS STIPULAIUS. A, fleur entière; B, la même coupée longiludinalemenl; C , étamine et pétale vus de côté; D _, les mêmes vus de face; F, ovule; F, fruit; G, coupe longitudinale du fruit; H } coupe longitudinale d'une graine. II. Phylica plumosa L. A, fleur entière; B, coupe longitudinale de la même; C, pétale avec l'étamine qu'il enveloppe vu de profil; C' } pétale vu de face; D , étamine vue de face; D' , la même vue par derrière; E , fruit; F, coupe longitu- dinale du fruit; G, graine entière; H , coupe longitu- dinale d'une graine. III. SoULANGIA AXILLARIS. A, fleur entière; B, coupe longitudinale d'une fleur; C, pé- tale vu de face; C , le même vu de profil; D , étamine vue de face; D' ', la même vue par derrière; E, coupe longitudinale d'un ovule déjà assez développé; 1, cor- don ombilical en forme de cupule; 2 } lesta; 3, mem- brane interne; l t , tissu de l'amande; 5, sac del'amnios; 6 , embryon; F, coupe transversale d'un ovaire eu partie développé; G, portion de la coupe transversale «l'un X. 25 ( 386 ) ovule déjà développé j i, couche fihreu.se do testa} 2, couche interne et parenchymaieuse du lesla ; conlenant les vaisseaux nourriciers ; 5 ; inemhrane interne j f\ , pa- renchyme de l'amande ; f>, sac de famiiios; H , fruit en- tier j /, le même coupé longitudmalemenl ; K , coupe longitudinale d'une «raine. Notice sur les Mines d'or et de platine des monts Ourals ; Par M. N. J. Menge. Nischnin-Tagil est une fonderie, ou comme on s'ex- prime dans le pays , «ne Sawode ( dénomination qui comprend en même temps une fonderie et une mine) située à quarante lieues de distance, au nord de Catha- rinenbourg. Cette Sawode est la propriété du conseiller Nikolai Nikititsch Demidoff, et a été fondée en 17 25 par le conseiller d'état Aknifî Nikititsch Demidoff. Ce ne fut que peu à peu qu'on trouva autour de la montagne de fer magnétique qui s'élève à quatre cents ou cinq cents pieds , près du bord de la rivière Tagil , la quan- tité de métaux qui ont élevé la Sawode à un tel degré de richesse , qu'aujourd'hui elle peut fournir annuellement près de quatre cents mille pud (environ cent-cinquante mille quintaux) de fer-, vingt-cinq à trente mille pud de cuivre, quarante pud d'or et sept à quatorze pud de platine. Ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que les minerais de fer se trouvent à quelques centaines de pas de la fonderie, les minerais de cuivre dans le village même et plus près encore de la fonderie , et qu'à une demi- lieu de la couche de minerai de fer il y a un lavoir (38 7 ) qui fournit une livre d'or par semaine. Le tout est situé au milieu d'une foret, ensorte que tout , l'eau , le bois , les métaux, les fourneaux de fonderie et les hommes, se trouvent réunis dans un petit espace. La Sawode a mille sept cents maisons avec dix mille babitans. Trois autres Sawodes plus éloignées tirent encore leur minerai de la montagne magnétique déjà mentionnée. En arrivant ici en automne dernier, mon premier soin fut de reconnaître les rapports géognostiques du pla- tine ; je venais de voir les lavoirs d'or de Beresofj'sky et de Werch-Newinsky . En conséquence je me rendis aussitôt avec l'économe des lavoirs de Nischnin Tagil , dans l'Ural à quarante-cinq werstes (six lieues ) de cette Sawode, dans un endroit où l'on avait découvert du platine deux mois auparavant. De là , pour observer les formations voisines du côté occidental de l'Oural , je me rendis aux forges de Wistimoschaitansky et d' Utinskoi. Cette dernière est située sur la rivière Utka qui sert au transport des caravannes naviguantes par lesquelles ces richesses métalliques sont expédiées à Saint-Pétersbourg. Là je trouvai sur le bord de YUtkale schiste argileux primitif (Ur- Thonschiefer) avec de nombreux filons quarzeux , se dirigeant du nord au midi et s'inclinant vers le levant. La crête de l'Oural consiste en serpen- tine , paitout où je l'ai vue. Presque au milieu de cette crête , au pied occidental de la montagne Pugina , s'é- coule vers l'ouest dans Y Utka, une petite rivière peu profonde et nommée Suehowissim et dans le même en- droit où le Pugina formé de serpentine s'est superposé au steaschiste primitif (Ur-Talkschiefer) , on voit pa- raître , immédiatement sous la terre végétale , dans le ( 388 ) steaschiste décomposé et efflorescent , à trois ou quatre pieds de profondeur, une quantité de platine accompagné d'or et rarement de plomb natif. Quarante quintaux de cette terre talqueuse dorment souvent une demi-livre de platine et d'or. Le steaschiste se compose pour la plus grande partie , de quarz gris de fumée et de talc lami- naire ordinaire. J'ai souvent cru découvrir des traces de platine dans le quarz gris de fumée , mais faute d'une loupe je n'ai pu les distinguer bien clairement. La ser- pentine contient beaucoup de grains et de cristaux de fer magnétique; la serpentine efflorescente n'offrit, après une fouille qu'on y poussa, que du platine en petite quantité sans or. Sur le côté oriental de la montagne Pugina,^ la serpentine se montre d'abord sous forme de gabbro , composée de feldspath et de diallage ; plus loin elle passe au Diorile (giiinslein) primitif (composé de feldspath et d'amphibole). Dans la dernière de ces régions à trente wcrstes plus au nord, le long de la crête de l'Oural, près de la forge de Baranschah, appartenant à la Sa- wodede Kuschwinski , on retrouve le platine à un bien plus grand état de pureté que celui de Wissimshy . Au nord-est de Kuscheva près de Nischnin-Turah , le pla- tine se trouve au contraire sur de la pierre calcaire bleue dans du porphyre vert décomposé. Je ferai ici une courte mention du Garobladogat , montagne très - remarquable de fer magnétique sem- blable à celle de Nischnin - Tagil , et s'élevant du Diorite primitif dans le voisinage de Kuschwa ( à sept lieues au nord du premier endroit) , à une hauteur de quatre cents pieds. Sur une halle de la mine j'ai trouve une quantité de sodalite compacte; en exaroi.. ( 38 9 ) liant de plus près , j'y découvris aussi la sodalile cristal- lisée, très-rarement en dodécaèdres , mais le plus souvent en trapézoèdres et accompagnée de pyroxène. Sur le côté du couchant de la montagne , se trouve une pierre amygdaloïde , consistant entièrement en une masse de grenat avec des amandes de spath calcaire, et des es- paces vides avec des cristaux de scapolite. J'ai fait dernièrement une excursion sur les bords d'une petite rivière nommée Witjui ( à trois lieues d'ici ) et qui ne coule pendant une espace de plusieurs lieues que sur un lit d'ophite et de serpentine. Comme à l'or- dinaire , les roches de ce lit sont décomposées sous la terre végétale à plusieurs pieds de profondeur par le moyen du lavage. On a retiré depuis quelques années , de cette serpentine décomposée , et accompagnée d'o~ phite , près de dix quintaux d'or natif. La couche tal- queuse aurifère est plus riche immédiatement sous la terre végétale qu'à une plus grande profondeur , et ne contient , outre la terre talqueuse verte , que des grains et des cristaux de fer magnétique , et un limon de fer mi- cacé qui reste avec l'or lors du lavage, et quelquefois un grain de platine. Cependant la terre talqueuse contient aussi de petits fragmeus de quarz qui indiquent de pe- tites branches de filons quarzeux traversant la serpen- tine. Jusqu'ici je n'ai vu que de l'or dans les petits fi- lons de Diorite avec des pyrites ferrugineuses dans les veines des filons quarzeux qui aboutissent au jour, traversent le steaschiste ou le schiste argileux et con- tiennent également du fer sulfuré transformé cependant ordinairement en fer oxidé. On observe en général , dans l'Oural, que plus l'or est abondant, plus aussi le ( 3 9 o ) fer sulfuré est transformé en fer oxidé. On n'exploite les mines d'or qu'à Bcresojffskj et à Newiansky , où ce métal se rencontre dans des filons qnarzeux traver- sant le sleaschiste , et accompagné de pyrite ferru- gineuse , transformée en partie en oclire de fer. Dans toute la partie de l'Oural que j'aie vue , c'est-à-dire depuis Katharinenbourg jusqu'à Bogoloffsk , dans une étendue de soixante -dix lieues du sud au nord, la magnésie est essentiellement prédominante dans les chaînons métallifères de ces montagnes. 11 n'y a que les. ;) i*nines de cuivre qui paraissent' dans le voisi- nage des couclies de calcaire primitif, ou entre ces der- nières et le schiste argileux , ou le steaschiste primitif, comme cela a lieu à Poleffskoy (à cinquante wers- tes au sud de Katharinenbourg) ou dans le Diorite, comme à Bogosloffsk. Dans ce dernier endroit on ob- serve avec le calcaire primitif des couches de grenats en roche , entre lesquels le minerai de cuivre s'est dé- posé sous forme de nids et de rognons. La maguésie ne se montre pas seulement dans les roches talqueuses , mais aussi avec la chaux carbonatée , en filons et en couches sous forme de spath magnésien. C'est ainsi que dans la mine de P reobraschenski près de Beresowsk lés filons quarzeux aurifères sont souvent remplis du spath magnésien qui prend la place du quara et ne diminue point la quantité de l'or. J'ai reçu de Preobraschenskoy une quantité considé- rable de plomb chromaté dans laquelle j'ai trouvé outre les cristaux décrits par M. Léonhard , huit modifica- tions différentes. Il y avait de plus un grand morceau massif de chrome oxidé pur , qui se rencontre quelque- ( 3 9 i ) foîs eu nids avec le plomb chroma té. Les rhomboèdres du plomb chromaté m'ont paru remarquables comme ayant pris , sous for:ne de pseudo-cristaux, la place du spath magnésien , de même que le plomb sulfuré y est aussi remplacé par le plomb carbonate (ou sulfaté) ? Be- resowsk est sous tous les rapports un point intéres- sant dans l'Oural. La masse de sa formation consiste en steaschiste, terrain bordé des deux côtés (E. et O. ) de serpentine et coupé par une infinité de filons quar- zeux plus ou moins aurifères. La remarque qu'on trouve dans le Manuel de M. Léonhard (p. 24°" ) ■> « <ï ue Pallas a trouvé du plomb rouge dans des collines de grès et d'argile » est en tout cas fort douteuse , vu qu'on trouve dans beaucoup d'endroits de l'Oural du plomb chro- maté , mais seulement dans le steaschiste, le talc ollaire, ou en général dans des roches talqueuses , tan- dis que le grès ne se rencontre point dans l'Oural . au moins dans le nord de Katharinanbourg . Il est vrai que le steaschiste prend souvent un aspect granulé par sou mélange avec des grains de quarz et par l'excès de calcaire magnésien , et qu'on lui a donné pour cette cause une foule de noms ( Bérésite, Hermanite , etc. ) Mais d'où viendrait le grès, la ligne O. de l'Oural con- sistant en schistes argileux primitifs , la crète en ser- pentine , et toutes les hauteurs du côté du levant en roches feldspathiques et talqueuses. A la vérité, une ligne de granité profondément située, termine tout l'é- difice de l'Oural dans lest; mais cette ligne tombe dans la grand plaine de la Sibérie et s'élève à peine dans peu d'endroits en collines de quelques centaines de pieds de hauteur. De sorte , (pie dans l'Oural en général , la ligne granitique qui se prolonge sur la lisière de l'est de celte chaîne , dans une étendue de plus de deux cents lieues , du sud au nord , n'offre que peu de points , par exemple Miask , Mursinsk et autres où l'on recherche des pierres précieuses, telles que des améthystes, des topazes, des béryls, etc. Tout est encore caché sous des forêts et sous des ma>- rais. J'ai été à Mursinsk pendant deux jours, au milieu du mois d'octobre , lorsque l'hiver commença ; ce qui m'empêcha de faire des recherches pour trouver des pierres précieuses. Les espèces de granité que j'ai re- cueillies , contiennent plusieurs espèces de feldspath , du grenat trapézoïdal , de la topaze et de la tourmaline. De TVerchoturin jusqu'à Mursinsk je ne passais presque que sur du granité ; je ne trouvai du Diorite qu'à Alo- paewsk , et je le quittai de nouveau près de la Sawode de Susanski, qui fait partie d' Alopaewsk ,- endroit où commence déjà le granité graphique de Mursinsk. J'ai visité le lavoir de Tscheremschanskoy Priisk , au côté nord de la montagne de fer magnétique , et à ma nou- velle surprise , j'ai trouvé que celte montagne appartient à la formation de syénite et que l'or s'y trouve dans la syénite décomposée à lair , ce que j'avais déjà vu aussi à Werx-Newinsky . L'or se trouve-t-il dans la formfion granitique ? Quant à moi j'en doute beaucoup et je n'en ai pas encore vu de preuve. Il est remarquable que, dans tout l'Oural , on ne rencontre des couches tal- queuses ou argileuses aurifères que dans 1 es petites ri- vières ou dans les coupes des montagnes qui se dirigent de l'est à l'ouest , par conséquent seulement dans les vallées transversales. Ceci peut dépendre de ce que ces (3 9 3) petites rivières coupent dans leur cours diverses petites veines quarzeuses aurifères , et en reçoivent ainsi l'or par suite delà décomposition superficielle de ces veines. Aussitôt qu'il me sera possible, je tracerai une carte topographique de la partie de l'Oural qui m'est con- nue 5 cette chaîne de séparation entre l'Europe et l'A- sie est trop intéressante pour ne pas mériter d'être mieux connu des minéralogistes. On peut dire que la chaîne de l'Oural réunit en elle les Alpes et l'Erz- gebirge. Souvent , lorsque je me voyais entouré de syénite, de stralile , de talc laminaire vert, de chlo- rite , etc. Je me croyais tout-à-fait transporté en Suisse , mais tout d'un coup on se retrouve au milieu de schistes métallifères. La nature propre à la Suisse, manquait presque totalement, car on voyait très -ra- rement des montagnes nues ou escarpées , mais des contrées qui rappelaient la forêt de Thuringe , quel- quefois l'Odenwald et quelquefois la forêt noire. Les groupes de montagnes les plus élevées ressemblent au Harz. Malgré les nombreuses régions marécageuses que renferme le pays plat couvert de bois et entrecoupé de col- lines, le climat est extrêmement sain. Nous avons eu ici plus de trente degrés de froid, mais je m'en suis moins ressenti qu'en Allemagne de dix degrés. Le ciel presque constamment serein, l'air le plus pur ; peu de vents, point de brouillards , point d'humidité incommode , toutes choses fort singulières dans un pays couvert de forêts , m'ont rendu fort agréable l'hiver que j'y ai passé. ( Zeitschrift Jîir Minéralogie, septembre 18*6.) ( 3 9 4) Rapport sur deux Mémoires de MM. Audouin et Milne Edwards , contenant des Recherches anatomiques et physiologiques sur la circula- tion dans les Crustacés; ( Fait à l'Académie des Sciences , séance du 19 mars 1827. ) Par MM. Ctjviiîr et Duméril. M. Cuvier et moi avons été chargés par l'Académie , dans ses séances des 1 5 janvier et 5 février derniers , de lui faire le Rapport que nous avons l'honneur de lui présenter aujourd'hui. Les auteurs qui avaient écrit le plus récemment sur la structure des animaux de la classe des Crustacés, avaient commis de grandes erreurs en voulant combiner , dans les notions qu'ils ont donné des organes circula- toires et respiratoires , ce qu'avaient incomplètement aperçu Willis, Porti us , Swammerdam , Roessel, et ce que) l'auteur des Leçons d'Anatomie comparée y avait consigné d'exact sur ce sujet. C'était donc un point de l'a na tonde et de la physiologie comparée qui appelait dé nouvelles recherches \ car il fallait constater d'une ma- nière positive le véritable mode de la circulation , et la distribution détaillée des vaisseaux artériels et veineux dans cette classe d'animaux. Cependant, pour éclairer de nouvelles lumières cette partie de la science , on ne devait pas se borner à l'élude auatomiquc dune seule espèce; il fallait en outre se pro- curer des individus dont les parties ne fussent pas trop euroidies par les procédés employés ordinairement pour ( 3 9 5 ) leur conservation dans nos Musées. Il devenait donc in- dispensable , pour ces sortes de recherches , de se trans- porter sur les bords de la mer, afin de s'y procurer plus facilement des individus des genres et des ordres les plus différens par leurs formes et par leur structure. C'est dans ce but que les auteurs du Mémoire se sont rendus à Granville , sur les côtes de la Manche , où ils étaient assurés de se procurer, et où ils ont recueilli en effet les matériaux du grand travail qu'ils ont soumis à votre jugement. Nous ne suivrons pas complètement l'ordre adopté par ces Messieurs dans l'exposé qu'ils vous ont fait de leurs recherches. Leur premier Mémoire se compose de l'histoire chro- nologique des connaissances acquises ou des opinions émises sur la circulation dans les animaux de la classe des Crustacés , et surtout des détails très-circonstanciés des expériences qu'ils ont faite pour découvrir chez ces animaux , encore vivans , le véritable mode de leur cir- culation. Le second Mémoire comprend la partie anatomique et la description des organes circulatoires en particulier : il est accompagné de vingt dessins de grandeur natu- relle , dans lesquels les distributions des vaisseaux sont représentés en couleur , d'après des espèces qui appar- tiennent aux ordres principaux des Décapodes à queue courte et longue, et des Stomapodes. Il résulte de cet examen comparé , présenté avec les plus grands détails , que la circulation dans la plupart des Crustacés astacoïdes s'opère de la manière suivante. Le sang ou l'humeur qui est mise en mouvement par ( 3 9 6) les contractions d'un cœur volumineux , y arrive par deux gros vaisseaux branchio- cardiaques , dont l'orifice est garni de soupapes ou de valvules qui s'opposent à la rétrogradation de ce sang. Six vaisseaux principaux sortent du cœur et peuvent être considérés comme de véritables artères : trois de ces troncs sont destinés à la partie antérieure, pour les yeux , les antennes et les par- ties voisines; deux moyens se dirigent en dessous, dans les lobes du foie. Enfin le sixième , qui est le plus con- sidérable , forme sa véritable aorte qui se distribue sous toute la poitrine, dans l'abdomen et dans toutes les par- ties postérieures du tronc et des membres. Dans tous ces Crustacés , les veines sont d'une ténuité extrême •, elles paraissent provenir des extrémités des artères , mais leur tunique semble ne consister qu'eu une membrane déliée , fixée au tissu même des organes que ces veines traversent , à -peu-près comme cela a lieu dans les tuniques de la dure-mère chez les Mammifères, et comme l'un de nous les a observées constamment dans plusieurs espèces de poissons cyclostomes. Cette disposition particulière des veines les rend fort difficiles à disséquer, et ce n'est qu'en les insufflant ou en les in- jectant avec des liquides colorés que MM. Audouin et Milne Edwards sont parvenus à les rendre sensibles à la vue. Toutes ces veines ramifiées aboutissent , soit à un , soit à deux sinus ou réservoirs communs pratiqués dans l'épaisseur des pièces qui composent le thorax et qui soutiennent les membres. Ces sortes de golfes sont pro- tégés par des lames osseuses ou erustacées très-minces , qui forment comme des cellules communiquantes entre ( 397 ) elles , et c'est de là que naissent ou se détachent les veines ou vaisseaux qui s'introduisent sur la face externe des branchies par leur base. Enfin, des ramifications et des terminaisons de ces mêmes veines afférentes qui , comme on le voit , font l'office d'artères , en naissent d'autres qui longent la face interne des pyramides branchiales , et deviennent les vaisseaux efférens par lesquels le sang est conduit au cœur, où ils n'aboutissent qu'après s'être réunis en un seul tronc garni , comme nous l'avons dit , de valvules qui s'opposent au retour du sang au moment où le cœur se contracte. Voilà à-peu-près le mécanisme que l'inspection ana- tomique aurait indiqué , mais que ces Messieurs ont dé- montré de la manière la plus positive, et par leurs re- cherches, dont ils ont figuré le résultat, et par leurs expériences , dont nous relaterons bientôt quelques- unes. Il résulte de ces recherches anatomiques, que MM. Au- douin et Milne Edwards ont tout-à-fait démontré le mode de circulation dans trois grandes familles de l'ordre des Crustacés 5 qu'ils ont ainsi relevé plusieurs erreurs consignées dans des ouvrages d'ailleurs très-estimables ; qu'ils ont démontré d'une manière positive le mode de circulation branchiale que l'auteur des Leçons d'Anato- mie comparée avait indiquée ; enfin , ils ont les premiers parfaitement apprécié les usages des sinus veineux , qui .ont la plus grande analogie avec les appendices de même nature que le même M. Cuvier avait observés dans les Mollusques céphalopodes, et en particulier dans le Cal- mar. ( 3 9 8) Quant aux expériences physiologiques exposées dans la première partie du Mémoire, elles sont sûrement im- portantes , et peut-être ont-elles aidé les auteurs dans la découverte des faits qu'ils ont si bien fait connaître ; mais le résultat n'en pouvait être déduit et bien conçu qu'après les recherches anatomiques. Elles sont au nombre de quatre principales. Dans la première, il a été constaté que le fluide tiré à l'aide d'un chalumeau de verre delà veine afférente ou externe de la branchie , empêchait le tube vasculaire, qui en for- mait la continuation, de se remplir de nouveau. La se- conde, plus propre à la démonstration, consistait à introduire dans les vaisseaux branchiaux de l'animal vivant, quelques bulles d'air dont la progression en sens inverse, suivant la nature du vaisseau , a démontré le cours du sang. Introduit dans le vaisseau allèrent , l'air ne sortait pas de la branchie-, injecté dans la veine afférente, au contraire, la bulle de gaz cheminait jus- qu'au coeur. Dans la troisième expérience , exposée avec beaucoup de détails , on voit qu'un liquide coloré en noir, injecté par la veine efférente des branchies , par- vient au cœur, et que poussé plus loin par la contrac- tion de cet organe, il pénètre dans tout le système gé- néral des artères. Enfin , la quatrième expérience a prouvé qu'un liquide coloré introduit dans le golfe ou sinus veineux , a pénétré de là aux branchies à l'aide des veines afférentes. Tels sont les faits positifs que contiennent ces Mé- moires intéressans , et dont il est à désirer que la science puisse bientôt profiter. Nous proposons en conséquence ( 399) à l'Académie d'adopter ce travail pour le faire insérer parmi ceux des savans étrangers (i). Signé le baron CUVIER , DUMËR1L. Mémoire sur un Insecte diptère du genre Bolitophile ; Par M. E. Guérin , Membre de la Société d'Histoire naturelle de Paris , etc. , etc. L'ordre des Diptères, auquel appartient l'insecte dont nous allons essayer de tracer l'histoire , a toujours été celui dont l'étude fut la plus négligée, et cela ne doit pas surprendre , quand on pense que ces insectes rejetés au dernier rang de l'Entomologie et très-difficiles à con- server dans les collections , n'ont pu attirer l'attention que d'un petit nombre d'observateurs profonds qui ne s'attachent pas au luxe des espèces , mais qui cherchent principalement à connaître les habitudes des insectes , leur mode de reproduction , les ruses sans nombre qu'ils emploient , soit pour se saisir de leur proie , soit pour se garantir de leurs nombreux ennemis, et enfin, les métamorphoses qu'ils subissent avant d'être propres à reproduire leur espèce. Quoi de plus curieux en ellèt , qu'une Larve muni de fortes dents , et se nourrissant des matières les plus coriaces, devienne un insecte ailé, d'une forme élégante , dont la bouche n'est plus com- posée que d'un suçoir effilé et propre à pomper le nectar (i) L'Académie a approuvé les conclusions de ce Rapport. Le travail de MM. Audouin et Edwards paraîtra aussi dans le prochain volume des Annales. (4oo) des fleurs ! Et combien le naturaliste est frappé d'admi- ration, en voyant que des organes de manducation si différens en apparence , peuvent être ramenés par une étude philosophique , à un seul et même type d'organi- sation , et que tous les changemens qu'on remarque ne sont dus , en définitive, qu'à des modifications de forme et de grandeur. Bien convaincu qu'ajouter à cette étude comparative , celle des mœurs et des métamorphoses , c'était envisa- ger sous sa véritable face , la science de l'Entomologie ; nous avons pensé qu'on accueillerait avec intérêt les re- cherches que nous avons eu occasion de faire sur un genre de Diptère peu connu et difficile à observer. De la Larve et de son habitation. Ayant trouvé dans un bois , vers le milieu du mois d'octobre 1826, plusieurs champignons remplis d'une grande quantité de petits vers blancs , nous en plaçâmes quelques-uns dans des bocaux, au fond desquels nous avions mis de la terre humide , afin d'observer leurs dé- veloppemens. Ces larves, longues de trois lignes , sont apodes, d'un blanc sale, cylindriques, transparentes dans certains points , et composées de onze anneaux , en n'y comprenant point la tête : les premiers anneaux et les derniers , sont moins larges que ceux du milieu , ce qui donne à celte Larve une forme un peu rétrécie aux ex- trémités. Sa tête est un peu plus large que longue, un peu rétrécie en avant , quoique de forme carrée ; à son tiers antérieur et sur les côtés , sont insérés deux petits appendices membraneux, en forme d'antennes , et qui nous ont paru composés de deux articles ; ces appen- ( 4oi ) dices sont très-courts ; mais ils ont la propriété de s'al- longer ou de se contracter un peu à volonté. Entre ces appendices et à la partie antérieure de la tète, on voit une pièce membraneuse, molle, assez allongée, et terminée en pointe obtuse, cette partie se recourbe sur l'ouverture buccale et semble remplir les fonctions d'une lèvre supérieure, en concourant à fermer la boucbe. Au-dessous de cette espèce de lèvre supé- rieure , on voit deux crochets écailleux, très-forts, in- sérés sur les côtés de la tète et très-loin l'un de l'autre ; leurs mouvemens sont libres : ce sont de véritables man- dibules , se joignant comme celles des autres insectes, et propres à déchirer les parties coriaces des champi- gnons : ces mandibules , placés au foyer d'une forte lentille , présentent une forme assez remarquable : elles sont terminées par deux crochets courbés l'un vers l'autre-, le plus long, celui dont la courbure est dirigée vers l'intérieur delà bouche, est denté intérieurement et nous a paru immobile : l'autre , beaucoup plus petit, plus crochu , et immobile comme le premier, a sa pointe dirigée en dehors 5 il est beaucoup moins grand. La consistance de ces mandibules , cornée et extrê- mement dure vers la pointe, diminue de dureté et finit par être tout-à-fail membraneuse ; c'est cette base qui leur donne une grande mobilité et qui permet à l'in- secte de les avancer hors de la bouche à sa volonté. On ne voit au-dessous de ces mandibules, que des es- pèces de replis membraneux qui se rapprochent et s'é- loignent en même temps qu'elles , et paraissent faire les fonctions de mâchoires. Enfin, à la partie inférieure, se voit une irès-pelile pièce arrondie, attachée à une es- x. 26 ( 4*3 ) père de mcnlon assez grand ; cette pièce nous paraît être la lèvre inférieure 5 elle est membraneuse, peu mobile, et concourt à fermer la bouche, quand la lèvre supérieure se recourbe et vient la toucher par son extrémité. Malgré tout le soin que nous avons mis à examiner cette Larve, et quoique nous en ayons retourné des in- dividus dans tous les sens, nous n'avons pas vu nette- ment les stigmates qui doivent être placés sur les côtés du corps ; nous n'avons aperçu que de très-petits points , un peu plus colorés que le reste des anneaux , et qui pourraient bien être les organes que nous cherchions. Ayant voulu soumettre ces petites parties à un fort gros- sissement, nous n'avons vu qu'une augmentation de grandeur et une diminution de netteté dans ces taches 5 cependant nous pensons que ces points sont de véri- tables stigmates , et nous basons notre opinion sur les observations de. Réaumur et de Degéer , qui ont décrit et figuré les Larves de quelques grandes espèces de Tipu- laircs , et ont vu les trachées envoyer des rameaux vers ces points., qui étaient très-développés et très-visibles. Degéer fait voir évidemment cette disposition , dans la figure très-grossie qu'il donne de !a Larve d'une es- pèce de Mycetophile. Le dernier anneau du corps de nos Larves présente , au-dessus de l'anus, quatre appen- dices membraneux, mobiles, un peu velus ; sur la base des deux inférieurs , on aperçoit deux gros stigmates bien visibles-, c'est à ces stigmates que viennent finir les trachées qui régnent tout le long du corps de la Larve. Réaumur pense que c'est par ces ouvertures que l'air est introduit clans le corps de l'animal : il les a très-bien ( 4o3 ) vus dans la Larve d'une grande espèce de Tiptlle Tipula oleracea , et de plus , il a observé quatre autres petits stigmates, placés près des grands et destinés, selon lui, à laisser sortir l'air introduit par les premiers. Les ap- pendices , sur lesquels ces gros stigmates sont placés, se rapprochent l'un de l'autre, et cachent entièrement ces ouvertures ; souvent même tout le dernier anneau rentre dans le précédent. Ces Larves, comme nous l'avons dit plus haut, \i- vent dans diverses espèces de champignons ; elles s'y trou- vent quelquefois en si grand nombre, que le champi- gnon est criblé de trous , et qu'à la fin il s'affaisse et se décompose. C'est alors que la J.arve a pris tout son ac- croissement,- elle n'a plus besoin de nourriture, et bien- tôt elle s'enfonce dans la terre pour se transformer en nymphe. Nous avons souvent retiré ces Larves du cham- pignon , pour voir comment elles pouvaient avancer ; nous les avons vu contracter leurs anneaux postérieurs et allonger les antérieurs comme le font les vers ; à cha- que mouvement elles ouvraient et fermaient leurs man- dibules avec beaucoup de vitesse; si nous les remettions sur le champignon décomposé , d'où nous les avions tirées, elles ne tardaient pas à s'y enfoncer entière- ment. De la Nymphe. C'est huit jours après avoir placé les Larves dans les bocaux , que nous nous sommes aperçu quelles avaient quitté le champignon décomposé , dans lequel elles étaient; nous avons cherché en vain nos larves; nous n'en avons plus vu une seule, elles étaient toutes ca- ( 4o4 ) chées dans la terre : en la remuant, nous avons trouvé plusieurs Larves qui n'étaient pas encore changées ; mais il y avait aussi quelques Nymphes. Le lendemain , ou le neuvième jour , il n'y avait plus de Larves : toutes étaient métamorphosées. Ces Nymphes sont d'un jaune pâle ; leur partie antérieure présente Un rendement con- sidérahle qni est la place qu'occupe le dos de l'insecte parfait. On voit la place de la tête marquée par une cou- leur brune, et un peu plus bas , les fourreaux des an- tennes paraissent et se distinguent très-bien par leur couleur, d'un noir bleuâtre ; les pattes sont cachées sous les ailes : celles-ci sont très-visibles 5 la couleur de leurs enveloppes est la même que celle des antennes et des pattes ; seulement la teinte bleue en est moins foncée } on voit à travers cette enveloppe des traces de nervures. A l'extrémité des ailes , on aperçoit les tarses qui viennent se réunir sur le milieu du corps , et dont l'enveloppe est divisée en six tuyaux bien distincts, et réunis entre eux en une espèce de faisceau; ils sont très - longs et d'une couleur bleuâtre foncée , comme les antennes. Les anneaux de l'abdomen sont bien distincts, et on voit de petits poils sur toute leur surface. Cet abdomen est indépendant des ailes et des pattes , et peut se mouvoir de haut en bas ; quand on ôte la Nymphe de sa place , elle remue cette partie avec beaucoup de vivacité. De l'insecte parfait. L'insecte parfait est éclos quatre jours après la trans- formation en Nymphes , de nos petites Larves ou Je ( 4°5 ) douzième de notre observation -, nous l'avons bientôt vu posé sur les parois du bocal ou voltigeant dans son intérieur , et une circonstance beureuse nous a permis d'observer la manière dont il se débarrasse de son en- veloppe. Ayant placé , sous une forte loupe , une Nymphe que nous voulions dessiner , nous n'avons pas tardé à la voir faire des mouvemens singuliers , qui ont attiré toute notre attention : elle était placée sur le dos, et comme apparemment , cette position ne lui convenait pas pour se transformer , elle fesait des mouvemens violens avec son abdomen , aGn de se retourner ^ elle y parvint enfin et resta un instant sans mouvement. Après s'être ainsi reposée des efforts quelle avait fait pour se retourner , nous la vimes contracter tous les anneaux de son corps , et opérer des mouvemens intérieurs qui paraissaient la fatiguer beaucoup , car elle restait immobile pendant quelques temps , après chaque contraction : pendant ce temps, sa peau devenait de plus en plus transpa- rente , et les parties de l'insecte parfait se distinguaient plus facilement et devenaient plus colorées , enfin , après un travail de plus de cinq minutes, l'insecte parvint à faire une petite fente au milieu du dos de l'enveloppe -, peu à peu, cette fente s'élargit , et bientôt la lipule montra sa tête $ puis ses antennes , ses pattes antérieures , et la base de ses ailes 5 arrivée à ce point , il y eut un petit re- pos , et elle fit un dernier effort pour faire sortir ses pattes postérieures , et le sommet de ses ailes ; elle ne tenait plus alors à sa dépouille que par l'extrémité de l'abdomen ; elle se mit à marcher, sans doute pour se débarrasser de sa dépouille, mais elle ne pouvait y par- ( 4<>6 ) venir, ce que Ton conçoit facilement , puisqu'elle était sortie de cette enveloppe dans une circonstance extraor- dinaire : En eiTet, quand ces Nymphes sont dans la terre, et qu'elles sont prêtes à se transformer, elles pré- sentent leur partie antérieure à la surface du sol , et sont retenues par leur abdomen qui y reste engagé; alors l'insecte parfait qui vient d'en sortir, n'a plus qu'un lé- ger mouvement à exécuter pour retirer L'extrémité de son abdomen , de la coque , restée à moitié engagée dans la terre. Ce Diptère est très-petit, il n'a que deux lignes et demie, depuis la tête jusqu'à l'extrémité de l'abdomen; sa tête est très-petite, proportionellement au thorax : elle porte deux gros yeux saillans et à réseau , entre lesquels on voit , sur le vertex , trois petits yeux lisses , très-luisans , noirs, placés en ligne droite, transversalement et non en triangle, comme cela a lieu dans les genres voisins. Au-devant de ces yeux lisses, et entre les grands yeux à réseau , sont insérées les antennes ; elles sont presque aussi longues que le corps , sétacées et composées de douze articles : le premier est très-court, en forme de bouton , et beaucoup plus épais que les suivans; le se- cond est beaucoup plus long , et les autres sont de moitié plus courts et peu distincts entre eux. La bouche de ces Diptères est presque entièrement membraneuse; elle est très-difficile à observer, parce qu'il faut un grossissement considérable pour en voir toutes les pièces , et que ces parties sont très-difficiles à isoler. Cette bouche est composée d'une lèvre supé- rieure , réunie avec les mandibules; de deux mâchoires portant chacune un palpe, et d'une lèvre inférieure. ( 4«7 ) La pièce que nous considérons comme la lèvre supé- rieure réunie aux mandibules, est assez grande el un peu coriace ; elle est placée à la partie antérieure et su- périeure de la tête, et se prolonge en avant en se ter- minant en pointe ; nous avons détruit un grand nombre d'individus pour chercher des mandibules , ou pour voir , au moins , si nous n'en apercevrions point quel- ques traces ; mais tous nos eil'orts ont été vains , et nous sommes fondés à croire que cet insecte rentre dans la classe de ceux chez lesquels Savigny n'a pas trouvé de mandibules. Les mâchoires sont bien visibles, el nous les avoqs parfaitement observées dans plusieurs individus ; elles sont très-molles , et il n'y a que leur lobe terminal qui soit de la consistance de la lèvre supérieure ; il est al- longé, pointu , et légèrement cilié intérieurement; à la base de ce lobe est attaché un palpe de quatre articles , dont le premier est le plus court: le suivant un peu plus long el plus épais; le troisième encore plus long, ré- tréci à sa base , et le dernier le plus long de tous, rétréci à sa base renflé au milieu, et diminuant de grosseur à l'extrémité qui est arrondie. La lèvre inférieure , qui forme la trompe de ces in- sectes , est assez large et terminée par deux lobes très- mous. On ne voit aucune trace de palpes labiaux sur cette pièce , el son organisation est eutiérerneni con- forme à celle que M. Latreille et M. Savigny, lui oui reconnue dans d'autres genres du même ordre. Le thorax est globuleux, extrêmement gros et sail- lant: il présente quelques inégalités sur le dos et donne attache supérieurement aux ailes el aux balanciers , et ( 4o8) inférieurement aux six pattes. Les ailes sont grandes et obtuses ; atteignent l'extrémité de l'abdomen quand l'in- secte est en repos , se recouvrent par leurs bords inté- rieurs , et alors sont placées horizontalement. Ces ailes ont des nervures bien distinctes , circonscrivant des cel- lules , qui ont reçu de MM. Latreille et Macquart di- verses dénom nations tirées de leurs positions. Les balanciers sont assez longs , grêles , terminés par un petit bouton , et insérés à la partie postérieure du thorax. Les pattes sont très-longues , grêles. La cuisse est articulée avec une hanche assez longue et plus grosse qu'elle. La jambe est plus longue que la cuisse , velue , terminée par deux petites épines et par un tarse grêle aussi long qu'elle, composé de cinq articles, dont le premier est plus long que les quatre autres qui vont en diminuant de longueur, jusqu'au dernier : celui-ci est terminé par deux petits crochets aigus et recourbés. L'abdomen est assez long , cylindrique dans les mâles, et renflé vers son milieu chez les femelles. Les organes copulateurs sont compris dans le dernier anneau ; ils sont composés extérieurement , chez les mâles , de deux petites pièces membraneuses et velues qui nous parais- sent destinées à saisir l'extrémité de l'abdomen de la fe- melle et à la retenir pendant la copulation : on n'aper- çoit aucun organe extérieur chez celle-ci. Cet insecte , et une autre espèce que nous ne possé- dons pas, forment un genre auquel Hoffmansegg a donné (i) le nom de Bolitophile. M. Meigen , dans son bel ouvrage sur les Diptères , a donné les caractè- res de ce geni'e, et il a été adopté dernièrement par (i) Sans doute dans sa Collection. (4o 9 ) M. Latreille (i) , et par M. Macquart , Conservateur des animaux sans vertèbres du Musée de Lille, dans un ou- vrage parfaitement bien fait , ayant pour titre : Insectes diptères du nord de la France (2). Les caractères que ces auteurs ont assigné à ce genre sont très-exacts 5 mais la connaissance de la bouche nous oblige à les modifier un peu. Ces caractères peuvent être exprimés ainsi : Tête petite ; bouche composée d'une lèvre supérieure réunie aux man- dibules, de deux mâchoires allongées, portant chacune un palpe re- courbé, filiforme ; de quatre articles et d'une trompe ou lèvre inférieure terminée par deux lobes membraneux. Antennes sétacées de la longueur du corps , composées de douze articles pour la plupart peu distincts. Yeux ronds, saillans. Trois yeux lisses, disposés en ligne transversale sur le front. Pieds allongés , grêles. Ailes obtuses , ayant deux cellules marginales complètes et deux discoïdales. Larve allongée , pourvue de deux fortes mandibules , vivant dans les champignons, et se métamor- phosant en terre. Nymphe présentant toutes les parties de l'insecte par- fait. Ce genre se distingue des Macrocères , qui en sont très-voisins , par les trois yeux lisses qui sont disposés en triangle dans ces derniers , et par d'autres caractères tirés des antennes et des cellules des ailes. Les Synaphes, les Mycétopbyles et les Léia , ont les antennes beaucoup plus courtes : les deux premiers genres s'en distinguent encore, parce qu'ils n'ont que deux yeux lisses. Enfin, des antennes grenues et perfoliées séparent de nos Bolito- pbiles tous les autres genres de Tipulaires de la divi- sion des Fungivores de M. Latreille. (1) Familles naturelles du règne animal. (3) Extrait des Mémoires de la Société des Sciences , de l' Agncid- lure etdes Arts de Lille. 182G, ( 4io ) I. Bolitophile cendrée , Bolithophila cinerea (pi. ] 8, fig. i et 2 ) Hoff. , Meigcn. — Maequart , Dipl. ti- pulaires du nord de la France, p. 55 , pi. 2 , fig. 6 (l'aile). Longue de deux lignes et demie. Corps entièrement gris-cendré 5 balanciers d'un jaune pale , avec le bouton légèrement coloré d'orangé, quand l'insecte est frais. Ailes transparentes avec des reflets irisés. Nous avons trouvé la larve qui nous a donné ces Dip- tères dans le bois de Romainville, près Paris. M. Mac- quart a trouvé rarement l'insecte parfait , dans ua bois des environs de Lille. 2. Bolitophile brune , Bolitophila fusca Meigen. De la même grandeur que la précédente. Tète jau- nâtre , avec les antennes d'un brun noir. Corselet jau- nâtre , avec trois raies dorsales brunâtres. Abdomen , balanciers et pattes d'un brun noir. Cuisses jaunes à la base, et passant insensiblement au brun. Ailes un peu grisâtres , avec une tacbe brunâtre à la place du stig- mate. On la trouve en octobre et novembre , et aussi au printemps : elle passe vraisemblablement l'hiver. ]Nous n'avons jamais vu cette espèce, et nous empruntons la description de M. Meigen. EXPLICATION DE LA PLANCHE XV1I1. Fig. i. Grandeur naturelle du Bolitophile cendré. Fig. 2. Le même grossi. Fig. 3. Thorax et premiers anneaux de l'abdomen très-gros» pour faire voir rattache des organes de la locomotion. a , aile tronquée ; b , thorax ; ce , balanciers ; d , les trois premiers an- (4» ) neaux de l'abdomen; e, tête dont on ne voit que les yeux à réseau ; f, premiers articles des antennes ; ggg, hanches et commencement des cuisses. Fig. 4- Tète très-grossie et vue de face. aa, les yeux; bbb , les yeux lisses ; ce, les antennes ;d, lèvre supé- rieure réunie aux mandibules ; ee , lobe terminal des mâchoires ; Jf, palpes maxillaires ; g, lèvre inférieure ou trompe. Fig. 5. Lobe terminal d'une mâchoire , et palpe attaché à sa base. Fig. G. Lèvre inférieure ou t-ompe, avec ses lobes terminaux grossis. Fig. y. Extrémité de la jambe , et tarse très-grossis. Fig. 8. Nymphe. a, nymphe de grandeur naturelle ; b , id. vue sous le ventre ; c , id. de profil. Frg. g. Larve. a , larve de grandeur naturelle; b , id. grossie; c, tète avec les an- tennes et les mandibules saillautes comme cela a lieu quand elle marche ; d, les quatre lobes membraneux placés en dessus de. l'anus. Fig. io. Tète de la larve très-grossie , vue en dessus. a, lèvre supérieure ; b , antennes paraissant composées de deux ar- ticles. Fig. 1 1 . Tète de la larve vue eu dessous. a, lèvre supérieure ; bb, mandibules; ce, replis de la peau faisant les fonctions de mâchoires ; d , lèvre inférieure ou languette ; e , men- ton. Fig. 12. Extrémité d'une mandibule très-grossie. Fig. i3. Portion du dernier anneau de la larve pour montrer les quatre lobes membraneux ouverts. a , ouverture de l'anus ; bb , stigmates postérieurs. ( Les figures i4-i" appartiennent au Mémoire suivant. ) (412 ) Mémoire sur une espèce nouvelle de Brachélytre du genre Prognathe ; Par M. Hippolythe Blondel. On sait que M. Latreille a désigné sous le nom de Brachélytres , une famille d'insectes Coléoptères , em- brassant le genre Staphylinus de Linné. Aux nombreux démembrernens que ce genre a éprouvé , M. Kirby dans son introduction à l'Entomologie, a ajouté une nou- velle coupe générique, celle de Siagone , qu'il a formée sur une seule espèce trouvée en Angleterre et dont il a donné la figure sur la planche servant de frontispice à son ouvrage. Mais cette dénomination ayant déjà été em- ployée par M. Latreille pour désigner un genre de la famille des Carnassiers , ne pouvait , d'après les prin- cipes reçus , lui être conservée ; c'est pourquoi il lui a substitué celle de Prognathe (mâchoires avancées). L'objet de ce mémoire est de faire connaître une seconde espèce du même genre, que j'ai découverte aux environs de Versailles. Ces insectes sont très-rares , et la première espèce ne parait pas même se trouver dans les collections de Paris. J'indiquerai dans quelle tribu entre ce genre, et j'en donnerai les caractères d'après l'ouvrage encore inédit de M. Latreille, qui a eu la complaisance de me le com- muniquer, ainsi que la description qu'il avait faite de l'espèce d'Angleterre , sur un individu que le docteur Leach lui avait prêté. Celte communication m'a fourni les moyens de les comparer cl d'apprécier leurs diflé- (413 ) rences spécifiques-, je regrette néanmoins de n'avoir pas eu sous les yeux l'espèce de M. Kirby , afin de pronon- cer avec plus de certitude. Le genre Prognathe avec les genres Osorie, Copro- phile , Zirophore et Oxitèle , formera la tribu des Den- ticrures. Genre Prognathe , Prognathus Lat. , Siagona Kirby. Caractère générique. Tète séparée du corselet par une sorte de col. Labre entier. Palpes filiformes et tu- bulés , quatrième ou dernier article des maxillaires ; troisième ou dernier des labiaux distincts. Jambes an- térieures un peu dentelées ou épineuses extérieurement. Tarses ordinairement susceptibles de se replier sur la jambe, composés de cinq articles, dont le premier, qui est court , est caché par des poils qui sont à l'extrémité de la jambe , et dont le dernier est au moins aussi long que les quatre précédens réunis. Antennes de onze ar- ticles. Corps déprimé , allongé, parallelipipède. Les Prognathes se distinguent aisément de tous les autres genres qui composent la tribu des Dentricures. i°. Des Coprophiles (dont les antennes moniliformes grossissent vers l'extrémité) , par leurs antennes fili- formes le corps plus linéaire et les seules jambes anté- rieures dentelées ; 2°. des Osories , en ce que ceux-ci ont le corps cylindrique et toutes les pattes dentelées ; 3°. des Zirophores , car dans ce genre les mandibules sont aussi longues que la tète et fortement dentelées à l'extrémité ; \°. on ne peut confondre les prognathes ( 4*4 ) avec les Oxitèlcs, attendu qu'ici les palpes sont subulées et que le nombre apparent des articles de leurs tarses n'est «pie de trois. Prognathtjs Rufipennis (pi. 18, iig. x4 et i5). Longueur, 4 milliruèt. Glaber, punctalus , nifus , capilis poslicu parle, tho- race abdomineque ano exceplo alris. Palpes bruns , courts ; les maxillaires un peu plus longs, filiformes , grêles, coniques; les labiaux presque coniques. Menton grand, trape- ziforme. Mandibules brunes , assez longues , arquées et pointues à leur extrémité. Antennes insérées de chaque côté de la tète , sous une saillie en forme de corne arrondie placée au devant des yeux , de la longueur environ de la moitié de celle du corps; brunes , un peu velues , à l'ex- ception du premier article, qui est un peu plus gros que les autres; le second plus conique que le troisième , et les autres d'une forme ovu- laire. Tête presque triangulaire , de la largeur du corselet , déprimée et brune antérieurement, noire postérieurement , profondément pointillée. Yeux saillans et noirs. Corselet presque carré, un peu rétréci posté- rieurement, peu rebordé , pointillé , noir, marqué sur son milieu d'une ligne longitudinale, glabre, peu élevée; angles postérieurs aigus, Ecussou petit, noir. Elytres formant un carré un peu plus long que large, d'un brun rougeâtre plus obscur vers l'extrémité, avec quatre stries formées par des points ; la première près de la suture , commen- çant vers la base , et ne dépassant pas la moitié de la longueur des ély- tres ; la seconde , ou suivante , se prolongeant jusqu'au bout , en formant une ligne courbe qui, dans son milieu, se rapproche de la suture : les deux autres stries plus courtes , parallèles à celles-ci. Abdomen un peu plus étroit que les élytri/s , rebordé , glabre , pointillé, à six segmens découverts : les quatre premiers égaux entre eux , noirs ; le cin- quième double de grandeur des précédens , noir, bordé de brun: le dernier arrondi et brun. Pattes courtes, brunes. Jambes antérieures ayant cinq à six dents à leur côté externe , et en outre , à l'extrémité du même côté , une épine courbe assez forte : les autres jambes ciliées extérieurement. ( 4*5 ) J'ai trouvé; «cite espèce sous l'écorce d'un peuplier mort. EXPLICATION DE LA PLANCHE XVJII. (Figures 14-17.) Fig. 14. Prognathe rufipenne grossi. — Fig. i5. Sa grandeur naturelle. Fig. 1 6. Portion de la jambe antérieure et tarse grossis. — Fig. 17. An- tenne grossie. Mémoire sur V application du Baromètre à l'é- tude de la circulation du sang et de la respi- ration chez les Animaux vertébrés ; Par le docteur Bahuy. (Lu à la Société philomatique le 17 mars 1827.) Il est à présent hors de toute question, que par l'ex- pansion du thorax il s'établit chez les mammifères , lors de l'inspiration, une tendance au vide autour et au dedans du cœur et des extrémités cardiaques des grandes veines thoraciques. Les commissaires de l'Institut, MM. Cuvier et Du- méril , dans leur rapport , ont admis ce fait comme prouvé , mais ces savans ont remarqué que les Repti- les et les Poissons inspirent par une espèce de dégluti- tion et non par l'expansion d'un thorax , et que par conséquent, chez ces animaux l'influence d'un vide tho- racique sur leurs fluides centripètes , est au moins dou- teux. Cette objection vraiment philosophique , m'a forcé à chercher les meilleurs moyens pour déterminer s'il existe un vide central chez les Reptiles et les Poissons, ( 4 i6 ) et par conséquent , si quelque portion de la pression du milieu dans lequel ils vivent, est employée pour aider la progression de leurs fluides centripètes. Dans mes expériences faites pour montrer, chez les Quadrupèdes , l'effet de l'expansion du thorax sur le mouvement du sang dans les veines , j'avais senti que l'introduction de l'air ou d'autres fluides dans le sys- tème circulatoire pouvait modifier en quelque sorte , l'état physiologique de ces animaux , et que par cela seul mes expériences devenaient moins concluantes. Du reste, il était évident qne les instrumens dont je m'étais servi , ne pouvaient pas être employés sur des grenouilles, des serpens, ou des poissons , et ces instru- mens ne présentaient aucun moyen de reconnaîlre la diminution absolue de la pression atmosphérique pro- duite autour du cœur, par les mouvemens d'inspiration, même chez les Mammifères ; mais en employant le ba- romètre comme instrument de mesure dans ces expé- riences , on pouvait arriver à la connaissance de ces données et éviter en même temps l'inconvénient déjà indiqué. Tout le monde sait, que dans le tube de Torricelli , la colonne de mercure est exactement contrebalancée par la pression exercée contre sa base par la colonne atmosphérique. Aussi , quand cet équilibre est changé par la diminution de la pression atmosphérique, le mercure descend dans le tube et indique exactement la quantité de cette diminution. Il me paraissait donc évident que , si la cavité tho- racique d'un animal vivant était mise en communica- tion avec le réservoir du baromètre , la colonne de mer- (4'7 ) i'ure marquerait précisément la somme de la diminu- tion que la dilatation du thorax détermine dans la pres- sion exercée par l'atmosphère sur les parties qui y sont contenues , ainsi que l'augmentation de pression pro- duit sur les mômes organes , par la contraction de cette cavité. Je fis donc construire un baromètre dont le tube «tait recourbé au vingt-sixième pouce , à un angle tel , que le mercure , pour monter d'un millimètre per- pendiculaire au-dessus de ce point , était forcé d'occuper à-peu-près cinq millimètres du tube oblique. Ainsi , les mouvemens du mercure dans cet instrument , avaient une vélocité et une sensibilité cinq fois plus grandes que dans les instrumens ordinaires. Les expériences suivantes , entre plusieurs autres que j'ai fait avec cet instrument , donneront , je l'espère , des preuves suffisantes de son utilité , dans les recher- ches de ce genre. Expérience i r Ayant introduit et attaché un robinet dans la trachée artère d'un chien pesant environ quatre livres 5 je mis le robinet en communication avec le réservoir du baro- mètre, par le moyen d'un tube flexible. Toute communication entre l'air extérieur et les pou- mons du chien étant ainsi interrompue , quand l'animal faisait des efforts pour dilater son thorax , le mercure dans le tube descendait de cinq pouces perpendicu- laires. Je mis aussi en communication avec le baromètre , la cavité du thorax entre les deux plèvres , par le moyen x. 27 (4*8 ) d'un tube poinlu introduit entre deux côtes, près do l'extrémité postérieure du sternum. A chaque inspiration , le mercure dans le baromètre descendait d'environ 2 pouces perpendiculaires, lors- que la trachée artère de l'animal était ouverte; mais quand le robinet placé dans ce conduit était fermé , les efforts que l'animal faisait pour dilater sa poi- trine firent descendre le mercure de cinq pouces comme auparavant. J'ai omis de dire que le réservoir du baromètre re- cevait , par le moyen d'une vis , une des extrémités d'un tube flexible , et que , à l'autre extrémité du même tube, s'adaptait un ajoutage d'acier pointu et d'une gran- deur proportionné au sujet de l'expérience. Expérience 2 e . Le 1 e1 mai 1826, le baromètre étant arrangé de la manière déjà indiquée, un jeune pigeon pesant quatre onces et demi , fut placé sur le dos , et le tube d'acier pointu fut introduit sous l'extrémité postérieure du ster- num, et dirigé, le long de la face interne et concave de cet os , jusqu'à son extrémité antérieure. L'ouverture du tube était ainsi placé entre le sternum et le cœur, dont on sentait les battemens. Avant l'introduction du tube , la colonne de mercure marquait. sept cent soixante-deux mètres. Les doigts , avec lesquels je tenais le tube , touchaient légèrement la poitrine de l'oiseau, de manière que je sentais distinctement les dilatations et les contractions du thorax , en même temps que j'observais les mouve- mens du mercure. ( 4 ; i9 ) Quand le sternum s'élevait, pendant l'inspiration, le mercure tombait de plus d'un millimètre , et s'élevait dans la même étendue, lorsque pendant l'expiration, le sternum s'approchait de la colonne vertébrale. Quand l'ouverture du tube était placée près du cœur , le mercure se mouvait entre 75c/ 1 et j65 m , mais sur la face de la colonne , on observait une pulsation , suivant que le mercure montait ou descendait , comme s'il eut été partagé en deux colonnes , qui s'élevaient et s'abais- saient alternativement. On produisait ce mouvement à volonté, en mettant l'ouverture du tube près du cœur on non. La pulsation , visible sur la face de la colonne, était beaucoup plus vive que les mouvemens respira- toires. Quand le tube était dans la trachée artère , les ex- trêmes des mouvemens du mercure étaient 753* et 769'". Expérience 3 e . J'introduisis un tube pointu entre deux des écailles ventrales d'une vipère ordinaire de Fontainebleau, qu'on avait gardé vivante pendant l'hiver dans un flacon. Le tube pénétra le poumon ou sac aérien , derrière le cœur, et fut en même temps mis en communication avec le ba- romètre. Quand l'animal ouvrait son larynx , ce qu'il fit pen- dant que je tenais ses mâchoires ouvertes , le mercure descendait de 762™ jusqu'à ^5g"\ Quand il fermait sa trachée, et qu'il comprimait ses côtes , le mercure mon- tait jusqu'à 771'"» t 420 ) Expérience 4 e * Le baromètre étant à 765™. Aidé par mon ami M. Tin- dal , j'introduisis un petit tube flexible dans la trachée d'une couleuvre (Colluber berus) pesant 3 onces G gros. Pendant quelques minutes, le mercure ne bougeait pas, bien que la communication fut complète. Je laissai tomber, par une ouverture pratiqué entre les écailles placées sur le coeur , trois gouttes d'acide prus- sique sur le péricarde. Aussitôt la couleuvre fit quelques contorsions violentes , et le mercure marcha pendant plusieurs secondes entre 74° et 785 m . L'étendue des mouvemens du mercure diminuaient rapidement , et la colonne devint stationnaire , à me- sure que les effets du poison devinrent plus intenses. L'animal était sans mouvemens en moins de dix mi- nutes. Expérience 5 e . Le 3 mai , j'introduisis un petit tube d'acier qui com^ muniquait avec le baromètre , entre le coeur et le ster- num d'une grenouille dont l'abdomen était rempli d'oeufs. Telle est la sensibilité du baromètre que , bien que l'animal ne fit pas agir ses organes respiratoires avec énergie , le mercure marcha dans un espace d'un demi- millimètre , et pendant tout le temps que le tube restait dans celte situation , les mouvemens du mercure cor- respondaient aussi parfaitement aux mouvemens respi- ratoires de la gorge de la grenouille, qu'à ceux du ster- num du pigeon , dans la deuxième expérience. ( 4" ) Je fis constater rigoureusement cette coïncidence, par îc moyen d'un aide qui indiquait d'une voix élevée, les inouvemens de la colonne de mercure , tandis que je te- nais le tube en place , et que j'observais les mouvcmens respiratoires de l'animal. Chaque fois que la grenouille, en exécutant un mou- vement de déglutition , forçait l'air à pénétrer dans ses poumons et faisait approcher de la bouche le larynx , le péricarde et le coeur, le mercure tombait invariable- ment. Expérience 6*; Aidé toujours par mon savant et habile confrère M. Tindal, j'introduisis un petit tube pointu (en conir munication avec le baromètre) , dans le péricarde, d'une anguille vivante. On pouvait conter facilement , à la surface de la cor lonne de mercure, les dilatations et les contractions d'jt péricarde. Le mercure devenait concave , ou convexe selon que Je cœur se retirait ou s'approchait de la partie du péri- carde , où le tube fut placé. A chaque cinquième pulsation à-peu-près, la face de la colonne devint plus profondément concave. Cet efl'ct parut résulter du moindre eiïort fait par l'animal pour dilater ses opercules. Cette anguille pesait treize onces. Dans une autre anguille du môme poids à-peu-près , mais plus vive , quand le tube était dans le péricarde, le mercure présentait des pulsations plus marquées , et même quelquefois la colonne entière marchait entre ^65 m et 770™. ( 4*3 ) CONCLUSIONS. De tout ce que nous avons vu dans ces expériences % et de ce que nous avons déjà prouvé à l'égard des Mam- mifères , nous pouvons conclure : i°. Que dans tous les animaux vertébrés , il existe un mécanisme par l'opération duquel une partie de la pres- sion du milieu dans lequel ils vivent , peut être enlevée d'autour du cœur et des extrémités cardiaques des tubes centripètes. 2°. Que cette pression peut être diminuée , ou par l'expansion de la cavité tboracique autour du cœur, ou par la contraction et la locomotion du cœur au-dedans de cette cavité , ou par tous ces moyens réunis . 3°. Que la somme de la pression ainsi laissée sans op- position , est employée à attirer les fluides centripètes vers le vide relatif dans la poitrine de ces animaux , c'est-à-dire de leur surface vers leurs centre. 4°. Que cette pression agissant sur tous les côtés et sur toutes les extrémités des tubes centripètes compres- sibles , doit forcer à entrer dans leurs cavités , les mo- lécules de matière qui peuvent passer , ou par les pores , ou par d'autres ouvertures pratiquées dans leurs pa- rois. 5°. Que comme les tubes centripètes sont éminem- ment compressibles , cette pression doit agir sur leurs contenus avec une force bien plus grande que si ces tubes étaient incompressibles , parce que , dans ce der- nier cas, la pression ne pourrait agir que sur l'ex- trémité d« la. colonne de liquide , tandis que dans le (4^3 ) premier cas , cette pression agit sur tous les eûtes et à toute hauteur de la colonne, en même temps. G . Que le baromètre avec un réservoir assez large , et en communication exacte avec la cavité qui entoure le cœur d'un animal vivant , donne une mesure assez exacte de la diminution de la pression , soit par la dila- tation des cavités thoraciques, soit par la contraction et la locomotion du cœur dans l'intérieur de ces cavités , ou par tous ces moyens ensemble. Note sur la Constitution géologique des îles. Baléares ; Par M. L. Elie de Beaumoht. Ingénieur Jes Mines , Membre de la Soc. d'Hist. nat. de Paris, e!c. ( Lue à la Société d'Hist. nat. de Paris le 27 avril 1827.) Dans le séjour de plusieurs mois que M. Cambessedes a fait en 1825 , aux Baléares , pour les recherches qui l'ont conduit à publier la Flore de ecs lies , il a eu occasion de parcourir toutes les parties de l'ile de Ma- jorque , d'en gravir toutes les sommités , et de mesurer au moyen d'un baromètre de Gay-Lussac la hauteur, au- dessus de la mer, de tous les points remarquables. 11 a consigné scrupuleusement sur son journal tout ce que l'aspect du sol et la configuration des montagnes lui a offert de remarquable, et a recueilli des échantillons de toutes les roches qui l'ont frappé, ou qai, sans rien présenter de particulier , lui ont semblé jouer par leujs niasse un rolc important dans la constitution de l'île , il ( 4^4 ) a fait la même chose pour l'île d'Iviza , qu'il a visitée après celle de Majorque ; enfin , il a rapporté des vues de ces deux iles et du cap de Dénia , dessinées en mer, à des distances plus ou moins grandes. M. Cambessedes ayant eu la bonté de mettre à ma dis- position ces précieux matériaux , m'a pour ainsi dire conduit sur ses pas dans les lieux qu'il a explorés , et dont je vais tâcher de donner une idée à la société. Ma tâche consistera presque uniquement à décrire les di- verses roches rapportées par M. Cambessedes, et à re- produire les passages de son journal relatifs à leur gise- ment ; je me permettrai seulement de temps en temps quelques courtes observations. L'île de Majorque se divise naturellement en deux parties distinctes. La première, qui est basse et ne pré- sente à sa surface que de légères ondulations , comprend toute la partie méridionale de l'île ; elle est terminée au N.-O. par une ligne tirée du cap de Cala-Figuera au cap del Pinar , et à l'E. par une ligne tirée du lieu nommé Estahol , sur le rivage méridional de la baie d'Alcudia jusqu'à S.-Loreza, et à la Pîita de Amer , sur la côte S.-E. La seconde partie de l'île est formée de montagnes qui se subdivisent en deux groupes. Le premier groupe forme la côte N.-O. et s'étend dans l'intérieur jusqu'à la ligne que l'on pourrait tirer du cap de Cala Figuera au cap del Pinar. Le second groupe forme un promontoire qui s'avance vers l'E. assez avant dans la mer, et est terminé à 10. par une ligne tirée d 1 EsLanol à la Put a de Amer. Premièrement nous allons d'abord essayer de donner ( 4^5 ) une idée de la partie plane de l'île de Majorque qui esl la plus étendue. Lorsqu'en partant de Palma , capitale de Majorque , on se dirige vers Artà , à l'extrémité orientale de l'île , on trouve d'abord des champs fertiles consacrés à la culture des céréales , et plantés d'amandiers. Après deux heures de marche, on entre dans des garigues sté- riles dont l'aspect est tout-à-fait le même que celui des coteaux arides du Languedoc et de la Catalogne. A qua- tre lieues de Palma on traverse le village d'Algaida , lais- sant sur la droite les hauteurs de Randa : on se trouve alors avoir monté depuis Palma par une pente à-peu- près insensible , l'élévation d'Algaida au-dessus du ni- veau de la mer étant de 170 mètres. La seule culture de ce canton consiste en blé et en fèves 5 des troupeaux de moutons et de chèvres broutent l'herbe peu abondante sur les coteaux pierreux. A trois lieues d'Algaida , on rencontre le village de Pétra , dont la hauteur au-dessus du niveau de la mer n'est que de 10/f mètres : ce village est entouré de champs à blé et de vignobles dont l'état peu prospère contraste d'une manière frappante avec les belles cultures du même genre que l'on observe en Lan- guedoc, dans des terrains tout-à-fait analogues. De Pé- tra , on aperçoit dans le lointain les montagnes d'Aï ta , dont on est encore éloigné d'environ cinq heures de marche. On traverse pendant tout cet intervalle des co- teaux pierreux qui deviennent plus escarpés à mesure qu'on s'approche d'Arlà; au milieu de ces collines on observe quelques champs remarquables par leur extrême fertilité •, ils sont formés d'une terre rouge qui a été en- traînée par îçs eaux pluviales dans les bas-fonds. Si. ( 4*6) d'Algaida ou de Pelra l'on dirige sa course vers Mana- tor , Lluchmajor , ou Campos , on rencontre de vastes champs plus ou moins fertiles , qui s'étendent jusqu'au bord de la mer, et sont souvent entrecoupés par des gari- gues incultes. Au-delà de Campos, l'île forme une pointe qui se termine au cap des Saliues , vis-à-vis la petite île de Cabrera. C'est entre Campos et la mer qu'on observe la Fuente santa , qui est la seule source minérale qui existe à Majorque 5 elle forme une marre profonde auprès de la maison de S. Juan (1) : sa chaleur, mesurée à diver- ses profondeurs, est de 3^° '- du thermomètre centigr. On remarque encore dans la maison même de S. Juan une seconde source moins chaude que la première, dont les gens du pays usent quelquefois lorsqu'ils sont atteints de la gale : sa température ne s'élève qu'à 26 . Lorsqu'en partant de Palma on veut se rendre à l'an- cienne ville d'Alcudia , on traverse , dans un trajet d'en- viron huit heures de marche , les plaines les plus fertiles de Majorque. Avant d'arriver à S. Maria , on conw mence à ne plus trouver d'amandiers ; ces arbres sont remplacés par des caroubiers et des oliviers , qui acquiè- (1) Analyse de l'eau de la Fuenta santa, faite par M. Ballard ds Montpellier. 1°. Acide hydro-sullui'kjue ; 2°. Acide carbonique ; 3°. Azote ; 4°. Hydro-sulfate de soude ; 5°. Sous-carbonate de soude (des traces) ; 6°. Sulfate de soude ; 70. Hydro-chlorate de chaux ; 8°. Hydro-chlorate de magnésie ; 9 . Sels à base de notasse ( des, traces ). ( 4^7 ) rcnt auprès do Binisalem , d'Inca, de Campanct, des dimensions presque gigantesques. A une lieue d'Alcu- dia , la végétation arborescente disparaît presque tota- lement , et on entre bientôt dans des marais fangeux dits Albuferas , où végètent en grand nombre les Tamarix gallica et aj ricana. Si d'Alcudia on se dirige vers le promontoire d'Artà, on entre , après avoir traversé les Albuferas , dans une vaste plaine sablonneuse dite Arenal , qui se poursuit sans interruption jusqu'au pied du Puig-Ferrutx. Dans ce trajet, d'environ quatre beures de marebe, on laisse sur la droite des grandes forêts de pins d'Alep , au-delà desquelles sont situés les villages de Muro et de S„ Margarita : la plaine se poursuit au midi jusqu'à Mana- cor , Llucbmajor et Campos , et de là jusqu'à la mer. A l'est , la plage sablonneuse forme une anse terminée au nord par le cap del Pinar, et au sud-est par le Puig Fcrrutx. On peut juger, par plusieurs des détails qui précèdent, que le sol de cette partie basse de l'ile de Majorque est principalement calcaire. La colline de Belver, près de la ville de Palma , pré- sente à sa base une marne rouge qui renferme des rognons d'un calcaire compacte rouge parsemé de petites cavités assez analogues à celles qu'on aperçoit dans beaucoup de calcaires d'eau douce. Le sommet du môme monticule est formé par un calcaire blanchâtre un peu sableux , contenant quelques grains de quarz , parsemé de petites cavités irrégulières et de petits points blancs : le tout me semble présenter quelques analogies avec le terrain tertiaire d'eau douce, composé de marnes rouges et H ( 4^8 ) garrécs , et de diverses roches calcaires , qui se voit aux environs d'Aix en Provence, et se retrouve en divers autres points du midi de la France , en Suisse , etc. En suivant le bord de la mer d'Alcudia , à Santa-Vic- toria , M. Cambessedes a recueilli des échantillons d'un aggrégat calcaire , composé en grande partie de grains calcaires et de débris de coquilles faiblement agglutinés par un ciment marneux rougeâtre. On n'hésiterait guère à rapporter ces roches à la partie supérieure du grand dépôt de nagel-fluhe et de mollasse , à la mollasse co- quillère qui forme la côte occidentale de l'étang de Berre, et quelques points des côtes de la Méditerranée, dans le département des Bouches-du-Rhône , si elles ne pré- sentaient aussi beaucoup de ressemblance avec divers petits dépôts qui se sont formés très-récemment , ou même qui se forment encore journellement sur divers plages , tant de la Méditerranée que de l'Océan. Le premier des deux groupes de montagnes dont j'ai déjà parlé , celui qui s'élend du cap de Cala-Figuera au cap del Pinar, et forme la côte N.-E. de l'île , est allongé du N.-E. au S.-O. , et beaucoup plus escarpé du côt* du N.-O. qui regarde la mer que du côté opposé ; il pré- sente à la mer des pentes escarpées qui sortent presque verticalement du sein des flots , et qui sont presque im- médiatement couronnées par les sommets les plus élevés de ce groupe et de toute l'île. Pour donner une idée de l'aspect extérieur de ce groupe de montagnes , nous extrairons du journal de voyage de M. Cambessedes, quelques-unes des notes qu'il rédigeait en le parcourant. Pollensa, l'une des villes les plus industrieuses d' ( 4*9 ) Majorque, est située à l'extrémité N.-E. de la chaîne, à une lieue d'Alcudia. Lorsque de telle ville on veut se rendre au couvent de Lluch , dans la montagne , on suit un vallon formé au nord par la chaîne qui se prolonge jusqu'au cap Formenton , et au midi par une suite de coteaux qui se terminent auprès de Pollensa : ce -vallon est un des plus agréables de l'île ; il est arrosé par plu- sieurs sources ; on y cultive beaucoup de cerisiers et d'autres arbres à fruit , des vignes , etc. A son extrémité, le chemin est lout-à-coup barré par une montagne que l'on escalade presque à pic, et après laquelle on descend jusqu'au couvent de Lluch: la montée est si rapide, qu'on se trouve très-étonné , lorsqu'on est parvenu au sommet , de n'être élevé que de 548 m 6 au-dessus du ni- veau de la mer. Le couvent de Lluch est bâti au milieu d'un petit val- lon resserré entre des montagnes, et situé à 459"\4 au ~ dessus du niveau de la mer 5 sa position est très-avanta- geuse pour servir de centre d'où l'on puisse diriger des recherches scientifiques. J'y passai plusieurs jours , pen- dant lesquels je parcourus tous les environs, et je me suis assuré de cette manière que l'île est partout inabor- dable du côté du nord : les montagnes sont taillées à pic 5 souvent même il devient très -difficile d'approcher de la mer. LePuig-Major, montagne qui atteint i,u5 m ,4} et qui est , après le Puig-de-Torrella , le sommet le plus élevé de Majorque , est très-voisin du couvent de Lluch. On remarque à son sommet un trou d'environ trois pieds de diamètre , qui parait descendre à une très-grande pro- fondeur -, on entend rouler les pierres que l'on y jette , (43o ) jusqu'à ce que leur bruit se perde dans l'éloigné- nient. Le Puig-dé-Torrclla , situé entre Lluch et la ville de Soller, est le point le plus élevé de l'île; son sommet , de forme conique , atteint i ,463 m ,6 5 il domine toutes les hauteurs qui l'avoisinent ; sur son penchant nord-ouest, à la hauteur de 879™, 3 , on trouve un filon de pierres noires découvertes de terre végétale , et présentant à-peu- pi'ès l'aspect d'une coulée de lave. En descendant du côté de Soller, je remarquai plusieurs cabanes dans les- quelles on conserve la neige 5 le seul moyen que l'on emploie consiste à la réunir pendant l'hiver dans de grandes fosses , et à la recouvrir avec des herbes sèches, après l'avoir fortement tassée. Ces cabanes , et quel- ques autres qui sont sur les montagnes des environs , fournissent pendant tout l'été de la neige à Palma. Les montagnes qui se trouvent entre Soller et le Puig- de-Galatzo , qui s'élève à 989 mètres , dépassent rare- rement 600 mètres , et sont , ainsi que celles des envi- rons de Lluch , taillées à pic du côté de la mer 5 au mi- lieu d'elles se trouvent les vallons d'Esporlas et de Valldemosa , remarquables par leur fertilité. C'est non loin de ce dernier village , auprès de la maison de campagne de So Brondo , que l'on observe une fontaine analogue à celle de Saint-Alire , auprès de Clermont ; cette eau , tenant en dissolution une quan- tité considérable de carbonate de chaux , incruste assez promptement d'une pâte calcaire les objets que l'on sou- met à son action. Au sud-est du mont Galatzo, la chaîne se poursuit jusqu'au cap de Cala-Figuera ; et à l'est, des coteaux . ( 43t ) vscàrpés se succèdent sans intcrruplion jusqu'aux portes de Palm a. Il est naturel de penser que ces montagnes sont for- mées de couches qui , sortant de dessous les dépôts ré- cens indiqués ci-dessus , se relèvent vers le N.-O. et se terminent de ce côté par un escarpement abrupte. L'île d'Iviza et le cap de Dénia , situés dans le prolongement du grand axe du groupe montagneux dont nous parlons, et de la direction probable des couches qui le compo- sent , sont aussi formés de roches calcaires , et les vues que M. Cambessedes en a prises semblent indiquer, sur- tout pour l'île d'Iviza , une disposition de couches ana- logues. Nous joignons également à celte Note une vue de l'île de Majorque , prise d'un point situé entre celte île et l'île d'Iviza, à dix lieues au S.-S.-E. du cap de Cala- Figuera 3 de ce point , la courbure de la mer empêchait de voir la partie basse de l'île et môme les montagnes des environs d'Artà , situées à son extrémité la plus éloignée et beaucoup moins élevées que celles qui forment le groupe qui nous occupe en ce moment , et qui se trouve ainsi figurer seul sur le dessin. Nous y avons indiqué ceux des principaux sommets qui peuvent se distinguer nettement à cette distance, et dont nous avons pu placer les noms avec certitude. Le promontoire d'Artà est formé par une réunion de montagnes moins élevées que celles de la grande chaîne ; le Puig-Ferrutx , qui est le point culminant, n'atteint que 538 m ,9. Toutes ces élévations présentent la même disposition que celles de la grande chaîne , c'est-à-dire que leur côté septentrional est taillé à pic , et souvent ( 433 ) inabordable, tandis qu'on arrive sans peine à leur som- met par le penchant méridional. Voici le tableau des hauteurs des principales mon- tagnes de Majorque et de divers autres points remarqua- bles de cette île 5 elles ont été mesurées par M. Cambes- sedes , avec un baromètre de Gay-Lussac. Hauteurs au-dessus du niveau de la mer. Montagnes. Fuig-dé-Torrella i463 mÈt 6<1^ Couche ou filon de pierres noires que Ton trouve sur le penchant N.-O. du Puig-dë-Torrella 879 3 Puig-Major m5 4 Galatzo 989 3 Montagne entre Polleusa et Lluch 5^8 6 ColldeSoller 563 2 Clos de la Barque a38 9 Bec de Ferrutx 538 9 Entrée de la Cucva de la Ermita 43 4 f^illages. Algaida 170 Petra. Io4 Artà • i3r Couvent de Lluch 4^9 4 Cauvia. '. . . . 77 5 Soller 80 D'après les échantillons de roches rapportés par M. Cambessedes , les montagnes de Majorque , aussi bien que celles de l'île d'Iviza et du cap de Dénia , sont prin- cipalement formées par des calcaires compactes ou sub- cristallins , présentant souvent des petits filons de spath calcaire blanc , et dont la couleur varie du gris au blanc (433) grisâtre et au blanc. Ils présentent beaucoup «l'analogie* avec ceux qui forment les montagnes calcaires de la Pro- vence , et paraissent devoir être rapportés , les uns à 1 a partie supérieure du Lias , comme les calcaires gris qui constituent la montagne des Alpines ou des Aupies , près de Salon (déparlement des Boucbes-du-Rhône), et les autres à l'étage inférieur des calcaires oolitiques , comme les calcaires blanchâtres dont sont formées les montagnes escarpées qui dominent Toulon vers le nord, les montagnes des environs de Marseille et d'Aix , et le mont Ventoux , auN.-E. d'Avignon. Cette dernière montagne est élevée d'environ 1900 mè- tres au-dessus de la mer; si donc la Méditerranée s'é- levait de 44° mètres , le mont Veutoux conserverait au- dessus de ses eallx une hauteur de 14^0 mètres , c'est-à- dire à-peu-près égale à celle du Puig-de-Torrella , le point le plus élevé de Majorque. Dans cette supposition, le mont Ventoux se trouverait être le point le plus élevé d'une île ou d'une presqu'île qui présenterait dans sa structure générale et dans sa composition de nombreux traits de ressemblance avec l'île de Majorque : seule- ment, cette île ou presqu'île n'aurait que 6 myriamè- tres ç de longueur , tandis que le principal groupe de montagnes de Majorque en a 10 dans sa plus grande lon- gueur du cap de Llebetx au cap Formenton ; elle ne présenterait d'aucun côté un profil aussi dentelé que ce- lui de l'île de Majorque , et on y chercherait vainement les roches dont j'ai encore à parler et dont plusieurs se lient peut-être aux révolutions qui ont donné aux mon- tagnes de Majorque i'aspect qu'elles présentent. Sou:, ce rapport , comme sous celui sa configuration exté- x. i'<\ (4M ) rieure, le principal groupe de moutagnes de Majorque ressemble davantage à la chaîne qui , de la montagne de l'Etoile , entre Aix et Marseille , s'étend par la Sainte -Baume jusqu'au midi de Brignolles , sur une longueur de 6 myriamètres , c'est-à-dire égale à uu peu moins des deux tiers de celle du principal groupe de moutagnes de Majorque , et qui s'élève à la pointe des Béguines , près de la Sainte - Baume , à la hauteur de 1,100 mètres. Le sommet élancé du Galatzo me rap- pelle en particulier l'une des montagnes de la chaîne que je viens de citer, celle appelée le Pilon du Roi, qui s'élève à 712 mètres ou pas tout-à-fait aux trois quarts de la hauteur du Galatzo, tandis que la pointe des Béguines s'élève presque exactement aux trois quarts de la hauteur du Puig - de - Torrella. Toutefois, ces rapports de structure ne doivent pas faire oublier que la chaîne de l'Etoile et de la Sainte -Baume présente entre les couches du calcaire ooli tique et du terrain ter- tiaire qui lui sont communes avec Majorque, un dépôt contemporain de la formation du Green-Sand , riche en hyppurites , radiolites , nummuliles , milliolites , nautiles , trigouies, gryphées , pectens, spatangues, etc., dépôt qui se retrouve en plusieurs autres points des bords de la Méditerranée, aux Martigues (Bouches-du- Rhône), au cap Passa (en Sicile) , mais dont les obser- vations de M. Cambessedes n'indiquent pas la présence à Majorque , et qui paraît également étranger aux par- ties du mont Ventoux et de ses environs , qui dépassent 44o mètres d'élévation. M. Cambessedes a trouvé à Cauvia , dans la partie S.-O. du groupe principal que nous avons décrit le pre- ( 435) mier, un gypse sacharoïde d'un blanc rougeàtre , avec veinules rouges , qui ressemble beaucoup à certains échantillons des gypses du grès bigarré, mais qui rap- pelle d'une manière bien plus frappante encore les gypses des environs de Digue et de Castellane (départe- tement des Basses-Alpes) , ceux des environs de Nice , et ceux de Roquevaire , entre Aix et Toulon, situés, les premiers dans le lias , et les derniers dans les couches les plus anciennes du calcaire oolilique. Ce gypse a aussi bien des rapports avec ceux qui accompagnent les ophi- tes des Pyrénées et les variolites du Drac , en Dau- phiné. Dans Ja plaine d'Artà , M. Cambessedes a trouvé des petits filons de fer spathique traversant le calcaire, et des dépôts d'ochre jaune et rouge qui rappellent natu- rellement ceux qu'on trouve près de Roquevaire , entre Marseille et Toulon , en divers points qui font partie de la chaîne de montagnes dont j'ai parlé plus haut. Il y a également recueilli d'assez gros cristaux de quarz bipy- ramidé enfumé, enchâssés dans un calcaire grenu schis- teux : ces cristaux rappellent, à la couleur près, ceux que M, Dufrenoy a découverts dans plusieurs gypses du Languedoc , que rappelle entièrement celui de Cauvia , cité plus haut , et qui lui paraissent aussi appartenir aux marnes de l'étage supérieur du lias. Le Puig-de-Torrella, qui est le point le plus élevé de l'ile (sa hauteur est de i,/\63 m ,6) , est formé au sommet des calcaires dont nous avons déjà parlé*, mais on re- marque sur sa pente occidentale et aux deux tiers en- viron de sa hauteur, à 876'", 3 , une masse allongée et assez étendue ( couche ou filon ? ) , dépourvue de terre ( 4 36 ) végétale , d'une roche noire dont la forme et l'aspect extérieur ont rappelé à M. Cambessedes ceux de plu- sieurs des coulées de laves de l'Auvergne : cette roche lui a pa. u en même temps avoir quelques rapports avec celles du clos de la Barque , dont je vais parler. A une demi-lieue environ du couvent de Lluch , on trouve un vallon à-peu-près circulaire , élevé de 238 m ,9 ; T 8 à 4>7 '•> Qu'il est né en France proportionnellement un peu plus de filles qu'à Palerme , dans le rapport de 938 à 9 36 i"' Qu'il y a eu en France moins d' enfans naturels pro- portionnellement qu'à Palerme, et dans le rapport.de 1 sur i4?8 à 1 sur 9,7 ; Que la mortalité a été beaucoup plus grande en France pour la femme, et dans le rapport de ^Ç),5 à 4^,5, et qu'en rétablissant l'égalité dans le nombre des naissan- ces des deux sexes , ce rapport deviendrait 5o,5 décès du sexe masculin contre 52,8 décès du sexe féminin, tandis qu'il y a eu presque égalité à Palerme, entre les décès des deux sexes ; Enfin, que l'excédent des naissances sur les décès a été moindre en France, et dans le rapport de -\ à \. 2 . Si on fait cette rémarque pour la \ille de Paris en particulier, on observe . (444) Que les mariages y ont une fécondité bien moindre qu'à Palerme , et dans le rapport de 2,4 à 4,7 } Qu'il naît proportionnellement à Paris bien plus de filles qu'à Palerme , et dans le rapport de 954,5 à 936; Que les enfans naturels sont ici bien plus nombreux, et dans le rapport de i sur 2,76 a 1 sur 9,7 ; Que la mortalité des femmes est bien plus considé- rable à Paris , où d'ailleurs elles se trouvent en plus grand nombre que les hommes 5 car malgré l'inégalité dans les naissances , on y compte 47 décès du sexe mas- culin contre 53 décès du sexe féminin , et s'il y avait égalité entre les naissances des sexes , on trouve par ana- logie que le rapport deviendrait 47 décès du sexe mas- culin contre 55,5 décès du sexe féminin, et l'on a vu qii à Palerme , dans ce dernier cas , il y a presque éga- lité entre les décès des deux sexes ,• Enfin , que les décès après avoir à Paris , pour un siècle , de 1710 a 1810, excédé les naissances dans le rap- port de leur 500™ partie, se trouvent depuis 18 10, jusques et y compris 1825, être surpassés au contraire par les naissances dans le rapport de la 70 me partie de ces dernières , et cependant dans cette période se trouve comprise l'année 18 14 1 qui a fourni environ 1 4,000 dé- cès de plus qu'en temps ordinaire. Les époques des naissances et des conceptions sont peu différentes dans les deux villes , au mois de mars près qui , à Paris, est au dernier rang comme présen- tant le moindre nombre de conceptions , tandis qu'à Palerme il se trouve être au troisième rang seulement. Mais il existe une différence bien remarquable entre les époques de l'année où la mortalité est la plus forte dans les deux villes. A Palerme , l'ordre des mois, rangés suivant le nombre des décès qu'ils présentent , est : Octobre , janvier, décembre , novembre , septembre , août , juillet, février, mars , juin , mai , avril. Tandis qu'à Paris cet ordre se trouvera être : Avril, mars, février, mai, janvier, décembre , juin , septembre, octobre, novembre, août, juillet. D'où il suit qu'à Palerme le mois d'octobre est le (445 ) plus chargé de décès, qu'en général les décès y sont plus nombreux dans les mois où le soleil passe dans l'hé- misphère austral -, que les mois les plus chauds y pré- sentent une mortalité moyenne; que les mois les plus tempérés y sont les plus favorables à la conservation de la population , et enfin (pie le mois d'avril est celui de tous qui y offre le moins de décès, tandis que les mois froids , les plus défavorables à Palerme , occupent à Paris les rangs intermédiaires. Les mois les plus chauds, qui donnent à Palerme la mortalité moyenne, sont à Paris les plus favorables ; les mois de printemps, si fa- vorables à Palerme , sont à Paris le temps les plus fu- nestes, et le mois d'avril, le moins* chargé de décès à Palerme , est à Paris le plus fatal de tous. Ces différences entre ces deux villes sont fort remar- quables. Celle queje viens de faire observer entre les épo- ques où serait la mortalité la plus grande me paraît devoir être signalée. Doit-elle trouver en partie son explication dans une différence en latitude de io° 43' 29 " ? Tient- elle à des causes locales , morales ou politiques ? C'est ce que ne fait pas connaître l'auteur des tables , et il eut été désirable qu'il eût pu surtout les accompagner de quelques renseignemens météorologiques et relatifs aux températures des diverses années doui il s'est occupé. FIN DU D1X1E1WK VOLl'MK. TABLE PLANCHES RELATIVES AUX MEMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. Pl.Ji. Diphies et leurs détails anatomiques. PI. a. A , Calpé ; B , Abyla ; C, Nacelle ; D , Ennéacone ; E , Cu- B01DE. PI. 3 , fig. i-i3. Conferves. — Fig. 14-26. Mycodermes. Pi. 4- A , Hippopode. Fig. 1 . B. Orythie. — Fig. 2-4. Rosace. PI. 5. Rhizophyses. PI. 6. A , Dianée ; B , Equorée ; C, Phorctnie , D , Campanulaire. P. 7, fig. 1-6. Brtarée. — Fig. 7, 8. Anatifes. PI. 8. A , Biphores; B, Htale ; C, Flèche; D, CLÉononE. PI. 9. A , Veretille, B, Astroïde. PI. 10, fig. i, 2. Fémur de Mastodonte. — Fig. 3. Humérus de Tortue- Pi. 11. Anatomie des genres Ormithomyie etOcYPTÈRE. PI. 12. I. PalIDRUS ACOLEATDS. II. ZlZYPHUS VCLCARIS. III. CoNDALIA MICROPHYLLA. IV. VeKTILACO MADRASPATANA. PI. i3. I. Berchemia floribunda. II. Sageretia oppositifolia. III. Rhàmkus alatfrncs. IV. Rh. catiiarticus. V. Rh. frangcla.- PI. l4- I. COLLEUA HORRIDA. II. Rf.I'AKILLA OBCORDATA. III. CrTP- TANDRA AMARA. PI. l5. SCOTIACOMMERSOWII. II. HoVENIA DULCIS. III. CoLUBRItfA FER- RUCINEA. IV. CeANOTHCS AZUREUS. PI. l6. WlLLEMETIA AFR1CANA. il. POMADERRIS APETALA. III. GoCAKIA TILIJEF0L1A. PI. 17. I. TmcHor.EPiivLUs stipularis. II. Phtlica plomosa. III. Soo- LAKG1A AX1LLARIS. PI. 18. BOLITOPHILS CENDRÉ. — PaOCHATKE ROF1PESNE. PI. 19. Vues des îles Baléares. FIN DE LA TABLE DES PLAiNCHES. TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. ANATOM1E ET PH"YSIOLOG E ANIMALE, ZOOLOGIE. bservations zoologiques faites à bord de V Astrolabe , en mai i8a6, dans le détroit de Gibraltar; par AIAI. Quoy et Gai- mard , Médecins de la Marine, Naturalistes de l'expédition. 5 Première partie. Mémoire sur la famille des Diphides. 6 Deuxième partie. Description des genres Hippopode , Orylhie , Rosace , Rhizopliyse , Dianée, Equorée , Phorcinie , Carupa- nulaire , Astroïde et Alcyon. 17» Troisième partie. Description des genres Bipbore , Carinaire, Hyale, Flèche, Cléodore, Anatife et Briarée. aa5 Extraitdu Rapport sur les Observations zoo'ogiques de MM. Quoy etGaiiuard; par AI le baron Cuvier et Al . Latreille. a3q Mémoire sur les Papouas ou Papous ; par AIAI. Lesson et Gar- not. gi Mémoire sur les Tastnaniens, sur les Alfourous et sur les Austra- liens; par AIAI. Lesson et Garnot. i^q Note sur le Cliuna celala , nouveau genre de Zoophyte trouvé dans le Firth du Forth , près d'Edimbourg ; par E. Grant. 16a Note sur la Régénération du Tissu nerveux ; par le docteur Prévost. 168 Sur les Habitudes de l'Ornithorhynque. ig3 Note sur un Fémur de Mastodonte à dents étroites {Mastodon* angustidens ) découvert dans les terrains marins supérieurs des euvirous de Montpellier, par MAI. Marcel de Serres, Dubrcvil et de Chris to'. ai 6 Description et Figure d'une nouvelle espèce d'Ornithomyie ; par :. AI. Léon. IJufour , D.-M. , Correspondant de la Société philo- matique. 2>J3 Mémoire pour servir à l'histoire du genre Ocyplcra; par M. Léon Dufour. D.-M. , etc., etc. . 248 Rapport sur d'-iw Mémoires de MM. Audouin et Milne Edwards , contenant des recherches anatomiquts et physiolo- ( 448 ) giques sqr la Circulation clans les Crustacés ; par MM. Cufier et Duméril. 3 $4 Mémoire sur un Insecte diptère du genre Bolitophile ; par M. E- Guérin , Mera bre de la Société d'Hist. nat. de Paris , etc. 399 Mémoire sur une espèce nouvelle de Brachelytre du genre Pro- gnathe ; par M. Hippolylhe Blondel. 4' 2 Mémoire sur l'Application du Baromètre à l'étude de la circula- tion du sang et de la respiration chez les Animaux vertébrés; par le docteur Barry. 4' 5 Note sur les Régénérations nerveuses qui s'observent dans le moi- gnon des membres amputés ; par M. le baron Larrey. 4 3 9 Note sur le Mouvement de la population de Palerme ; par M. billot . de la Soc. philom. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE , BOTANIQUE. Observations sur le Mouvement de la Matière verte daus les vé- gétaux ; par M. L. Ch. Treviranus. echerch.es microscopiques et physiologiques sur le genre Myco- derma ; par M. J. B. Desmazières. De l'Influence du Dessèchcmen-t sur la germination de plusieurs graines alimentaires ; par M. Thénd. de Saussure. Note sur des Expériences concernant la fécondation de quelques végétaux; par M. C. F. Gœrtner. Note sur le Sclerotium stercorarium. '4 Observations sur la famille des Légumineuses et sur quelques Es pèces de l'Afrique centrale ; par M. B. Brown. Mémoire sur la famille des Rhamnées ; par M. Adolptie Bror. 44-' 4* 68 n3 eniart. MINÉRALOGIE ET GEOLOGIE. Sur quelques Phénomènes géognostiques que présente la W^f relative du porphyre et des calcaires daus les environs du lac de Lueano : par M. 'Léopold de Buck. OueWs Considérations géologiques sur la Présence des debns ^dXmaux vertébrés dans les différentes couches de notre gobe, varM i/uot , Membre île la Soc. d'HiSt. nat de Pans etc Reition d'une Découverte récente d'Os fossiles faite dans la partie orientale de la France , à la grotte d'Osselles ou Qumgey, sur les bords du Doubs , cinq lieues au-dessous de Besançon : par lT Bel docteur Bulu.nd , Membre de la Société ; royale de Londres , Professeur de minéralogie et de géologie à l'Université Notiœï'les Mines d'or et de Platine des monts Ourals; par Nite'sS"lfcofst'itution géologique des «les Baléares; par M. L. Elie de Beaumont. FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. 2o(> 32 O io/> 26l