r ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. ZOOLOGIE. - nii'niiLiiîniP: im nmnr.OGxr ht uaiitim.t. ANNULES DES SCIENCES NATURELLES rOMPnE.VAKT I.A ZOOLOGIE , LA BOTAMQLE , I.'W VIOMIE ET LA l'IlYSIOLOfilE COMP VRÉES DES DEL'X nÈONES , ET L'mSTOIliE DES CORPS OIKJAMSÉS FOSSILES; rOLli LA ZOOLOGIE PAR n. IVIIIiKE EDWARDS, ET POIR LA BOTANini E PAR niiH. AU. BROIVCnriART ET J. DECAI$$XE. Sroisiciiu" innic. ZOOLOGIE. TOME CINQUIÈME. PARIS. VICTOR MASSON, LIBHAlnE DES WCIKThS SAVANTES Pllts LE MIMSlfcnc DE l'isSTRUCTIO.-» PUBLIQUE, PLACE DE I.'Ér.OI.E-l)E-Mfl)ECIM-, 1. 1846 ANNALES DKS SC!EI\CES .NATURELLES. PARTIE ZOOLOGIQLE. UliSCKiniON DES GALLES DU VERBASCUM El' DU SCROl'HfLiKIA. Li DES INSECTES QUI LES HAniTENT, POlll SKHVIR A LEIISTOIKK Dl' l'ARASITISUE ; Par M. LÉON DUFOUR. Lue a [Académie des Sciences, le 21 novembre l84o. C'est un fait très singulier, mais un fait très positif, que la plu- part des larves d'Insectes sont décimées par d'autres larves parasites , comme si , dans le but des harmonies de la nature , une loi de destruction devait contrebalancer une loi de produc- tion. Le parasitisme , considéré de haut , semble donc un correctif pour équilibrer les races ou les espèces. L'histoire des galles et de leurs hôtes , tant légitimes qu'usurpateurs , est appelée à former un des épisodes les plus curieux , les plus piquants de la science entoniologique. Des investigations dirigées avec intelligence vers cette étude mettront en relief des faits si extraordinaires, que des csj)rils peu séricuN ou supcrlicicU pourraient les jii'ciidre pour le 6 LÉOX DliFOUR. — SI 11 l.liS I.NSliCTliS DJiS fi ALLES roman de la science. Voici un spécimen de ces curieuses super- positions d'existences, de ces inévitables dépendances. Une fleur est piquée par un frêle Moucheron pressé d'y déposer un œuf. Cette action , si simple , devient l'occasion d'une pertur- bation nutritive dans la corolle et les étamines de cette fleur ; ces organes prennent un développement exubérant, anormal; ils s'hypertrophient , se déforment, et il en résulte une galle d'une configuration déterminée et constante. Cette galle, à peine de la grosseur d'une petite aveline, devient le berceau de quatre Insectes génériquement différents , sans mettre en ligne de compte les usurpations éventuelles de domicile par de très petits nomades. Essayons de dérouler les manœuvres mystérieuses de ce quadruple habitat. Le fondateur de cette intumescence morbide, de cette fleur hy- pertrophiée , est un Diptère de la famille des Tipulaires , un Ceci- iloviyia. Sa larve , malgré son incarcération dans le creux d'un sphéroïde fermé de foules parts , n'est pas pour cela à l'abri des incursions, des attaques de trois cruels ennemis, pour lesquels sa propriété et sa vie deviennent des conditions d'existence ; ce sont trois Insectes de l'ordre des Hyménoptères , mais de trois genres différents : un Misocampiis, un Jùitophus, un Stomoctea. Le Misocampe , guidé par un merveilleux instinct, obéissant à une mission irrévocable , sent , devine qu'une larve , condamnée à devenir le réceptacle vivant de sa progéniture , est à une distance suffisante de la surface de la galle , pour que la longueur de sa fine tarière abdominale ou de son oviscapte lui permette d'in- sérer dans le corps de cette larve un œuf solitaire. Et remarquez, je vous prie, que l'ovaire du Misocampe, que, malgré sa petitesse, j'ai pu disséquer, a envirdii une quinzaine de gaines ovigères multiloculaires pouvant fournir h une jionte successive d'une cin- quantaine d'œufs, destinés, par consé(|ucnt, à cinquante victimes. 11 faut donc que cette habile et industrieuse mère aille pondre un œuf isolément dans chaque galle. Ce n'est pas tout encore ; admirez ce concours de difficultés vaincues : le Misocampe doit avoir acquis la certitude, c'est presque une prescience, qu'aucun Rutrc individu de son espèce ne l'a précédé dans cette inocula- DU VliBUASCLi» Kl Ul SCUOI'UULAIUA. 7 tion d'un œuf : car il est écrit là-iiaut (|ue le parasite du Ver de la Cccidoniyie doit être seul aux prises avec sa victime. Je vous le demande, oii résident dans ce myrniidon d'Insecte cette per- fection de l'odorat, cette subtilité de l'ouïe, qui, dans ce cas, pourraient influencer ses déterminations ? Aurait-il ce don de seconde vue dont les illumini;s du magnétisme nous parlent par- fois? ou bien n'est-ce encore (|u'un simple instinct, comme on dit?.,. IMais rentrons dans le positif. De l'ieuf implanté parle Misocampe doit éclore un Ver , l'ennemi personnel du légitime possesseur de la galle , condamné à devenir son inévitable proie. L'Eulophe , qui ne doit pas avoir, comme le Misocampe, des enfants carnassiers et assassins , mais qui n'en est pas moins re- doutable pour la Cécidomyie , est instruit , par une faculté innée , que le domicile de la Tipulaire renferme des jM'ovisions de bouche, dont il a pressenti et la qualité et la quantité. Il sait que la tur- gescence des étamines est au degré convenable pour alimenter le premier âge de sa postérité ; il a mission d'envahir , d'usurper cet asile, et d'y introduire , non pas un seul œuf, connue le Miso- campe, mais une douzaine d'œufs, d'où naîtra une tribu de Vers avides qui vont réaliser le sic vos non x'oliis de Virgile. (Juant au Stomoctée, dont la taille surpasse celle de l'Eulophe, et qui pullule moins que lui , je l'ai obtenu des mêmes galles sans être encore fixé ni sur ses métamorphoses , ni sur son parasitisme du Misocampe ou de l'Eulophe. J'avais retardé d'un an la publi- cation de ce Mémoire, espérant que , en 18/i5, je pourrais éclairer cette question ; mais la constitution météorologique de l'année désastreuse qui tire à sa fin a été telle, que là où les étés précé- dents, j'aurais eu à mon service des milliers de nos galles, je n'en ai pas découvert une seule. L'entomologie a eu, en 1845, ses déceptions , comme l'agriculture ses calamités. I-e fondateur de la galle se trouve donc dans l'alïreuse alterna- tive ou d'être dévoré vivant par son parasite direct le Misocampe , ou do mourir d'inanition par son parasite indirect l'Eulophe Mais rassurez-vous , le type de l'espèce de la Cécidomyie ne dis- paraîtra pas de ce monde ; les harmonies de la nature auxquelles le faible Diptère prête son atome d'iniluence ne sont pas h même s LÉOK DUFOUR. SLIi I.I.S l.NSliClES UliS (.ALLES de se troubler. Le créateur , qui veut que tout ce qui a vie la con- serve , a donné à cet Insecte une prodigieuse fécondité , et la majeure partie de ses larves, au milieu des dangers qui l'envi- ronnent, subissent leurs complètes métamorphoses. Si j'ai sou\ent trouvé le cadavre du Ver de la Cécidomyie gisant au milieu de la prospérité des larves de l'Eulophe , j'ai vu aussi dans d'autres circonstances la Nymphe de cette Tipu- laire parfaitement viable, lorsque les Chrysalides de l'Ilymé- noptère n'étaient qu'au nombre de cinq ou six. Dans le premier cas, ou le Misocampe avait tué la larve de la Cécidomyie, ou celle-ci était morte de faim par la voracité des larves de l'Eu- lophe. Dans le second cas , n'est-il pas probable que la prévoyance maternelle de l'Eulophe, pour proportionner le nombre de ses petits à la quantité présumée de nourriture , n'aui'a placé dans la galle que la moitié de sa couvée ordinaire ? Il peut se faire aussi que la larve de la Cécidomyie , ayant déjà pris un certain dévelop- pement lorsque l'Eulophe a colloque dans la galle ses douze œufs, une partie des Vers issus de ces derniers aura péri d'inanition ; ou bien encore la tribu des Eulophes aura pu être partiellement victime du parasitisme du Stomoctée. Le sujet de ce Mémoire , quoique ne traitant que de fort petites choses, est pourtant assez vaste pour comporter plusieurs divi- sions. Je consacrerai donc un premier chapitre aux galles, et un second aux habitants de ces galles. CUAPITBE 1. (;Ai.i.iis. Une galle est, une production complexe , puisqu'elle résulte du concours simultané, de l'action combinée d'un végétal et d'un Insecte. Je ne puis donc pas isoler dans cette étude ces deux élé- ments; je ne puis pas séparer la cause de l'effet. Tout en circon- scrivant mon sujet dans les limites de l'entomologie , je serai irré- sistiblement entraîné à quelques considérations de physiologie végétale qui découlent de ces aberrations des lois normales ; mais j'y mettrai une grande réserve, Ul MilUiAbCm 1.1 1)1 .SCllrtl'lH 1. MU A. 9 Le Verbascum pulvendenluiH cl le Srropindariu caniiia crois- sent abondamment Tun et rautre sur les chaussées graveleuses de l'Adour, près Saint-Sever, et lleurissent en mai et juin. C'est à cette époque que ces plantes sont plus ou moins chargées de galles ; mais celles-ci se rencontrent en (|uanlilé lieaucoup plus considé- l'able dans les rameaux du Ihyrse pxraniidal du / crhascuni que dans ceux plus rares , plus divci'm'iils , de la Sci'ii|>hulaire. On est surpris tout d'abortl (|ue la même es|)èce d'Insecte éta- blisse indillércmmenl sa progéniture dans deux plantes qui appar- tiennent à, deux familles difl'érentes, et dont la structure extérieure est si dissemblable. Ainsi le f erbascum , de la famille des Sola- nées, a ses larges feuilles, ses tiges , son inflorescence , couvertes d'un duvet abondant. Iloconneux, et n'est point aromatique; tandis que la .Scrophulaire , de la famille des Personnées , est glabre dans toutes ses parties, et odorante. Cependant, en y por- tant quelque attention . nous retrouverons encore dans cette ché- tive Cécidomyie un certain instinct botanique analogue à celui dont le célèbre Ue Candolle a consigné plusieurs exemples dans sa Thèse inaugurale , publiée en l80/i, sur les propriétés médi- cales des plantes (p. 18). Ici le cas est encore plus remai- ([uable ; car ce n'est pas dans les espèces d'un même genre que notre Tipulaire doit fixer son choix : elle passe du genre d'une famille dans le genre d'une autre famille. Mais cet Insecte fait preuve d'un tact, je dirais presque d'un discernement, qui ne viole pas autant qu'on pourrait le croire d'abord la série natu- relle des genres : car, d'une part, les deux familles sont contiguës tians le cadre de la classification , et , d'autre part , le genre P'er- hasciim termine les Solanécs, tandis que la .Scrophulaire est peu éloignée du commencement des Personnées ; peut-être même pour- rait-elle revendiquer, par sa corolle mal bilabiée (qui se rapproche par là de celle légèrement irrégulière du P'erbascum) et surtout par sa capsule, un poste à la tète de celte dernière famille (1). Ouant à l'indication fournie par le choix de notre Cécidomyie , je suis loin de la regarder comme indill'érente : elle est à mes yeux (I) Aujoutti'liui les liolaiiisles phii'cnt ces doii\ genres (laiis la même famille , Kollo di'S ScroiJliulariiifes, K, J() LÉOX Dl'FOUR. — SU'. l.liS I.NSECÏliS DES GALLES un témoignage de l'analugie de composition intime , de ridentité des sucs que le même Insecte retire, pour sa nourriture, des organes correspondants ou similaires de ces deux plantes. Je vais m'expliquer : Ces galles, irrégulièrement arrondies ou ovalaires , varient pour leur grandeur , et ont de 8 à i'2 millimètres de diamètre ; elles sont plus grandes dans le Ferbascum que dans la Scrophu- laire , ce qui tient à la dilTérence de densité ou d'extensibilité des textures respectives. Dans la première de ces plantes , elles ont une couleur d'un vert pâle ou jaunâtre, avec un lin duvet coton- neux , qu'une loupe attentive constate aussi dans la corolle nor- male ; dans la seconde, elles sont glabres, verdàtres, avec une teinte violacée ; dans les unes conunc dans les autres , elles sont exclusivement formées aux dépens de la corolle et des étamines : l'ovaire , le calice et le pédoncule n'y participent en rien. C'est lorsque la fleur est encore en bouton que la Cécidomyie perce celui-ci avec son oviscapte, et loge dans son intérieur un seul œuf. Est-ce la présence seule de ce dernier qui détermine le développement anormal et monstrueux de la Heur? ou bien l'In- secte en pondant l'onif y instillo-t-il quelque humeur acre qui pourrait être sécrétée par l'appareil compliqué situé sur le trajet de l'oviducte, et dont une partie porte le nom de glande sébi- fique? La question me semble d'une solution diflicile ; toutefois ce n'est pas à la larve (jui sort de cet (euf (|u'il faut attribuer l'hy- pertrophie ; celle-ci doit nécessairement précéder sa naissance, car sans cela elle serait condamnée h mourir de faim , puistiue c'est le suc du lissu turgescent qui peut seul faire la nourriture de la larve. (Juoi (ju'il en puisse èlre, la corolle, par l'etfel d'une irritation nutritive, devient exubérante; ses lobes s'infléchissent, se recro- quevillent en dedans, et, loin de prendre dans le Ferbascum leur belle couleur jaune, deviennent d'un gris verdàtre, et acquièrent une consistance subcoriacée. Mais admirez comme , dans les plus petites choses , la nature a tout calculé avec soin ; cette condition d'une consislance coriacéo rend évidemment ce tissu impropre à la nourriture d'une larve délicate et tendre , et est devenue uno DL: VElillASCdM ET DV SCROPIIt!r,Vlll A. 11 nécessité pour protéger la cavité de la j^alie , le berceau de la larve , sinon contre les attaciucs de tous ses ennemis , du moins contre les injures du temps. Ainsi la corolle, qui, pour la Heur, est le rideau nuptial des organes reproducteurs , devient ici la tente iutélairc de l'existence de la larve. Les filaments des éta- mines, considérablement grossis par riiypertrophie, ont éprouvé dans leur texture intime d'étonnantes modifications ph^j'siolo- giques; ils sont devenus tendres, succulents, et la loupe y distingue des papilles granuleuses qui rappellent la glaciale {Mesembrijiinllieiiiuin cnj.slallinuin L. j, et oii se trouvent entre- mêlés, dans le rcrlKisciiin , des poils, les uns atrophiés, ara- néeux ; les autres épaissis , terminés par un capitule glanduleux, cristallin, (les filaments succulents sont essentiellement destinés à la noiu'riture de la larve ou des larves , comme l'observation directe me l'a démontré. Les anthères tantôt suivent l'imiiulsion du développement morbide , et leurs valves , plus ou moins défor- mées , renferment un pollen mal élaboré ; tantôt s'étiolent et avortent. Le pistil échappe à la turgescence des organes mâles , mais il subit souvent le sort de l'infécondité ; il n'est pas rare, sur- tout dans la Scrophulairc, qu'il se courbe irrégulièrement en hameçon. Je ne saurais passer sous silence une observation qui , sans être étrangère à mon sujet , se rattache plus particulièrement à la pathologie végétale. Il arrive jiarfois que , par des influences météorologiques ou par une autre cause peu appréciable , la larve meurt peu après sa sortie de l'œuf. Alors les parties en voie d'hy- pertrophie tendent à se guérir ; l'excitation fondamentale , qui se serait continuée par l'action de sucer, s'atténue, s'etTace ; les tissus turgescents, de nouveau soumis à l'action normale des lois phy- siologiques, se serrent, se condensent; la sève perd son exubé- rance morbide , reprend son cours naturel ; enfin , quoique tardi- vement , les étamines rentrent dans leurs fonctions génératrices en même temps que les lobes de la corolle se déploient , et s'é- talent dans le Ferhasciim en ravivant leur couleur jaune. Dans d'autres circonstances où la mort de la larve survient aussi , les elToris du la nature se trouvant impuissants pour remédier h la 12 I,É01\ DUrOllB. — SLU l.l-S l.\SIi(_;lliS DliS HALLIiS turgescence pathologique, il se déclare une véritable atrophie: les étamines se dessèchent, et la galle inhabitée languit et meurt. Nota. Réaumur, dans la prélace du tome V de ses Mémoires, mentionne simplement les fleurs monstrueuses du Bouillon blanc (f'erbascuiii) que lui avait envoyées Bernard de Jiissieu , et qu'il crovait habitées par le Ver d'une Tipule (ce (juc mes observations ont justifié) ; mais il ne décrit nulle |iart m hi galle ni le Ver. M. le docteur Vallot de Dijon , tort haijile obser\ ateur, a donne le signalement succinct et de cette galle et de la Cécidomyie qui la produit, et d'un des Parasites ([ui l'habitent. (Jetés de l'.lead. de Dijon, 1827, pag. <.)2.) CHAPITRE il. HABITANTS DliS (iALLES 12T LEURS MÉTAMORPHOSES. ARTicLr I". — >létamorplioses de la Cécidonijie. 1" L.uivE (in. i, lig. o-S). Larva apoda, i/Hemlueepliala , uvalo-obhiuja, lulea, ylabra ; . palpis (?) laleralibtis bi-articiilatis. Loiuj. 3""". Hab. in gallis f 'erbasci et Scropliulariœ. Pour bien saisir la composition et la structure de cette petite larve , il convient de l'étudier immergée vivante dans l'eau , et sous le microscope. Les individus qui ont servi à ma description et à mes dessins étaient adultes , et à même d'entrer en travail de nymphe. Le corps se compose , comme celui de beaucoup de larves de Diptères , de douze segments , le pseudocéphale non compris. Celui-ci , fort rétractile et dilTicile à bien constater , semble l'ormé de deux pièces invaginées, dont la postérieure, étroite et rudimcn- tairc , reçoit l'antérieure , qui est subtriaiigulaire et munie de chaque côté, avant son extrémité, d'un palpe (ou si l'on veut d'une o/itof/ic) bi-articulé, lin Irttil linéaire médian, brunâtre, Di \Knr,vsr.iM in ni sniioi'ini. viii\. 13 s'observe à la région dorsale clf celle pièce ; je n"ai pas aperçu les crocs ou mandibules. Le premier des segments thoraciques est largement et légèrement écliancré en avant; le segment anal est fort petit , comme rudimentaire , et tronqué. Cette larve a , comme ses congénères, neuf paires de stigmates placés sur les côtés des segments dorsaux. T^a première paire se voit an segment qui représente le ])rotliorax ; les deux segments suivants n'en ont pas; les huit autres paires occupent les huit segments qui suivent ceux du Ihnrax. 2" Nymphe (PI. 2, li-. 9-11). IS'ympIta niida , obcohita , iiblnnfia, fusrn-brunnen , subcoriacea ; antice attenuata, aciile bi/ida, /toslirp obtiisa ; Ihoracis liiifu dnr- sali impressa carinataque; segmentis abdominis piinclalo aspe- ridis. Long. 5""". llab. in gallis Verbasci et Scropludarirr. La seconde morphose de notre Cécidomyie , ou celle qui suc- cède à la larve , est une véritable Aijinplie ou Chrysalide, et non une P^ipe. Elle est d'un châtain vif. Vue en dessus , sa partie antérieure ressemble à une hure aiguë terminée en une pointe linement bifide , et sa base ofî're de chaque côté' une saillie arrondie qui n'est pas un œil , ainsi qu'on pourrait le croire à la simple inspec- tion du dessin. Le microscope met en é\idence près de cette saillie un poil roide , une sorte de spinulc. Les véritables yeux se voient en dessous ; ils sont grands, ovales, noirâtres, et, entre eux , il y a deux dents aiguës , dirigées en avant , et comme cro- chues. L'étui des antennes borde le contour externe des yeux. Premier segment du thorax grand , convexe , lisse , luisant , glabre, avec une ligne médiane dorsale, canaliculée et caré- née ; le second . rudimentaire ; le troisième , ou métathorax , en carré transversal , et plus grand que le précédent. Abdomen à sept segments parallèles à peu près égaux ; l'avant- dernier un peu plus large, et le dernier fort petit. Région dorsale de tous ces segments garnie d'aspérités ou de petiles spinules l/l LÉORi DUFOl». — SI P. r.ES I^SECTF,S DES GAÎXES serrées, disposées en séries transversales assez régulières: une bande inerme sépare , les uns des autres , les cinq premiers seg- ments. Région inférieure, oll'rant le relief des ailes rabattues et des pattes emmaillotées ; celles-ci contiguës sur un même plan atteignant le bord de l'antépénultième segment. Croyez-vous que cette hure, ces épines, ces aspérités soient tout simplement des traits distinctifs de l'espèce, une vaine confi- guration? Détrompez-vous ; il en est bien autrement. Si la frêle (;écidomyic eût été destinée à naître dans la cavité sans issue de sa galle , la fragilité de ses longues pattes , la faiblesse de toutes ses parties , la structure de sa bouclie , ne lui auraient pas i)ermis de pratiquer une brèche à la voûte de sa demeure pour s'envoler, et son berceau fût infailliblement devenu son tombeau. Mais le créateur de la Cécidomyie devait être conséquent au principe de la perpétuité de l'espèce : les organismes les plus inaperçus sont empreints de son incessante sollicitude. Pour bien comprendre celle-ci , il faut se livrer à l'étude consciencieuse des moindres détails de structure extérieure , pour en pénétrer le but fonc- tionnel. La hure bifide de notre Nymphe est en même temps un coin et une tarière destinés à perforer l'enveloppe coriacée de la galle. Lors de l'éclosion du Diptère, vous trouvez en elïet la Nymphe engagée jusqu'à l'abdomen dans un trou de son cachot où elle se tient, pour ainsi dire, à la fenêtre. Et comment cette Nymphe revêtue d'une coque inerte , dépourvue de tout organe de loco- motion , puisque ses membres ne sont qu'un relief immobile , a- t-ellepu opérer cette perforation? C'est ici un instinct providen- tiel , un mystère dont la révélation délie le témoignage de nos sens et presque de notre intelligence. Toutefois il est probable (jiie la J.arve, avant sa définitive métamorphose en Nymphe, a reçu mission de s'approcher, par son bout antérieur, du point prédestiné à être perforé. La Nymphe , par des mouvements suc- cessifs,insaisissables mais réels, met en exercice et la pointe bifide de sa hure et les deux crochets inférieurs placés entre les yeux. Rappelons-nous que j'ai signalé au thorax une ligne médiane ca- naliculée et carénée. Cette ligne n'est qu'une symphyse destinée Di; viînBAScuM KT nr scroimii r,\Mi\. 15 à. se dessouder et às'ciilr'ouviir par les ii](Ki\(;meiilsexpiilsi!s du Diptère inclus, lorsque l'iiein-e tie sa naissance, de son évasion est sonnée. H fallait donc , pour lo succès de cette manœuvre , que le thorax , dans toute l'étendue de la lif^ne qui le pourfend , se plaçât hors de la galle , en plein air, et c'est là ce qui a lieu. La surface lisse, polie et presque glissante de cette partie du corps favorise on ne peut mieux son exserlion par le trou pratiqué au moyen de la vrille ou tarière cunéifoi'mo dont j'ai parlé ; tandis que les aspérités spinul(!uses de rabdouien tendent, et à limiter l'exsertion et à fixer la Nymphe à l'uin orlure , afin de fournir un point d'ajipui aux mouvements expansifs de l'Insecte, qui se dégage de ses langes pour prendre son essor et voler à ses amours. S" iNsr.cTE AILÉ (PI. ■■>. lis. I?-)."}). CecHlomijia Verbasci Valiot ((. r.). Cécidomyie du Verbasaim. y iqra , antennis lli-articiilix ; oculis in ulroqiie se.vit coadunatis ; lltorace cinereo-phtinbeo; collo, thoracis laterilms, alarumque hasi rubescentibus ; abdomine pubescente squamoso . lalcribiis pcdisbusque lividis; ails diaphanis. Lcmçi. îï""". Hab. in sterilibus. (Saint-.Sever). Tête arrondie , mais non hémisphérique , ainsi qu'on le dit des Cécidomyies en général , sensiblement déprimée , envahie j)ar les yeux, qui, dans les deux sexes, sont, non pas contigus en arrière , mais soudés , continKS , de manière que leur ensemble représente un grand fer à cheval dont les branches ne sont sépa- rées que par un espace étroit et pâle qui constitue la face. Sa région inférieure, d'un blanc soyeux, débordée par quelques poils. Nulle trace d'ocelles. Antennes moins longues que le corps , de quatorze articles dans les deux sexes ; le premier conoïde . le deuxième court , urcéolé , les trois derniers ovales-arrondis dans la femelle , avec le dernier rudimentaire enchatonné ; ces trois articles, dans le mâle , de la longueur de ceux qui les précèdent. Palpes pâles, de deux articles seulement ; le premier, gros, ■J() LËOK DKFOl'K. — SI li I.KS INSl-CTHS DES CAI.r.KS conoïdo ; l'autre, long. r\ liudroïde , à peino arqué , hérissé, (lelte roniposition des palpes, insolite dans la famille des Tipulaires, m'a fait multiplier mes explorations microscopiques ; et cepen- dant je n'ai pu constater dans ces organes que deux articles. ï en aurait-il deux autres qui m'auraient écJiappé? Dans l'Inseote vivant , un cou bien marqué , rougeàlrc , conoïde. Corselet ovalaire , glabre ou presque glabre . gris-plombé , avec deux lignes enfoncées presque parallèles. Écusson demi- circulaire, convexe. Balanciers grands, conoïdes, blanchâtres. Abdomen à duvet gris-blanchâtre, caduc ; tantôt uniformément lavé de rougeâtre, tantôt de cette dernière couleur sur les flancs seulement , ce qui dépend de la naissance plus ou moins récente. Oviscapte pouvant s'allonger par le désemboîtement des tuyaux qui le constituent, et mettant alors en évidence une tarière pili- forme qui permet à la Cécidomyie d'insérer profondément les œufs dans les boutons des fleurs. Armure copulatrice du mâle se présentant sous la forme d'un corps arrondi, corné, d'un gris brun, qui n'est qu'un forceps, dont rlinque branche se termine par une pointe aigué. Pattes paraissant glabres , même à une loupe simple , mais évidemment velues au microscope. Ailes subdiaphanes, velues, avec leur bord postérieur frangé. Ces poils et ces franges tombent au moindre IVotlemcnt, et on rroirait souvent qu'ils n'ont pas exist/'. C'est en mai et en juin que les Cécidomyies piquent les bou- tons: mais j'ai souvent constaté une seconde production de galles, au mois (rnnùt. sur des rejets fleuris fin Verhnscuui. \nTir.r.r. II. — Ah'lamorplioses du Misiiinni/jus. 1" l.Miw. (PI. î. fr^. 10-19). Larva ajmla , repliai a, jiilosa . uvuto-nlihmçja . xujtm convexa , subliix plana : capilc iniiiulo vohimkitii . snliliis bipapillalo ; seg- iiieiiliiriirjjijiis iil/iiiii) xiibciiuD'fitinilii. Lonij. o-'i""". //(//;. parasitica in Ijiri-n ('cridDiiujin' f l'rliiisri. On la reconnaît à l'instant aux poils assez longs qui hérissent 1)1 \i:iiiusf:i \i i;r m sciuii'iii i \iii \. 17 sa région dorsale. TiHe aycanl en dessous, de cliaquc côté de son bord antérieur, une papille qui flan(]uoraiL un très petit suçoir proéminent. En dehors de cette papille est une pièce antenni- l'ormc , qui m'a semblé terminée par une courte soie; enfin il y a deux mandibules brunes, cornées, simples, c|ui ont l'air d'être collées sur le tégument. Dernier segment abdominal , petit , ou tronciué, ou échancré. Je me suis assuré que les angles de cette écliancrure servent de j)seudopodes pour que la larve se fixe sur celle de la Cécidomyie. J'ai bien souvent constaté , par la pellucidité des téguments , le passage de riiumcur jaune de cette dernière Larve dans les en- trailles de celle du Misocampe. C'est au moment où la Larve de la Cécidomyie va subir sa métamorphose en nymphe qu'elle suc- combe aux attaques de son parasite. D'innombrables ouvertures des galles m'ont appris ([uunc teinte noire de leurs parois internes annonçait positivement la Itrésencc de la Larve du Misocampe, soit suçant le Ter de la Cé- cidomyie , soit reléguée dans quelque coin de la galle. Ce signe ne me trompait jamais. 2» Nymphe (PI. i. fig. 20, 21). .\ ympha nwla, ohvolula, ol)lonfja,filaherrina , nitiila , r^ifescens ; abdiiuiinix oriscnpio iUiran inriiinhenlc. Ijinij. h""", lia}), in (/alla J ^pfliasci. La tarière ou oviscapte est réfléchie sur le dos de l'abdomen , comme celle du f^ucospis, et ce n'est qu'à la naissance de Fln- sectc ailé qu'elle se détache du dos pour demeurer au bout de l'abdomen comme une queue. I^es pattes postérieures se prolon- gent jusqu'à l'extrémité du ventre. 3" I^=ECTF. AlU:. Misorii mpiis nigriconiis. Misocani])e nigricorne. Uiiilolepis nigrkornis Fal)r. lùtt. Sysl.. II. p. IS.j. Ohhiinjiis , ririilis, iiiliilus ( tiileriluiii rfrruli'Sfciis) aliilnmiiic sdIj- ■y série, ZoHi.. T, V. ( J,iii\icr ISKl.) -> •- i8 LÉOX DLFOUR. — SUIl LES INSFXTES DES GALtES triquelro; antcnnarum nif/rarum articula primo suhlus, palpis, pedibusque jlauis ; oviscapto nigro, abdominis lun/jitudine. Jmii/j. €>""", Mas minor, antennis brevioribus subcrassioribusque, scapo bre- viore nigro. Hab, in incultis. ]^a couleur jaune du dessous du scape de l'antenne , dans la femelle , a échappé à Fabricius , et est sujette à s'effacer par la dessiccation. L'article terminal est olivâtre et deux fois plus long que celui qui le précède. Hanches jaunes aussi. Cuisses posté- rieures vertes au milieu , parfois seulement noires à leur base , ainsi que le dit Fabricius. Ailes diaphanes, avec la nervure cos- tale et la callosité pâles. Celle-ci atténuée vers son insertion. Ab- domen plus lisse , plus luisant que le corselet. Lame intermédiaire de l'oviscapte roussâtre. Le Misocampc nigricorne ne s'obtient pas seulement des galles du Verbascum et de la Scrophulaire , mais aussi de la galle de V Eryngium îondée pur un Lasioplera , dont je donnerai plus tard l'histoire, et de la galle fongueuse poiniforiiic du chêne ]>roduite par le Diplolepis quercus lerminalis. Ces divers habitats prouvent que notre Misocampe attaque des Larves d'ordres différents. Je l'ai aussi recueilli abondamment en fauchant sur les plantes aqua- tiques. Observations sur le gonre Misocaininis. C'est , en histoire naturelle , un principe d'équité et une ques- tion d'ordre que de respecter les dénominations techniques de nos devanciers. Dès 181 S Latrcille avait fondé le genre Misorampus sur un démembrement des Cgnipsde Geoffroy (1). Plus de vingt ans après, sans égard pour la priorité, on a donné le nom de Callimome à ce même groupe d'Hyménoptères. Les caractères essentiels des Misocampus se réduisent , suivant moi , à ceux-ci ; .■ïnlennes filiformes ou à peine en massue , coudées . de onze (1) Nouv. Dict. d'Ilisl. nnt., î' éflil., article MisnrAMPK, t i)L viiiiiJAscm i;t di; scropik i.AruA. lU articles, dont le troisième 1res pelil, riidiiueiitaire , les suivants serrés entre eux, }>eu distincts, lo terminal plus grand ([ue ceux qui le précèdent. Ocelles presque en ligne droite sur la tranche occipitale. yiiles velues , sans nervures discoïdales. Ovisraple plus long que l'abdomen. .'IMiiiiien comprimé , avec une saillie ventrale. Auricr.i; Ilf. — Métaïuorplioses de V lùdniÂux. 1" L.Uivr. (PI. 2, fig. 22-21). I.arva apmUi , cephuJit . oblongo , pnstice atteniiala , f/labra . ope microsvupii jjramilalo - colliciilosa ; capifo miirulo , hi-iniupha'- rico: protliomce nui jure, ultimo scfiineiiki unijustiurc , relrac- lilc. Long. 2'""'. Jlub. in r/aUis f'crbasci et Scrophulan'ii'. Les plus fortes lentilles amplifiantes ne m'ont fait di'couvrir aucune trace ni d'antennes ni d'organes manducateurs ; je n'ai pu constater au-dessous de la tète qu'un poirjt enfoncé contractile , (|ui semble faire l'office de suçoir. La même lentille, qui met en évidence la texture granuleuse , chagrinée , des segments du corps, fait voir la tête unie et lisse. Le segment terminal ou caudal est cylindroïde , lisse , susceptible de s'allonger ou de se raccomxir au gré de l'animal , et j'ai souvent vu la Larve s'en servir comme d'un ])seudopodc, pour s'accrocher et exécuter quelques mouvements brusques , en même temps que ses tégu- ments chagrinés favorisent sa progression ou plutôt sa rep- tation. Les Larves de l'Rulophe sont au nombre de sept ou huit, de dix à douze dans une même galle. Nous avons vu que la Larve soli- taire du Misocampe est le parasite direct , l'assassin du Ver de la Gécidomyie. Le troupeau de celles de l'Eulophe non seulement usurpe le domicile de cette dernière , mais consomme sa nourri- ture et l'oblige souvent à mourir de faim. J'ai bien distinctement vu ce troupeau brouter les granules succulents des étamincs hy- •20 LËO\ DlTOrR. — ■ Sl!R I.I!S INSECTES DES GAM.ES pertrophiées. Co fait du régime herbivore de cette Larve, fait que j'ai constaté vingt fois , est nouveau pour la science , et con- tredit la dénomination de Pupicnres aifectée à la famille où elle est comprise. 2° NïMPHF. (PI. -2, fig. 23). .\ijmpha inula, obvoluta, obloiu/a , subincurva, glaberrima , ni- Hda , pallide rufescens. Imu/. 1 1/2. 2"'"'. Hab. in gallls T'erbasci. Ces Nymphes sont à nu dans la galle, et un peu variables pour leur longueur, suivant les sexes. Entre les segments dorsaux et \entraux de l'abdomen se voit un trait latéral brun , comme cal- leux. L'abdomen est en cône eflilé, sans oviscapte apparent; yeux bruns; deux des tarses atteignant le bout de l'abdomen. .3" Insecte aîi.é (PI. 2, fi<: 27-301 EulopJiusVerbasci \a]\ot (i. r. 1827, p. 92). Eulophe du Verbnscmn. — Diif., Afém. tir l'Acad. îles Se . vol. VII. p. 2a9. ■1841. Luieo-riifesccns , subf/labcr, hinc iiide macullidatus ; antennis ni- gris ; alis hi/alini.s , rosia nigra; abdomine conico acuminato, nigro, nilido, bas i plus miiiusve pallido. Long. 1 1/2, 2 1/2""". A'asnlur e gallis J erbasci cl Scrophulariœ. Ce petit insecte , ciuoique fort com'mun , est peu connu et n'a- vait pas été figuré. Tête un peu plus large que le corselet , subverticale , pressée contre celui-ci , roussàtre , à occiput noir. Antennes coudées , at- teignant le milieu du corselet ; celles de la femelle , de sept arti- cles simplement pubescents, dont le troisième fort petit, rudi- nientairc (1), les trois suivants arrondis, moniliformes ; le ter- (I) Cel arlicle , ^ui exislp aussi dans le iliwcainpiin , est une sorte de rotule doslinéo a favoriser les mouvements du (miel de l'antenne sur le seiipe. Il ne sau- rait ètr.'' liicn mis en lîvidence que jiar la macération. Di Mir.nAscLM lii m scuo]'iillviua. "21 minai en boulon ovale , oblong , plus grand que les pi'écédents , dont il est bien distinct; celles du inàle , de huit ou neuf articles, tous allongés et longuement ciliés au dos, le terminal plus long , mais non plus gros, olTrant vers son tiers postérieur l'indice d'une division. l'alpes à dernier article grêle, terminé par deux soies roides. Mandibules assez fortes, bidentécs ; yeux cl ocelles d'un brun rougeàtre ; ceux-ci .-^ur une ligne droite noircie. Corselet ayant , le plus souvent , un gi'os point nu''sothui'aciquc, des taches sur les flancs , et le métathorax noirs. Écusson pâle , convexe , arrondi , avec une impression linéaire de chaque côté. Abdomen sessile et contigu au corselet, pâle à sa base, avec une bande au segment, Oviscapte logé, comme dans les CVfa/e/s, dans une rainure sous-vcntrale et ne dépassant pas le bout de l'abdomen. Observations critiques sur le genre ICulophus Il est des auteurs qui, bravant d'avance toute critique et usurpant une sorte d'omnipotence , trouvent tout simple de faire table rase des antécédents sur la matÎL're qu'ils traitent. Ils ne se font aucun scrupule de baptiser, au nom de leur autorité arbi- traire et avec une technologie plus ou moins rude et énigma- tique , tout ce qui passe sous leurs yeux. En procédant ainsi , non seulement ils se dispensent de recherches difficultueuses : mais, sans respect pour les droits acquis, ils éludent toute érudition, toute synonymie ; ils altèrent sans pitié jusqu'au texte du petit nombre de citations qu'ils font. J'appelle cela un délit scientifique, un dangereux exemple. Ces réflexions me sont suggérées par la MonograpliiaChalcidituin de Francis Walker (1839). Je ne vois dans cette Monographie que le genre Eulophus dont les antennes aient neuf articles, et ce nombre serait le même dans les deux sexes. L'auteur anglais , avec la prétention d'a- dopter le genre Eulophus, fondé par Geoffroy, doiuie neuf articles à ses antennes, tandis que Geoffroy dit textuellement qu'elles sont composées de sept pièces (1), et il n'avait connu que le mâle. D*" (I) Hist. /i(S., II, [). 313, |)1, l.j, Ijl:. 3, 22 LÉOX Dl'FOUK. — SUR LKS l.N'SECTliS DES GALLES Géer, postérieurement h Geoffroy , a aussi décrit et figuré exac- tement (1) le même Eulophvs , et , plus heureux que son prédé- cesseur, il a fait connaître la femelle. Or, de Gécr dit positive- mant que les antennes du mâle sont divisées en sept articulations , et celles de la femelle en six. Latreille , dans son immortel Gê- nera , n'avait pas , je le présume , des observations qui lui fus- sent propres sur VEjilophvs de Geoffroy , et appréciant à leur juste valeur les assertions des deux auteurs précités, il assigna aux Eulophus des antennes de six ou sept articles. Ainsi le caractère principal du genre Eulophus , fondé sur le nombre des articles des antennes , exclurait formellement , d'a- près le signalement de M. Walker, l'espèce qui a servi de type h Geoffroy, à de Géer et à Latreille. L'entomologiste britannique, en inscrivant en première ligne cette espèce et en citant cette triple synonymie, aurait donc commis une erreur grave, je dirais presque une inconséquence. Venons maintenant à l'espèce. M. Boyer de Fons-Colombe , dans sa, Monographia Clmlciclidtm Gallo-provincia' , etc. (2), cite comme provenue c calijcihus i)tflalls f'erhasci nir/ri , et sous le nom de Cijnips Quercus ramidi? une espèce qui semble avoir de très grands rapports avec notre petit Eulophus. Mais peut-on supposer, malgré l'analogie de l'habitat , que cet excellent obser- vateur ait compris dans le genre Cynips de Latreille, adopté par lui, un Chalcidile dont les antennes n'ont que sept ou huit arti- cles, mais bien distincts, tandhs que les véritables Cynips de La- treille , de Geoffroy et d'Olivier en ont dix ou onze serrés et peu distincts? Comment l'entomologiste d'Aix rapportcrait-il à son espèce, même avec le signe du doute , le Cynips Quercus ramidi de Fabricius, lorsque le genre Cynips de celui-ci correspond , ainsi que tout le monde sait, au Diplolepis de Geoffroy et Latreille, dont les antennes, filiformes et plus longues que le corselet, ne sont pas coudées comme celles du Cynips Latr.?La synonymie d'Olivier (Encycl. méth.), citée par M. Boyer, ne saurait convenir non jîlus à notre Eulophe ; car Olivier donne au Cynips Quercus {\)Mcm., t. Il, p. 899, pi. 31, fig. 14-17. (2) Aiin. ,k.i Sr. ,(«(.. I"- série, t. XXYI, p. 296. DL VliUliASCLM UT DL SCllOI'lILLAIin. -23 mniuli des antennes aussi longues ([ue rcrophularia cuiiiiia avec des galles ; de grandeur naunelle. Fig. 5. Larve de Cecidonujia ]'eii)iisei, fort grossie. Fig. 6. Mesure de sa longueur nai.urelle. Fig. 7. Portion antérieure détachée de celle larve. a, liîte ou pseudocéphale ; b.h, palpes? ou antennes? ; i\r, les deux stig- mates prothoracique». Fig. 8. Cette larve vue de prolil, pour faire voir les neuf sligniales. Fig. 9. Nymphe de cette larve très grossie, vue par le dos. Fig. 10. La même, par sa région ventrale. Fig. 1 1 . Portion antérieure vue de prolil , el un peu eu dessous , pour mcltre en évidence les deux dents aiguës d'entre les yeux. Fig. 12. Ceckloimjia Vrrbasci fort grossie. Fig. 13. Mesure de sa longueur naturelle. Fig. 't 4. Tête du mâle, vue par dessus, pour (aire voir les palpes et I antenne de ce sexe. Fig. lo. Antenne de la femelle. Fig, 16. Larve de Misocampiis nirjriroriiix (ovl grossie. Fig. 17. Tète détachée, v\ie en dessous , pour faire voir les papilles, les pièces antenniformes, les mandibules. Fig. I 8. Mesure de la longueur naturelle de celle larvr. Fig. 19, Bout postérieur de cette larve, pour mettre eu c\i(leiice l'echancrure du dernier segment. Fig. 20. Nymphe de cette larve, vue de coté, fort grossie. Fig. 21. Mesure de sa longueur naturelle. Fig. 22. Larve d'EulopUus \'crljasci , fort grossie. Fig. 23. Mesure de sa longueur naturelle. Fig. 24. Portion antérieure détachée, pour nietlre en évidence la te,\ture cha- grinée des segments du corps et la tête lisse. Fig. 25. Nymphe à'Kuhphtis \'ei-lmsci, vue de profil, et fort grossie. Fig. 26. Mesure de sa longueur naturelle. Fig. 27. Eulophiis Vcrhasci femelle. Fig. 28. Mesure de sa longueur naturelle. Fig. 29. .\ntenne de la femelle. Fig. 30. .intennedu mâle. 25 SI P. l'appareil 1>E la liESPlRATlON PANS LtS OlSEAl'X ; Par M. NATAUS CUILLOT I l'roîCiilé a l .U'iKit'iiiic dus Scioncos, le i IV\ i ii'r 18 15] (liAPIl'RE 1. co.NsiUliliAiio.NS i'iuii.niiNAini;s. J/appareil de la respiration dus oiseaux, étudié successivement par Boreiii (1), Ilarvey (2), Perrault (3), Huntcr ik). Camper (5), M. Girardi ((i), .Malacariie (7), Cuvier, Jacquemin. et par d'au- tres savants, a déjà été l'objet de recherclies intéressantes. Malgré l'autorité des écrits de plusieurs de ces analomistes , il est cepen- dant permis de croire que cet ensemble d'organes n'est pas assez connu , que les dispositions particulières de ce curieux assem- blage d'instruments ne sont point exactement appréciées. On a bien pu comprendre d'une manière très générale le jeu de ces parties; mais, à cause de l'interprétation équivoque des faits les plus saillants, on a dû accepter certaines erreurs comme des vérités incontestables. D'autre part, les descriptions répétées des formes les 1)1 us apparentes peuvent faire penser que nos connaissances sont complètes, tandis que, restreintes, au contraire, elles laissent encore h désirer de nouvelles études. [\) Burelli, De midu iinimnlitun (2) Harvoy, De iinirraliiine. (:i) Perrault. Mem. puni- sccr/i- n I hiniinrr miliin-lle ilrn nniuuiii.v. (l) Hunter, Aiùimil tefiinotiuj . {">) Camper (OKuvrcs), De la sli'inliirr ilm us ilmix /es Oixriiiij\ (()) M. Girardi, (huerv niuitiun iiiloniuln leKjiirniiunedctjU iiecvllî- (Ij .Malacai'lio , Confenna di vxseefatiuit' iiilnrito tnjti nnftnii ihil'i ir.-^piiaziunc tliijli vrei'lli 26 XATAI.IS «iUlLLOT. — SIR 1,'aPI'AKEIL S'il convient d'abord d'étudier avec précision un assez grand nombre de détails anatomiques , parmi lesquels il en est qui sont assez mal décrits pour qu'on puisse les regarder comme ignorés, il est également nécessaire d'élucider plusieurs opinions physio- logiques déduites d'observations superficielles. Telle est précisé- ment la tâche que je me suis imposée. Je n'ai certes pas la préten- tion de l'avoir complètement remplie, car le nombre des espèces animales que j'ai disséquées a été restreint ; mais s'il ne m'a pas été permis de beaucoup voir, j'ai cherché du moins à bien con- naître ce que j'ai pu regarder. J'ai répété mes observations à. plusieurs reprises, quelques unes sur des Oiseaux que les anatomistes ont rarement l'occasion d'é- tudier, mais le plus souvent sur des animaux communs, dans lesquels il sera facile de rechercher les détails indiqués, et de dé- couvrir de nouvelles particularités dans le nombre infini de celles que j'ignore. On a généralement désigné , dans l'appareil respiratoire des Oiseaux , deux groupes d'organes distincts par la structure et la situation propres à chacun d'eux. Le premier groupe renferme les poumons , dans lesquels se divisent et se subdivisent les rami- fications de la trachée. Le second est constitué par un ensemble de cellules dans lesquelles pénètre l'air, au moyen de certaines ouvertures permanentes des bronches. Ces dispositions générales , communes k tous les Oiseaux , ont conduit, depuis fort longtemps, les anatomistes à croire que ces singuliers orifices des bronches faisaient passer l'air inspiré, non pas seulement dans des cellules capables de le renfermer, mais dans la plèvre , mais dans l'intérieur de la cavité péritonéale , et de plus encore dans toutes les parties du corps. Cette manière de voir, fondée sur une assertion de Ilarvey (1), (l) G. Harvey, De gmeralione. liibl. anat. Mangeti. Genève, 1685, p. 603. — « Quinetiam (quotl a nemine liactenus observalum memini) earum bronchia (avium) sive asperœ arleriœ fines in abdomen perforanlur, aercniquo inspiratum intra cavilates illarum membranarura recondunt, Qucmadmodum pisccs et ser- pentes intra amplas vesicas in abdomine positas cundem atlrahunt et reservant, eoque facilius natare exislimanlur : et ut rana; ac bufones, cum rslate vehomcii- DE I.V l'.liSI'IKATION I)A>S t.KS OISEAl \. '1 , qui ne considérait pas les poumons des Oiseaux comme les organes de la respiration , dut encore paraître plus exacte après les cu- rieuses recherches de Ilunter, de M. Girardi, de Camper, sur les communications des organes respirateurs des Oiseaux avec l'in- térieur des os des membres et du tronc. Les citations suivantes pourront faire penser que tous les savants l'admettent aujour- d'hui. Cloquet (1 j s'exprime en ces termes : « La respiration domine toutes les autres fonctions des Oiseaux , imprime son énergie à toute leur constitution : la grande extension des ])oumons , l'ab- sence d'un diaphragme , l'existence de cellules sacciformes, d'ap- pendices membraneux , de réservoirs supplémentaires à ces vis- cères, et de conduits propres à distribuer l'air dans toute l'habitude du corps, dans l'intérieur même des os, dans le tissu cellulaire, sous la peau, dans les plumes mêmes, conduits si bien vus et dé- crits par P. Camper, par Hunter, par Malararne , par Michèle Girardi, par Mi'ry, jiar "si. Cuvicr, et une foule d'autres anato- mistes, peuvent faire dire d'eux, ajuste titre, qu'ils sont embrasés et comme consumés du feu de la vie. « Selon Jacquemin (2), « le fluide respiratoire, après avoir rem- pli les mailles nombreuses du poumon , sort de ces organes par des trous, dont le nombre et la disposition sont variables. A me- sure que le jeune Oiseau exerce son corps, l'air se fait jour entre les organes respiratoires . digestifs et génitaux qui remplissent la cavité pectoro-ventrale. Les membranes séreuses quil ren- contre sur son passage sont percées de trous dans des points dé- terminés. De là résultent huit poches ou sacs, situées de telle ma- nière qu'elles entourent les organes les plus volumineux de la cavité interne du corps, lesquelles poches, communiquant les lias respirant, aeris plus solito in vesiculas numerosissimas absorbent (unde earum tani ingens tumor) quo eundem postea in coaxatione liberaliler expirent : ila in pennalis pulmones polius transitus et via ad respirationem videntur quam liujus iidicquatuin oryanum. o (1) H. Cloquet, Dkl. des Se. mil., 18Î7, t. XLV, p. 2o8, art. REspinxiios. (2) Jacquemin, Sur la pnetfrfiatiçilé des Oiseaux [.Icail. des Cur. de Ut Xnlure, t XIX, p 286. ^ 1836). ' ' 28 KATAMS «UILLO-r. — SLR 1,'apI'AIIKIL unes avec les autres , permettent à l'air d'accomplir une sorte de circulation lente dans tout l'intérieur du corps. Lorsque l'air est an-ivé dans ces poches, l'Oiseau approche de l'époque oii il com- mence à voler. La pression atmosphérique, pendant cette loco- motion, devient plus énergique : l'air, dans l'intérieur du corps, prend un Jiouvel essor, et lorsque nous avons examiné le corps d'un jeune Oiseau, c|uel(|ucs semaiiK.'S après qu'il eut conunencé à voler, nous avons vu ([ui" lulr sciait acaitcr daits Ir lissa rdUt- laire place entre les muscles, qu'il avait percé les os, et qu'il était entré dans leur intérieur. Par l'iutermédiaire des sacs aériens, sous-scapulaires et sous-fémoraux, l'air pénètre aussi dans les cellules sous-cutanées, s'introduit dans le tuyau des plumes , si ce n'est par ces cellules , du moins par le trou qui est à la base des barbules. De toutes ces cavités, l'air revient aux poumons pour être expulsé au dehoi's par la trachée-artère. » « La bronche de chaque poumon, dit Cuvier (1), et ses dix ou onze rameaux, aboutissent à la surface des poumons, d'oii l'air passe dans de grandes cellules qui communiquent les unes dans les autres, le conduisent dans toutes les parties du corps de l'Oiseau, et forment une sorte de poumon accessoire très étendu et très compliqué. » Les observateurs qui décrivent les réceptacles membraneux oii l'on voit les orifices des bronches, dilïèrent sur des particularités importantes, telles que la situation et le nombre des cellules indi- quées par les uns et par les autres. Jacquemin ('2) en décrit huit, sous les noms dépêches pneumatiques sous-claviculaires, sous- scapulaires, pectorales, sternales, sous-costales, sous-fémorales, abdominales et sacrées. Deux de ces poches, l'une pectorale, l'autre sternale, seraient impaires. (t. Cuvier (o) indique quatre cellules aériennes étendues d'a- vant en arrière sur les régions latérales du tronc, puis quatre autres cavités de même nature et de même usage, situées les unes après les autres sur la ligne médiane, et renfermant avec l'air, (1) G. Cuvipi-, Aniit. romp., 2' édit., 1840, t. VU, p. 123. (2) Jacquemin, '. c, p. '288 otsiiiv. (3) U. Cuvier, '. r., vol. VII. p. lî-j fi suiv. T>v. i,\ HF.spiRvriON ^^^s rrs oiskmx. 29 d'.ibord le ccrur (cellule du cœur), puis le foie (cellule du foie), ensuite les estninacs (cellule des estomacs) , puis enfin les intes- tins (cellule des intestins). M. Richard Owen, dans un excellent travail sur l'anatomie des Oiseaux (1), reproduit , avec peu de variations , les divisions ac- ceptées par Cuvier, et plus anciennement encore ))ar Perrault. Cet anatomiste décrit, dans les régions antérieures du corps de l'Oiseau, des cellules aériennes interclaviculaires, des cellules thoraciques antérieures , tlioraciques latérales , subdivisées en axillaires, sous-scapulaires et cardiacjue post('rieure, des cellules hépatiques. Dans la région postérieure, il indique des cellules abdominales droites et gauches, des cellules pylori(]ues et duo- dénales, et des cellules fémorales placées dans le voisinage de l'articulation du fémur avec le bassin. Mais si ces observations relatives au nombre et à la situation des cellules aériennes ne sont point exactement concordantes , elles ne diffèrent plus sur d'autres points, et elles conduisent les observateurs h, conclure à la pénétration de l'air dans l'intérieur de la plèvre , et même de la cavité péritonéale des Oiseaux , et à la confusion de ces membranes séreuses avec l'enveloppe des cel- lules aériennes. On pense, en effet, que non seulement les lobes du foie sont enveloppés par les replis d'une ou de deux de ces cellules (2), mais encore que toute la masse intestinale est elle-même l'cnfer- mée dans l'intérieur de ces cavités ajoutées à l'organe principal de la respiration ; inexactitudes bien grandes, qu'il importe tout d'abord de rappeler, parce qu'elles ont été émises et acceptées comme reproduisant un détail caractéristique propre à la classe des Oiseaux. Quelques citations, empruntées à des ouvrages importants, vont montrer que les savants les plus habiles n'ont pas encore pensé que ces assertions dussent être inacceptables. (1) R. Owen, Cyctnpeilin of unatomy London . 1839, art. AvEs, p. 3i2. 2- col. (2) G. Cuvier, /. c , t. VII, 2' éd., p 1 •>«.— !(. Owen. /. r, l I, p. 3i2.— Jacqnemin. I. c, p. 28G. I. 20. 30 I^ATALIS GUILLOT. — SUR l'aI'PAREW, G. Cuvier (1) dit que la cellule des intestins se prolonge sur le canal digestif, l'ovaire, l'oviducte, etc., pour former les mé- sentères , et qu'elle est en partie comparable au péritoine des Mammifères. M. R. Owen (2) décrit l'intestin renfermé dans les poches aériennes de l'abdomen des Oiseaux; il représente cette opinion par une figure. M. Uuvernoy (3) désigne le péi'itoine et la membrane des poches abdominales comme une seule et même chose, et je reproduis le texte des additions à l'ouvrage éminem- ment classique de G. Cuvier, de manière à ne laisser aucun doute sur l'existence des opinions acceptées aujourd'hui, « Le péritoine et la plèvre paraissent confondus, ainsi que les cavités thoraciques et abdominales (dans les Oiseaux et les Reptiles), et ne forment qu'une seule membrane. La disposition de cette membrane com- mune a quelque chose de particulier dans les Oiseaux. Elle y forme de grandes cellules, dont une partie sont vides, et les autres remplies par des viscères; ces cellules communiquent avec les poumons, et se remplissent ou se vident d'air dans l'inspiration et l'expiration... Ce péritoine communique d'une part avec les bronches, recevant par ces canaux l'air des poumons, commu- niciuant d'autre part avec les cavités des os dans lesquelles cet air pénètre. » Des assertions aussi aflirmatives ne sauraient être admises plus longtemps sans un contrôle sérieux ; quelle que puisse être l'au- torité des anatomistes qui les ont émises, elles doivent être jugées ; des détails nombreux, faciles à apprécier, s'élèvent contre elles, et tendent à les faire regarder comme entièrement dépour- vues de fondement. Si l'observation anatomique ne fournit aucun appui capable de les maintenir, l'expérimentation sur les animaux vivants force également de comprendre l'organisation des Oiseaux d'une tout autre manière. Avant d'avoir commencé les études que je reproduis, je n'au- (l)G. Cuvier, (. c , p. 328. (2) R. Owen, ;. c, p. 342, 2' col. (3) G. Cuvier, Anal, comp., additions de M. Duvernoy, t. IV, S' part , p. G50, 1. 13, et 651, 1. 28. Dli LA liKSI'IlUTION DANS I.KS OISEAUX. 31 rais certainemciiL pas pu croire cjuc i)liisieiirs des [)arlies d'un aussi importauL sujcl , surtout celles qui sont relatives aux réser- voirs de l'abdomen, eussent été aussi complètement négligées. Les descriptions des cellules abdominales de quelques auteurs sem- blent être si bien tracées d'après la nature, les affirmations sont si précises, qu'il m'a fallu le témoignage de dissections et d'expé- rimentations multipliées pour appeler de nouveau l'altention sur des parties que l'on croit bien connaître, et dont l'organisation est cependant encore cachée par une trop grande ol)scurilé. J'ai dû m'attaclicr non seulement à coimallrc les objets sur lesquels l'attention a déjà été fixée, tels que les ]>{)innons, les bronches et les cellules aériennes des Oiseaux ; mais il m'a paru de plus nécessaire d'étudier le rapport des réservoirs aériens avec les nerfs, avec les vaisseaux lym])haliques et sanguins, et même avec l'appareil musculaire; non pour dire tout ce que ces rap- ports ont de curieux et tout ce qu'ils fournissent d'aperçus nou- veaux , mais pour indiquer seulement une voie d'études intéres- santes dans laquelle les anatomistcs pourront, en contrôlant ces recherches, découvrir encore plus de détails que je n'en ai pu voir. Les Oiseaux que j'ai choisis pour mes études ont été pris à dillërents âges dans les deux sexes. Les Gallinacés, quelques Oi- seaux de proie, tels que le Faucon, la Buse, l'Emouchet, des Passereaux, Serins, Tarins, Pigeons, etc., des Palmipèdes, Canards, Mauves, Sarcelles, ont été les principaux sujets de mes dissections. L'insulïlation est le seul procédé convenable pour préparer avantageusement l'examen des organes accessoires de la respi- ration des Oiseaux; elle pourrait peut-être môme servir à aider une dessiccation complète , et par conséquent à une conservation plus longue des parties ; mais cette conservation entrahie trop de soins et de chances fâcheuses. Les membranes distendues s'af- faissent ou se déchirent facilement, dès qu'elles perdent leur humidité; il vaut donc mieux étudier immédiatement et dessiner les objets aussi rapidement que possible. On peut, avant l'insufflation , qui doit être pratiquée surtout 32 :VATAMS Cl'IIXO'l'. — SIR l.'U'I'U'.l-II par la trachée, ouvrir d'abord la cavité péritoiiéalo ; on peut aussi conserver les parois de rabdomen. Il n'importe pas de laisser la peau de l'animal ; l'absence de ce tégument ne change en rien les résultats que l'on se propose d'obtenir. Les vaisseaux artériels et veineux de quelques Oiseaux doivent avoir été remplis par une matière colorante avant l'insufflation des réservoirs aériens; les études deviennent alors plus intéressantes encore. Quoi qu'il en puisse être , l'insufllation devra être lente et modé- rée; si le péritoine est ouvert, on soulèvera lentement les intestins avec le manche mouillé d'un scalpel , afin de bien les séparer des vessies aériennes qui apparaîtront rapidement. Il faudra se garder de souffler trop fort et trop longtemps, car on détruirait bien vite ce que l'on doit chercher à mettre en évidence. Lorsque l'on voudra connaître les particularités relatives à la disposition des vaisseaux lymphatiques étendus à la surface des réservoirs aériens, il ne faudra pas chercher à les voir sur des animaux qui auront jeune depuis quelque temps ; on devra tout au contraire choisir des Oiseaux que l'on aura nourris abondam- ment , et attendre alors que les aliments aient été entièrement ramollis dans le jabot. On devra même examiner cet organe à l'aide d'une pression convenable avant de faire périr l'animal , afin d'avoir autant que possible la certitude du passage de la plus grande ])artie des matières alimentaires dans le gésier et dans l'inlestin. Lorsque la tuméfaction du jabot produite par les matières alimentaires aura presque disparu , on pourra inciser le ventre, et l'on trouvera tous les vaisseaux chylifères gonflés par les liquides; on distinguera très nettement alors les plexus nombreux qu'ils forment à la surface du mésentère, et les vaisseaux lympha- tic[ues tout autour des réservoirs aériens ; on suivra tous les dé- tails sur lesquels je me propose d'appeler l'attention. J'ai tenté maintes fois de faire pénétrer des injections mercuriclles dans l'in- térieur de ces conduits délicats , mais sans pouvoir réussir dans mes tentatives ; je préfère donc les rendre apparents en nourris- sant convenablement un animal, quoique cependant ce moyen même ne produise pas toujours des résultats satisfaisants. Tant de circonstances indépendantes de la volonté de l'observateur sont DE i.\ nr..spiR\rio> dans les oisevlv. 33 capables de troubler la digestion des oisi'aiix, qu'on n'obtient pas toujours à volonté la manifestation des phénomènes intéressants qui seront décrits; mais , en ceci connne en tant d'autres recher- ches , la patience vaincra les difficultés. CBAPITRE II. DE l.'APPAr.EII. PULMONAIRE. Les poumons, dans lesquels pénètre l'air introduit par la trachée , sont les premiers organes que je me propose d'exa- miner : ils sont doubles, comme on le sait, placés de chaque côté de la colonne vertébrale , depuis la seconde vertèbre dorsale jus- qu'à la dernière côte ; ils ne sont pas libres comme dans les autres animaux vertébrés ; ils sont, au contraire , fixés aux parois supé- rieures de la poitrine par des adhérences légères des plèvres, que toutefois on peut faire disparaître par une insufflation convenable. Éloignés des parois inférieures de laiiuitrine par un large espace occupé par les cellules du réservoir tlioracique , ils ollVent une surface unie de ce côté , tandis que la surface supérieure ou dor- sale, moulée sur les inégalités du thorax , présente une série suc- cessive de sillons correspondant aux élévations des côtes. Entre les deux poumons sont placés d'avant en arrière le cœur et le foie , et au-dessus de ces organes , dans l'intervalle qui les sépare de la colonne vertébrale , se prolonge le ventricule succen- turié depuis la fin du jabot jusqu'au gésier. Un examen superficiel pourrait faire penser que les poumons ne sont recouverts d'aucune membrane séreuse ; qu'en un mot , il n'existerait point de plèvres chez les Oiseaux. On l'a dit plu- sieurs fois, et quelques uns le pensent encore. Lorsqu'on ouvre en eiï'et le thorax, les cavités des cellules que l'on rencontre sem- blent recouvrir immédiatement les organes de la respiration , et ne laissent pas supposer d'abord qu'il y ait autre chose au-dessous de la membrane que l'on aperçoit. Rien donc ne semble plus acceptable au premier aperçu que l'assertion qui nie la plèvre pulmonaire, ou que l'opinion allirmant 3' série ZooL. T. V. [Jaiuier l8iG.) 3 3 Si WATAIIS GL'ILLOT. — SIR I.'aPPAREIL que cette membrane est perforée chez les Oiseaux (1) ; cependant ces deux manières de voir sont erronées. La plèvre des Oiseaux existe tout autour de cliacun des pou- mons: elle est séparée des parois des cellules aériennes en bas par l'aponévrose très mince dans laquelle se terminent les lan- guettes musculaires du diaphragme: en arrière, elle s'adosse exactement , soit aux côtes , soit , dans quelques animaux , à la membrane des petites cellules aériennes placées dans le voisinage de chaque ganglion du nerf intercostal. Pour voir ces plèvres et en apprécier la disposition , on doit, après avoir ouvert les réservoirs aériens thoraciqups. inciser la membrane qui revêt l'intérieur des cellules aériennes , inciser éga- lement la couche musculaire que je nomme diaiihragme, depuis longtemps déjà désignée sous le même nom (2). On aperçoit alors la plèvre; on peut en ouvrir la cavité, y introduire l'extrémité d'un tube, et, par le souffle, en séparer aussitôt les deux feuillets appliqués auparavant l'un contre l'autre. L'un de ces feuillets recouvre toute la surface de chaque organe , l'autre s'étend à l'opposé sur toutes les parties voisines , c'est-à-dire sur les cellules aériennes, sur les os, jur le muscle diaphragme ou sur l'aponévrose qui en dérive. Dans les endroits où les bronches communiquent avec les cellules aériennes, la plèvre n'est point percée, comme on l'a dit . mais elle recouvre exactement les contours des orifices des bronches , si bien qu'on peut insuffler la cavité des plèvres et la distendre sans pouvoir .faire pénétrer l'air ou toute autre substance dans les cellules aériennes. C'est entre la cavité de ces plèvres et la membrane du réservoir aérien thoracique que s'étend de chaque côté du corps une couche musculaire et aponévrotique , désignée par Aristote sous le nom de diaphragme, et décrite successivement jiar .1. Hanter (3) . (I) Jacquemin, (. c, p. 28tJ, lig. 6. ("2) Arislote, Hiat. animnihim, Mb. vi, chap. 2. (3) Hvinter, Animal œnmomij, p. 90(Lonrion, 1795), trad. par Richelot. Paris, 1841, t. IV, p. 234 . — «On (lit que les Oiseaux n'ont pas de diaphragme. CeUe opinion doit avoir pour point de départ ou un défaut d'oliservalion . ou une idée DE LA ItESPIllATION DA\3 LES OISEAUX. S5 M. Girardi (1), l'eiTault (2), Cuvier (3), Meckel (4), et par P.. Owen (ô). I,cs insertions de ce muscle très plat et très mince , semlDlabies à de petites ianguetles, peuvent être observées succes- sivement , et en nombre variable suivant les espèces , sur la face interne des seconde, troisième , quatrième et cinquième côtes. De là ce muscle s'étend à la surface inférieure de chaque poumon, dont il recouvre en bas les parties les plus voisines des côtes ; il en est séparé par la plèvre d'un côté , et de l'autre il est recouvert par la membrane du réservoir aérien. Il vient se terminer dans une aponévrose très mince qui recouvre la face inférieure de Irop élroile qu'on s'esl faite de ce que l'on doit entendre par diaphragme : e ar il y a une membrane asstz forte , mais mince et transparente , c|ui recouvre la sur- face inférieure des poumons et y adhère , et qui donne insertion à plusieurs mus- cles minces qui naissent de la surface interne des cotes. La fonction de cette mem- brane parait être de diminuer la concavité du poumon du côté de l'abdomen , au moment de rinsjiiration , et de concourir par là ii la dilatation des cellules aérien- nes ; par conséquent on doit la considérer comme répondant à un des principaux Usages propres à un diaphragme. ( I ) Michèle Girardi, Suyijio di osxervalioiti aiiiiloiiiiclie [ileiii. deila Societa iUi- liunii , I. II, p. 739. Verona , 1784). — Cet anatomists décrit le diaphragme autrement que.I. Hunier: il se trompe évidemment; mais il reconnait néanmoins l'existence d'un diaphragme chez les Oiseaux. (2) Perrault [ilèm- pour iervir l'i l'histoire dex nnimaux, p. 113. Paris, 1 67 1 1 décrit fort bien et sans aucune obscurité le diaphragme des oiseaux, et en indique les usages. (3) Cuvier, /. c, t. VII, p. 2(>4. (i)J.-K Meckel, .()i(i( comp., Irad. par lliester. t. VI, p. 21. Paris, I82U-33. (3) H. Owen, Ciiclopedia of nnalomtj, arl. .\vf.s, I. I. p. 293, col. I. — «The diaphragm arises by Ilestiy digitations from the sternal ribs; in Ihe ostrich thèse digitations are five in number of either side : the carneous fasci- culi do not, hovvever, extend so far upon the central aponeurosis as even to be united lo one anotlier, and consequently tins muscle lias frequently been denied to birds. From the lungs being confined to the back part of the thorax, the dia- phragmatic aponeurosis attached to their inferior surface is not extended as a transverse septum between the chest and abdomen . but allovvs the heart to en- croach upon the i^tcr espace of the lobes of the liver, as in reptiles. The contrac- tion of the muscle tends directly lo dilate the lungs , but is less perfect as an in- spiralory action from the aponeurosis or central tendon being perforated by large cribriform aperlures for the passage of the air inio tlie abdominal air cells. » 3G IMATALIS GlULLOT. — Slll I. APPAPEIF, chaque poumon , et qu'il n'est bientôt plus possible de séparer soit de la plèvre , soit de la membrane propre des réservoirs aériens; c'est par le centre de cette aponévrose que passent le ventricule succenturié, l'aorte et la veine cave. L'aponévrose légère qui termine ce large muscle , ou bien les languettes mus- culaires apparentes dans quelques Oiseaux, rencontre néces- sairement plusieurs des ouvertures par lesquelles l'air sort des poumons pour entrer dans les cellules aériennes, surtout dans celles qui constituent les parties latérales du réservoir aérien tho- racique. Les fibres de cette aponévrose s'écartent au niveau même de ces orifices, et les enceignent d'un double repli très manifeste, surtout lorsque les ouvertures des bronches sont considérables. La disposition de ces fibres est (elle qu'elles représentent, autour de l'orifice le plus large de la surface antérieure des poumons , comme une sorte d'appareil valvulaire , dans lequel on pourrait soupçonner des fibres musculaires chez quelques Oiseaux , tels que le Paon , la Cresserelle, la Pintade et même le Coq. Si donc la superficie des poumons des Oiseaux est bien diffé- rente de ce que l'on remarque dans les Mammifères , on ne doit point aller aussi loin que plusieurs observateurs, qui dénient aux premiers de ces animaux toute apparence de plèvre ; on ne doit pas davantage accepter les assertions de ceux qui osent affirmer que le diaphragme des Oiseaux n'a jamais été décrit. L'intérieur des iioumons des Oiseaux est surtout constitué par un assemblage de canaux aériens , de vaisseaux sanguins , et par un tissu élastique particulier (I). l/étude des canaux aériens a déjà prouvé que les canaux car- tilagineux de la trachée-artère disparaissent rapidement aussitôt que les conduits bronchiques ont pénétré dans les poumons (2). Ces conduits, très souvent dilatés dans le voisinage de leur origine , comme oh peut surtout le remarquer dans la Pintade , dans le Paon, dans le Dindon, etc., se divisent ordinairement (1) G. Cuvier lM Diivcrnoy, /. c , t. VII, p. 120. — Lereboullel, Annl. îles org. de l.i rexpirnlinii. Strasboiirf;. — R, Uwen, /. c, p. 341, 2' col. [i] .Mpckel. Anal, iiim/)., trad. par Schuster, t. X, <838. p. 34.5. DE I.A nESriHAllO.N DANS LES OISEALX. 3" en quatre , cinq ou six , et même en un plus grand nombre de bronches principales (1). Ils divergent en s'éloignant les uns des autres jusqu'à ce qu'ils soient parvenus dans la profondeur ou bien à la surface des poumons ; là ils s'ouvrent par un nombre variable de trous dans les réservoirs aériens (2). Ces ouvertures ont été figurées |)ar plusieurs anatomistes. Dans le trajet ([u'elles suivent , ces bronches croisent générale- ment la direction des artères et des veines pulmonaires , disposi- tion qui paraît être constante dans toute l'épaisseur des organes depuis les conduits les plus volumineux de l'air jusqu'aux plus petits. Les tuyaux bronchiques les plus considérables se rendent aux réservoirs aériens ; d'autres bronches secondaires en naissent sous un angle à peu près droit; elles fournissent d'autres con- duits nés de la même manière , jusqu'à ce qu'enfin les plus petits de ces canaux aériens se terminent par des anastomoses communes apparentes à l'extérieur des organes comme des sortes de cannelures. Ce n'est donc pas , à proprement parler, dans des cellules pulmonaires que se terminent les bronches des Oiseaux; les poumons de ces animaux résultent, comme un l'a très bien fait remarquer (3), de l'assemblage des conduits anastomosés formés par les divisions successives des bronches. Tout autour de ces conduits aériens, soit des plus gros, soit des plus petits , s'étendent les vaisseaux sanguins et le réseau très curieux formé par le tissu élastique. Pour étudier les détails de ces parties, il faut d'abord avoir coloré les vaisseaux artériels et veineux des poumons à l'aide d'une injection très fine , puis examiner les tissus frais ou desséchés avec le microscope. On peut cependant tout aussi bien , après avoir plongé l'animal dans une solution de chlorure de zinc, lancer ce liquide par la trachée dans les bronches , puis laisser les tissus se dessécher. Le sang qui reste dans les tissus se noircit alors , (1) G. Cuvier, /. r., t. VH, p. l2o, indique dix ou onze ramifications princi- pales des bronches. (2) R. Owcn, /. c , p. .iil. — Mockel, /. c, p. 343. (3) (i. Cuvier, i'ùJil.. add. ik Ouvernoy. t VU, p, t Ifi. 38 NATALIS «UILLOT. — SLiK L'APl'ARlilI, permet d'examiner les plus petits vaisseaux avec le secours du microscope , et les fait très facilement distinguer du tissu élas- tique. En coupant des tranches du poumon, frais ou desséché , ou en étudiant la surface de l'organe avec des grossissements variables, de manière avoir, de toutes les manières possibles, la superficie des canaux aériens les plus larges ou les plus étroits , on remarque toujours que les parois de ces conduits sont soutenues par un ré- seau constitué par un tissu non injectable, souvent distinct par une grande blancheur. Les mailles de ce réseau enceignent les bronches , depuis les plus grosses jusqu'aux plus petites, et c'est au-dessous d'elles qu'apparaissent les vaisseaux sanguins. Comme on injecte toujours les veines par les artères, et vice versd , il n'est plus possible de distinguer autour des conduits aé- riens ce qui appartient aux artères pulmonaires ou ce qui est le commencement des veines; on ne voit plus qu'un amas de vais- seaux anastomosés les uns avec les autres dans tous les sens. Ces dispositions, déjà fort bien appréciées par Retzius (1), par MM. Lereboulet ('2) et Duvernoy (3), offriraient encore une autre sorte d'intérêt, si on les comparait à ce que l'on voit à la super- ficie des deux poumons vésiculeux de certains Reptiles. Une analogie déjà signalée rapproche la structure de ces or- ganes dans des animaux si différents, l'ne petite portion d'un pou- mon de Lézard injectée (iMcerta ter/ui.rin) , comparée , sous le microscope, à un fragment de poumon d'Oiseau, présente à peu près les mêmes caractères. Mêmes dispositions des vaisseaux san- guins autour d'espèces d'enfoncements infundibuliformes , der- nière apparence de tuyaux bronchiques; même apparence du tissu élastique , étendu sous la forme d'un réseau très distinct. Rapports curieux qui retracent encore, dans les profondeurs les (1) Retzius, Frolicp a Wotizen, 1832. (2) Lereljoulet, Aiiat. comp. de l'upp. rcsp. dans les (iitiin. rcri. Strasbourg, 4838. - (3) G. Cuvier, /, c, vol. VII. l)li I.A lihSI'IltVliON l)V\S l.l'N OlSIiAUX. 89 plus cachées de l'organisation, les ressemblances si tVé(|uemment signalées des deux classes d'animaux. Une partie seule de l'air respiré par les Oiseaux pén(>tre jusque dans toutes les parties du poumon ; l'autre suit les divisions bron- ciiiques les plus amples, et vient piMiétrer dans les réservoirs aé- riens du ventre et de la poitrine Les oriliccs par lesquels l'air peut sortir sont multiples, et ont déjà fait l'objet de plusieurs remar(|ues. Aucun d'eux n'est situé à la partie supérieure ou costale des poumons: tous apparaissent, soit à l'endroit où les bronches s'ent'oucent dans les tissus , soit à la face inférieure du diaphragme , soit à l'extrémité des organes la plus rapprochée de la cavité abdominale. Les plus antérieurs de ces orilices sont voisins des bronches les plus voisines du larynx inférieur (1): les uns sont inférieurs et conduisent l'air dans la portion du réservoir thoracique placée autour du larynx; les autres sont supérieurs et laissent pénétrer l'air dans la partie du réservoir située au-dessus du larynx. Deux autres orilices des bronches ^ont apparents à la face in- férieure ou diaphrngmatique du poumon; ils ont été, ainsi que les précédents, décrits ou ligures (2). Ceux-là principalement olfrent autour de la circonférence qui les entoure deux espèces de lèvres membraneuses , formées par les fibres de l'aponévrose diaphragmatique. Les uns appartiennent à la plus antérieure des deux cavités aériennes, placée au-dedans et au-dessus de l'arc des côtes (cellule hépatique, R. Owen) ; ils sont au nombre de deux, quelquefois de trois. Le [tremier ofl're un diamètre considérable ; souvent un autre orifice plus petit , et couvert par un repli membraneux , se trouve plac('! plus en dedans que l'ouverture principale , dont le niveau est à peu près le mrnie que celui de la seconde côte. Cette ouverture des bronches est limitée, en avant, par la cour- bure de l'artère pulmonaire, en arrière, par la veine qui rapporte au cœur le sang du poumon. (1) II. Owen, /. c, p. 3il. — 1(1., Anatnmie de l'Aplenjx. (2) II. Owen, /. c, |i. 'M\ . — Milne Edwards, Elémenlt de zooloijie, t. Il, p. 23— 1841 , 40 VtTALIS GlILLOT. — SLR L'ArrAUlilI, En deliors de rouvcrture ou des uuvertures que je \ieii6 d'in- diquer, on en voit d'autres à peu près sur le même niveau, mais plus éloignées de l'axe du, cœur ; elles sont également bridées par un repli de l'aponévrose diaphragmatique. Une autre ouverture transmet aussi l'air à la cavité aérienne placée sous les côtes, en arrière de la précédente (cellules abdo- minales, R. Owen); elle est située à peu près au niveau de la troisième côte, et souvent encore double ; elle est, comme le der- nier des orifices de la cavité précédente , fort éloignée de l'axe du corps. On la découvre à l'endroit même où une cloison membra- neuse sépare les deux cavités aériennes l'une de l'autre. Le dernier des orifices des bronches est celui f|iii i)ermet à l'air de s'introduire dans les réservoirs aériens de ral)donieii. Il a déjà été décrit par Harvey, llunter, etc., et représenté, de même que les orifices précédents (1). Il est situé au-dessus du niveau de l'avant-dernière côte, dans un point plus ou inoins éloigné de la colonne vertébrale, suivant les espèces, immédiatement au-dessus de l'extrémité supérieure des reins. Il est très facile de le voir en ouvrant la cavité abdominale , lorsqu'on a déchiré l'enveloppe délicate du réservoir aérien. On voit qu'il est bordé par un ou deux re[)lis membraneux, entre les- quels on aperçoit le tissu pulmonaire recouvert par la plèvre, ainsi que l'orifice simple et souvent double par lequel l'air peut entrer dans les réservoirs de l'abdomen. Un habile anatomiste, l'un des plus compétents sur l'analomie des Oiseaux, M. Richard Owen (-2), a figuré, déplus, (juelques autres petites ouvertures situées au sommet de chaque poumon : elles m'ont paru exister même dans les animaux domestiques; mais ce sont principalement les ouvertures les plus larges qui ont fixé l'attention des observateurs (3). Chacun de ces orifices constitue l'ouverture des réservoirs aé- riens des Oiseaux, organes considérés par Meckel (&) comme étant (1) R. Owen, l. c, |i. 3il. (2) R. Owen, Aiuitoiiiic do VAptci'jx. (3) Milne Edwards, (. c. (1) llecliel, Anal, comp., tnid. do Scliuslcr, I. X, p 317 Paris, 1838. I>E Ll KhSl'lUAllO.N UVNS l.liS OISEAUX. 41 analogues aux trachées des Insectes, regardées également comme étant formées par la plèvre, par le péritoine, même par le tissu cellulaire du corps, ce qui a pu faire dire à Carus que tous les viscères de l'Oisoau étaient renfermés dans le poumon lui-même. J.a disposition de celles do ces parties accessoires qui existent dans la poitrine a été généralement indiquée; mais celles qui sont renfermées dans le ventre sont moins connues : aucune ligure n'en a donné juscju'ici une représentation intelligible. Je pense donc (ju'après avoir fait connaître les premières, il sera utile de faire apprécier en détail les particularités de l'organisation que possèdent les secondes. CUAPITRE III. DES HÉSEnVOinS AÉniIC.NS DES OISEAIX. Les réservoirs aériens des Oiseaux sont composés par de larges espaces limités par des membranes transparentes. Ils sont situés dans la région Ihoracique, ainsi que dans la cavité de l'abdomen, sur la ligne médiane, ou sur les parties latérales du corps. Ils re- çoivent l'air qui a traversé les poumons par les orifices précédem- ment indiqués; cet air no peut suivre d'aulre voie, pour sortir de ces réceptables, (pie celles ]iar lesquelles il a été introduit. Ces r(;servoirs sont naturellement divisés en deux groupes dis- tincts par la situation des ouvertures des bronches, par la région dans lar|uelle chacun l'st placé . et même par la configuration généi'ale. Le premier groupe comprend les réservoirs aériens thoraci- ques (1), le second renferme les réservoirs aériens abdominaux (2). Dans la région tlioracique , les réservoirs sont disposés de ma- nière à occuper non seulement la région antérieure et médiane du tronc de l'animal , mais encore les deux côtés de la colonne ver- tébrale, soil en dedans, soit en dehors du thorax; ils s'étendent même dans le creux de l'aisselle, ainsi que le long de l'omo- plale. (1) PI. .i, ri. i. «1. «2, «3 rti, ,(3. (2) H. 3; l'I. i. M, 1,2. 42 :MATA0S «lILLOr. — SLll L'.Vi'l'AUElL Dans la région du ventre, les réservoirs se prolongent entre les reins et la colonne vertébrale d'une part, de l'autre, au-des- sous des organes sécréteurs de l'urine , formant alors deux énor- mes vessies aériennes communes à tous les Oiseaux. Ces réservoirs aériens du ventre et de la poitrine peuvent être en général regardés comme indépendants l'un de l'autre, quoique certains pertuis, ouverts à la région moyenne de la colonne verté- brale , puissent permettre à l'air de sortir des premiers pour pénétrer lentement dans les seconds , par le moyen des canaux aériens des vertèbres. § I. Réservoirs aériens tlioraciques, La disposition générale des réservoirs aériens du thorax n'est pas facile à exprimer : peut-être serait-il possible de l'indiquer en disant qu'ils résultent de l'agglomération de cavités séparées par des cloisons membraneuses transparentes, généralement com- plètes. Ces cavités sont mises en évidence après l'ablation du sternum et des côtes ; mais alors on a détruit les parois destinées à les pro- téger. Si l'on veut conserver les os et entreprendre l'examen d'une autre manière , il faut disséquer les téguments du cou , éloigner le jabot de l'animal , enlever le tissu cellulaire qui en- toure la trachée à l'endroit oii ce conduit pénètre dans la poitrine. La partie antérieure du réservoir thoracique est mise alors à dé- cou\crt. Pour apercevoir les régions latérales, il est seulement néces- saire de séparer le muscle pectoral de ses attaches et de ses inser- tions : les cavités aériennes s'élèveront alors comme des saillies quelquefois énormes, dès qu'elles seront insufflées par la trachée. La dessiccation régulière de la poitrine, privée des muscles qui la recouvrent , servira à faire reconnaître la forme générale des parties des réservoirs aériens placées sous les côtes; une incision des parois de l'abdomen , soit avant , soit après la dessiccation , montrera les prolongements abdominaux qui appartiennent à ces parties sous-costales. Ces préparations seront les plus faciles ; mais pour comprendre UK lA IU;SI'lll\TI().N DA.\S LIÎS OISKAL'X. /tS la manière dont le réservoir tlioracique s'étend le long du rachis, dans quelques animaux, on devra extraire les poumons de la poitrine. Elles ne sont pas certainement les seules que l'on entreprendra : les coupes multipliées du thorax , les dissections attentives des animaux frais ou desséchés, devront être prati- quées par l'anatomiste ; car, sans le secours de ces études , on ne l'cconnaîtrait pas toujours, au premier aperru, l'existence des détails qui vont être indiqués. I.es réservoirs aériens du thorax se présentent d'abord comme un ensemble do parties renfermées dans l'intérieur de la poitrine. Cependant elles en dépassent les limites dans plusieurs endroits : quelques unes des cavités qui les composent s'étendent , en effet, non seulement en dehors jusqu'à l'omoplate , mais encore dans l'intérieur même de la cavité abdominale, au-dessus des muscles de la paroi antérieure du ventre. Les réservoirs du thorax sont limités, en avant, par les tégu- ments du cou; en haut, par la colonne vertébrale; de ce côté, ils s'étendent jusqu'à la base de la poitrine; au-dessus de la convexité des eûtes , ils font une saillie plus ou moins volumineuse , suivant les espèces , au travers de l'espace limité , à droite et à gauche , par les os coracoïdiens, la colonne vertébrale , la première côte et l'omoplate. Le cœur, le ventricule succenturié , le foie , séparent plus nettement encore que partout ailleurs les portions droites des réservoirs aériens d'avec les portions gauches, et ne sont point renfermés dans les cavités aériennes , comme l'ont cru Jacque- min (1) , G. Cuvier (2) et plusieurs autres. Lorsqu'ils sont ouverts par l'ablation des côtes ou du sternum, ils paraissent constitués par un ensemble de cellules plus ou moins larges, formées par des membranes repliées autour des troncs vas- culaircs et des nerfs, tendues pour former des cloisons, et dirigées en plusieurs sens. De ces espaces celluleux, les uns sont latéraux, soit en dehors , soit en dedans du thorax ; les autres , situés sur la ligne médiane, s'étendent en avant de la base du cœur. (1) Jacqucmin, /. c, p. 286. (2) G. Cuvier, /. c-, t. Vil, \>^ t-26. 44 :\A'1'ALI.S ULILLOX. SUU l'AI'I'AHLIL Ces parties, diversement disposées, ont reçu , jusqu'à présent, de nombreuses dénominations. Loin de conserver une nomenclature incertaine, souvent con- tradictoire, et d(3 multiplier, à mon tour, des termes qui ne pour- raient aider en aucune manière rintelligence des anatomistes, je m'efforcerai seulement de chercher à l'aire comprendre les dispo- sitions principales de cette oi'ganisation compliquée , me conten- tant de rappeler les noms par lequels les organes que je décris ont été désignés avec plus ou moins de précision. Je distingue dans les réservoirs aériens du thorax quatre ordres de cavités : la première peut être considérée comme impaire ; les trois autres sont paires; elles ne sont pas toutes symétriques. A. Pirmicre cavité des rèst'rroirs ftèrit'iis thoracifjiifs y ou réservoir infra-la- ri/)igim (poche pneumatique sous-claviculaiie , Jacqiemin; cellule llioiaciiiue antérieure, Owen). Cette cavité est cotnposée de deux ])arties inégalement dévelop- pées dans les diverses espèces d'animaux : l'une est placée sur la ligne médiane du corps (poche sous-claviculaire, Jacquemin ; cellule thoracique antérieure, R. Owen) (l); l'autre est située de chaque côté du thorax en dehors des os coracoïdiens et des côtes, le long du bord antérieur de l'omoplate et de l'extrémité supérieure de l'huinérus (poche sous-scapulairc, Jncquemin ; cellules axillaires, R. Owen (2). Ces deux parties d'un réservoir cuimnuu paraissent être tola- lement séparées, lorsque l'on ne considère que la situation et les reliefs extérieurs de chacune d'elles; mais un examen plus appro- fondi démontre qu'elles coinmuniquent largement ensemble, et qu'elles ne forment que deux dépendances distinctes d'un même groupe. La première cavité du réservoir infra-laryngien est placée au sommet de la poitrine en avant de la base du cœur, sous l'extré- mité antérieure du sternum , dans l'espace limité de chaque côté (1) PI. 3; PI 1, «1. (2) PI. 3; PI. l.,"i. DE \A RESPIRVTION DANS I.IÎS OISF.At \. /45 pnr les veines jugulaires et les os coracoïdiens , et en avant par les téguments du cou (1). Elle ne repose pas sur la colonne vertébrale ; elle en est séparée par le conduit œsophagien du ventricule succenturié , par les artères carotides , et par un autre réceptacle d'air que l'on doit insunier pour en bien connaître la situation. La cavité infra- laryngienne est impaire; aucune cloison mé- diane ne la sépare en deux parties. f,a forme qu'elle présente, lorsque les membranes qui la limi- tent n'ont point été incisées, est diflicile à définir ; cependant , à l'extérieur ainsi qu";i l'intérieur, on peut décrire une l'ace supé- rieure, une face inférieure, une face postérieure , une autre anté- rieure et deux latérales. La face supérieure est bornée par une cloison membraneuse , qui sépare la cavité infra-laryngienne d'avec un réservoir d'air placé au-dessous de la colonne vertébrale ; elle est en rapport en dehors avec l'œsophage du ventricule succenturié, sur les côtés avec les veines jugulaires et les artères carotides ; toute l'extré- mité inférieure de la trachée , le larynx inférieur et ses muscles sont placés au contact de cette face supérieure. Ces organes s'é- tendent au-dessous d'elle, sur elle, lorsque l'animal est couché sur le dos. La face inférieure s'étend entre les deux os coracoïdiens; elle est représentée en avant par une membrane tendue entre ces deux os et le sternum , en arrière par l'extrémité antérieure du ster- num et les deux articulations sterno-coracoïdiennes. La face postérieure ne peut être vue que lorsque le réservoir infra-laryngien est ouvert; on y remarque la base du cœur, l'aorte et les gros vaisseaux qui en émanent, l'artère pulmonaire, à l'origine de ces vaisseaux, le péricarde; plus en dehors se trouve une cloison qui sépare le réservoir infra-laryngien des cavités aériennes situées sur les côtés de la poitrine en dedans des côtes. La face antérieure s'élève en avant du sternum, entre les deux 46 I^ATALIS CiUILLOT. — SLT. I.'APPAREIL OS covacoïdiens et les muscles coracoïdiciis internes, sous la forme de trois renflements généralement distincts, mais de volume très variable dans les diverses espèces. Deux de ces prolongements sont latéraux ou coracoïdiens ; le troisième est médian , on le distingue entre les deux autres dans le l'aon , le Coq, etc. La l'ace latérale de ce réservoir infra-laryngien est encore plus difficile à apprécier que les précédentes ; elle s'étend dans l'inter- valle compris sur les squelettes entre les os coracoïdiens, la pre- mière côte , le bord antérieur de l'omoplate , et les apophyses transverses des vertèbres cervicales : non que je veuille dire que le plan de cotte face s'étend entre toutes ces parties osseuses ; je désire seulement faire comprendre que c'est de ce côté, rempli de muscles, de nerfs et de vaisseaux, que peut être placée la face externe du réservoir infra-laryngien. C'est par cette face que, à l'aide de communications qui seront tout-à-l' heure décrites , le réservoir infra-laryngien se prolonge au-dehors de la poilrine en arrière du membre anléi'icur. jMais examinons d'abord l'intérieur de la cavité qui nous occupe. Il est tapissé par une membrane dense, destinée à l'isoler de tous côtés ; elle se replie sur toutes les parties voisines du réservoir, et enveloppe tous les organes renfermés dans la cavité infra- laryngienne. L'intérieur du réservoir infra-laryngien offre encore , à con- sidérer la trachée-artère , le larynx inférieur placé sur la ligne médiane , ainsi que les muscles ([ui les meuvent. Cette première partie du réservoir infra-laryngien communique avec une autre cavité aérienne placée de chaque côté du thorax des Oiseaux, en dehors des os coraco'idiens , en arrière de l'articula- tion de l'épaule, et le long du bord inférieur de l'omoplate. Cette cavité extérieure, rattaciiée intimement au réservoir infra- laryngien, a été jusqu'ici isolément étudiée par la majorité des observateurs ; on s'est probablement fondé pour cette considération sur la situation des parties que l'on a désignées sous les noms de poches ou cellules axillaires (Jacquemin, Cuvier, R. Owen) ; mais comme ces organes ne reçoivent l'air des poumons que par le moyen du réservoir infra-laryngien , comme ils communiquent DK I,\ nESriRATION DA^S LES OISEAUX. 47 avec lui par une large ouverture , il me semble que , s'ils méri- tent une étude distincte , ils ne doivent point être entièrement sé- parés de la cavité dans laquelle ils puisent l'air qui les distend. B. Prohiujemi'nl'i tuiUairt'S fiit sous-ncapuhiirt'x dit fv.scrroi/' infra-iariintjieii (poche sous-scapulaire, Jacqi tsiis: pocliesous-a\illaire, Owen). Le réservoir infra-laryngien s'étend au-delà des limites laté- rales de la poitrine par une ouverture placée entre le muscle coracc-brachial et le muscle troisième pectoral , dans le voisinage des vaisseaux et cFes nerfs qui se rendent au membre antérieur et au thorax. Cette ouverture, bordée par un repli membraneux, oll're des diamètres très variables chez les divers Oiseaux : il m'a paru que , dans le Coq, elle était assez large pour laisser facile- ment pénétrer une grosse plume au travers d'elle. C'est par ce trou que l'air vient remplir la portion sous-scapulaire ou axillaire du réservoir infra-laryngien (1). De forme généralement globuleuse, cette partie accessoire du réservoir infra-laryngien se présente à l'extérieur sous l'ap- parence d'une série plus ou moins nombreuse de renflements arrondis transparents , séparés les uns des autres par plusieurs sillons, dans lesquels se replient les membranes celluleuses pla- cées à l'intérieur. La superficie de ces renflements est limitée par une membrane très délicate attachée à toutes les parties osseuses, formant sur le squelette l'orit'ice antéro-latéral de la poitrine. Cette membrane adhère , en arrière , à la première cote ; en haut , à l'aponévrose qui naît des apophyses transverses ; en avant et en dedans , elle se confond avec celle qui revêt le second réservoir de la poitrine ; en avant et en dehors , elle s'attache à tout le bord externe de l'os coracoïdien ; plus en avant, elle adhère à l'humérus , au-devant de la membrane de l'articulation ; puis elle s'insère en dehors du trou, qui permet à l'air de pénétrer dans l'intérieur de l'os du bras : de là cette membrane quitte l'hu- mérus , et se porte siir le bord interne de l'omoplate jusqu'à la jjartie moyenne de cet os, où elle se termine le plus généralement. Les renflements que limite cette expansion membraneuse sont (() PI, 3: V\. i, a2. tl8 \*T.\MS Gl'iLLOT. — SIR 1." U'I'.Vi; l',U, multiples, mais on peut les diviser >-u trois pai'tips presque tou- jours distinctes. L'une s'étend jusqu'au niveau de rattache liuméraledu muscle pectoral , et elle est le plus souvent proportionnelle au volume du muscle qui la recouvre. Je l'ai toujours observée dans tous les Oiseaux que j'ai étudiés; si elle est faible , le développement du muscle pectoral est peu considérable (1) : le Coq et le Faucon offrent à cet égard un curieux sujet de comparaison. Un autre rentlement est situé en arrière du précédent ; il four- nit un point d'attache solide aux fibres musculaires d'une portion du muscle pectoral , distincte surtout dans les Gallinacés, et prin- cipalement dans le Coq. Dans d'autres espèces , telles que le Faucon , la Buse , la Cresserelle , ce renflement acquiert de telles dimensions qu'il peut parvenir sous le muscle pectoral jusqu'à la base de la poitrine. Le renflement postérieur est placé au-dessus et en arrière des précédents ; il s'étend généralement au-dessous du muscle sca- pulaire ou sus-épineux , dont les libres s'épanouissent en partie dans une aponévrose assez dense , fortifiant la poche aérienne d'une manière notable. Dans le Paon , ce renflement donne nais- sance à une série de cellules accessoires, étendues, comme un chapelet, les unes après les autres jusque par dessus l'épaule, qu'elles contournent ; elles viennent s'ouvrir par un orifice large dans la vaste dilatation située à la base du cou de cet oiseau , la- ( I ) Je signale à ceUe occasion la différence de coloration qui caractérise les muscles des Oiseaux dont le vol est actif ou puissant, et les muscles des Oiseaux qui ne volent que très peu : le Faucon , la Buse , les Moineaui , les Pigeons , ont les muscles pectoraux extrêmement colorés, dune nuance d'un rouge très foncé, due il la quantité de sang qui les pénètre; les Coqs et les Poules présentent au contraire des muscles d'une pâleur qu'on peut apprécier facilement. Ce défaut de coloration cesse aux membres postérieurs dans les Gallinacés ; les muscles des cuisses, qui exercent incessamment leur action, sont très rouges, et n'ont aucune ressemblance de couleur avec les muscles du membre antérieur. Cette différence, qui n est plus observable dans les animaux bon» voiliers, correspond à des varia- lions manifestes dans la densité des organes musculaires ; ceux qui sont pâles sont mous et fiasques; ceux qui sont très colorés par le sang sont au contraire fermes ou même durs. DK l.\ l'.|-,SIMI', MION 1)\\S l,i;S OISKMX. 'lU quelle dilatation apitailient à la partie principale du ri''ce|)tarle, dont je décris actuellement, les cavités acccssuires. l-orsqu'on incise ces dilatations membraneuses , cl que l'on en examine l'intérieur, elles apparaissent comme un ensemble de plusieurs cellules séparées par des cloisons incomplètes, dans l'épaisseur desquelles se prolongent les nerfs et les vaisseaux san- guins du membre antérieur et de la surface de la poitrine. Ces conduits sont partout revêtus d'iuie membrane extérieure , tout aussi bien qiie dans les autres cavités aériennes. C'est dans l'intérieur de l'une des cellules placées en dehors de la poitrine, auprès de l'huuK'rus, au-dessous de l'articulation liuméro-scapulairc , près de la membrane qui revêt les surfaces articulaires , isolées comme partout ailleurs du contact de l'air , qu'apparaît l'orifice plus ou moins large par le moyen duquel l'air peut entrer dans l'humérus : disposition curieuse, signalée depuis longtemps par Hunter, Camper, etc. (j), dont les usages ont suggéré tant d'expériences intéressantes qui mériteraient encore aujouid'luii d'être remises en évidence. L'ensemble formé par les deux vastes cavités aériennes que je viens de décrire ne possède qu'un moyen de communication pro- pre à laisser sortir l'air des poumons. Ces orifices décrits, quoique mal figurés, par plusieurs anato- mistes, sont distincts en arrière de chacune des divisions de la trachée , à l'endroit même où chaque bronche pénètre dans les ]ionmons. Au premier coup d'œil , on ne voit qu'une ouverture de chaque côté, bordée, à droite et à gauche, par un repli mem- braneux fixé par un ligament étendu sur la ligne médiane du corps, et attaché à la base du larynx inférieur; mais, avec plus d'attention, on découvre sous ces lèvres membraneuses plusieurs pertuis placés précisément au sommet des poumons, à l'endroit même où la bronche s'y introduit. C'est par cette ouverture seule que l'air s'introduit au travers du réservoir infra-laryngien jusque dans les cavités aériennes sous-maxillaires, les distend tantôt plus, tantôt moins, suivant les [l j lliinler, /. r 3' «i-ric. 7.'ini T V (Jainifr ISi.'i.lj 4 50 \ATALIS GIIILI.OT. — SVR I.'APPARETr. espèces, et va pénétrer non seulement jusque dans l'os du bras, mais encore dans le sternum, par plusieurs trous placés à la partie antérieure de cet os (1). lime reste encore à indiquer f[uelqups unes des modifications subies par cette double cavité du réservoir aérien tlioraciquc dans plusieurs des Oiseaux soumis à mon examen. Je regrette toute- fois que cet objet intéressant d'étude ait été forcément restreint à un petit nombre d'animaux (2). La première partie, ou le réservoir infra-laryngien proprement dit, existe dans tous les Oiseaux : mais les dimensions en jiarai?- sent surtout considérables dans le Coq , le Dindon , le Paon , dans le Rossignol, dans le Tarin: elles décroissent chez le Faucon, elles décroissent également dans le Francolin, dans la Perdrix. Dans les premiers de ces animaux, l'extérieur du réservoir pro- duit plusieurs renflements très considérables, en général au nom- bre de trois, en dedans des deux os coracoïdiens, renflements qui peuvent s'étendre même jusqu'au niveau des os claviculaires. On les remarque dans le Dindon, dans les Rossignols, dans les Alouettes. Ils m'ont toujours paru considérables chez les mâles, et faibles sur les femelles. Le Tarin et le Serin ofTrent des exem- (1) Les usages des conimunicalions de fappareif respiratoire avec l'intérieur des os ont été l'objet d'études multi|)liées, dont on peut trouver les détails dans l'ouvrage de Hunter (*) et dans Camper (**). Elles ont été étudiées dans toutes les classes d'Oiseaux ou à peu près. Hunter a gonflé les cellules aériennes en soufflant par les os; il a injcslé ces os en poussant des liquides dans la trachée. Les expé- riences de Hunter et ses travaux devraient être présents a la mémoire de toutes les personnes qui s'occupent de lanatomie et de la physiologie des organes res- piratoires des Oiseaux. (2) Les variations de l'étendue des cavités osseuses de l'humérus et des os de lavant-bras , destinées à renfermer l'air, aux différents âges et dans les diverses espèces, ont été étudiées avec détail par Hunter, Camper, et plus récemment par Jacquemin (/. c, p. 314). Ces anatomistes s'occupent tous des variations dues à l'absence ou à la présence de l'air dans les ns des mendires antérieurs et pos- térieurs des Oiseaux. (*) Hunier, Animal œconomij, p. 80 p.issim. (**} Caiiiin'i-, tlLtiii es complètes, t. III, \i 4(;i, P.iris, an x[. DE LA RESPIRATrON DANS LES OISEAl'X. 51 pies de ces particularité?. No pourra-t-on étendre ultérieurement ces recherches, et apprécier mieux que je n'ai pu le faire, tous les décroissements et les accroissements alternatifs du réservoir laryngien , dans les diverses espèces, et chercher à reconnaître si ces organes s'augmentent aux époques de l'année où les animaux mfiles chantent avec le plus de force? Ne peut-on déjà en déduire quelques opinions sur le mécanisme de la production de la voix chez les Oiseaux , et sur les causes de l'énergie plus grande du chant dos niùles, opinions qui tendraient à confirmer une manière de voir de Ilunter (l), reproduite par M. tlirardi (2) et par Jac- quemin, au sujet des fonctions des réservoirs aériens? Ces anatomistes pensent que les cellules aériennes servent à renfermer l'air destiné à produire et à l'enforcer le chant des Oi- seaux; mais ils attribuent cette fonction à toutes les cellules aé- riennes, tandis qu'elle ne me paraît dépendre que de l'inlluonce du réservoir laryngien. L'ensemble olfrc une disposition du réservoir infra-laryngien fort curieuse à étudier dans le l'aon ; elle a été indiquée déjà par Jacquemin (3). Ce réservoir est composi', comme dans les antres Oiseaux , des deux parties c[ue je viens de décrire d'une manière générale ; mais il offre une extension si considérable des prolon • gements membraneux du cou et do raissolle, que je ne saurais les pas.ser sous silence. Les prolongements du cou s'étendent , à droite et à gauche , comme deux énormes vessies placées de chaque côté du jabot, éten- dues même jusqu'au-devant des muscles pectoraux. Celle qui est adroite est moins volumineuse que l'autre; elle est cependant fort ample; mais, probablement en raison de la présence du jabot, elle n'acquiert jamais le volume do celle rjui est à gauche de cet organe. Celle-ci atteint la grosseur d'une orange, et lorsqu'elle est insufflée, elle forme une tuméfaction énorme au sommet de la poi- trine. ,'l) Iluntcr, Aiiimnl œcunomy. (3) M. Girardi, /. c. (3) Jacqui'inin, (. c. Ô2 XATAMS Cril.LOT. — SIR I,' APPAHr.ir. La porlion axillaire du réservoir infra- laryngien s'étend, de son côté, en arrière du bras, et vient former tout autour de l'é- paule une série de cavités membraneuses remplies d'air, sous- cutanées, qui s'abouchent largement en arrière du dos, au-dessus de l'extrémité antérieure de l'omoplate, avec l'énorme dilatation antérieure. Je ne connais aucun Oiseau chez lequel les deux portions du réservoir infra-laryngien olTrent une disposition aussi irrégulière, jointe à de pareilles dimensions. C. Seconde caeité des réservoirs aériens di( thorax ou résereoir svpra-inryngien (poclie pneumalique pectorale Jacqlemis). Ce réceptacle d'air est pair et symétrique. Chacune de ses par- ties, droites et gauches, sont indépendantes l'une de l'autre. 1! présente un arrangement simple dans plusieurs Oiseaux, mais compliqué dans d'autres espèces, à cause du nombre de certaines cavités secondaires. C'est par le moyen de ces cavités accessoires f|uo l'air peut entrer dans le corps des vertèbres, de manière à être introduit jusque dans la cavité du tympan, et même, comme on l'a démontré, jusque dans la mâchoire inférieure (1). Pour en bien faire comprendre la disposition , je le divise en deux parties : l'une principale, dont l'existence m'a paru être générale; l'autre, accessoire, qui me semble plus ou moins déve- loppée, suivant les espèces. Ce développement est souvent peu considérable. 1° La première est placée au-dessus du réservoir infra-laryn- gien , et le recouvre ; lorsque l'animal est placé dans la situation naturelle, on la voit au-devant de la colonne vertébrale, au sommet de la poitrine, à la base du cou (2). C'est entre ce réservoir supra-laryngien et le réservoir infra- lai-yngien (jiie rci\sopliage du ventricule succenlurié s'introduit dans rint('rieur du thorax. Celte cavité est double, symétrique, et ses deux portions droite fl] Huilier, /. r. — r.anipi'r. /. r. .2 PI. ?.. l'I. 4. a'.. DE I.A HKSl'iUAIIO.N UAiXS l.l-.S OISliAlX. 53 et gauclie sont séparées l'une de l'autre , sur la ligne médiane du corps, par l'œsophage et par une cloison verticale médiane. Cliacune d'elles est bornée par une membrane commençant en avant et au-dessus des deux grosses bronches, s'élendant au-de\ ant et au-dessus du sommet de chaque poumon, formant un prolon- gement replié verticalement en haut, pour s'attacher à la partie moyenne du corps des vcrtèlires (hi cou, d'oîi résulte la cloison médiane. Cette inenihrani.' rerou\re aussi rn'S(_iiihage, et va s'at- tacher au bord interne des os coracoïdiens, et au boi'd antérieur et interne de l'omoplate , le long de la colonne vertébrale ; elle pé- nètre dans plusieurs ouvertures qui servent à conduire l'air dans d'autre cavités aériennes des vertèl^res cervicales, de là jus([ue dans les os du crâne et de la face , dans la cavité du tympan , et même dans le pharynx , par le moyen du conduit guttural de l'oreille ; de sorte que les liquides injectés dans cette cavité des ré- servoirs thoraciques peuvent s'écouler facilement par le pharynx, lorsqu'on place en bas la tète de l'animal. A la rigueur, on pour- rait dire , en considérant cette disposition , (|ue les Oiseaux peu- vent expirer et inspirer l'air par le conduit guttural de l'oreille, La membrane (]ui limite le réservoir supra-laryngien enceint une cavité limitée en haut par la colonne vertébrale et les muscles qui la recouvrent , bornée sur son côté interne par l'oesophage et la cloison qui isole la cavité droite de la cavité gauche. En bas , elle est séparée du réceptacle infra-laryngièn décrit en premier lieu par une autre cloison membraneuse, entre les feuillets de laquelle se prolongent les deux artères carotides et les \eines jugu- laires. L'œsophage correspond également à la région intV'rieure , et sépare aussi plus ou moins la cavité aérienne droite d'avec celle qui est placée du côté gauche du corps. En dehors , cette cavité e>t en rapport avec les sommets de chaque poumon, séparée de ces organes par les deux feuillets des plèvres, que l'on peut démontrer par l'insufilation ; de pliv? . elle est contiguë aux nerfs du plexus brachial, isolés du contact de l'air par la membrane qui les recouvre. Il serait fort diflicile d'assigner une figure à ce réceptacle d'air ; on peut tout au plus indi(|ui'r la forme des parties étendues de 54 NATAHS CiUILLOT. — Sli\ I.'AI'lVVREir. chaque côté, le long du cou. Elles représentent deux prolonge- ments; celui de droite disparaît souvent, celui du enté gauche est toujours le plus long ; il l'ait une saillie remarquable sur le cou de quelques Oiseaux. C'est à l'endroit où les bronches entrent dans les poumons que l'on aperçoit les orifices capables de laisser passer l'air dans le réservoir supra-laryngien ; ils sont voisins de ceux que j'ai décrits précédemment , mais placés au-dessus d'eux. Dans le Paon , un seul large orifice de la bronche sert de moyen de communication ; mais il n'en est pas ainsi dans d'autres espèces : ces ouvertures y sont multipliées. L'étude de cette cavité aérienne est intéressante, non pas seu- lement parce qu'on l'a confondue avec le réservoir précédemment décrit , mais de plus encore parce qu'elle sert principalement à conduire l'air dans l'intérieur des os, des vertèbres et de la tête. 2° La portion accessoire du réservoir supra-laryngien résulte de la présence d'un nombre plus ou moins considérable de cel- lules placées entre chacune des eûtes, au-dessous des apophyses transverses des vertèbres. On ne la distingue pas dans toutes les espèces ; cependant on en trouve encore des traces au niveau de l'avant-dernière côte dans le Coq (l). Dans le Paon , au contraire , ces cavités acces- soires m'ont semblé très nettement ]irononcécs. .Te vais essayer de faire comprendre la disposilioii qu'elles oll'rent chez le Paon. Vers la paroi supérieure des prolongements cervicaux du se- cond réceptacle aérien de la poitrine , on découvre aisément quatre ou cinq trous placés au-dessous des apophyses transverscs des quatre ou cinq dernières vertèbres cervicales. Ces trous , bordés par un repli membraneux, conduisent dans l'intérieur même du corps des vertèbres, et permettent à l'air de se pro- pager en haut jusque dans les os du crâne : ils en facilitent égale- ment l'introduction au travers de toute la colonne vertébrale : tous conduisent à des cavités résultant de la présence d'un canal cel- luleux placé au-devant des apophyses transverses des vertèbres dorsales. (I) Pl. 4. o3', DE I.A lUCSPIIlAIlON UA\S 1.I.S Ulbl:VL\. 55 On constate très faciloniciit le passage de l'air et le trajet qu'il peut suivre dans ce canal , suit en injectant des liquides ou du mercure , soit en insufllant l'animal et en le laissant sécher : c'est alors surtout que l'on peut distinguer les détails suivants. ].es trous qui conduisent l'air dans les vertèbres cervicales servent à le transmettre de vertèbre en vertèbre jusque dans toute la longueur du rachis. Le cin((uièine, ou le plus inférieur de ces orifices , car le nombre doit èlrc variable , pénètre à la fois dans le corps de la première vertèbre dorsale et dans un petit canal placé au-devant de la première côte sur l'articulation costo-ver- tébrale : de là, il s'ouvre dans une petite cellule placée sous celte articulation, laquelle olîre une petite ouverture communiquant avec le corps de la seconde vertèbre dorsale. Depuis cet endroit . sous toutes les côtes , au-devant des apophyses transverses des vertèbres dorsales , ou remarque un espace plus ou moins grand, mais toujours plein d'aii-, et pourxu d'un orifice qui doit per- mettre à cet air de sortir du corps de la \ crtèbre ou d'y rentrer. Au-dessus de la septième côte , ces cellules aériennes s'agran- dissent ordinairement plus encore que dans les régions supé- rieures de la poitrine ; mais c'est surtout au-dessus de l'avanl- dcrnière côte qu'elles olïrent une dilatation plus appréciable. On verra bientôt comment, par ces passages ménagés au tra- vers des os de la colomie vertébrale , l'air peut être introduit juscjue dans l'intérieur des réservoirs abdominaux , et comment par cette voie étroite et indirecte il peut être reporté dans les réser- voirs aériens de la poitrine. D. Troisièmes mritrs aérimincs du réservoir thorcuiiiiic ou rcceplacict sous-costaux (poche pneumali'iuiîeous-coslale, cellules liépatiqucs, R Owen — Jacucemik.) La disposilion de ces cavités aériennes sous-costales n'est plus dilllcile à connaître. Elles sont au nombi'c de deux de cluuiue côlé du corps, placées l'une en avant de l'autre; les deux premières sont symétriques: les deux autres ne le sont point absolument, quoiqu'elles se res- ticmblent beaucoup. Elles sont indépendantes, c'est-à-dire qu'elles 56 XA'I'ALIS Ul'lLLOT. SI U l/ AIT AlilJ I. sont limitées par des enveloppes nui les séparem coiiipléteineiit les unes des autres. On distingue l'ensemble complet de chacun de ces réceptacles sur des animaux récemment lues ou desséchés; ils se présentent alors avec les rapports suivants : Le premier ou le plus antérieur est limité, en avant, par lu pre- mière côte et par rartère pulmonaire: en haut , par le poumon ; en bas , par les côtes ; en dedans , par le l'oie ; en arrière, par la cloison qui le sépare du réceptacle suivant. Toutes les faces de la cavité aérienne sont tapissées par une membrane qui n'est pas la plèvre, et qui est séparée d'elle en haut par l'épaisseur des languettes diaphragmatiques et par l'aponévrose très mince qui en dérive. C'est entre cette aponévrose et le poumon que se trouve la cavité de la plèvre si facile à insuttler (1). Trois orifices plus ou moins larges , bordés par une double lèvre membraneuse, sont aiiparcmls au fond de ce l'éceptacle aérien. Ces orifices des bronches , dont Vun surtout a été décrit et figuré par de nombreux observateurs, sont situés à peu près au niveau de la seconde côte dans le voisinage de la \ ejne pulmo- naire (2). Le second réceptacle sous-costal du réservoir aérien tliora- cique est étendu en arrière du précédent , une cloison membra- neuse l'en sépare. 11 lui est analogue sous plusieurs rapports; sous d'autres, il en difl'ère : car il est plus considérable, et se prolonge même dans l'intérieur de l'abdomen au-delà de la limite de la dernière côte. La partie gauche de ce réservoir descend bien plus loin dans le \ entre que celle (|ui est située à droite ; elle peut même se prolonger jus([u';i la limite inléiioure de la cavité abdominale. Ce détail, qui dérange l'arrangement symétrique du réservoir aérien thoracique, m'a paiu constant dans tous les ani- maux (3). Si les rapports de celte seconde portion des réceptacles sous- costaux varient à droite et à gauche, ils diffèrent encore dans la poitrine et dans le ventre. fl)I'l.3:l't !, -1, — (21 l'I 1, .-^(l,/- — i.lj l'I ■•■: l't 1 S I.KS OISEAUX. 75 avec les membranes délicates au milieu desquelles il doit péné- trer, et force l'animal à respirer, comme les autres vertébrés , à l'aide des poumons seuls. Plusieurs remarques intéressantes résultent encore de l'examen du rapport de chacun des réservoirs aériens avec les ramifications du système nerveux. Elles exigent le secours de dissections multi- pliées, et elles conduisent à faire penser ([ue ce ne sont pas seule- ment les nerfs de la huitième paire et les nerfs du grand synipa- thi(iue qui se n'pandent dans les membranes destinées au contact de l'air, mais encore que des nerfs de la vie animale viennent se prolonger jusqu'aux membranes des cavités aériennes. L'appa- reil respiratoire des Oiseaux aurait donc avec le centre nerveux un rapport que l'on ne saurait apprécier dans les autres classes de Vertébrés. On peut très facilement suivre les rameaux du plexus cervical qui, dans le Paon, dans le Dindon, même dans le Coq, se répandent à la superllcic des réservoirs infra et supra-laryngien : on peut disséquer des ramifications analogues qui proviennent plus loin du plexus axillaire, et qui s'étendent à la surface des cavités aériennes situées au dehors de la poitrine , au-dessous de l'omo- plate. Dans la région la plus antérieure de l'abdomen , auprès des orifices communs des deux réservoirs abdominaux, quelques ra- meaux des nerfs vertébraux parcourent également les replis mem- braneux qui bordent ces ouvertures. Des (ileis plus ou moins nombreux du nerf pneumo-gastrique s'écartent à droite et à gauche de chacun des troncs principaux de ce nerf, et se divisent dans les parois de chacun des réservoirs thoraciques. On les perd rapidement de vue; mais enfin on peut en constater l'existence. C'est principalement en arrière des deux poumons, auprès des articulations costo-vertébrales et des apophyses transverses des vertèbres dorsales et lombaires, que le rapport des réservoirs aériens avec le système nerveux est le plus curieux à étudier , mais seulement dans quelques Oiseaux. Dans le Paon surtout, ou remarque à cet endi'oit du corps les ganglions du nerf grand sympathique, j)lacéslcs uns après les autres entre chaque espace 70 NATAIIS GUILLOT. SLU I- Al'l'AllIilI, intercostal. Ils sont très apparents , et la dissection n'en est pas diiïlcile. Chacun de ces ganglions repose sur une petite cavité aérienne environnée par les filets nerveux émanés du ganglion. L'ensemble de toutes ces cavités aériennes réunies constitue la seconde partie du réservoir supra-laryngien destiné à transmettre l'air aux vertèbres dorsales et au membre antérieur. Dans l'animal que je signale, les plexus formés sur les mem- branes de ces cavités aériennes sont trrs appiéciables dans toule la longueur de la poilrine ; mais on les remarque surtout dans le voisinage de la première et de la dernière côle. Dans tous les Oiseaux, on peut constater, sur une échelle plus ou moins étendue , l'existence de ces plexus nerveux : tantôt ils sont très appréciables dans le voisinage de l'articulation de chaque côte, comme dans le Paon ; d'alitres fois, on ne les distingue que vers le sommet et à la base de la poitrine , ainsi que cela se voit sur le Coq. Mais que d'études nécessaires avant que toutes ces variations puissent être convenablement appréciées ! La considération de l'ensemble et des détails olïerts par les réservoirs aériens des Oiseaux ne doit pas être seulement res- treinte aux descriptions anatomiques du genre de celles qui pré- cèdent; un autre sujet d'étude également intéressant doit être entrepris et continué sur une échelle étendue. Lorsque ces obser- vations auront été complètes, il sera possible de se faire une idée exacte du rôle que doit jouer cet étrange appareil : jusque là , les affirmations ne devront être émises qu'avec réserve , et les tra- vaux même les plus exacts n'auront pour résultat que de pré- parer les anatomistes à d'autres investigations. Curieux de connaître les changements subis par les réservoirs aériens dans les différentes périodes de la vie, j'ai dû entreprendre quelques recherches sur la famille des Gallinacés , où l'âge est facile à déterminer d'une manière approximative. Les autres ani- maux, excepté toutefois les Pigeons, ne pouvaient me fournir que de grandes incertitudes. Les résultats suivants m'ont paru très prononcés lorsque l'on compare un jeune Co(i à un vieux Coq, moins précis pcul-èlre, DE lA RESPIRATION PANS LES OISEAUX. 77 mais cependant très acceptables, lorsque l'on met en regard deux Poules, dont l'une est adulte, et l'autre très âgée. La capacité des réservoirs aériens, indiquée par rinsuddalion de la trachée et par le degré de distension des enveloppes mem- braneuses, paraît sensiblement modifiée aux deux âges extrêmes, mais non pas de la même manière , dans le réservoir thoracique et dans le réservoir abdominal. Les deux vessies aériennes du ventre m'ont semblé plus vastes dans les Coqs les plus âgés que dans les jeunes Coqs nés depuis moins d'un an; j'oserais môme assurer que ces organes n'ont pas acquis , dans le courant de cette première année, tout le dévelop- pement auquel ils peuvent atteindre par la suite. Mais en est-il de mèine dans les autres espèces? Je n'ai point assez sacrifié d'a- nimaux pour avoir le droit d'exprimer une opinion allirmative h cet égard. Les réservoirs infra et supra-laryngiens semblent plus déve- loppés dans les Coqs de deux années que dans les animaux très jeunes ; ils m'ont paru moins étendus sur quelques animaux dont j'ignorais l'âge , parce qu'ils avaient été achetés sur les marchés, mais chez lesquels la dureté , la coloration des os, l'os- sification des cartilages, la couleur de la peau , des muscles et la résistance des aponévroses semblaient annoncer que la nais- sance datait de plusieurs années. Mais, je le répète encore, ce sont plutôt des aperçus que je soumets à l'expérience que des assertions que j'émets. Des remarques plus précises peuvent résulter de la comparai- son du Coq et de la Poule ; il me semble qu'elles autorisent à ad- mettre l'influence du sexe sur le développement des réservoirs aériens. Les deux vessies abdominales de la Poule sont, en général, moins étendues que celles du Coq ; rinsufflation semble bien le démontrer. Il en est de même du réservoir aérien thoracique, dont on peut juger les dimensions dans les deux sexes, en com- [jarant les prolongements qui s'étendent jusque dans l'abdomen, les deux parties latérales sus-costales du réservoir aérien thora- cique, ainsi que les poches axillaircs de ce même réservoir. Tout 78 XATAllS GI3ILLOT. — Sl!P. L'APPVREIL est plus restreint dans la Poule que dans le Coq. Les particala- rités relativcri aux expansions aponcvrotiques et aux muscles de la poche axillaire apparaissent également tracées sur un plan moins étendu. Des dilTérences analogues se présentent dans les Pigeons mâles et femelles, chez les Serins et les Tarins des deux sexes : le déve- loppement du réservoir infra-laryngien , c'est-à-dire de la portion la plus externe du réservoir thoraciquc, offre, dans les mâles, un volume plus considérable que celui que l'on remarque dans le sexe femelle. De grandes difficultés s'opposent à la précision de ces remar- ques; mais des obstacles plus nombreux encore empêchent de déterminer toutes les variations de ces réservoirs aériens dans les familles nombreuses d'Oiseaux. Le plus grand développement des réservoirs thoraciques m'a paru propre aux animaux qui se soutiennent longtemps au milieu de l'air. Je confirme par cette assertion ce qu'ont déjà dit les observateurs. Le Faucon, la Buse, la Cresserelle, les Mouettes peuvent être, à cet égard, facilement comparés à nos animaux de basse-cour. Mais il ne m'a pas paru en être de même pour les deux vessies aériennes de l'abdomen. Quoique volumineuses et très étendues chez le Faucon , la Buse, la Cresserelle , etc., elles n'y acquièrent point encore le volume énorme des mêmes organes dans le Coq et dans le Dindon. A cet égard , il me semble qu'on ne doit iioint généraliser ce qui est relatif au réservoir aérien de la poitrine. Tel est l'ensemble des études anatomiques auxquelles je me suis livré ; peut-être paraîtront-elles déjà capables de modifier quelques unes des assertions connues : cependant il me reste encore un autre examen à entreprendre , sans lequel je ne ferais qu'imparfaitement comprendre les erreurs physiologiques que je désire voir ctTacer de la science. La généralité des physiologistes et des anatoniistes qui ont étu- dié les Oiseaux pense : 1" que l'air des poumons pénètre dans une cavité thoraco-abdominale commune séparée par des cellules for- mant plusieurs divisions: que, dans cette cavité, le péritoine et les 1)E I.A niiSI'lRATION DANS I.HS OlSKAl X. 79 cellules aériennes ne constituent ([u'un seul et même espace au milieu duquel l'aii- circule librement ; 2° (|uc l'air sort des réser- voirs aériens, se répand dans le tissu cellulaire, et parvient jusque dans toutes les parties du corps de ranimai (1). l'our m'éclairer sur ces assertions autiemont que par des dis- sections, j'ai dû entreprendre et répéter à plusieurs reprises les expériences suivantes. .l"ai d'abord injecté des liquides , tels que l'eau, l'essence de térébenthine, le suif fondu, par la trachée-arlère, dans les réser- voirs aériens, et je n"ai jamais vu que ces substances aient pu dé- passer la limite des membranes que j'ai décrites. J'ai disséqué des animaux ainsi injectés: j'ai enlevé la peau, ainsi que les muscles des membres ou du tronc, et, tant que les réservoirs aériens ont été intacts, jamais les liquides ne se sont écoulés au dehors, comme cela aurait dû se faire s'il y avait eu quelque moyen de communication entre les réservoirs aériens et les autres parties du corps. Il était cependant possible qu'il y eût encore quelque disposi- tion cachée par la mort de l'animal, en vertu de laquelle les choses auraient pu se présenter d'une tout autre manière |)en- dant la vie. l'our éclairer davantage encore ce sujet, M. Milne Edwards me donna le conseil d'expérimenter sur des animaux vivants, et je dois à cette heureuse idée d'avoir pu démontrer d'une manière péremptoire les erreurs dans lesquelles on est tombé jusqu'ici. C'est donc un devoir pour moi de ne point m'at- tribuer le mérite des expériences suivantes. Il est facile de placer des Oiseaux sous l'eau et de maintenir la tète au-dehors du liquide. Je suppose que l'on a préalablement coupé les plumes aussi près que possible de leiu' insertion. Si le tissu cellulaire contient de l'air pendant la vie, il est cer- tain que cet air doit s'échapper sous l'apparence de bulles plus ou moins nombreuses, dès que la peau est coupée. Or, l'expérience démontre le contraire : on peut inciser les téguments d'un Oiseau, les enlever même en grande partie, se- l)G Cuviur. ( c — Ja(:queniiii. / e 80 XATAMS GI3ILLOT. — SIT. I.'.APPAr.Eir. parer les muscles les uns des antres, les roiiper dans tous les sens, sans qu'une seule ixille d'air s'échap|)e. J'ai répété de semblables tentatives dans le voisinage du tronc , aussi bien que dans la con- tinuité des membres, même à la base du tuyau des plumes. Les résultats ont toujours été les mêmes : je n'ai pu constater nulle part la présence de l'air. Pour savoir si les réservoirs aériens communiquent avec le pé- ritoine, j'ai dû ouvrir la cavité tapissée par cette membrane : en apparence, rien n'est plus facile ; en réalité, une telle tentative ofl're de grandes diflicultés, parce que les vessies aériennes, tendues par la respiration de l'animal , viennent appuyer sur les parois du ventre. Or, la ténuité des membranes est telle, que le moindre contact des instruments les di'chire : cependant, avec un peu d'a- dresse et quelque patience, on parvient toujours à un bon résultat. Lorsque la cavité péritonéale a été ouverte et que les muscles abdominaux ont été rejetés à droite et à gauche du corps, aucune bulle d'air ne s'est encore échappée; mais les vessies aériennes, n'éprouvant plus aucun obstacle de la part des muscles abdomi- naux , se distendent à chaque mouvement du thorax, et se gonflent au milieu de l'eau qui les supporte de toutes parts, mais sans jamais acquérir le volume auquel elles peuvent parvenir lorsqu'on les insuffle artificiellement. On a donc alors sous les yeux la preuve la plus évidente de l'absence de toute communication entre les voies aériennes et le péritoine. Dès que l'on perfore les vessies aériennes , elles se vident , l'air s'échappe, et elles disparaissent : à chaque mouvement inspiratoire ou expiratoire de l'animal , de nombreuses bulles d'air sortent avec force et traversent la masse du liquide. Un phénomène particulier indirectement rattaché au sujet qui m'occupe se manifeste pendant que l'on pratique les expériences précédentes. On en suit d'instant en instant les progrès, et au premier aperçu, il pourrait faire croire à la présence de l'air au milieu des liquides issus des vaisseaux sanguins, coupés sur l'a- nimal vivant. Le sang qui s'échappe se divise en deux parties: l'une colore Tir. i.\ nnsi'ir.MioN r)\\s i.f.s oisiîadx. 81 l'eau en s'y dissolvanl: c'est le cruor ; l'autre est rapidement prc- ci|iitée : c'est la fibrine. Cette dernière substance se coagule en masses irrégulières , tremblantes, qui ne renferment aucune apparence de bulles aéri- formes au moment où elle se dépose. Mais, à mesure que la coagulation s'accroît , on voit des globules aériens , remarqua- bles par une transparence très grande , naître et se multiplier dans l'épaisseur de ces amas fibrineux. Ils s'accumulent près les uns des autres, et finissent enfin par être si nombreux , (ju'on jiourrait croire, avant d'avoir suivi les piiases de ce phénomène , qu'il est l'indice de la présence de l'air dans le tissu cellulaire. Mais cette production d'un gaz , dont j'ignore la nature , ne semble autre chose que le résultat de la séparation de l'air dissous dans le sang; elle n'infirme en aucune manière l'opinion que j'a- dopte , de laquelle il résulte que l'air ne traverse jamais, pendant la vie , le tissu cellulaire des Oiseaux, et qu'il ne saurait dépasser la limite des réservoirs aériens. Sur des Oiseaux vivants placés sous l'eau, on ne rencontre d'air que dans le tuyau des plumes; l'incision de ces organes le dé- montre; mais il n'y est introduit que par l'extérieur du corps, et non par l'intérieur. On arrive à le croire, en disséquant attentivement sous l'eau le tissu cellulaire de la base des plumes ; on peut même isoler ces or- ganes des tissus auxquels ils adhèrent, sans qu'il sorte une bulle d'air. D'autres expériences conduisent aux mêmes résultats. Que l'on prenne l'aile d'un Oiseau, qu'on isole l'humérus, scié en travers à son tiers supérieur; qu'on attache cet os, à l'aide d'un conduit de caoutchouc, à un tube long d'un mètre, et plus long encore; lorsque cet ajutage est fixé solidement, que l'on rem- plisse le tube de mercure : on verra que , malgré l'énorme pres- sion , les tuyaux des plumes resteront vides, et que pas une par- celle du métal ne les aura pénétrés. Ce résultat exclut donc formellement l'idée d'une communica- tion des plumes avec les réservoirs aériens , par le moyen des os. L'air que l'on rencontre dans les plumes n'y apparaît point à toutes les époques du développement; lorsque la plume est jeune, 3';série.;_Zo"L. T, V. (Kinrii"- isiifi.j î C S"! , SATAMS ni'ILLOT. — SL'R I.'APPAREir. il n'y en a point encore dans le tuyau de cet organe : on ne dis- tingue alors qu'une substance grasse qui s'élève à la surface de l'eau. Ce n'est que dans les plumes déjà desséchées, où la matière spongieuse et grasse a disparu , que l'on peut observer l'air entre les membranes placées les unes après les autres dans toute la longueur du cylindre corné de l'organe. On a déjà dit que cet air pénétrait aussi par un trou placé à la partie intérieure de la plume, dans le voisinage de l'endroit où naissent les barbules. Cette as- sertion appartient à Jacquemin (1). Dès que les anatomistes ont eu connaissance des dispositions singulières de l'appai'eil respiratoire des Oiseaux, ils ont été na- turellement conduits aussitôt à en rechercher les eiïets : aussi trouve-t-on dans la science maintes opinions plus ou moins pro- bables sur l'utilité possible des réservoirs aérions. ]/une des opi- nions admet qu'ils servent à la respiration en conduisant l'air, et par conséquent l'oxygène, sur des surfaces dont les dimensions sont plus considérables que celles des surfaces pulmonaires. D'autres ont vu dans ces réservoirs des organes destinés à aider mécaniquement la respiration, en faisant, à chaque inspi- ration, revenir l'air du ventre jusque dans les poumons, et en permettant ii an air nouveau de retourner dans l'abdomen pen- dant chaque expiration. Car on sait que l'air qui entre dans l'ab- domen des Oiseaux, pour remplir les réservoirs aériens, y pénètre pendant l'expiration, en sort jiendant l'inspiration , tandis que des mouvements contraires et opposés s'exécutent au même in- stant dans le réservoir thoracique (:2). (1) Jacriueniin, /. c. |i. isil — ■. l'.ir linlcimédiaire des sacs aériens sous- scapnlaires et sous-fémnraii\ , lair pénèlre aussi dans les cellnles sous-cutanées , et s'introduit dans le tuyau des plumes, si ce n'est par ces cellules , du moins par le trou qui esta la base des barbules. [i] 11. Owen, L c, p. .344 — .i During tlie act of inspiration... the air then rushes into the lungs and into the thoracic réceptacles; whilo those of the abdomen become flaccid : when the sternum is raised on approximated towards spine, part of the air is exp«lled from Ihe lungs and thoracic cells by the Irachea , and part driven inlo Ihe abdominal réceptacles , wliicli «re thus altornately en- larged and diminished with those of the thorax. • DR I.A HESPIRATION DANS LES OISEAUX. 83 D'autres observateurs, et Borelli le plus ancien de tous (1), ont cru que ces réservoirs étaient destinés à rendre le corps de l'oiseau plus léger , soit par la dilTérentc densité de l'air introduit dans l'intérieur du corps et des os , soit par la dessiccation des liquides médullaires contenus dans le squelette. Il est vrai que les travaux de Huntcr, de Jacquemin et de plusieurs autres anato- mistes , ont prouvé que nulle part la capacité des canaux des membres et des vertèbres osseux n'était aussi étendue que dans les Oiseaux dont le vol est rapide, et que nulle part cet air ne peut être plus raréfié par la chaleur animale , et par conséquent plus léger que dans l'intérieur de ces animaux. On a cru de même que les réservoirs aériens étaient capables de donner aux muscles et aux aponévroses un soutien énergique , propre à aider les mouvements et à favoriser la facilité du vol (2). Hunter et plus tard Jacquemin ont supposé qu'ils aident beau- coup la force et la durée du chant des Oiseaux. Beaucoup de preuves viennent à l'appui de cette manière de voir. Jacquemin (3) leur attribue plusieurs usages : « L'oxydation du sang , l'augmentation de la surface du corps, afin que des muscles vigoureux , tels que le vol en exige, trouvent des points d'attache assez étendus ; la diminution de la pesanteur spécifique par la dilatation de l'air, et le dessèchement des liquides de la moelle dans les cavités osseuses ; et dans l'élasticité que ces réservoirs pneumatiques donnent au corps pour seconder concurremment avec l'élasticité de l'air le vol des Oiseaux. » Il est difficile, en présence de tant d'opinions contraires, d'en (1) J.-A, Borelli, De molu unimalhim in Bill. anut. Mangeti, t. II, 1685, p. 895. — a Aufi;elur aclio alarum ob diminutionem resislentiae , quia corpora avium minus ponderosa sunt in specie quam corpora honiinum et quadrupedum, scilicot pondus illarum ad horum pondus minorem proportionem habet quam moles ad niolem Hoc palet quia ossa avium fistulosa valde excavata et subtilia sunt ad instar radicum pcnnarum ; scapute, costie et bracliia parum carnosa sunt, pectus et abdomen amplas cavilates aereplenas habenl, pennœ tamen et palmœ levissimae gunt ; unde duplici noniine augetur potentia alarum ob virtutis motiva; musculo- rum incrcmentum, et ob diminutionem ponderis resistentis. » (2) U. Owen, ;. c, p. 344. (3) Jaaiucinin, i. c, p. 333. Sll XATAI.IS ni'IM.OT. — SLT. I.'APPAr.FH. admettre encore une de plus, analogue ou nouvelle. 11 vaut mieux peut-être se taire longtemps encore sur des fondions que nous ignorons , et ne pas se hâter de produire des idées antérieures à toute espèce d'e.\périmentation. Ai.t;. 80 partienncnt à la famille des Cerfs. MalheiircLisement , ces deux exemplaires ne sont pas encore adultes. Voici la description que nous en avons faite : Couleur générale rousse, finement tiquetée, sur la plus grande partie du corps, de roux plus ou moins vif. Le front et le sinciput ne sont pas ticpietés ; les poils de cette partie, un peu plus longs que ceux d'alentour, sont en manière de petite houppe , à peu prèscommetlans li's Antilopes nommiM'sflrimms. Sur les oreilles, le menton, les canons et les quatre pattes, les poils sont d'un roux cannelle ; ils n'y sont pas tiquetés. Le devant du cou, la poi- trine et le ventre, ainsi que la face interne des bras et des cuisses, sont d'un roux plus grisâtre. La région nasale , la base du cou , en dessus et l'origine de la queue passent au roux noir. Les poils ne sont pas très forts ni bien longs; mais ils sont cassants, de longueur médiocre , et n'afiectcnt point la disposition spirale propre à ceux de beaucoup d'animaux du genre Cerf. A la région dorsale, ils sont cendrés vers leur base, c'est-à-dire dans la por- tion cachée, qui occupe plus de la moitié de leur longueur; le reste est marqué d'un large anneau noir luisant, cl d'une annclure de couleur roux-cannelle assez vif, placée près de la pointe. (Quel- ques uns n'ont point de roux. Ces animaux sont peu élevés sur jambes; leurs pi'oportions sont assez trapues; leur tète est forte et raccourcie, mais leurs jambes sont assez faibles. Voici leurs dimensions : Longueur du corps et de la tète 0,7.î — des oreilles 0,07 Hauteur au garrot 0,34 Le seul crâne que nous ayons vu est celui du mâle. Ainsi (jue nous l'avons déjà dit, cet exemplaire n'a point encore les carac- tères de l'adulte. Comparé à celui d'un Cervus simplicicnrnis (Cerv. riifusel neiiwrivar/us, F. Cuv.) de même âge, le crâne du Pudu montre diverses particularités qui ont évidemment une va- leur spécifique. Il est moins allongé, plus élevé dans sa partie frontale, et pourvu d'un enfoncement considérable subcirculaire pour le larmier, tandis que le Cervus simplicicornis n'a point d'en- 90 «AT ET P. «ERVAIS. — SL'R LES ESPÈCES DE CERFS foncement distinct pour cet organe. Contrairement encore à ce qui a lieu dans ce dernier, l'os incisif ne se joint qu'au maxil- laire, sans remonter jusqu'au nasal. Comme dans les Gouazou-bira (Cerv. nemorivagus) , il y a ici de petites canines à la mâchoire supérieure.' Il n'y a encore qu'un faillie indice des bois. Le petit Ruminant du Chili , que les habitants de ce pays nom- ment Venado, est donc une espèce fort voisine du Cervus sirnpii- cornis [C. ru fus et nemorivagus) , mais néanmoins distincte. Ce n'est pas une Chèvre, comme le pensait Molina, et nous devons changer son nom en celui de Cervus pudu. Ainsi s'explique le caractère qu'il présente de manquer de barbe , et les cornes très petites, rondes et lisses, qui surmontent son front, d'après l'au- teur chilien. Voyons quels renseignements publiés par des naturalistes ré- cents peuvent lui être appliqués. M. Pœppig (1), qui a donné de très bons documents sur le Chili, parle d'un petit Cerf de ce pays qui nous paraît être le prétendu Capra pudu. Voici ce qu'il en dit : « Chevreuil non signalé par ÎNlolina. Il habite les parties les plus élevées du Chili. Cet animal, qui doit s'y trouver en grand nombre, n'a guère que deux pieds de hauteur, et égale un chien de moyenne taille. Comme je n'en ai vu qu'une femelle apprivoisée, je ne puis rien dire de décisif sur l'espèce : cependant il se pourrait qu'elle fût déjà mentionnée parmi celles qu'a décrites Azara. » Il nous semble inutile d'insister sur la similitude presque com- plète de cette note de M. Pœppig avec ce que Molina rapporte au sujet du Venado. Il paraîtra plus évident encore que c'est la même espèce que feu \J. Bennett a décrite sous le nom de Cervus humilis, et dont il na vu, comme M. Pœppig, ([u'une femelle domestique. Celle-ci a vécu à la ménagerie de la Société zoologique de Londres , qui l'avait reçue du Chili. M. Bennett en établissait ainsi provisoire- ment la diagnose : , {\) Froriep's Notizi'ii , 1829. — BulUtin univ. de Férussac, l. XIX, p. 9S (1829). DE L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE. 91 Cervus parvus, obesus, breviceps; t'acic lata, brevi, obtusa; fissura infra-orbitali niediocri ; cauda sulinulla ; corpore loto rufo, antice nigrescenti ; postice, frontc, pcdibusquc inferioribus satu- ratioribus; inlVa-diliition: altitudo ad luimeros vix 1 1/2 ped. ; longitudo caudic unciain supcrans. A cette caractéristique, facilement applicable aux individus que nous avons observés, Bennett ajoutait, d'après le capitaine King, qu'une peau de la même espèce avait été rappoi'tée par ce navi- gateur en Angleterre, et que le jeune âge de l'espèce est tacheté de jaunâtre , et présente une bande de même couleur de chaque côté du dos. D'après M. King, ces petits Cerfs sont abondants à la Conception, et on les rencontre dans des régions aussi australes que l'archipel de Chiloë. Ils vivent par petites bandes. Ainsi le Fenado ou Pudu est un Cerf, et non une Chèvre ; ce Cerf se rapproche du Cervus simplicicornis, mais il n'est ]ms de la même espèce; M. Pœppig en a parlé depuis Molina ; feu Bennett l'a décrit d'une manière plus reconnaissable ; mais la science ne possède point encore tous les renseignements nécessaires à son égard; la dénomination de Cerrus humilis conviendrait bien à cette espèce: cependant les règles suivies dans la nomenclature zûologique veulent qu'on l'appelle Cervus pudu, le nom spéci- fique donné par Molina devant être préféré à tout autre , comme plus ancien. M. Pœppig avait bien jugé des affinités de cette espèce en la rapprochant des petits Cerfs de d'Azara. Ses caractères extérieurs et anatomiques montrent néanmoins qu'elle ne doit être confondue ni avec le Gouazou-bira ni avec le Gouazou-pita. Cervl's ciiiLENSis. — Une autre espèce de Ruminant du Chili, bien distincte de la précédente, de taille plus forte, et vivant dans les régions les plus élevées, appartient aussi au genre Cerf, et l'un de nous en a déjà fait paraître une figure dans son ouvrage sur le Chili, sous le nom de Crrvus cuILE^SIS. D'après les ren- seignements qu'il a pu se procurer, ce Cerf, dont l'espèce est également distincte de toutes celles qui vivent dans les autres par- 92 «Aï lil F. «EUVAIS. SI li l.liS liSl'ÈCES DE ClilUS lies de l'Amérique méridionale, serait le Gemul {Equus bisulcus) de Molina. Comme VEçiuus bisulcus est un des animaux décrits par ce naturaliste qui ont le plus embarrassé les savants , c'est par ses caractères zoologiqucs que nous devons commencer. Le Guamul des Chiliens, ou C'ervus chilensis, dont nous n'a- vons vu qu'un seul individu, actuellement déposé dans les gale- ries du Muséum de Paris, est une espèce très rapprochée, par sa taille , par son crâne , et même par son pelage , du Cervus anlisensis découvert dans les Andes boliviennes et dénommé par M. Alcide d'Orbigny. Nous ne pouvons dire, néanmoins, jusqu'à quel point il s'en rapprochait jiar la forme des bois : l'exemplaire dont nous venons de parler était encore trop jeune. Son pelage est brun fauve , et rappelle , de même que celui du Cervus anlisensis , le Chevreuil d'Europe en habit d'hiver. Ses poils sont également longs et cassants ; ils sont de même flexueux ou ondulés en spirale dans leur partie cachée. Tout le corps est tiqueté de fauve plus ou moins doré. Chaque poil est brun en- fumé dans sa plus grande longueur, et montre, près de sa pointe, un anneau plus vif de la même couleur, et ensuite l'anneau jaune- paillc ou jaune doré qui occupe une longueur de 2 lignes environ, et qui est suivi d'une petite portion noire placée tout- à-fait à la pointe du poil , mais dans une étendue qui excède un peu celle de la portion jaune. La tète , la face externe des oreilles , le cou , en dessus et en dessous, le dessous de la gorge, le dos, les (lancs, la poitrine , la région fessièrc, les membres (en un mot, presque tout le corps) , sont garnis de poils ainsi colorés, c'est-à-dire tiquetés. La queue est brune en dessus et blanchâtre en dessous, cl à la pointe , ainsi que la région anale , qui est entourée de poils plus longs et se redressant probablement comme ceux du Che- vreuil, sous l'action du peaucier. Il y a du blanc, lavé d'un peu de fauve , aux régions inguinale et mammaire , ainsi qu'à la face interne des cuisses et de l'avant-bras. La portion moustachière de la lèvre supérieure et la face interne des oreilles ont des poils également blanchâtres ; mais la [)artie de la lèvre la plus voisine du nuilKle est noirâtre, ce qui n'a pas lieu dans le Cervus anli- DE I.'VMKRIQrE SIKRIDIONAI.E. S).') sentis. Le menton est fauve-bhinclKilrc. 11 y a du brun sur le bord de la conque auditive, et une ligne de la même couleur borde les sabots. La poitrine et le ventre sont jilus bruns que le reste du corps; les canons sont de couleur fuligineuse. Les poils, longs partout, le sont davantage à la région fcssière et aux lianes. Longueur de la tète et du corps 1 ,20 — de l'oreille 1.17 — de la queue 0,10 Hauteur au garrot 0,70 Le Cen-us chilensis est trapu. Le rràne de l'individu que nous décrivons n'a encore, à la place oit devaient s'élever les bois, c'est-à-dire au-dessus et un peu en arrière des orbites , ([u'une faible saillie. Quatre paires de molaires seulement sont sorties hors des alvéoles : trois de lait , et la quatrième d'adulte. La mâ- clioii;e supérieure a de petites canines. Le crâne est de la gros- seur de celui du Gouazou-ti [Cervus campestris) ; mais il en dif- fère par plus d'aplatissement au chanfrein , par sa région inter- oculaire plus carrée , par plus de saillie du bord externe de la région supra-oculaire du frontal. L'enfoncement du larmier est aussi plus considérable siir ce crâne , au contraire du foramen naso-maxillaire, qui est un peu moins grand. Les dents incisives du Cervus chilensis ont la même proportion que celles du Cervus antisensis , mais elles sont un peu plus petites. L'espace inter- orbitaire est plus large que dans ce dernier. L'os incisif remonte jusqu'aux os du nez et se joint à eux dans une longueur de 0"',020 ; chaque os nasal est un peu échancré à son bord antérieur ; la su- ture maxillo-palatinc est transverse; le crâne a 0'", 21 de longueur totale. Voici donc une deuxième espèce de Cerf à ajouter à la liste de celles qui vivent dans l'Amérique méridionale. Il est probable que le nombre en sera encore augmenté, et les collections possèdent déjà quelques pièces qui pourraient mettre les naturalistes sur la voie de ces découvertes. Ainsi G. Cuvier fait connaître , comme se rapportant au Cervus virgiiiiamts , des bois envoyés de Cayenne par M. l'oiloau ; mais il est évident qu'ils .«ont d'une autre espèce. 94 J. MIH.I.KR. — SIR LES ORGANES Cc?s bois sont petits, épineux, à un seul andouiiier, etc. Nous signalerons cette espèce à l'attention des zoologistes, sous le nom de Cerviis spinosus. Une autre , qu'on pourrait appeler Cervus Goudotii, vit dans les régions élevées de la Nouvelle-Grenade. M. Justin Goudot, qui nous l'a indiquée , en a rapporté un bois aujourd'hui déposé au Muséum de Paris. (Je bois est de forme lyrée, de moitié moins grand que celui d'un Axis, et pourvu d'un seul andouiiier basilaire postérieur. Ces deux espèces , celles que nous venons de décrire et le Cervus antisensis de M. d'Orbigny, portent à cinq le nombre de celles qu'on a découvertes depuis assez peu de temps dans l'Amérique méridionale, et dont il n'est point encore qiieslion dans la plupart des ouvrages usuels de mammalogie. MÉMOIUI- SLIl t.KS DIFFÉRENCES TYPIQUES, INCONNl'ES JVSQu'a PaÉSEÎIT, DES OUGAN'ES DE LA VOIX DES PASSEREAUX; Far M. J. MULIiER (|). Jusqu'à ce jour, on s'en est toujours rapporté aux recherches de Cuvier sm- le larynx des oiseaux chanteurs. D'après ce travail, l'appareil multi-musculaire servant au chant est composé de cinq muscles qui soulèvent les demi-cer- ceaux les plus mobiles des bronches, le second et le troisième, par leur périphérie antérieure et postérieure , et modifient leur posi- tion, ainsi que celle du ligament vocal , par rapport au courant d'air. Cuvier trouva généralement ces muscles chez les Moineaux, les Pinsons, les Mésanges, les Merles, les Grives, les Embérises, les Alouettes, les Corbeaux, les Corneilles, les Casse-Noix elles Pies, et il déclare qu'ils sont communs à tous les Passereaux, à l'exception des Cypselus, Capriniulgus et Coracias , qui n'ont ( I ) Extrait du «apport mensuel de l'Académie des Sciences de Tierlin , séance du 26 juin ISi.'». Traduit de l'allemand par M. H. Lebert. DE I,V VOIX DES P\SSEREAU\. 95 qu'un muscle simple de chaque côté du larynx inférieur, comme beaucoup d'Oiseaux, que l'on n'a jainais complés parmi les Passe- reaux, mais qui appartiennent aux ordres àesJccipilres, Scansoirs et Palmipèdes. Savart confirma ces observations sur tous les points essentiels ; il décrivit six muscles , trois paires antérieures et trois postérieures chez les Corbeaux, les Laniers et les Ktourneaux, cinq (dont deux antérieures) chez les Grives et les Alouettes. Nitzsch a signalé, dans l'ouvrage de Naumann sur les Oiseaux , la présence de l'appareil multi-musculaire servant au chant dans tous les genres d'Oiseaux chanteurs européens qu'il a pu examiner. Il voulut, dans ses divers Mémoires ornithologiqucs , séparer les Oiseaux privés de cet appareil, des Oiseaux chanteurs ou Pas- sereaux. Il chercha avec ardeur pour les Oiseaux chanteurs d'autres caractères ostéologiques , splanchnologiques et angiolo- giques ; il en est résulté des particularités et des dilïérences orni- thologiqucs fort intéressantes ; mais aucun de ces caractères n'a de valeur absolue, et pour chacun d'eux il y a de notables exceptions. Beaucoup d'Oiseaux , auxciuels l'appareil multi-musculaire man- que , ont pourtant l'apophyse épisternale fourchue ((jabelforlsalz) à la partie antérieure du sternum et l'échancrure simple de cet os, comme [lisAmpelis, GymnocephaJus. Ri/picola,Pipra,Opetiur- rhijnchus, ThamnophiUis, Tyranuus, Elœnia, etc. Toutes ces dif- férences ostéologiques des Passereaux deviennent insignifiantes, aussi bien que celles des Gallinacés ; de même qu'il y a chez ces derniers des genres avec une et avec deux échancrures (Cryp- tvruSj Ilemipodius), de même on rencontre parmi les Passereaux des Oiseaux à une et à deux échancrures [Pteroptoelius, Colius); et tandis que quelquefois cette échancrure se réduit à un trou [Atnpe- Ik) , le sternum devient dans quelques cas tout-à-fait solide [Tro- chiius, Cypselus). Nitsch désignait comme étrangers au type des Passereaux les genres Trochilus, Cypselus, qui, avec Yllémi- procne , forment pour lui la famille des Macrochires ; les genres Vpupa, Bticeros, Epimachus , Alcedo , qu'il réunit avec la famille dan Lipoylossœ ; et les geiu'es Caprimula famille des Ampclines Sw. et Nitsch. , composée d'éléments assez hétérogènes, contient aussi des Oiseaux qui possèdent un appareil musculaire servant au chant, ce sont les Buinbycilla; en outre, on y rencontre le plus fort développement musculaire du larynx qu'on puisse trouver parmi tous les Oiseaux, mais con- struit d'après un modèle différent de l'appareil du chant : je veux parler de l'appareil propre aux Chasmurlujnchus. Mais une élimination des Oiseaux étrangers devient déjà tout- à-fait impossible dans une autre tribu. Dans la famille des Laniades, parmi lesLaniusCviV., il y a des Oiseaux àappareil musculaire ser- vant au chant, ce soiûlcsLanius européens et africains, et \esBari- las australiens ; les types de l'Amérique du Midi , Tlniiiiiinplultis, Vieill., n'ont point de larynx multi-musculaire, et n'ont (|u'un seul muscle. U'a])rès cela, la sous- division de la famille les Thamno- pliili Sw. n'est poini fondée; caries Malaconoliis Sw. concordent tout-à-fait avec les Lanius pour l'appareil du chant ; et ce genre Maluconolu.s est, en général, peu admissible, comme bien d'autres genres, qui ne sont pas établis d'après des recherches anatomi- ques. On retrouve, par contre, le muscle simple et le larynx par- ticulier des TlnainHipliilus dans les Myinihères, que l'on a classés ailleurs. :'.' riM'ii' '/. T V ' l''i''> riiT IsKi.lr, 7 98 J- IWniXEB. — SUR I.F.S ORGANI-.S Les Opetinrhijnchus n'ont [Xiiiit l'appareil du chant ; ils ont, de chaque côté, deux muscles, et leur larynx particulier se rapproche surtout de celui des Thamnophilus et des Myiolhera. Le genre Muscicapa Cuv. offre des dificrences encore plus grandes que les Lanins Cuv. Les Mitscirapa, dans le sens le plus strict, parmi les Oiseaux de l'Rurope cl de l'Afrique, les Musci- pela africains S\v. et le Plafijssora Jard., Selb. . ont seuls l'appa- reil multi-musculaii'c des Oiseaux chanteurs européens. Les Mv.i- r')W/]j»/e.'> américains n'ont qu'un seul muscle, parfois épais comme dans les Tijraninis, Elœnia, Platyrhyncus, et parfois très mince, comme dans les Mijiobius, Myoneetes , Pyroceplialus. Les Pipridcs n'ont point d'appareil multi-musculaire; ils n'ont qu'un seul muscle servant au chant, tantôt épais, tantôt mince. Plus de la moitié des Passereaux américains examinés n'ont point l'appareil musculaire particulier du chant qui, en Amérique, se retrouve dans les familles ou genres Fringilla , Tanagra , Sylvia, ninnido, Cassicus,Ticr(lHS, Doliclwnyx, Stvrnelln, Npc- tnrinia, et leurs sous-genres. D'un autre côté, l'appareil musculaire du larynx devient plus compliqué dans plusieurs des Picarias de Nitsch , ou des Cor- cyycs Sundevall , dans les Colitis, encore plus dans les Trocliilux et Psillani.f , même les Alcpdo , dans lesquels Nilsch n'a pas trouve trace d'un muscle; ils se rapprochent des Tymiwus par leur muscle cantateur large, mais simple. Ce muscle unique, qui, dans quelques Passereaux de Nitsch, s'est déjà notablement aminci, disparaît tout-à-fait dans quelques Picariœ, dans les Prionites, les Trorjon, Rhamphastos, Corytliai.T. Description de foiDies nouvelles du larynx. Organes de la rotxdii Chasmaryncluis. — La forme extérieure, représentée dans une planche du prince ^Lax de Yicd , fait déjà voir que le larynx inférieur du (\'iasmaiiiynclui.'i luidirollis est très charnu; mais elle laisse douter si cet appareil est celui du chant ou non. On sait que ces oiseaux se distinguent par leur voix sonore, que f)i: i\ VOIX DKS PASSlîIlKAI'V. 'OO le prince Max compare au sou clair d'une cloclic; les sons sont isolés, soutenus, cjuclquefois assez rapprochés, comme lorsqu'un forgeron frappe à coups réitérés sur son enclume. D'après M. Ricli. Schomburgk , qui observa surtout le Cliasmarlnjnrhus earuncu- lahis , ces tons sont aussi modulés. J'ai examiné l'organe de la voix des deux genres. Au dehors , il jiaraît sous la forme d'un manteau uni et charnu, qui couvre toutes les parties du larynx, depuis la ligne médiane antérieure jusqu'à la posiérieure, se jette même encore, inférieurcment, eulre les bronches et sur le lan)bour (Bucgel), et se renforce sur le tambour, dont la moitié est encore couverte de chair à sa partie antérieure. De cette ma- nière, la masse charnue qui recouvre le larynx forme avec celui-ci deux sphères unies dans leur milieu. Toutes les libres antérieures, latérales et postérieures ont le même trajet de haut en bas, et on ne peut pas les séparer en plusieurs muscles distincts. Il est très singulier, et même sans exemple, que la plus grande partie de cette chair musculaire ne soit pas destinée au mouvement des demi- cerceaux des bronches, mais s'insère entre le bord inférieur du larynx et le premier demi-cerceau, sur la membrane muqueuse; les fibres musculaires descendent en arc, et leurs extrémités sont implantées verticalement sui- la membrane muqueuse. Ainsi se forme un labium musculeux à la paroi externe des oi'gaiies vo- caux , à l'entrée de chaque bronche. Ce labium a deux faces, une descendante plus grande, et une inférieure plus petite, qui se tourne vers le premier demi -cerceau. Sur l'arête qui forme ce l)oint de jonction des faces du labium se trouve une expansion élastique, le ligament vocal externe. La masse musculaire du labium forme la partie éjiaisse et pro- fonde de la masse charnue. La partie superficielle des fibres mus- culaires forme tous les faisceaux charnus qui se rendent au labium, et spit à mouvoir le premier et le second demi-cerceau des bronches. Le pi'emier demi-cerceau en est complètement en- velo])])!' , ainsi que la partie antérieure et postérieure du second. Il n'y a point de séparation entre les couches superficielle et pro- fonde du muscle, qui est tout-à-fail uni. Près des lignes médianes antérieures et postérieures, les libres nnisculaires provenant du 100 J. MIXI.EB. — SUli l.liS OHOA>ES larynx se contournent vers l'interstice , entre les deux bronciies, et en arrière , vers une extrémité cartilagineuse du larynx , au moyen de laquelle la membrane lijmpaniforme peut être tendue, et se tournent enfin vers cette membrane elle-même. Dans le C liasmarlnjnchtis caruncidalus , une longue bande mus- culaire se dirigeant d'arrière vers la membrane tympaniforme, fournit quelques faisceaux élastiques qui s'étalent dans cette mem- brane même. La partie antérieure du tambour (Buegel) est recou- verte d'un muscle transversal particulier, qui tend cette mem- brane. Le Ch. car unculatus n'a. polnl un ligament vocal interne, qui existe dans le Chasmarhijnchm nudicollis, où il est même très fort et très épais; il est situé latéralement à côté du tambour? fixé en arrière à l'extrémité cartilagineuse qui , du larynx , va au bout du premier cerceau, et antérieurement à un muscle qui embrasse le ligament, connue lorsqu'on saisit et attire une corde à pleine main. Cette couche musculaire, située sur le taniboiir, provient en partie de la face antérieure du larynx, et en partie elle con- tinue à prendre origine dans le tambour, de manière que les fibres vont obliquement du dedans au dehors. Le larynx du Ch. nudicollis est encore plus musculeux que celui du Ch. carunculatus. Chez l'un et l'autre , le nerf de ces masses charnues, branche des pneumogastriques, est très fort. Le muscle slernotrachéal prend son origine antérieurement, et, comme dans beaucoup d'autres Passereaux, il n'a point de con- nexion avec les muscles latéraux de la trachée. Oryanex du chant du Tluunnophihts , Myiothera , Opetiorhyn- chus. — Ces trois genres offrent une structure des organes de la voix, dont aucun exemple n'est connu jusqu'à présent parmi les Oiseaux. Les demi-cerceaux des bronches ne vibi'ent pas sous l'action de muscles; la partie vibrante se trouve dans la trachée elle-même. Les anneaux ordinaires et larges de la trachée cessent brusquement avant la division , puis vient une portion de la tra- chée finement membraneuse, aussi longue que large, aplatie d'a- vant en arrière, se terminant avec un anneau de la trachée, à la- quelle se joignent les bronches. La partie membraneuse de la trachée renferme cinq, six ou sept anneaux très délicats, ajjpa- DE i.\ \01\ DKS l'\.SSMU; Vl\. lUî raissanl cuinuie des lignes, fixés sur les cOfés, là où ils sont inler- ronipus, par un ligament longitudinal; ne sont ces deini-cerccaux qui vibrent dans la trachée, avec une membrane intermédiaire qui les unit. La paroi membraneuse de la trachée, dans le C. tliaiii- nophikis et dans le Mijiolhera , est raccourcie, de chaque côté, par un muscle qui va de l'extrémité solide au dernier anneau de ta trachée , au-dessus de la division. Les Thamnophihis se dis- tinguent encore en ce que le muscle sternolrachealis a deux chefs, dont l'un naît à la surface solide de la trachée, au-dessus de la partie membraneuse , et l'autre provient de cette partie elle- même, près du ligament qui contient les anneaux vibrants, au- dessus de la division de la trachée en bronches. Ont ét(' examinés : Tlwiiinoplilliis nœvius [Lan'nis nœviiis L. , Gm.), Tliauniophiltts ffullatiis Spix (l.anmsmeleager Licht, Doubl., Ver., h'Jl), 'J'/kiui- nophilus rrisfatus Pr. , !\L .l'ai examiné, du genre Myiothera , le .1/. maiijarilacea Mus. Berol. (près du Thamnophilus (jularis Spix). Ces deux genres, de Swainson et Gray, sont mal placés; ils se rapprochent beaucoup, tant par leurs caractères internes qu'externes, et doivent se trouver dans une famille de ThamnophiUni ou de Myiotlierini , quoique suffisamment figurés comme genres par les jambes (Lâufe), qui, dans le Thumnophilus , portent de grandes plaques en arrière. I,cs Furiiarii, dont les types sont le 7''»/7(«r/».s Yieill.. Opelio- rbijnrhus Teinm. , Fifjiihis Spix , ont aussi à la trachée u' e partie intcrifiire plate cl membraneuse, munie d'anneaux vibrants très fins. La structure dilTèro sur plusieurs points importants, et oiïre des lapporls particuliers. La partie membraneuse, comme le liga- ment latéral, n'est plus raccourcie par un seul muscle, mais par deux, se fixant k un os vocal particulier, et non pas au dernier an- neau de la trachée. Cet os vocal, très singulier, long, pyramidal, fait une saillie libre dans sa cavité; sa base est fixée sur le der- nier anneau trachéal et le premier demi-cerceau bronchique, et à côté de la partie membraneuse de la trachée ; il s'étend libre- menl dans la cavité jusqu'au-dessus de la trachée membraneuse, sans ce|)endant y adhérer. I^cs muscles qui raccourcissent la j)arlie vibrante de la trachée se fixent aux bords antérieur et pos- 102 J. MULLEK. — SUR LES ORGANES tùrieur de l'os vocal , près de sa base. Il est encore à remarquer que le muscle stcriio-trachéal ne provient pas de la trachée, mais de l'extrémité pointue de ce même os. 11 n'a donc pas de connexion avec le long muscle latéral de la trachée. Ont été examinés : Fur- ?iams n(/t(« Vieil 1. {Turdus badins Licht., Doub. , Verz. , lilii), FurnariuH hrachyurus Mus. Berol. , Cillurus nir/rofumosus Caban. Voyez Tschudi, Wiegm. Jrch. f. Naturh. 1844 {Upucerthia ni- (jrofuinosa d'Orb.). Organe de la voij! du Trocliiltis. — L'organe de la voix, situé au cou, est le même dans les sous-genrcs des Trochilus, savoir, Campijloplenis, Pliaetoniis, Laiiipornis, Olorhynchus, Omjsmia. Il a deux muscles. Le premier demi-ccrccau des bronches est très petit, comme avorté, enclavé entre le second grand demi-cerceau et le laryix inférieur ; les extrémités du second demi-cerceau sont fixées au larynx lui-même; l'extrémité postérieure est très grande et triangulaire ; deux de ses faces servent à recevoir la masse musculaire provenant antérieurement du larynx , c(ui va oblitiue- ment on dehors , et enfin se tourne i;n arrière et en bas. Un se- cond muscle provient de cette extrémité du second demi-cerceau, et se dirige dans le sens opposé, en avant et en bas, se fixant aux deux anneaux suivants, ainsi qu'au troisième, qui est déjà un an- neau complet. La petite membrane tympaniforme renferme un cartilage rond. Organe de la voix du Coliu.s. — il a un muscle cautaleui' épais, et ollVe cela de particulier (|un le premier anneau bronchique l'orme un bouclier osseux, triangulaire, s'étendant sur le second et le troisièini'. C'est à ce bouclier ([ue s'insère le muscle, qui donne aussi de |ielits fascicules à la partie antérieure du second et du troisième demi- cerceau ; le ligament vocal est situé an bord supérieur du premier demi-cerceau osseux. t)nt été exa- minés : (-olius capeiisis et (juiriwa , Less. Organe de la doIju des Piprides. — La structure du larynx diffère dans les diverses espèces de Pipra. Aucun ne possède l'apjjarcil iiiiilli-uiusculaire servant au chant. Le Pipra pareola a un muscle particulier épais et large; dans les Pipra à courte queue, P. auriaipilla, i-ichl., et P. Icucocillaj ce muscle n'est pas plus Uli I.V VOIX DliS l'ASSKUliAlA. 103 é|)ais que le muscle latéral de la liacliéc , et, chez le dernier, il n'en càtniènie que la continuation. J.e premier et le second anneau de.- bronches du /'. leucocilla sont des anneaux entiers ; le troisième est très grand , osseux, et presque entier. C'est à lui qu'est lixé le ligament vocal , et il reçoit le muscle, qui se divise en une partie antérieure et une posté- rieure. Depuis le troisième , tous les anneaux ne sont que des demi-cerceaux ; dans le P. aurimpilla , les deux premiers an- neaux sont aussi entiers ; le troisième est une plaque osseuse , large , sur laquelle se fixe le muscle du chant. Les bronches du P. pareola sont encore dilTérentcs. Aucun des Piprides n'a de cartilage aryténoïde dans la membrane tympaniforme , comme elle existe généralement dans les Muscicapides américaines. Organe de la voix de.'i M usclcapide.s du Aouveau Monde. — H s'y trouve plusieurs formes dill'érentes , qui n'ont de commun que l'absence de l'appareil musculaire propre au chanl. Il n'y a (|u'un seul muscle , parfois très épais et très long , mais si petit chez quelques uns (|u'il ne paraît être qu'un prolongement du muscle latéral de la trachée. Elles ont toutes un cartilage aryté- noïde dans la membrane tympaniforme , et , chez la plupart , les premiers anneaux des bronches sont complets , de façon qu'ils constituent pour ainsi dire une continuation de la trachée. Une de ces formes qui se rencontrent i)armi les Muscicapides améri- caines a été observée par Audubon. Dans son Oniillwlorjical Bio- yraplnj des Muscicapides de rAmérique du Nord , cet auteur dit que les Muscicapides américaines n'ont qu'un seul muscle fort , servant au chant: c'est cette forme que j'ai observée dans les Tyraniim , Elœnia et Platyrinjnchus. i^c muscle forme une masse épaisse , mais toutes les fibres sont parallèles ; la partie posté- rieure du larynx et des anneaux bronchi(iues ne sont pas recou- verts par la masse musculaire. Chez le Tyrannus siilphiiraliis , Cuv. [Saiirophayiis sidphu- raliis, S\\.), les cinq premiers aiiiiciuix bronchiques ne sont l)resque pas mobiles; les trois premiers sont des anneaux com- ])lcts ; lus demi-cerceaux coiiunoncent après le troisième ; le mu.^cle s'insère au qualrièmc et à la [)artie po,-léi-ieurc du cinquième lOâ J. Ml B.l.KIl. — su; l.l-.S ()Kl.v\hS anneau, d'est avec le sixième que commencent les demi- cerceaux mobiles : entre celui-ci et le suivant se trouve la membrane tym- paiiilorme; il n'y a point de ligaments vocaux particuliers. Le Ti/raniius fero.c n\ qu'un seul anneau bronchique complet; le muscle s'insère au suivant. Le cartilage aryténoïdien est ti'ès grand ; il est l'orme d'un grand et d'un petit cartilage réunis par de petits ligaments. L'Elcviiia brevirostris (voy. Tschudi, iViegm. ArcJi., iSfiù) et VElœnia pagana, Sund. [Miiscicapa pagana, Licht. ; Plalyrhijn- chus paganus) oIVrent une conformation semblable ; la dernière n'a point d'anneau bronchique complet. In Plalgrlujnchiis du l'érou avait de deux à trois anneaux bronchiques complets. Il y a une autre forme de Muscicapides qui, pour l'organe de la voix , diirère tout-à-fait des Tyrannus, Elœnia et Platyrliynchus : c'est un nouveau genre distinct et facile à reconnaître ; car les trois ou qualri' premières pennes rémiges (Sclncungfpilern) sont plus [letites ([ue les suivantes. Dans le genre Colopterus, Cab. , et les deux espèces décrites ]iar Cabanis dans le Voyage de Rich. Schomburgk , la partie inférieure de la trachée est aplatie laté- ralement sur les douze derniers anneaux, ijui sont fendus posté- rieurement; une lisière osseuse en connexion avec le tambour s'insère dans cette fente longitudinale. Les quatre premiers demi- cerceaux sont très larges; au quatrième s'insère un muscle, qui prend une direction oblique de haut en bas et en arrière , et qui devient pointu à sa partie inférieure. Il y a, en outre, un muscle impair, considérable, fort singulier, qui raccourcit antérieure- ment la partie inférieure de la (l'nchée , et va jusqu'au tambour. Le genre Pyrocephalu.s , tlould. (Musricapa curoiuila , Cuv.) se distingue en ce que les muscles latéraux de la trachée se tour- nent en a\aiil dans leur partie inférieure, en contluanl en une pointe musculeusc qui se termine au dernier anneau de la tra- chée. Les muscles qui meuvent les anneaux bronchiques sont réduits à leur minimum ; un vestige musculaire va du dernier anneau de la trachée à la circonférence antérieure du second cerceau bronchique. Dans les genres Myiobus, Graj , et Mioncctcs, Cabanis, le muscle latéral de la li'aeliée reste simple jiis(|ii aux hroiiclics , et il n'y a pas d'autres nuiscles servant au eliant. Ont été examinés : Myobhis crythninis , Mus. Berol., el Mionecles leiicoccphalus , Cabanis (Muscicapa leucocephala , Temni.; Todiis leiicoceplialiis , Gra.). Les Fluvicolines américaines aussi,ne sont (jue des Passereaux à muscle vocal simple, à peu près conmie on le liouvc dans le Tyrannus et VElœnia ; les muscles latéraux de la trachée se ter- minent antérieurement. Ont été examinés : Fliii-icola bicolor [Mu.s- cicapa bicolor, h. Gm.; M. albivenlris, Spix) et Wllewla riifu atil yenus Centrophanes , Caban., qui appartient aussi à cette famille. Les autres Oiseaux à muscles vocaux simples ont été men- tionnés plus haut; il faut y ranger encore le Slealornis. Le ('mln- phuya lui ressemble en ce que la voix ne se forme point à la division de la trachée, mais plus bas dans les bronches ; le Cmto- phaya major a huit anneaux complets des bronches ; le muscle s'in- sère au dixième. Les conséquences systématiques de ces recherches anatomiques sont faciles à déduire; il suffit, pour le moment, d'insister sur les points de vue généraux. Il résulte iircontestablement de ce qui a été dit qu'on ne peut pas séparer les Oiseaux chanteurs des autres l'assereaux. Il n'y a qu'une seule grande tribu des Incesnores ou Passereaux , qui doit même aussi embrasser les Syndarlyli et les Scansores. Le larynx des Perroquets est bien i)lus haut placé, quant à l'organisation, que l'organe de la voix de beaucoup d'Oi- seaux appelés chanteurs. Cette tribu des Jncessores contiendra des Oiseaux à appareil musculaire vocalisateur compliqué, et des Oiseaux qui n'ont plus du tout de muscles pour le chant. La transition de l'un à l'autre se fait d'une manière insensible. Dans VlJpvpa, le muscle latéral de la trachée s'insère au premier demi-cerceau peu mobile des bronches; de cette disposition il n'y a plus ([u'un passage presque iuiperceptible à celle où il n'atteint plus du tout les bronches, comnKî dans les Prioniti.s, Troyan, liamphaslos , Corythai.T. l'ourlant ces Oiseaux ne sont pas |)rivés (les cojiditions générales pour la formation de la voix, étant niimis de plis membraneux vibrants entre les demi-cerceaux mobiles. 106 J. MIXLEB. — SLR LES ORGANES Quelques uns ont encore d'autres éléments; c'est ainsi que le Prionitis a un cartilage aryténoïdien de la membrane tympani- forme très grand fixé au larynx inférieur. Quelques tribus se distinguent par une conformation du larynx semblable, concordante dans tous les genres, tels sont \csSyndac- tijli ; dans d'autres , il y a diverses formes de larynx , de simples et de i)lus compliquées : c'est ainsi que , parmi les Scaiisores, se font remarquer las Psittacus. 11 faut sans doute placer différeni- ment les .Impeli.s, Ihiplcola, Cephaloplcriis , Gijmnocephalus , et les rapiM'ochcr desC'omc/n.v, ipupa, Alcethi, Buceros, Prionilia et Merops; le linpicoki est même un SijiulacUjlus. Mais nous ne pou- vons pas non plus étendre tellement loin la domination delà con- liguration du larynx , que tous les Oiseaux à larynx semblables dussent être rapportés à une seule et même division, renfermant par exemple tous les Oiseaux munis de l'appareil musculaire ser- vant au chant ; il faudrait mettre alors dans la même division les iMiiiiis rapace.s avec les Fringilla (jranivores. Les T hamnophilus et Myiolhera se rapprochent davantage des Lanim par leur genre de vie que des Fringilla, lors même qu'ils diffèrent des deux par leur larynx ; ils sont sans doute le type d'une famille propre , dont les autres membres restent à chercher. Le genre Cincliis, muni de l'appareil musculaire pour le chant, rapporté par Swainson aux Mijiolheriœ, no doit pas y être classé; en général, les familles d'Oiseaux établis par Swainson et par ) a la forme d'une poire rétrécie en arrière, arrondie à la base, large au milieu, voûtée sur les côtés, plus mince et arrondie de nouveau en avant. L'ouverture buccale est couverte en haut par une masse épaisse, molle, échancrée au milieu de son bord antérieur; je considère cette masse comme la lèvre supéi-ieure. Son bord est recourbé de haut en bas, de manière à pendre un peu par-dessus l'ouverture buccale. La lèvre supérieure est revêtue, à l'intérieur de la cavité buccale, d'une petite plaque faible, cartilagineuse, trian- gulaire, qui est la màcliuire supérieure. Cette mâchoire supérieure est presque libre et se distingue seulement au dedans par deux saillies cornées d'une couleur jaunâtre^ Les deux mâchoires latérales sont fortes, musculeuses et dis- posées en ogive allongée. Elles sont larges en arrière, plus minces en avant; leurs extrémités antérieures sont cornées et finement dentelées. Cette substance cornée des pièces terminales se con- tinue dans la masse musculaire des mâchoires, en suivant leur contour interne et externe , sous forme de filet mince. Le filet in- terne forme deux arcs concaves distants de la langue, qui se rap- prochent ensuite , et se perdent après dans la masse musculaire, en se tournant vers la périphérie. Les tilets externes ne peuvent être suivis que jusque vers le milieu du plus grand diamètre trans- versal de la masse buccale. Ces parties sont couvertes d'en bas par deux coussins très mus- culaires, très épais, que l'on peut regarder comme la lèvre infé- rieure. Elles forment la plus grande partie de la masse buccale compacte, sont arrondies k leur extrémité antérieure, et se meu- vent très souvent pendant que l'animal mange. Leurs contours antérieurs se perdent, vers le milieu, dans le coussin musculaire. 3' série. 'io'H. T. V. ( Février I8l(i. i « 8 iill DE XORDMANX. — SUK LE TKUGIl'JiS liDW AIIDSIJ, La langue. Cet organe (fig. i, D), situé dans la cavité buccale , peut être comparé à unebandelette ou à une plaque allongée, étroite et mince. La langue se confond, par sa base élargie, avec la masse mus- culaire de la cavité buccale postérieure, se replie d'abord de bas en haut, et à son extrémité, d'avant en arrière et en bas, de manière h former, comme dans la Paludine, un S couché. Sa largeur dimi- nue d'arrière vers la pointe. Je ne l'ai trouvée revêtue d'aucune enveloppe qui empêcherait d'ailleurs l'action des dents dont elle est garnie. Un anneau cartilagineux , qui est attaché h la substance musculaire de la cavité buccale, sert de point d'appui à la base de la langue, sur la surface de laquelle se trouve une série de plaques semi-circulaires, au nombre de dix-huit à vingt-deux. La structure de ces plaques est partout la même; elles diminuent seulement de grandeur vers la pointe de la langue. Chacune de ces plaques porte plusieurs dents rapprochées, triangulaires et acérées au sommet. La dent du milieu est toujours la plus grande, tandis que celles de côté diminuent progressivement. Ces plaques se régénèrent sans doute, progressivement, d'arrière en avant ; car les plaques antérieures sont souvent très distinctement usées, tandis que les plaques postérieures , par leur consistance molle et leurs contours peu avancés, témoignent d'un développement moins avancé. Toute la langue est d'ailleurs transparente; les plaques et les dentelures se composent d'une substance dure et cassante. L'animal emploie sa langue pour gratter, l'un après l'autre, les Polypiers qu'il mange. Souvent alors on voit la langue sortir de ta cavité buccale ; car ce sont surtout la pointe de la langue ainsi que les lèvres supérieure et inférieure qui sont employées dans l'acte de la mastication. Le système musculaire de la langue, qui est très mobile, est composé d'abord de deux muscles divergents qui s'attachent au milieu de cet organe , et qui sont les rétracteurs de la langue. D'autres muscles venant de directions opposées s'insèrent sur les plaques linguales postérieures et servent d'antagonistes aux pre- miers. Le phuri/nx a une forme ovalaire et dos parois épaisses ; IIK IMOKn.llAKK. Sljli LE TERGlPlvS ED\\ ARDSU. 115 il est suivi d'un (l'sophagc court (jui monte dans l'estomac , et qui est garni de cils vibratilcs dont le courant va, non pas de dehors en dedans, comme on pourrait le soupçonner, mais de dedans en dehors. I,a cavité digestive. L'estomac (lig. 1, G) est situé immédiatement sous la peau dor- sale, entre les ganglions nerveux et la premirre paire d'appendices dorsaux ; il est entouré en partie par les circonvolutions du foie. Il est assez spacieux, voûté en haut , et d'une l'orme irrégulièrement ovalaire. Ses parois sont tellement minces , que l'on distingue le mouvement des aliments avalés, même sans le concours du com- presseur. Le tissu de l'estomac est très particulier; il a l'air d'être composé d'une multitude innombrable de petites pointes dis- posées à des intervalles réguliers. Ces pointes sont tellement petites , que l'on ne peut déterminer si ce sont réellement des saillies ou des enfoncements ; l'épithélium interne de l'estomac est en outre garni de cils longs et mous, dont le mouvement ondulatoire communique aux aliments une rotation continuelle, et qui continue même après la dissection et le déchirement des pa- rois stomacales. L'intestin (fig. 1,J), qui fait suite à l'estomac, est aussi spacieux, mais très mince de parois. Il s'étend en serpentant, sans diminuer beaucoup en largeur, au-dessous de la i)eau dorsale, jusque vers l'appendice caudal foliacé, où il devient plus mince et tortueux. Les aliments retournent par le même chemin ; l'intestin forme deux diverticules assez larges des deux côtés de l'estomac, et finit par un retour qui conduit vers l'anus, situé un peu à droite de la ligne médiane , entre la première et la seconde paire d'appen- dices dorsaux. Les appendices dorsaux contiennent des cœcums distinctement limités par une membrane en forme de sac (fig. 1 , A). On voit, dans l'intérieur de ces cœcums, des ombrelles de Campanulaires, des Iiifusoires, des tentacules ciliés de Membraniporcs, des vésicules d'air, que l'animal avale quelquefois, et que l'on voit émigrcr souvent d'un cœcum dans l'autre, jusqu'à ce qu'ils soient enfin ex- 116 »E XORUMAINX. SI K Lli llillGlPiiS KUWAKDSll. puisés par la bouche. L'intestin est donc ramifié , et le nombre des caecums dépend du nombre des appendices dorsaux. Tout le canal intestinal, aussi bien que les cœcums, exercent des contractions péristaltiques , par lesquelles les aliments sont poussés d'avant en arrière , et vice versd , jusqu'à ce que le reste en soit expulsé par l'anus. On ne trouve, dans tout le trajet du canal intestinal jusque vers le rectum, aucune trace de cilsvibraliles; le rectum (fig. 1,M) seul en est pourvu, et ses cils produisent l'aspect d'un courant ondulatoire qui marche de dehors en dedans. L'anus (fig. 1, A'), situé immédiatement derrière le cœur, présente une petite saillie en forme de mamelon, par laquelle sont expulsés les excréments , sous forme de masses allongées et fusiformes. L'intestin s'élargit un peu avant le commencement du rectum, et présente ici un étranglement en formant les diverticules mentionnés (fig. 1 , L) des deux côtés de l'estomac. Le foie(l) est très grand (fig. 1. 0), tortueux et membraneux. Cet organe est situé, pour sa plus grande masse, au dessous de l'esto- mac, à gauche, dans la partie antérieure du corps, entre les ovaires et les orifices génitaux, plus rapprochée du pied que de la peau dorsale. Il forme un paquet de lobes et d'anses , dont l'une court parallèlement au pied et se replie subitement en avant de la partie supérieure de la glande qui est en communication avec le vais- seau déférent. Trois autres lobes embrassent l'origine du rectum et se plient en travers, tandis que la plus grande masse du foie s'étend au-dessousdel'estomacon contournant le testicule. Le foie débouche par un canal ('troit dans la partie postérieure de l'es- tomac, à gaucho, inmiédiatement avant le commencement de l'in- testin. A l'origine de ce canal se trouve un sac ovale, enfoncé dans la substance du foie, et d'un jaune intense, que l'on doit envi- sager comme la vésicule biliaire (fig. 1, P). Cette vessie biliaire est pourvue d'un canal excréteur étroit qui se dirige en arrière, f I ) La détermination de cet organe nous paraît assez contestable, et nous croyons que l'examen des autres Nudibranches prouve jusqu'à l'évidence que les organes glandulaires décrits ici sous le nom de foie, par If. Xordmann , font réellement partie des organes génitaux. (A'o'f 'lu tnulmicur.] DE ;\ORn.n4>A'. — si a lk tkrgipes edwardsii. 117 vers la faro dorsale, mais dont je n'ai pu suivre tout le trajet ; file se trouve déjà dans les larves du Tergipes, et se remarque dans les adultes à l'extérieur. C'est sur le côté gauche, vis-à-vis de l'orifice génital , qu'il faut la chercher. J'ai trouvé deux glandes, probablement salivaires (fig. i,F), qui sont situées des deux côtés, sur la lace dorsale de l'estomac, et qui sont composées d'une substance très molle, celluleuse, formant plusieurs lobes allongés, étroits, à contour très peu accusé. Ces glandes s'ouvrent dans le fond de la cavité buccale ; on les aper- çoit surtout en arrêtant les mouvements de la masse buccale qu'elles suivent fontinueliement. Je dois mentionner encore un organe glandaire très particulier (fig. 1, Ç) situé entre l'estomac, le foie et le rectum. Cet organe, qui a la forme d'une bandelette allongée, se rétrécit petit à petit : il est composé d'une quantité de corps sphériques et jaunâtres pourvus de longs cils vibratiles , qui sont disposés en séries sur quatre , trois ou deux rangs successivement. Les cils continuent à vibrer encore plusieurs heures après l'extraction de ce corps , que je crois pouvoir envisager comme une glande urinaire, quoique je n'aie pas trouvé de canal excréteur. Système circulatoire. • Le cœur (fig.l. T) est situé, dans notre animal, exactement dans la ligne médiane du corps, immédiatement au-dessous de la peau du dos, derrière l'estomac , entre la première et la seconde paire d'appendices dorsaux : il n'est pas percé par le rectum. Je n'ai pu savoir au juste s'il est enfermé ou non dans un péricarde par- ticulier. Quand on examine le coeur d'en haut , il est de forme triangulaire et composé de deux parties, d'un ventricule et d'une oreillette, qui, pendant la dilatation, sont fortement bombés, et montrent une difl'érence sensible dans leur structure. Le ventri- cule (fig. 1 , 7'') situé en avant est extrêmement tendre et transpa- rent comme du verre; il est cordiforme , et séparé par un fort étranglement de l'oreillette {T') qui est plus petite , arrondie dans une certaine position, et composée d'un tissu beaucoup plus fort et beaucoup plus consistant. 118 DE INORniflAIVlV. — SUR I.E TERGIPES EDWARDSII. J'ai vu sur des individus adultes que la partie la plus grande du cœur , ou le ventricule , montre un étranglement très appa- rent, à l'endroit où elle est contigui!' à la plus petite, de sorte qu'elle paraît composée de deux segments de sphère. Le cœur est retenu dans sa position par des ligaments particuliers , qui se fixent d'un côté sur le point de réunion des deux moitiés du cœur , et de l'autre côté dans les environs de l'intestin , de telle manière que tout le cœur est séparé en deux moitiés par ces ligaments transvevses, qui indiquent déjà à eux seuls la séparation en oreillette et en ventricule. Le ca-ur est attaché en haut à la face interne de la peau du dos, où l'on n'aperçoit point de ligament , tandis qu'il s'en trouve dans l'axe longitudinal, sur les extré- mités antérieure et postérieure du cœur, qui, en courant parallèlement à l'aorte , se fixent à la peau dorsale. Les parois des deux moitiés du cœur sont de nature musculaire , et pourvues en outre de muscles à part qui fonctionnent lors des contractions. On trouve, sur les parois extérieures du ventricule, quatre ou six faisceaux musculaires, disposés de telle façon que deux de ces faisceaux se croisent en avant, et que de la partie supérieure du faisceau interne descendent quatre fibres plus minces qui vont se fixer sur le point d'insertion de l'oreillette ; celle-ci a un faisceau musculaire principal qui descend au-dessous de la ligne médiane depuis le point d'insertion , et qui envoie latéralement deux fibres qui partent de son milieu. On remarque en outre des fibres plus fines , dont plusieurs se croisent , et qui sont disposées dans une direction transver- sale et oblique. Tous ces muscles sont situés h la face externe du cœur , et n'ont point de stries transversales , comme c'est aussi le cas chez les Polypes. Une valvule très mobile en forme de langue se trouve sur l'em- bouchure de l'aorte, k l'extrémité antérieure du ventricule; elle ferme cette ouverture à chaque contraction , et la rouvre à la dila- tation. On compte soixante-dix h quatre-vingts pulsations du cœur à la minute , lesquelles se font de la manière suivante : le ventri- cule en se dilatant est poussé en avant, tandis que l'oreillette se DE NOBDMANN. — SUR LE TERGIPES EDWARDSII. 119 contracte sur la moitié de son volume; il recule pendant que l'oreillette se dilate, et s'avance sur un espace beaucoup moindre. Il y a donc alternance entre les mouvements des deux moitiés du cœur , dont les muscles se contractent et se relâchent suc- cessivement. J'ai cherché en vain des valvules entre l'oreillette et le ventricule. Meckel croit qu'il ne peut y avoir de doute sur la nature de la circulation chez les Mollusques. L'aorte, dit- il, conduit le sang vers tous les organes , à l'exception des organes respira- toires ; le sang retourne vers ces derniers par la veine cave , qui est identique avec l'artère pulmonaire. Les organes respi- ratoires rendent le sang immédiatement à l'oreillette par un tronc très court. On pourrait croire qu'une structure semblable existe dans les Tergipes , quoiqu'il ne soit point facile de suivre le trajet des vaisseaux ; mais nous verrons de suite que le système veineux éprouve une modification importante. On ne peut suivre qu'à une très courte distance les deux vais- seaux élargis en entonnoir (/■"') qui entrent dans la portion posté- rieure du cœur ou dans l'oreillette, bien qu'ils aient un diamètre assez considérable ; mais le contenu opaque de l'intestin et des appendices dorsaux empêche tout examen , et l'on ne peut songer à, une dissection par le scalpel. Les parois de ces vaisseaux , les seuls dont on peut prétendre avec certitude qu'ils appartiennent au système veineux , sont extrêmement minces , et tout-à-fait dénuées des fibres longitudi- nales et transversales, que doivent avoir, d'après M. Délie Chiaje, les veines respiratoires des Aplysies, avant qu'elles se soient réunies en un seul tronc. Je n'ai jamais vu que ces deux troncs veineux dans le Tergipes, tandis que, dans le Thétys, leur nombre égale celui des feuillets branchiaux, et que l'on n'attribue que deux veines récurrentes au Tritonta Ilombergi. M. de Quatrefages a trouvé des entonnoirs semblables sur le cœur de l'Kolidine, mais il les compare aux oreillettes. L'aorte, dont la longueur dépend chez les Mollusques de la position du cœur , est très courte, puisque le cœur du Tergipes a une posi- 120 DE NORDMAKX. — SUR LE TERGIPES EDWARDSII. tion très avancée ; elle s'étend le long du dos, et se sépare en deux branches peu de temps après sa sortie du cœur , au-dessus du diverticulc droit de l'estomac. Ces deux branches se subdi- visent de nouveau en deux i-ameaux , dont deux se dirigent en avant , tandis que les deux autres se dirigent en arrière. La paroi interne de l'aorte est couverte de cils vibratiles , mais qui ne pé- nètrent pas jus([ae dans le co.-ur. Ij's deux troncs reineii.c courts que nous venons tle mentionner , le ccnir et les artères qui parlent du cœur, sont les seides [larties du système circulatoire qui possèdent des parois propres. Cette assertion paraîtra peut-être singulière; mais elle est vraie. Tous les intestins sont entourés par le sany ou le chyle, sans que ce liquide soit contenu, dans des vaisseaux propres. On n'a qu'à regarder l'espace compris entre l'estomac , la masse buccale et le pied , en fixant des corpuscules sanguins isolés, pour se convaincre de la vérité de ce que j'avance. On verra alors distinctement les corpus- cules sanguins changer de trajet à chaque ondée de sang , et cela tout-k-fait indépendannnent des contractions de l'intestin, d'où il résulte que les corpuscules ne suivent pas une voie limitée. On croit quelquefois voir des vaisseaux dans des parties qui oilVent moins d'espace libre pour le mouvement du sang, par exemple dans les tentacules el dans les appendices dorsaux ; mais on ne tarde pas à se convaincre par une observation plus attentive que ce ne sont que des lacunes ou des canaux sans parois, situés entre les dilî'érents organes, et dans lesquels se meut la niasse du sang. Le nombre de ces canaux sans parois est au moins de trois, sinon davantage ; ils existent dans les grands tentacules , entre les fibres nerveuses et le tissu cellulaire ; et de plus, entre les parois des cœcums, le tissu cellulaire et la peau des appendices dorsaux. Le liquide sanguin avec les corpuscules qui y sont suspendus est reçu dans un réservoir continu , le long du pied , entre les cir- convolutions du l'oie , les parties sexuelles et les concrétions cris- tallines du pied ; toute la masse sanguine se meut avec rapidité dans ce réservoir, comme cela est aussi le cas dans les Bryozoaires, les Isopodes, les Daphnies et les Crustacés inférieurs parasitiques. Le sang lui-même est composé , comme dans d'autres Inver- DE NORDMAIVIV. — SUR I.F. TERGIPES EDWARDSII. 121 tébrés , de deux parties : d'un liquide transparent, blancliùtro, et de corpuscules sanguins. Ces derniers, qui se trouvent en quantité , sont à peu près tous de la même grandeur , plutôt petits que grands, d'une forme entièrement sphérique , et d'une couleur jaune claire. On peut donc dire qu'ils ont une forme constante et uniforme. Les concrétions flocomieuses qui se trouvent dans le sang des Polypes et des Crustacés parasites manquent ici. Le mouvement des corpuscules est très rapide , surtout de ceux qui sont poussés des sinus de la cavité générale , situés à la base des tentacules, dans les canaux des tentacules mêmes. Ces corpus- cules sanguins avancent avec la rapidité de l'éclair jusque dans les extrémités terminales des tentacules, et reviennent par le même chemin ou par une autre direction sans qu'on puisse voir un courant régulier. Ln corpuscule sanguin retourne souvent à moitié chemin pour être poussi'' , dans le prochain moment , en un autre endroit. La direction dominante du courant sanguin le long du pied est cependant en général d'avant en arrière. Le mouvement du liquide sanguin ,' qui n'est pas enfermé dans des parois propres, n'est en aucune façon dû à des cils vibratiles : il est tout aussi certain que ceux-ci manquent sur tous les intestins qui nagent dans le sang, qu'il est facile de prouver leur existence sur les parois des vaisseaux qui sortent du cœur. Il me paraît donc parfaitement vraisemblable , comme je l'ai d'ailleurs déjà dit dans un autre endroit, que la circulation peut se faire indépen- damment de tout moyen mécanique. Je fais la remarque expresse , pour prévenir toute interpréta- tion erronée, que je suis arrivé aux l'ésultats que je viens d'exposer, sans me servir du compresseur. La moindre pression qui écarte les intestins arrête immédiatement le mouvement du sang. Pour en revenir au mouvement vibratile , que nous trouvons si généralement répandu dans les vaisseaux et les conduits excré- teurs des animaux inférieurs , tels que les Entozoaires , les Aca- lèphes , les Actinies , etc. , il est fort remarquable que la direction du mouvement ciliaire est justement opposée à celle que l'on sup- pose naturellement, de sorte ([u'elle devrait plutôt s'opposer à l'ex- crétion ou à l'ingestion des liquides et des substances d'une autre 122 DE I\'OB»MA!«M. — SUR LE TERGIPES EDWARDSII. nature. Pourquoi les extrémités des cils vibratiles de l'œsophage se courbent-elles, non pas de dehors en dedans, mais dans la direction inverse? Et pourquoi les cils du rectum, du vaisseau déférent et de l'aorte, vibrent-ils, non pas de dedans en dehors, mais de dehors en dedans? Des prétendues branchies. On a pris jusqu'ici les appendices si variés des Nudibranches, qui se trouvent disposés symétriquement sur le dos ou sur les côtés du corps, pour des organes respiratoires ; cette manière de voir est fortement ébranlée depuis que j'ai vu que l'espace intérieur de ces appendices dorsaux contient un cœcum de la cavité diges- tive, et qu'il enferme en même temps une organe d'excrétion. • On trouve ordinairement quatre, rarement cinq paires de ces branchies sur le Tergipes Edicanhii ; elles sont placées sur deux séries parallèles , un peu latéralement , de manière que la ligne moyenne du dos reste libre; les séries sont quelquefois un peu obliques , de sorte qu'elles ne se répondent pas entièrement. L'animal les porte dirigées verticalement lorsqu'il rampe, ou bien si c'est un animal adulte, où elles ont une longueur considérable , elles pendent un peu sur le côté du corps. La première paire est toujours la plus longue ; les autres deviennent de plus en plus courtes. Ces appendices sont beaucoup plus petits sur les jeunes animaux; souvent ils sont seulement indiqués sous forme de mamelon ou de bouton ; leur nombre est aussi moins considé- rable ; ils manquent entièrement sur les larves , qui sont encore enfermées dans la coquille nautiloïde. La cinquième paire, qui se trouve seulement sur des animaux très âgés, est toujours la plus petite , et placée près de l'appendice caudal. Nous lisons dans quelques manuels, comme chez Cuvieret Oken , que les Tergipes ont deux tentacules et deux séries de branchies en forme de mas- sue, pourvues d'une ventouse à l'extrémité, au moyen desquelles l'animal peut se fixer et ramper sur le dos. Tout est faux dans cette description . sauf le nombre des branchies : car il n'y a pas une trace de ventouse sur les appendices. Ces animaux rampent DE NOBDMAIVIV. SUR J.E TERGIPE8 EDWARDSII. 123 comme tous les autres Gastéropodes , toujours sur le pied , et ne peuvent jamais se servir des branchies comme organe de fixation. L'animal peut mouvoir ces parties épaisses et massives, qui sont susceptibles d'une turgescence plus ou moins grande, et peuvent s'allonger et se raccourcir. Leur mobilité est due en partie aux mouvements péristaltiques des cœcums. L'animal avale souvent de l'air lorsqu'il rampe h la surface de l'eau le pied en haut ; cet air est poussé souvent jusque dans les cœcums, et fait distendre alors les appendices dorsaux. Ces branchies sont cou- vertes , comme , du reste , toute la surface du corps , de fais- ceaux de cils courts qui vibrent sans interruption. Je n'ai jamais remarqué sur notre animal que ces branchies fussent susceptibles de tomber, comme on l'a observé sur d'autres genres voisins ; au contraire, une lésion de ces parties entraînait toujours à sa suite la mort de l'animal dans quelques jours. La force reproduc- trice des parties perdues du corps paraît manquer, en général , au genre Tergipes. La structure intime de ces parties olfre les détails suivants, que l'on observe surtout bien lorsque les appendices dorsaux sont en tergescence et comme insufllés, ce qui leur donne une grande transparence. Une branche épaisse du canal intestinal se continue dans la cavité de chaque appendice dorsal, et se termine en s'é- largissant en forme de massue, un peu avant l'extrémité de l'ap- pendice, où se trouve une cloison transversale. Cette cloison, com- posée d'une substance celhileuse et séreuse, sépare l'extrémité branchiale du cœcum en s'attachant par des ligaments ou des fibres musculaires à la paroi interne des branchies. Dans l'espace ainsi séparé du cœcum est situé un organe tout-à-fait particulier, blanc, ovalaire et glanduleux, une vessie dont l'enveloppe est très épaisse, et qui possède une consistance considérable (fig. l,R). La limite sur laquelle cet organe rencontre l'extrémité du cœcum s'aperçoit souvent du dehors par un étranglement plus ou moins considérable de l'appendice dorsal. Le contenu de la vessie est toujours opaque sur des individus adultes; il est composé d'une quantité de petits corpuscules transparents, inégaux, et de forme ovalaire, ressemblant assez à ceux qui se trouvent en grande quan- 124 DE IVORDMAKN. SCIR LE TERGIPES EDWARDSir. tité dans la cavité générale de certains Entozoaires, tels que les Diplostomes, les Holostomes, les Tétrarhynques, etc. Cette vessie ou glande est susceptible de contractions et de di^ latations qui , très souvent , se font en même temps que les mou- vements péristaltiques ducœcum, quoiqu'il n'y ait pas de commu- nication visible. On voit distinctement , en employant une compression légère, que cette glande est séparée du cœcum par la cloison que nous avons mentionnée; la glande manque entièrement sur déjeunes individus, ou bien elle est si petite, que le cœcuni s'avance jusque dans rextrémité de l'espace intérieur de la brancbie. Le contenu de la glande, une sorte de nnicus, est expulsé, de temps en temps, par une petite ouverture située à l'extrémité de chaque branchie. Cette expulsion se fait toujours convulsivement, et les muscles de la cloison, en se contractant , contribuent à cet acte. Deux ou quatre séries de corpuscules en rosaires s'étendent depuis la cloison de la glande, en bas, entre les parois internes de chaque branchie. Ces organes sont composés de cellules ova- laires ou quadrangulair-es , non contiguës , cristalloïdes , telles qu'on les trouve partout sous la peau, et surtout en grande quan- tité sur la masse musculaire du pied. On cherchera en vain des troncs vasculaires. Pourra-t-on , dorénavant , envisager ces appendices dorsaux comme de véritables branchies? je ne le crois pas. On pourrait, H la rigueur, considérer les lacunes qui se trouvent entre la peau et les corps cristalloïdes comme des cavités respiratoires; mais ces cavités n'auraient aucune organisation particulière qui les distin- guât des autres cavités qui se trouvent entre les intestins et la peau, et dans lesquelles le sang circule aussi librement. .Te n'ai pas pu trouver non plus des ouvertures particulières, telles qu'elles se trouvent dans les pieds de beaucoup de Mollusques, et qui conduisent à des canaux par lesquels l'eau pénètre entre la peau et les intestins. Système nerveux. L'étude du système nerveux est sans doute plus diflicile dans un animal qui, comme notre Tergipes, est trop petit pour être DE KOKDMAKX. — SLK l.li lliUGIFKS KDW AltUSII. l'IÔ disséqué convenablement, et dont 1(^ corps, d'an autre côté, est trop opaque, pour que le microscope puisse donner une idée com- plète de la structure et de la disposition des organes intérieurs. Ce que je donne ici est donc le fruit d'études qui ont exigé beau- coup de temps , et dans lesquelles je n'ai pas pu m'aider du compresseur. De jeunes individus, devenus transparents par une abstinence d'aliments prolongée pendant quelque temps, m'ont principalement servi pour l'étude de ce système. On ne verra ja- mais, par exemple, les trajets des nerfs dans les tentacules longs, quand ceux-ci sont le moins du monde contractés; ils sont alors rendus opaques par les plis, tandis qu'au moment de la plus grande extension, leur structure celluleuse interne, les canaux vasculaires et les branches nerveuses dichotomisées se présentent de la ma- nière la plus complète. La substance sans structure qui forme les parois des vaisseaux, là où il y en a, ressemble partout à celle des libres musculaires et nerveuses ; mais la lumière rélléchie, blan- châtre, le reflet nacré et les contours légers donnent un aspect si particulier au système nerveux , (jue je crois ne m'être jamais trompé sur la nature des libres nerveuses. Le système nerveux central est composé de quatre paires de grands ganglions, qui sont, dans une paire, presque confondus ensemble, tandis que les autres sont réunies par de courtes com- missures. Le système nerveux central forme , de cette manière , un anneau (jui embrasse de tous côtés l'œsophage. Je crois qu'on peut partager le système central, avec M. de Siebold, en trois portions : deux paires de ganglions appartien- nent à la portion supérieure, une autre paire à la portion latérale, et la quatrième paire enfin à la portion inférieure. Je ferai remar- quer, en outre, que l'organe auditif est en communication avec la portion supérieure, dont la jiairc antérieure (fig. 1 , // "), qui repose immédiatement sur rœsoi)liage,est un \wi\ plus grande que Ips au- tres ganglions. Chacun de ces ganglions a une forme complètement ovalaire et une couleur blanchâtre légèrement teintée en jaune. Ces ganglions sont considérablement distants l'un de l'autre. Une autre paire (lig. 1 , A ) est accolée , en arrière , à cette première, de telle manière que les deux paires paraissent confondues au point de 126 OK XORDM.IKIV. ■ — SLIl LIi TliRGH'liS EDWAnDSII. réunion ; au moins ne remai'que-t-on pas distinctement une com- missure. Ces deux ganglions postérieurs sont presque aussi grands que les antérieurs , un peu rétrécis à la Ijase , où ils sont contigus à ces derniers, arrondis du côté opposé et tournés en dedans, de sorte qu'ils se touchent presque sur la ligne médiane. La paire latérale de ganglions (lig. 1, Y) s'accole à la paire précédente , en descendant obliquement en bas et en arrière. Chacun de ces ganglions latéraux est considérablement allongé, rétréci en avant , un peu courbé et boursouflé en arrière en forme de cornue. La moitié antérieure peut être considérée comme une commissure. Ces ganglions , en entourant l'œsophage et la partie postérieure de la niasse buccale , s'écartent considérablement en arrière, et leur distance est encore augmentée par les mouvements des mâchoires , qui les poussent souvent d'avant en arrière. Au moyen de cette paire de ganglions la partie supérieure du système nerveux central se trouve liée à la partie inférieure des ganglions, et cela de telle manière que les commissures sont peu marquées. Chacun des ganglions inférieurs (fig. 1, Z) a une forme allongée, rétrécie au milieu et renflée aux deux extrémités, de manière à ressembler à une semelle; il peut donc être considéré comme formé par la réunion do deux ganglions confondus ensemble. La paire supérieure et antérieure des ganglions est celle qui envoie le plus de nerfs. De son bord antérieur naît , de chaque côté, un fil nerveux très court qui , inmiédiatement après son ori- gine , forme un ganglion considérable , et envoie des branches dans les deux appendices tentaculaires du front , ainsi fjue dans les tentacules longs. J. La première paire de nerfs (lig. 1, 1), qui se distribue dans les tentacules longs , a un diamètre considérable, et se divise im- médiatement après son entrée dans le tentacule eu trois bran- ches égales , qui sont d'abord assez distantes, mais se rapprochent plus tard, et se divisent de nouveau, à peu près au milieu de la lon- gueur du tentacule, en trois ou quatre branches, que l'on peut suivre presque jusqu'à l'extrémité du tentacule. Pour bien voir ces nerfs, il faut que les tentacules soient étendus volontaire- ment par l'animal. DE XOKDMA^^X. — SLK LE ll!KGII>liS EDWABDSJl. 127 B. La seconde paire de nci't's (fig. 1, 2) prend son origine dans les ganglions que je viens de mentionner, et, en décrivant un arc d'abord en dehors, puis en dedans, ils se perdent dans la masse des tentacules frontaux. C. Les troisième (fig. 1 , 3) et quatrième (4) paires de nerfs nais- sent immédiatement du ganglion oculifère, près de la base de l'intumescence d'oii partent les nerfs tentaculaires. Ces nerfs , dont la paire intérieure montre un petit ganglion allonge non loin de son origine, se ramifient dans la masse musculaire des mâ- choires et de la langue. D. La cinquième paire (fig. 1, 5) forme un filet très lin, étroit, qui prend son origine dans le grand ganglion oculifère, et finit dans la lèvre supérieure. E. La même paire de ganglions envoie encore, depuis son bord externe, un filet, la sixième paire (fig. 1, 0), qui, en embrassant d'abord la masse buccale , se rapproche du pied, et se continue en arrière. J'ai pu suivre ce filet, du côté droit, jusque derrièi'e l'ou- verture génitale, où il se ramifie; mais je suis incertain si le filet du côté gauche qui se cache dans le repli du foie lui correspond exactement. F. La septième paire de nerfs enfin (fig. 1, 7) naît du bord pos- térieur de la même paire de ganglions, immédiatement derrière les organes auditifs ; il court droit en arrière pour se cacher dans les environs du cojur et du rectum, après avoir longé l'estomac. La seconde paire de ganglions, qui est contigué au ganglion oculifère, envoie de chaque côté un filet nerveux qui forme un arc autour de la base de la masse buccale, et qui se voit très bien, lorsqu'on observe les parties buccales d'en bas. Je n'ai pas pu suivre les trajets ultérieurs de ces filets, pas plus que celui des filets qui naissent de la partie inférieure du système nerveux cen- tral , et dont une paire se répartit dans le pied , et un autre filet impair dans le testicule et les ovaires. On trouve un peu en dessous et en arrière de l'ouverture buc- cale, entre les corps cristalloïdes et la partie antérieure du pied, quatre corps arrondis, que j'envisage comme des ganglions. In iilet très mince les met en communication avec la paire de i28 DE XORDMAW. — SLIl LIi 1 lilll, I l'I-S EUU'ARDSII. ganglions oculifères du système nerveux central. De ces ganglions se détachent trois filets courts qui, en longeant la ligne médiane, se confondent en un seul (ilet, au-dessous de la vessie biliaire. On peut suivre ce filet le long du pied jusque vers l'extrémité du canal in- testinal : il donne, sur tout ce trajet , des branches à la glande du vaisseau déférent, aux replis du foie et aux ovaires. On ne peut douter que ces ganglions et ces nerfs n'appartiennent au système nerveux intestinal. L'organe de la viio. On voit, immédiatement au-dessous de la base des tentacules longs, deux petits points noirs qui ne sont autre chose que les yeux (lig. 1, a). Ces organes, plutôt petits que grands, ne sont pas con- formés aussi simplement que l'on pourrait le croire, puisqu'on leur trouve toutes les parties principales : enveloppe externe cho- roïde, pigment, pupilles, crisiallins, et substance nerveuse. Les yeux, vus d'en haut, sont ronds dans le Tergipes Edwardsii, ovalaires et pointus en arrière chez l'autre espèce. Cependant leurs contours subissent (pielquefois des variations assez sensi- bles. C'est ainsi que l'ieil du Terfjipes J'JiIwardxii montre quel- quefois une forn»e ii'régulière , lorsqu'on le voit de côté. 11 pré- sente alors un bourrelet arrondi muni de quelques petits prolon- gements, qui se rétrécit considérablement vers la base, et qui est coupé carrément en arrière. L'enveloppe qui, à ce qu'il paraît, est en communication im- médiate avec l'épiderme, est une membrane mince, vitrée, qui ne montre aucune trace de pigment. Elle est suivie d'une seconde membrane isolée qui est aussi mince, mais plus molle, et qui est couverte d'un amas de pigment d'une couleur très intense. Ce pigment est noir là où il se trouve en masse considérable ; il paraît d'une belle teinte violette foncée, lorsqu'on le rend plus trans- parent par la compression. Cette seconde membrane pigmen- taire est la choroïde; en procédant avec précaution, on réussit assez bien à isoler le pigment de la membrane incolore. 11 y a en avant , au milieu du bulbe, un endroit plus clair, allongé dans la direction longitudinale , qui , sous la pression , WE \OKDM.tXX. — SU! LIi TliKI.ll'KS liDU AKDSIl. 129 prend une foinie ronde. C'est la pupille, derrière laquelle est situé le cristallin sphmqiie. Je n"ai pas vu distinctement le corps \itré. Le nerf optique manque, à moins ([u'on ne le cherche dans la base rétrécie du bulbe oculifère, ((ui est appli((ué immédiate- ment à la paire supérieure des ganglions (|ui composent le sys- tème nerveux central. On ne trouve pas de muscles propres à l'ceil , l'épiderme musculaire et le mouvemeni de l'animal per- mettant aux yeux de prendre des positions très diverses. Conservés dans un bocal . ces animaux recherchent le côté de la lumière ; et quand je changeais la position du buciiJ , ils rampaient de nou- veau vers la lumière , pourvu toulel'ois qu'ils trouvassent quelque chose à manger. Toutes les autres expériences sur la sensation de la lumière ne m'ont donné aucun résultat , et c'est plutôt le tact résidant dans les tentacules qui paraît guider les mouvements. ]>es yeux se développent de très bonne heure dans les em- bryons: ils sont di'jà très apparents lorsque les intestins ne for- ment encore qu'une aggloméi'ationchaoticiue. Mai s le pigment n'est pas alors bleu, il est, au contraire, d'un rose clair, et les contours sont très indistincts, ce qui l'ait un contraste très frappant axec les grandes capsules auditives, ([ui sont très neltemeut limitées 1,'urgaiic auditif. .le connaissais déjà cet organe, et je l'avais reconnu pour tel avant que l'excellent Mémoire de M. de Siebold eût paru. Maintenant, les observations se sont si souvent multipliées, que l'on peut aflirmer que tous les Mollusques sont pourvus d'un organe auditif. Ces organes (lig. 1,6) sont situés immédiatement derrière les jeux, sur la partie postérieure des deux ganglions antérieurs. Us se font reconnaître de suite par leurs contours très accusés et par leur volume encore plus considérable que celui d(,'s veux. Les iiei'fs spécitiques de l'ouïe mancjuent ; les vésicules sont logées dans de petites excavations des ganglions. Ces capsules ont une forme allongée dans les adult(}s, arrondie dans les embryons; elles sont bombées en haut comme en bas, cl formées d'une enveloppe mince et vitrée qui résiste considéra- :i' série. Imi T V (.Mai> 18 46.) i S 130 DE INORDMAXX. — SUR LE IKUlJU'liS liDVVAKDSlI. blement à la pression. Ces capsules forment ainsi deux vésicules dont la cavité interne est sans doute partiellement remplie par un liquide clair et aqueux. Un petit otolitlie arrondi nage dans cette capsule sur le liquide. L'otolitlie n'est visible dans les embryons que peu de temps avant l'éclosion ; dans son milieu se trouve une petite tache claire. L'otolitlie ne touche pas les parois de la capsule auditive; il se maintient dans une oscillation conti- nuelle, causée par des vibrations. Je crois pouvoir confirmer, par l'observation directe, l'opinion énoncée par M. de Siebold, savoir, .que les parois vibrent réellemeut, ce qui a été confirmé aussi depuis. Je croyais autrefois pouvoir expliquer les mouvements vibratoires des otolithes . en supposant que les capsules ne sont pas entièrement remplies de liquide, et que les otolithes nagent à la surface de ce liquide, continuellement influencée par les vibrations des parois capsulaires. Organes sexuels. Je trouve la disposition suivante dans les organes génitaux du Tergipes. L'orifice génital commun ''fig. 1 , f) est situe , comme je l'ai déjà mentionné, sur le côté droit du corps, entre le tentacule long et la première paire des appendices dorsaux. Cet orifice forme une verrue sensiblement saillante, coni(iue et tronquée à son sommet, dont le bord supérieur est un peu allongé, de manière à pouvoir fermer presque complètement l'orifice comme une val- vule. La cavité génitale conmiune est assez spacieuse, arrondie, tapissée d'une membrane musculeuse , et perforée au fond par trois ouvertures, celles des canaux excrétoires des organes mâles et femelles , et celle d'une grande vésicule particulière que j'appelle la vessie muqueuse. Ues organes sexuels iiiàlcs. Le testicule (fig. 1 , c) , qui est proportionnellement assez grand, se fait déjà remarquer, à la simple inspection avec la loupe, par sa couleur verdàtre; il est situé à peu près au milieu du corps, un peu plus rapproché de la tète , en arrière du foie , et entouré en partie par les lobes de cet organe. III-: >«Kw.M\\.v. — mi; i.k riuicii'iis kdu Ar.nsu. Jol Il louche en haut au oanal intestinal, en arrière aux organes sexuels femelles. Ou peut comparer sa forme à celle d'un Ijoudiii courbe foi'temeiit rempli ; son extrémité postérieure est arrondie , recourbée en bas; son extrémité antérieure diminue petit à petit en volume , et se termine en pointe; les parois sont formées par une membrane très épaisse et lisse , et par une seconde enveloppe assez mince. Deux canaux sont en communication avec le testicule ; celui (|ui est le plus court débouche , en venant du foie et en décrivant un arc , au-dessous de la partie recourbée du testicule , dans le milieu de cet organe. Ce canal court est ordinairement si bien caché sous la masse du leslicule cju'il échappe à la vue; mais on le remai(iuu chaque fois (|ue Ton réussit à isoler complètement le testicule. J'ai vu la première preuve de l'existence de ce canal dans un mouvement \ibratile assez fort cjui se trouvait à cet endi'oit ; car, excepté l'estomac et le rein, tous les autres organes prennent un épithélium vibratile en approchant de leur orifice à la surface externe. I/intestin , par exemple , vibre seulement dans la partie rectale ; le canal déférent, seulement là où il quitte le testi- cule, et à son extrémité qui débouche dan? la vessie ; la glande muqueuse , seulement à son embouchure ; le foie, dans le canal biliaire; l'oviducte, à la sortie de l'ovaire, et près de l'orifice génital; le cœur, au passage dans les vaisseaux. .Te n'ai pas pu m'assurer ni de la marche ni du mode de termi- naison du canal i-ourt dont je viens de parler ; peut-être est-il en communication directe avec les organes femelles; mais je crois plutùl (ju'il se termine en cœcum. On pourrait le regarder dans ce cas comme un épididyme. Un long canal serpentant entre les replis du foie , un véritable canal déférent (fig. 1, r/ , est en communication avec l'extrémité pointue du testicule. D'abord plus large, puis se rétrécissant con- sidérablement , ce canal s'étend vers la cavit.é sexuelle générale pour déboucher dans la verge très courte, qui quelquefois est un peu saillante. Ce petit organe est du reste entièrement différent di' celui (|ue Cuvier et les autres naturalistes ont désigné comme tel dans la majorité des Mollusques. IM DE i\oKi»M.»^\. - siii i.i; ii;r.(;ii'iis liijw vudsii. Cette verge a une l'orme conique courte et un petit orifice ([ui est formé par une membrane très dure d'une texture cartilagi- neuse. Comme on ne peut voir à la fois que ces deux parois opposées, le pénis a l'air de se terminer par deux courtes pointes; j'ai déjà fait l'emarquer que l'on trouve un mouvement vibratile en cet endroit. Le col de la verge et du conduit éjaculateur est en rapport avec une grande glande ovale , qui est souvent élaigie en forme de massue vers son extrémité en apparence fermée, tandis qu'elle se rétrécit en avant. Cette vésicule (fig. 1 , e) contient dans son intérieur une (luantité de petites vésicules rondes, une masse mucilagineusc remplie de granules ; elle s'étend le long du pied , dont elle se rapproche plus que tous les autres viscères. Son épithélium interne vibre vers l'oi'illce; son extrémité [losté- rieure arrondie reçoit un canal court un peu tlexucux, (jui paraît venir de la région des corps cristal loïdes du pied. Quatre à six fibres très fines prennent encore leur insertion sur la paroi externe postérieure, et paraissent pouvoir fonctionner pour l'expulsion du contenu. Les parois de cette vésicule sont d'une nature muscu- leuse; elles se contractent et se dilatent sous le compresseur tout-li-fait indépendamment des mouvements des autres organes. Cette vésicule , si on ne veut pas la comparer à la prostate , est , dans tous les cas, une glande muqueuse de laquelle provient la mucosité par laquelle l'animal se colle à des objets divers comme par un fil. Le pénis n'est pour ainsi dire (|u"un prolongement de cette vésicule ; je n'ai pourtant jamais remarqué c[u'il contînt des zoospermes (1). Le testicule de ranimai adulte est rempli de zoospermes tel- lement serrés qu'ils peuvent à peine se mouvoir. Leur forme se rapproche de celle cjue montrent les petits zoospermes de la l'aludine, mais leurs mouvements paraissent plus vivaces. L'une de leurs extrémités est allongée en forme de clieveu ; l'autre est plus épaisse et en forme de vis, (juuique se terminant éga- l\ ) Nous croyons, au contraire, que toute la vessie contractile n'est autre eliose que le pénis, qui, dans les autres Nudibranches, jouit aussi de inouvcnienls tout- a-fait indépendants. ■ (Xote du Iradiicleiir.) DE !VOR»ltl.t:V%. — SU". LE TRUOIPIiS lîDWARPSlI. \^6 lonicnt en pointe. Les zoospenncs sont très longs par rapport à l'animal ; ils mesurent de 10 à IG centièmes de ligne ; le tour de la vis embrasse un tiers de leur longueur. Us sont situes pêle- mêle dans le testicule et forment, en sortant, des faisceaux sem- blables à des boucles. Us serpentent très vite en tounioyant sur leur extrén)ité renflée ; ils ne se roidissent pas de suite dans l'eau de la mer, mais continuent à se mouvoir, tandis que l'eau douce produit le pliénonièiif connu de la formation des anses. On trouve aussi dans le testicule de petits corpuscules et de petites vésicules qui sont en rapport avec la formation des zoospermes. Je passe outre sur cet objet, me réservant de di'uinntror plus tard que les zoo- spermes se forment aussi spontanément dans les organes sexuels femelles. L'organe désigné comme testicule est un organe pure- ment mâle ; je n'y ai jamais vu de corps vésiculaires qui eussent la moindre ressemblance avec des œufs en voie de développement. Nous décrirons bientôt l'analogue de l'organe hermaphrodite des autres (lastéropodes. Organes sexuels femelles. Les organes femelles occupent la plus grande partie de la cavité gi'nérale ; car les ovaires, ainsi que les autres parties, s'étendent depuis le foie jusque vers l'appendice caudal du corps. Cet appa- reil si compliqué est composé, 1° des ovaires; 2° des canaux excréteurs des ovaires ; 3° des réceptacles particuliers . dans les- quels les œufs primitifs sont fécondés, et que j'appelle avec M. de Siebûld les poches spermatiques ou fécondatrices ; 4° des canaux excréteurs de ces poches ; 5° d'un autre réceptacle qui correspond en quelque sorte à la matrice. Les ovaires (fig. 1, m) sont des boyaux ovales ou arrondis, dont le nombre est très variable, d'après la taille et l'âge de l'animal, et d'après le nombre de poches spermatiques. Chacune de ces der- nières poches, dont j'ai compté de dix-huit à vino;t-quatre dans les animaux adultes, est en commimication avec trois à six ovaires, dont les canaux excréteurs très courts , mais capables d'ime très grande extension, s'ouvrent siu'tout dans la partie antérieure de la poche spermatique. Chacune de ces poches ressemble aiusi à 1;y| OE KOUDMA^'IV. — SUR I,E TlilUJII'ES J•;D^^ ARDSII. une grappe de raisin. La. formation des œufs a lieu partout dans la cavité des ovaires, qui sont remplis par des amas de granules élémentaires plus ou moins petits, par des quantités d'œufs plus ou moins formés, arrondis et nettement circonscrits, qui sont tous pourvus de taches et de vésicules germinatives. On distingue entre autres des vésicules germinatives plus grandes et entourées déjà de niasses vitellaires, opaques. Les œufs qui sont mûrs pour la fécondation passent, par les canaux excréteurs des ovaires, dans les poches séminales, pour se rendre de là dans l'oviducte, dont l'extrémité postérieure peut être regardée comme l'analogue de l'utérus. Les poches séminales ( fig. 1, .v} quoiqu'en relation intime avec les organes femelles, méritent une attention toute particulière, en ce qu'on y trouve un développement indépendant de zoospermes. Le nombre de ces poches, arrondies et un peu aplaties des deux côtés, varie, chez les dilTércnts individus, entre quatre et huit ; elles remplissent l'espace compris entre le testicule proprement dit et la partie postérieure de l'intestin, en se plaçant les unes à la suite des autres. Les parois assez épaisses de ces organes sont glandu- leuses. Leurs bords inférieurs sont bordés de jaune, quelquefois même, dans des individus plus âgés, d'un orangé assez vif. Les éléments ([ue l'on trouve dans ces organes, et qui, à mon avis, sont tous lié's au développement de zoospermes, sont les suivants. A. On trouve d'abord de petits granules opaques qui présen- tent un mouvement moléculaire , et qui remplissent l'espace que laissent entre eux les autres éléments, en formant probablement la matière dont ces derniers se constituent ; B. De petites vésicules arrondies et qui sont surtout appli- quées contre les parois des poches séminales. Quelques unes de ces vésicules sont parfaitement transparentes ; d'autres sont rem- plies d'un contenu granuleux ; les plus grandes ont souvent un noyau distinct ; C. Des cellules plus grandes, allongées, sans noyaux, mais remplies de granules très petits, disposés en séries parallèles, ce qui donne aux cellules un aspect finement strié, qui est caracté- ristique de la formation des zoospermes ; DE KORDMAKK. — S[;R I.E TERrilPES EDWARnSII. 135 D. D'autres éléments encore plus longs , fusiformes , plus ou moins tortueux et sans enveloppe distincte, mais ayant un con- tenu semblable; ce sont des faisceaux de fibres spermatiques; E. Des zoospermes développés, ayant des têtes renflées et quel- ques tours en spirale. Les faisceaux les plus grands se laissent diviser, h l'aide du compresseur, en plusieurs faisceaux plus petits et rayonnants, dans lesquels les extrémités renflées des zoospermes se trouvent toujours du mi''me côté. Ces têtes des zoospermes étaient entourées immédiatement de petites vésicules ovalaires et transparentes qui paraissaient en communication avec les têtes, tandis que les extrémités minces et pointues des zoospermes étaient collées ensemble par une masse glutineuse et granulée ; F. Enfin, des zoospermes libres parfaitement développés , sans vésicules. Ce sont les seuls qui présentent des indices de vie, tels qu'on les connaît chez les zoosperines. En les comparant avec ceux qu'on exirait du testicule, on trouve toujours une petite diffé- rence , qui consiste en ce que les zoospermes des vésicules sé- minales ont une forme plu? allongée, la tête moins grosse, et un nombre de tours de spire moins considérable. Il y aurait donc chez le Tergipes deux formes de zoospermes un peu différentes. Tout cela prouve sans doute que les zoospermes se développent dans l'intérieur des organes femelles (1). Il est plus difficile de savoir si la matière première de ces corps, surtout les cellules désignées sous la lettre fi, proviennent seulement du testicule par éjaculation. Je suis porté à croire que (I) Il me semble évident, d'après ces observations de H. Norclmann lui-même, que les organes nommés par lui poches spermatiques , et dans lesquels se déve- loppent les zoospermes, sont réellement les testicules multiples, tandis que l'or- l^ane appelé par lui testicule ne parait être qu'un divertieule 'lu canal déférent, une espèce de yésicule séminale. Si le caractère du testicule, dans toute la série animale, est de servir d'organe pour la production des zoospermes, je ne sais pounpioi M. Nordmann refuse ce nom ii de^ organes dans lesquels il trouve tous les degrés de ce développement, d'autant plus qu'il n'y a jamais découvert des éléments apparlenaid aux organes femelles. (.Yod- rlii Iradiicleur.) 130 ni-: \on»^i\\.N. — si n i.i; iF.p.fai'RS i;r>\\ \ri)sii. ces vésicules ou ci'llules [leuvent aussi être produites par les parois glanduleuses des poches séminales. Je n'ai jamais trouvé, dans ces poches, des éléments qu'on aurait pu prendre pour des œufs en voie de l'ormation , comme je n'ai pas trouvé non plus de zoospermes en contact avec des vésicules germinatives. Les zoo- spermes ne pénètrent jamais dans les ovaires, oii il aurait été facile de les reconnaître à leur longueur considérable et à leur aspect particulier ; ils restent, au contraire, dans les poches sémi- nales, où ils sont réunis en faisceaux. La structure que nous venons de décrire prouve que le Ter ■ gipes, ainsi que d'autres animaux d'inie conformation semblable, peut produire des ueufs fécondés sans copulation préalable. Pour avoir une certitude absolue sur ce fait , j'ai fait des expé- riences directes en nourrissant isolément, pendant des mois entiers, des individus que j'avais pris lorsqu'ils étaient encore d'une petitesse extrême. Presque tous ont pondu des œufs qui se sont développés. Les poches séminales du Tergipes débouchent par des canaux très courts et assez larges dans un grand boyau médian, l'utérus, qui diminue ))etit à petit en volume , et se termine dans le sac générateur commun, en formant un vagin allongé et un peu flexueux. DEUXIÈME PARTIE. EMliltVOfiliME. L'œuf dans l'ovaire. On ne peul disli liguer les organes sexuels aussi longtemps que les jeunes Tergipes sont encore enfermés dans leur coquille • nautiloïde; mais aussitôt qu'ils se sont séparés de la coquille, et qu'ils ont atteint une longueur de \il\ à 1/3 de ligne, on trouve déjà indiqu(''s le testicule . ainsi que le contour de l'utérus. Les œufs se développent même beaucoup plus tôt que le contenu testiculaire : mais ce qui frappe surtout , c'est le manque de tur- gescence de renvelo|)pe extérieure de l'utérus et des parties cou- tigui'S, r.a configuration des ovaires, quoique en général arrondie. HE KORIIM.t^lV. — SI li I.E Ti;P,f;il'F.S F.DWAIlDSIf. 1S7 monli'O pourtant des coins et des entailles qui se présentent sous forme de sillons assez rr'p:ulicrs , formant tantôt des carrés , tantôt des polygones ou des figures croisées. Les œufs en voie de for- mation , et qui sont trop peu élastiques pour pouvoir distendre les parois des ovaires , sont entassés les uns snr les autres , com- primés extérieurement, et présentent ainsi des formes polyé- driques. En soumettant ces œufs à une pression graduée , on les voit aflecter la forme de pentagonesoud'hexagones, dont chacun con- tient dans son intérieur une vésicule arrondie et un noyau plus transparent. L'enveloppe polygonale est la membrane vitellaire ; la vésicule transparente est la vésicule germinative ayant la tache de Wagner. On y découvre en outre des éléments clairs et transparents com- posés seulement de deu.x contours concentriques, savoir, de la vési- cule germinative et de son noyau ; puis des corps transparents, arrondis , très nettement circonscrits , (|ue je regarde comme des taches germinatives , et enfin une quantité de granules molécu- laires qui forment la grande masse de l'ovaire. S'il est vrai que les corps transparents , arrondis , à contours très accusés , que je viens de mentionner, sont réellement des taches germinatives isolées, il s'ensuivrait que cette tache serait le premier élément de l'œuf qui se forme. Une pareille tache germinative paraît toute homogène ; elle ne contient pas , pendant cette première période, de ces granulations que l'on pourrait envisager comme des nu- cléoles. La tache germinative se retrouve dans les œufs les plus petits des individus les plus jeunes ; elle est toujours parfaitement arrondie, et l'on peut distinguer sur la tache, dès qu'elle est entourée par la vésicule germinative et par le vitellus, une enve- loppe très mince et un contenu. L'enveloj)pe ne présente aucune structure appréciable ; dans l'origine, ses contours sont plus accusés que plus tard. J'ai plu- sieurs fois réussi à faire sortir la vésicule germinative et la tache germinative par une fente de la membrane vitellaire ; ces deux élé- ments s'allongeaient pour trouver un chemin entre la substance vitellaire , et redevenaient spliériques plus tard après leur sortie , 138 DE l^ORDMARIRi. — SUR I.E TEliGIPES EDWARDSII. ce qui prouve que ce sont des vésicules , dont l'enveloppe jouit d'une élasticité considérable. La tache germinative augmente en volume: son contenu est tout-à-fait sans structure aussi longtemps que dure cet accroisse- ment. La tache atteint le terme de sa croissance beaucoup plu.=! tôt que la vésicule germinative, de manière qu'il n'est pas rare de rencontrer des taches de grandeur égale dans des vésicules ger- minatives très inégales. Chaque vésicule germinative ne contient qu'une seule tache, située ordinairement au centre , mais qui plus tard se rapproche un peu de la périphérie. Je ne crois pas que la tache soit toujours accolée à la [laroi interne de la vésicule germinative, car elle change facilement do place lorsqu'on fait glisser avec précaution les lames du compresseur. Les granulations manquent aussi long- temps que la vésicule germinative est encore isolée; mais il se forme un précipité granulé du moment que le vitellus vient s'a- jouter et que l'ovule approche de sa maturité. Je crois donc |)ouvoir établir avec une pleine certitude que la vésicule germinative existe avant le vitellus, puisqu'on trouve dans les ovaires du Tergipes des vésicules avec leur tache germi- native, et sans la moindre Irace de substance vitellaire. La vésicule germinative a une forme sphérique et entoure la tache germinative, d'abord assez étroitement, puis elle s'étend et s'accroît pendant longtemps, même après que la tache germi- native est parvenue à son volume définitif. Elle ne paraît atteindre le terme de sa croissance que lorsqu'une partie du vitellus s'est déjà déposée autour d'elle. La vésicule germinative est donc relativement d'autant plus grande que le vitellus est plus petit. L'enveloppe de la vésicule ne montre d'abord aucune structure, ainsi que son contenu liquide et albumineux : mais ce dernier de- vient bientôt granuleux et forme de petits globules qui se collent à la paroi interne de la vésicule, et ressemblent un peu à des glo- bules graisseux. Nous distinguons dans le vitellus deux substances : la couche DE XORDMAIVM. — SUR LE TKllGU'KS EDWARDSII. 139 primitive, assez mince, et une couche secondaire qui s'y ajoute plus tard. La couche primitive se présente sous la Innne d'un disque, au milieu duquel sont enfermées la vi^sieulc et la tache gcrminative. Cette couche est composée d'un liquide transparent, et parsemée de molécules très petites; elle est entourée manifestement d'une tine membrane cellulaire, d'une espèce de membrane \itellaire. Les corpuscules moléculaires sont d'abord de simples granules qui n'ont pas la forme de vésicules ou de cellules. La membrane vitellaire augmente tout aussi bien autour de la vésicule germi- native que celle-ci s'élargit autour de sa tache centrale. Parmi les œufs en voie de développement, on en trouve dans lesquels la vésicule germinative occupe plus de la moitié de l'œuf tout entier. Le caractère le plus saillant de l'ieuf non mûr est sa transparence et l'existence d'une membrane vitellaire distincte, tandis que celui de l'œuf mûr réside dans l'opacité , dans la com- position cellulaire de la masse vitellaire et dans la disparition de la membrane vitellaire. La masse vitellaire primitive est entourée, lorsqu'elle a atteint à peu près la moitié du volume de l'œuf tout entier, par les gra- nules brillants, plus accusés et plus grands, de la masse vitellaire secondaire, ou, en d'autres mots, une couche plus épaisse de substance vitellaire se dépose autour de la membrane vitellaire. Le vitellus primitif éprouve , bientôt après le dépôt de la sub- stance vitellaire secondaire, un changement, en ce sens que les molécules qui se trouvent en dedans de la membrane vitellaire s'accumulent pour former d'abord des granules, et plus tard des vésicules , dans lesquelles on aperçoit des noyau.x plus petits. La membrane vitellaire disparaît dès que la transformation de la sub- stance vitellaire primitive est assez avancée pour qu'il devienne difficile de trouver une ditTérence entre les deux substances vitel- laires, qui se pénètrent maintenant et se confondent mutuelle- ment. On peut encore quekiuefois réussir à séparer les doux couches par une pression habilement ménagée, et faire voir la membrane vitellaire , ainsi que la différence des couches qu'elle sépare. 140 «E l«OBDM.»!V\. — S[:P, I.IC TRRCIPKS EDWARDSII. L'œuf mûr. L'œuf, parvenu à sa maturité, passe de l'ovaire, par le canal excréteur qui se distend considérablement à cette occasion , dans la poche séminale remplie de zoospermes, où il est fécondé, et de là dans la matrice. L'utérus, reni])li quelquefois de trente à qua- rante (l'ut's à la fois, est très distendu dans ce cas; les œufs sont accumulés depuis rorifice sexuel jusque vers l'appendice caudal, et il arrive assez fréquennneiit que les parois iMastiques de l'utérus poussent des diverticules qui s'étendent jusque dans les cavités des appendices branchiaux , de manière que des œufs isolés sont quelquefois poussés à côté des cœcums intestinaux, jusque vers les extrémités des appendices. Le plus grand nombre d'onifs se trouve toujours plus rapproché du dos que du pied. L'œuf mûr a une forme parfaitement sphérique; son vitellus est enfermé dans une enveloppe mince, transparente et sans struc- ture, le chorion. Cette enveloppe entoure étroitement le vitellus, dont la masse, d'abord blanchâtre, a pris une teinte rose assez claire, teinte qui se voit à travers les téguments extérieiu's du corps. Le diamètre d'un pareil aaifest de 0,06 de ligne. Le cho- rion résiste d'abord un peu à la compression et se fend ensuite, après une dilatation peu considérable. Le contenu de l'œuf est composé d'un liquide albumineux et transparent , dans lequel sont dispersés divers autres éléments qui sont au nombre de trois, savoir, des sphères assez grandes, . transparentes, luisantes et très nettement circonscrites, qui sont manifestement des cellules, et dont l'intérieur est rempli par d'au- tres éléments globulaires peu distincts et par des granules. Ces sphères brillantes forment la grande partie du contenu vitellaire ; elles mesurent presque 0,006 de ligne. Elles deviennent surtout visibles par la compression . et leur éclat, par la lumière trans- mise, est tel, que leur aspect fatigue même l'ail exercé. A cela s'ajoutent des granules plus petits, moins nettement circonscrits, qui s'accolent ensemble, et qui son! eiiloui'és d'une masse gra- nuleuse très fine, dont hs uioli'cules. ainsi que les contours des ni: \OKDM;(\.\. — SI li r.ii iiaicipiis KOWAnnsir. lil petites sphères, sont doués d'un mouvement très animé lorsqu'on écrase les œufs. La vésicule gerininative, avec son noyau, ne montre pas de modification importante ; on remar(|ue ])ourtant qu'elle appro- che davantage de la périphéiie , el ()u'elle est lenipiie de nom- breux granules opa(|ues. On rciii.nriuc aussi quelquefois dans la substance vitellairc des globules plu.-> grands et nettement accusés, qui sont probablement des gouttelettes d'huile. I,e con- tenu vitellaire n'est pas sensible à l'eau de mer; le mouve- ment moléculaire devient seulement d'abord plus vif, pour se ralentir après, et s'arrêter délinitivcnient ajjrès quelque temps. l-a ponte des œiits. La copulation, si tdutefois elle r. toujours lieu, non plus que la ponte de notre animal, n'est liée à une certaine saison ; car ou trouve une quantité de capsules d'û'ul's depuis le printemps jus- qu'à l'époque où la mer gèle, et j'ai eu même des u.'ufs qui furent pris en décembre, par une température de 4 degrés, dans la mei'. La capsule dans laquelle les œufs du Tergipes sont enfermés est arrondie ou réniforme; elle constitue une vésicule d'une transpa- rence vitrée , qui est composée de deux enveloppes , une externe et une interne. Cette dernière entoure légèrement les œufs, et laisse apercevoir un espace considérable entre elle et l'enveloppe externe. La capsule a une ligne de diamètre; elle est fixée, par une tige courte et en forme d'entonnoir, à la face inférieure d'une feuille d'Algue ou à un Polypier ([uelconque, tels que des Cam- panulaires, des Corynes ou des Bow erbankies. L'espace externe, comme l'espace interne de la capsule , est rempli par un li(juide gélatineux, dans leciuel les petits, qui portent encoi-e des coquilles, tourbillonnent pendant quelque temps après leur sortie de l'œuf. On remarque à la face de la vésicule, située vis-à-vis de la lige, un cercle dans lequel se montre une fente, vers la fin du dévelop- pement des petits. Cette fente donne aux petits une issue dans l'eau. Le nombre des œufs contenus dans les capsules varie beaucoup d'après la grandeur el l'Age de l'animal, et chacun d'eux répète 14'2 DE XORlMItXX. SDI". l.E TI-lilMl'ES EDWARDSII. plusieurs fois la ponte, sans que chaque ponte soit précédée né- cessairement d'un accouplement. J'ai retiré de douze individus, que j'isolais pendant dix jours, après les avoir conservés ensemble, le nombre suivant d'œufs. N°1, La première foi-i. . 9 La second e fois. . 6 2 18 18 9 3 7 4 8 . 18 16 8 . 10 5 . 13 6 3 7. 8. 3 9. 1 40 . 5S 11. . 64 1-7 . 80 . 30 26 18 Ce dernier animal était extraordinairement grand ; il vécut pendant plus de trois mois, changea plusieurs Ibis de peau, et se nourrissait, en dernier lieu seulement, d'Infusoires, aprèsavoir dévoré tous les faisceaux de Campanulaires qui étaient à sa portée. Il pondit plus tard encore des œufs que je ne comptais plus. Les u'ufs foi'nicnl un amas irrégulier, mais qui n'est jamais serré au point qu'ils puissent se comprimer mutuellement, de ma,- nière à prendre une forme polyédrique. Je n'ai pas vu non plus de coques vides sans vitellus , telles que M. Sars en mentionne dans les Nudibranches examin(''s ])ar lui. Mes animaux pondaient de nuit , et quelquefois plusieurs capsules à la fois. Je n'ai pas vu une véritable innnission du pénis, quoique j'eusse observé plusieurs couples en contact inmiédiat. Développement de l'embryon Les points suivants me parai.ssent surtout importants dans les modifications que subissent le vitellus et l'embryon. 1" L'œuf devient oval ; le chorion s'étend d'un cinquième de son axe lon- n-itudinal. ^2° Un liquide transparent et albumineux se sépare en même temps du vitellus. 3° Le vitellus perd sa forme sphé- DE IV'OBDMAIVX. — SLIl I.K TEliOll'KS EDW AltUSU. 143 rique; sa niasse devient moins compacte; ses contours se ri- dent. 4° La vésicule genninative et la taciie de Wagner disj)a- raissent. 5° Les couches supérieures du vitellus perdent leur cou- leur rougeàtre: l'œuf devient blanc. 6" Des cellules vitellaires se séparent, dans la majoi'ité des cas, du reste de la masse vilel- laire, e( déterminent des l'onnalions parasitiques. 7" Le vitellus est séparé en deux splirres par un sillon. 8" Le fractionnement se continue dans une progression régulière. 9" J.e vitellus a la foi'me d'une mûre. 10° Une vésicule- d'air (?) se sépare du vitellus. 11° La surface du vitellus devient grenue. 12° Pre- mière formation de l'embryon : le vitellus prend une forme al- longée qui passe bientôt à celle d'un triangle mal défini. 13" Ap- parition distincte du svstème animal, du système cutané; con- figuration de l'embryon. 14° La partie antérieure de l'embryon, les organes moteurs futurs sont indiqués par un étranglement. 15° Le bord antérieur, élargi, montre des rides qui se trans- forment bientôt en deux saillies arrondies latérales. 16° Les sail- lies se transforment en lambeaux , et entre eux parait un troisième prolongement, le pied. 17" Coninieucement (li> la l'nriiiation du manteau et de la C0([uille. 18" Des cils poussent sur les lambeaux. 19° Premier mouvement oscillatoire de l'embryon. !20" Le pied, accolé à la coquille, reçoit des cils vibratiles. '21' Les lambeaux (voiles) prennent la forme d'un disque ; mouvement rotatoire de l'embryon. 22" Les cellules qui ont contribué à la formation du manteau se dissolvent et disparaissent. 23° La coquille s'est accrue considérablement. 24° Des rangées de cellules isolées indiquent le muscle susponseur. 25° Formation des viscères, dont on ne peut distinguer d'abord que rinte.'-:tin isolé ; capsules audi- I ives. 26° Le foie et d'autres corps glanduleux deviennent distincts, ainsi que l'anus, les ganglions. 27° Les cellules formant le muscle suspenseur disparaissent. 28° Dépôt pigmentaire des yeux. 29° Les parasites si curieux paraissent entre le cboiion et l'embryon en- core enfermé dans sa coquille. 30° L'embryon , définitivement formé, ou la larve, ouvre et referme sa coquille, moyennant un opercule, 31° Plus grande dilatation du chorion. 32" La larve H/l DE XOUI>.HA\\. — SLK LIi IlilU.ll'IiS liDM AUDSII. crève le chorion. 33° Séjour des larves dans la capsule commune des œufs. Si" Les petits quittent la capsule. Le temps nécessaire au développement complet des œufs du Tergipes est très différent, d'après les saisons, et j'ai observé qu'il faut, en général , de seize à vingt jours pour l'accomplisse- ment de toutes les phases. Le changement trop souvent répété de l'eau de mer, dans la saison froide, retarde de beaucoup le développement. La première modilication que l'on aperi'oit consiste dans la di- latation de l'enveloppe externe, ([ui prend une forme ovale. 11 se trouve même des œufs qui sont plus larges à l'une des extré- mités, et pointus à l'autre. Levitellus, encore complètement glo- bulaire, d'une teinte rose par la lumière réfléchie, et nettement circonscrit, occupe à peu près les deux tiers de l'espace du cho- rion. 11 est impossible de prouver l'existence d'une membrane vitellaire; le vitellus, par la compression, s'étend d'une manière uniforme, el coule liorsdu chorion déchiré, sans laisser de traces d'une enveloppe particulière. Pendant (|ue le chorion augmente de volume, il se fait entre lui et le vitellus uu espace assez considérable, (jui se remplit d'un li([uide albumineux et transparent. On sait que beaucoup d'œufs de Mollusques se tuméfient lorsqu'on les met dans l'eau ; mais je crois que, dans le cas qui nous occupe , le liquide ne pé- nètre pas seulement par imbibition , mais qu'il provient aussi de la masse vitellaire elle même, entre les granules de laquelle il était contenu. Le vitellus s'agrandit peu de temps (six à dix heures) après la ponte ; il perd en même temps sa forme splicrique et montre des contours ridés, qui proviennent de l'accumulation des cellules et des graïuiles , entre lesquels il \- a des espaces plus transpa- rents. Cette liquéfaction pi'nètrc toute la masse vitellaire, et dé- truit aussi la vésicule germinative et la tache de Wagner, parties qui se montrent toujours dans les unifs contenus dans la matrice, en sorte que leurdisparilion n'est pasuneconséquenceimmédiatede la fécondation. Je ne puis dire avec certitude si c'est la tache i»E i\'ORnn saillie carrée dont quatre faisceaux musculaires rayon- nent vers les bords de la cloche. Les tentacules sont liés ensemble par une mem- brane extrêmement mince, comme dans les Plumatelles. On remarque, à la base des tentacules, des corps ronds nettement accusés, qui sont formés comme les capsules auditives des jeunes Tergipes, et qui contiennent au centre un otolilhe rondel vibrant. On a donc raison de prendre ces or;janes pour des organes auditifs. DE I%'ORDMAIV\. — Sun r,l' TRRfilPKS EDWARDSri. 153 avant ; il se meut assez rapidement en décrivant des cercles plus ou moins grands. Dans les bocaux on les trouve souvent en quan- tité tout près de la surface. Une vésicule d'air pénètre assez sou- vent dans la coquille lorsque l'animal se rapproche trop de la sur- face ; alors il ne peut plus plongei', et continue à tourner à la surface. Dans les vases, les animaux se tiennent surtout du côté de la lumière. A la voûte interne de la coquille est adaptée une membrane mince , le manteau , qui est épaissi sur le bord , de manière à former une espèce de bourrelet. Ce manteau est composé d'une seule enveloppe mince et sans structure apparente, de manière qu'on ne remarque aucune trace ni de l'épidcrme vibrant, ni de la couche cutanée sous-jacente de l'animal adulte. Le manteau ne s'applique pas pourtant immédiatement à la paroi interne de la coquille; il en est souvent distant, et, dans ce cas, le muscle s'attache au coin le plus profond du manteau. L'animal n'est donc attaché à la coquille que par le bourrelet du manteau et par le pied adhérent à l' opercule; cette circonstance explique déjà la facilité avec laquelle il se débarrasse de la coquille. Les voiles qui se trouvent à la partie antérieure de l'animal ont une forme arrondie ou plutôt ovale qui rappelle celle d'une oreille humaine ; leurs bords sont épaissis en bourrelet, mais elles ne sont pas fermées en dedans , en sorte qu'elles donnent lieu à une excavation, pourvue de larges ailes latérales ressemblant à un 8, et au milieu de laquelle se trouve l'ouverture buccale allongée et entourée de saillies mamelonnaires. (Juoique cette ouverture ne soit pas petite, je n'ai pourtant réussi à la voir que lorsque, par un hasard particulier, ses bords étaient écartés par le compresseur. Les cils , qui sont fixés en série simple sur les bords des voiles , ont une longueur considérable ; ils sont épaissis à leur base et pointus à leur extrémité. Leurs mouvements sont très rapides ; ils consistent dans une llexion de leur extrémité , qui se courbe en crochet pour se redresser immédiatement après. Le mouve- ment devient indécis lorsque l'animal est épuisé; il est indépen- dant à la fois et de l'intégrité des organes sur lesquels se trou- vent les cils, et du s\stème nerveux, .le l'ai vu se conli- 15ll DE KORDMJtlV'IV. — SUR LE TERGIPES EDWARDSII. nucr pendant des journées entières sur des particules séparées des voiles ; mais malgré cela, il y a pourtant des moments où l'ani- mal fait cesser le mouvement pour le recommencer. J'ai observé des phénomènes contradictoires semblables chez beaucoup de Bryozoaires. On peut rendre évidentes les parties cellulaires sur lesquelles sont fixés les cils, quoique l'objet soit très déli- cat. Chaque cellule ne porte qu'un seul cil, tandis que les cils courts de l'épiderme de l'animal adulte sont réunis en faisceau. Les cils continuent leur jeu en fléchissant leur longue pointe, même lorsque l'animal est retiré dans sa coquille. Les cils, con- sidérablement plus courts , qui sont placés sur le pied , vibrent du dehors en dedans , et tous les petits objets qui se trouvent dans les environs sont saisis par le tourbillon et amenés vers l'ouver- ture buccale. Le pied forme à la base de l'opercule , là oii il est contigu aux voiles, une petite pointe que l'on voit seulement en plaçant l'em- bryon de profil. Les yeux, placés immédiatement derrière les voiles sur la nuque , sont d'un rouge clair , et se trouvent au-devant des grandes capsules audilives, dont chacune enferme un otolithe arrondi et vibrant. Je n'ai pas pu découvrir de cils sur la face interne des capsules auditives ; mais il est facile de se tromper sur la position réciproque de ces organes, lorsque l'animal est retiré dans sa coquille; ils sont en tout cas plus écartés latéralement que ce n'est le cas dans l'animal adulte. L'œsophage, assez mince, est situé dans la ligne médiane du corps ; il n'existe pas trace de la langue si compliquée de l'animal adulte. L'estomac a la forme d'un sac; son extrémité postérieure , qui est un peu rétrécie, est courbée latéralement et en haut; ses parois sont plus épaisses que dans l'animal adulte ; sa face interne est garnie de cils vibratiles qui impriment un mouvement tourbil- lonnant aux aliments avalés. L'intestin, étroit, naît de l'extrémité recourbée de l'estomac, se tourne eu haut, et conduit vers l'anus, qui est situé près de la capsule auditive droite. La partie supé- rieure de l'estomac est en rapport avec le foie , qui est grand, arrondi , jaunâtre , et composé déjà maintenant de deux lam- DE KOBDMARllV. — SÛR LE TERGIPES EDWARDSII. 155 beaux , dont le plus grand est situé du côté gauche. On rcmartiuu dans les environs du foie deux autres corps glandulaires , qui , peut-être, sont les premières traces des organes sexuels. Je n'ai pu trouver le cœur, pas plus que MM. Sars et Loven; peut-être est-il caché dans la masse compacte du corps, située entre l'es- tomac et les voiles. 11 n'y a pas trace de tentacules. Le muscle d'attache se montre très différent dans sa configu- ration, ainsi que dans le nombre de fils qui le composent, suivant les différents individus. J'ai reconnu quatre ou cinq fils, (|ui tantôt sont très serrés, se confondent même, et tantùtsc divisent en deux faisceaux dans la partie antérieure, c'est-à-dire vers le coin du pied. Une autre fois, j'ai vu deux faisceaux distants , dont le plus mince s'attachait k la base des voiles. Lorsque ces dernières sont rétractées, toutes les fibres du muscle paraissent comme tordues ensemble. J'ai vu jusqu'ici presque toujours deux ou trois autres corps tortueux et filiformes, composés de plusieurs nœuds gan- glionnaires qui paraissaient naître du milieu du faisceau muscu- laire, et qui couraient vers la face dorsale des voiles. J'ai des doutes sur la signification de ces parties, qui ne paraissent pas appartenir au système nerveux , parce qu'elles sont isolées des autres viscè- res : ce sont peut-être des fibres musculaires en voie de forma- tion. On trouve aussi quek[ues fils musculaires déliés par lesquels les coins de l'estomac s'attachent à la paroi inférieure du man- teau. Les petits , après avoir déchiré le cliorion , se meuvent sans repos dans la capsule commune, dont le contenu albumineux leur sert de première nourriture. Je ne saurais dire exactement com- bien de temps ils restent dans cette capsule. Je les y ai vus demeu- rer jusqu'à dix-huit jours, après quoi je les ai enfin délivrés au moyen d'une petite incision. En comparant la jeune larve avec l'animal adulte , nous trou- vons les difi'érences suivantes. Elle a d'abord une coquille qui lui donne un aspect nautiloïde ; au lieu de tentacules, elle possède des voiles en forme d'oreilles, qui la rendent capable d'un mouvement rapide, et qui disparaissent plus tard sans laisser de traces. Destinée à se nourrir de petits animaux mous nageant dans l'eau , notre 156 DE IV'ORDMitINA'. — SUR LE TERCIPES EDWARDSII. larve est dépourvue des organes buccaux si compliqués de l'animal adulte. L'intestin diffère en ce que l'estomac est situé beaucoup plus en arrière. Les branchies et les cœcums manquent. La pré- sence d'un opercule nécessite celle d'un muscle d'attaclie parti- culier. Les yeux , les oreilles, le foie du côté gauche , et l'anus à droite, sont comme dans l'animal adulte. Des parasites qui se développent dans le clioriou. Nous avons eu occasion plus haut d'observer que des particules (cellules granuleuses) se séparent quelquefois du vitellus avant que le fractionnement connnence. On ne remarque d'abord aucune modification dans ces corpus- cules, si ce n'est qu'ils augmentent un peu de volume lorsque les intestins apparaissent. Les membranes cellulaires se con- fondent et forment des corps vésiculaires, au milieu desquels on observe un espace plus clair. Bientôt apparaît , à la surface de cette vésicule, une petite saillie, de laquelle poussent des fils assez fins, qui se courbent et embrassent la périphérie de la vésicule. Ces fils s'allongent de plus en plus, deviennent saillants par leurs extrémités, et atteignent à la fin sept à neuf fois le diamètre de la vésicule. En s'étendant en éventail et en se courbant vers le même côté, ces fils représentent à peu près l'image d'une queue d'oiseau. Chaque fil commence à trembloter; la vessie se met en mouvement et tourne bientôt rapidement en cercle autour de son axe, coinmeune roue.Peuàpeu lesfilss'écartententièrementetse séparent en deux faisceaux opposés ; et cet être bizarre se promène maintenant, comme une araignée , lentement, sur ses longs pieds écartés, tournoie autour de son axe, ou bien se jette vivement d'un côté ou de l'autre. On trouve ordinairement quatre à huit de ces parasites dans chaque œuf de Tergipes. Ils augmentent en nombre par scission, vers la fin du développement embryonnaire. Le corps vésiculaire se fend , dans le sens de son axe longitudinal, en deux parties qui poussent à leur partie inférieure des fils nouveaux , formant, par la suite . deux faisceaux en éventail. On voit ainsi souvent deux vésicules encore accolées avec quatre faisceaux de fils. Chaque DE IV'ORDNtKiS'. SUli Mi llilifl ll'ES EUWAliDSIJ. 157 faisceau est composé de six à luiif lils, qui, d'ailleurs, sont des organes très caduques, et se détachent souvent en laissant le corps vésiculaire sans mouvement. Si par hasard un de ces parasites est entraîné dans le tourbillon des voiles et vers l'ouverture buc- cale, la larve se retire dans sa co(|uil!e. et le parasite se sauve, en laissant souvent quelques unes de ses jambes en ;u'rière. Outre ([uelques vésicules plus claires dans l'intérieur, j'ai \u ((uelqucfois une partie pointue à la sui'face de ces parasites, dont le corps vésiculaire n'a que 0,009 de ligne. Je nommerai cet animal, dont les mouvements ont quelque chose de commun avec ceux des Cercaires, Cosmella hydrachnoides, faisant allusion en même temps à la ressemblance de ces mouvements avec ceux de quelques Ilydrachnes (1). Développement ultérieur des jeiuics Tergipes. Je ne sais pas coinbien de temps la jeune larve reste dans sa coquille : tous mes animaux so;,t morts en trois ou quatre se- maines, malgré tous les soins que je leur donnais. 11 ne me res- tait donc qu'un seul moyen pour connaître les phases transitoires; celui de rechercher dans la mer les petits animalcules nageant librement ou ramjmnt sur des Polypiers. La rareté de ces ani- maux m'a l'ait perdre beaucoup de temps; mais j'avais l'avantage (I ) Il n'est pas rare de voir se désagroger certaines parties dans les embryons des animaux inférieurs, qui n'en continuent pas moins de se développer. Les par- lies désagrégées elles-mêmes jouissent pendant ([ueliiue temps d'une vie en quel- que sorte indépendante. J ai observé, sur des embryons d'Actéons, que les cils des voiles (pour me servir des expressions de M. Nordmannj se détachaient sou- vent lorsque l'animal commeni,'ait a souli'rir; les cils détachés présentaient abso- lument les mêmes formes, les mêmes mouvements que les prétendus parasites de M. Nordmann. La seule différence qui existe entre mes observations et les siennes, c'est que dans les Actéons les (-il.- ne se détacliont qu'accidenlellement après leur développement accompli , tandis que dans les Tergiiies ce seraient des élémcnls détachés depuis le commencement du développemeul embryonnaire qui se déve- lopperaient pour former des cellules vibratiles complètes. Ce fait est certainement une belle confirmation de la doctrine qui veut que les éléments cellulaires des embryons jouissent d'une certaine indépendance de développement; mais il ne me parait pas prouver davantage , et je ne crois pas que M. Nordmann soit dans le vrai en prétendant que ces cellules vibratiles détachées sont des animaux parasites formés aux dépens de la substance vitullaire. [Note du U-uduckur.) 158 DE KOBBM.IXK. • — SVU Lli ïKlUJU'iiS liDWAUDSlI. que, dans la mer si pauvre des environs d'Odessa, il ne se trouve que cinq petits Slolkisqucs qui auraient pu être confondus dans leur jeune âge, savoir : les deux Tergipes, une Rissoa, une Pha- sianelle et une Littorine. Toutes ces espèces s'étant développées chez moi , je reconnaissais sans peine la Rissoa à ses voiles rela- tivement très grandes , la Littorine à son pied large , et la Plia- sianelle à une coquille autrement formée et à des dimensions diffé- rentes. J'ai réussi enfin à me procurer un certain nombre d'individus qui m'ont montré les six formes détaillées ci-après, formes qui nous donneront, j'espère, la clef du cercle de développement. Seconde forme. L'animal est encore enfermé dans sa coquille ; le manteau s'est détaché de cette dernière et entoure étroitement la masse des viscères. Le pied, attaché à l'opercule, s'est tellement agrandi , qu'il forme une saillie considérable sur le bord de l'oper- cule, par dessus lequel il se retrouve en bas. Les voiles ont grandi, les yeux sont devenus violets. La tête porte deux tentacules coni- ques et courts, qui sont pourvus d'un épithélium vibratile. L'animal nageait avec une vitesse étonnante; mais dès qu'il venait en contact avec l'air, il se contractait et empêchait tout examen ulté- rieur. Grandeur, 0,11 de ligne. Trouvé une seule fois. Troisième forme. La coquille est détachée ; la configuration générale est celle de l'animal adulte ; le corps est court et conique, poiulu en arrière, mais sans appendice caudal. Les tentacules sont allongés et pointus; les voiles ciliées existent encore; l'es- tomac s'est placé en avant, et on voit un intestin court en arrière. Grandeur, 0,1/1 de ligne. Quatrième forme. Fn général , comme le n° 3. L'animal nage et rampe. 11 s'est formé deux appendices dorsaux derrière les capsules auditives; l'intestin a donc maintenant deux cœcums. Pulsations du cœur manifestes. Une langue compliquée, formée de quelques plaques dentaires dans la cavité buccale. Le corps s'est allongé ; le testicule, d'un vert blanchâtre, avec un contenu vési- culeux, est très apparent. Grandeur, 0,13 de ligne. Cinquième forme. Les voiles ont disparu et sont remplacées par deux tentacules frontaux arrondis et recouverts de cils vibra- lilcs. Lesappendices dorsaux se sont allongés. J'ai trouvé plusieurs DE KORDMARIIV. — SLR LE TERGIPIiS EDWAUDSIl, 1 5'J individus de cette forme, et j'ai souvent eu l'occasion d'observer un changement de peau, absolument comme dans l'animal adulte. Les animaux paraissaient souffrants pendant ce lemps; ils ne pre- naient pas de nourriture, et l'épiderme les entourait comme une gaine transparente. De ces changements de peaux résulte La sixième forme. Celle-ci s'accorde tout-à-1'ait avec ranimai adulte. La première paire d'appendices dorsaux s'est allongée, et on remarque la seconde paire sous forme d'une petite verrue; l'in- testin a donc deux diverticules longs et deux autres plus courts. Septième et dernière forme. Celle-ci se trouvait souvent sur des Campanulaircs ; et, comme elle est très transparente, elle m'a montré beaucoup de détails sur sa structure. Il ne manque que la dernière paire d'appendices dorsaux ; les deux antérieurs mon- trent un petit sillon vers leur extrémité , au travers de laquelle un voit le corps glandulaire. Les zoospermes manquent encore dans le testicule. Il y a des œufs de différentes dimensions dans les ovaires. Toutes ces transformations ont lieu pendant que les animaux sont encore très petits , car la dernière t'orme ne mesu- rait pas plus de 0,iG à 0,19 de ligne de long. EXPLICATIO!V DES FIGLliES l'LANCUE l. Fif,'. 1 , Le Tmjipes lùhoardsii vu du dos, et considerablemenl grossi. On a tenu le dessin beaucoup plus transparent que l'animal ne l'est réellement. A, les grands tentacules. H, les processus frontaux. C,C,C, les trois premières paires d'appendices dorsaux. D, la masse buccale, avec la mâchoire et la langue. E, le pharyn.'i ; l'œsophage, qui fait une courbe vers le haut, est recouvert par l'estomac. F, les glandes salivaires. G, l'estomac pourvu , sur sa paroi interne, de cils vibratiles qui impriment un mouvement rotaloirc aux aliments. W, le pylore. /,/, le tronc moyen de l'inlestin , rétréci d'espace en espace par des fibres musculaires contractées. 160 DE KOKUiMAXIN. - SIR LK TliUGirES JEDWAKDSII. /i',/r, les cœcums inl.esliiiaiix, pénélranl dans les appendices dorsaux. L,L, les deu.N divcrticules de l'inlcslin. M, le rectum mince, naissant du diverticule gauche. A', l'anus. 0, le foie, de couleur jaunâtre. P, la vessie biliaire. Q, la glande urinaire (?), composée de globules. T, le cœur. P, le ventricule. — T-, l'oreillette. — T-', les deux veines en entonnoirs, qui reçoivent le sang circulant librement dans le corps. W, première paire de ganglions du sjsléme nerveux central. X. seconde paire. Y, troisième paire. /, quatrième paire I — 7, les troncs nerveux, numérotes d'après leur succession. (1, les yeux. b, les capsules auditives. c, le testicule, de couleur \crdi'iliv. d, le vaisseau déférent. e, la glande muqueuse, dans lacpii'lle s ouvre le vaisseau déférent. f, l'orilice génital commun. es degrés de la maturité sont les suivants : .1. Les vésicules ([ui no sont pas mûres et (juisont en consé- l>rs liAlKS F.T DKS TOIlPII.l.ICS. < 7o quence très petites, renferment une substance presque transjja- rente et à peine granuleuse. B. Ces granulations, fort déliées, se développent peu à peu, grandissent et se disposent ordinairement en séries , qui pren- nent l'apparence de ramifications. En même temps les vésicules augmentent de volume. C. Les granulations spermatiques , en se développant tou- jours , se montrent comme des cellules remplies de granules très tins et un peu transparents. J). Enfin ces granules mêmes croissent et restent enfermés dans la granulation-mère. Or, c'est dans ces granules que la génération des Spermato- zoïdes a lieu. En effet, dans chaque granule, comme il nous a sem- blé le voir en répétant plusieurs fois les observations , ne s'en- gendre jamais plus d'un seul Spermatozoïde. Nous n'avons pas encore suivi la génération de l'animalcule: seulement, nous avons vu que, lorsque le Spermatozoïde est arrivé au terme de son développement , il est enroulé au-dedans de son ovule. Deux fois nous avons vu ces ovules spermatozoïques se mouvoir en roulant très rapidement pendant que nous l'observions au microscope. Ils renfermaient le Spermatozoïde déjà développé , aux oscillations duquel était dû le mouvement rotatoire de l'ovule. La substance du réservoir du testicule des Raies, observée sous le microscope, consiste en un grand nombre de granulations- mères, très semblables à celles qui sont contenues dans les vési- cules-mères et renfermant les mêmes granules générateurs des Spermatozoïdes. Ces granulations du réservoir lui parviennent de la rupture des vésicules spermatiques mûres des testicules. Il est certain que les Spermatozoïdes i''closent de plusieurs granules dans le testicule même , avant que les vésicules se rompent. Alors les Spermatozoïdes de tous les granules d'une granulation-mère res- tent unis par la tête , et représentent des faisceaux de filaments avec les queues libres et oscillantes, ainsi que M. Wagner les a parfaitement décrites et dessinées dans le Certhia familiaris. L'épidifKiiK' csl un caïKilirule hlaur , plus ou inoiiis dilaté et I 74 DE MARTIKO. — ■ SPERMATOZOÏDES DES HAIES , ETC. gonflé de sperme, qui sort du sommet du testicule chez les Raies, et prescjue de son milieu cliez les Torpilles. Il fait dès son origine d'innombrables circonvolutions sur lui-même , dont toute la masse est renfermée dans une gaîne fibreuse et très résis- tante. Il se dilate h mesure qu'il descend ; enfin le canal défé- rent est le même canal de l'épididynic beaucoup dilaté, surtout chez les Torpilles, et moins tortueux. Chez celles-ci principalement on voit très bien que la membrane du canal spermatophore résulte de deux couches , l'une musculaire fibreuse extérieure et l'autre muqueuse interne, ([ui , dans l'extension plus grande du canal fibreux , se plisse en formant des espèces de valvules conniventes, qu'on voit encore par transparence. Dp tous les points de l'épididyme ou du canal déférent des Raies et des Toi'pilles, si Ton tire une pelite goutte de sperme ( lorsque les vésicules des testicules sont déjà parvenues à leurs maturité) , elle fourmille de Spermatozoïdes libres et oscillants, Le Spermatozoïde des Raies et desTorjiilles, comme celui des Squales décrit par M. Millier, a un corps spiral , qui, à l'extrémité antérieure, est formé d'un petit rcnllcment ou tète, et, à l'extré- mité postérieure , d'une queue très déliée. Les mou\enients de ce petit animalcule, très vifs et rapides, sont vermiculaires dans le corps et oscillatoires dans la queue. La vie des Spermatozoïdes des Raies et des Torpilles est fort tenace; car de l'épididyme de ces Poissons, morts deux jours auparavant , nous avons retiré des gouttes de sperme dont les Spermatozoïdes étaient presque fous vivants. 175 NOTE Srr, I.K MKCAMSME DKS SÉCIiKTIONS; Par M. A. I.I:REB0CI.L£T, D. M.. Piufesseur à Ij Factiile dfi scieDc*^ de Slrasboiirg. ( Lue il la Société de médecine de Strasbourg , le ô mars 1 846.) L'influence du microscope sur nos connaissances anatomiques et physiologiques est un fait aujourd'hui reconnu ; et si ce pré- cieux moyen d'investigation trouve encore des incrédules ou même quelques détracteurs , ce ne peut être que par ignorance ou par cette singulière erreur de raisonnement qui nous fait oublier, pour un résultat douteux, des services nombreux et réels. Bornons- nous k rappeler que ce n'est que depuis les perfectionnements ap- portés au microscope que l'anatomie générale , ce point de départ de toute bonne physiologie , repose sur des bases certaines ; c'est cet instrument qui a détruit une foule d'erreurs grossières qui nous donnaient les idées les plus fausses sur la manière dont s'ac- coiTjplissent certaines fonctions : l'existence des pores organiques, les prétendus parenchymes des viscères, la triple terminaison des artères en capillaires nutritifs , en capillaires sécréteurs et en capillaires exhalants ou absorbants , etc. Parmi les fonctions sur lesquelles nous n'avons des connaissances un peu positives que depuis que le microscope est venu à notre aide , nous devons ranger les sécrétions. Le temps est encore bien rapproché de nous où l'on admettait une cojitinuation directe entre les vaisseaux sanguins et les canaux des glandes , et où l'on disait que le sang , arrivé dans les ramuscules les plus fins des artères , se changeait en produits sécrétés. Lisez , pour vous en convaincre, l'article Sécrétion du Dictionnaire de médecine, article publié en iSlik, et signé par un physiologiste bien connu de l'an- cienne école. Vous y trouverez répété à satiété , qu'il y a « con- .j tinuité entre le système vasculaire sanguin qui apporte les ma- 170 A. I.KRKMOIM.ET. — SI U I.K MÉCANISME » tériaux de la sécrijlion cl le système vnsciilaire séci'i''lcur {[ui )) fabrique et exporte l'humeur sécrétée. ■, Vous y trouverez ces assertious singulières : « qu'on ne peut rien connaître de la slruc- » ture intime des organes exhalants: » que« la texture des follicules » sécréteurs est aussi peu connue que celle de tout autre organe ; » que •' c'est entre les deux systèmes vasculaires qui constituent » l'organe sécréteur à leur point d'abouchement que se fait vrai- )) ment la sécrétion ; « et comme on n'est jamais parvenu jusqu'à ce point d'abouchement , on se tire d'aifaire en désignant par le mot de parenchyme ou système capillaire de l'organe sécréteur le lieu oîi se fait la sécrétion (1) Aujourd'hui la composition et la structure intime (les glandes sont assez bien connues pour ce qu'elles ont d'essentiel. On sait ([ue tout organe sécréteur est formé par des capsules simples ou multiples , ou par des tubes de longueur variable , et qui peuvent aussi se trouver isolés ou réunis en masse plus ou moins compacte ; les formes des glandes sont extrêmement variées , leur composi- tion est au contraire remarquable par son uniformité. Les vais- seaux sanguins , chargés d'apporter les matériaux de la sécrétion, sont disposés autour de ces éléments sécréteurs , de manière à les accompagner dans toutes leurs divisions ; ils forment des réseaux à mailles plus ou moins lâches, suivant l'arrangement des capsules ou des tubes sécréteurs. Ces vaisseaux n'ont que des rapports de contiguïté avec ces derniers; il est bien certain, et clairement démontré , qu'il n'existe aucune continuité entre les vaisseaux et les tubes. Les tubes sécréteurs sont toujours terminés en cul-de- sac à leur extrémité ; on ne doit plus faire d'exception pour le rein ni pour le testicule. 11 ne reste donc plus (ju'à étudier la structure propre de ces tubes sécréteurs; dès lors il sera possible d'asseoir sur ces données anatomiques une théorie, sinon rigoureuse , du moins assez vrai- semblable de la sécrétion. (1) L'article dont il est ici question n'est que la reproduction littérale des deux articles Sécréteur et Sécrétion de l'ancien Dictionnaire de médecine en 2< vo- lume?, par le mi^me auteur ("et article aurait du être entièrement refondu. nns siîcRiirroNS. 177 l'iiiiinje(l), Ilciilc ('2).Valerilin {'?>), Mïiller (4), on Allemagne; M.iiidl (5), en France; (ioodsir (6) cl BowmanH (7), en Angie- torre , ont étiiflié avec soin , sous ce rapport, la siructure des glandes, ot ont été conduits à envisager la sécrétion sons des points de vm^ (jui diUV'n'nt pins (ui moins des idées généralement reçues. Ilcnlc, dans son remarquable Iravail siu' H'^pithélium, dit que les canaux glanduleux sont revêtus d'une couche de cellules épi- tliéliales; ces cellules renferment un noyau très développé , rela- tivement à la cellule elle-même ; les contours de celle-ci se voient didicilement; ce n'est que lorsque plusieurs cellules sont rappro- chées les unes des autres qu'on distingue les intervalles plus pâles qui les séparent. Ces cellules se produisent en abondance , se pressent au dehors, et forment , dans plusieurs glandes, une par- tie du produit sécrété. La membrane qui les soutient est homo- gène. L'auteur fait remarquer l'analogie qui existe entre certains ]M-oduits provenant des sécrétions (les corpuscules du mucus, par exemple) et les cellules épithéliales elles-mêmes. Dans son grand ouvrage d'anatomie générale . M. Henle entre dans beaucoup plus de détails sur la structure des glandes, et particulièrement des canalicules sécréteurs. H signale le contenu de ces organes comme des noyaux de cellules nucléées ou des granules élémentaires. 11 croit que ces derniers se réunissent deux à deux, trois à trois, s'entourent d'une cellule et finissent par représenter d'assez gros corpuscules muqueux qu'on peut faire sortir des glandes par la pression , et qui , pendant la digestion , enveloppent le contenu de l'estomac d'une couche épaisse et comme membraneuse. Mais Henle ne s'explique pas sur les usages présumés de ces cellules , et il paraU ne faire jouer aucun rôle à (1) Berkht Hbcr die Vermmmhing der Xiiturf.s. 181 noyaux sont futourés d'une cellule dislincte: ce riont des i'unna- tions plus avancées. Cette observation , aue j'ai répétée plusieurs fois, confirme ce qu'ont dit Valcntin et d'autres micrographes, à savoir, que les cellules sont d'autant plus développées qu'on ap- proche davantage do l'orifice de l'organe sécréteur. I>cs glandes tubulcuses ne font ])as exception à cette composi- tion élémentaire. Les tubes urinaires', du moins ceux de la sub- stance corticale, oflVent le même aspect que les capsules terminales des glandes conglomérées , tandis que les tubes droits de la substance mamelonnée sont revêtus intérieurement d'un épithé- lium en pavé , composé de cellules dont le noyau occupe à peu près la moitié du diamètre de la cellule entière. Ouant aux tubes séminifères, les corpuscules sphériques et granuleux qui adhèrent à leurs parois sont identiiiuement les mêmes que ceux (jui rem- plissent la cavité de ces tubes. Ainsi, en résumé, des formations nucléaires obstruent la lumière des organes sécréteurs et se trouvent surtout accumulées vers les extrémités en cul-de-sac de ces organes ; des formations en tout semblables tapissent les parois internes de ces mêmes organes et adhèrent à ces parois : tels sont les faits que chacun peut vérifier ; cherchons maintenant à nous en rendre compte. l'it d'abord, ces vésicules granulées qui affectent une forme et une disposition si constantes appartiennent, sans aucun doute, aux formations épithéliales ; notre opinion diffère totalement, sous ce rapport, de celle de .M. Mandl. Mais elles n'appartiennent en- core ni à l'épithélium en pave ni à l'épithélium cylindrique; elles ne constituent pas encore de véritables cellules ; ce sont , comme on l'a dit et comme nous l'avons vu, ce sont de jeunes cellules dans Icsciuelles le noyau est tellement développé et la cellule si rudimentaire , (|ue les deux enveloppes se confondent, et qu'on ne peut les distinguer l'une de l'autre. On peut les comparera ces jeunes cellules globuleuses qui végètent à la surface du derme, et dont la réunion constitue la membrane granulée qui recouvre la tunique fibreuse de la peau. Cependant il existe des différences entre ces deux ordres d'organes : les jeunes cellules de la peau sont disposées sur plusieurs plans superposés ; les nouvelles col- 18"2 A. l.eKF.UOLXLET. — SIU I.IC IIÉCAIMSME Iules formées à la siirtace du derme repoussent, vers le dehors les cellules anciennes: celles-ci s'aplatissent; en nirine temps, l'en- veloppe du noyau, ou la cellule proprement dit(> , s'agrandit, tandis c[ue le noyau reste stationnaire ou même diminue de dimen- sion ; en sorte qu'on trouve entre les cellules vésiculeuses qui re- couvrent immédiatement le derme (;t les cellules squameuses qui formejit la surface extérieure de la peau , tous les degrés intermé- diaires de développement. Dans les glandes , au contraire , du moins dans leurs extrémi- tés terminales , les jeunes cellules sont disposées sur un seul plan et tapissent intérieurement la timique propre de la glande, tunique qu'on peut très bien regarder comme l'analogue du derme. D'abord très petites , elles grossissent peu à peu et se détachent de la paroi de la tunique propre , quand elles ont atteint une certaine dimen- sion, mais le plus souvent avant que la cellule soit distincte du noyau. Cette végétation est tellement active à l'extrémité des tubes sécréteurs, que l'on trouve toujours, comme nous l'avons dit, la lumière de ces tubes obstruée par les noyaux vésiculeux qui les remplissent. A mesure que l'on s'approche de l'orifice excréteur du tube , les couches de cellules adhérentes à la membrane propre de ce dernier deviennent plus épaisses, et les cellules les plus superficielles prennent peu à peu le caractère de celles qui tapis- sent la cavité destinée à recevoir le produit sécrété. Il y a donc , comme on le voit , un passage insensible des formes élémentaires (|ue présentent les cellules des extrémités en cul-de-sac des glandes, aux formes achevées des cellules complètes qui constituent l'épi- thélium des tubes excréteurs ; et cette gradation dans le dévelop- pement des cellules n'est pas luie vue théorique, c'est un fait d'observation ([uv. nous avons vérilii'sui- plusieurs glandes, et dont parlent, du reste, la ]ilupart des micrographes. Nous sommes donc en droit de regarder les vésicules granuleuses en question comme des formations épithcliales rudimentaircs, et chargées d'accomplir, sous cette forme , des fonctions spéciales. Examinons maintenant quelle pinit être la iiatiu'e de ces fonc- tions. L'é|Mthéliuni ordinaire est lui organe de protection, d'absorp- I)KS SKCIilillONS. ISo (ion ou d'exhalation , suivant les surfaces qu'il recouvre et suivant la forme et l'étendue des cellules qui le composent. On comprend, en ellet, qu'une lamelle d'une épaisseur inappréciable ne peut que laisser transsiider les liquides, tandis qu'une cellule cylin- drique ou une vésicule globuleuse, recevant un liquide dans sa cavité, peut faire éprouver à ce liquide des modifications quel- conques; en un mot, l'élaborer ou même en changer la nature. La sécrétion proprement dite, c'est-à-dire la métamorphose des éléments constitutifs du sang , pourra donc très bien s'opérer dans des organes vésiculeux comme ceux qui remplissent les tubes sécréteurs. Or, nous avons vu une différence capitale dans le mode de développement des cellules des tubes sécréteurs : les unes, celles du fond, se détachent sous la forme d'organes vési- culeux ; les autres , celles qui avoisinent l'orifice du tube excréteur, végètent à la manière des cellules de l'épiderme; ces dernières semblent acquérir de plus en plus les caractères d'organes pro- lecteurs ou d'organes d'exhalation ou d'absorption , tandis que les premières, par leur forme globuleuse, et surtout par leur repro- duction abondante et continue , semblent plutôt réunir les condi- tions nécessaires à l'élaboration des principes du sang. Nous pensons donc que les vésicules granuleuses qui tapissent les parois des tubes sécréteurs et qui se trouvent surtout accumu- lées vers l'extrémité en cul-de-sac de ces tubes, remplissent une autre fonction que les cellules qui revêtent intérieurement le reste du tube , et qui se modifient peu à peu pour prendre les caractères de l'épithéiium de la surface libre de la muqueuse ou de la peau ; et nous ne croyons pas trop nous hasarder en regardant ces vési- (;ulos comme les organes chargés d'élaborer la substance parti- culière à chnriue sécrétion (salivine, biline, urée, etc.), tandis que les cellules épithéliales proprement dites laisseraient passer l'eau , les sels et les autres substances dissoutes dans la partie liquide du sang, et qu'on retrouve en plus ou moins grande pro- portion dans tous les liquides sécrétés. On sait , en effet , que l'eau entre pour une immense proportion dans les produits des sécré- tions : or. la surface des tubes sécréteurs est infiniment plus grande que celle qui résulterait de la somme de toutes les extré- 18/i A. LEUEBOILLET. — SLli I.L VIIÎCAMSME mités tuniiiiwles de ces tubes. De plus, la séparation du sang de ses éléments liquides n'entraîne aucune action particulière de la cellule : c'est un simple effet d'endosmose, et cet elTet s'opérerait au moyen des cellules rangées en séries continues le long des pa- l'ois internes du tube sécréteur. Les vésicules, au contraire, se chargeraient soit d'extraire du sang les principes immédiats des sécrétions qui s'y trouvent déjà, soit de faire subir aux éléments du sang les transformations nécessaires à la production de ces principes. Elles verseraient leur contenu dans la cavité du cana- licule, et par conséquent au milieu du liquide que renferme ce dernier, suit par déhiscence , soit par dissolution de leurs parois. Ces vésicules formeraient donc la partie essentielle do chaque glande, sa partie en quelque sorte spécili(|U('. Sans doute ce n'est là c|u'une hypothèse, mais cetie hypothèse n'est pas déniK'c de fondement, et la science possède déjà plusieurs faits (]ui viennent militer en sa faveur : ainsi Goodsir a trouve dans la poclie à enci-e des seiches des cellules pignientaires dont Icconlenu est en rapport a\ec la.vc'/^/o elle-même; le foie de plu- sieurs mullusqucs se composait de vésicules dont le contenu brun était en rapport avec la bile ; dans le rein d'un colimaçon [hélix adspcrm), le même anatomiste a rencontré des cellules remplies de granules d'acide uriciue ; le manteau de l'aplysie , où se sépare un liquide pourpré, contient des cellules dans lescpiclles se trouve un liquide de la même couleur. Karsteii (1) a fait des observations analogues siu' le foie des crustacés et des mollusques. Henri Meckel , neveu du célèbre ana- tomiste de ce nom, vient de publier dans les Jrchire.s de Muller (1S/)G, cah. 1, p. 1) un excellent travail , dans lequel il s'attache à représenter les cellules épithéliales des glandes comme les en- droits où s'opèrent les actions chimiques ; il s'est assuré que , dans l'écrcvissc , le travail de formation de la bile est réparti entre deux sortes de vésicules, ayant chacune leur attribution particulière : les unes fabriquent de la biline , tandis (|ue les autres ne renfer- ment que de la graisse. Enlin ne savons -nous pas que les cor- puscules soliiles que nous désignons sous le nom de ylobiilea du r)i;s siiciiiiiiONs. 185 iniiciis ont la uiomc l'oniir , la nièine coiiiposilion ut le mcnie diamètre ([ue les noyaux des cellules des glandes qui les sécrètent, (H ne poiuons-nous pas, d'après cela, les regarder comme des noyaux (|ui ne sont pas encore arrivés à leur dcvoloppement cel- lulaire ? 11 nous reste enc(jre à examiner le rôle que peut jouer la mem- brane propre du tube sécréteur. Tous les anatomistes sont à peu près d'accord pour envisager cette tunique comme un simple support, comme une sorte de squelette destiné à donner au tube sa forme et sa consistance, et à diriger au dehors les fluides sécrétés. .Nous ne saurions nous ranger de cet avis , et nous ne craignons pas de dire ([uc cette manière de voir nous semble peu physio- logique , à peu près ci.mnne si l'on voulait regarder le derme comme le cdjjid inortiiuiii de la peau. Si nous étudions la structure de l'ovaire . non pas dans les \er- tébrés supérieurs, mais dans les reptiles et les poissons, nous voyons que cette glande se compose d'iuie on\cloppe membra- neuse excessivement mince dans quelques groupes; c'est cette membrane fibro-grenue qui sécrète les ovules; on les voit se dé- velopper peu à peu , faire saillie à la surface interne du sac mem- braneux, et tomber ensuite dans sa cavité quand ils sont arrivés à leur complète évolution. Or, ce que nous pouvons voir dans la sécrétion des ovules se passe sans doute dans les autres sécrétions. Pour nous , la tunique propre des tubes sécréteurs est la membrane j>roligère de ces tubes; généralement regardée connue sans structure, i?lle a cependant été reconnue connue fibreuse par (|uelques analoinistcs; c'est à sa surface que végètent sans inter- ruption les vi''sicules sécrétoires, comme c'est à la surface des sacs ovariens que végètent les ovules. La structure particu- lière des glandes des animaux articulés nous semble une preuve en faveur de cette théorie. Dans ces glandes, en elTet, les vési- cules ne sont pas à découvert dans la cavité du tube sécréteur; l'iles sont elles-mêmes recouvertes par inie membrane très linc, continue , en sorte que le di'neloppenient des vésicules se fait entre celte membrane et la tunique propre, absolument comme (lins les ovaires dont no'is venons de narli.'r. 186 A. LKKEBOlIXI'-r. — SLK l-li MliCA.MSMK DES SÉCRÉïlO^S. On nous objectera sans doute que la tunique propre des or- ganes sécréteurs n'est pas indispensable à ces organes , puisqu'elle manque dans le foie des vertébrés. A cela nous répondrons que cette absence de la membrane propre des glandules sécrétoires du foie est loin d'être prouvée. Valentin est porté à admettre cette membrane, et Krause l'admet positivement, et affirme qu'il est parvenu à la démontrer (1). D'ailleurs, il suilit de se rappeler combien sont difficiles les recherches sur la structure intime du foie, pour concevoir comment une membrane aussi délicate que la tunique propre des glandes a pu échapper aux recherches des meilleurs micrographes. Nous résumerons ainsi qu'il suit nos idées sur la sécrétion , en- visagée d'une manière générale : 1° Les glandes ont pour éléments sécréteurs des sacs ou des tubes, composés, en allant de dehors en dedans, d'un réseau vasculaire sanguin , d'une membrane propre et d'une couche de cellules. 2" La cavité des sacs ou des tubes est remplie de cellules libres, semblables à celles qui en tapissent les parois. 3° Les cellules qui tapissent les extrémités en cul- de-sac des organes sécréteurs ne se composent encore que du noyau ; celui-ci est sphérique , creux et rempli de granulations. 4° Les cellules qui recouvrent les tubes dans leur continuité prennent de plus en plus le caractère de cellules achevées, à me- sure qu'on approche de l'orilice du tube; le noyau est alors par- faitement distinct de la cellule, et celle-ci finit par prendre la l'orme de lamelle (épiihélium en pavé ) ou celle de cylindre (épi- thclium cylindrique), se confondant ainsi peu à peu avec l'épithé- lium de la surface libre , à laquelle aboutit la glande. 5° Les jeunes cellules ou vésicules granuleuses (noyaux de cel- lules) qui remplissent les canalicules proviennent des parois de l'extrémité en cul -de-sac de ces canalicules : il se fait dans ces culs-de-sac une végétation abondante qui a pour effet de pro- duire sans cesse de nouvelles vésicules qui Unissent par obstruer la lumière du tube. (I) i'eberden ffincni Ihiii di-r /.l'dir (Millier s Arclin-, l81o, p. o2l). f. MAKTINe». — SLR LA lEMPÉUATUKE DES OLRSI.NS. 187 6" Ces vésicules paraissent être les organes sécréteurs propre- ment dits; elles élaborent les principes du sang, et les versent au dehors, soit en crevant, soit par une dissolution de leur en- veloppe ; il est très probable que les produits qu'elles fournissent constituent les principes immédiats particuliers à chaque sécrétion. 7" L'eau, les sels et les autres substances que l'eau tient en dissolution proviendraient, dans cette hypothèse , des cellules qui tapissent les canalicules : on s'expliquerait ainsi l'abondante quan- tité d'eau que renferment, en général, les liquides sécrétés. S" La membrane [)ropre des canicules ou des petits sacs sécré- teurs est une membrane proligère analogue à celle qui constitue l'ovaire des vertébrés inférieurs et de la plupart des invertébrés. Nous soumettons les réile.xions qui précèdent à l'appréciation de nos collègues de la Société de médecine. Sans doute elles au- raient besoin de reposer sur des faits plus nombreux encore ; mais telles qu'elles sont, elles peuvent déjà laisser entrevoir les pro- grès que le microscope a fait faire à la question importante de la sécrétion , et les résultats futurs que la science est en droit d'en espérer. SUR LA TEMPÉRATlJRK , Spritaiirjiis pnrpiirrt/s , 0.-¥. Millier, J'rifj/a hiruiidu, L., el Gadus œglefinus, L. , des mers du >ordv Far M. CH. MARTINTS. Le 30 juin 1839, la corvette la Recherche était en calme sur le Doger-Bank, dans la mer du Nord, par 53° 48' de latitude boréale, et 1° 2' de longitude orientale. La drague ramena un nombre prodigieux d'Oursins {Sjjtitangiis purpureus. M.). Je m'empressai de prendre leur température dès qu'ils furent hissés sur le pont du navire. J'employai pour cela un excellent thermo- mètre à mercure construit par M. Wall'erdin. 11 porte 170 divi- sions ayant 0"',n décartement ; son parcours total csl de — 1" k -|- o3" centigrades. Le point de glace fondante correspond à la Irentiènic division, et la valeur moyenne de chacune d'elles est 188 t. MARTIKS. — SLR LA TEMl'IÎRATCRE de O^^Si centigrade. On peut par conséquent apprécier facile- ment avec la loupe 0°,04 de degré. En outre, l'instrument est très sensible et prend rapidement la température de l'animal dans lequel il est plongé. J'enfonçais profondément le thermomètre dans la bouche des Oursins, et le laisisais jusqu'à ce que le mer- cure restât stationnaire. Voici les résultats que j'ai obtenus sur quarante-huit d'entre eux : Température de 68 Oursins {SpaUinyt'ii jjurjmreits, M.). 1. 10,12, "2. 9,46] 3. 9,90 1 4. I0,3li 10,78] o. fi 10.34/ / . in,i.()^ 8. 10,15 ; ICifif il. 10. 1 1,33 i 10,78^ 11. 12. 10,12, 13. I0,4(i, 14, 10,78 i 11,00/ \'o. Ifi. M , i i ,' ii,oo\ 17. 18. 11,14 19. 10.78 , 20. n,44i 21. 1 1,66' 22 II.04I 11,62 ' 23. iMoy. 10»,! 6. .Muv. 10", 60, I l°,02. Muy. Il ",37. 11,66 25. 12,32\ 26. 11,92 ) 27. 28. 13,09 r.^, .Mov. 12,101 ■ 12,10' 12°, 4 2 29. 30. 31. 12,98 ' 12,54 32. 13,42 1 33. 3',. 13,42f,, 13,71 1 ' 13°, 18 35. 12,76 ] 36. 13,20/ 37. 15,29. 38. 14,37 i 39. 10. 14,74',, 13,42('"'i- 14M8 il. 15,40l 13,64^ 12. 43. 14,11 44. 13,61 i I3,96f,, I5.1,S,-^'^^^- 14,96 ' 45, 16. li°,39 47. 48. 15,10 l'n simple coupd'œil jeté sur ces chiffres fait voir que la tem- pérature de ces animaux a été conslammciil m rrois.^nnt. La loi devient évidente si l'on prend, comme je l'ai l'ail, les moyennes de DES ODIiSINS niiS 5I|:RS 1)1 NOIil). 18'.) six en six, parce que loulcs les anomalios individuelles et celles qui tiennerit à des circonstances l'orliiites se trouvent ainsi élimi- nées. Cet échaulTement graduel s'explique très bien , si l'on a égard à la température des milieux dans lesquels ces animaux ont été successivement placés. Je voulus faire une sonde thermomé- trique pour connaître la température du fond ; mais le vent se leva et la corvette reprit sa marche. Heureusement , des expériences sous-marines faites l'année précédente, avec M. Bravais, à la même époque et sur le même banc, me permettent d'estimer cette température avec une exactitude suflisaiile : ces expériences nous avaient appris que les températures du fond, par Mo et 58 mè- tres , étaient de 5°, 95 et i°,80, la température de la surface étant 10%G et 10",7. Les deux premiers nombres avaient été obtenus au moyen de plusieurs thermomètres à »((«(>«« de M. Walferdin (1), garantis de la pression par un tube de cristal ; les deux derniers à l'aide de thermomètre plongeur ['2). Or, le 20 juin 1839, la température de la mer à sa surface était de 12", 23. Les Oursins reposaient sur un fond de vase à 38 mètres de profondeur. La température du fond devait donc être de 8%C environ. La chaleur moyenne des six ])re- micrs Oursins que j'ai expérimentés était de 10%16, et supérieure par conséquent de 1°,55 à celle de la couche d'eau dans laquelle ils (Haient plongés. Si l'on rélléchit maintenant qu'avant d'arriver sur le pont les Spatangucs ont traversé des couches de liquide de plus en plus chaudes, et que la température de l'air était de 1G°,1 à l'ombre, on m'accordera qu'ils ont dû s'échaufler dans le trajet qu'ils ont fait du fond de la mer sur le pont du navire. On sera d'au- lanl |)lus porté à me faire cette concession, que la rapidité avec laquelle ces animaux se mettent on équilibre de température avec les milieux ambiants ressort de la manière la plus évidente du ta- bleau précédent. En effet, les expériences ont duré une demi-heure en tout, et ce temps a suffi pour ([ue la température moyenne des Oursins s'élevât de 10", 10 à 1/)°,59, c'est-à-dire de /|°,/|3 ; chan- (1) Voyez Pouillel, Trailé île physique, 3* édit., t II, p. fiOS. (2) Voijaije m ScaïuUiiax-ie île la Cominissiuii du Xuril (Météorologie), t I, p t j. 190 C. MAUTIIMS. — SUR LA TEMPÉRATURE DES OURSINS. gement très notable, si l'on considère que l'air est un milieu moins dense que l'eau, et que sa température n'était supérieure à celle de la mer à sa surface que de ô°,87 seulement. Toutes ces considé- rations me permettent, je crois, de conclure que non seulement ces Échinodermcs ont une chaleur fort peu différente de celle de l'eau dans laquelle ils sont plongés, mais encore qu'ils prennent très rapidement la température des milieux qui les entourent. Une heure avant que les Oursins fussent péchés, un Grondin gris {Trigla hirii»(lo, L.) avait mordu à la ligne qui était à la traîne derrière le navire. A cet instant, la température de la mer à la surface était de 12'', 1. Le même thermomètre qui m'a servi pour ces Oursins, enfoncé tout entier dans l'anus du poisson, marqua invariablement r2',7o, température supérieure de O^OS seulement à celle de l'eau dans laquelle il se mouvait. Le 20 juillet 1838. j'eus une occasion encore plus favorable de vérifier coml)ien la température des poissons diffère peu de celle de la nier. La corvette était encalmée sur les côtes du Spitzberg par le travers de Bcllsound , et par latitude 77' 21' N. , et longitude 9° 15' E. Je venais de faire une sonde pour déter- miner la température sous-marine, et j'avais trouvé 1°,8 par 100 mètres de profondeur, et 5°,0 h. la surface; la température de l'air était de i",9. Une Morue [Gorlus œ;)lepiius, L.), de 0"',67 de long, sur ()"',37 de circonférence deri'ière les branchies et pesant 3 kilogrammes , fut prise avec une ligne de fond qui avait 47 mètres de longueur. A cette profondeur, la température de l'eau devait être nécessairement de 3°, .50; celle de la Morue (le ther- momètre étant plongé dans l'anus jusqu'à l'affleurement de la co- lonne mercurielle) ne dépassait pas 3°, 15. Llles ne différaient donc l'une de l'autre que de 0°,35. Cette observation me paraît assez curieuse en ce qu'elle montre que ces animaux peuvent avoir une température très basse sans perdre en rien de leur vivacité ; car cette Morue se débattait avec la plus grande violence. Dans ses branchies, la température était plus élevée que dans le ventre; le thermomètre y oscillait entre 3%39 et Z|",48. Mais ces nombres sont moins dignes de confiance que le premier, parce que l'afflux saccadé du sang veineux , l'engorgement du réseau capillaire des I.RRERT lîT ROBIN. — TESTICULES DES l'ATELLES. 191 branchies , suite de leur adiiéreiice (1) , et le mouvement inter- mittent des opercules , faisaient varier la température à chaque instant. En résumé, on peut, je crois, conclure de ces expériences que les Oursins et les J'oissons des mers du Nord ont une température peu différente de celle du liquide dans laquelle ils sont plongés , et qu'elle change assez rapidement quand l'animal traverse des couches de température différente , ce qui justifie au plus haut degré la dénomination d'animaux à température variable, qui doit remplacer celle moins exacte d'animaux à sang froid. NOTE SUR LES TKSTIClltES ET LES SPERMATOZOÏnES Pl-S PATELLES, Far MM. I.EBEB.T et ROBIN. (Présentée ii l'Académie des Sciences le \" décembre I 84 5.) Les Patelles, comme on le sait, ont été considérées pemJanl longtemps comme étant des animaux licrniaplirodites, ou plutôt comme pouvant se reproduire sans le concours d'organes mSles, et M. de Blainville, se fon- dant sur celle considéralion, a désigné sous le nom de (îustérupudes uni- sexués la division dont ces .Mollusques font partie. !M. Milne Kdwards con- stata il y a quelques années l'existence de Patelles mâles aussi bien que d'individus femelles (2) ; mais jusqu'ici on n'a donné aucune description anatomique de ces animaux, et nous avons profité de notre séjour sur les côtes de la Manche, au printemps dernier, pour remjjlir celte petite lacune. Le testicule des Patelles est situé sur le côté gauche du tur|)s, entre la masse du foie et des intestins en dedans, l'enveloppe du corps en dehors. Il se détache facilement de cette dernière, difficilement de la première; il se recourbe un peu derrière la masse viscérale, i\ la partie postérieure (lu corps, et se présente sous forme d"une masse aplatie latéralement, (•paisse de '2 à 3 millimètres , longue de 2 centimètres et demi. Terminé l'ii arrière par une extrémité ovale, il montre une légère écliancrure à son extrémité postérieure, qui se termine près de la niasse pharyngienne. .Son bord inférieur s'interpose entre la masse des viscères et la langue , qu'il sépare ainsi des organes précédents. Le bord supérieur se trouve vers le milieu de la face latérale du corps. La couleur du testicule est d'un jaune pâle légèrement ro.sé; il est con- (1) Voy. les expériences sur le mécanisme de la respiration des Poissons par M. Flonrens, dans ses Mémuiivs d'anatomie et île pliiisiolngif rniiipanv, p. Si (2) Voyez An», t/.'.^ Sr. »..(., ->- série, I. XIIL ][)•! I.EnKRT I.T nORIX. — • TKSTrCHF.ES DES rVTEI.LKS. siiliiù par ilijs lulics il'iMi ciiiquic-nie de millimètiR de dianièlre, repliés un pfiaïul iionibrc de fois sur eux- mêmes. Les iiilorsliccs des replis sont pleins d'une sul)slance granuleuse , de couleur plus foncée (|ue celle des tubes. .\ la coupe de cet organe, il s'en écoule en assez grande quantité un liquide légèrement visqueux, blanchâtre, lactescent, d'un aspect particu- lier, très ;inalogue à celui du sperme des animaux supérieurs. Ce liquide, examiné au microscope, se montre formé de spermalnx.oîdes très nom- breux qui sont formés de deux parties : l'une, plus large et jilus courte, d'un aspect foncé, a en moyenne 5 millièmes de millimèlre de long, et 2 millièmes de large; l'autre partie, beaucoup moins ^isiblc, très pâle, constitue une sorte de queue, en forme de fil très mince, ayant à peine un millième de millimèlre de largeur, et 7 on S de longueur. Celle queue forme, avec le corps, tantôt une ligne droite, lanl()( un angle oblus. Les mouvements des spermatozoïdes sont .assez vifs lorsque le sperme esl frais; ils consistent eu inclinaisons de la queue sur les côtés. L'ovaire des Patelles est aussi situé sur le côté gauche du corps; mais il s'avance beaucoup plus que le testicule sous les viscères, et ne remonte pas si haut sur les côtés du corps ; sa face inférieure est en r.ipport avec la [larlie musculaire du pied. Il ne s'engage pas, comme le testicule, entre les viscères et la langue, et repousse celle-ci au côté droit du corps. Il a à peu près la même forme que le testicule chez les individus où il ne prend pas un volume plus considérable; mais, ainsi que le dit Cuvier, sa forme varie suivant (pie les ovules sont plus ou moins développés. Les ovules , étudiés ,'i la période de développement où nous les avons trouvés, ont un cinquième de millimèlre de diamètre. Le vitellns est d'nn blanc jaum'itre, formé de granules graisseux. On aperçoit dans le vitollus la vésicule germinative, qui n'est jamais située exactement ni au centre ni h la surface duvitellus; elle est finement gra- nuleuse , mais plus claire et plus Iranspareule que le vitellns. Au contact de l'eau, une membrane très iiuc, sans structure apparente, se sépare du vitellus, puis elle se rompt ; alors les granules vitellins s'écliappent, entraî- nant avec eux la vésicule germinative, (lu'il est facile d'en séparer. Cette vésicule germinative est ronde, formée d'une membrane iransp.arente.sans slruclure: elle est remplie d'un liquide incolore contenant des granules très lins, toujours agglomérés en plus grand nombre dans un point que dans Ii's autres : il n'y a pas encore de lâche germinative proprement dite. II nous a été impossible de trouver un canal excréleur, lanl pour le testicule que pour l'ovaire. A l'époque où nous disséquions ces animaux (fin d'avril) , près de la moitié d'entre eux manquaient d'ovaire et de testicule; il n'y avait aucun organe ;i la place qu'ils occupent habituelle- ment. Quant aux autres, nous trouvions trois individus nuinis de testi- cules sur huit ou riix munis d'ovaires. 193 DE IK COMPOSITION' ET DE LA STIiLCTURR DES ENVELOPPES DES TUNICIERS; Far MM. I.OW^IG et A. KOI.I.IKEa. Plus la science fait de progrès dans la connaissance desani* maux sans vertèbres et des plantes inférieures , plus aussi il paraîl difficile de trouver, entre les formes les plus simples des deux règnes, des marques distinctlves essentielles et générales, puisque presque tous les caractères qui ont été présentés pour leurs formes et leurs fonctions , ou pour leur composition , ont dû céder à une critique sévère, comme n'étant pas universels, et par conséquent comme inadmissibles. Un des meilleurs caractères distinctifs qui ont été proposés dans les temps modernes était que les membranes cellulaires des plantes étaient d'une composition exempte d'azote (gélatine, cellulose), tandis que celles des animaux consistaient dans une substance azotée (protéine , colle) , ou autrement , que la cellulose, qui fait la base de toutes les plantes, manque abso- lument dans le règne animal. Mais ce caractère même paraît de- voir disparaître après un examen rigoureux, puisque Schmidt (1") a prétendu, l'année dernière, avoir trouvé dans l'enveloppe du PhaUusia mamillaris une substance ternaire et identique à la cellulose (2). Certainement, il semble permis de douter d'un tel rapport; car il paraît impossible d'admettre que l'enveloppe du Plialusia, qui , à elle seule, forme plus des trois quarts du tout, soit composée de cellules avec une membrane sans azote , ce qui serait une exception d'une loi reconnue jusqu'ici universelle, d'autant plus frappante que la substance en question contient même une grande quantité de vaisseaux sanguins. Cependant les renseignements fournis par Schmidt ne sont (1) Zur vergleichenden Physiologie der wirbellosen Thimr. Braunschweig, 1843 (2) Schmidl fait aussi mention du Fmatalia salina ronime d'un animal cnii- lenanl de la cellulose; mais le Frustalin doit sans doute, comme tous les Diato- macées , être compté parmi les plantes : c esl aii-isi lopiuiDn presque unaniuju des botanistes modernes. 3'série. 7.00L T V. (Avril lSi6.) i 13 4'.)/l I.U^U'IO F.T KœiXlUEK. • — STKUCTURE ET COMTOSITION pas, de simples conjectures; ils se fondent sur des recherches chimiques qui paraissent avoir été faites avec beaucoup de soin , et ils ne peuvent donc être jugés que par le moyen des expériences. Quant à nous , nous l'avouons franchement , nous n'avons pu nous défendre de certains doutes; mais, nous gardant de tout juge- ment préventif, nous avons résolu d'examiner la question soulevée, avec tout le soin que réclame l'importance du sujet, afin de rendre un service à la science , sinon par la découverte de faits nouveaux, du moins par la confirmation des expériences de Schmidt. Les résultats de nos recherches sont les suivants : I. neclierclies cliimiqiics. 1. Dans tous les animaux de l'ordredesTunicicrs qui étaient à notre disposition , savoir : riKitliisia iniesliiuilis. Dkizona violaceu. — ■ monachua. Botrylhis potycychin. — getatinosa. — violaceiis. — mamillaris. Dîdenirtum candidum. — sulcata. Aplidiiim gibUtitosum. Cltn-ellina tepiidi forints. Pyrosuma yiganteum. l'yiithia papillala . Sulpa maxima. — canopus. — liifniiddtn : — pomtirid une partie très considérable du corps consiste en une substance absolument insoluble dans les acides et les alcalis. Elle con- stitue, dans les Ascidies simples, l'enveloppe extérieure cartila- gineuse {Clavellina, Phalluxia) ou coriace (C'yn^/i/fl) du corps ; dans les Ascidies composées, la base plus ou moins gélatineuse qui renferme les groupes d'individus; dans les Salpa , tout le tube extérieur . qui renferme les muscles , les intestins , les vais- seaux , etc. Il y a bien , dans les parties mentionnées , des parties solubles, doul nous parlerons plus tard ; mais les parties insolubles sont si prépondérantes que , même après en avoir séparé les parties so- lubles, les enveloppes de ces animaux conservent leur forme in- Diis E^vEI.Ol'^Iis uns HMCiiiiis. 195 tacte. Après avoir traité les Salpes, les Pyrosomes, les Ascidies entières, pendant quatre, cinq et six jours à la chaleur, avec une solution de soude des plus concentrées , nous les avons retrouvées sans aucun changement quant à la forme , si bien que tous les bords aigus, les protubérances, les pointes, etc., étaient aussi parfaitement conservés que dans un individu intact; mais quant à la couleur, la consistance et la diaphanéité, il s'opère des changements notables : ainsi les téguments de tous les animaux nommés, excepté l'enveloppe du Cynthia, deviennent de plus en plus transparents, jusqu'à ce qu'ils atteignent la transparence du verre , quand ils sont traités successivement avec de l'acide muria- tique et une solution de soude ; de petits morceaux carrés de l'en- veloppe du Pliallusia, par exemple, ressemblent, pendant cette manipulation , à. ])euprès auxdés d'albumine qu'on expose à une digestion artificielle , et deviennent d'abord transparents aux bords, puis perdent peu à peu complélement leur opacité, avec la seule différence qu'ils ne s'altèrent point du tout quant à leur forme, mais qu'ils conservent au contraire leurs arêtes les plus aiguës. Quant à la couleur, les nuances violettes et jaunes dispa- raissent chez les Diazona, BotryUus, Pliallusia, etc., et chez les Cynthia, la couleur jaune fait place à un blanc de craie; chez tous , la consistance se modifie un peu ; cependant cette modifica- tion n'est bien sensible que chez les Cynthia, dont l'enveloppe, roide et solide, devient tendre et flexible. 2. La partie insoluble de l'enveloppe des Tuniciers mentionnés, celle qui reste après une manipulation opérée avec de l'acide mu- riatiquc et une solution de soude, consiste dans une substance ab- solument exempte d'azote , ce dont nous nous sommes persuadés en chauffant avec un mélange de chaux et de natron (potasse) certaines quantités de cette partie insoluble tirée du Phallusia et du Cynthia, et en calcinant avec de l'hydrate de soude ces mêmes parties tirées des Pliallusia, Cynthia, Salpa, Pyrosoma , BotryUus et Diazona. Nous avertissons ici que, pour exécuter ces examens avec succès , il est absolument nécessaire d'extraire avec de la soude, aussi complètement f|ue possible, les parties que l'on veut examiner ; si l'on néglige cette précaution , il restera des 19G I.OÎWIC ET KIKLLIHER. STBLCTIIHK KT COMPOSITION parties chargées d'azote , qui induiront dans plus d'une erreur. Faute de matériaux , nous avons dû nous contenter de deux ana- lyses éiénnentaires pour le Cynthia et le Phallusia; les résultats en ont été les suivants : a. 03' ,391 de la substance sèche el exempte d'azote, tirée de teiiveloppe du Phallusia mamillaris , ont donné , sur 1 00 parties : Carbone 43,40 Hydrogène 5,68 Oxygène Si. 32. i. OS' ,130 de la substance sèche el exemple d'azote, tirée de l'enveloppe du Cynthia pupillala, ont rendu, sur 100 parties: Carbone. ...... 43,20 Hydrogène 6,16 Oxygène 50,6 i. i\es chiffres correspondent, non seulement à ceux de Schmidt, qui , dans 100 parties de l'enveloppe de Phallusia , privée aupa- ravant de toute matière inorganique, a obtenu : Carbone 45,38 Hydrogène 6,47 ; mais aussi aux valeurs trouvées pour la cellulose des plantes. Ainsi donc, puisque la cellulose est aussi presque insoluble dans une solution de soude , nous n'hésitons pas à prétendre que dans \cs Phallusia et Cynlhia, et probablement aussi dans tout l'ordre des Tuniciers , une partie considérable du corps animal est formée par la cellulose. Après être parvenus au point de pouvoir confirmer l'observa- tion de Schmidt, et l'étendre sur tout un ordre d'animaux , ce ne fut pas sans un vif intérêt que nous procédâmes à l'examen d'autres animaux pour trouver, si cela était possible, de nouvelles preuves de l'existence intéressante de la cellulose dans le règne animal , mais nous nous vîmes trompés dans nos espérances , car ce fut en vain que nous cherchâmes, même dans les parties ligneuses , cartilagineuses, gélatincu.ses, des polypes, méduses, mollus- Di;s liNVEI.OI'I'KS DKS TUMCIEBS. I'.l7 ques, etc., une substance insoluble dans une solution de soude, et qui, chauffée avec de l'hydrate de soude, ne développât aucun azote. Un seul animai fait exception, c'est le DoHolum mediler- raneum Otto, animal énigmatique pour les naturalistes, que la plupart mettent au nombre des Béroïdes, et quelques uns au nombre des Salpes, Quoique ne pouvant donner sur l'organisation de cet animal des détails plus précis que nos prédécesseurs, nous croyons cependant devoir l'envisager , d'après sa composition chimique, comme ressemblant plutôt aux Salpes; du moins il présente, dans une solution de soude des plus concentrées, abso- lument les mêmes caractères que les Tuniciers, et même, après plusieurs jours, il paraît aussi intact quant à sa structure que quant à sa forme. Le manque de matériaux nous empêche malheureusement d'examiner si l'enveloppe de cet animal est exempte d'azote ; c'est pourquoi nous ne nous exprimons pas sur la place qu'il doit oc- cuper dans la série des animaux d'une manière aussi positive que nous serions peut-être en droit de le faire. Quant aux autres animaux dans lesquels nous avons cherché inutilement de la cel- lulose , nous indiquerons brièvement kurs noms et les caractères qu'ils présentent dans une solution de soude , afin de faciliter la voie aux observateurs qui dorénavant entreprendront un examen analogue. Ce sont : EPONGES. POLTPES. Akyonium domuncula j se dissout très vite dans uiio soiulion de soufie. Axe du Gorgonia verrucosa. — ■ — viminea . — Antipathes ncoparia. — Pentuitiila griseit. — — phosphorea . Polypier de VAIcyonidium palmalum — du Pennaria Covoliiti. se dissolvent facilcmeni. 11)8 LtEWK KT HtELLIKIiK. — SÏKUCTUliE ET COMPOSITION MÉDUSES. llliizoslomaAIdrovamU {loM l'animal). ''. Pelayia noctiluca. . . (id.) • ■ ' ,^ dissolveiU facilement. Beroe Forskhalii. . . (id.) . l Diphyes ? . . . . (idj . . ; j' résiste longtemps, mais se dissout ) enfin; chauffé avec de l'hydrate de Cartilage du \'elcUa limbosa. ... -, , -, . j- j i- ° ) soude, il s en dégage de lammo- \ niaque. liADlAIIlES. ( se dissolvent facilement , après avoir Pcauetaxeder,ls(/ic™caii(/i(ûni)io/«ci'«s l ■..<■. . ■ ia- „ .„„ a, été fortement manipules avec de l'eau de V nolollnuiii lubulos». . . I .... V 1 acide. VERS. ,Ucans lombricoides I se dissolvent facilement. MtrkcHn ujinulnla ) MOLLUSQUES. Ikirinaria Mediterranea (tout l'animal). N Pterotrachea coronata. . (id ) . . \ se dissolvent facilement. Dans nrgo (id.) . j CijmbuUa Peronii ( la coquille). . . résiste longtemps. ANIMAUX AnTICULÉS. SiliiiiicHius verrucosus A se dissolvent facilement , et ne son! S«M/ri niiisp/ra (animal et enveloppe). I donc pas composés en partie de Xeplithijs Homber(ji l chitine, comme les autres Arti- flvnnioiie hystrix. . . . . . J culés. l La peau ne se dissout pas ; elle est Scoluiii-iidra moritiUiiis , azotée, et par conséquent composée ' probablement de chitine. POISSONS. Amiihioxiis hiiiceulaliis se dissout facilement. II, Recherches microscopiques. L'existence de la cellulose dans les Tuniciers une fois pi-ouvéc. il nous restait à reciierciicr les éléments des parties qu'elle con- stitue. Pour cela, nous avons examiné avec le microscope les enve- loppes des animaux inentioiniés, avant et après leur manipulation niiS li.WKI.Ol'l'liS DLS TUiNICllinS. 1'.)'.) avec de l'acide niuriatique el de la soude ; et par la ciMiii)araisuii des éléments qui se trouvaient dans l'un el l'autre cas, nous avons été à même de pouvoii' décider quelles parties étaient com- posées d'une substance azotée, et quelles autres d'une substance exempte de ce corps. Voici les résultats que nous avons obtenus par cette opération, 1. Autant que nous avons pu le distinguer au\ échantillons conservés dans l'esprit de vin , l'enveloppe cartilagineuse du Phallusia 7namillaris est composée de trois couches de dilTérentcs épaisseurs. La couche intérietire (1), simplement l'ormée de cel- lules d'épitélium, polygonales, pourvues de nucléus, et mesurant 0,005'", couvre toute la superficie intérieure de l'enveloppe car- tilagineuse, et se joint aux deux ouvLMtures de cette enveloppe, el là, où celle-ci reçoit ses vaisseaux, à un autre épitélium, couvrant le sac membraneux qui contient les viscères. La seconde cou- che (2), considérablement plus épaisse, est composée d'une sub- stance homogène contenant des cristaux el des nucléus. Ces pre- miers ne se trouvent pas partout, cl manquent |)eut-ètre absolu- ment dans les animaux Irais; là où ils se présentent, ilssontdéjà visibles à l'œil nu, el ressemblent à des stries blanches; vus au moyen d'une lentille grossissant moyennement, ce sont des cris- taux réunis en forme d'étoile, ou des concrétions terminées irré- gulièrement et de formes dilïérentes. Les imcléiis se trouvent par- tout en assez grand nombre , et sous des formes différentes ; ceux situés le plus à l'intérieur sont ronds, de 0,0015'" — 0,002"', avec un ou deux granules opaques, ressemblant à des grains adi- peux ; les nucléus extérieurs sont plus grands, ronds ou pourvus de prolongements plus ou moins longs, contenant une substance claire ou grenue, et ordinairement quelques granules opaques. Enfin la troisième couche ^3) forme la masse principale de l'enveloppe du Phallusia mamillaris. Celle-ci est le siège de ces artères si nombreuses et si fortes (4) qui viennent imnwdiatcmcnt du cœur, le traversent dans tous les sens , se ramifiant à peu près en forme do pinceau, pénètrent presque jusqu'à la super- (I) Fi;;. 1, — ,. (;») Fif;. I, — :;. (2)Fig. 1, — s. (l)Fig. I, <',ng. 2, c. 200 LŒWIG ET HtELLIKER. • — STRUCTUKlî ET COMPOSITION' ficie extérieure, et alors paraissent passer dans d'autres vaisseaux qui les accompagnent dans leur cours. Les éléments qui forment celte couche sont des cellules grandes et élégantes, puis une sub- stance claire, homogène, qui est la continuation immédiate de la substance principale de la couche intermédiaire ; outre cela , on trouve à certaines places des cristaux , des nucléus et des cellules pigmentées. Les grandes cellules (1), que déjà R.Wagner a vues, et, comme il n'en avait pas fait d'analyse, a déclaré être des cel- lules cartilagineuses, sont d'une nature toute particulière, et ne res- semblent à aucune autre cellule animale connue jusqu'ici, excepté peut-être à celles de la corde dorsale de quelques animaux. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces cellules, c'est leur grandeur, qui varie de 0,008"'-0,05"', et dont la moyenne est de 0,02"'- 0,03'". Elles se distinguent moins par leur forme, qui peut être sphérique, pyriforme, elliptique même, que par leur contenu dia- phane et absolument sans granules ni nucléus et par leurs mem- branes cellulaires délicates, unies et partout d'une égale épaisseur. ]>a disposition de ces cellules est telle que les plus petites se trou- vent dans la substance fondamentale , homogène et commune aux couches moyennes et extérieures , tout-à-fait dispersées , sans limite précise ; puis suivent des cellules toujours plus grandes et plus rapprochées les unes des autres, jusqu'à ce qu'elles nous pré- sentent l'image d'un tissu cellulaire régulier avec fort peu de sub- stance intermédiaire. Cette couche reste ainsi jusqu'à la partie ex- térieure de l'enveloppe, excepté seulement que les cellules se rappe- tissent de nouveau peu à peu et qu'il paraît de même un peu plus de substance intermédiaire à la partie la plus extérieure. Les cris- taux et les cellules pigmentées dont nous avons déjà fait men- tion ne se trouvent que dans les parties extérieures de cette troi- sième couche ; les premiers (2), de forme aciculaire, mesurant au plus 0,0015'" en longueur, remplissent en masses compactes l'in- tervalle intercellulaire de la superficie ; les dernières (3) . jaunes et remplies de granules assez gros , entourent particulièrement les dernières ramifications des vaisseaux. Les nucléi enfin (4) sont (I) Fig. ), a; fig. 2, 6; fig. 3. i>. (3) Fig. I, b; fig. 2, A (i) Fig. «, d, fig. 2, ci. ;s) Fig. 2, 3, r,c, d.rf. DES ENVELOPPES DES TLMCIEHS. 201 de même nature que les gros nucléi de la couche intermédiaire , et se trouvent partout en assez grande quantité entre les grandes cellules. En conséquence de la manipulation chimique, la composition de l'enveloppe du Phallusia mamillaris se modifie de la manière suivante fi) : o), au moyen de l'acide muriatique, les cristaux de la seconde couche et de la couche extérieure se dissolvent en peu de temps ; 6), au n.oyen de la solution de soude disparaissent les cellules d'épithélium, les nucléi, les cellules pigmentées et les vais- seaux. Ne se dissolvent pas et ne souffrent aucune modification , la substance fondamentale homogène des couches intermédiaires et extérieures (2) et les grandes cellules (3). Quant au temps après lequel on peut remarquer ces résultats, nous ferons observer qu'il varie beaucoup suivant les circon- stances, par exemple suivant que la solution de soude est con- centrée ou faible , appliquée chaude ou froide , sur un morceau épais ou mince de la substance à étudier. Sur un segment conve- nable pour une observation microscopique , les parties nommées disparaissent déjà après une coction de 10-15'", dans une solution de soude médiocrement concentrée, tandis que, pour atteindre le même résultat avec des enveloppes entières ou des morceaux d'en- veloppe assez considérables, il faut une manipulation d'un, deux et [)lusieurs jours, avec une solution concentrée à la chaleur. Nous concluons des résultats communiqués que. dans le Phallusia ma- millaris seulement, la substance fondamentale et les grandes cellules sont formées de cellulose : que les autres parties , au con- traire, nucléi, cellules d'épithélium, cellules pigmentées, vais- seaux, sont composés d'une substance fortement azotée, à laquelle probablement est aussi mêlée une légère quantité de graisse. 2. Le Phallusia monachus (/i' ressemble sous plusieurs lap- ports au P/in/Zi/i'/rt ma7nillaris. L'épithélium intérieur de l'enve- loppe manque, il est vrai, dans les échantillons conservés dans l'esprit de vin , mais nous y trouvons une couche intérieure lio- ())Fig. i. (3) Fig. i. /.. (2) Fig i, n. \i) Fij: y. 6, 7. 9.02 LŒWICi ET KIELLIHER. ^ STRUCTURE ET COMPOSITION mogène , avec des nucléi , et une couche semblable extérieure , beaucoup plus épaisse, avec de grandes cellules, des vaisseaux, des cellules pigmentées, des cristaux et des nucléi , comme dans le l'hallusia mamillaris. Quoi qu'il en soit, les éléments montrent souvent des caractères dislinctifs qui méritent d'être mentionnés spécialement. Les grandes cellules (1) ne mesurent que 0,01'"- 0,02"', et ne se trouvent serrées les unes contre les autres qu'à U superficie extérieure ; partout ailleurs elles sont séparées les unes des autres par une substance intermédiaire abondante (2) , et possèdent des membranes extrêmement délicates, de sorte qu'il n'est pas toujours facile de les reconnaître, surtout là où elles sont très éparses. Les nucléi (6) de la substance homogène sont rares, et, presque sans exception , allongés en forme de fu- seau , ou même ramifiés. A la superficie extérieure de l'enve- loppe, ils sont mêlés d'un très grand nombre de petites cellules pigmentées jaunes, de granules pigmentés, et aussi de cristaux aciculaires et de concrétions cristallines très petites (4) , qui , dans ce cas aussi , sont prépondérants là où les vaisseaux se ter- minent en plus grand nombre. Nous avons trouvé dans un échantillon du même Pliallusia une anomalie assez intéressante de cette composition normale. Sur cet échantillon on ne pouvait reconnaître distinctement des cellules qu'à la superficie extérieure et aux parties voisines; mais à l'intérieur nous n'en pûmes d'abord apercevoir aucune , malgré tous nos soins. Cependant , en examinant les objets avec une extrême attention, il se présentait çà et là, dans la masse homogène et pâle qui constitue la partie intérieure de l'enveloppe , des places ou lacunes jilus ou moins régulières , claires , cjui ne se dessinaient presque jamais tout alentour , mais ordinairement seulement d'un côté ou d'un autre, jiar un contour semi-lunaire, extrêmement délicat, et qu'on ne pouvait distin- guer qu'avec beaucoup de peine. A ([uelques endroits nous avons distingué ces lacunes avec plus do netteté (5), surtout là ou (1) Fig. 5, 6, h. (4) Fig. 6, d. (2) Fig. 5, 6, ». (:;) Fig. 7, h. (31 Fig. S, 6, c. DUS ^i^VEL01•l'ES DES TUMCIERS. 20j de petits granules jaunâtres étaient déposés à leur circonférence, ce qui se rencontrait quelquefois. Or, ces lacunes ne sont autre cliose que des restes de cellules , semblables à celle de la couche extérieure, des cellules dont la membrane s'est plus ou moins dissoute, ou s'est perdue par une fusion plus ou moins complète dans la substance intermédiaire homogène ; cela ressort évidem- ment de ce que, à mesure qu'on s'éloigne du centre de l'enve- loppe de ce Phallusia, en s'approchant de l'extérieur, les rudi- ments de cellules deviennent plus nets , et font enfin place à des cellules distinctes, Traitée avec de l'acide muriatique et de la soude , l'enveloppe du Phallusia monachus donne les mêmes résultats que celle du Phallusia mamillaris , c'est-à-dire que les nucléi, les cellules pigmentées, les cristaux et les vaisseaux disparaissent, mais la substance fondamentale claire et les grandes cellules diaphanes restent sans se dissoudre et intactes. 3. La mince enveloppe du Phallusia sulcata est pourvue au côté intérieur d'un épithélium formé par une couche simple de petites cellules, contenant des nucléi. Tout le reste est composé : a), d'une substance homogène (1) avec quelques nucléi (2) à peu près ronds, des cristaux aciculair.es (3) situés dans les parties extérieures , et des vaisseaux ; b), de cellules rondes et elliptiques (4) , sans nucléus, munies de parois délicates, et mesurant en diamètre de 0,01"'-0, 15'". L'observation chimique, qui ne consistait que dans une simple coction de fins segments avec de la soude et de l'acide muriatique, donna pour résultat l'insolubilité de la substance fondamentale et des grandes cellules incolores, h. Enfin nous avons encore étudié le Phallusia gelatinosa, que nous avons tiouvé d'une foi'mation toute particulière. Dans un premier échantillon (5), la substance tendre, gélatineuse, de l'en- veloppe ne possédait dans toute son épaisseur aucune trace de cellules, mais sa masse principale était composée do la même (I) l'"ig. 10, a. (i) Fig. 10, b. (2)Fig. 10, c. (oirig. 8 {:i) Fig. 10, d. 201 LŒWIG Kt HŒLUKER. — STRUCTURE ET COMPOSITION substance homogène que nous avons décrite en parlant des a.\i- [res Phalbisia. Dans un autre individu, nous avons découvert quelques restes de cellules extrêmement rares et peu distinctes. De plus, nous avons trouvé dans la substance homogène des deux échantillons , comme dans les autres espèces , des vais- seaux, des nucléi (1), pour la plupart ronds et de 0,002'"; dans l'échantillon sans cellules, il y avait aussi dans les parties extérieures une très grande quantité de cristaux aciculaires (2) et de granules jaunes, ressemblant souvent à des nucléi avec de grands nucléoles colorés. Lors de la manipulation de petites par- ticules avec de l'acide muriatique et de la soude , la substance homogène resta insoluble et parfaitement intacte , et tout le reste disparut. 5. La composition de l'enveloppe du Clavellina lepadifor- niis (3) correspond, sous plus d'un rapport, à celle des es- pèces mentionnées de Phallusia, en remarquant cependant que, dans le même individu, certaines parties ressemblent plutôt à. une espèce , et d'autres parties à une autre espèce , et que l'en- veloppe manque absolument de vaisseaux sanguins. La tige de la Clavelline (h), qui contient notamment un prolongement des parties molles du corps, oiTre, aussi bien que les excroissances ([u'on y trouve, une composition que des segments transversaux faits dans toutes leurs parties , présentent comme un tissu élé- gant de cellules rondes ou allongées, sans nucléus, mesurant O,0r"-0,0H"' en diamètre, presque sans substance intermé- diaire , et placés très près les uns des autres. Quand , en suivant la tige, on approche de l'extrémité supérieure, on est surpris de voir, seulement alors, les cellules se séparer de plus en plus, disparaître même peu à peu , comme cela arrive chez quelques espèces de Phallusia, et faire place aune substance intermé- diaire homogène , et pourvue d'une quantité de nucléi. Enfin , l'on trouve dans la plus grande portion du devant de l'enveloppe une structure assez particulière. A l'extérieur (5), on aperçoit (t)Fig. 8,9, h. (4)Fig 12. (2) Fig. 8,c. (5)Fig. 11,-5. (:i)Fig. Il, 13, 13. DES E^VELOITES Dns TlMCIEnS. 20") une couche serrée, mais peu épaisse, de cellules infiniment dé- licates , et souvent difficiles à reconnaître , et entre les cellules qui mesurent jusqu'à 0,02'", et s'étendent jusqu'à la superficie, des cristaux de carbonate de chaux (1) et des nucléi épars (2) mesurant jusqu'à 0,002'", avec de gros granules adipeux ronds. Puis, se dirigeant de l'extérieur à l'intérieur, vient une lame encore plus mince (3), composée d'une substance homogène transparente , incolore , avec des granules infiniment petits, pâles. En troisième lieu, on remarque une couche de grains ronds (i), ou des vésicules , dont nous n'avons pu reconnaître la nature d'une manière très certaine dans les échantillons conservés dans l'esprit de vin. Ces grains sont sphériques, à superficie lisse ou granulée, mesurent 0,0005'", 0,004"', et même 0,005"'; les plus gros déposés au milieu , les plus petits à l'extérieur : ils pa- raissent opaques, et ressemblent à des granules d'amidon ou à des granules adipeux. Par une solution d'iode, ils sont devenus jaunâtres , sans présenter aucune trace de bleu; c'est pourquoi, sans vouloir toutefois nous prononcer là-dessus , nous serions portés à les prendre pour des grains adipeux. Après ces grains vient une lame épaisse (5) d'une substance homogène, diaphane, avec quelques petits nucléi sphériques assez rares , et qui contient d'autant plus de légers granules incolores qu'on approche davantage de l'intérienr; enfin, tout à l'intérieur se trouve une substance complètement diaphane (6), partout égale et peu épaisse, avec des nucléi sphériques granulés, et plus grands que 0,003'". Après avoir traité l'enveloppe du Clavellijm avec de la soude et de l'acide muriatique, les cristaux, les nucléi et les grains adipeux en disparaissent aussi; au contraire, les grandes cellules et la substance homogène , avec ses granulations dispersées . restent parfaitement intactes, ce qui prouve l'identité de la com- position chimique du Phallusia et du Clavellina. flJFig. U,d. (i) Fig. 1 1 , — r.. (2) Fig. 13, e. (o) Fig. 1 1 , — -2. (3) Fig, 11. — 4. (6) Fig, 4 1,— .. 20G LŒWIft HT KŒLLIKER. STUUCILUE ET COMPOSITION 6. Le Salpa maxima (1) ne contient, dans toute son enveloppe gélatineuse, aucune trace de cellules semblables à celles du Phallusia et du Clavellina. Elle est plutôt composée dans toute son épaisseur d'une substance homogène, claire, diaphane (2). A l'intérieur, on ne trouve pas d'éléments particuliers déposés dans cette substance, mais bien dans les couihes intermédiaires et extérieures. Dans les premières , on trouve une quantité de très petits granules; dans les autres, de petits nucléi ronds (3), des cellules à noyaux (Z|) et des concrétions cristallines de forme sphé- rique ou étoilée. Ces dernières sont très régulières (5) et formées de 3-7 rayons droits, partant d'un centre ou quelquefois d'une concrétion sphérique ; ils sont composés d'une série , simple ou multiple, de granules plus ou moins gros , dont le nombre, en s' approchant de l'extérieur, augmente ou diminue , mais qui de- viennent toujours plus petits. La nature de ces concrétions est difficile à préciser. Elles ne se dissolvent pas dans l'acide muria- tique, et ne sont donc pas composées de carbonate ou de phos- phate de chaux ; leur manipulation avec du muriate de baryte a aussi prouvé qu'elles ne contenaient aucun sulfate de chaux. Ce sont probablement des concrétions d'acids silicique. Quant aux autres éléments , les grains et les nucléi se dissolvent par une cnction dans une solution de soude; mais la masse homogène, qui donne à l'enveloppe sa forme . reste sans changement. 7. Le Salpa hkaiidala, Q. cl G. (G) (qu'on trouve assez facile- ment à Naples et à Messine) ressemble essentiellement , quant à la nature de sa composition, om Salpa maxima. puisque la masse fondamentale de l'enveloppe gélatineuse est composée d'une sub- stance homogène ; il en diffère cependant par les éléments con- tenus dans cette substance, et par une simple couche de cellules d'épithélium (7) qui la recouvre à l'intérieur. Quant aux premiers, on trouve dans la couche intérieure de la substance homogène, des (l)Fig. 34. (S) Fig. 32. (2) Fig. 34, .1. (6) Fig. 25. (3) Fig. 34, h. (T) Fig. 2:i, a. (4) Fig. 3i, c. DES ENVELOPPIîS DES TUMCIERS. 207 vésicules granulées (1) de 0,003"'-0,00Zi"' de diamètre, (|ui tantôt ont l'aspect de noyaux, tantôt celui de cellules; puis, dans la partie du milieu, çà et là des nucléi ronds ou fusiformes (2), et enfin, dans la couche extérieure, de petits cristaux, des nucléi ronds et des concrétions particulières , semblables à celles du Salpamaxima. Pour ces dernières, elles sont, les unes petites (3), élégamment ramifiées et disposées horizontalement ; les autres (i), plus grandes , ramifiées en forme de pinceaux , et paraissant à l'œil nu comme des touffes blanches; ces dernières commencent à la surface , descendent de là verticalem.ent à l'intérieur, et for- ment enfin une touffe de fins rayons ramifiés. Grossies 350 fois, res deux espèces de concrétions paraissent composées de gra- nules opaques de grandeur différente. La composition chimique de l'enveloppe de ce Salpa est abso- lument la même que celle de l'autre espèce, c'est-à-dire qu'a- l"/rès la manipulation avec de la soude et de l'acide muriatique , il ne reste que la substance fondamentale homogène et les con- crétions ramifiées. 8. Dans le Pyrosoma giganleiint , l'enveloppe commune des individus est aussi formée d'une substance homogène et sans structure, qui résiste tout-à-fait à l'influence de la soude. Son in- térieur possède çà et là des nucléi ronds et quelques cellules ramifiées semblables à celles du tissu cellulaire lâche des embryons des Mammifères , par exemple à celle de la gélatine de Whar- ton. Ces deux éléments disparaissent tout-à-fait par la manipula- lion avec de la soude, tandis que la substance homogène reste intacte. 9. Le Diazonaviolacea , Sav. (5), qu'on trouve aussi à Naples, quoique assez rarement , possède , dans la masse gélatineuse de l'enveloppe commune à tous les individus, une substance dia- phane et sans structure, totalement dépourvue de cellules (6). On trouve , dispersi''s dans cette substance , de nombreux prolon- (1)Fig. 2a, c. (4) Fig. 23, /•. (2) Fig. 25, d (5) Fig. 47. (3) Fig. 30, :!l, (6) Fig 47, a. ^08 LŒWIC; ICI KaCI.I.IKER. — STRlCTURi; liT coiiPosmoN gements de l'enveloppe charnue des individus (1 1, qui se rami- fient et Unissent ou simplement en cul-de-sac (2), ou par un gonflement ( germe) (3). Savigny fait déjà mention de ces rami- fications ( Mém. sur les animaux, sans vert. , sec. part. , fasc. , p. 36) ; mais c'est à tort qu'il les déclare être des vaisseaux. De plus, on trouve dans les couches extérieures, des vésicules avec des granules violets, des grains adipeux, des cristaux aciculaircs et des concrétions de carbonate de chaux (4) , et surtout , vers l'intérieur, une grande quantité de petites vésicules rondes (5) (noyaux). Par suite de la manipulation avec l'acide muriatique et la soude, les cristaux, nucléi et cellules pigmentées se dissol- vent; mais la substance homogène reste sans changement. Ce- pendant il faut observer que , même après avoir été très longtemps sous l'influence de l'alcali, et quoique les cellules pigmentées aient disparu , les parties extérieures conservent à quelques places une teinte d'un violet pâle, qui provient et de particules colo- rantes non dissoutes et d'une substance colorante amorphe , dont toute la masse est f)énétrée. 10. I.a structure du Didemnum candidum (6) est, au premier coup d'œil , toute particulière et absolument différente de celle des Tuniciers dont nous avons parlé jusqu'ici. La substance blanche qui contient les individus semble ne montrer que de pe- tits corps blancs étoiles (7), de 0,006"'-0,0l5"', semblables à ceux du I.cploclinum stellatum que M. Milne Edwards a décrits (8) dans son ouvrage classique sur les Ascidies composées, excepté seulement que ceux-là sont plus ronds, pourvus de pointes plus courtes et plus nombreuses: mais si l'on place cette substance sous l'influence de l'acide muriatique, alors on a tout un autre aspect. La couleur blanche disparaît en peu de temjjs, tandis qu'il se dégage une grande quantité de bulles gazeuses; et lors de l'observation microscopique, on trouve dans la membrane jau- (1) Fig. 47. d. (6) Fig. 27. ,'2) Fig. 47, <•. (7) Fig. 26, n. l'i) Fig. 47. [. (8) Obserr. sur IfS Asnilii'X rnmp. (ir$ (4) Fig. 47, c. côlea de In Manche, pi. 8, fig. 2. lo) Fig. 47, b. DES L.WEI.Ori'l.S I)K3 TLMClCnS. SflîJ nàlie, transparente, qui reste, une substance fondamentale homo- gène, parsemée de cellules (1) rondes et allongées, de 0,005"'- 0,013'" de diamètre, et de quelques petits amas granuleux. Kii observant ces cellules, nous crûmes d'abord avoir devant nous l'analogue des grandes cellules des Phallusia et Clavellina; car, comme celles-ci, elles étaient sans niicléus, à ])eine marquéfs par un contour pâle, délicat, et pourvues d'un contenu parfaite- ment liquide; mais une analyse plus attentive nous apprit qu'il en était tout autrement; car dans une coction avec de la soude dan-; im verre réactif, leur dissolution fut complète, tandis que la sub- stance homogène ne se changea nullement; et, en observant attentivement l'influence de l'acide muriatique, nous fîmes lare- marque que chacun des corpuscules étoiles, qui n'étaient donc pas de simples concrétions, perdit peu à peu tous ses rayons, devint une cellule remplie de chaux ('2), et prit enfin la forme d'une cellule incolore, vide, absolument semblable à celles que nous avons décrites. Nous n'avons pu découvrir comment se for- ment ces cellules curieuses remplies de chaux au dedans, et gar- nies à l'extérieur de rayons calcaires ; mais d'après ce que nous avons vu chez d'autres Tuniciers, il serait permis de dire qu'il y a premièrement de grandes cellules pleines d'un liquide qui se remplissent peu à peu de chaux, jusqu'à ce qu'enfin la membrane cellulaire même soit incrustée, et que la chaux se soit déposée à l'extérieur de cette membrane, 11. h'Jplidium gibbiilosum présente dans son enveloppe une substance homogène avec quelques nucléi dispersés et une grande (juantité de cellules rondes , à membranes très délicates, et me- surant de 0,005'" à 0,013'", et même jusqu'à 0,02'". Celles de l'in- térieur (3) ne contiennent qu'un liquide ; mais plus on avance vers l'extérieur, plus aussi elles contiennent de concrétions calcaires; et , enfin, ce sont des cellules parfaitement incrustées, quoique sans ap])endices (4). Dans une manipulation avec de la soude et de l'acide muriatique, la substance homogène seule résiste, 1'lles, et qu'il a pris à tort pour des « rameaux vasculaires » ( à d'autres endroits il les nomme " tubes marginaux» ). M. Milne Edwards les a (I) Fig. 29, b. (3) Fig, 46, e. (2)Fig 46, c. (4) Fig 46, d. 2lt2 LŒniG ET KIELLIKER. — STULCTURE ET COMPOSITION reconnus pour ce qu'ils sont (/. c. , pag. 42 , pi. 7, fig. 1, l^, If. et 5,1 ). M. Edwards fit aussi à propos de ces prolongements l'ob- servation intéressante que le sang qui , notamment d'après sa dé- couverte et celle d'Audouin , coule en partie libre dans la cavité du corps des Ascidies, pénètre aussi dans ces prolongements et les parcourt dans toute leur longueur par un courant ascendant et descendant. Notre observation ne saurait donc apprendre rien de nouveau, sinon que le nombre de ces prolongements est très grand et qu'ils sont extrêmement ramifiés. Nous rappelle- rons encore que U. Chiaje, dans la deuxième édition de ses Mé- moires (tom. I, pag. ?>k, tabl. 83, fig. 13 et 1 5 ), en traitant des Polyclinum, dessine et décrit des « vaisseaux » qui probable- ment ne sont autre chose que des développements de l'enveloppe , comme ceux que nous avons décrits à propos des Diazones et des Botrylles, 13. L'enveloppe coriace des différentes espèces de Cynthia , parmi lesquelles nous choisirons d'abord le Cynthia papUlala (l), comme ayant été le mieux étudié, nous présente une composition encore plus remarquable que celle des Botrylles. Dans cette espèce, les fibres qui s'y trouvent aussi constituent la plus grande partie de l'enveloppe, et sont à quelques endroits si développées , qu'elles peuvent supporter la comparaison avec les plus belles fibrilles de tissu fibreux qu'on trouve chez les animaux vertébrés. Voici la description de la structure de l'enveloppe telle qu'elle se présente là où celle-ci ne possède pas une épaisseur très considé- rable (2). La lame simple, qui se trouve tout-à-fait à l'intérieur, forme un épithélium à cellules polygonales, qui a ceci de remar- ([uable, savoir, qu'il estjoint à l'enveloppe proprement dite de l'ani- mal [)ar des fibres musculaires dispersées qui se croisent. Suit une (■■paisse couche de fibres, parsemées de cellules et de nucléi. Les fibres mêmes (3) sontincolores, ondulées, ressemblant aux fibrilles de tissu fibreux des animaux vertébrés, mais plus étroiles ; elles (I) Fig. U, ifi. 2:i. (î) Voyez, la fi^nrp Ui, f|iii n'pri'sonli' l;i sinichirp ;innlo2ni' ilc^ I pnvploppe du CijnlliHi pomarin. li)V\'. 17 ; fig. i;i. fi. DliS li>\l;l.01'l'i.S DES TL.MCUiRS. '2\?t mesuri'iil 0,00U-2"'-0,000ù"', ne sont jamais ramifiées ni léunies en faisceaux. Quant à leur direction , elles sont en partie paral- lèles au grand axe de l'animal, ce qui est surtout le cas dans les lames intérieures, et en partie différemment entrelacées , de sorte que les unes soient disposées en longueur, les autres en largeur ( fibres circulaires et fibres longitudinales) : dans les deux cas leur disposition est telle que l'enveloppe peut très facilement être fen- due en lamelles, quelquefois très délicates. Ces fibres n'admettent entre elles aucune substance intermédiaire . du moins nous n'en avons aperçu aucune trace, mais elles reçoivent dans des lacunes plus ou moins grandes formées par leur divergence, une quantité de grains et de vésicules de formes diverses. On distingue : a) de tout petits granules moléculaires incolores qui se trouvent à de certaines places en si grand nombre, qu'ils rendent les fibres diffi- ciles à distinguer et donnent à des couches un peu plus épaisses un aspect finement granulé; b) des cristaux qu'on ne trouve que dans les couches extérieures; c), des nucléi (1) de la grandeur de 000r"-0003"', souvent avec de gros grains de la nature des grains adipeux; cl), des cellules de formes différentes. Les unes (2) con- tiennent des nucléi et des granules bruns, pigmentés, et sont rondes avec un diamètre de 0,005"'^0,0J '', ou allongées avec un diamètre de 0,006"'-0,008"'; les autres (3) sont de couleur pâle, et ressemblent d'une manière frappante, par les doubles nucléi et par les cellules incluses qu'on trouve en quantité variable ("2-7) dans quelques unes d'elles , aux eellules qui forment les carti- lages des animaux supérieurs. Cette ressemblance est rendue plus frappante encore par la forme ronde ou allongée de ces cel- lules, par la disposition particulière des cellules incluses et jjar la réunion de quelques unes de ces cellules-mères, généralemeni rondes et moins grandes, en groupes de deux ou quatre. Elle n'est cependant qu'extérieure et ne repose que sur le fait qu'il se trouve ici une augmentation de cellules par formation intérieure connne dans les cartilages; car une observation plus exacte montre que '■es cellules dcvienncnl, par plusieurs transitions, identiques a,vec (I) Kig. 21. h. (3) Kig. 23, r. :î) fig. ri, ''. fig 21, «. 214 LIEWlCi El' KfELLIKER. — STUL'CTL'IiK ET COMPOSITIO-N les cellules pigmentées, plus simples, décrites plus haut, et ne sont autre chose que des formes plus développées de celles-là, mais chez lesquelles le pigmenta disparu peu à peu à cause des for- mations intérieures. La troisième couche (1) est formée d'un épi- derme jaunâtre , corné, dont la structure, que nous n'avons pu déterminer dans les individus conservés dans l'esprit de vin, est probablement celluleuse. Les aiguillons qui recouvrent la sur- face extérieure du Cynthia papillata sont formés par cette couche et par la couche fibreuse, de telle sorte qu'à certains endroits il s'élève de la surface plane de la couche fibreuse extérieure un faisceau de fibres qui se couvre (J'une couche de l'épiderme corné, laquelle fait encore saillir de petits aiguillons. Là ou l'en- veloppe du Cynlhia atteint une épaisseur de 1/2-1 1/2'" et plus, sa composition change souvent d'une manière remarquable. Dans ce cas, l'épithélium (2j est suivi à l'extérieur d'une masse claire (3), homogène , sans structure , d'épaisseur moyenne , par- semée de cellules pigmentées et de nucléi , puis vient un élégant tissu fibreux (4) qui , composé d'un grand nombre de minces cou- ches de fibres circulaires (5) sans cellules ni nucléi, et de fibres i'ayonnantes (6) réunissant ces couches , passe tout à l'extérieur à un tissu fibreux irrégulier (7) qui se couvre d'un épiderme corné (8). Partout où se trouve une telle stratification des fibres, l'enveloppe du Cynlhia ne peut être fendue en lamelles, parce que les fibres rayonnantes joignent très solidement les minces couches de fibres circulaires ; dans ce cas il n'y a d'autre moyen de déter- miner la structure de l'enveloppe que d'en dessécher une partie, de s'en procurer avec un rasoir de fins segments transversaux ou longitudinaux et de les étudier après les avoir ramollis. Une solution d'acide muriatique et de soude rend l'enveloppe du Cynthia toute blanche. En efl'et, les cellules pigmentées, l'é- piderme coloré, les cellules-mères, les cristaux, l'épithélium, les nucléi et les grains se dissolvent, de sorte qu'il ne reste que les (l)Fig. 14. (5)Fig. 18.6. (2)Fig. 14, — ,. (6) Fig. 18, a. (3) Fig. U, - ,. (7)Fig. U, — 4. (l)Fig. 14, — rv (S) Fig. 14, -a, « DI'S li.W'KI.OI'l'L.S DliS TUMClliliS. 215 libre» L'I la substance homogène (1) qui se trouve cm quelques endroits. Ce sont donc ces deux éléments qui sont composés do cellulose. 14. La structure de l'enveloppe épaisse duCynlIna ronupus e.-,t semblable à celle que nous venons de dépeindre. On trouve à l'in- térieur un épithélium, puis une couche épaisse de fibres longitu- dinales et circulaires, stratifiées assez indistinctement, dans les- quelles sont parsemés à l'extérieur des cristaux et des corps ronds assez grands, d'après toute apparence composés d'amas de cel- lules; enfin une couche mince d'un épidémie plus solide, blan- châtre, qui forme de petites papilles coniques ordinairement avec des appendices de la couche fibreuse. La couche épaisse, fibreuse seulement, résiste à l'influence de la soude et de l'acide muria- tique ; tout le reste se dissout sans aucun résidu. 15. Le Cynthia pomaria (2), enfin, le dernier des Tuniciers que nous avons analysés, offre comme partie prédominante de son enveloppe une couche de fibres (3j semblables à celles que nous venons de décrire , et dirigées la plupart longitudinalement , et , entre les fibres des cristaux, des cellules pigmentées (4), rondes, de 0,00â"'-0,006"', et de plus, çà et là, des cellules particu- lières (5) , allongées, remplies de granules jaunes, mesurant 0,008'" et plus. A l'intérieur, et collé à la couche fibreuse , on trouve un simple épithélium (6) à cellules polygonales de 0,006"'- 0'",008"', lequel est aussi joint à la partie charnue de l'enveloppe ))ar des fibres musculaires; à l'extérieur, la couche fibreuse est couverte par une couche jaunâtre , solide, dont nous n'avons pu déterminer la structure. Nous devons encore faire mention de cer- taines cellules (7) qui se trouvent en ass&z grand nombre dans les parties intérieures de la couche fibreuse , et dont nous ne con- naissons d'analogue ni dans les Tuniciers, ni dans d'autres ani- maux , ni même dans les plantes. Ces cellules sont primitivement semblables à des cellules pigmentées, rondes, niais possèdent uni- (i)Kig. 16. (o)Fig. 22. (2) Fig. V6. (6) Fig. 1S, a. (3) Fig. l!i. r. (7)Fig. 2i. i'4) Vri- !••;, '/. 216 LŒWIG ET HŒLLIKeR, • — STUUCiLKE ET COMPOSITIOM membrane plus épaisse et sans nucléus apparent (1). Plus tard , comme la comparaison d'un grand nombre de ces cellules se trou- vant dans des élats dilïérents le prouve , elles croissent en conser- vant leur forme jusqu'à la grandeur de 0,01'", et leur membrane devient en même temps plus épaisse ; si bien que , la cavité (2) des cellules n'augmentant que fort peu , les membranes atteignent l'épaisseur de 0,004'". Enfin, la grandeur de ces cellules augmente jusqu'à 0,02'", et l'épaisseur de leur membrane jusqu'à 0,006'"; et pendant que ce développement s'opère, on aperçoit de fines raies dans la membrane cellulaire épaissie (3), et, à la fin, on trouve la membrane transformée en fibres (4), de sorte qu'on a sous les yeux des cellules moyennement agrandies dans leur cavité et contenant encore du pigment , ou aussi des granules pâles , et qui ont pour enveloppe un élégant peloton de fibres également rondes , fines , mais opaques , qu'on peut isoler par la compression (5). Nous ne savons nullement si ces fibres forment des anneaux ou des spi- rales ; mais puisque nous ne leur avons jamais vu d'extrémités libres, nous serions portés à croire qu'elles sont circulaires ou (|u'elles forment de grandes spirales. Quant à la manière dont cotte curieuse transformation des cellules pigmentées s'opère, nous remarquerons que l'augmentation en épaisseur de la membrane cellulaire pourrait avoir lieu par accroissement ou par un dévelop- pement semblable à celui qui se trouve dans beaucoup de cellules végétales dont la membrane se compose de plusieurs couches, ou par le dépôt d'une substance qui s'appliquerait extérieurement. Nous ne pouvons dire d'une manière décisive laquelle de ces sup- positions est la bonne ; mais comme on ne trouve aucun vestige d'une substance déposée soit extérieurement , soit intérieurement, et comme la cavité cellulaire ne diminue pas pendant que l'enve- loppe devient plus épaisse, les deux dernières suppositions nous paraissent moins admissibles que la première , qui cependant ne saurait être établie pour la vraie à cause de cette circonstance seulement. Quoi qu'il en soit, ce qu'il y a de sûr, c'est qu'à la fin les (M Flg, 2i. n. (l) Fig. 23, ri. (2) Fig. U. h. ;.H) Fig. 2:<, c. (3) Fis. 2'', r. DES ENVELOPPES DES TUMCIERS. 217 cellules en question possèdent une enveloppe épaisse absolument homogène qui se divise en fibres. Il serait difficile de dire au juste comment ces fibres se forment ; mais l'analogie avec d'autres déve- loppements semblables permet d'admettre que les membranes cel- lulaires se solidifient partiellement, de telle sorte qu'à la fm elles se séparent en de fines fibres. La manipulation de l'enveloppe du Cynthia pomaria par de l'acide muriatique et par la soude est im- puissante contre les fibres de la couche intermédiaire et les enve- loppes cellulaires fibreuses ; tout le reste disparaît. Après cette description de la structure et de la composition chi- mique des Tuniciers adultes, il serait utile de jeter aussi un coup d'œil sur les caractères des embryons de ces animaux, et d'appren- dre, si cela est possible, quelque chose sur l'état primitif des enve- loppes contenant la cellulose. Depuis que MM. Milne Edwards et Audouin nous ont fait connaître, en 1828 (1 ), les cui'ieux embryons des Ascidies composées ressemblant aux C'erco/va, les observations des premiers développements des Tuniciers deviennent de plus en plus nombreuses. Sars, Dalyelle et Van Beneden (2) nous ont livré des notes précieuses ; mais M. Milne Edw ards surtout a traité le développement des Ascidies Composées dans son nouvel ouvrage si distingué, d'une manière qui ne laisse plus rien à désirer, surtout pour ce qui concerne la forme extérieure du corps et des organes, (juant à la structure microscopique, l'un de nous a fait, du moins pour les tout premiers développements, quelques observa- lions dont on peut tirer plusieurs conclusions d'une certaine im- |iortance; les caractères chimiques des premières époques seule- ment sont tout-à-fait dans le vague , et nous les recommandons à l'analyse des observateurs. Nous extrayons de l'analyse indiquée ce qui peut avoir de l'intérêt pour l'objet dont nous nous occupons ici spécialement. Dans toutes les Ascidies Composées étudiées par l'un de nous, savoir : Bolryllus violaceus, aureus , Jplidium gibbulosum et Amauroucium jSurdmanni , Edw., on remarque, dans les pre- mières époques du développement, une division du \itellus sem- (I) /(iiii. df«6'c. ««(., I"scric, l. XV p 10 l'i) fliill rir l'irndroyakde Bruxelles. 218 LŒWIG El RtELLIKEK. — STRUCTLllE ET C0MP0SlT10i\ blable à celle qu'on trouve dans l'œuf des grenouilles , fait au- quel déjà M. Milne Edwards fait évidemment allusion , quand il dit(l) : «On remarque d'abord que les granules dont la masse vitelline est composée se pelotonnent , pour ainsi dire , et donnent à la surface de cette masse une apparence bosselée et framboi- sée,"ce que Van Beneden aussi vient de constater pour les Ascidies simples. Cette division (2) a lieu comme dans les vers intestinaux, c'est-à-dire que les simples nucléi contenus dans les globules qui, comme partout, ne sont que des agrégations de granules (3), se doublent toujours avant que les globules se divisent en deux. Sitôt que la division est parvenue à un certain degré , la forme sphérique de l'amas de globules devient allongée , et prend de plus en plus la forme d'un embryon dont la queue fait un demi- contour à l'entour du corps (4). Avant toute autre partie, on dis- lingue la queue , qui se forme évidemment , non pas comme prolongement de l'embryon , mais par la séparation d'une certaine partie des globules de la superficie, ce qui ressort surtout du fait (|i.e l'analyse la plus minutieuse ne présente jamais la queue au- trement que formée dans toute sa longueur. On pourrait objecter à cette supposition que, lorsque la queue se présente pour la pre- inière fois , elle est composée de cellules différemment grandes . et que, par conséquent, elle doit avoir subi quelques modifica- tions; mais nous ferons observer que, dans les dernières époques de la division, les globules ne sont pas tous également gros comme auparavant , mais d'une grandeur très variable. En même temps que la forme extérieure des embryons , et de très bonne heure , apparaissent chez W^mauroucium et V^plidium, les deux points oculaires (5) remarqués déjà par M. Edwards, même dans d'autres espèces; tandis qu'au contraire de tels embryons ne montrent encore aucune trace d'une enveloppe ou de nodules à la partie antérieure : seulement, plus lard , il se forme tout à l'entour de l'embryon un limbe transparent incolore (6), qui, dans \\4maurounum et V.-ïplidium, se dévelopjic de plus en plus, et représente, surtout à (l)L. c, p. 2(i, (4) Fig. 37. (2) Fig. 35, :!U, 11. (:j) Fig. 42, 43, e.c. (3) Fig. 41. (n) Fig, 38, rf; fig. 12, H'6, n.n. DES ENVELOPl'KS DES ÏUMCIEKS. 219 l'exlrémilé épaisse du corps, une lame très forte, mais reste sans structure pendant tout le temps que les embryons sont contenus dans les enveloppes de l'œuf. En même temps que les enveloppes se forment, les embryons eux-mêmes commencent aussi à subir une suite de changements. Premièrement on voit apparaître, vers la partie antérieure, trois appendices de forme particulière (1) ; puis la substance jaunâtre dans l'intérieur du corps se sépare en deux lames, dont l'une, externe (2), reste diaphane; l'autre, interne (3), devient opaque, et se divise, chez les Botrylles , en huit corpuscules coniques (/i) qui entourent un mamelon (5) assez grand , rond et pourvu d'un orifice ; enfin , il s'opère aussi un grand nombre de modifications dans la structure. La description suivante des embryons à terme des espèces mentionnées donnera une idée plus exacte de toutes les modifications qu'ils subissent pendant leur développement. Les embryons à terme du Boinjllus aureus (G) sont formés d'un corps sphérique large de 0,28'" et long de 0,38'", qui possède un orifice entouré de trois lobules à la partie antérieure (7), et, à la partie postérieure, une queue mince et finissant en pointe , longue de 0,72"'. Ces embryons présentent extérieurement une couche mince de la substance diaphane (8), sans structure, dont nous avons déjà parlé , qui forme presque à elle seule les lobes ou ap- pendices lancéolés de la tête (9), et qui finit à l'extrémité opposée en une pointe assez longue qui outrepasse les parties intérieures de la queue. A l'intérieur de cette enveloppe, on trouve, dans la partie antérieure du corps, un second tégument délicat (10) formé de cellules rondes ou transformées en fibres , lequel n'entre pas dans la composition des lobes de la tête, mais enveloppe comme un fourreau la saillie mamelonnée dont nous avons parlé plus haut, de même que les huit corpuscules sphériques qui entourent cette saillie et s'adapte d'un côté au bord du mamelon et de l'autre à (1) Fig. 39, I. h: fig. 42, 15, c,r. (6) Fig. 30. (2) Fig. 42, 45, b. (7) Fig. 39, k. (3) Fig. 42, 45, d. (8) Fig. 39. ri (i) Fig. 38, 39, /. (9) Fig. 39, /.. (■■■<] Vi" 38, 39 .■. flO) Fi-. 39, (. 220 LŒwiG i;t uœllikeb. — structuiie ex composition rorigine de la partie interne de la queue. Les formations in- ternes dont la substance constitue la partie la plus considérable des embryons, ne sont évidemment autre chose qu'un groupe d'indi- vidus, comme l'a déjà indiqué Sars, qui a découvert ces curieux embryons du Botryllus ; les huit corpuscules sphériques (l) , dont les bases se confondent et qui sont pourvus comme d'une tige commune, sont tout autant d'individus, et la saillie mame- lonnée (2) qui est au milieu d'eux représente le tube excréteur commun. Quant aux caractères plus subtils de ces parties, il faut remarquer que le tube excréteur possède à son extrémité pointue trois lobules (3) qui saillent dans la base des lobes de l'enveloppe extérieure, et que de son extrémité inférieure trois fils (nerfs?) (4) s'élèvent verticalement qui se bifurquent chacun en deux filaments, dont l'un va aboutir à l'orifice du tube , le second aux lobules, les dépasse après avoir atteint leur sommet , et , s'étendant en cinq ou six rameaux, atteint presque le bord des lobes de l'enveloppe extérieure. Quant aux huit embryons, on ne leur aperçoit encore aucun orifice, ni d'autres organes internes que des canaux (intestin) indistinctement pelotonnés; les éléments microscopiques, au con- Iraire, sont tout-à-fait distincts, savoir : des cellules de gran- deur différente pourvues de nucléus et remplies de grains d'un rouge pâle et des fibres en voie de formation ; les premières consti- tuent la masse principale du tube excréteur. La partie interne (5) (le la queue, enfin, qui paraît être la continuation immédiate de la substance des embryons, possède une cavité intérieure (G) et des parois, dont les éléments celluleux composent deux lames. La lame intérieure est composée de cellules (7) de 0,012'" de dia- mètre , quadrangulaircs ou rectangulaires , à angles arrondis , pourvues de nucléi distincts et de grains fins et jaunâtres ; elles sont disposées avec une grande régularité les unes à côté des au- tres en séries transversales, de sorte que la cavité de la queue se trouve toujours entourée de dix à douze cellules. La lame externe (1) Fig 39, / (3) Fig. 3'J, c: fig. 40, (2) Fig. 39, <■ (B) rig. 40, >r (3) Fig. 39, I. (7) Fig, 10, r. DES ENVELOPPES DES TLMCIEIiS. 221 est formée par une couche continue , simple et composée de petites cellules (1) mesurant 0,003"'-0, 004'", chez lesquelles on ne dis- tingue aucune disposition régulière. Nous remarquons en passant que la queue, quoique composée seulement des cellules indiquées et de l'enveloppe homogène, accomplit des mouvements très vifs, ce qui est une nouvelle preuve qu'il existe des parties contractiles formées de simples cellules. Les embryons à terme de VJplidium (2) et de VAmauraucium Nordmanni (3) ressemblent d'une manière si frappante aux larves iVÀmaurouciumproliferum que M. Milne Edwards a représentées, que nous renvoyons pour leur forme extérieure aux figures jointes ;ï ce mémoire , en nous contentant de remarquer quelques carac- tères microscopiques. Le corps des embryons des deux genres est formé par une couche externe , épaisse , d'une substance homogène , et par une masse jaunâtre renfermée dans cette couche. Dans la partie sphé- rique du corps , cette masse est apparemment composée en totalité de cellules rondes de différentes grandeurs et contenant des nucléi, à l'intérieur même, très probablement, de globules inaltérés provenant de la division du vitellus; ces deux éléments ne composent aucun organe distinct, mais forment seulement deux couches, l'une, interne, opaque, et l'autre, externe, dia- phane. Dans l'espèce indiquée (ÏAmaiiroucivm, on ne trouve pas de canal dans la queue, mais, au centre, une simple série de grandes cellules rectangulaires (h) avec des nucléi qui produi- sent cet aspect transversalement rayé, visible même avec un grossissement moyen , et une couche extérieure simple de petites cellules (5) semblables à celles des Botrylles. De ces quelques observations portées sur les caractères histolu- giques des embryons d'Ascidies composés , ressortent deux vérités qui ne sont pas sans importance ; premièrement , que l'enveloppe extérieure sans structure des embryons , qui , comme nous l'ap- prennent les études faites par M. Edwards sur les dernières méta- (I) Fig. 40. h (i) Fig. 43, .-. i2) Fig. 45. (3) Fig. 43, b. 3: Fig, 4i. 222 Lœwici i;t ««eixiker. — stulctuhe et co.mi'osiïion morphoses des embryons eclos , n'est autre chose que l'enveloppe externe des adultes, d'après notre analyse, formée de cellulose ; que cette enveloppe , disons-nous , ne se constitue que lorsque la division du vitellus eot accomplie , et que même la forme exté- rieure des embryons est indiquée. Il ressort secondement que cette enveloppe , contenant plus tard , chez les Botrylhis et Aplidium , outre une substance sans structure, des fibres, des nucléi et des cristaux , est primitivement tout-à-fait homogène et inorganisée. Nous croyons de plus pouvoir déduire de ces deux faits, que l'en- veloppe de ces Tuniciers est un produit de l'activité des cellules formées en suite du procédé de division, et qu'elle n'est primitive- ment autre chose qu'une masse qui est sécrétée par ces cellules , dont l'organisation ultérieure ne peut pas encore être expliquée. Au lieu de nous lancer dans le domaine de l'hypothèse, nous ob- serverons seulement qu'il serait intéressant, surtout dans les Asci- dies simples, dont l'enveloppe contient, outre les vaisseaux , des cellules et des fibres si particulières , d'étudier leur première appa- rition et leur transformation ultérieure , surtout afin d'apprendre si , comme l'analogie porte à le croire , et il serait diflicile de le supposer autrement, l'enveloppe est aussi primitivement sans structure, ou du moins si elle contient beaucoup de parties sans structure , et , de plus , afin de déterminer le mode de formation des cellules et des fibres. Il est aussi possible que, même chez Vyfmaurovcium, il se forme plus tard des cellules dans la masse homogène, qui, en se multipliant par elles-mêmes, pourraient être la cause de l'accroissement rapide qui, d'après les observa- tions de M. Milne Edwards, s'opère dans l'enveloppe des larves (VAmaurouciwn proliferum. Dans ce cas, le manque de struc- ture qu'on observe plus tard dans cette enveloppe pourrait provenir d'une destruction ultérieure des cellules constituant ces parties , pareille à celle que nous avons observée dans le Phalbtsia et le ('lavellina. Après avoir exposé les résultats de nos analyses chimiques el microscopiques cnncernant les enveloppes des Tuniciers, il nous DES ENVEr.OPPES DES TUMCIERS. S'i.'^ sera permis d'ajouter encore quelques observations générales. L'existence de la cellulose dans le Plialusia mamillaris, décou- verte par Schmidt, que nous avons confirmée et étendue sur beau- coup de genres et d'espèces de Tuniciers , promet de devenir très importante pour plus d'une question. Ce serait surtout le cas si, comme le prétend Schmidt, il résultait de ce fait qu'il n'existe aucune difl'érence chimique entre les plantes et les animaux ; de cette proposition Ton pourrait encore déduire que la forme e( même la plupart des fonctions, surtout celles qui sont accompa- gnées de procédés chimiques ( assimilation des substances nutri- tives), ne fournissent non plus aucun caractère distinctif pour ces deux règnes. C'est bien aussi ce que prétend Schmidt , qui se l'onde sur une suite d'inductions théoriques contenant des propo- sitions très hardies , comme , par exemple , que le Spore à cils vibratiles du J'aucheria clavata a une complète ressemblance morphologique et chimique avec un embryon de Méduse se mou- vant par ses cils ; que l'embryon d'une Campanulaire est une cel- lule-mère complète, telle qu'on en trouve dans les algues, etc., et arrive à la conclusion (1) que la psychologie seule est com- pétente pour tracer une limite entre les plantes et les animaux , cl que la seule différence admissible, c'est que l'animal possède, outre la forme végétale (cellule), la>Puyr; (Seenelalom). Cependant nous ne croyons pas cette nouvelle découverte concluante au point d'effacer tout caractère distinctif entre les deux règnes organisés, et donner une décision si vague des caractères des animaux et des plantes. Il est facile de montrer que Schmidt s'est trompé dans plusieurs de ses prémisses. Nous relèverons avant tout la supposi- tion que les Polypes et les Méduses contiennent aussi de la cellu- lose , ce qui n'est pas vrai , ainsi que le prouvent nos expériences faites sur onze espèces prises dans toutes les divisions des deux classes. C'est à tort aussi qu'il prend le Fruslnlia salina pour un animal , puisque beaucoup de botanistes d'autorité, tels que Meyen, Nagueli, Kïitzing, etc., et presque tous les zoologistes, excepté Ehrenberg, classent ce genre, de mT^me que les ruilrrs (1) /„ I-,, |), -9. 22/l LCEWIG El' UtELLIKER. — STRUCÎURE ET C0.■UP0Sn■10^ Diatomacées , au nombre des plantes. Nous citerons enfin comme très invraisemblable l'hypothèse de Schmidt, d'après laquelle les cellules des embryons d'Ascidies seraient pourvues d'une enveloppe de cellulose, puisque les observations d'autres observateurs n'ont encore donné aucun résultat à ce sujet, et puisque nos expériences, qui démontrent que les parties composées de cellulose sont primi- tivement sans aucune structure, ne sont pas faites pour venir à son appui. Comme toutes ces prémisses , ainsi que beaucoup d'autres, ne sont pas valables, il est clair que les inductions que Schmidt en tire ne sont pas admissibles : ainsi donc , le parallèle quMl pose entre l'animal et la plante s'évanouit. Il n'en est pas moins vrai que la découverte de la cellulose dans les animaux a d'importants résultats , et donne à la science des données toutes nouvelles , comme nous allons le faire voir en peu de mots. Avant tout nous rappellerons, sous le point de vue chimique, le fait qu'il y a des animaux chez lesquels il se forme de la cellulose. Ce fait serait on ne peut plus énigmatique si , comme on l'admet généralement , les Tuniciers se nourrissaient d'Infusoires ou d'au- tres animalcules microscopiques (Vers, Crustacés, etc.) ; car, ce cas supposé, comment se représenter que ces animaux se nour- rissant seulement de différentes matières grasses et de substances azotées, la cellulose pût se former? Dans ce cas, la supposition qu'un corps de la série de substances à laquelle appartient la cellulose puisse se former de graisse par oxydation serait tout aussi inadmissible que celle qui ferait provenir une telle substance de la décomposition de corps azotés, car elle serait contraire à toute analogie. Heureusement il nous reste encore une manière de résoudre cette énigme , la voici : la nourriture des Tuniciers ne se borne pas aux substances animales , mais elle consiste aussi dans des organismes végétaux. Une analyse microscopique du contenu de l'estomac et des intestins du Pliallusia, du Clavel- lina et du Diazona a prouvé qu'il s'y trouvait, outre des parti- cules de Floridées, lesquelles y étaient probablement par hasard, utie grande quantitéde petites y)lantes des classes inférieures (plu- sieurs e^ppcp.f'de Anvinila.Friisliilia. Bnrnlarift,('lnslerivm,elc-) DES KNVICl.OPPIiS UKS TllNlClEIiS. ^225' qui , d'après la dt^couverte de Nàgeli (1) et de Schmidt ('2), con- tiennent réellement de la cellulose. Celle-ci est probablement dis- soute par le suc digeslif , c'est-à-dire se change en sucre ou en gomme, circule ainsi avec le sang, puis est introduite dans les en- veloppes soit directement par les canaux sanguins ( Phalhisia ) ou par les prolongements ramifiés de la paroi du corps ( Diazona , BotryUus), qui, ainsi que le remarque M. Milne Edwards, con- tiennent aussi du sang dans leur cavité, soit en pénétrant par im- bibition là où les enveloppes ne possèdent pas de canaux sanguins. Quoique ces conjectures soient certainement très plausibles et qu'elles soient aussi justifiées par la circonstance qu'on tiouve beau- coup de cuirasses vides de Diatomacées parmi les substances con- tenues dans les intestins des Tuniciers , il n'en sera pas moins très intéressant de faire des analyses du sang des Tuniciers, afin d'ob- tenir, s'il est possible, de nouveaux faits plus ex[)licites , concer- nant le mode de formation de la cellulose. 11 sera plus difficile à ex- pliquer chez les embryons que chez les adultes, comment se forment les enveloppes, supposé qu'elles contiennent de la cellulose déjà à leur première apparition, ce qui est prouvé par l'analyse microsco- pique. Nous ne cachons pas que nous sommes assez portés à croire que le vitellus des Tuniciers contient aussi du sucre ou de la gomme qui se métamorphose en cellulose pendant le développe- ment de l'embryon, et que nous ne pouvons pas croire que la cellulose se forme des parties composant généralement le vitellus des animaux, savoir, de graisse et d'albumine : cependant nous croyons devoir plutôt nous abstenir de tout jugement dans cette question , aussi long-temps que les analyses chimiques des œufs et des embryons des Ascidies n'auront pas été faites. Sous le point de vue morphologique, d'abord la réunion cu- rieuse d'éléments et d'organes portant un caractère animal avec d'autres d'une nature végétale décidée , comme elle se trouve dans les enveloppes des Tuniciers , ensuite la forme des parties com- posées de cellulose, semblent mériter toute notre attention. Quant ft) Zeilschrifl fur wisstnschaflliche Botanik von Sctileidon und Nageli. HefI II , p i4. (2)/,. c, p. 67. V soriiv ZooT,. T. V. [Avril 1S16 1 r, \h '22G LŒWIO Kl KŒLLIKER. — STKUCÏUKE ET COMPOSITION au premier point, Venveloppe d\i Phaliusia, qui, quoique essen- tiellement composée de cellules et d'une substance fondamentale formée de cellulose , contient cependant de nombreux vaisseaux , est seule dans son genre, d'autant plus que ces vaisseaux , vu le nombre proportionnellement très peu considérable des parties azo- tées dans cette enveloppe , sont évidemment destinées avant tout à en nourrir les éléments non azotés à caractère végétai. Il faut aussi remarquer la curieuse structure des Botryllesetdes Diazona, chez lesquels la masse commune, formée de cellulose, possède de très nombreux prolongements de l'enveloppe charnue des indi- vidus qui , comme nous l'avons déjà indiqué , servent non seule- ment à nourrir la masse commune par le sang qui coule dans leur cavité, mais encore à former des germes. En dernier lieu nous ci- terons le Clavellina et VJmaurouciiim proliferum Edw. , qui ont cela de curieux que l'enveloppe et la masse charnue du corps, (ionique n'étant réunis ni par des vaisseaux ni par des prolonge- ments, se développent en même temps en bourgeons, qui se trans- forment par un égal accroissement de leurs deux parties consti- tuantes ou en un seul individu, ou en une colonie d'individus. Ce qu'il y a enfin de moins remarquable , c'est le mélange d'élé- ments à caractère animal et d'éléments à caractère végétal dans l'enveloppe des Salpes , Pyrosomes , Cynthies et Clavellines , dont les parties formées par de la cellulose ne possèdent ni vaisseaux ni prolongements du corps, mais seulement des cellules plus ou moins rares ayant un caractère animal , savoir, une membrane azotée; c'est pourquoi ces enveloppes possèdent un caractère par- ticulièrement végétal, et sont sous ce rapport bien supérieurs aux parties des animaux supérieurs, qu'on appelle de préférence végétales. La forme des éléments des Tuniciers composés de cellulose diffère sous plusieurs rapports de ce que nous montrent les plan- tes, puisque, à l'exception des grandes cellules du Phallusia et du Clavellina, qui ressemblent d'une manière frappante ii cellesde plusieurs parenchymes végétaux , tous les autres éléments et rapports morpholngiqiies sont certainement tout particuliers. Nous signalerons: D1ÎS i;\vi:i.i)i'i'K:5 ijjs il Mciiiiis. 227 a) Vexhknce de nucléi dans la ■mhxlance inler-celhdairr. Dans les plantes, chez lesquelles les cellules ne se forment jamais dans les parties situées entre les reilules, le? noyaux ne ?i^ trouvent que dans les cellules ; h) la fusion des (jrandes ceUides composées de cellulose dans le Clavellina et quckiiies IMiallusia, avec la substance inter-rellulaire en une tnasse homogène , fusion qui rappelle tout-à-fait certains procédés ([u'on voit dans les cartilages, mais qui ne sont pas connus chez les plantes; (■) Vexislence de la cellulose sous forme d'un tissu fibreux comme le montrent les ('intlnaei les Botrylles. De plus, nous mentionnerons encore la métamorphose des mem- branes non azotées de certaines cellules du Cinthia pomaria en un peloton de fibres et l'apparition de la cellulose en masses com- pactes inorganisées, parsemées de nucléi et de cellules à mem- brane azotée , comme le montrent les Salpes , Pyrosomes , etc. . deux faits pour lesquels on ne trouve pas d'analogie chez les plantes , mais bien parmi les animaux. Enfin le fait que la cellulose existe chez les animaux sous forme de cellules, fibres , etc. , est aussi d'une grande importance géné- rale quant à la question de la différence entre les animaux et les plantes. Comme nous l'avons dit dans l'inlroduction , le manque de cellulose dans le règne animal et l'existence universelle de ce corps dans le règne végétal ont passé jusqu'ici pour le meilleur caractère distinctif de ces deux règnes, surtout après que Mul- der (1), Nàgeli (2) et l'un de nous avaient défini cette différence plus spécialement en disant que les membranes cellulaires sans exception étaient azotées chez les animaux et exemptes d'azote chez les plantes. Mais cette distinction aussi est tombée devant les analyses de Schmidt et les nôtres , comme déjà mainte autre distinction , puisqu'il est maintenant prouvé que la cellulose existe aussi chez les animaux, et qu'elle y prend , de même que chez les plantes , la forme de membranes cellulaires, de sorte que la ques- (1) VersMh einer Physiologisclien Chemie iihersenl v. MoleschoU. Heidelhprg, 1844, p. 104. (2) i. f , p. 22 et suiv. 228 1,Œ»*MJ 1:1 MtELLIMER. — STIlLCTUUli lil' COAll'OSI TION tion de savoir s'il y a une différence universelle entre les plantes et les animaux est maintenant plus douteuse que jamais. Certai- nement Kùtzing et d'autres s'empareront de ce fait pour le faire servir à l'appui de leur opinion d'après laquelle il n'existerait pas de limite entre les animaux et les plantes; d'autres, il est vrai, n'iront pas si loin ; mais, se fondant aussi sur la nouvelle décou- verte , nieront avec Schmidl toute distinction quant à la forme et à la composition chimique et n'admettront que l'absence ou la présence de la if^yr, ( « Seeleualom » ) pour différence réelle. Les uns et tes autres feraient faire , il nous semble, un grand pas en arrière à la science ; c'est pourquoi , (|uoique comprenant très bien toute la difficulté de la question , nous essaierons ce- pendant, de notre côté, d'indiquer du moins comment nous croyons que l'on doit saisir maintenant la différence entre les plantes et les animaux. Avant tout nous avouons franchement que , quant à la forme . nous ne connaissons pas de différence universelle entre les plantes et les animaux. En effet, les animaux les moins parfaits ne sont, comme l'un (l) de nous l'a montré à l'égard du genre Grégarine, et comme Siebold (2) et Barry (3) l'ont montré à l'égard des In- fusoires, que de simples cellules avec nucléus et un contenu parais- sant, dans tous les points essentiels, semblables aux plus simples Cryptogames formés d'une seule cellule (Protococcus, Saccharo- myces, Diatomacées ). 11 faut donc abandonner l'ancienne -ma- nière de distinguer les animaux des plantes, en ce que ces pre- miers ont tous une bouche et un estomac, et avouer que, malgré les énormes différences qui existent entre les formes plus parfaites des deux règnes, on n'en connaît jusqu'à présent aucune entre leurs genres les plus simples. Il en est autrement, il nous .semble, de la composition chimi- que et des fonctions. Quant à la première , elle n'offre pas, il est vrai , de caractère distinciif général . puisque l'existence de la cel- (1) Schleiden et Nagpli . Xeitsclirift far icissensclmlftichi' Rolanik. Hefl II' p 97. f2J LehrbHch der vrnjleifhrndi'n Aii'itoniif. Ersle Abtli., p. 7 et suiv. (3) Voyez Ovven, Lectures on comparalive (iiialomy, p. 24, 25. DES ENVKI.OPI'ES DES TUMCIERS. 220 lulose chez les animaux est prouvée, et que même l'opinion que la s\ihs{a,nce prépondérante est azotée chez les animaux et sans azote chez lus plantes , est réfutée par l'analyse de plusieurs Tuniciers [BolrijUus , Salpa, Diazona) , dans lesquels environ les trois quarts du corps sont formés d'une masse exempte d'azote ; mais, si désirables que puissent être de telles différences aussi générales, la science n'en a pas besoin pour tracer une limite entre les animaux et les plantes. Lors même qu'il y aurait encore beaucoup de sub- stances communes aux deux règnes , beaucoup plus que nous n'en connaissons avec certitude, savoir, la protéine, les matières gras- ses et la cellulose , elles ne prouveraient nullement l'identité de la composition. La chose principale est de savoir si les mêmes sub- stances se trouvent aussi dans les deux règnes dans les mêmes proportions entre elles , sous la même forme et pour la même fonc- tion des organes; en d'autres termes, s'il y a quelque plante et quelque animal qui se ressemblent dans ton;? les points essentiels de leur composition chimique. Si cela n'est pas , il n'y a pas de transition possible sous le rapport chimique, mais bien une limite. L'expérience donne à croire qu'il en est réellement ainsi. Entre les animaux plus parfaits ( en commençant par les articulés : et les plantes plus parfaites, il y a tant de différence concernant d'un côté la présence ou l'absence de certaines substances ( la colle , la chitine, l'hématinc, labiline, l'urée, manquent aux plantes sans exception, et se trouvent la plupart dans tous les animaux plus par- faits; la cellulose, l'amidon, la gomme, la chlorophylle, se trou- vent chez les premières et manquent aux derniers), et, de l'autre, l'emploi des deux substances communes ( la protéine ne forme jamais de membranes cellulaires dans les plantes mentionnées ) . (|ue l'on ne peut nullement douter de l'existence d'une limite pré- cise. Quant aux organismes les plus imparfaits des deux règnes, il serait diflicile de nier que les substances qui les constituent dif- fèrent moins les unes des autres , puisque , dans les animaux , les substances animales azotées qui leur sont propres disparaissent peu à peu, et semblent enfin , dans les formes les plus imparfaites, faire place à la protéine qui se trouveaussi dans les plantes, et qu'en même temps on trouve , du moins chez les Tunicinrs, de la cellu- 230 LtEWIU El HŒLLKIER. — SIllUCTLlilS HT C(».\1I'0S1 IION lose accompagnée sans doute d'amidon et de gomme , et peut-étn- de chlorophylle chez plusieurs Infiisoires, par exemple VEuglena ciridis, qui notamment exhale de l'oxygène , comme les plantes \ertes. Mais, d'après nos connaissances actuelles, l'identité de la composition n'en est pas moins inadmissible. On ne connaît encore aucun animal composé de cellulose dans toutes ses parties, ou en possédant seulement dans toutes ses membranes cellulaii-es , et de l'autre côté , nous ne connaissons non plus aucune plante à membranes cellulaires contenant de la protéine. C'est précisément chez les êtres les plus élémentaires , chez lesquels on croit pouvoir supposer une analogie dans la composition à cause de la ressem-. blance dans les formes, r|u'on trouve une distance immense, puis- (jue dans toutes les plantes moins parfaites, formées seulement d'une ou de peu de cellules, comme, par exemple, les Diatomacées et les Algues, les membranes cellulaires sont composées de cel- lulose, et qu'elles sont, au contraire, composées de substance azotée dans les Infusoires à une ou plusieurs cellules, et dans les Hydres, Vers, etc. On peut aussi dire des fonctions ce qui a été dit de la compo- sition. Du moins les fonctions nommées végétatives , qui reposent sur des procédés chimiques ( assimilation , nutrition , excrétion ) sont, il est vrai, semblables sous plusieurs rapports dans tes deux règnes , mais on ne saurait néanmoins trouver deux de leurs re- présentants dans lesquels elles se ressemblassent d'une manière ([uelconque; au contraire, les fonctions dilfèrent toujours autant i[ue la composition. Il serait sans doute tout-à-fait superflu de dé- velopper cette dilférence pour les organismes plus parfaits ; nous observerons seulement que les Tuniciers , quoique formant de la cellulose , comme les plantes, possèdent un procédé de respiration tout-à-fait animal , une assimilation , sécrétion animale , etc. , et (|u'aussi les animaux à une cellule, ne formant pas de cellulose , sont bien différents des plantes à une cellule qui se composent dc> cette substance, en combinant des matières plus simples, savoir, de l'acide carbonique, de l'eau et de l'ammoniaque. Quant à une autre. série de fonctions, savoir, la sensation et le mouvement, qu'on nomme animales , parce que plusieurs ne les attribuent qu'aux ani- DES EKVKLOPPliS DES TUMCIEUS. 231 maux , les dilTérences paraissent moins considérables. Il est sans doute évident et généralement connu que des animaux quelque peu parfaits , c'est-à-dire ceux possédant un système nerveux et des muscles ( ainsi donc aussi lesïuniciers) ne peuvent pas être com- parés aux plantes , avec lesquelles ils n'ont pas la moindre ana- logie. Mais la distinction est plus difficile chez les animaux qui ne possèdent pas de système nerveux , au nombre desquels il faut compter en tout cas les animaux à une cellule et en général tous les Infusoires, excepté les rotatoires, car il est impossible de supposer à ces animaux si imparfaits une sensation et un mouvement ana- logues à ceux des animaux plus parfaits. Ce qu'ils possèdent d'analogue en quelque sorte à la sensation des animaux plus par- faits n'est autre chose qu'une perception vague des inlluences extérieures ( mécaniques, chimiques, physiques) dont ils n'ont pas conscience, et qui nous est si complètement inconnue que per- sonne ne s'est encore hasardé de dire si elle diflerait ou non de la réaction des plantes contre les mêmes influences. Leur mou- vement aussi ne peut évidemment non plus être nommé volontaire, c'est-à-dire dépendant d'une idée dont ils auraient conscience, mais tout au plus provenant d'un instinct; c'est aussi pourquoi il est fort difficile de dire avec certitude en quoi il diffère de celui des spores d'Algues, des Oscillatoires, etc. On ne peut cependant se dissimuler que les mouvements des animaux , même les plus imparfaits, sont infiniment plus compliqués que ceux mêmes des spores ciliés du Faucheria, c'est pourquoi nous croyons per- mis de leur supposer une cause motrice toute dilTérente. Quoi- que reconnaissant ainsi fort bien l'impossibilité d'établir avec cer- titude une différence entre les mouvements des plantes et ceux des animaux , nous croyons cependant que la limite qui , d'après notre opinion, existe entre les organismes des deux règnes, n'est point du tout effacée par cela, puisque précisément dans les plantes susceptibles de mouvement, les autres fonctions, les rapports des formes et la composition, diffèrent absolument de celles des ani- n)aux , et que , d'un aulre côté , les plantes dont la forme ne dif- fère pas de celle de certains animaux, c'est-à-dire les plantes à uneccllule, n'accomplissentaucunmouvement, ou, comme certains 232 L(E%VI(ii 11 K«ELLIHEK. — STKUCTLKE ET COMl'OSITIO^ Uiatomacés, un mouveiueiit tout-à-fail différent, et présentent une composition chimique toute différente. Si nous jetons enfin un coup d'œil en arrière sur tout ce qui précède , nous voyons que la découverte de l'existence de la cel- lulose dans les Tuniciers ne nous force nullement à supprimer la limite entre les animaux et les plantes pour admettre qu'ils sont identiques dans leurs formes les plus simples, et ne s'éloignent les uns des autres que dans leurs formes plus développées. C'eût été le cas , du moins d'après l'état actuel de nos connaissances , si les animaux et plantes à une cellule , semblables entre eux quant à la forme , eussent présenté une même composition chimique et de mêmes fonctions ; mais comme nous avons vu qu'il en est autre- ment ; que, par exemple, les Infusoires ne possèdent aucune mem- brane cellulaire sans azote , et VELOI'['ES DES TUMCIERS. 23S e\im.i<;atio:m des figiihes PLANCHE 5. Fig. I- Segment transversal de l'enveloppe du PUallusta mamillaris , grossi 30 fois. I, couche interne de cellules d'épithélium. 5, couche intermédiaire d'une masse homogène . parsemée de noyaux (nucléus). r,, couche externe, composée de la masse fondamentale et de cellules, a. cellules composées de cellulose. 6, cellules pigmentaires. c, noyaux. d, cristaux aciculaires. (Les cristaux«t les cellules pigmentaires ont été omis sur le côté droit, pour faire voir les grandes cellules.) e, vaisseaux. Fig 2. Une particule du côté extérieur du segment fig. 1 , grossie 350 fois a, masse fondamentale. 6, cellules composées de cellulose. c. noyaux, les uns ronds, les autres étoiles. d, cristaux aciculaires de carbonate de chaux. e. extrémité d'un vaisseau. f, cellules pigmentaires. Fig. 3. Une particule de l'intérieur du segment fig. 1 . grossie 350 fois a, masse fondamentale, fc, cellules à membrane non azotée. c, nucléi ronds. d, nucléi ramifiés Fig. 4. La même particule que celle représentée dans la figure 2, mais après avoir été fortement traitée avec de l'acide muriatique et une solution de soude. a. substance fondamentale. 6, cellules à membrane non azotée. Fig. o. Une particule 'le l'enveloppe du Phallusia moiuulius , grossie 350 fois. «, substance fondamentale. b, cellules composées de cellulose. c. noyaux. Fig 6. Segment transversal de l'enveloppe du rimllusin monnc/ius, grossi 30 fois, n, substance fondamentale. h. cellules composées de cellulose r. noyaux. d, cristaux de carbonate de chaux. Vu: 7 Une piirtinilo du niilieii du segment, lig 6, grossie 350 fois. 234 LŒIVIG ET KŒLLIKER. — STRUCTURE ET COMPOSITION a, substance fondamentale. b, restes de cellules, indiqués par la disposition circulaire de petits granules et par une membrane cellulaire très mince, visible encore en partie. c, noyaux ramifiés. Fig. 8. Segment transversal de l'enveloppe du PAa/fusiogc/atinosa, grossi 30 fois a, substance fondamentale. 6, noyaux. c. cristaux. Fig, 9. Une particule de l'intérieur du segment fig, 8, grossie 350 fois. 0, substance fondamentale. 6, noyaux. Fig. 1 0. Segment transversal de l'enveloppe du Phaltusia sulcata, grossi 200 fois. a, substance fondamentale. 6, cellules à membrane non azotée. c, noyaux. d, cristaux. Fig. II. Segment transversal de l'enveloppe du Clavellina lepadiformis , grossi SO fois. 1, première couche : masse diaphane pourvue de noyaux. — a, noyaux. .1, seconde couche : masse plus dense, pourvue de noyaux. — a, noyaux. .-, troisième couche : cellules adipeuses. *, quatrième couche : substance homogène dépourvue de noyaux. ^, cinquièmecouche: cellules à membrane non azotée. -a, cristaux et noyaux. PLANCHE 6. Fig. I 2. Segment transversal de la tige du Clavellina lepadiformis, grossi 20 fois. a, cellules formées de cellulose. b, canal dans l'intérieur de la tige. Fig. \ 3. Une particule de la partie extérieure du segment fig. 11, grossie 330 f. 0, substance fondamentale. b, cellules à membrane non azotée. c, noyaux. d, cristaux. Fig. 1 4. Segment transversal de l'enveloppe du Cynthia papillata. grossi 1 00 f 1, lame intérieure : cellules d'épithélium. 5, deuxième lame : substance homogène pourvue de cellules pigmentaires. — a, cellules pigmentaires. s, troisième lame : couches alternantes de fibres rayonnantes et de fibres parallèles à la surface de l'enveloppe. 4. quatrième lame ; fibres parallèles à la surface. .s, épines. — a, leur tégument jaunâtre ; 6, noyau fibreux. Fig. 15. Segment transversal de I enveloppe du Ciinthia pomaiin. grossi 30 fois DES ENVELOPPES DES Tt.MClEKS. • 235 u. cellules d'épithélium. b. cellules pigmenlaires. t, masse fibreuse. Kig. 16. Une particule de la surface extérieure du segment fig. I 4 , après avoir été fortement traitée avec l'acide muriatique et la soude. a, fibres parallèles à la surface 6, noyau fibreux des aiguillons. Fig. 17. Fibres de la mas.se fondamentale du Cynlliiu pomaria, grossies 350 fois. Fig. 18. Une partie de la troisième lame du CyiUhia papillala, grossie 350 fois. a, fibres rayonnantes. b. fibres parallèles à la surface. Fig. 19. Fibres du tissu fibreux de l'enveloppe charnue du Cynlhia pomariu . grossies 350 fois. Fig. 20 Trois fibres musculaires de l'enveloppe charnue du Cynlhia pomaria , grossies 350 fois. Fig. 21 . Cellules pigmentaires de l'enveloppe du Cynthia papillala. a, cellules allongées, grandes. b, vésicules rondes, petites (noyaux?). Fig. 22. Cellules pigmentaires de l'enveloppe du Cynlhia pomaria. Fig. 23. Une partie des couches internes fibreuses de lenveloppe du Cynlhia papillala, grossie 350 fois. a, masse fibreuse. b, cellules pigmentaires. c, cellules incolores : o, à un nucléus; (3, à deux nucléi ; y à deux cellules incluses; S, à quatre cellules incluses, î, â sept cellules incluses. Fig. 24. Cellules pigmentaires des lames internes de l'enveloppe du Cynlhia pomaria, pourvues d'une membrane épaissie et contenant une matière granu- leuse. a, petites cellules à membrane peu épaissie. b, cellule plus grande, a membrane homogène plus épaisse. c, cellule encore plus grande , dans la membrane de laquelle on distmgue. des fibres. d, grandes cellules à fibres très distinctes. f, une grande cellule, dont une partie des fibres est déplacée par la pression. Fig. 25. Segment transversal de l'enveloppe du Salpa bicaudala, grossi 30 fois. a. cellules d épithélium. b. masse homogène r, cellules. d, noyaux allongés e, cristaux aciculaircs et concrétion f, grandes concrétions l'idcaires. en foiiiio dr |iiMre,iii 236 LtEWIG ET KCELLIKBR. — STRUCTURE ET COMPOSITION Pig. 26. Cellules incrustées de la masse fondamentale du Didemnum candidum. a, cellules inaltérées. 6, cellule dont la chaux a été extraite presque complètement au moyen de l'acide muriatique. Fig. 27. Une partie de la masse du Didemnum candidum , après avoir été traitée avec de l'acide muriatique. a, masse homogène. 6, petits amas de grains. c, cellule» incrustées, après extraction de la chaux. Fig. 28. Cellules incrustées du Botryilus violaceus. a. cellules sphériques. b. cellule avec deux prolongements incolores au côté. c. — trois — — d — ■ quatre — — e, — un — • — Fig. 29. Une particule delà masse commune d\i Botrylus polycyclus, grossie 350 f a, fibres incolores, longues, sinueuses. b, fibres foncées, courtes, sinueuses. c, noyaux. PL.\IVCHE 7. Fig. 30. Concrétions de l'enveloppe du Salpa bicaudata, grossies 60 fois. Fig, 31 . Un ramicuie de la même concrétion, grossi 350 fois. Fig. 32. Concrétion de l'enveloppe du Salpa maxima, grossie 330 fois. Fig. 33. Cellules de la masse commune de VAplidium gibbulosum. a, cellules renfermant de la chaux. 6, cellules sans chaux. Fig. 34. Segment de l'enveloppe du Salpa maxima, grossi 350 fois, o, substance homogène fondamentale. b, noyau. c, cellules. Fig. 35-41 . Développement du Botryilus aureus. Fig, 35, CEuf avec un vitellus divisé. a, membrane vitellinc, 6. globules de division, Fig. 36. CEuf à vitellus divisé, dans une période plus avancée a, membrane vitelline. 6, globules de division. Fig. 37. Jeune embryon. a, membrane vitelline fe, corps de l'embryon c, queue. DES KNVEI.OPI'liS l)|;s Tl.MCIERS. 237 l'ig 38 Enibiyon plus avancé, avec les premières traces de lenveloppe. a, membrane vitelline. b, corps rie l'embryon. c, queue de l'embryon. d, enveloppe de l'embryon. e, mamelon intérieur ou tube excréteur. f, corpuscules coniques en groupe d'individus entourant le mamelon. Fig. 39. Embryon à terme ou larve de Botryllus. 6-^ (comme dans la figure 38) g, nerfs (?) du mamelon, avec leur épanouissement dans les lobules de l'en- veloppe. h. lobules de l'enveloppe. I, lobules du mamelon. k, ouverture du tube. 1, enveloppe interne charnue. Fig. iO. Une partie de la queue de l'embryon précédent, grossie 350 fois n, enveloppe externe homogène. b. couche.de petites cellules. c. grandes cellules à noyaux, entourant : d. canal intérieur. Fig. 41 . Globules d'un vilellus divisé, tels qu'ils se présentent lorsqu'ils sont en contact avec l'eau ; dessinés sur un fond noir. a, granules. b, noyau du globule. Fig. 42. Embryon à terme de VAmauroiinum i\onimnnni, Eûw A, partie antérieure du corps. a, enveloppe externe. b, partie jaunâtre. c, lobules provenant de cette partie. d, masse centrale brune. e, points oculaires. 0, queue. a, enveloppe. 6. masse centrale jaunâtre. Fig 43. Une partie de la queue de cet embryon, grossie 3.50 fois II. enveloppe exlérieure homogène. b, couche de petites cellules. c, série de grandes cellules. Fig 44. Œuf de VAplydium gibbulosum, à vilellus divisé. a, membrane vitelline. 6, globules de vitellus. Fig 45. Embryon éclos du même anunal A et B (voyez fig 42). •238 PAÏENi. — lUI'i'om SUR l.li MÉMOIHIi l'IlRCRDEINT. Kig 46. Segment de l'enveloppe du Bulnjllua pnlycyclH^. grossi 100 fois. a, masse fondamentale fibreuse {voyez fig. 29). 6, noyaux. c, concrétions anorganiques. rf, ramifications de l'enveloppe de ces individus, e, germes situés à l'extrémité de ces ramifications. Fig. 47. Segment de la masse fondamentale du Diazona mnlaeea, grossi 30 fois. a, substance homogène. h, noyaux. • r, cellules ou concrétions. d, ramifications de l'enveloppe des individus. e, terminaisons de ces ramifications, non développées f, terminaisons développées en germes. g, granulations d'une couleur bleuâtre, contenues dans les ramifications. RAPPORT SUR LE MÉMOIRE PRÉCÉDENT, Par M. FATXIir ■ L'Académie nous a chargés, MM. Dumas, Milne Edwards, Boussingault et moi. d'examiner une Note de MM Lœwig et Kœlliker , qui annoncent avoir constaté la présence de la cellulose dans une classe tout entière d'animaux sans vertèbres , les Tuniciers. La cellulose , comme on le sait , pure ou injectée de substances organiques ou minérales, forme les parois des cellules, des divers tubes et des vaisseaux propres de toutes les plantes; elle renferme, dans ces cavités, des matières organiques ternaires et azotées, sans que celles-ci fassent partie de sa composition intime; elle enveloppe ou recèle dans l'épaisseur de ses parois divers principes immé- diats , des sels et des oxydes ; en un mot , cette substance à composition ternaire, souple, plus ou moins tenace et résistante suivant les degrés de sa cohésion . constitue la trame de tout l'édifice végétal. Tantôt assez faiblement agrégée pour être attaquée durant la digestion des ani- maux supérieurs, et remplir, sans doute alors , le même rôle que l'amidon , la dextrine, l'inuline, isomériques avec elle, ou que les sucres ses congénères; tan- tôt assez résistante pour être retrouvée intacte dans les'déjections des herbivores. Parmi plusieurs lichens, et dans le parenchyme de certaines feuilles, la cellu- lose se montre avec une agrégation si faible , qu'elle affecte quelquefois les pro- priétés de l'amidon , et peut , comme ce principe immédiat , se teindre en violet lorsqu'elle est hvdralée et mise en pré.senre de l'iode PATKN. - RAPPORT SIR I.K MÉMOIRE PRÉCÉDENT. 239 (In peut même toujours , lorsque la cellulose est pure et douée d'une forte cohésion , la désagréger au point de lui donner cette propriété caractéristique de l'amidon, devenue ainsi la propriété distinctive de ia cellulose elle-même. Nous avons cru devoir rappeler au souvenir de l'Académie ces données , dont nous avons fait usage, afin de vérifier le fait important qui lui était annoncé Déjà , l'an dernier , M. Schmidt avait signalé la présence d'une substance ter- naire voisine de la cellulose chez la Pliallusia mamillaris et la FrustuUa salina ; le travail de MM. Lœwig et Kœiliker fut entrepris dans la vue de décider s'il existe réellement dans le règne animal une substance ternaire identique avec la cellulose. Les auteurs ont retrouvé chez tous les animaux de la classe des Tuniciers . qu'ils ont pu se procurer , une substance insoluble dans les solutions de potasse caustique , blanche , souple , dépourvue d'azote lorsqu'elle est complètement épurée. Ils l'ont reconnue parmi les Phallusia mamiilaris, inlesUnalis et monachus; les Cynlhki pnpillatn, Clavellina lepndiformis, Ditizonaviolriren, Boiryllus polycyclus, Pyrosoma giganteum, Salpn moxima. Cette substance forme , chez les Ascidies simples et agrégées , la couche exté- rieure d'apparence cartilagineuse; chez les Ascidies composées , la masse molle dans les cavités de laquelle les groupes d'individus sont logés, et chez les Sa/po, toute l'enveloppe résistante dans laquelle sont contenus les muscles , les viscères, les nerfs; en sorte que tous ces organes se dissolvent dans la potasse, tandis que l'enveloppe résiste . MM. Lœwig et Kœiliker, ayant d'ailleurs soumis à l'analyse élémentaire l'en- veloppe de la Phallusia mamillaris et celle de la Cynthia papillata , ont trouvé , pour le carbone , l'hydrogène et l'oxygène , des nombres qui s'accordf nt avec la composition élémentaire de la cellulose. En conséquence, ils n'hésitent pas à sou- tenir que cette substance est identique avec la cellulose des plantes. Vos commissaires ont pu de leur côté entreprendre quelques essais sur des Phallusia intestinnlis , que l'un d'eux, SL Milne Edwards , avait rapportés des côtes de la Bretagne. En faisant réagir successivement la solution de potasse caustique . l'eau aigui- sée d'acide chlorhydrique , puis l'eau pure , ils sont parvenus à dissoudre et extraire des enveloppes , sans déchirer celles-ci , tous les organes qu'elles renfer- maient. Alors ces enveloppes étaient blanches , translucides , un peu nacrées, et Ires souples. Agglomérées mécaniquement, divisées à la lime , puis analysées, elles don- nent 3 pour 100 d'azote, c est-a-dire le tiers seulement de la proportion conte- nue dans la chitine , enveloppe des Insectes et des Crustacés , et moins du sixième des quantités que recèle la peau privée de graisse des animaux supé-- neurs 240 PAYEX. — RAPl'Olil SllK LE MliMOIllE l'RÉCKDENT^ Celte faible dose d azote eût été réduite encore si la minime tjnantilé de sub slance mise a notre disposition eût permis de pousser plus loin l'épuration en divi- sant beaucoup les enveloppes examinées ; mais dès lors la composition de celles-ci était évidemment distincte de celle des différentes membranes animales , comme des téguments propres aux Insectes et aux Crustacés ; enfin , les résultats des analyses élémentaires faites par les auteurs de la Note ne semblaient pouvoir convenir à aucun autre principe immédiat qu'à la cellulose. Cependant , plusieurs réactions décisives à cet égard n'ayant pas été mention- nées dans la communication , nous avons cru devoir les essayer ; trois petites enveloppes que nous avions réservées à cet effet pouvant suffire, l'une d'elles, préalablement desséchée, fut plongée dans l'acide azotique concentré, et elle résista comme l'aurait fait la cellulose fortement agrégée ; la chitine, placée dans le même réactif, fut bientôt attaquée et dissoute. La substance essayée pouvait donc être comparée à de la cellulose très résistante, mais alors elle devait reproduire aussi les mêmes phénomènes , si on la faisait passer graduellement par des états d'une agrégation moindre. Tels furent effec- tivement les résultats des expériences suivantes , à la fois simples et démonstra- tives : une des enveloppes . bien hydratée . fut plongée et foulée avec un tube dans une solution aqueuse d'iode légèrement alcoolisée: elle prit une teinte jau- nâtre très faible : étendue alors sur la paroi d'un verre , on la toucha sur plu- sieurs points avec de l'acide sulfurique monohydraté ; bientôt la désagrégation fut manifeste , et dès ce moment apparut le phénomène de la coloration violette in- tense appartenant , dune façon exclusive jusqu'ici, aux particules de l'amidon ou de la cellulose désagrégée, teinte par l'iode. Dans de semblables circonstances , un tégument de sauterelle prit une colo- ration jaune-orangé qui persista seule sous l'inlluence dissolvante de l'acide sul- furique concentré. En examinant, sous le microscope, la réaction de l'acide sulfurique sur un lam- beau d'enveloppe iodée de Phulhisia . on voyait succéder à la coloration violette une dissolution plus avancée détruisant l'effet de teinture . et laissant apercevoir de nombreux corpuscules de matière azotée colorée en jaune , et qui étaient restés Interposés entre les libres du tissu. Cet état de désagrégation de la cellulose correspondant aux groupes des parti- cules amylacées aune notable stabilité. Telle est aussi l'une des propriétés de la cellulose des Tuniciers .\Dn que l'Académie puisse en juger , nous avons l'hon- neur de lui présenter une des enveloppes mises en cet état où la coloration spé- ciale s'est prononcée depuis plus de trente jours , et qui se peut prolonger encore. D'un autre côté, nous avons pu reconnaître que les mêmes tuniques, traitées humides par l'acide sulfurique , se désagrègent et se dissolvent en un liquide mucilagineux . diaphane , incolore, d'apparence semblable à la dextrine. Le travail de vos commissaires en était à ce point lorsque leur confrère , M. Valenciennes , eut l'obligeance de mettre a leur disposition une quantité de PAIEK. — HAI'l'OIlT SlJll LK MÉMOIBE PRÉCÉDENT. 2/j 1 Tuiliciers égale a peu près à celle employée déjà . ce qui leur permit de répéler et de compléter les analyses. Le tableau suivant présente les résultats obtenus dans les deux séries de re- cherches. DÉTERMINATION DE l'azote. ,0,». POIDS NDICATION DES SUBSTANCES. .1.1 SMbslanres iinalyïcr». llUBflZ PHEMION» TEVtPK^»- TUBE, pour .00. CBI.DM». E.IVB oppes des Tiniiciers laveesâ l'eau. ■m 10.75 7>î',3 te" 4.49 1-2,66 Id. epurëet par la potassr à 02 el l'acide rhiorhydriquei 0,01. . lî- 3.50 -3.6 16 r,.i9 . Iiliui> Carb'ine . , , 41.f> Hydrogct.e . . 6.4 Oxygène. . . 4^.1 iuO.O 1 On voit qu'à l'état normal les enveloppes analysées contenaient des matières azotées interposées dans les flbres de cellulose, et formant les vingt-sept centièmes du poids total , en supposant leur composition semblable à la moyenne environ des substances animales organisées ; une partie de ces matières paraissent résister à la solution faible de potasse caustique , et se dissoudre dans la solution concen- trée. Le procédé d'épuration complète de la cellulose des Tuniciers est donc , en définitive , le même que celui au moyen duquel on extrait la cellulose pure du bois et des autres tissus végétaux ; dans ce dernier cas , on élimine à la fois le:> substances azotées , les matières grasses et les principes ligneux. On pourrait représenter ainsi la composition immédiate des enveloppes des Tuniciers : Cellulose «0,31 Substances azotées 27,00 Matières inorganiques. . . . 12,66 100,00 On peut encore remarquer que les proportions des ma lières azotées inlerposée.*, ainsi que des substances minérales (phosphates, .silice, elr.J, sont au moins deux :)' ^érif ZrKii, T V (Avril I84fi)4 16 2^2 PAYEN. — RAPPORT SUR LE MÉMOIRE PRÉCÉDENT. fois plus considérables que celles observées dans les épidermesdes plantes: par- failemeut épurées , ces enveloppes ne renferment plus d'azote Enfin, notre analyse élémentaire s'est rapprochée plus encore de la composi- tion théorique de la cellulose que l'analyse de MM. Lœwig et Kœlliker. La cellulose, depuis qu'on a démontré sa présence dans les diverses espèces végétales dont elle relie et consolide toute la structure , a fourni l'un des princi- paux caractères distinctifs de ce règne : si l'on admet, cependant, qu'aucune règle de ce genre n'est absolue dans la nature, que toute distinction s'efface au- près des limites de nos classifications , on pourra conserver cette distinction elle- même en présence d'une exception semblable. Effectivement , les faits introduits dans la science sous le patronage de l'Aca- démie ont fait disparaître une ligne de démarcation autrefois admise entre la romposition élémentaire des végétaux et celle des animaux ; d'un autre côté, on .1 rendu plus précises les distinctions entre les deux règnes en indiquant certaines relations entre la composition des substances organiques et le rôle qu'elles parais- ."ienl accomplir. La découverte soumise au jugement de l'Académie et vérifiée par ses commis- saires offre, avec les faits précédents, des analogies remarquables. Ainsi, dans les plantes, les cellules les plus jeunes soit à l'extrémité des spon- gioles radicellaires, soit au centre des bourgeons aériens, ces cellules, douées d'une gronde énergie vitale, présentent ii l'analyse, comme a l'observation sous le microscope , une enveloppe très mince de cellulose renfermant en abondance , dans sa cavité, des corps qui ressemblent, par leur composition élémentaire, aux animaux eux-mêmes; et ce sont précisément ces corps, inaperçus autrefois , que l'on est porté k considérer aujourd'hui comme doués des principales fondions accomplies par les êtres vivants. Ne semble-t-il pas que la science vienne de trouver maintenant une confirma- tion des vues nouvelles , en rencontrant dans la série des êtres toute une classe d'animaux qui seraient comparables à déjeunes cellules végétales par l'enveloppe de cellulose qui les entoure ? Après un examen aussi approfondi qu'il lui était possible de le faire, votre commission est, a l'unanimité, d avis que l'existence de la cellulose chez les Tumciers a été mise hors de doute par MM. Lœwig et Kœlliker. C'est un fait capi- tal dans la science, et dont profiteront les études ultérieures relatives a la physio- logie comparée des deux règnes. ■Vos commissaires ont , en conséquence , l'honneur de vous proposer d'accorder à la communication de MM lœwig et Kœlliker une place dans le Recueil rlex SrtrantK l'Ir^turjers. •2i\:s REOIIERCUKS S II! LES POLYPES : Far H. DANA (t). Dans un ouvrage intitulé Structure et classipcatton des Zoophy- les, M. Dana a présenté une histoire générale de la classe des Polypes proprement dits et une distribution nouvelle de ces ani- maux. L'auteur, déjà connu par des Mémoires intéressants sur les Caliges , les Apus, etc., a été attaché comme naturaliste à l'expédition scientifique faite par la marine nationale des États- Unis pendant les années 1838 à 18/i2, dans les régions polaires australes , et il paraît avoir rassemblé ainsi d'immenses matériaux dont la publication ne tardera pas à avoir lieu. Le volume qui vient de paraître est destiné à servir d'introduction au travail des- criptif que M. Dana se propose de donner prochainement sur les Polypes; l'auteur y traite de la structure de ces animaux, en général, mais il s'étend principalement sur les Actinoïdiens, dont il a eu l'occasion d'étudier un grand nombre d'espèces nouvelles. Enfin il propose pour ces Radiaires une classification particulière qui , à plusieurs égards , nous semble préférable à celles précé- demment proposées. Ce travail étant fort peu connu en Europe , nous croyons utile d'en extraire, pour les lecteurs des Annales, le tableau dans lequel M. Dana expose sa méthode. <:0\SPECTUS DISTUrBUTIOlVIS KOOPIIVTORUM (2). ZOOPHYTA. Animuia radiata sœpius basi aflixa, siipernê tentacuiis co- ronata cuin ore centrali edentato , et intus , tubo cibario uniforo: androgyna; ovipara et gemmipara: nervis inconspicuis(?) : cir- culatione excorde laxissima : sensùs organis specialibus nullis. (1 ) Struclure and classification ofZoophytes, by J.-D. Dana. Philadelphia, I 846 in-4. (2) Nous ferons remarquer ici que M. Dana ne donne pas au mnl Zoophi/ie «on acception ordinaire, et ne l'applique qu'aux Polypes proprement dits 244 DAXA. — CLASSIFICATION DliS l'Dl.VI'KS. Ordo I. — ACTINOIDEA. Venlriculo stomachum includenle lamellis radialis generativis septato ; ovulis ore ejectis. SUBORDO I. — ACTINARIA. Tcntaculis 6, 12, aut pluribus, saepissimè non papillosis et •apice perforatis : saepe coralligena; corallis calcareis (rarissime i dks l'OLïriis. 2/|7 Fatniiia 3. — Cormilarids. Coiallis lubulatis, corneis. Genus : (ioniularia. Familia 4 — Tcbipurid^ Corallis tubulatis, calcareis. tfenera ; Anlopora, Telesto, Tubipoia, Syiingopora. Familia 5. — Goruuniu^ Secretiones epidermicas basi elaborantia , el saepissimè alias quoque calcareas internas Gênera : Corallium ( Coralliinœ) ; Hyalonema , Briareum , Gorgonia , Prininoa, Bebryce [Gorgoninœ] ; Isis, Mopsea, Melit^a (fsinœ) Ordo II. — HYDROIDEA. Ventriculo tubuliformi, simplicissimo ; ovulis e lateribus ex- terne enascentibus. Familia 1 . — Hydriue. Ovulis siDgulis ; gemmis lateralibus, et puUis maturis décidais : corallis nallis. Genus : Hydra. Familia 2. — Seetularid.k, Ovulis in vesiculo inclusis, gemmis lateralibus persistentibus ; corallis corneis, caliculis sessilibus. Gênera : Antennularia , Plumularia , Sortularia , Thuiaria , Thoa , Pa- sythea. Familia 3. — Campasllarid.ï. Ovulis in vesiculo inchisis, gemmis lateralibus persistentibus; corallis corneis, caliculis pedicellatis. Gênera : Laomedea, Campanularia. Familia 4. — Tubi'larid* Gemmulisnudiscaduceis, juxta tentacules enascentibus; auimaliasaepe coralligena, corallis corneis, tubulatis. Gênera : Pennaria, Tubularia, Syncoryna, Corydendrium, Eudendrium, coryna, Hydractinia. OBSERVATIONS SUR DIVERSES ESPÈCES DE MAMMIFÈRES FOSSILES DU MIDI DE I.A FRANCE : Par M. PAUI. GERVAIS S 1. Remarques sur la classification des Maimiiifèies vivants el fossiles. L'étude des Mammiftres fossiles paraît appelée à fournir des données précieuses à la classification, et déjà les magnifiques tra- vaux de G. Cuvier, de M. de Blainville et de M. Richard Owen sur les espèces éteintes de cette classe d'animaux ont eu la plus lieureuse influence en appelant l'attention des zoologistes sur des particularités qu'on avait jusqu'alors ignorées ou négligées. Il sem- ble évident que, dans l'état actuel de la science, la classification doit se servir non seulement des caractères qu'on observe sur les espècesvivantes, mais qu'elle doitrecourirencore aux particularités que présentent les espèces perdues. Elle doit aussi s'inspirer des faits les plus importants de la distribution géographique et paléon- lologique de ces animaux. Puisque les Mammifères présentent à l'observation des faits analogues à ceux qu'on a remarqués récemment dans lesdilfé- rentes classes des Reptiles, des Poissons, des Céphalopodes et des Échinodermes , il est indispensable de fonder la clas- sification du groupe entier sur la connaissance de toutes ses frac- tions. Les lois de Tapparition des Mammifères aux divers âges de la création, les particularités qu'ils ont présentées suivant les différentes époques pendant lesquelles ils ont vécu , doivent donc éclairer la méthode aussi bien que les caractères des espèces actuelles envisagées à l'état adulte ou dans la série de leurs développements. Tous les naturalistes ont remarqué que, plus nous nous rappro- chons de la méthode naturelle . plus nous voyons concourir à sa démonstration les particularités fournies par l'étude dudévelop- p. UEKVAK. — CLASSIFICATION UliS MA.MMIUCUKS. 2/|9 peinent, par l'organisation envisagée àl'àge adulte , par le mode d'existence et même par la répartition géographique et paléonto- iogique des espèces. Il semble alors que nous soyons sur la trace du principe commun de toutes ces particularités. Les beaux tra- vaux de M. Agassiz et de quelques autres zoologistes ne laissent plus de doute à cet égard. La voie nouvelle qu'ils ont ouverte a rendu de trop grands services à la zoologie pour qu'on ne la suive pas toutes les fois qu'on le peut. Le besoin le plus pressant de la mammalogie actuelle, le désir le plus vif des mammalogistes, ce n'est plus la distinction des dif- férents ordres de la classe des ^lammifcres , car les travaux des naturalistes modernes en ont parfaitement établi la caractéris- tique; c'est la répartition de ces ordres eux-mêmes dans les diffé- rentes séries principales que l'on entrevoit déjà parmi les Mammi- fères, et dont chacune comprend des familles supérieures en orga- nisation , qui en sont pour ainsi dire les Primates , des familles d'une élévation moyenne et d'autres qui sont inférieures même à celles-ci ou qui sont dés termes pour ainsi dire dégradés , qu'on les compare aux premières espèces de la série dont ils font partie ou à celles qui commencent la série suivante. La classification des Mammifères en séries multiples, mais su- bordonnées les unes aux autres comme le sont les ordres ou les familles naturelles comprises dans chacune d'elles , n'est point un fait pai'ticulier à cette classe d'animaux. C'est l'application d'un principe que l'on peut considérer comme général en zoologie , et dont l'emploi doit conduire aux meilleurs résultats pour la connais- sance de tous les groupes du règne animal. Ajoutons que beau- coup de zoologistes en reconnaissent aujourd'hui la valeur et que la science lui doit déjà de précieuses découvertes. Les zoologistes les plus célèbres se sont occupés de la classifi- cation méthodique des Mammifères , et bien que les résultats aux- ([uels ils sont arrives diffèrent sous quelques rapports, on peut aisément reconnaître que leurs travaux ont successivement per- l'i'ctionné cette branche importante de la zoologie. Ce n'est donc pas sans une grande léserve que nous nous permettrons de pro- poser quelques modifications aux classifica lions qu'ils ont adoptées. '.^50 p. UERl'AK. — CLASSIFICATION DES MAiMMlFÈftES. Il nous semble que dans l'état actuel de nos connaissances en mammaiogie on peut admettre quatre séries primordiales ou sous- classes de Mammifères dans chacune desquelles les familles prin- cipales ou les ordres doivent être disposés sur deux lignes distinctes suivant que leurs espèces sont organisées pour vivre à terre ou dans les eaux de la mer. Nous nommerons Géo>nt Mre appelés des animaux carnassiers 25"2 p. CiERVAK. — CLASSIFICATIOIV DES MAMMIFÈUES. envisagés séparément; mais elle tient compte des caractères four- nis par ces différents systèmesd'organes dans la subordination des familles de chaque sous-classe. Seulement elle leur refuse la qua- lité de caractères dominateurs qu'on leur a successivement attri- buée et retirée. La classification d'après le système dentaire s'en éloignerait moins si les auteurs qui l'ont préférée , F. Cuvier entre autres, avaient suivi plus rigoureusement les indications fournies par les organes dont ils se sont servis. Je ne puis que répéter ici ce que j'ai écrit ailleurs : « 11 y a dans toutes les variations du système dentaire, danscette foule de dispositions au premierabord si disparates , un ordre réel dont les zoologistes commencent à se rendre compte, et dont on entrevoit le plus souvent la raison dans quelque particularité des mœurs des animaux ou dans le rang qu'ils occupent dans la série des êtres créés. « Les Mammifères Thalassothériens (1) sont peu nombreux si on lus compare à ceux qui sont organisés pour vivre à terre ou dans les eaux douces; mais tout le monde sait que nos connaissances à leur égard sont bien moins avancées que celles relatives aux espèces terrestres. I^es animaux marins de l'époque actuelle sont d'une observation dillicile, et la science ne possède encore qu'un petit nombre de documents certains sur ceux des mers australes. Les Mammifères des mers tertiaires ne sont encore décrits que fort incomplètement, et on ne connaît point encore ceux qui ont vécu au commencement de cette époque. Qui donc oserait dire que l'on n'en recueillera pas, même en Europe, qui nous ont échappé jusqu'ici? Comment croire que les dépôts également marins qui composent une partie du sol des autres continents ne fourniront pas des formes encore inconnues? Le Zeuglodon ou Basilosaure découvert dans l'Amérique septentrionale est bien une preuve du contraire, et il semble nous offrir un terme encore mal connu, mais fort curieux, de la chaîne aujourd'hui interrompue (I) MM. Duvernoy et fie Selys-Longcliampsfonl aussi des Miinimifères marins rni groupe à part. Le premier les intercale entre les Édcntés et les Marsupiaux (Mém. Soc. d'hist. mit. de Slrasbniirg); le second les relègue à la lin de lonle la classe, ce qui se rapproche davantage de notre manière de voir, mais néanmoins rn accordani plus à la nature acpialiipie que nous ne le taisons ' ' ' p. UERVAIS. MA.VlMIFKRi;S FOSSlI.liS 1)1, MIDI. •Î7y.i des Mammifères marins, cliaîne qui doit avoir éli' (.■onsidéroble si l'on en juge par l'importance que les mers ont eue aux diverses époques de la création animale. En terminant cette introduction déjà bien longue, pour arriver à la description de quelques Mammifères fossiles du midi de la France , je ferai la remarque suivante : Dans les savantes dissertations qui ont été imprimées au sujet des animaux de Stonesfield , supposés Didelphes, on ne s'est pas assez préoccupé, ce me semble, d'une opinion de M. de Blainvillc sur les affinités zoologiques de ces curieux fossiles de l'époque oolitique. « Si l'on croyait, dit M. deBlainville, devoir les consi- dérer comme de la classe des Mammifères, leur système dentaire molaire les rapprocherait des Phoques plus que d'aucun autre groupe. » En effet, si l'on étudie ces fossiles d'après les belles figures qu'en a publiées M. Richard Owen , on est frappé de l'analogie de leurs dents molaires , toutes de l'ordre des avant- molaires, à double racine et à couronne denticulée avec celles des Phoques. La mandibule elle-même a dans son apophyse coro- noïde une certaine ressemblance avec celle de ces animaux. Les Amphithérium , c'est-à-dire les Mammifères de l'oolite que (1. Cuvier a le premier considérés comme des Didelphes, formeraient - ils donc un groupe nouveau qui serait inférieur aux Phoques. comme les Didelphes le sont eux-mêmes aux Carnivores? C'est un rapprochement que je livre à la critique des naturalistes qui possèdent les mâchoires de Stonesfield , ou qui pourront étudier de nouveaux ossements appartenant à ces curieux animaux. §" Kpnques auxquelles apparlienneiit les Manimifèrps fossiles dans le iiiiili (le la France. La détermination de l'âge des terrains marins repose essen- tiellement sur la connaissance des coquilles fossiles. Les ossements des Mammifères, dont les débris sont mêlés à ceux des Mollusques marins, lui fournissent aussi de bonsdocuments ; mais c'est surtout pour la connaissance des dépôts lacustres qu'il importe de rerou- -2ôk V. UKRVAIS. — MAMMIFÙKKS FOSSILES DU AUDI. rir à l'étude des Mammifères fossiles. Les Mammifères marins on Thalassothériens caractérisent doncles terrains qui se sont formés sous la seule influence des eaux de la mer ; les restes des Géo- thériens se rencontrent seuls dans les dépôts qui se sont faits plus ou moins loin des mers, sous les eaux douces; et, dans d'autres cas, le mélange des Géothériens avec les Thalassothériens dé- montre que les cours d'eau tluviatiles amenaient du sol exondé les restes des animaux terrestres pour les ensevelir pêle-mêle sous les eaux de la mer, avec les cadavres des espèces marines, dans des lieux plus ou moins circonscrits. Ces trois conditions, qui se rencontrent également aujourd'hui sur divers points du globe, ont aussi existé à des époques anté- rieures dans le midi de la France. Certaines couches ne contien- nent que des débris marins, certaines autres n'ont que des débris terrestres, et il en est dont les fossiles sont un mélange d'ani- maux marins avec des espèces terrestres ou fluviatiles. A cette dernière sorte de dépôts appartiennent les sables de Montpellier, dont les Mammifères, déjàétudiés par MM. Marcel de Serres et de Christel, l'ont été de nouveau tout récemment par nous et le premier de ces naturalistes. Nous donnerons plus bas la notice que nous avons publiée sur ce sujet. Dans le calcaire-moellon de Saint-Jean de Védas , tout près de Montpellier, on n'a encore trouvé que des animaux marins. Nous décrirons une dent que nous avons obtenue de cette localité , et que nous rapportons au Sqtudodon de M. Grateloup, singulier genre de Dauphins fossiles qu'on n'avait point encore observé en Languedoc. A Vendargues, autre localité du département fie l'Hérault, les sédiments aussi ont enfoui des débris de Mammifères marins. La Faculté des Sciences possède une belle coupe de la tète d'un Dauphin enveloppée dans ce calcaire. Cette tète indique une espèce voisine du Delphinus delphis , mais néan- moins différente. Auprès de Pézénas on trouve des argiles dans lesquelles il y a aussi des débris de Dauphins. Nous en avons quelques vertèbres à la Faculté des Sciences de Montpellier pro- venant de la collection de feu M. Reboul. Enfin nous devons citer un atlas et une vertèbre caudale d'un Cétacé assez grand , que I p. GERVAIM. ■ — MAM.MI^■ÈllliS FOSSILKS 1)1 MIIH. ^riô possède M. Eugène Ras])ail, à Avignon, et qu'il a recueillis dans un terrain bien plus récent du département de Vaucluse. A Issel (département de l'Aude), dans la molasse d'Auchc, de Sansans, de Semorre, etc. (département du Gers), dans les dépôts d'Apt, de Cucuron, etc. (département de Vaucluse) , dans les cavernes du Gard et de l'Hérault, les Mammifères sont tous des Mammifères Géothériens. Nous avons donc dans le midi de la France comme dans l'ouest et ailleurs des formations mastozoïques de trois sortes : marines , terrestres et mixtes. Les époques auxquelles ces formations appar- tiennent sont aussi fort différentes : Le dépôt d'Issel est principalement caractérisé par la présence de Lophiodons et paraît du même âge que ceux d'Argenton (dé- partement de l'Indre) et de Buschweiller (déparlement du Rhin). C'est un des plus anciens dépôts d'ossements de Mammifères. Les fossiles trouvés à Gargas, près d'Apt (Vaucluse), doiii nous décrirons une nouvelle espèce appartenant au genre Ple- rodon, sont d'une époque analogue à celles des Gypses de Paris. 11 y a d'ailleurs dans le même département quelques formations gypseuses, et M. Rénaux, architecte de la ville d'Avignon, y a recueilli des débris de Palaeothérium. Le dépôt terrestre d'Apt se rattache aussi par ses fossiles à ceux de la Grave, près Bordeaux, et de l'île de Wight. Les terrains tertiaires moyens sont représentés en grand dans le département du Gers et dans quelques localités voisines. Les nom- breux ossements découverts par M. Lartet, dans ces localités, ont rendu célèbres les gisements qu'a si bien explorés cet habile naturaliste. Cucuron, qui nous a fourni une espèce d'Hyène encore inconnm- jusqu'ici, et qui est la localité principale des Hipparions, paraît appartenir à l'époque tertiaire supérieure , c'est-à-dire au Plio- cène, ainsi que les sables de Montpellier, mais on n'y a encore découvert que des espèces terrestres, tandis qu'à Montpellier ce sont des animaux marins mêlés à des genres terrestres. Les plus importunis parmi ces derniers sont sans contredit un Rhinocéros et un Mastodonte différents de ceux du Gers. •25(5 p. UKKVAIK. — M VMMlKÈliliS FOSSIF.ES 1)U Mll)r. Au-dessus encore , dans les environs de Montpellier, viennent les terres qui renferment des restes d'Hippopotames ; mais c'est surtout auprès de Pézénas qu'on observe les plus riches en fossiles, et M. de Christol leur a consacré un de ses mémoires. Les fossiles de Pézénas se rapprochent davantage de ceux des cavernes. On y trouve l'Éléphant, l'IIippopotame, divers Ruminants, parmi lesquels nous signalerons l'Élan, mais on n'y a pas encore con- staté d'une manière positive V H yœna spelœa ni le lihinoceros li- chorinus, qui sont deux des Mammifères caractéristiques du dilu- vium et de la plupart des cavernes. Ces deux espèces, au con- traire , ont laissé des débris dans les cavernes du midi comme dans celles du nord , et tout récemment nous avons vu chez M. Émilien Dumas, à Sommières, des restes de l'une et de l'autre recueillis par lui dans la caverne de Poudres (Gard). Toutefois les cavernes du l^anguedoc devront donner lieu à une distinction fort importante et qu'on n'avait point encore faite. La plupart, en se remplissant, ont enfoui des animaux de mémo espèce que ceux des cavernes de Kirkdale, de Liège, de Gay- lenreuth (en Angleterre, en Belgique et en Allemagne) , et des dépôts diluviens d'Abbcvillc , de Paris , etc., ainsi que des prin- cipales cavernes de Prancc, celles d'Échenoz et de Fouvent (dé- parlement de la Haute-Saône) , de Brengus ( département du Lot) , etc. ; mais celles de Lunel-Viel ne sont pas complètement dans le même cas. Contrairement à ce qu'on a reconnu pour la caverne de Torquay, dans le kent (Angleterre), qui est d'un âge antérieur au dépôt diluvien, celles de Lunel-Viel renferment au contraire des animaux ayant une analogie remarquable avec ceux qui vivent encore en Afrique , en Barbarie et même en Europe. Ce qu'il y a de plus remarquable à Lunel-Viel, ce sont une Hyène, {Ilyœna prisca) , une Gencttc , un Lion et un Rhinocéros, qu'il nous paraît bien difficile de distinguer spécifiquement de l'Hyène rayée, de la Genette (europœo-barbaresque), du Lion et duRhi- iwceivsafricanus. Lunel-Vie! paraît manquer du Felisspelœa, du Rhinocéros lichorhinus ei de quelques autres fossiles des dépôts diluviens. Malheureusement parmi les débris d'Éléphant en très petit nombre qu'on y a renronlré?, on n'a signalé aucini morceau p. UKRl.tK. — MAM.MIKÈIll.S FOSSILES DR WUCHSI!. 25' rie dent qui puisse décider de l'espèce fafricaine ou plus semblable à. celle d'Asie ) h. laquelle appartenait rÉk'|ihant enseveli dans (.■es cavernes. Ces dépôts d'âges fort divers ne sont pas les seuls que nous pourrions signaler, mais nous manquons encore de documents re- lativement à ceux dont il nous resterait à parler. On peut voir néanmoins qu'ils appartiennent aux différentes époques éocène, miocène et pliocène que l'on a distinguées dans la période tertiaire, et que les terrains diluviens et l'époque actuelle que l'on sépare souvent des formations tertiaires, quoiqu'ils n'en diffèrent pas plus que ceux-ci ne diffèrent entre eux, y sont aussi représentés par les fossiles caractéristiques du diluvium du nord et du centre de l'Europe, et de plus par des animaux que leur analogie avec ceux de l'Afrique rend extrêmement curieux. Rappelons aus>i que plusieurs brèches osseuses ont été observées sur la côte du Languedoc et particulièrement à Cette. § nr. Sur iinn nouvelle espère de Plerodon du lorrain lerliaire inférieur. Pendant le courant de l'année dernière, M. Marcel de Serres m'avait communiqué un morceau fossile de mâchoire supérieure encore pourvu de deux molaires , qui fait partie de son intéres- sante collection. Ce morceau, qu'il jugeait être de Palaeothérium, et qui appartient en effet à ce genre , avait attiré mon attention, parce qu'il était pour moi un premier indice de l'existence, dans le midi de la France , de terrains tertiaires de l'âge des plâtres de Paris. Ce curieux fossile avait été recueilli dans le département de Vaucluse; je l'emportai à Paris pour en déterminer l'espèce d'une manière précise; et comme M. de Blainville s'occupait alors de la révision des Palaeothérium , d'après les pièces mêmes observées par G. Cuvier, et d'après celles qu'il a lui-même réunies, je le lui laissai en communication avec d'autres ossements du Midi. J'ai su à mon retour de Paris , en passant à J.yon , que beau- coup d'autres débris du genre Palœothérium avaient été rencon- 3* sf^ne Zooi.. T, V. ( Mai l8iB ) , 4 7 '258 p. CERVAIS. — MAMMIFÈRES FOSSILES DE VMICLUSE. très dans une localité du département de Vaucluse voisine d'Apt, à Gargas , et qu'avec eux on trouvait d'autres Mammifères dont les genres sont également analogues aux genres des Mammi- fères enfouis dans les plàtrièresde Paris. M. Jourdan, professeur à la Faculté des Sciences de Lyon, et directeur du Musée d'his- toire naturelle de cette ville , au palais Saint-Pierre , me fit voir une belle collection de ces fossiles d'Apt qu'il avait réunie , et il me fit remarquer parmi eux plusieurs espèces de Paleeothé- rium , divers Anoplothérium , d'autres Mammifères , qui parais- sent être un Cochon et un Chaeropotame , et des Reptiles chélo- niens et crocodiliens. M. Jourdan avait considéré ces fossiles comme de l'époque éocène , ce qui concorde parfaitement avec notre manière de voir Depuis lors , nous avons pu voir au musée d' Avign on une suite également fort intéressante des fossiles du dépôt éocène d'Apt recueillie par M. Piequien , et parmi eux une espèce (jui manque à la collection formée par M. Jourdan. Comme ce dernier naturaliste doit publier très prochainement le résultat de ■ ses recherches, nous nous abstiendrons de parler des fossiles du musée d'Avignon qui sont analogues aux siens et même de ceux que nous possédons actuellement à Montpellier, mais nous don- nerons quelques détails sur l'espèce que M. Piequien possède seul jusqu'à présent. Celle-ci est un Carnassier que nous croyons du même genre que le Plerodon pari.iiensê. Mammifère fort sin- gulier qui avait été indiqué d'abord par Cuvier comme une espèce de Uasyure. Ce genre Plerodon est aussi un fossile des plâtres de Montmartre , et sa découverte à Apt vient confirmer notre opinion et celle de M. Jourdan sur l'âge du dépôt dont il provient. Ce point n'est pas le seul dans le Midi où l'on trouve des fos- siles de la même époque. Le terrain d'Apt paraît être une sorte de lignite : un dépôt semblable existe à Digne ( Gard ) , et renferme aussi des débris de Palœothérium ; nous en avons vu quelques os dans l'intéressante collection de M. Émilien Dumas, à Sommières ; et d'après ce que nous a dit ce savant géologue , M. d'Hombres Firmas a recueilli des débris analogues auprès d'Alais. Ajoutons que si le dépôt d'Apt paraît contemporain de celui p. GERV.tlS. — MAMMIKÎillES FOSSlLIiS D2 VAUCLUSI:. 250 des gypses de Paris, ses espèces et celles de cette localité ne sont pas toutes identiques, mais plutôt congénères. Elles ont aussi une grande analogie avec celles du terrain éocène de Bordeaux dont a liarlé (j. Cuvier, et avec celles de l'île de Wight, que M. Owen vient de décrire dans son ouvrage sur les Mammifères et les Oiseaux fossiles de l'Angleterre. Nous donnerons à l'espèce de /'/erorfond'Apt le nom de Pterodon Reqiiem. Deux fragments recueillis par M. Piequien nous jiaraissent appai'tenir à cette espèce. L'un est un morceau de maxillaire supérieur qui porte encore une dent molaire à peu près entière, et les racines de deux autres dans leurs alvéoles: le second est une dent carnassière d'une forme toute spéciale , et que nous croyons être la dernière molaire supérieure droite du même animal. La dent implantée dans le morceau de maxillaire supérieur a sa principale pointe cassée , et en avant et en arrière de celle-ci une autre pointe surbaissée, l'antérieure étant la plus forte. Elle a aussi un talon interne placé sous sa grande pointe. Elle ne ressem- ble à aucune dent des Hyènes, desFelis ni desCanis, mais on pour- rait, jusqu'à un certain point , la comparer à la carnassière supé- rieure des Ours et des Ratons, bien qu'il soit assez facile de l'en distinguer par lacomparaison.il est impossible de ne pas la trouver fort semblable à la dent moyenne de la figure du Ptérodon, publiée par M. de Blainville dans son Ostéograpliie des Suhursus . pi. i2. Cependant , on peut juger par les racines restées en place que les deux dents antérieures à celle-là devaient avoir le talon interne plus saillant que dans le Ptérodon parisiense. La dent en place ou celle décrite ci-dessus a 0,015 dans son diamètre antéro-posté- rieur, et 0,012 de diamètre transversal au talon. Le morceau dans lequel cette dent est implantée est un fragment de maxil- laire supérieur gauche. La longueur de l'espace occupé par la dent et par les deux alvéoles de la dent qui la précèdent , est de 0,030. La place occupée par la racine de la dent la plus anté- rieure mesure 0,006 transversalement , et l'autre ou la plus forte des deux 0,011. L'autre dent dont nous pouvons parler est isolée , cassée au 260 p. «ERVAIS. — MAMVMlÈr.liS FOSSII.IiS DE VAllCI.llSE. collet, mais à couronne entière. C'est une carnassière qu'on ne peut confondre . ainsi que nous l'avons dit , avec celle d'aucun Carnivore. Elle se distingue de la carnassière des Hyènes et des Felis en ce qu'elle manque du talon antéro-interne qui caractérise celle- ci , et du denlicule surbaissé qu'elle porte en avant. Une pointe tranchante , étroite , à sommet aigu , répond au denticule prin- cipal de la carnassière supérieure des Felis et des Hyènes ; et le denticule postérieur , ou plutôt l'aile de la carnassière des mêmes animaux , qui n'est séparée de la pointe antérieure que par une faible échancrure, est presque deux fois aussi longue qu'elle, cou- pée obliquement suivant une ligne qui va de la partie posté- rieure de son collet au sommet de la pointe antérieure. Cette dent ne ressemble pas non plus à la carnassière des Canis ; mais elle rappelle davantage la dent postérieure de la figure du Ptérodon , publiée dans l'ouvrage de M. de Blainville, Toutefois ce n'est pas cette dent elle-même , car sa forme diffère à quelques égards, et nous la croyons une molaire carnassière qui manquerait dans le Iragnient observé par Cuvier et M. de Blainville. (leci donnerait aux Ptérodons plusieurs dents carnassières, comme Vi: Cuvier l'a admis pour les genres Tliylacyne et Sarcophile de la famille des Didelphes dasyurieus , et comme on le voit à la mâchoire infé- rieiu-e de l'Hyœnodon. Le Ptérodon d'Apt , cet éocène animal (lue nous donnons cependant coinnie un Carnivore, et non comme un Didelphe . jusqu'à ce qu'il soil mieux connu , aurait donc une véritable analogie sous le rapport de son système dentaire avec certains Didelphes carnassiers. La face antérieure de Wi dent qui nous occupe est plane et verticale. Voici les dimensions de cette dent : Diamètre antéro-postérieur , 0,022 : diamètre transverse en avant . près le collet , 0,010 ; hauteur verticale à la même face, 0,016 ; plus grande hauteur à la face externe , 0,018 ; hauteur à la séparation du grand denticule antérieur et de l'aile , 0,01 !i : longueur antéro- postérieure de l'aile. 0.01 /| ; hauteur à son extrémité postérieure , 0,003. p. GERVAIS. - MUlMIlÈni'S FOSSILES DK VIUCIISE. 261 § IV. Sur une espèce nou décrite d'Hyène fossile du leri aiu supérieur de Cucuioii. MM. de Christel et Matheron (1 ) ont signalé à Cucuron , petite localité du département de Vaucluse , un gisement remarquable de Mammifères fossiles, dont la principale espèce est une sorte de Cheval tridactyle ; le premier de ces naturalistes a fait de cette espèce remarquable de la famille des Chevaux un genre particulier sous le nom d'IIipparion; il donne la détermination suivante des autres fossiles enfouis avec l'IIipparion : un Mouton, un Bœuf, un Cerf de la taille de l'Élaphe et une Hyène. En passant dernièrement à Avignon , j'ai cherché à voir des débris de ces différents animaux , et je me suis naturellement adressé, pour y parvenir, à41. Requien,qui est vraiment, par son obligeance et son savoir, la providence des naturalistes et des ar- tistes qui visitent le département de Vaucluse. M. Requien, qui a fondé et qui dirige le musée d'Avignon , m'a communiqué les fossiles de Cucuron qu'il avait déposés dans ce bel établissement. J'en dois aussi quelques uns à M, Eugène Raspail , auteur d'une monographie très bien faite des montagnes de Gigondas et de la description du singulier Reptile des terrains néocomiens qu'il a découvert et nommé Neustosaurus Gigomiarum. Je ne parlerai point ici des débris d'Hipparion que j'ai vus à Avignon ou que je dois à la générosité de MM. Requien et Ras- pail ; car M. Jourdan , professeur à Lyon , m'a aussi montré un très beau pied du même animal, et il se propose d'en publier pro- chainement la description. Le Mouton signalé à Cucuron l'a été d'après des cornes qui doivent avoir 0,10 environ de longueur, et d'après des dents et quelques os. Nous ne saurions préciser encore ses caractères. Le C'er/"etje Bœuf nous sont encore inconnus en nature ; mais nous avons observé le Sanglier d'après un morceau de maxillaire supérieur portant encore la dernière molaire du cùlô droit. Celle '1 ' Annnief rlrs Scicnret e( de t' hirl'i^inp 4u midi de lu l-'innrr, I II! (18321. 26'i P. «EBVAIS». — iMA.M.MIl'ÈliliS FOSSlLIiS UK VMICI.LISE. dent est plus grosse que sa correspondante dans les Sangliers des sables marins de Montpellier et des cavernes de Lunel-Yiel. Voici ses dimensions: diamètre antéro-postérieur, 0,045; dia- mètre transverse à la colline antérieure, 0,030 ; à laseconde col- line, 0,025; à la dernière ou talon, 0,015. J^e morceau le plus intéressant parmi ceux que nous a prêtés M. Requien appailient à V Hyène, et il nous permettra de démon- trer que l'espèce de ce genre qui est enfouie avec les Ilipparions de Cucuron n'est ni Vllyœna spelœa des cavernes, ni l'Hyène si semblable à l'Hyène rayée {JJyœna vulgaris) qu'on trouve dans les cavernes de Lunel-Viel ( Hérault) et dans quelques terrains supérieurs de l'Auvergne. C'est une espèce tout-à-fait distincte de celles qu'on a décrites jusqu'ici, soit à l'état fossile, soit à l'état vivant; nous la nommerons Hv.ena hipimrionuiVI. La pièce fossile sur laquelle nous nous fondons est un fragment de mâchoire supérieure droite ayant encore quatre molaires. Au premier aspect on reconnaît ce morceau pour appartenir au genre Hyène, quoique la dernière dent, qui est d'ailleurs, comme chez les Hyènes, une tuberculeuse transverse, soit plus forte que sa cor- respondante dans les Hyènes rayée et brune [llyœna vulgaris et fusca) , et beaucoup moins rentrée à la partie postéro-interne de la carnassière que dans cette espèce et dans ses analogues fossiles [llyœna prisca de Lunel-Viel et //. arvcrncnsis de la montagne de Perrier). La grosseur de la première des quatre molaires restantes et sa forme montrent bien qu'elle n'était pas l'analogue de la première fausse-molaire des Felis , et qu'il exis- tait en avant d'elle une autre molaire comme dans les Hyènes. La molaire carnassière a aussi la forme de celle des Hyènes , et l'ait bien voir que le fragment dont nous parlons n'appartient pas non plus à un Canis. C'était une Hyène ayant sans doute, comme les Hyènes, cinq molaires supérieures, ou bien ayant au moins les cinq dents de ces dernières, avec cette différence que la posté- rieure était sur la même ligne que les autres au lieu d'être en, dedans de lagrande aile de la carnassière. Les autres dents restées à notre morceau fossile répondent aux deuxième, troisième et qua- trième molaires des Hyènes et sont presque entièremeni sem- p. GEBlVtlS. «UMMirÈBES FOSSII.KS DE l.'llÉRAULI'. 203 blables à celles de ces carnivores , mais leur talon postérieur est plus fort et subtranchant. L'aile postérieure de la dent carnas- sière est un peu plus grande et subbilobéc: un bourrelet règne sur la partie interne de son collet depuis le talon antéro-interne usqu'auprès de l'extrémité postérieure de l'aile; ce bourrelet est plus senti que dans l'Hyène rayée. Mais ce c|ui distingue surtout notre nouvelle espèce fossile de l'Hyène rayée, et h plus forte raison de l'Hyène tachetée, ainsi que des correspondantes fossiles de l'une et de l'autre, c'est la forme et la grandeur de la molaire tuberculeuse , qui est d'un volume bien plus considérable que celle de l'Hyène rayée, plus grande même que celle-ci dans la dentition de lait. Elle n'a cependant qu'un seul lobe au lieu de deux comme dans les Canis; sa coupe est prismatique triangulaire, avec un rudiment de bourrelet anté- rieur et postérieur au collet de la partie interne ; la partie élevée du lobe interne étant subtranchante, celle de l'externe au con^ traire mousse. Voici les dimensions de la carnassière et de la tuberculeuse : Longueur de la carnassière, 0,026; largeurau talon antérieur, 0,015. Longueur de la tuberculeuse, 0,009 ; largeur, 0,015. Un crâne d'Hyène rayée provenant du Barbarie nous a donné, pour la même dent tuberculeuse (es dimensions 0,006 et 0,015. § V. Sur une dont de Squalndrm Grnlclimpii recueillie à Saint-Jean de Védas , près Montpellier. Le calcaire de Saint-Jean de Védas, tout près de Montpellier, appartient aux couches nommées calcaire moellon par M. Marcel de Serres, et l'on en tire depuis fort longtemps la plupart des pier- res de taille employées à la construction. C'est un dépôt marin à couches inclinées, fort riche en débris de coquilles ou de polypiers, et dans lec[uel on observe aussi un grand nombre de dents di' Squales, des dents de Daurades et d'autres débris d'animau.v î26/l p. GEUVAI*». M\MMlFKKIiS FOSSILES UK l'iIÉIU i;i.T. niai'ins. Nous avions vu dans la collection de M. Marcel de Serres un fragment de côte de Métaxythériuni provenant d'un terrain qui dépend de celui-ci. Après une course que nous avions faite à Saint Jean de Védas, M. Paul Lichtenstein et moi , des ouvriers nous apportèrent avec des dents de Squales d'espèces diverses une dent crénelée qui me parut appartenir à l'animal singulier queM. Grateloup a découvert k Léognan , près Bordeaux , et qu'il a décrit sous le nom de Stiualodon. Voici la description de cette dent ; Elle est comprimée, plus longue que haute, à surface rugueuse et comme chagrinée sur la calotte d'émail qui enveloppe sa cou- ronne. Elle est denticulée sur une partie de son bord tranchant, et le serait sans doute sur tout le contour de ce bord sans l'usure assez avancée à laquelle elle a été soumise, principalement ausom- met et sur un des côtés du contour. La longueur de la grande partie usée est de 0,019. On voitpar les plis qui la bordent qu'elle a dû résulter de la confluence de plusieurs tubercules ou denti- cules usés jusqu'à sa base. A sa partie inférieure est encore une petite île d'ivoire entourée d'émail qui est un autre de ces denticules. Le bord opposé en présente trois semblables, mais plus considé- rables et dont les deux supérieures sont déjà joints par un isthme de manière à représenter le chiffre 8. Une des faces de la dent est plus convexe que l'autre et montre une série oblique de six très petits tubercules iiiéquidistants usés de manière à simuler de très petites îles. Le plus rapproché de l'angle de la dent est sous la pre- mière des petites îles que nous avons indiquées. Hauteur de la juirtie coronale de cette dent, 0,010 ou 0,011, du collet au sommet usé. Longueur d'avant en arrière, 0,025; celles de l'individu observé par M. Grateloup sont plus entières. La racine de la nôtre est cassée ; on voit par ce qu'il en reste et par la forme du trou du bulbe qui est unique , mais à double canal très fin, qu'elle était subdidyme. L'animal auquel nous attribuons cette dent, et que nous nom- merons Squalodon GRATEi.oirii, ad'abordcié considéré comme un I p. «ERVAI9. — MAMMIFÈRES FOSSILES DE LHHltALLT. 2G5 Reptile saurieii , mais c'est bien un Mammifère , et, comme le fait remarquer M. Van Beneden d'après l'inspection de la tète même découverte par M. Grateloup, il appartient à la famille des Dau- phins. M. Laurillard (1) a proposé de remplacer son nom de Squa- lodon par celui de Crenidelphinus , et plus récemment M Pedroni a employé celui de Dplphinoiile.s. Sans contredit, le Squalodon diffère beaucoup, par la forme de ses dents, des Dauphins actuels, et le seul Plataniste du Gange peut lui être comparé sous ce rapport. En effet , les dents postérieures de celui-ci prennent avec l'âge une apparence palmée que nous avons surtout vue d'une manière évidente sur des mâchoires con- servées au Collège des chirurgiens, à Londres. Dans son Osléographie (genre Phoca, pag. 51), M. de Blain- ville a émis, d'après une indication dont nous lui avions fourni l'idée, que le Squalodon pourrait bien être l'animal dont Scilla a figuré des dents ei que M. Agassiz a proposé de rapporter à la famille des Phoques. M. de Blainville lui-même nomme cet ani- mal Phoca melitensis antiqua. La présence du Squalodon du Lan- guedoc nous semble donner plus de probabilité à ce rapproche- ment, si l'on remarque combien les dents figurées par Scilla et par M. Grateloup paraissent se ressembler, et si l'on se rappelle que le fossile de Scilla provenait de l'ile de Malte, île qui paraît avoir un dépôt de Mammifères fossiles du même âge que ceux de Montpellier et de Bordeaux. Avec la dent de Squalodon de Saint-Jean de Védas étaient deux fragments de côtes ayant la structure de celles des Dauphins. (I) Dicl umv dHisl nat de dOrbigny, arl Dauphib, l. IV, p. 636, 206 p. KERVAI^i ET MARrEL DE SERRES. § VI. Sur les Maniiuifères dont on a trouvé les restes fossiles dans la caverne de Lunel-Viel et dans les sables de Montpellier (1), Far MM. PAOI. GERVAIS et MARCEI. DE SERRES. Le midi de la France, et en particulier le département de 1" Hé- rault , sont souvent cités dans les ouvrages de paléontologie pour leurs nombreiLX ossements fossiles. On trouve, en elTet, dans plu- sieurs points de ce département des débris osseux enfouis dans les formations tertiaires supérieures , et ces débris appartiennent aux diverses classes des animaux vertébrés. Ceux des Mammifères y sont les plus fréquents , et comme ils peuvent fournir à la géo- logie des données plus importantes, il nous a paru préférable de commencer par eux la série des mémoires que nous avons entre- prise sur les fossiles du midi de la France. Nous ferons connaître .ultérieurement les espèces perdues qui rentrent dans les autres classes du même embranchement. G. Cuvier avait déjà indiqué ou inême figuré dans ses recher- ches plusieurs de ces débris de Mammifères. Il les rapporte aux genres Hippopotame, Rhinocéros, Palœolhérium et Lophiodon. Mais ces ossements et les espèces qu'ils ont fait reconnaître étaient en bien petit nombre si on les compare à ceux que l'un de nous a signalés depuis , soit dans la formation tertiaire, soit dans les ca- vernes à ossements du Languedoc et du Roussillon. 1° Mammifères des cavernes. — Les cavernes dont nous vou- lons parler sont celles de Bize , de Mialet, d'Argon, de Pauzan et surtout de Lunel-Viol. Les ossements qu'on a recueillis à Bize , à Mialet , etc. , sont ceux des espèces caractéristiques de la faune diluvienne; ils res- semblent à ceux des cavernes du Centre et du Nord. Mais dans la dernière de ces localités, c'est-à-dire à Lunel-Viel , certaines des espèces enfouies sont bien dilférentes. On y remarque un mélange (1) Un extrait de ce travail a paru dans les Comples-rendus de l'Académie des Sàmccs, I. \XI1, p 20:i (Ifi février 18ifi). MAMMIFÈRES FOSSILES UK l'hÉRAULI. 267 d'animaux actuellement éteints avec d'autres qui sont fort sem- blables , sinon identiques , à ceux qui vivent encore en Europe ou en Afrique. Ainsi le Blaireau , le Putois, la Genetle, la Loutre, le Castor, etc. , y représentent la faune europaeo - barbaresque , tandis que plusieurs Felis ( le Lion au lieu du Felis spelœa), la Panthère, une Hyène, qu'il semble bien difficile de distinguer de l'Hyène rayée , et un Rhinocéros très peu différent du Rhino- céros africanus (1), établissent, entre les animaux aujourd'hui fossiles à Lunel- Viel et ceux qui habitent la Barbarie et d'autres parties de l'Afrique , une analogie qui nous paraît toui-à-fait digne d'attention. Les fossiles recueillis à Lunel-Viel sont pour la plupart conservés à la Faculté des sciences de Montpellier dans les collections de géologie, et ils en forment la principale richesse. 2° Mammifères des sables marins. — Les Mammifères conser- vés à l'état fossile dans les sables fluvio- marins du département de l'Hérault ne sont pas moins intéressants. Ils ont déjà fait le sujet de plusieurs notices publiées par l'un de nous , et ils ont aussi fourni à M. Jules de Christol, professeur h la Faculté des Sciences de Dijon , divers mémoires importants (2). Ils nous ont encore olîérl quelques sujets nouveaux d'observation. La petite faune mammalogique que leur étude permettra de reconstruire , diffère, sous plusieurs rapports importants, de celle de Lunel-Viel, qui appartient d'ailleurs à une époque bien plus récente. On y voit un mélange d'espèces marines qui fréquentaient sans (!) Cetle espèce avail été considérée , à cause de la taille des ossements qu'on en a recueillis, comme étant la même que le Rhinocéros minutiis de G. Cuvier, dont les seules parties connues proviennent de Moissac (Lot-et-Garonne); mais elle en diffère . ainsi que des autres Rhinocéros fossiles de France [Rh. tichorinus, magarhinas et incisivus). Le fragment de mâchoire supérieure figuré dans les Recherches sur les ossemenls humatiles de Lunel-Viel ( pi. 1 2 , fig I ) appartient a un individu assez jeune; il ne diffère que fort peu de la même partie dans le Rh. iifriniiius. ainsi que l'un de nous s'en est récemment assuré par la comparaison de ce fragment avec un crâne d'Afrique appartenant au Muséum de Paris. Nous devonsajouterqueM.de Blaiiiville, a qui dons avons communiqué ce fossile pour >(>n grand travail sur les Rhinocéros (Ostéographie , fascicule 20, 1846), ne croit pas devoir le distinguer du Rh. leptorhinus ou megarhinus de nos sables marins 'i) innttîes tirs Scieticfti niitHn'Ufs, ï*" série. 268 p. UERVAIS KT MARCEL DE SERRES. doute la petite baie dans laquelle les sables se sont accumulés , et d'espèces terrestres dont les cours d'eau y déposaient les débris en même temps que le sable qui les recouvre. Avec ces espèces de Mammifères sont des ossements d'Oiseaux , de Chéloniens , de Crocodiles et de Poissons marins. Il y a aussi des coquilles ter- restres et marines, et parmi ces dernières, qui sont les plus répan- dues , des Huîtres , quelquefois disposées en bancs qui ont une assez grande étendue. a) Les espèces terrestres de Mammifères , dont on a reconnu la présence au milieu des sables dont il est ici question, appartiennent aux genres suivants : Ours, Ursus. — L'iie espèce iinlélermiiiée. Le genre en a clé conslaté d'une manière certaine d'après une arrière-molaire tuberculeuse , dé- couverte dans les sables sur lesquels est bâtie la citadelle de Montpel- lier (1). Felis. — Une espère à peu près grande comme le Serval. N'eus en avons un fraguicnt de mâchoire encore garni de ses trois molaires. Mastodonte , Mastodùii. — L'espèce que nous nommerons Mastodon brevirostre (2) nous paraît différer de celle du Gers, de l'Orléanais , de la Hesse , etc. ; ses molaires étaient plus larges ; sa mâchoire inférieure avait une symphyse courte , et non prolongée en gouttière allongée et armée de défenses : caractères que M M. Kaup et de Blainville ont reconnus à la mâchoire inférieure du Mastodon autjustidens ou longi rostre. Les inci- sives supérieures étaient néanmoins en forme de défenses , et garnies d'une bande étroite d'émail, cuiumc chez le Mastodon angustidens. Les os de ce Mastodonte de l'Hérault sont assez fréquents ; on les a pris quel- quefois pour ceux de l'i-^léphant, auxquels ils paraissent ressembler plus que ceux du Mastodonte miocène. (1) Le genre Hyène a élé supposé plutôt que démontré : l'un de nous lui a provisoirement attribué, dans une publication antérieure, des canines et des pe- lotes à'album grœciim. On ne saurait encore en indiquer l'espèce. (2) L'un de nous (M. Gervais) vient de constater dans la riche collection de M. Bravard qu'il y aussi en Auvergne un Mastodonte d'espèce particulière , ams^ que l'ont pensé les paléontologistes de ce pays. Un squelette presque entier, que M. Bravard vient de découvrir aux environs d'Issoire, ne permet plus le doute à cet égard. Le Mastodonte d'Auvergne se rapproclie , par la forme de ses mo- laires et quelques autres particularités, que M. Bravard fera sans doute con- naître prochainement , du Mastodon lapiroides de MM. Larlet et de Blainville, du \tast. giçiimteum el inénie, jusqu'à un certain puinl, du Dintdlienum . MAMMIFÈRES FOSSILES DE l/llÉKAULT. 269 RHiNOC.Énos. — Espèce inteniiêtliaire aux Ithinucervs tulwrlinws l'X iiiiisiims (le Ciivier, mais ilisliiiclc néaiiinoiiis de l'un cl de l'autre , lomine M. de Cliiistol l'a dénioulié. Ce Kliliiotéios , qui est également dillérent de celui de Lunel-Viel, a d'abord été nommé /t/iimcéros dr Montpellier (Marcel de Serres, Journal de physique) ; Cuvier l'a considéré i\. tort comme le Hh. tidiurlùnux, d'après le dessin (|ui lui fut envoyé d'un crâne encore conserve à l'évèché de Montpellier; M. de Cliristol l'a dé- crit sous le nom de /t/i/Hocero': mpf/nrliinus. U est possible, ainsi qu'on en a déjà fait la remarque , qu'il ne dilTère pas de celui d'Italie, dont Cuvier a parlé sons le nom de Hh. lefitorhinvs , et dont M. Owen vient de re- trouver des traces assez nombreuses en Angleterre , dans un terrain qui est aussi de l'époque pliocène. Le Rhinocéros de Montpellier avait à la mâchoire inférieure deux incisives à peu près semblables pour la forme à celles qu'on voit entre les dents caniiiiformes des Rhinocéros de l'Inde, delà Sonde et !>îc/s;yî(s. Ces deux dents sont en place dans une des man- dibules appartenant à la Faculté. Une autre mandibule en montre les al- véoles et entre elles deux alvéoles plus petites. La symphyse mandibu- laire de ce Rhinocéros a une forme très caractéristitiue. Tapir , Tnpirus. — Des fragments de mâchoire inférieure et des mo- laires établissent nne grande analogie entre l'espèce de ce Tapir et celle d'Auvergne ; mais la taille du nôtre est un peu moindre. Cheval , Equus. — On en trouve des dénis et des os dans les assises supérieures des sables fluvio-marins. Sanglier, Sus. — Parait différer ini peu du .V«s /,/■/«■«.< de l.uncl-\iel; il a été reconnu sur l'inspection de dents molaiies. A ces sept genres, il faut en ajouter plusieurs de l'ordre des Rumi- nants fRuminants à bois et à étuis cornés), mais dont il nous est encore impossible de définir les espèces d'une manière sulhsante. Lnc molaire de Castor a été recueillie dans le sol même sur lequel est b;ltie la Faculté des Sciences, dans une marne à coquilles terrestres 'a ime faible distance de la terre végétale (1), mijis cependant au-dessons de quelques lits de sables. Vous manquons encore de pièces pour démontrer d'une manière cer- taine la présence dans les sa'les fluvio-marins des genres Éléjthant , Hiponrion , Anthracotherium , Lophiodon , Palœotherivm , Hippopotame , et de quelques autres qu'on y a signalés 2) et nous ne serions pas éton- nés que plusieurs d'entre eux n'y existassent réellement pas. (IJToiit récemment on a trouvé souslePalais-de-Juslice, dans un terrain qui est \a cnnlinuation de celui-ci, une njandilmle inférieure gauche de Castor, quelques fragments de Khiuocéroset de Bœuf, ainsi que des coquilles terrestres et fluviatiles. (2; .M. de Christol (/l»ii Se. et hiduslr ODO\. 271 relises. Ces dents, que nous ne connaissons encore qne par leurs alvéoles, (levaicnl èire semblables à celles du fossile des bords du Pô, décrit par MM. Bruno et de Blainville sous le non) de Cheirotherium ou Manatus Brocliii. 2° Lasympbysc de la mâchoire inférieure présentait aussi la même forme que dans le Dugong. A sa face antéro-supérieure était également un long aplatissement sur lequel reposait , par sa face inférieure et pos- térieure , la partie descendante des os incisifs. Sur cette surface aplatie de la symphyse mentonnière , on aperçoit encore les traces de cinq paires d'alvéoles rudimentaircs , qui rappellent très bien celles que recouvre la plaque cornée du Dugong. Le Melaxytheriiim de Monlpellier ressemble beaucoup par sa taille et par la forme de ses dents molaires à ceux de Blaye et li'Eirirliy, près d'Étampes ( les Mmuiius dubius et Guettardi , Blainv.). Nous avons entrepris sur les fossiles d'espèces terrestres et aquatiques que l'on trouve dans les sables fluvio-marins de l'Hé- rault un ouvrage descriptif. Dans cet ouvrage les principales piè- ces sur lesquelles repose la distinction de nos espèces seront fi- gurées avec soin. 11 sera conçu d'après le même plan que celui qu'a public l'un de nous sur les fossiles de Lunel-Yiel avec la col- laboration de MM. le professeur Dubreuil et le docteur Jeanjean. Cet ouvrage ne tardera pas à paraître. Quati'e planches, qui doi- vent en faire partie , sont déjà lithographiées et ont été déposées sur le bureau de l'AcadéiTiie des Sciences de Paris (1) , en même temps que le mémoire que nous imprimons aujourd'hui. Description de QCELorES crânes fossiles trocvés par M. Bain dans une couche DE GRES A l'extrémité SUD-EST DE l'afRIQUE , ET CONSTITUANT UN NOUVEAU C.ENRF. DE Reptiles (le Dicynudon), dans l'ordre des Sauriens, par M. Owen [Trans. de la Soc. géol de Londres. V série, t. II, 2' partie. — Extrait). Les Reptiles dont ces crânes démontrent l'existence ne sont point encore connus pur Icnsonible de leur squelette dune manière qui permette de fixer dé- finitivement leurs rapiiorls zoologiques; mais les crânes ont été étudiés par .M. Owen avec la sagncité et le soin qui caractérisent tous les travaux de cet éminent paléoi.tologisle, et leur examen fournil des données précieuses sur les affinités et les formes probables de ces animaux. Ils ne présentent complètement les caractères d'aucun des ordres dans les- ipielson divise aujourd hui les Reptiles, et ils semblent devoir former un groupe nouveau. Toutefois, si on les compare à chacun de ces ordres, on trouvera des (1) Séance du 16 février 1846 'iT'i OWEIV. — SLIÎ t.r. IMr.VNODO\. (lifi'érences d'une iniportimce inégale, qui senihlent démoulrcr une annlogle plus granile avec les Sauriens qu avec les autres. Leurs os maxillaires supérieurs grands el immobiles . el leurs arcades zygo- maliques complètes et fortes qui s'étendent jusqu'à l'os tj nipanique , empêchent de les rapprocher des Ophidiens et des Batraciens. Leurs rapports avec les autres ordres sont moins éloignés, ils se rapprochent des Crocodiliens par la forme des parlies occipitales du crftne. et en particulier par la large surface continue que forment les pariétaux et les occipitaux au-dessus du condyle el du trou occipital. Leur tête courte et arrondie leur donne quelques rapports de forme avec les Chéloniens, dont ils se rapprochaient peut-être aussi par la forme des parlies an- térieures du museau , qui étaient probablement revêtues de corne Mais , à côlé de ces analogies, ces Reptiles fossiles dill'crent de tous les Crocodiliens et Chélo- niens connus par des caractères d une haute importance , et en particulier par l'ouverture nasale, qui est double, par la réunion des os inlermaxillaires en un seul , et par le peu de largeur des parties antérieures de la boite crânienne. Leurs rapports paraissent plus réels avec la division si nombreuse et si variée des Lacertiens. Ce n'est, en effet, que chez ces derniers que Ion trouve aujour- d'hui la réunion des inlermaxillaires , les narines distantes l'une de l'autre, la boîte crânienne comprimée en avant, etc. La forme du condyle et quelques autres caractères de détail confirment d'ailleurs celte analogie . que M. Owen résume en disant que cescrflnes sont formés sur un type lacertien avec quelipies modifica- tions chéloniennes et crocodiliennes, et plusieurs caractères spéciaux. Mais ce qui distingue le plus complètement ces Reptiles de tous ceux que I on connaît , c'est la présence de deux grandes dents a la partie postérieure de la mâchoire supérieure , tandis que le reste de la bouche en est dépourvu. Ces dents sont en forme de défenses, semblables à de grandes canines de Mammifères, longues, arquées et pointues; elles rappellent un peu celles du Musc , du Morse et du Machairodus. Un tiers de leur longueur environ est enchâssé dans l'alvéole, el elles présentent à leur base une cavité pulpeuse conique. L'examen microscopique de ces dents montre qu'elles n ont aucune analogie avec celles des Reptiles inférieurs, el. en particulier, avec celles des Labyrinlho- dontes. Elles ressemblent, au contraire, à celles des Crocodiliens, et ont même les tubes de la denline encore plus serrés, ce qui les rapproche des canines des Car- nassiers. La forme de ces dents, leur direction et leur pointe aiguè peuvent faire penser qu'elles ont servi à l'animal d armes offensives et défensives, et qu'elles n'ont pas été employées à creuser la terre ou a arracher des végétaux. De tous les Reptiles connus , celui auquel on peut peut être le mieux comparer ces crânes est le Khynchosaurns du nouveau grès rouge, qui a des mâchoires sans dénis, dont l'extrémité était probablement revêtue de corne, et qui présente avec eux des rapports nombreux dans la disposition des os de la tête. Mais l'ab- sence des deux canines et la sé[iaration des intermaxillaires sont des caractères importants qui rendent celte analogie peu intime. M. Owen a donné à ces fossiles africains le nom de Dicynodon , qui est formé de i5'iç , deux, et de xu-Aôov; , mot appliqué par Hippocrate aux dénis canines. On en connaît déjà quatre espèces. Le savant paléontologiste anglais annonce la pro- chaine publication d'un Mémoire sur quelques os du corps; les vertèbres sontsub- biconcaves, comme dans la plupart des Reptiles fossiles; ce caractère, qui rappelle la classe des Poissons . peut faire présumer que les Dicynodons étaient aqilaliqiies. ( BiH. n.iiv, G-n. Sii|.|,l , lit. -J. m M..r. IRI6 273 RECHERCHES ANATOMlQinS LT Z(l O 1. O (. 1 (,) I E S SrU I,E SYSTÈME NEKVEUX DES ANIMAUX SWS VERTÈBriES: Far DI. ÉIVIII.I: BIiANCHARD. DU SYSTÈME KERTEUX DES INSECTES. MÉMOIRE SUR LES COLÉOPTÈRES. CHAPITRE I. Considérations générales. Dans certains groupes du règne animal, particulièrement chez les animaux les plus inférieurs, on ne tarde pas à reconnaître combien il est nécessaire d'étudier leur organisation pour ne pas se méprendre sur leurs allinités naturelles. Dans d'autres groupes , au contraire , les formes générales du type étant plus caractéristiques, toutes les modifications de l'en- veloppe extérieure pouvant être saisies et formulées de manière à caractériser chaque type, l'étude de l'organisation considérée entre des types voisins ne semble pas, au premier abord , devoir être d'une utilité aussi immédiate. C'est ainsi que la classe des Insectes , olijet de tant de travaux . de tant de classifications , a pu être disposée de mille manières sans que jusqu'ici les caractères fournis par l'organisation intérieure soient venus jeter quelque lumière sur ces diverses méthodes. Les Insectes en général fournissent, dans leur système appen- diculaire , des caractères propres à faire reconnaître et à délimi- ter les genres et les familles d'une manière plus ou moins na- turelle. .Jusqu'à présent , les modifications oITertcs par les pièces de la bouche , par les pattes et les antennes , ont été seules prises en considération pour faire apprécier les afTmilés existant à un plus 3' série. Znol T V. (Mai 1816 J 3 18 'i7Û E. BLANCHARD. — SUR I.E SVSTÈMK IVKRVF.UX OU moins haut degré entre les êtres composant cette grande classe du règne animal. Pour les divisions principales, comme les ordres, depuis long- temps on a tenu compte dans leurs caractères et des niétamorphoses et des formes de l'animal dans son premier âge. Pour les divisions secondaires, comme les tribus et les familles, on s'est parfois occupé de l'aspect général des larves , jamais de leurs caractères, encore bien moins de leur structure anatomique. Néanmoins , si les forme? extérieures dans la classe des Insectes permettent de grouper ces animaux d'une manière assez naturelle, si ces formes suffisent pour limiter nettement quelques groupes et faire apprécier, jusqu'à un certain point , leurs affinités diverses, il n'en est pas moins très vrai que bien des difficultés ne peuvent être résolues avec le secours seul des caractères extérieurs. La comparaison du système appcndiculaire chez les Insectes a été poussée assez loin de nos jours : aussi , nous savons mainte- nant qu'il ne sortira plus de cette étude aucun fait bien important. Il faut donc se jeter dans une voie nouvelle pour espérer de nouveaux résultats. Pour perfectionner cette branche de la zoolo- gie , il est nécessaire de chercher des caractères dans l'organisa- tion ; il est nécessaire aussi que les observations anatomiques portent à la fois sur les Insectes parfaits et sur leurs larves. Consi- dérée de cette manière, l'embryogénie des Insectes conduira sans nul doute à la découverte de faits vraiment dignes d'attention. Ce que l'on avait négligé de faire jusqu'à présent, j'ai essayé de l'entreprendre ; et aujourd'hui , après d'assez nombreuses recherches, je suis demeuré convaincu qu'à l'avenir on n'arri- verait pas à modifier avec avantage un point important de la classification entomologiquo , sans s'appuyer sur des caractères anatomiques. Les recherches sur l'organisation des Insectes sont , à la vérité, déjà assez nombreuses. Après les travaux de Svvammerdamm . de Treviranus, de Ramdorh, de M. Serres, de M. Marcel de Serres , etc. , M. Léon Dufour a enrichi la science de ses observa- tions sur l'aiiatomie des Insectes. Mais ce savant n'en a jamais fait une application bien directt DliS INSKC.lIiS. 275 il la zoologie. C'est au point de vue de raiiatoinie eoiiipan'e plu* spécialement que ses reoherches ont éié dirigées. Quelquefois seulement il a signalé diverses particularités ana- tomiques comme venant à l'appui de certains rapprochements , ou comme venant, au contraire, montrer combien diverses familles sont composées d'éléments hétérogènes : sans cependant en tirer aucune conclusion plus générale. 11 faut d'ailleurs remarquer que les travaux de M. Léon Dufour. comme ceux de ses prédécesseurs, ont porté spécialement sur l'appareil alimentaire et sur les organes de la génération. Le sys- tème nerveux n'a presque point été l'objet des études de cet ana- tomiste : aussi, jusqu'à présent , cet appareil n'avait-il été repré- .senté que pour un bien petit nombre de types de la classe des Insectes. Swammerdam, Cuvier, M. Serres l'ont fait connaître chez V Or y des nasicornis et sa larve. M. Straus, chez les Melo- lontha vuUjaris. M. Léon Dufour, chez \a.Cetonia aurata, le Iai- ranus parallelipipechis et le Pyrochroa coccinea. MM. Newport et Léon Dufour l'ont représenté inexactement dans les Carabes. Au- douin a étudié le système nerveux de la Cantharide(6\ vesicaioriu). MM. Brandt et Ratzeburg outre ce dernier, celui du Mylabris cicho- rii et du Meloe proscarabeiis. On doit encore k M. Newport la rlcs- cription etlafigure du système nerveux chez [eLucanus cprvusei le Timarcha tenebricosa , à M. Joly, chez le Colaspis alra et à M. Bur- meister chez la Calandra Sommeri et la larve du Calosoma syco- phanla. C'était là tout ce qui était connu plus ou moins parfaite- ment dans un ordre aussi considérable que celui des Coléoptères. On sait combien plusieurs zoologistes attachent d'importance à la disposition du système nerveux. Quelques uns y voient la partie fondamentale de l'animal. Les recherches anatomiques que j'ai entreprises sur les Insectes et sur les Mollusques m'ont démontré en grande partie la justesse de cette opinion. Cependant on ne peut regarder les caractères tirés de la disposition du système nerveux comme dominateurs et entraînant à leur suite une série d'autres caractères. On doit seulement les considérer comme ayant une prédominance incontestable sur ceux qui sont fournis par les autres parties de l'organisme. 27C E. BLAIMCIIARU. - Stli Lt SVSIÈ.ME NKKVEUX Dans la classe des Insectes , les grandes divisions ne paraissent pas pouvoir reposer sur des modifications de cet appareil. Entre chacun des ordres , le système nerveux semble moins modifié qu'il ne l'est entre les diverses familles d'un même ordre. Les nerfs se distribuent toujours aux organes dans les mêmes rapports. Les grandes différences dans la disposition du système nerveux consistent donc particulièrement dans le rapprochement ou dans l'écartement des centres médullaires. Or, dans la plupart des ordres de la classe des Insectes , on observe des séries de modifications qui sont à peu près de la même nature. Il semble que chaque disposition analogue du système nerveux se retrouve sous des formes extérieures assez différentes, cor- respondant les unes aux autres entre les divers types. Quelques exemples feront mieux comprendre ce fait : ainsi, parmi les Co- léoptères, les uns nous offriront une chaîne ganglionnaire dont lescentres nerveux seront tous écartés; les autres nous présente- ront certains ganglions rapprochés ou même confondus sur un point. Chez d'autres encore , ils seront tous agglomérés dans la cavité thoracique. Ces divers degrés de centralisation que nous voyons dans les Coléoptères, nous les retrouverons dans les Hy- ménoptères, les Hémiptères, etc. Dans plusieurs ordres, nous trouverons toute la gradation, depuis la forme la plus centrali^ée jusqu'à celle qui l'est le moins chez les Insectes. Chez d'autres , au contraire , nous verrons con- stamment dominer une même forme ou seulement quelques unes d'entre elles. La conclusion générale de mes recherches sur lorganisation , et particulièrement sur le système nerveux . sera donc le tableau exprimant toutes ces analogies parfois masquées sous des aspects différents, et exprimant aussi toutes les affinités entre tous les types de la classe des Insectes. Avant d'arriver à ce but , l'anatomie doit être poussée assez loin dans chacun des ordres pour servir de base à sa classification in- térieure. 11 est donc nécessaire de porter d'abord son attention sur tous les types de« tribus, des familles et des groupes d'un DES nsF.r.TEs. '277 ordre, pour passer ensuite aux divisions d'un autre. J'ai choisi pour le premier sujet de ces recherches les Coléoptères , qui , à raison de leur nombre , de la grande variété de leurs formes et de ladifTiculté de reconnaître dans l'état actuel leurs diverses aflinités, réclamaient de plus nombreuses observations. Dans l'ordre des Coléoptères, plus peut-être que dans aucun autre ordre de laclasse des Insectes, on remarque certaines formes bien tranchées, ayant un nombre de représentants extrêmement considérable ; mais on observe en même temps une foule d'autres formes dont les représentants sont peu nombreux comparative- ment, et n'ofl'rent pas cet ensemble de caractères tranchés qu'on trouve pour les premiers. Ceux-là se rapprochent souvent des autres à plusieurs égards ; ils paraissent en être en quelque sorte les satellites (l). D'autres fois, ce sont des intermédiaires, des liens qui unissent certains groupes. Ils indiquent alors des affinités. Jusqu'à présent , à l'aide des caractères fournis par les appen- dices , il a été totalement impossible d'apprécier les valeurs rela- tives et les rapports des dilïérents caractères entre eux. Ensuite , l'enchaînement successif des groupes, auquel on est forcé des'as. treindre dans l'énumération des ordres , des tribus et des familles, a conduit à négliger certaines affinités bien évidentes qui n'ont pas toujours échappé. Chaque type ne devrait ressembler qu'à celui qui le précède et à celui qui le suit pour que cette série soit naturelle. Mais en re- connaissant , comme le font la plupart des zoologistes , qu'Un type peut présenter avec d'autres des points d'analogie beaucoup plus nombreux , un tableau seul est capable de les représenter. Aussi je suivrai en cela la méthode adoptée par M. Milne Ed« ards pour résumer la classilication des animaux vertébrés (2). Les animaux vertébrés étant peu nombreux comparativement aux invertébrés, si l'on place les types de chaque classe ou de ( I ) Celle expression, souvent employé^ par M. Milne Edwards dans ses cours au Muséum d'histoire naturelle et à la faculté des Sciences, paraît plus que toute autre donner une idée juste des rapports de divers petits groupes avec des divi- sions d'un ordre plus élevé. (2) Antwies ries Sciences naturelles. 3' série, t. I. p. 9S (I8ii). 278 E. KLAIVCIIARU. SUl! l.li S^SU'iMI'; .NEKVliLX chaque ordre sur deux , trois ou quatre séries parailùlcs , dont tes termes se correspondent d'une manière plus ou moins satisfai- sante, on réussit à indiquer au moins les rapports les plus ma- nifestes. Les animaux invertébrés ayant des formes plus variées et sur- tout incomparablement plus nombreuses dans chaque grande division, ces sortes de classifications n'amènent aucun résultat vraiment digne d'attention. Chez les Insectes, par exemple, on voit presque constamment une forme principale se lier à la fois , de la manière la plus évidente, avec quatre, six ou dix autres for- mes , s'en rapprochant à divers degrés. On voit mieux peut-être que dans la pkqiart des autres classes du règne animal des formes tenant de près à une famille et s' écartant en quelque sorte de toutes les autres. Un entomologiste anglais, M. Mac-Leay, en désignant certains groupes p;ir l'épithète à^aberra/its , a voulu indiquer la nature do ces types qui paraissent pour ainsi dire sortir du cadre formé par les autres. Malheureusement cette dénomination n'a pas toute la justesse possible. Elle semble devoir s'appliquer à quelque chose d'anomal, à des particularités tout-à-fait en dehors de celles qui nous sont offertes par l'ensemble des représentants d'une classe ou d'un ordre. Or cette idée ne serait pas exacte, il ne faut en- tendre ici par le mot de groupes aberrants que des divisions s' éloi- gnant de la plupart des autres divisions par un ou plusieurs de leurs èaractères , sans toutefois présenter aucune particularité qui pourrait les séparer de la classe ou de l'ordre auquel elles appar- tiennent. En zoologie, on est bien loin encore d'être arrivé pour chaque classe à reconnaître la valeur relative des caractères fournis par les divers organes. Presque toujours , ceux qui sont en apparence les plus saillants dans tel ou tel groupe, viennent à disparaître plus /ni moins chez certaines espèces. Ainsi les divisions les plus natu- relles perdent leurs limites tranchées. Ainsi l'on est amené à crain- dre ordinairement d'attacher trop d'importance h ces caractères qui tendent si facilement à s'effacer. Cependant ce n'est parfois qu'une apparence trompeuse ; le ca- DES INSECTES. '279 ractère extérieur a disparu , mais toutes les particularités fonda- mentales d'organisation ont persisté. J'aurai lieu dans le cours de pe travail d'en citer plus d'un exemple. L'étude de la structure organique aux différentes périodes de la vie des êtres, comparée aux formes extérieures, paraît devoir seule conduire à des résultats satisfaisants. Tous les types étant parfaitement connus ; la comparaison la plus rigoureuse pouvant être établie entre chacun de leurs organes, alors seulement il de- viendra facile d'en déduii'e l'expression des affmités que nous olfrenl tous les êtres entre eux. Alors seulement les rapports qui unissent tous les types pourront être nettement appréciés. A ce point de vue nous obtiendrons du système nerveux des ré- sultats considérables. On l'avait étudié dans un si petit nombre d'Insectes, qu'il était totalement impossible d'avoir une idée même un peu générale des modilicalions que présente cet appareil dans un même ordre entre les diverses tribus, entre les diverses fa- milles qui le composent. On ignorait complètement si ces modi- fications correspondaient avec des groupes naturels. Au point de vue purement anatomique et physiologique, le sys- tème nerveux des Insectes était déjà assez bien connu par suite des travaux de M. Newport. Les recherches antérieures d'IIérold et de M. Serres avaient déjà montré la manière dont se modifient les groupements des centres nerveux dans certains Coléoptères et Lépidoptères. ^I. Newport a agi-andi sur ce point le cercle de nos connaissances par de nouvelles observations sur plusieurs autres Insectes du même ordre. Néanmoins il restait encore divers points à éclaircir. La nécessité de connaître d'une manière approfondie, dans chaque groupe du règne animal, l'organisation des espèces con- sidéi'ées comme types des grandes divisions est bien reconnue. Il n'est donc plus besoin de s'attacher à montrer l'utilit-^ d'une des- cription anatomique faite avec détails. En effet , c'est seulement lorsque la position de chaque organe aussi bien que tous ses caractères de forme et de structure sont bien décrits chez le type, qu'il devient facile d'apprécier à leur juste valeur 1rs différencias et les ressemblances ([u'offrent avec 280 E. BL.IIXCUARD. — S.UK I.E S^SlÈME AEliVKl X lui les êtres s'en rapprochant ou s'en éloignant à certain» égards. C'est pour celte raison que je crois devoir donner une descrip- tion détaillée du système nerveux des Coléoptères en prenant pour exemple un Insecte très vulgaire, le Hanneton. Ayant d'abord observé sur ce type diverses particularités qui n'ont pas été si- gnalées par M, Straus-Durckheim , il m'a semblé utile de m'ar- rèter à ce Coléoptère. J'ai cherché à étudier le système nerveux du Hanneton dans tous ses détails; niais comme' un type n'est bien connu que si on l'a comparé avec d'autres types, j'ai examiné les analogies exis- tant entre le système nerveux du Hanneton et celui de bien d'au- tres Insectes. Afin d'établir une comparaison plus rigoureuse, j'ai choisi dans le même ordre un Insecte qui, sous le rapport de cet appa- reil , s'éloigne extrêmement du Hanneton. J'ai choisi le Carabe doré. Insecte des plus répandus dans notre pays, ayant une taille assez considérable, sur lequel, par conséquent , on pourra vérifier mes observations, aussi facilement qu'on peut le faire sur le Hanneton. l.e système nerveux étant bien connu dans ces deux types éloi- gnés, on verra de suite sur quels points on doit surtout porter son attention pour l'appréciation des caractères zoologiques. l\ y a environ dix à douz,e ans que M. Ne\\port a publié ses Recherches sur le sijstvme nerveux des Insectes [l). Cet anato- miste s'est occupé de la structure intime des ganglions et des fi- lets nerveux. Comme cette structure ne diffère pas sensiblement d'un type à l'autre, je n'aurai rien de bien important îi ajouter ici sur ce ])oint. Mais M. Aewport s'est occupé également de la disposition du système nerveux dans plusieurs Coléoptères et surtout dans des Lépidoptères considérés aux divers états de leur vie. Ces recher- ches si bien exécutées ont montré non seulement des particularités dignes d'intérêt dans chacun des types étudiés , mais aussi des laits généraux propres à la classe entière des Insectes. M) l'hiln^iiphirnl Transnchniis, 1833, part. 2, 183i. p^irl. i: IS1C, (liirt. î DES INSECTES. 281 Cependant, malgré ces travaux considérables, je n'aurai peut- être pas seulement à signaler la disposition particulière du sys- tème nerveux dans le type Hanneton et dans le type Carabe. J'au- rai en outre à mentionner, touchant ce qui est général à tous les Insectes, certains détails qui ne me paraissent pas tout-à-fait sans importance et qu'on n'a pas signalés jusqu'à présent ou qui l'ont été trop incomplètement. Pour les nerfs de l'abdomen , pour ceux venant se rendre aux organes de la génération , pour la disposition des nerfs propres aux différentes parties de la bouche , mes observations pourront ajouter quelque chose à celles de mes devanciers. Mais c'est plus particulièrement pour la partie susintestinale du système nerveux que l'on compare au grand sympathique des animaux vertébrés, que mes observations me paraissent devoir ûllrir un intérêt plus réel. J'ai étendu ensuite mes recherches autant que possible à tous les types dans l'ordre des Coléoptères. II était nécessaire pour l'anatomie comparée que le nombre et le mode de groupement des ganglions fussent connus dans chaque famille, quel que dût être le résultat auquel conduiraient ces observations. Elles ne tardèrent pas à me convaincre que la zoologie, que la connaissance des rapports naturels unissant entre eux les êtres d'une même classe , que l'appréciation des limites à poser à cha- que groupe avait considérablement à s'éclairer par la considé- ration du système nerveux. Je vis bientôt que chaque forme dans la disposition de l'appareil nerveux correspondait à un groupe naturel. Je reconnus en même temps que cette disposition ne variait pas entre des types voisins, même quand la forme générale du corps différait beaucoup. Au premier abord , on pouvait être porté à présumer qu'un insecte court et élargi aurait un système nerveux dont les gan- glions seraient très rapprochés les uns des autres ou même réunis ; en un mot , un système nerveux très centralisé. On pou- vait croire aussi que cet appareil dans un Insecte long serait également allongé ; (jiie ses ganglions seraient très écartés les uns des autres. ■282 E. BL.%\CHARD. — SLR I.E SYSTÈME NERVEUX Or, c'est ce qui n'est point. Il n'y a aucune coïncidence appa- rente entre la forme extérieure et la disposition du système ner- veux. Gliez tel Insecte allongé il est très centralisé sur un point de l'économie. Chez tel autre Insecte court ou même orbiculaire, les ganglions demeurent nombreux et espacés. Depuis la forme la plus centralisée jusqu'à celle qui l'est le moins , on trouvera une série d'intermédiaires. C'est le cas pour les Coléoptères. Les travaux d'IIérold , de M. NewporI , etc. , ont déjà appris que la forme la plus simple du système nerveux se trouvait chez la larve , et que cet appareil se centralisait de plus en plus quand l'Insecte passait par l'état de nymphe et devenait adulte. Le système nerveux ne parvenant pas au même degré de cen- tralisation chez tous les Insectes, il demeure constant que tous n'atteignent pas le même degré de perfection. On observe donc à l'égard de cette classe d'animaux ce qui a été observé il y a près de vingt ans à l'égard de la classe des Crustacés par MM. Au- douin et Milne Edwards ('!). Aussi l'examen anatomique des larves comparées aux Insectes parfaits est-il d'un haut intérêt; car on découvre alors telle forme dans un animal adulte correspondant ici à telle forme dans une larve, là dans une nymphe. On tirera encore d'autres avantages de cette étude compa- rative. Tous les animaux ayant une tendance plus grande à l'ana- logie à l'état embryonnaire qu'à l'étal adulte, quand des dilférences observées chez les Insectes parfaits entre des groupes ou des fa- milles ne seront pas encore saisissables chez les larves , leurs ca- ractères généraux s'étendront souvent alors à des tribus entières. Par conséquent les affinités qui semblent s'elVacer chez les In- sectes parfaits, paraîtront souvent bien évidentes chez leurs larves. Ayant remarqué l'importance que le système nerveux pouvait avoir dans la classification , j'ai dû rechercher si le degré de cen- tralisation plus ou moins complet ne coïnciderait pas avec d'autres particularités d'organisation. (1) Recherches ttnalomiqiies sur le si/sd'mc nerreiir rfcs Criislncrf ( -Iniin/ci des Sciences naturelles, l""sprip, I \(V',p 7' I J<28) DKS INSECTES. 283 Jusqu'ici le résultat a été négatif, je n'ai observé aucune coïn- cidence à cet égard. Ce sont les ganglions abdominaux qui pré- sentent le plus de dilïércnces d'une famille à l'autre. Depuis long- tempsieszoologistes, contrairement àl'opinion émise par M.Straus- Durckheim , ont reconnu que la soudure plus ou moins complète des anneaux de l'abdomen n'était nullement en rapport avec le nombre des ganglions. Mais d'autre part on ne découvre pas de correspondance |)lus manifeste. On peut considérer les types offrant le système nerveux le plus centralisé comme les plus parfaits. C'est au reste un prin- cipe admis et qui est indiqué chez les Insectes par les changements que subit cet appareil pendant leur accroissement. On doit re- garder les types chez lesquels les ganglions sont les plus sépa- rés, comme étant parvenus à un degré de perfection moins com- plet ; comme étant en quelque sorte devenus adultes plus tôt que les autres. Entre ces deux extrêmes se trouvent dès lors tous les intermédiaires. 11 est à regretter que l'observation des œufs soit si difficile à cause de leur petitesse et surtout de l'opacité de leur enveloppe. Les jeunes larves qui éclosent n'étant pas toutes par- venues au même degré de développement, il y aurait sans doute plus d'un fait intéressant à observer sur les développements de l'animal pendant son état d'œuf. Parmi les larves , toutes n'offrant pas un degré de développe- ment comparable, les unes sont beaucoup moins éloignées que les autres de la forme de l'Insecte parfait. Celles dont l'état embryon- naire est moins avancé à la sortie de l'œuf, subissent par consé- quent des changements plus considérables pendant leur état de nymphe , car les organes ne se modifient pas sensiblement durant la vie des larves: ils s'accroissent seulement. C'est en scrutant à la fois l'organisation des Insectes aux di- verses phases de leiu' vie qu'on arrivera sans nul doute à pou- voir les grouper d'une manière satisfaisante, en indiquant nette- ment leurs diverses relations. Mes efforts ont tendu vers ce but , en me livrant à ces recherches sur le système nerveux des Insectes. Je crois, dès aujourd'hui, être à même d'en tirer un parti avantageux pour caractériser les groupes naturels. Malheu- 28/| E. BLA!MCUARD. SUR LE SYSTÈME .NERVEUX reusement il devait rester, et il restera un certain nombre de la- cunes. Plusieurs familles n'ont pas de représentants dans notre pays, et l'on se procure toujours difficilement les espèces exotiques dans l'alcool. Souvent , d'ailleurs , il est impossible de tirer parti des animaux conservés de celte manière quand leur séjour dans la liqueur a été trop prolongé. Pour les espèces indigènes des divers genres, les unes sont d'une exiguïté telle que leur dissection est loin d'être toujours possible ; les autres sont assez rares pourqu'on se les procure seulement par hasard. Les larves surtout échappent facilement, et comm.e on ne con- naît pas les métamorphoses de tous les Coléoptères, on est encore fréquemment arrêté de ce côté. C'est seulement à l'aide du temps qu'on parviendra à combler les lacunes que je viens d'indiquer. Mais une fois la voie ouverte , de nouveaux matériaux viennent facilement s'ajouter à un ensemble déjà considérable. En résumé, les divisions en tribus et en familles ne peuvent être considérées comme bien établies et bien connues dans leurs rapports entre elles qu'autant qu'elles reposent principalement sur des caractères organiques. Le système nerveux offrant plus que toute autre partie de l'or- ganisme des modifications coïncidant avec des divisions assez im- portantes , cet appareil doit jouer un grand rôle dans l'apprécia^ tion des affinités naturelles. Les divisions très secondaires trouveront plus facilement alors des caractères dans la forme du canal alimentaire , des organes de la génération et du système appendiculaire. CHAPITRK II. De la descripiioD aiiatoniique du système nerveux des Coléoptères. — Le Hanneton commun {Melolontha vulgaris. Lin.) elle Carabe doré [Cara- bus auratiis. Lin.) considérés comme types dans cet ordre. Le système nerveux des Insectes, on le sait, est composé d'une série de ganglions unis par des cordons de communication. On compte d'abord deux ganglions cérébroïdes , souvent désignés par les anatomistes .sous la dénomin;ilioii de cerveau. A ces centre.s I Dr.S INSKCTKS. 285 nerveux toujours situés dans la tète au-dessus de l"œsophage , vients'anastoinoser le système nerveux splanchnique dont les gan- glions et les nerfs se distribuent plus particulièreinenl aux sys- tèmes de la vie organique. Les deux ganglions cérébroïdes , au moyen de deux cordons , formant un collier autour de l'œsophage , sont en connexion di- recte avec deux autres centres médullaires constituant toujours une seule masse située également dans la tête , au-dessous de la partie antérieure du tube digestif. A cette première paire de centres nerveux sous-intestinaux , succède une double chaîne de ganglions plus ou moins rapprochés, plus ou moins centralisés sur un point de l'économie, suivant les familles et les genres. Ces faits généraux sont trop connus et sont énoncés trop clai- rement dans nombre d'ouvrages sur l'anatomie comparée ou seu- lement sur l'anatomie spéciale des Insectes, pour qu'il soit utile de les développer ici Je me contenterai donc de décrire isolément chaque partie du système nerveux des Insectes coléoptères, en faisant surtout con- naître avec détails la disposition qu'affecte cet appareil dans les deux types éloignés que j"ai choisis : le Hanneton commun et le Carabe doré. § I. Les ganglions cérébroïdes el les nerfs auxquels it-^ donnent naissance. Les ganglions cérébroïdes, généralement désignés par les ana- tomistes sous la dénomination de cerveau, reposent toujours directement sur l'œsophage, et constituent une seule masse bilo- bée. Chez le Hanneton commun , les ganglions cérébroïdes ont en dessus la forme de deux corps parfaitement sphériques qui seraient accolés l'un à l'autre (l) ; c'est ce que n'indique ni la figure ni la description données par M. Straus. Chez beaucoup d'autres insectes, tels que les Carabes, les Dytiques, les Hydrophiles, les deux ganglions sont plus confondus ensemble. Néanmoins on distingue toujours nettement les deux lobes (2). (1) Bègne animnl, nouvelle édition, pi. 3, o (2) ht . pi 3 bis. fig. t— 1. '2S6 E. ni,AXtU.tRD. — SliR I.H SISTÈMK NKIUEIJX La grosseur de ces centres nerveux, par rapport à la dimen- sion de la tète , varie beaucoup suivant les groupes. Dans le Hanneton , les ganglions cérébroïdes occupent pr^s de la moitié de la largeur de la tête. Dans les Ateuchus, qui appartiennent à la même tribu , ces masses sont déjà proportionnellement moins volumineuses ; dans les Carabes et les Dytiques , elles le sont moins encore; dans les Hydrophiles, elles n'occupent guère plus du quart de la largeur de la tète. On remarque en généi'al que le cerveau devient d'autant plus étroit que la tête de l'insecte est plus allongée , ou f[ue les muscles des mandibules occupeni un plus grand espace. On observe déjà cette diminution dans les Carabes; elle devient plus manifeste encore dans certains Cérambyciens, et surtoutchcz les Lucanes ( 1 ). F^a première paire de nerfs partant des ganglions cérébroïdes se rend aux antennes ; ces nerfs antennaires , dont le volume est toujours assez considérable , ont leur origine à la face antérieure et inférieure des centres médullaires cérébroïdes. Us se dirigent obliquement en passant sur le muscle adducteur des mandi- bules (2). Comme l'a remarqué M. Straus , ces nerfs se divisent en deux branches chez le Hanneton , et j'ai observé qu'il en était de même chez la plupart des Coléoptères. Le Carabe doré m'a présenté cette même division dans les nerfs des antennes et à leur base ; j'ai re- connu dans cet insecte l'existence d'un petit renflement ganglion- naire , analogue à celui qui a été observé dans le Hanneton (3). H est plus ou moins volumineux ; mais on le retrouve néanmoins dans tous les (>oléoptères. Les nerfs de la seconde paire sont les nerfs opticjues. En géné- ral , ils ont une grosseur très considérable ; souvent même ils semblent n'être que la continuation des ganglions cérébroïdes. C'est le cas pour le Hanneton (h) , mais non pas pour tous les Insectes , comme le dit M. Straus. En effet , dans les Ateuchus, (<) PI 8, fig. 1 — 1. ('i Rè(j tu animal, nouvetle édition, pi. 4, fig 1 — b. (:i) H., pi. 3 bis, fig. 1— In. (i) Id.. pi. i, fig. 1— c. DKS nSKCIKS. :2S7 dans les Carabes (1) , e(c., ils sonl déjà un peu moins gros pro- portionnellement ; dans les Dytiques (2), ils le sont un peu moins encore. Chez les Hydrophiles, par exemple [Hydrojilnhis piceus Lin. ) , où les ganglions cérébroïdes sont déjà très petits par rap- port à la grande taille de l'Insecte, les nerfs optic|ues sonl grêles , presque aussi grêles que les nerfs des antennes {?>). Il n'y a donc rien de tout-à-fait général k cet égard. Une paire de nerfs d'un volume assez considérable , que M. Newport regarde conrime la troisième paire, prend naissance k la face inférieure du cerveau , et descend de chaque côté de l'œsophage. Ces nerfs sont les connectifs unissant les centres nerveux cérébroïdes avec les ganglions sous-œsophagiens, et for- mant ainsi un véritable collier. En outre , à la partie antérieure et inférieure , les ganglions cérébroïdes donnent naissance à deux nerfs, l'un allant s'anastomoser avec le ganglion frontal (i) , l'autre distribuant ses filets à la lèvre supérieure (.ï). M. .Straus n'a point aperçu ces nerfs ; ceux du labre ont du reste échappé à la plupart des anatomistes. M. Burmeister (G) est le seul disant avoir vu des nerfs pariant de la face inférieure du cerveau, et pénétrant dans la lèvre supé- rieure. Souvent les cordons du ganglion frontal et les nerfs du labre paraissent avoir deux insertions distinctes au cerveau ; c'est le cas aussi pour la plupart des Coléoptères à l'état parfait , mais il n'en est pas de même chez leurs larves. 11 naît un seul tronc nerveux se divisant en deux branches. C'est ce que j'ai représenté dans la larve du Hanneton (7). Quant au rôle physiologique que remplissent les centres ner- veux, cérébroïdes des Insectes, on ne saurait le comparer entière- ment à celui que remplit le cerveau des animaux vertébrés. Chez (I) Règne aninml, nouvelle édition, pi 3 bis. fig. I — 16. (2; PI. 10, fig. \ — \h (3) PI. 11, fig. 1—16, (4) Règne animal, nouvelle édilinn. pi. l, fig. 1 e. 3e. 4e, etc. (5j M , fig. Irf, 3d, elc. (6) Hiindhuch der Entomologie. I I, p 309 (t83"2). (7) Règne uninuil , pi. 4, fig. 3. e,d •288 E. OLAXCHABD. SLil l.E SYSTÈMli Nl-RVKUX les Insectes, des facultés apparteiiaiU à ces ganglions cérébroïdes paraissent se retrouver jusqu'à, un certain point dans les ganglions sous-intestinaux. Si , par exemple , on enlève la tète d'un Hanne- ton, d'une Abeille ou d'un Insecte quelconque, en ayant soin au moyen d'un peu de cire d'empêcher le liquide sanguin de s'écouler, l'animal peut non seulement vivre encore assez longtemps, mais même demeurer susceptible de mouvements réfléchis. Si l'on vient à lui frotter l'abdomen, on le voit aussitôt y porter la patte et gratter l'endroit qui a été touché. Certaines facultés propres seulement au cerveau chez les animaux vertébrés, ne sont pas localisées au même degré chez les Insectes. Néanmoins les ganglions céré- broïdes ont évidemment une prédominance bien marquée sur les ganglions sous-intestinaux. Ils fournissent les nerfs optiques et les nerfs des antennes qui paraissent être le siège d'un sens, pro- bablement celui de l'ouïe , par conséquent aux organes des sens qui mettent le mieux l'animal en relation avec le monde exté- rieur. Considérons en outre que ces masses médullaires cérébroï- des constituent le centre principal de l'appareil nerveux ; car la chaîne ganglionnaire sous-intestinale vient s'y insérer de même que le système nerveux splanchnique. § II. Le système nerveux des appareils de la vie organique. Cette partie du système nerveux des animaux articulés a été l'objet d'observations intéressantes et toutes spéciales de la part de divers anatomistes. D'abord découverte chez les Insectes par Svvammerdam ( 1), qui appliqua au nerf principal le nom de ré- current , ce système nerveux sus-intestinal a été décrit avec plus de détails dans la chenille du Cossus par Lyonnet (2). Depuis, MM. Serres (3) et Muller (h) , ([ui le comparent au grand sympa- thique des animaux vertébrés , l'ont étudié dans divers Insectes. (1) Biblia nattirœ, t. I, p, 3!6 el 317, et pi. 28, fig 2 et 3 g. (2) Lyonnet, Traité anatomique de la Chenille du Saule (1762). [V Latreille, Régne animal de Cuvier, t. IV, p. 23 (1829). |4) Ueber ein eigenthiiniliclies dem nerviis synipatliicusanaloges nervensystem der Eugeweide bei den Insecten ; in Nnva Actnphijs. med. Nat. Curios.., l. XIV, p. 71, pi. VII (1828). DKS INSECTES. 289 M. Brandt (1 ) l'a décrit et représenté dans un plus grand nombre. Il l'a mrme examiné comparativement dans les Mnlliis(|ues ainsi que dans les Crustacés , où MM. Audouin et Miine l^duards Pa- vaient signalé pour la première fois (2). M. Newport a aussi apporté quelques observations sur ce sujet. A l'égard du Hanneton , M. Straus en a fait une étude moins approfondie. Il a considéré une portion de ce système nerveux comme des ganglions collatéraux ou accessoires du cerveau. Quant à l'autre portion , ([u'il appelle système nerveujc des organes vitaux, il en a seulement aperçu les deux ganglions antérieurs. Leurs connexions avec les centres nerveux cérébroïdes lui ont même totalement échappé (3). Dans un ouvrage postérieur (i), le même anatoniiste paraît toutefois avoir en partie reconnu ce qu'il y a d'incomplet à cet égard dans son travail sur le Hanneton. U dit s'être apenu dans le Bradypore que les ganglions, considérés par lui, d'abord, comme des dépendances du cerveau , font partie du sympathique. C'est ce que MM, Brandt et Newport avaient fait remarquer long- temps auparavant. On pourra s'étonner que le système nerveux sus - œsophagien des Insectes soit demeuré bien peu connu . sous un certain point (le vue , après les recherches que je viens oe signaler. Cependant un fait important a échappé , les anatomistes ayant reconnu tous que les ganglions impairs ont pour fonction de distribuer leurs nerfs au canal alimentaire. Ils paraissent s'être beaucoup moins occupés du mode de distribution des nerfs pro- venant des autres ganglions. (1) Mémoires de l'Académie imp. des Sciences de Sainl-Pélersbonrtj , et Annales (les Sciences naturelles, 2' série, t. V, p. 81 , pi. 4 et 5 (1 836). (2) Mémoire sur le système nerveux des Crustacés [Annales des Sciences natu- relles, i" série, t. XIV, p. 77). (.3) Je n'ai pu apercevoir de ce système nerveux que deux ganglions impairs placés sur l'œsophage, auquel ils distribuent leurs nerfs. Il serait cependant pos- sible qu'il en existât d'autres, dans le tronc et dans l'abdomen, qui m'aient échappé (Straus-Durcklieim, Considérations générales sur l'anatomie comparée des animaux articulés, p. 406). fi) Traité d'anatomiepratique, t. II, p 3.51 (1842). .3' série Zool. T. V. (Mai 1846 ) s 19 290 E. BLA;\rnAnD. — sur i.k système nerveux Toiiiefois la dénomination de nerfs stomalogastriques donnée par M. Brandt, celle de nerfs pharyngiens donnée par M. Bur- meister, nous montrent que celensenible de ganglions et de nerfs a été regardé comme étant affecté plus spécialement au canal alimentaire. Or l'usage de ces ganglions antérieui's latéraux , comme les appelle M. Newport , m'avait semblé au premier abord une chose essentielle à rechercher. Par des dissections faites avec un grand soin , je parvins à m'assurer parfaitement , d'abord dans le Hanneton, puis dans le Carabe et le Dytique, puis dans des Charançons et des Céramby.x, puis enfin dans beaucoup d'autres Coléoptères, qu'une paire de ces petits ganglions donnait ses principaux nerfs au vaisseau dorsal , tandis que ceux de l'autre paire distribuaient les leurs aux trachées. Ainsi s'explique l'existence de ces petits ganglions toujours placés de la même manière les uns par rapport aux autres. Ainsi l'on voit que chaque appareil de la vie organique reçoit des nerfs de ganglions particuliers. Cette division du travail physiologique ne paraît pas même avoir été soupçonnée. Cependant, une fois le l'ait connu , on le comprend si bien , il semble si évident , il est eu même temps si facile à constater , qu'on est surpris en voyant comment on a négligé de rechercher si l'appareil de la circula- tion et l'appareil de la respiration n'avaient point leurs ganglions et leurs nerfs particuliers comme l'appareil alimentaire. Dans l'ordre des (Coléoptères, j'ai trouvé constamment ces cen- tres médullaires disposés d'une manière identique chez les groupes les plus différents. Dans plusieurs autres ordres de la classe des Insectes, on a observé au contraire certaines différences. Je me bornerai ici à décrire cette portion du .système nerveux dans les Coléoptères, ine réservant de signaler les modifications qu'on y rencontre dans les autres ordres loi'sque j'aurai examiné compa- rativement tous les types de ces divers autres ordres. 11 ne serait pa-^ impossible qu'on y découvrît certains caractères correspon- dant avec les grandes divisions de la classe des Insectes. Chez tous ces animaux, on peut distinguer dans le système ner- veux sympathique ou de la vie organique trois portions parfaite- L)i:s i\SF,(;ii:s. 201 ment distinctes : 1° les giiiiniions et les nerfs intesliiiaiix : '2' les ganglions et les nerfs du vaisseau dorsal : ?>" les ganglions et les nerfs trachéens. Dans les Coléoptères . on compte trois ganglions intestinaux : c'est le système nerveux impair situé sur la ligne médiane du tube digestif. On peut considérer chacun de ces ganglions comme étant formé par la réunion de deux parties, ainsi qu'on l'admet pour la chaîne ganglionnaire sous- intestinale. Dans l'embryon très jeune ces parties sont peut-être réellement distinctes , mais la dif- ficulté est bien grande pour r-'en assurer. Au reste , les ganglions intestinn u\ paraissent même exister par paire dans d'autres ordres, chez plusieurs Orthoptères, par exemple. Tous les anatomistes ont nommé avec Lyonnet le premier de ces petits centres médullaires fianylion frontal. Sa position donne l'explication de ce nom. Le ganglion frontal (1) est toujours placé en avant du cerveau. 11 offre de chaque côté un cordon nerveux , se recourbant et ve- nant s'insérer à la partie inférieure de chacun des ganglions céré- broïdes. A leur point d'insertion , on remarque ordinairement un petit renflement. Ces deux cordons de communication , obser- vés depuis longtemps par tant d' anatomistes , ont complètement échappé à!\l. Straus chez le Hanneton. Dans cet Insecte , ils sont assez longs et décrivent un arc très prolongé . car le ganglion frontal est plus rapproché du cerveau que dans beaucoup d'autres Coléoptères, comme ceux particuliè- rement dont la tête est allongée , le Carabe , par exemple. Ce ganglion est en forme de triangle renversé plus ou moins élargi. Antérieurement il émet un petit filet nerveux , qui se divise en plusieurs branches sur les muscles du pharynx. Dans le Hanneton il est très petit et un peu difficile à voir: au contraire chez le Ca- rabe , il est assez facile à mettre en évidence. Les cordons de communication entre le ganglion frontal et le cerveau offrent encore sur leur trajet une branche très faible dont les divisions se perdent dans les muscles du pharynx. Fn (i) Règne aiiimnl. pi i, fi;; 4P, 2e. fig. 4c; pi. :i (ji.v fig. 1 — lc,2— Ir.plr 292 F.. BI.AKCHAKU. — SUR I.E SYSTÈME NEIIVEUX arrière le ganglion iVonlal émet un seul nerf, se dirigeant en droite ligne sur l'a-sophage en passant sous les ganglions céré- broïdes. C'est le récurrent de S\\ ammerdam et de Lyonnel ; c'est le vagus pour M. New port , qui le compare au nerf vague des animaux vertébrés. Ce nerl' récurrent en arrière du cerveau se renfle en un très petit ganglion allongé (1) en connexion au moyen de deux petits filets, avec les centres médullaires du vais- seau dorsal. Au-delà le nerf récurrent se prolonge jusqu'à l'ex- trémité du jabot , où l'on observe un troisième ganglion intesti- nal (2). Le plus ordinairement le nerf récurrent est simple : il en est ainsi dans le Carabe (3). Chez le Hanneton, il est au contraire double (4). Sa longueur, il est inutile de le dire, est toujours celle de l'œsophage et du jabot réunis. F^e ganglion du jabot (5) , que M. Straus n'est point parvenu à découvrir dans le Hanneton, est un peu triangulaire chez cet insecte ; mais le plus souvent ilestde forme un peu ovalaire . comme dans le Carabe. H émet deux ou trois branches, qui s'étendent sur le gésier et le ventricule chyli- lique, en se subdivisant en filets extrêmement déliés. On parvient ((uelquefois à les suivre jusque sur l'intestin , mais là on en perd la trace. Le nerf récurrent offre de nombreuses branches sur son trajet ; ces filets nerveux , qui sont extrêmement fins, se ramifient tout autour de l'œsophage et du jabot. Ils sont surtout très dis- tincts chez les Dytiques. Les ganglions du vaisseau dorsal (6) sont situés de chaque côté de l'œsophage et à sa partie supérieure, appliqués contre le vais- seau dorsal. Hs adhèrent directement au cerveau : une commissure plus ou moins longue les unit Tmi à l'autre. Dans le Haimeton, ces renflements médullaires sont beaucoup plus gros que dans la plupart des autres Coléoptères ; ils fournissent chacun un filet se rendant au vaisseau dorsal , où j'ai |iu le suivre jusqu'au-delà du (1) Règne animal, pi. i, fig. 1. (2) M., pi l, fig. 1 h. ng, ili: pi :i te, fig. t — ly (3) Id.. pi. 3 bis. fifr I— t h. (i) Id.. pi. 4. fig. ly. (5) /<(,, pi. i. fig. I /. (6) /(/ , pi 4 fig. I ;.. DES INSlXTIîS. t>'j3 thorax (1). Ces deux ganglions émettent encore un ou deux pclils filets latéraux, dont l'un suit le nerf optique, et donne une branche s'anastomosant avec une division du nerf mandibulaire. Ces cen- tres nerveux de l'appareil circulatoire doivent accjuérir un déve- loppement plus considérable avec une circulation plus parfaite ; c'est peut-être la raison pour laquelle on leur trouve une plus grande dimension chez les Myriapodes que chez les Insectes. Les ganglions trachéens (2) sont unis aux ganglions angéiens par un cordon assez court se courbant autour de l'œsophage. Ces deux petits centres médullaires se trouvent ainsi très rapprochés par leur partie inférieure, où l'on observe entre eux une commis- sure extrêmement grêle. Ils fournissent plusieurs filets nerveux d'une finesse extrême, que j'ai réussi à suivre assez loin sur les troncs trachéens qui pénètrent dans la tête. Dès lors je n'ai pu douter de l'usage particulier de ces centres nerveux, car j'ai suivi leurs filets sur les trachées non seulement dans le Hanneton, mais dans le Carabe, dans divers Charançons, dans jDlusieurs Longi- cornes , etc. Chez les Dytiques , on les aperçoit aussi assez facile- ment : d'ailleurs ces ganglions reposent directement sur l(Hirs troncs trachéens. § 111. La cliaine ganglionnaire sous-inleslinale. Celte partie considérable du système nerveux des Insectes, (|ue les anatomistes ont souvent comparée à la moelle épinière des animaux vertébrés , peut être distinguée en trois portions : celle de la tête, celle du thorax , celle de l'abdomen. Je ne m'arrêterai nullement à cette comparaison , qui a été faite entre le système nerveux des invertébrés et celui des vertébrés. Jiien n'indique réellement cette analogie. 11 n'y a aucun avantage à l'admettre, car elle ne saurait être démontrée d'une manière bien péremp- toire. On sait que M. .Serres (;i) compare au contraire les centres ncr- \eux sous-inlestiiiaux des Insectes aux ganglions intervertébraux l't I lii'fjne itttniinl, |»I 4, fi^ \ . i (i) Id . pi. 4. «g I k, fig. 3/1, pi. :t Ins, fig. 2—1 6, fig .)— I h. elc. '^\ l/iii(ri)in.' ilii rn-venii, \. l.p l'ii, Jo^.cMI. Il, p. lo cl. sni\ . (I 826j "i'J/i E. BL%:«ii'H*Rn. — Sun le s»stèmk .xiiiivEux de rhomnie et des animaux supéiieurs. Ce savant dès lors con- sidère les Insectes comme étant dépourvus d'une moelle épi- nièfe. § IV. Le ganglion s^us-oe^llphagierl. Je désignerai ainsi le centre nerveux , qu'un naturaliste alle- mand , M. Burmeister, a comparé au cervelet , sans que je puisse m'expliquer comment il a trouvé une semblable analogie. Celle masse médullaire est toujours située à la partie postérieure de la tète, exactement au-dessous de l'œsophage 1). Ses deux angles antérieurs offrent deux sortes de bras , se redressant contre les parties latérales de l'œsophage (2) : ce sont les connectifs qui l'u- nissent aux ganglions i;érébroïdes. En arrière elle se prolonge un peu , de manière à former les cuisses , qui se continuent avec les connectifs du ganglion prothoracique. Le centre médullaire sous- œsophagien est en général assez allongé. Son volume n'égale pas celui de la moitié du cerveau , surtout chez le Hanneton , où ce dernier est très volumineux. C'est du ganglion sous-œsophagien que toutes les pièces de la bouche , en en exceptant toutefois la lèvre supérieure , reçoivent leurs nerfs. La plupart des anatomistes ont vu seulement les nerfs des man- dibules et des mâchoires, bien plus rarement ceux de la lèvre inférieure (3). Ces derniers , en effet, ont échappé à M. Straus ; ce qui a pi^ faire croire que chez le Hanneton la lèvre inférieure ne recevait que des filets nerveux provenant des branches des nerfs maxil- laires (4). (I) Règne animiil. pi. i. fig 2n. lig. 3 — 1. fifr. i— 1 : pi. 3, fig. 1-î. {i) Id., pi. i, fig. ib. (3) La lèvre, la langue et les palpes labiau-t itmvent nécessairemenl recevoir un Ironc nerveux, lequel formerait proprement la troisième paire ; mais je n'ai pu le découvrir, vu l'extrême petitesse des parties. — Slraus-Durckheim , Conside- Kdlioiis générales sur l'aiialomie comparée des animau,T articulés , auxquelles on a joint l'anatomic du Melolonlha vulgaris [Hanneton). (l) Der nerve der L'nlerlippe [nerrus lahiij... \Vn dîeser nerve fehlt (Z, B. bel Melointiihii] lia verirelen .E>lo der unlerkicfer nervi-n seine .■.lelle . und dies isl DES INSECTES. 29Ô A l'égard de la position de ceux-ci par rapport aux nerfs maii- dibulaires, il ne l'a pas indiquée avec exactitude, et cette erreur a fait penser à M. Burmeister qu'il existait une différence, quant à rinsertion des nerfs buccaux, entre le Hanneton et la larve du Calosome. J'ai observé au contraire que cette différence n'existait pas. Les nerfs les plus internes du ganglion sous-œsophagien sont les nerfs labiaux(l '. Us prennent naissance à la partie médiane et un peu inférieure de ce centre nerveux. Ils sont extrêmement grêles, se dirigent directement jusqu'à la base de la lèvre infé- rieure, où l'on observe leur division en plusieurs branches. L'une des principales divisions pénètre dans chacun des palpes. Les nerfs maxillaires (2 i ont leur origine un peu au-dessus et légèrement en dehors des nerfs labiaux ; leur grosseur est plus con- sidérable; leur direction aussi est un peu oblique. Sur leur trajet ils fournissent une brandie qui se rend aux muscles adducteurs des mâchoires. A la base de ces appendices, ils se subdivisent en plusieurs branches dont deux principales, l'une se rendant au corps même de la mâchoire, l'autre h son palpe. Les nerfs mandibulaires (^3 ) constituent la paire externe, ils ont leur origine en dehors des nerfs maxillaires et un peu au-dessus. Ils se dirigent obliquement, ce qui, du reste, est indiqué parla position des mandibules relativement à celle du ganglion sous- œsophagien. Ces nerfs , à la base des mandibules , se divisent en plusieurs branches, dont trois plus fortes que les autres. Les nerfs mandibulaires offrent encore sur leur trajet une branche qui se contourne en arrière et se divise en nombreux filaments dans les muscles adducteurs des mandibules (i). Cette branche , de même grade da besonders der fall, \vo die ziinge klein, hart und kuorpelig ist. — Bur- meister, Hnndbuch der Entomologie, t. I, p. 298 (1832). Ainsi, dans la chenille du Cossus tigniperda. les nerfs des mandibules ne sont, -ujvant Lyonnet, que des rameaux des nerfs labiaux. Quand ceux-ci manquent , comme dans le Melolontha vulyitris. ils sont remplacés par une branche Uca maxillaires. — Lacordaire, Introduclion d l'Entomologie, t II. p. l96(18S8j. (1) flégtte animal, pi. 4, fig 2 g. (2) M, pi. i, fig. 2*. ^3) Id.. pi. 4. Gg. 2 c '41 fd . pi. 7, fig. 2d. "296 E. BLA\CIIAKD. SUR LE SVSTÈMi; MiHVEL\ que les nerfs mandibulaires tout entiers, ont un volume assez con- sidérable chez le Hanneton ; ils l'ont également dans le Carabe , dont les pièces de la bouche sont très robustes. Ils ont un déve- loppement beaucoup plus grand dans les Lucanes (!), oti les man- dibules deviennent énormes. Mais ils perdent considérablement de leur volume dans les Insectes, où ces appendices sont plus faibles. Dans tous les Coléoptères soumis à mes dissections, aussi bien (|ue dans leurs larves, j'ai trouvé constamment l'origine de ces trois paires de nerfs buccaux entre les bras du ganglion sous-œsopha- gien. Leur insertion , par rapport les uns aux autres, m'a paru parfaitement constante. La position relative des diverses pièces de la bouche ne semble pas permettre qu'il en soit autrement. Cepen- dant, dans les descriptions anatomiquesdeces parties telles qu'on les a données jusqu'ici, on trouve toute incertitude à cet égard. Sur les parties latérales du même centre médullaire on observe encore un filet très délié se rendant aussi aux muscles rétracteurs des mandibules (2) : c'est la quatrième paire. Plus en arrière on découvre une cinquième paire; ce sont des filets nerveux (3) qui se rendent aux muscles rétracteurs de la tête. Dans les Insectes où la tête est peu mobile, comme chez le Hanneton, par exemple, CCS lilets ne sont pas fort gros. Dans ceux au contraire où la tète est très mobile, où ses muscles rétracteurs sont très puissants, comme dans le Carabe, ces nerfs sont plus forts ; ils se divisent d'abord en deux branches dont l'extrémité est elle-même subdi- visée en plusieurs autres dans le prothorax. § V, Les ganglions el les nerfs thoraciques et abominaux. Dans le thorax de tous les Insectes , il existe fondamentalement trois centres médullaires. Je les nommerai d'après chacune dos portions du thorax à laquelle ils appartiennent : ganglions prolhoracique, mésothoracique et mélalhoracique. Le premier {h) . uni par deux connectifs au ganglion sous- (l)PI. s, fig. 1—2!/. ('2] Rhjne animal, pi i, f.g, i r (3) W., pi. 4, fig. -J/i (i) Id . pi, :t, fig I .i, l'I .î l'is, fig I— :i, fig 2 — 3. fig 3— 3, cil- DES INSECTES. 297 œsophagien, demeure chez les Coléoptères conslaninienl dislincl des deux autres. Il est situé dans le prothorax, un peu plus près de l'extrémité postérieure que du bord antérieur. Les formes ([u'il afl'ecte sont assez variables suivant les groupes. Dans le Hanneton commun , il a l'aspect d'un cône renversé. Chez le Carabe , il est à peu près arrondi, en oH'rant néanmoins quelques angles à l'origine des nerfs. En général , le centre médullaire prothoracique varie de forme suivant le point d'origine des nerfs. Toujours il paraît plus dilaté à leurs insertions. On peut compter trois paires de nerfs pro- thoraciques. Ordinairement elles ont chacune leur origine distincte 'dans le ganglion , mais souvent aussi elles naissent d'un seul tronc commun ou quelquefois de deux, pour se séparer ensuite. La pre- mière distribue ses branches plus particulièrement aux muscles rétracteurs de la tête, la seconde aux muscles latéraux et supérieurs du protliorax, et la troisième aux pattes antérieures de l'Insecte. Chez le Hanneton , ces trois paires naissent d'un tronc commun, qui se sépaie immédiatement en deux autres. Le premier est formé par la réunion des nerfs de la première et de la seconde paire (1), et leur séparation n'a lieu que vers le tiers de leur lon- gueur. Le nerf antérieur se dirige vers le bord latéral antérieur du prothorax , mais sur son trajet il présente trois branches qui se divisent en plusieurs ramifications dans les muscles rétracteurs de la tête. Inférieurement il donne une branche se divisant aus- sitôt en deux filets dans les muscles latéraux du prothorax. Le second nerf ('2) chez le Hanneton semble n'être qu'une branche du premier ; elle se rend au muscle extenseur de la hanche , en offrant néanmoins quelques petites ramifications qui se perdent dans les muscles latéraux du corselet. Le nerf des pattes (3) est toujours le plus puissant; il pénètre dans la hanche, traverse le trochanter et la cuisse, où il fournil une branche très forte ([ui s'étend jusqu'à l'extrémité de la jambe (4 1. Le nerf principal seul pénètre dans le tarse jusqu'à la (I) licgne animal, pi '), fip I — ,( (i,)>. [i) Id , pi. ^, ng. I — ;i/, ;:t) /-/ , pi. 3, fig I — :)r. (1) M , pi :t, TiB I— 3r 298 E. BLAKCUARD. SUR l.E SYSTÈME NERVEUX base de leurs crochets. Dans la première partie de son trajet , le nerf crural donne naissance à deux branches : l'une, plus forte (1 ), se divise en deux rameaux : l'un se rend aux muscles fléchisseurs de la hanche et le second aux muscles rétracteurs du corselet. La seconde branche , 1res petite comparativement, pénètre aussi dans les muscles de la hanche. A l'égard du mode d'insertion des nerfs du prothorax, à l'égard aussi de la grosseur et de l'étendue de leurs branches, on observe des différences très considérables entre les divers types de l'ordre des Coléoptères. Sous ce rapport le Carabe s'éloigne notablement du Han- neton. Chacune des trois paires de nerfs prothoraciques a son origine parfaitement distincte, et de plus elle se divise en plusieurs branches, presque dès son origine. Ainsi le nerf antérieur (2) naît de l'angle supérieur du ganglion et se sépare aussitôt en deux branches. La plus forte donne encore naissance à un rameau dont les filets se distribuent aux muscles latéraux du corselet, tandis que la branche elle-même se bifurque entre les muscles rétrac- teurs de la tête. La seconde branche se divise en plusieurs ra- meaux dans les muscles du cor.selet, de même que les nerfs de la seconde paire (3). Ceux de la troisième (4) , dont l'origine est à l'angle inférieur du ganglion, se recourbent un peu comme dans tous les Insectes, pénètrent dans la hanche et ensuite dans toute la longueur des pattes, comme chez le Hanneton et comme dans tous les Coléop- tères que j'ai examinés ; ils fournissent avant l'extrémité de la cuisse une branche qui aboutit seulement au bout de la jambe à la terminaison du muscle. Dès son origine le nerf crural émet une très forte branche dont les principales divisions se perdent dans les muscles extenseurs de la hanche ; il en est de même d'une seconde branche beaucoup plus faible. Il fournit aussi inférieu- rement un très petit filet aux muscles rélracteurs du corselet. (1) Règne II iiimal, pi. 3, fij». I — 3 d, (2) H, pi. 3 bis, fig I— 3 a. (3) Id., pi. 3 bis, fig. 1—3 6. (4) Id., pi 3 bis, fig. I — 3r, UKs nsiiCTiiS. 299 Ou liouve doue, qu.iiil à l'insertion des neifs prothoraciques entre les Coléoptères, des dilïérences considérables selon les grou- pes auxquels ils appartiennent. Souvent les nerfs de la première et de la seconde paire sont soudés dans une partie de leur lon- gueur, et le second, dans beaucoup de cas, étant plus faible que le premier, semble n'en être qu'une branche. Il en est ainsi dans beaucoup de types, chez les Blaps, chez les Nécrophores (1) , par exemple , où les nerfs antérieurs sont très gros et leurs bran- ches propres aux muscles rétracleurs de tête fort nombreuses, (jhez les Hydrophiles , cette tendance est plus marquée encore (2). Dans les Lucanes (3), les trois paires de nerfs sont bien distinctes; cependant elles naissent d'un tronc commun se divisant après uii court trajet en trois nerfs, presque d'égale grosseur. .Souvent un filet très grêle prenant naissance sur le trajet des connectifs qui uni.^sent le centre médullaire sous-œsophagien avec le prothoracique , vient s'anastomoser avec le nerf antérieur. On aperçoit facilement cette disposition chez les Cérambyciens (i). Dans les Hydrophiles (5) , ce cordon de renforcement naît de la base du ganglion sous-œsophagien et vient s'anastomoser avec le centremédullaire prothoracique, près de l'origine de sa première paire de nerfs. Dans la plupart des Coléoptères on ne distingue pas cependant ce nerf. Nous verrons plus loin la nature de cette différence. Les ganglions niésothoracique et métathoi'acique sont complè- tement séparés l'un de l'autre dans la très grande majorité des Coléoptères. Chez les larves, ils le sont toujours. Néanmoins chez certains types on les trouve complètement réunis ; il y a une sou- dure, une fusion complète entre ces deux centres* nerveux. Ordi- nairement alors, c'est à peine si une légère dépression l'indique. C'est le cas pour le Hanneton (6) ; malgré cela, les nerfs se (1) PI, 10, flg. 3, et m. 9, fig. I a.bc. (2) PI 11, fig. 1. (3) PI. 8. fig. 1— 3n.*,r. C4) Règne rinimul. pi. ^ bn. fig 2 — 3n'. o) PI. 1 1 . fig. 1 . (f\) Hftpif nnimal , pi 3. lig. 1'--i Pt -S 300 E. BL.4X«:UAKD. — SlUi I.E SYSTÈME NERVEUX trouvent toujours insérés dans les mêmes rapports , et il n'y a là aucune modification fondamentale, l^es centres médullaires méso- tlioracique et métatlioracique , de même que le prothoracique , fournissent trois paires de nerfs. Les antérieurs sont les nerfs des ailes, les postérieurs sont ceux des pattes, et les intermédiaires sont ceux des muscles latéraux et supérieurs du thorax. Parfois le nerf intermédiaire naît d'un tronc commun avec celui des pattes, mais ce n'est pas ordinaire pour la plupart des Coléoptères. Dans le Hanneton, avons-nous dit, les centres nerveux du méso et du métathorax constituent une seule masse. Cette masse est d'un tiers plus longue que large et arrondie en avant comme en arrière. Une dépression transversale et une sorte de petite fos- sette médiane indique la réunion des deux ganglions (1). Mais il n'existe point là de perforation , et celte masse médullaire n'est point arrondie, comme M. Straus l'a décrite et représentée. Il ne pouvait y avoir aucune incertitude à cet égard sur aucun des nombreux individus de cette espèce que j'ai examinés. Le plus fréquemment chez les Coléoptères les connectifs entre les ganglions prothoracique et mésothoracique sont fort longs ; au contraire , dans le Hanneton, ils sont très courts. Les nerfs alaires, ceux qui se rendent du'ectement aux élytres, s'insèrent aux angles antérieurs du ganglion mésothoracique , et se dirigent un peu obliquement jusqu'à la base des élytres. Avant d'atteindre l'apophyse de l'élylre , ils se divisent en trois bran- ches, chacune d'elles se rendant aux trois nervures principales des ailes en se subdivisant en plusieurs rameaux (2). Sur son trajet, le nerf alaire antérieur donne (|uclques petits tilets aux muscles rétracteurs du corselet. Le nerf intermédiaire naît du même tronc que le nerf des pattes ; il est assez grêle, et se sépare en trois branches se divisant elles- mêmes dans les muscles latéraux et supérieurs du thorax. Le nerfcrural mésolhoraciquepénètreconimc celui du prothorax dans la hanche, et nous olfrc aussi deux petits lilels pour ses mus- cles extenseurs. Les nerfs mélathoraciques nlVri'iil poii fie dilïé- (1) Rignc iinimal, nouvelle rililinii pi ! I'\f. I i [î) lil . |>l. .t, 11- 1 — 1, DRS INSECTES. .'iOI renées avec ceux du inésothorax. Les nerfs alaires présentent avani leur extrémité la même division on trois branches (1). Ils donnent postérieurement une branche très forte dont les ramifications se perdent dans les muscles supérieurs du thorax , et surtout dans ceux des ailes. Le nerf moyen est soudé également à son origine avec le nerf cru- ral (2). Il se divise en deux branches principales ; les ramifications de l'une se distribuent particulièrement aux muscles alaires, celles de l'autre aux muscles de la hanche. Près de son origine le nerf moyen donne une branche considérable passant sous le nerf crural et venant se ramifier sur les muscles de l'insertion des pattes. Le nerf crural (3) descend directement jusqu'à l'apophyse de lahanche, où il se recourbe ensuite pour pénétrer dans son intérieur. Plu- sieurs branches du nerf crural se subdivisent sur les muscles de la hanche. Dans le Carabe , les ganglions mésothoraciques et métathora- ciques sont assez éloignés l'un de l'autre. Leurs trois paires de nerfs ont leur origine séparée l'une de l'autre. Au reste dans leur mode de division les différences ne sont pas grandes avec ce qu'on observe dans le Hanneton. La branche du nerf alaire antérieur qui se ramifie dans les muscles rétracteurs du corselet est ici seu- lement plus forte proportionnellement. Le nerf moyen est aussi plus gros, et presque dès sa base il se sépare en deux branches principales. Le nerf alaire métathoracique devient très grêle dans le Ca- rabe (û). L'absence des ailes en est la cause. Il reste alors tel qu'on le trouve dans les larves, où il se perd également entre les muscles latéraux du thorax. Le mode d'insertion des nerfs , mais bien plus encore leurs di- visions sous le rapport de leur volume et même de leur nombre, varient très notablement entre les divers types de l'ordre des Coléoptères. Mais ce sont là des modifications au fond assez légères qui ne détruisent en aucune manière le principe fondamental. (1) lii'ijne animal , nouvelle édiliori.pl. 3 — .'i dV (2) /<( , pi. 3— !5 a. (3) / réduits de trois qu'ils sont, comme dans la plupart des Coléo- » ptères, des Orthoptères, des Névroptères, à deux, comme dans >■ le plus grand nombre des Hémiptères, et à un, comme dans les » Diptères et dans quelcjnes Hémiptères (2). « Il faut répéter, au contraire, à l'égard des Insectes ce qui a été dit à l'égard des Crustacés par MM. Audouin et Milne Edwards : " Kn dernier résultat , le système nerveux nous présente partout » une uniformité de composition remarquable . et toutes les diffé- )' rencps importantes que nous avons roncontréesen parcourant la » série de ces animaux ne sont évidemment que des modifications (1) Enluncketuugsgeaehirlile der Schmellerliiige [iH\6). (2) Leçons tianatumie comparée, par G. Cuvier, 2'' édition, t. 111, p. 367. DES nsECTi'S. ;M)3 >i dépendantes d'un degré plus ou moins grand du rapprochement " et de centralisation des noyaux médullaires. « (1) Ce sont surtout les premiers et les derniers de l'abdomen qui ten- dent à se confondre. Le premier et le second très fréquemment viennent se réunir et former une seule masse avec le ganglion métathoracique. C'est ce qui a conduit M. New port à regarder le premier ganglion , après le métathoracique , comme appartenant aussi au thorax. Dans certains cas, le premier anneau abdominal de la larve vient à se souder également avec les anneaux du thorax. Le ganglion réuni au centre médullaire du métathorax donne ses nerfs à cette portion devenue thoracique. D'après cela doit-on adopter la distinction faite par ^L Newport? Je ne le pense pas, car souvent ce sont deux anneaux de l'abdomen qui sont devenus tho- raciques; ne pourrait-on pas trouver d'exemples d'une fusion plus grande encore? Alors la distinction entre les centres nerveux du thorax et ceux de l'abdomen n'existerait pas réellement. Il me semble préférable et en même temps plus rationnel de considérer tous les ganglions en arrière de ceux dont les principaux nerfs se distribuent aux organes de la locomotion comme des centres mé- dullaires abdominaux. Dans les descriptions anatomiques on y gagnera plus de clarté ; car certainement , si la limite entre le tho- rax et l'abdomen n'est pas bien définie d'après la considération de l'enveloppe extérieure, elle ne l'est pas davantage d'après le système nerveux Les soudures entre les divers segments en sont la preuve. C'est ce qui me porte du reste à attacher peu d'impor- tance à celte distinction des centres médullaires, en thoraciques et en abdominaux. Les derniers ganglions abdominaux chez les Coléoptères ont ime tendance très grande à se réunir. Le dernier est toujours constitué par la fusion de plusieurs autres en plus ou moins grande quantité suivant les groupes. Quelquefois tous les centres médullaires de l'abdomen sont en- tièrement confondus et ne forment alors qu'une seule masse, tou- jours dans ce cas refoulée dans le thorax , immédiatement contre (1) Troisième Mémoire xur t'annlomie et lu physiologie des Crustaees. — flécher- ches analomiquet sur le sijsleme nerreur ( \umtles des Sciences uiit., l XIV, p. 98. — )K28] 30/l E. RLAIVCIIAR». — SUIS llî SYSTÈME NERVEUX le gangliuii métallioraci(|iie. Il en est ainsi pour le Hanneton. On ne distingue même dans celte masse aucune division (1). Deux nerfs chez cet Insecte prennent naissance à la partie pos- térieure du centre nerveux métathoracique et viennent se ramifier à la base de l'abdomen ; c'est évidemment le résultat de la fusion de deux ganglions abdominaux avec le centre médullaire du mé- lathorax. Ces deux ganglions s' étant séparés des autres qui se sont seulement réunis entre eux , ceci est indiqué par l'embryo- génie. On peut s'en assurer en suivant les modifications qu'é- prouve l'animal par les progrès de l'âge. Le premier de ces nerfs inséré à l'extrémité postérieure du gan- glion métathoracique descend en passant sur l'entothorax et donne d'abord une branche se divisant en plusieurs rameaux qui se por- tent sur les muscles d'insertion des pattes et sur les rétracteurs de l'abdomen. Ce nerf se recourbe ensuite en fournissant deux autres branches dont l'une se rend aux muscles de l'entothorax , et les autres à ceux de la base de l'abdomen. Le second nerf suit la même direction que le précédent et se divise en deux grandes branches sur un premier anneau rudi- mentaire. Tous les autres sont échelonnés sur les parties latérales de la masse constituée par la réunion de tous les ganglions abdomi- naux. Nous en comptons six paires qui forment un faisceau pas- sant dans la gouttière que forme l'entothorax. I^a plus externe se rend au premier anneau de l'abdomen et ainsi de suite, au second, au troisième, jusqu'au dernier. Tous ces nerfs, parvenus dans leur anneau respectif, se divisent en deux grandes branches pres- que égales (2) ; l'une suit le point de jonction du segment abdomi- nal avec le suivant en produisant des filets qui se distribuent plus ]iarticulièremenl aux muscles moteurs des anneaux de l'abdomen. L'autre branche, au contraire, se dirige vers les parties latérales et donne ses filets surtout aux muscles des stigmates. Le qua- trième de ces nerfs fournil une branche aux testicules chez les mâles, aux ovaires chez les femelles. (1) Hégne animal, nouvelle édition, pi. 3, fig, 1 — fi. (2) /(/., pi. 3— G aj).c.il.c.f,rj.h TIKS I^SF.CTES. oOÔ La masse médullaire abdominale chez le Hanneton se prolonge postérieurement en deux cuisses d'où naît une paire de nerfs beau- coup plus gros que les autres nerfs de l'abdomen. M. Straus dit que leurs diverses branches lui ont paru aboutir aux organes de la génération. On n'a pas décrit davantage dans d'autres Insectes la manière dont ces nerfs se divisent et distribuent leurs rameaux. Cependant chez tous les Coléoptères leur mode de distribution est très analogue. Dans le Hanneton ces grands cordons nerveux descendent d'a- bord en ligne directe ; mais dans les mâles ils se contournent sur la verge, pénètrent dans ses muscles où ils se divisent en branches nombreuses, les unes remontant, les autres descendant (1). Chez les femelles, ces nerfs ne se contournent pas , ils aboutissent direc- tement à l'oviducte. Sur leur trajet ils fournissent d'abord deux branches qui se rendent aux testicules ou aux ovaires , puis une autre aux conduits déférents, et enfin une dernière beaucoup plus grande remonte sur le rectum, où l'on distingue plusieurs ramifi- cations. Dans le Carabe , les ganglions abdominaux forment une longue chaîne (2). Hs sont au nombre de sept plus ou moins es- pacés les uns des autres ; le premier de ces centres nerveux est assez gros et appliqué conti'e le ganglion métalhoracique ; les cinq suivants sont plus petits et presque d'égale grosseur entre eux; le dernier seul est notablement plus volumineux et séparé du précé- dent par des connectifs très courts. Chacun de ces centres médul- laires abdominaux produit des nerfs ayant leur origine distincte, mais se distribuant comme les deux branches de chaque nerf de l'abdomen du Hanneton. Les nerfs du dernier ganglion, qu'on pourrait appeler les nerfs sacrés, sans cependant vouloir les com- parer anatomiquement à ceux qu'on nomme ainsi chez les verté- brés, se contournent également autour de la verge chez le Carabe en se ramifiant dans ses muscles; ils fournissent aussi des bran- ches aux testicules et une plus considérable au rectum (3). (t) lUyne animal, nouvelle^ édition, pi. 3, fig. 1 — 6 o. {î) Id., pi. 4, fig. 1. (3) Id.. pi. 4, fig. 1, i,i',/. 3' siirii!, Ziioi., T, V. ( Mai I S ifi.) i 20 SOC) E. BI„\\«IIARD. — SI H l.i; SVSIFMK NKliVKIX S VI. Du svsleme iiurvevix (les larves, comparé a celui lies Insectes parfaits. On sait comment Ilérold, M. Serres, M. Newport ensuite, ont suivi de jour en jour les modifications que présente le sys- tème nerveux des Lépidoptères, en passant de l'état de chenille à celui de chrysalide ; de l'état de chrysalide à celui d'Insecte par- fait. Ils ont vu les connectifs se raccourcir de plus en plus et cer- tains ganglions se confondre entièrement. Dans la plupart des Coléoptères on remarque la centralisation! du système nerveux, s'effecluant de la même manière. Pour ceux- l.à , je n'ai donc pas besoin de m'y arrêter. Mais les Scarabéiens , les Curculioniens , peut-être quelques autres encore, présentent dans l'accroissement de leur système nerveux certaines particu- larités que je dois noter comparativement. La règle générale reste cependant la même. Dans les larves appartenant aux deux grandes tribus que je viens de citer, on ob- serve une disposition assez particulière de leur système nerveux. Pour leur grande taille , il est très réduit et occupe seulement la partie antérieure du corps. Le ganglion sous-œsophagien, les trois ganglions thoraciques, les ganglions abdominaux , au nombre de huit ou neuf, sont très distincts les uns des autres ; mais leurs connectifs sont si courts que ces centres médullaires sont tous appliqués les uns à la suite des autres et paraissent ne former qu'une masse allongée et étranglée d'espace en espace (1 ). La règle générale reste cependant la même, disons-nous. La centralisation deviendra également plus onsidé- rable quand l'animal passera par l'état de nymphe et deviendra adulte. En effet, les ganglions mésothoracique et métathoracique, séparés dans la larve, seront entièrement confondus chez l'Insecte parfait. Les ganglions abdominau.\, distincts dans la larve, pré- senteront une fusion complète dans l'Insecte adulte. Ce rappro- chement, cette fusion des centres médullaires entre eux est ana- logue ici à. celle observée par Hérold et par M. Newport, chez les Lépidoptères et certains Coléoptères. (0 Hc5>if uiuniul. pi. l, lis;, '-i l'I pi 1 1. lig, 1. ni;s iNSKciKs. 3(17 SeuleiiKJiil , laiidi.s (ju'oii remar(|U(.' dans ci'> (|iMiii<;rs un l'ac- rourcissement des connectifs , on obstM-ve pmir les Scarabéiens, les Curculioniens, etc., un allongemenl sur certains points. Entre le ganglion sous-œsophagien et le ganglion protlioracique; entre le ganglion protlioracique et le mésothoracique , il existe chez le Hanneton et le Charançon des connectifs assez longs (1) ; chez, leurs larves, au contraire, on ne les dislingue point (2). Je tenais à rappeler ce fait que si les centres nerveux tendent toujours h la centralisation sur certains points f|uand l'Insecte abandonne la forme de larve , les connectil's ne se raccourcissent pas toujours, mais s'allongent aussi quek[uefois. C'est ce qui a été bien démontre par M. .Serres. Ce. savant a indiqué l'écartement des centres nerveux par les progrès de l'âge chez le Scarabée nasicorne et surlout chez Ih larve d'un Di- ptère du genre Asile ^3). Il est encore un autre changement du système nerveux dans un même individu aux diverses périodes de sa vie auquel on ne s'est pas arrêté : c'est celui qui a lieu à l'égard des ganglions céré- broïdes. On a vu leur augmentation de volume; mais on n'a pas observé que leur partie antérieure tendait toujours à se recourber en dessous quand l'animal avançait en âge. 11 est assez facile ce- pendant de suivre ce refoulement : car il est indiqué par l'insertion des nerfs du labre et du ganglion frontal. Si l'on examine la larve du Hanneton, on trouvera ces deux nerfs naissant d'un tronc com- mun, dont l'origine est à l'extrémité antérieure de chacun des gan- glions cérébroïdes (4). Ceux-ci sont alors un peu pointus en avant. Si l'on examine la nymphe du Hanneton ou du Scarabée nasicorne, on trouvera les ganglions cérébroïdes plus arrondis antérieu- rement, le tronc commun des deux nerfs plus court et ayant déjà son insertion en dessous. Enfin si l'on examine le Hanneton adulte. ces deux nerfs paraîtront alors avoir deux origines distinctes pres- (() Règneammril, pi 3. fig. 1 — 2 a 3 et 3 à i ; pi. 3 bis. fig. 2 — 2 a 3 ei 3 a 4. (2) Id , pi. 4, lig. 3, el pi. U. fig. 1 f3J .inatomie comparée du cerveau dans les quatre ctassefi des autmaux verte- hrés. l II, p. 39 (1826). fi; Réijne animal, pi. 4. fig 3 f.rf â08 E. BLAmcnaRD. — sur le systèmr nekvedx que au milieu de la pai'lie inférieure des ganglions cérébro'ides(1 ). On suit aussi ce refoulement progressif non seulement chez le Hanneton , mais dans tous les autres Coléoptères. § VII. De la structure des nerfs et des ganglions. M. Newport est le premier qui se soit occupé sérieusement de la strticture des nerfs et des ganglions chez les Insectes. Il nous a fait voir qu'il existait dans chaque nerf dcu.x colonnes de fibres comme on l'observe dans les racines des nerfs spinaux chez les^ animaux vertébrés. L'une supérieure, qu'il regarde comme dévolue aux organes du 'mouvement ; l'autre inférieure, se confondant entièrement avec les ganglions, et qu'il considère comme dévolue à la sen- sibilité. Outre CCS deux ordres de fibres, le même analomiste a reconnu l'existence de nerfs particuliers déjà entrevus et nommés par Lyonnet kides épinières. 11 les désigne sous le nom de nerfs transversaux d'après la direction de leurs branches principales , ou surajoutés, parce qu'ils fourniraient des branches à des muscles qui en reçoivent déjà de la chaîne ganglionnaire (2). Ces nerfs se distribueraient plus ])articulièrement aux trachées et aux muscles des mouvements involontaires comme ceux ([ui sont mis en jeu par le fait de la respiration. A chaiiue segment du corps on observerait un plexus de ces nerfs transversaux , correspondant avec celui du segment suivant au moyen de deux fibres qui passent diagonaicment sur le ganglion, se rapprochent ensuite et descendent le long des connectifs (3). Ces nerfs transversaux s' anastomosant plus ou moins, ou même se réunissant complètement avec les nerfs de la chaîne ganglion- (1) Rkjnranimnt. pi. l. fig. 1 . (2) I hâve called theso nerves transrerse from ttie direction of tlieir principal branches; supcradded , from Iheir being nerves given lo niviscles , in addition to nerves from the moto-sensitive or spinal cords, and respirniory from their distri- bution being chiefly lo muscles which appear lo bc most concerned in respiration. — Newport, On Ihe respiration of Insecis (in Philosophicat Transactions, part u. • _ 183b). (3) Voy. loc cil., pi. xxxvn. i)i!S h\SEcri;s, 309 iiaire , M. Newport leur attribue une fonctiun analogue à celle du système uerveux sus-intestinal. Quelque ingénieuse que soit la distinction faite par M. Newport en ce qui concerne les fonctions attribuées aux diverses fibres des nerfs des Insectes, sans vouloir en aucune manière la rejeter, je ne crois pas non plus devoir l'admettre comme positive, car elle n'est appuyée sur aucune preuve physiologique. Chez les larves, particulièrement dans certaines Chenilles, qui ont été le sujet des observations de M. Newport, les nerfs trans- versaux sont souvent très distincts, car chez plusi(;urs Lépi- doptères ils ont une coloration particulière, et les ganglions eux- mêmes sont souvent bruns ou rougeàtres. On les observe aussi assez facilement dans plusieurs larves de Coléoptères ; je les ai vus nettement, surtout dans les larves de Dytiques. Chez les insectes parfaits ils se confondent souvent avec la substance des ganglions, et alors on les distingue difficilement. Toutefois , ceux dont les ganglions sont espacés, comme les Carabes, les Staphyliiis, sont les plus favorables pour les observer. Toujours est-il que dans la plupart des nerfs , ils s'associent entièrement aux autres libres. Du reste , il paraît évident que dans plusieurs circonstances au moins on a décrit et représenté des filets trachéens comme des portions de ce système surajouté. Les fibres nerveuses , regardées par M. Newport comme mo- trices, et qui passent sur les ganglions, restent au contraire pres- que toujours faciles h apercevoir chez les Insectes parfaits. On les rend surtout bien visibles en les plongeant pendant quelque temps dans l'alcool , ou mieux encore dans l'essence de térében- thine. Dans plusieurs larves, les trois cordes qui concourent h former les nerfs alaires sont très apparentes ; mais chez les Coléoptères à l'état parfait, on distingue didicilement les fibres transverses, et le filet nerveux qui naît du connectif n'est pas I isolé chez tous, comme dans les Hydrophiles, les Ccrambyx, etc. Dans le Hanneton, par exemple, le rapprochement est tel I qu'on aperçoit assez difficilement à la base des nerfs alaires les I trois ordres de fibres; on isole cependant le filet des connectifs en détruisant le névrilèine, au moyen d'acide nitri(iue étendu d'eau. 310 E. BL*\CUARD. SUK I.E SYSTÈME MiKMilX En examinant les ganglions des Insectes sons le microscope , on aperçoit au centre deux nodules assez faciles à voir, surtout dans les ganglions abdominaux. M. Newport regarde cette partie centrale comme l'analogue de la matière grise dans les animaux vertébrés. g VIII De remploi des modilicalions du système nerveux en zoologie. La description anatomique du système nerveux des Coléoptères montre suffisamment sur quels points on doit particulièrement porter son attention pour les caractères zoologiques. Les groupe- ments des ganglions , de l'abdomen et du thorax doivent surtout nous arrêter. On tiendra compte encore d'autres modilications , sans cependant y attacher une valeur aussi grande. Ce sera d'a- bord le mode d'insertion des principaux nerfs, puis la forme par- ticulière des ganglions. Les subdivisions des nerfs , la grosseur et le nombre plus ou moins grand de leurs branches dans les organes oii elles se l'endent, ne semblent pas mériter au même degré d'être prises en considération , pour l'application de l'ana- tomie à cette partie de la zoologie. Le travail nécessaire pour reconnaître la disposition du système nerveux dans un Insecte de manière à pouvoir apprécier ses affinités naturelles , demeure donc , par cela même . moins considérable. CHAPITRE ni. De kl disposition du sjstéine nerveux dans les uibus. familles et groupes de l'ordre des Coléoptères. Je dois faire connaître maintenant la disposition particulière qu'affecte le système nerveux dans chaque tribu et dans chaque famille de l'ordre des Coléoptères. N'esl-il pas utile aupai-avant d'examiner d'une manière comparative la valeur des caractères tirés des autres parties de l'organisme? Il sera plus facile alors d'apprécier l'importance du système nerveux. Les métamorphoses complètes ou incomplètes et la structure générale des ailes , sont les bases sur lesquelles repose la division de la classe des Insectes en plusieurs ordres. Les pattes fournis- DliS 1>SKCTES. 311 sent des caractères propres à des tribus ou à des l'ainilles , par le nombi'e d'articles que présentent leurs tarses. Dans certains or- dres, ce caractère est nul. Tous les Hyménoptères, tous les Lépi- doptères, tous les Diptères, ont leurs tarses composés de cin(| articles ; mais ce nombre de divisions descendant souvent à quatre, à trois, à deux, même à une seule , dans diverses familles, comme parmi les Coléoptères, les Orthoptères, les Hémiptères, etc., on s'en est servi avec avantage pour former des groupes plus ou moins considérables. Autrefois , à l'égard des Coléoptères , les entomologistes met- taient ce caractère en première ligne. Depuis, les rapprochements forcés qui en devenaient la cause n'ayant échappé à personne , on a cessé d'y attacher plus d'importance qu'on n'en attache aux modifications offertes par les antennes et par les parties de la bouche. Les antennes sont souvent des indices assez sûrs pour recon- naître des familles et même des tribus. l'our quelques unes d'entre elles, ce caractère sutlit pour les faire reconnaître avec toute cer- titude ; mais néanmoins , il est bien loin de s'étendre à tous les groupes. Les plus petites modifications de ces appendices , dans un grand nombre de cas, servent avec avantage pour appuyer de petites divisions, comme les genres, par exemple. Les parties de la bouche paraissent avoir une valeur lout-à- fait comparable à, celle des antennes ; tantôt donnant des carac- tères propres à des ordres entiers; tantôt seulement à des tribus : beaucoup plus ordinairement à des groupes plus limités encore. Les ailes fournissent des caractères précieux pour la sé|)aration des ordres; mais elles présentent aussi de» modifications nom- breuses dans la disposition de leurs nervures , correspondant à des divisions secondaires plus ou moins naturelles. Pour les Hyménoptères, pour les Diptères, un peu pour les Lépidoptères et les Névroptères , oji a fait usage des caractères fournis par les nervures des ailes, l'our les autres ordres, comme les Coléoptères, les Hémiptères et même les Orthoptères, on les a totalement négligés. On aura donc encore des faits de détails intéressants à tirer de cette iMiiflc 312 E. BL,t\CHARD. — SUR LE SYSTÈME NERVEUX Les appendices cornés et extérieurs dépendant des organes de la génération semblent aussi devoir présenter des caractères sur lesquels les entomologistes auront à porter leur attention. Jus- qu'ici , cependant, on les a négligés constamment. De ce qui précède il résulte que les modifications offertes , soit par les antennes, soit par les pièces de la bouche , soit par le tarses, ne peuvent suffire à caractériser tous les groupes. 11 en résulte aussi que les modifications offertes par les antennes , les pièces de la bouche et les tarses, sont bien loin de se cor- respondre. Les ordres, les tribus, les familles, les groupes, les genres mêmes, ne peuvent donc souvent être caractérisés que par une réunion de caractères. Si les modifications d'un appendice suffi- sent pour la distinction d'un groupe, elles deviennent insuffisantes pour la plupart de ceux qui l'entourent. Dès lors il faut recourir à la fois à quatre, cinq , six ou dix caractères. Encore on ne par- vient pas toujours à caractériser avec précision tous les types appartenant à une même grande division. Toutefois , les plus grandes difficultés ne se présentent pas là. Quand il s'agit "de rapprocher les tribus et les familles , de ma- nière à placer près les uns des autres les êtres qui se ressembh^it le plus , on s'aperçoit alors que les légères modifications de forme dans le système appendiculaire ne permettent pas de faire recon- naître de nombreuses adinités. Souvent , comme j'aurai liini de le faire remarquer par la suite , il est tel genre paraissant , d'après la seule inspection des caractères extérieurs, pouvoir être placé indifféremment dans une famille ou dans une autre. Il est tel groupe ou telle famille qu'on ne sait parfois à quelle tribu rattacher. Aussi maintenant il s'agit de savoir dans quelle mesure les organes intérieurs viendront éclairer ce qui est resté douteux. Il s'agit encore de voir si les premiers états ne fourniront pas de précieuses données à cet égard ; si l'étude comparative des caractères intérieurs et extérieurs fournis par les larves ne con- duira pas à l'appréciation exacte des affinités relatives des lu sectes entre eux. DES INSECTliS. 313 Jusqu'à présent , ces questions avaient trop peu fixé l'attention des zoologistes pour pouvoir être résolues sans le secours de re- cherches nombreuses. Je vais indiquer sommairement les faits connus touchant l'or- ganisation des Insectes , de manière à taire voir clairement mon point de départ. Les observations anatomiques sur les Insectes, je l'ai dit, sont déjà assez multipliées. Ramdorh , M. Marcel de Serres , et surtout M. Léon Dufour, ont fait connaître l'appareil alimentaire et l'ap- pareil reproducteur de l'un et l'autre sexe , dans la plupart des types importants de la classe des Insectes. L'ordre des Coléoptères , en particulier, a été sous ce rapport l'objet de nombreuses investigations. Les recherches des anatomisles que je viens de citer, jointes à mes propres observations sur un grand nombre de types dont ils ne se sont pas occupés , m'ont démontré que la connaissance des rapports naturels aurait peu à gagner, d'après la considération du tube alimentaire. En effet , nous voyons varier non seulement sa longueur totale, mais aussi les proportions de l'œsophage avec le jabot , du jabot avec le ventricule chylitique, du jabot et du ventricule chylilique avec l'intestin , et ainsi de suite. Nous observons cela non seule- ment entre les types constituant de petits groupes ou des genres , mais même assez souvent entre des espèces d'un même gei'.re. Les expansions qu'on remarque parfois dans une grande partie du tube digestif de certains Insectes ne se retrouvent plus chez les types voisins , au moins dans la plupart des cas. Cependant les différences dans le nombre des vaisseaux biliaires correspondent assez fréquemment à des groupes naturels . comme M. Léon Dufour Va. bien fait observer. Il est nécessaire de tenir comjjte de cette différence dans le nombre des vaisseaux biliaires. Il est même nécessaire de tenir compte des caractères fournis par tout l'appareil alimentaire. Dans certains cas. on pourra le faire avec avantage pour des ^^roupes très limités, surtout si l'on ne s'en lient -pas à la considé- l'ation (le rinseclc |iarfait. 314 E. BI..4NCHAKU. — SUft LE SYSTÈMli NEKVEUX Mais bien certainement , comme base de classification , la con- figuration du canal intestinal n'a qu'une importance bien secon- daire. Après l'appareil alimentaire, l'appareil de la reproduction est celui dont on s'est le plus occupé. Ce que nous avons dit du tube digestif, nous pouvons le répéter pour les organes de la génération. Les organes mâles aussi bien que les organes femelles n'offrent aucune constance de formes dans les groupes les plus naturels. Nos connaissances touchant l'appareil respiratoire sont moins avancées que celles concernant les organes dont j'ai déjà parlé. Mes recherches m'ont démontré que les modifications offertes par les organes de la respiration étant peu nombreuses ne pourraient pas être extrêmement utiles à la classification. Un exemple sufïïra pour le montrer : tous les Coléoptères sont pourvus de trachées tubuleuses très semblables dans tous les types. Il faut en excepter seulement deux tribus : les Scarabéiens et les Lucaniens , qui tous sont pourvus de trachées vésiculeuses. Ceci prouve au reste que l'on doit tenir compte des différences que présente l'appareil res- piratoire. Ailleurs, dans les Hyménoptères et dans quelques autres ordres , on voit certaines modifications correspondant à certains groupes naturels. Mais néanmoins, avec la considération des tra- chées seulement , on obtiendrait fort peu de résultats. M. New port pense que les trachées vésiculeuses, contenant plus d'air que les trachées tubuleuses , sont nécessaires aux Scara- béiens. Leur corps étant très volimiineux , ils auraient besoin de plus d'air que les autres pour s'envoler. Au premier abord, cette opinion paraît fondée ; mais si l'on observe d'autres Coléoptères dont le corps est également très lourd, on ne comprend pas com- ment ce qui est nécessaire pour les Scarabéiens ne l'est pas éga- lement pour ceux-là. H faut nécessairement en conclure que ce n'est pas là la raison , ou au moins que ce n'est pas la seule. Les larves des Scarabéiens n'ont que des trachées tubuleuses , comme les autres Coléoptères. Elles deviennent vésiculeuses quand l'animal devient adulte. ReiTiar([uons que ces trachées vésiculeuses appartieMiirnt aux UliS l.NSECll.S. 315 Coléoptères dont l'organisation nous paraît la plus parfaite , d'après le degré de centralisation de leur système nerveux. Les Hyménoptères ont la plupart, comme les Coléoptères, des trachées tubuleuses; plusieurs d'entre eux ce])endant en ont de vésiculeuses. Or ce sont surtout les Abeilles et les autres Apiens dont les trachées forment dans l'abdomen ces grandes poches aéri- fères. Ce sont donc les Hyménoptères les plus parfaits qui seuls en sont pourvus. Ceci ne conduit-il pas à montrer que les trachées vésiculeuses sont, chez les Insectes, un indice de perfection? On remarquera sans doute que les Lucaniens , dont le système nerveux est moins parfait que celui des Scarabéiens, ont des tra- chées semblables. Mais les Lucaniens constituent une petite tribu , sous beaucoup de rapports, bien voisine , et en quelque sorte satellite de celle des Scarabéiens. Ne peut-on pas admettre, comme on l'observé sou- vent dans divers groupes du règne animal , qu'ici un appareil est resté moins parlait , tandis qu'un autre a cependant acquis sa plus grande perfection? Examinons donc à présent , dans chaque tribu et dans chaque famille, les données qui nous sont offertes par le système nerveux en ce qui concerne la méthode naturelle. 1" Tribu. — Les Scarabéikns (^Sciti-ahœii). ( Lanipllif'ornes , L.Ttr. ) Peu de tribus dans l'ordre des Coléoptères sont à la fois aussi naturelles et aussi nombreuses que celle des Scarabéiens. Les formes extérieures de tous ses représentants sont très variées , mais on leur trouve des caractères communs assez tranchés pour ne pas les méconnaître. Extérieurement, leurs antennes courtes, non coudées, et terminées par une massue perfoliée, permettent de les distinguer de tous les autres Coléoptères. Rien à la vérité n'indic[ue que ce caractère ait une valeur bien considérable. On sait même (ju'il disparaît jusqu'à un certain point dans un genre de (■rA\c li'iliu , dans Ir gcnro /.clliriis ; mai> des pai ticulai ités 316 E. BL/tIVCUARD. — SUR I.E SYSTÈME NEUVIiUX organiques propres à l'ensemble des Scarabéiens donnent à celte tribu une base plus solide. Nous admettons la division des Scarabéiens en huit familles , elles-mêmes subdivisées en plusieurs groupes (1). Ce sont les Cétoniides, les Glaphyrides, les Mélolonthides , les Scarabéides, les Géolrupides, les Euchirides, les Goprides et les Passalides. On distingue facilement entre elles ces diverses fa- milles à l'aide des modifications fournies surtout par les pièces de la bouche , et quelquefois par le nombre d'articles aux antennes. 11 est même plus facile de trouver des caractères pour les séparer les unes des autres que d'en rencontrer qui soient généraux à toutes, c'est-à-dire à la tribu entière des Scarabéiens. Après celui qui nous est offert par les antennes, on en cherche vainement un autre propre à la fois à tous , mais exclusivement à tous les Sca- rabéiens. Néanmoins nous observons dans ces Coléoptères des trachées dont la forme leur est particulière seulement avec celles desLucaniens. J'exposerai plus loin les motifs qui m'ont fait sépa- rer ces derniers des Scarabéiens. Ceux-ci ont tous des trachées vésiculeuses, telles que M. Straus les a représentées chez le Han- neton. Je n'ai observé à cet égard aucune différence essentielle entre les Cétoines , les Hannetons , les Scarabées , les Géo- trupes , etc. Dans la disposition du système nerveux , j'ai rencontré une similitude non moins frap[)ante ; tel j'ai décrit cet appareil dans le Hanneton , tel je l'ai observé dans les Cétoines (Cetonia aurata Lin.) et dans les Trichius (Gnnrimus nobiliset Trichius fasciatns Fab.), principaux représentants de la tribu des Cétoniides. Les Glaphyrides m'ont présenté une disposition tout-à-fait analogue. J'ai examiné leur système nerveux dans un type du groupe des Amphicomites (Pxilodema melis) et dans un insecte da Chili appar- tenant au groupe des Pachycnémites, le Cmloscells vtilpina Erichs. Les Mélolonthides étudiés non seulement dans le Hanneton, mais encore dans divers autres représentants (\es Rliizotrogus œstivus (I) Voyez pour les divisions des tribus en familles, groupes cl genres, mon Ilialoire (Us Insectes (Paris, F Didol , ISIS, 2 vol.). où se tronvent énoncés leurs prim'i|iaux caraclércs, lires du système appendiculaire. DUS nSECTES. 317 et (lier Fabr. , VAnisoplia horlicola Lin., les Iloplia farinosa l'abr. , et Decainerapulverulenta, l'abr.), de même que les Sca- rabéides (Scarabœiis hercules et Oryctcs nasicornis Lin.), les Géo- trupides ( Geotrupes stercorarius et vernalis Lin. et les Coprides (Copris lunaris Lm., A leuchus sacer Lin. 1, sont également sem- blables sous ce rapport. Cliez quelques uns de ces derniers, les Ateuchus principalement , j'ai observé une légère tendance vers une autre forme. Les ganglions thoraciques et abdominaux n'of- frent aucune modification vraiment appréciable; mais les gan- glions cérébroïdes sont un peu plus petits que d^ns les autres Scarabéiens proportionnellement au développement de la tète, et les nerfs optiques n'ont pas la même grosseur. C'est là une modi- fication bien légère toutefois ; mais rapprochée de ce qu'on voit dans une famille voisine, on reconnaît véritablement une tendance. La famille très peu nombreuse des Euchirides n'ayant jjas de représentants dans notre pays , je n'ai pu l'étudier ; mais elle paraît si voisine des Scarabéides et des Géotrupides, que vrai- semblablement les espèces de cette famille ne feront pas exception avec les autres re)irésentants de leur tribu. Je suis donc conduit à regarder les Cétoniides, Glaphyrides, Mélolontbides , Scarabéides , Géotrupides et Coprides , comme constituant un ensemble parfaitement homogène. Le degré de cen- tralisation de leur système nerveux doit aussi les faire considérer comme les Coléoptères dont l'organisation est la plus élevée. Les Aphodius dans la famille dos Coprides [A. fimetarius et riifîpes Fabr.), ainsi que les Géotrupides, tout en offrant les ca- ractères des autres Scarabéiens , nous présentent néanmoins une centralisation un peu moins prononcée. Les ganglions méso et métathoraciques sont réunis comme chez les autres représentants de la tribu : seulement, leur réunion. est indiquée par une dépres- sion plus profonde (lue chez les Hannetons, les Cétoines et les Scarabées. La masse médullaire abdominale est aussi un tant soit peu plus oblnngue ; mais ce sont là des diiïérences à peine sen- sibles. .Ius(|u'ici je n'ai encore rien dit d'une huitième famille, dans la tribu des .Scarabéiens, les Passalidos, qui constilueut un tvoe 318 E. Bi.*\ciiAttn. — si;ii i.ic sKsiÈMii nkhviîix un peu aberrant. Pour les Passales, je n"ai pu étudier que des individus ayant fait un long séjour dans l'alcuoi [Passalus inter- rvptus Fabr. et disiinclus Cliev.). J"ai trouvé leur système ner- veux très analogue à celui des autres Scarabéiens; cependant j'ai remarqué la séparation du ganglion mésothoracique d'avec le métathoracique , et les ganglions abdominaux m'ont offert une masse plus allongée que celle des autres Insectes de la même tribu. Cette légère modification nous montre la famille des Pas- salides comme s'éloignant un peu du type principal de la tribu des Scarabéiens. Elle constitue un lien entre cette tribu et celle des Histériens. Au moins, d'après la considération des Insectes par- faits, elle indique en même temps, de la manière la plus évidente, des affinités beaucoup plus grandes entre les Passalides et les au- tres Scarabéiens qu'entre les Passalides et les Lucaniens. Cepen- dant tous les entomologistes qui avaient séparé ces derniers de la grande tribu des Scarabéiens leur avaient rattach'* les Passalides, en considérant particulièrement la forme des derniers articles des antennes. On le voit ici , l'anatomie vient éclairer manifestement un point dont la solution ne pouvait être trouvée d'après l'inspec- tion seule des caractères extérieurs. Dans la tribu c''?s Scarabéiens nous trouvons le genre Chiron , dont nous avons formé un groupe particulier sous la dénomination de Chironites. Ce groupe, qui a seulement quelques représentants propres à l'Afrique et aux Indes orientales, est (;onsidéré par cer- tains entomologistes comme appartenant à la famille des Géotru- pides , par d'autres à la famille des Passalides , par d'autres enfin à la tribu des Lucaniens. Les caractères zoologiques ne permettent pas de résoudre la question. Le secours de l'anatomie , la considération du système nerveux, ne pourrait probablement laisser aucun doute sur ses rapports. Ce serait peut-être un lien entre le groupe des Aphodiites et la famille des Passalides. Si les formes extérieures des Scarabéiens à leur état parfait sont extrêmement variées . elles le sont fort peu pendant leur état de larve. Nous devons à M. Dehaan un mémoire intéressant sur i>i;s iNsrcnics. 319 les iiiétanioiplioses de ces Coléoptères (1) , uii l'on petit l'acile- ment s'en convaincre. En effet , si l'on observe des différences très considérables entre les parties de la bouche d'un Mélolon- thide , d'un Scarabéide , d'un Cétoniide à leur état adulte , on en trouve seulement de très légères entre ces mêmes types à leur état de larve. Le canal intestinal des larves parait néanmoins être encore assez variable , même entre les genres les plus voisins ; les observations sur ce sujet ne sont pas assez nombreuses pour qu'on sache si ces petites modifications du tube digestif seront des caractères pour des groupes très limités. Les larves des Sca- rabéiens rappellent considérablement la forme des Chenilles : leur tète arrondie et cornée, l'absence d'ocelles, leurs antennes de quatre articles insérées à la base des mandibules . leurs mâchoires dentelées et munies de palpes de trois ou quatre articles , et leurs pattes assez développées, les font reconnaître aisément (:2). Leur système nerveux affecte une disposition qui n'appartient bien exactement à aucune autre tribu dans l'ordre des Coléoptères. Tel j'ai décrit cet appareil dans le Hanneton , tel je l'ai retrouvé dans la Cétoine et dans l'Oryctes. M. Léon Dufour a déjà décrit le système nerveux de la Cétoine dorée (3). On avait déjà une re- présentation grossière de celui de la larve de VOryctes nasicornis, dans l'ouvrage de Swammerdam (J\). J'ai comparé attentive- ment cette disposition dans ces deux derniers types avec celle qu'on observe dans le Hanneton , j'y ai reconnu une similitude complète. Ceci nous fournit une preuve bien évidente de l'homo- généité de la tribu des Scarabéiens. Chez les larves d'Aphodius (5) (famille des Coprides, groupe àesÀphodiiteSj, le système nerveux est très analogue à celui des Cétoines, des Hannetons et des Scarabées ; néanmoins il est pro- (1) De Haan. Mémoires sur li:s mélnmnrphnses des Coléoptères. — )" Mémoire : Les Lamellicornes (Nouvelles Amiales ilu Muséum, t. IV, p. 1 23. — 1 833). {■]) Voyez pour leurs caractères (outre le Mémoire de M. rie Haati) Erichson, Archiv filr Natura considéra- tion des Insectes parfaits iious les montre comme très voisins des premiers; la considération des larves comme très voisins des seconds. Pendant leur état de nymphe, les Passalides éprouvent par conséquent des changements beaucoup plus considérables. A l'aide du système nerveux , nous saisissons donc non seule- ment les caractères les plus importants de la tribu tics Scara- béiens , mais encore les plus légères dégradations du type. La considération de l'appareil alimentaire et des organes de la géné- ration ne fournissent aucun résultat à beaucoup près aussi gémi- rai ; car ils présentent des différences extrêmement grandes entre les représentants des groupes d'une valeur très secondaire. Peut- être quand les faits observés seront plus nombreux, en tirera-t-on des caractères propres à limiter les pciiles divisions, et venant à l'appui de ceux qui sont offerts par les parties de la bouche. i' Tribu — Les Li cakien> 'Luainii). Dans ses premiers ouvrages, I>atreille avait séparé complète- ment ces Insectes des Scarabéiens. Plus tard il les plaça dans la même tribu, et cet exemple fut suivi pendant longtemps par la plupart des entomologistes. Danscesdernières années, cependant, plusieurs d'entre eux, prenant en considération la longueur des an- tennes et dans la plupart leur forme coudée , les en séparèrent de nouveau. D'abord je regardai cette séparation comme inutile . et je ne l'adoptai pas dans mon Histoire des Insectes. Maintenant , au contraire, elle me paraît devoir être adoptée. M. Léon Dufour, dans un mémoire sur les métamorphoses de la (k'toine et du Dor- cus, s'est prononcé aussi pour cette opinion (1). (I] Léon Dufour. Histoire mmparutivr îles mélumnr'phoses el île Inruilomir *, lig. i — .i. 1, ;i. :2) l'I, «, fig. i — fi. (W) PI, S, (ig. :). fil Vciy(^z \i\ iKiinnlIc (■(liliim ilu llciiin niiiiiiiil i|p CiiviiT, pi. :îo cl .16. 326 E. BLAKt'IlAHW. — Sun LE SYSTÈME M.RVEIX les Scaphidiums(.S'«(/;/((t//((//tf/t/a(/rimaf((/a. fulgidus Fabr. ) et les Fédères (Pœdenis riparius Fab.), le premier ganglion abdominal se rapproche ou se confond même avec le centre nerveux du métathorax ; les autres restent disposés exactement, comme chez les Staphylins. La disposition du système nerveux , tout en indiquant une étroite analogie entre les Silphiens et les Staphyliniens, en indique une non moins réelle entre ces derniers et les Carabiens : celle-ci est même plus manifeste. A l'égard du canal intestinal , M. Léon Dufour a signalé de grands rapports entre les Staphyliniens et les Caraijiens. La forme de leurs antennes et de leurs pattes vient aussi à l'appui de ce rapprochement. Parmi les Staphyliniens, les plus petites espèces (Omalides), notamment les A/ /'croyjcyj^ui, paraissent se lier avec les Nitidulides. Jusqu'à présent je n'ai pas pu en réunir suffisamment pour m'as- surer si ceux-ci présentaient dans leur système nerveux une dis- position qui indiquerait un passage entre ces Insectes et ceux de la tribu des Histériens. Les larves des Staphyliniens nous olïrcnt un exemple bien manifeste de ces Coléoptères dont l'état embryonnaire , à leur sortie de l'œuf, est déjà très avancé. Ces larves, en effet, comme celles des Carabiens , sont remarquables non seulement par le développement de leurs appendices et par leur allure, qui les fait ressembler déjà aux Lisectcs parfaits, mais aussi par le dévelop- pement du système nerveux , considéré d'une manière compara- tive ; car celui de la larve (1) (St. olens Lin.) diffère seulement do celui de l'insecte adulte par l'écartcmenl des trois derniers gan- (I) PI. 9, (ip, ••;. DES INSECTIiS. 331 glions abdominaux (1) et par le volume moins fonsidérabie des cenlres médullaires thoraciques. On reconnaît bien les affinités des Staphyliniens avec les Ca- rabiens (2) par leurs larves. Elles ont des mandibules et des mâ- choires très grandes , comme celles des Carabes ; elles ont aussi des pattes propres à la course , et un tubercule anal pédiforme. Leur tête et leurs anneaux thoraciques sont d'apparence cornée , tandis que leur abdomen est mou : ce dernier caractère les dis- tingue au premier aboixl des larves des Carabes ; elles sont aussi moins aplaties et en général plus amincies vers l'extrémité posté- rieure. 6"^ Tribu. — Les Psélapuif.ns (^Pst^laphii). Je ne mentionne ici cette tribu que pour mémoire. Nous lui rattachons deux familles : celle des Psélaphides et celle des Scyd- ménides. Les premiers sont considérés par la plupart des entomo- logistes , et probablement avec raison , comme très voisins des Staphyliniens. Ces Coléoptères sont d'une extrême exiguïté, et je n'ai pas pu jusqu'à présent en étudier un assez grand nombre pour bien connaître la disposition de leur système nerveux. Je n'ai pas été plus heureux à l'égard des Scydménides , qui peut-être s'éloignent beaucoup des Psélaphides. Leurs caractères extérieurs paraissent devoir les en faire rapprocher ; mais déjà nous avons eu l'occasion de voir combien on pouvait être ainsi induit en erreur. Je n'ose donc encore rien préjuger à l'égard des affinités de ces Coléoptères. M. Stephens pense (3) que les Scyd- ménides établissent un lien entre les Psélaphides et les Anthicides de la tribu des Cantharidiens. Les premiers états de ces petits Insectes étant inconnus , c'est encore une raison pour se tenir sur la réserve touchant l'appré- ciation de leurs affinités. fi) PI. 9, fig 5 — 10, M. M. ' i) Voyez le Mmiasin de zoolngic (183.')). — Hccr, Obacrrnt. cnttmi — liatzc- liurg, Dir l'orsl. Insccl, t. I, |il. 1 (1837). — \,n uoiivr'llp oïlilinn liu /(«;»(' uni- mal dp fliivicr (In^ri'lcs), pi l'i, l'Ic. ' ;; V, 1,1,1, Il „l l!,-,l,sl, C„li;,,,l,;;,^ p 3ii (1837) 332 E. BLAMUAKD — SLIU \.li SVSTÈMIi MiRVEliX 7'' Tribu. — Les Dermestiens (^Dcrnirsin) . J'ai considéré cette tribu comme pouvant former quatre fa- milles : les Mycétophagides, les Dermestides, les Byrrhides et les Agathidiides. Il existe parmi nos Dermestiens des types dont la taille est tellement exiguë, que les observations anatomiques sont loin d'être toujours faciles. Mes recherches n'ont encore porté que sur les Mycétophagides, les Dermestides et les Byrrhides. A la première de ces deux fa- milles , je rattache maintenant le genre Byturus. A l'exemple de la plupart des entomologistes, j'avais placé , dans mon Histoire lies Insectes, ce genre parmi les Nitidulides : l'examen anatomique m'a montré d'une manière évidente que sa place était paruii les Dermestiens. En elTet, les Byturus diffèrent bien peu des !\Iycétophagides ; leurs ganglions abdominaux sont seulement un peu plus gros : leur disposition est à fort peu de chose près la. même. Les Bytu- rus me paraissent donc devoir former un simple groupe dans la famille des Mycétophagides. L'organisation nous ayant conduit à reconnaître , de la manière la plus évidente , ce point d'affinité , on reconnaît sans peine que les Byturus et les Mycétophages dif- fèrent fort peu , également sous le rapport de la forme de leurs antennes et des pièces de leur bouche (1). Dans les Byturus (6. tomentosus Payk.), les centres médul- laires thoraciques sont fort gros (-2) ; le dernier est ovalaire et mé- diocrement éloigné du précédent. On distingue postérieurement la trace d'un ganglion abdominal qui s'est réuni à lui. En outre , on compte six ganglions formant une chaîne no dépassant pas beaucoup la base de l'abdomen (3). Ils sont séparés les uns des autres par des connectifs très courts : les deux derniers sont même réunis, et forment une masse allongée : tous les autres ont une (I) liffjiip iiitimiil Av CiivuT, nnii\('lli' lirlilion (Inscclcs), pi Ki, lis (i". l'I |il 62, lig. 12, II'. I !'■ (•2) PI. 12, n,!,' I— .i, i, ;; (;f) l'I, I i. fi'_' I— (i, 7. s, '.>. 10 II i)i;s iNSiic.Tiis. ."533 l'orme ovalaire. On voit d'après cette description conibicii les l$y- Un-us diffèrent des Nitidules par leur organisation. Les Mycétophages s'en éloignent au contraire fort peu (M. qua- drimaculatus Fab.) ; les premiers ganglions abdominaux (1) sont seulement un peu j)lus es|)acés et un peu plus petits, le quatrième est plus rapproché du cinquième (2), et lu dernier est le résultat d'une réunion un peu plus intime entre les deux ganglions pos- térieurs encore distincts chez les Byturus (3). On n'observe pas entre ces deux types de différences plus importantes à signaler. Dans les Dermestides [Dermestes lanlarius et vulpinus Lin), le ganglion abdominal , qui , chez les précédents , est presque com- plètement confondu avec le centre nerveux du métathorax, est ici beaucoup plus gros et plus distinct (4). Les larves de ces Der- mestes offrent une chaîne ganglionnaire abdominale composée de huit centres nerveux espacés à peu près également. Par les pro- grès de l'àgc, le premier se rapproche du ganglion métathora- cique, le septième et le huitième so confondent (5) et se rappro- chent du sixième, il existe alors une ressemblante très notable entre le système nerveux de ces Insectes et celui des Nécrophores. Chez les Byrrhides [Bijrrhus pilulaLm.), l'appareil de la sensi- bilité ne diffère notablement de celui des Uermestes qu'en ce que le premier ganglion abdominal est à peu près totalement confondu avec le métathoracique. Les Insectes de cette tribu , par les caractères de leur organi- sation aussi bien que par ceux des larves , offrent un ensemble homogène. Les larves des Mycétophages, comme celles des Der- mestes, sont hérissées de poils roides, leurs antennes sont assez allongées, leurs mandibules et leurs mâchoires petites. Ouant aux Byturus, je n'ai pas eu l'occasion de les étudier pen- dant leurs premiers états. Il serait intéressant de les observer, pour apprécier mieux encore que nous ne pouvons le faire main- tenant tous les rapports de ce type avec les Dermestides et les Mycétophagides. (i) PI. 12, (ig. I — m, Il (r.) PI. 12, lîg 2—1-2. (Il PI. 12, (1^.2—9. 1(1 (2) Pi. 12, fig, 3— « i:\) PI. 12, (if 2 ^Vàll K. BI-,\\1IIABI». — Sl-H l,R S^STiîHIÎ MillVIUiX l^es Dermestieiis ont des aflinités très diverses ; comme on Ta déjà vu , ils se rapprochent à beaucoup d'égards des Silphiens par les Nécrophores. Leurs rapports avec les Érotyliens sont des plus étroits. Ils paraissent en même temps offrir une certaine ana- logie avec les Cucujiens. lueurs alfmités avec les Bostrichiens sont aussi évidentes d'après leur organisation que d'après leurs carac- tères fournis par les antennes et les parties de la bouche. Elles ne le sont pas moins avec les Clériens. Tant que les parties les plus essentielles de l'organisation sont demeurées inconnues, il était complètement impossible d'appré- cier ces divers rapports, qui, aujourd'hui, ressortent jusqu'à la dernière évidence , car aucun caractère important ne vient les combattre. S' Tribu. — Les Cucujiens (Oiriyii). N'ayant pu examiner anatomiquement quelques uns des repré- sentants de cette tribu , ses affinités ne me paraissent pas pouvoir être bien reconmies. L'aspect extérieur semble devoir faire rap- procher les Cucujides des Dermestiens par le groupe des Sylva- nites. D'après la figure de la larve du Ctiaijus spartii donné par M. Westwood (I), on |)ourrait croire ce rapprochement fondé. Les l'assandrides , que nous avons considérées comme formant une seconde famille dans la tribu des Cucujiens , se lient aussi au.\ Cérambyciens. Ces Coléoptères étant étrangers à notre pays, je n'ai pu étudier leur organisation. Leurs métamorphoses sont demeurées inconnues jusqu'à présent : aussi toute incertitude règne-t-elle à l'égard de leurs aflinités naturelles. 9' Tribu. — Les Iîbotïlif.ss (/;ro/i//ii). ( (lla\i|i;ilpes l.air ) Il serait nécessaire de connaître dans cette tribu l'organisation de tous les types principaux, pour reconnaître tous ses liens de parenté. On arriverait même alors certainement à modifier ses limites. Les Erotyliens, en effet, sont loin de former un ensemble (I) Àii [iilrnducl olhr morleni riaxsif. of Inscris, t. I. p, 166. fig. 12-19. ni;s ixsiiciKS. ;VS5 liiimugriie. On peut déjà s'en tonvaincre ; mes observations sur le système nerveux de quelques uns d'entre eux le prouveront. Mais ce sont encore des données trop peu nombreuses pour arri- ver à des résultats complets. Nous rattachons trois familles k cette tribu : les Érotylides, les Endomychides et les Ipsides. Dans la première , on compte un nombre d'espèces considé- rable : seulement, la plupart étant exotiques, les formes les plus ty- l)iques, les formes les plus particulières appartenant à ces espèces exotiques, il est impossible aujourd'hui d'arriver à une solution. J'ai étudié le genre Triplax (?'. russica Fab.) ; là j'ai observé une disposition du système nerveux très analogue à celle des Der- mestiens (1). S'il en est de même pour tous les autres Érotylides, il n'y aura aucune raison pour les en séparer. Dans les Triplax , on observe une chaîne ganglionnaire abdo- iiinak "^ngée. Un premier ganglion est accolé au centre mé- dullaire n'iélatlioracique (2), en en demeurant très distinct, comme chez les Dermestes. On compte ensuite encore , comme chez, ces derniers, quatre ganglions espacés presque également, et enfin une masse médullaire terminale dans laquelle on en distingue deux (3). Le système nerveux des Tritomes ( Tritoma bipushihila } m'a ofi'ert quelques dillérences avec celui des Triplax , les quatre der- niei's ganglions abdominaux étant plus rapprochés les uns des autres. Les larves des Triplax, extérieurement, ressemblent beaucoup à celles des Dcrmestiens. Elles ont, comme ces dernières, des pattes assez courtes , une enveloppe hérissée de poils assez roides , et elle-même d'une consistance assez solide. Ces larves, déjà décrites par MM. Léon Dufour (k) et Westwood (5), m'ont présenté un (I) Pi. i2,ng 4, (i) PI. I2,fig. 4—6. (:i) PI. M. fig. 4—11, 12. (4) Annales de Ici Société EnUmoliujiiiue (W In-iinrc, I. XI, [). 1 91 , pi. 7 (1 842). (o) Wcslwood , ,1», tiitrciil. to Ihr minlern rkisstf of liisrcis, I. I, p. 393. el fig 49— r, ;i3(j K- BLAXCllARIl. — SI li I.K SYSIKME >EliVl!ll\ système nerveux très analogue à celui des larves de Dermestes. Les ganglions abdominaux, au nombre de huit, sont presque aussi gros que ceux du thorax. Les connectifs qui les séparent les uns des autres sont aussi assez courts. Ainsi , d'après la considération des Triplax , tant à l'état de larve qu'à celui d'insecte parfait, on serait conduit à les réunir à la tribu des Dermestiens. Les caractères intérieurs sont d'accord en cela avec les caractères extérieurs. Mais les Érolyles proprement dits sont-ils conformés sur un ])lan bien analogue à celui des Triplax ? L'observation directe peut seule nous l'apprendre , et actuellement elle nous manque. D'après la description de la larve de VErohjlits {jEijyllms) su- rinamensis Fab. donnée par M. Lacordaire , nous ne pouvons pas savoir jusqu'à quel point elle ressemble beaucoup à celles des Triplax. Pour les Endomychides, j'ai étudié le système nerveux d'un des principaux représentants de cette iribu, l'Endomychus rouge [Endonujchus cncrineus Fab. ). Dans ce Coléoptère (1), les trois ganglions thoraciques sont à peu près également espacés et de la même grosseur. Les gangliono abdominaux sont beaucoup plus rapprochés les uns des autres que chez les Triplax. On en distingue seulement quatre (2). Le premier accolé au centre médullaire métathoracique ; le troisième et le quatrième réunis formant une masse médullaire allongée et un peu pyriforme. Le deuxième ganglion est juste situé à égale dis- tance entre le premier et le troisième. Les connectifs sont courts et réunis l'un à l'autre. Par la disposition du système nerveux les Endomychus se rap- prochent considérablement des Coccinclliens. Leurs larves ont été observées en Angleterre , mais les descrip- tions et les figures qu'on en a données sont insuffisantes pour les faire bien connaître (3). (I)P1. 12,fig. 5. (2) PI. 12, fig. 5-6, 7, 8, 9. (3) Voyez Curtis , Britisli Enlomniogy, et Wpstwood , J?i lui. I<> llie modem dass.ofins., t. 1, p. 394, fig. 49—1 I 1H:S INSKCTICR. So7 La famille des Ipsides est composée d'une série de genres qui cpi-lainement parla suite ne resteront pas ensemble. l.esColydies. tant à leur état de larve qu'à leur étal d'Insecte parfait, paraissent se lier étroitement avec certains Éroty liens comme les Triplax et avec les Dermestiens. Quant aux Ipsides, ils ont beaucoup l'aspect des Nitidules. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'étudier le système nerveux dans ces types intéressants : aussi leurs affinités me sem - blent encore impossibles à apprécier. J'ai observé anatomicjuement un seul genre réuni à la famille des Ipsides par plusieurs entomologistes. H devra certainement en être séparé. Les Trogossites (Trogossila mauritanica Lin.) ont un système nerveux remarquable (1). Leur chaîne ganglionnaire est fort longue. Les centres nerveux thoraciques sont également espacés ; le prothoracique est le plus gros, et ses trois paires de nerfs nais- sent d'un tronc commun. Les ganglions abdominaux sont au nombre de huit ['1). Le pre- mier est réuni au métathorarique par deux connectifs très courts. 11 distribue ses filets nerveux dans les muscles du thorax. Les deuxième , troisième et quatrième ganglions sont séparés les uns des autres par des connectifs assez longs. Au contraire les qua- trième, cinquième, sixième, septième et huitième n'ont entre eux que des connectifs extrêmement courts. Ces ganglions sont de forme ovalaire, le dernier seul est plus élargi. Ils produisent une seule paire de nerfs qui se divisent en deux grandes branches. Si la forme extérieure des Trogossites, si leur corps long et aplati, leurs mandibules très robustes , leur abdomen fort court par rapport à la longueur du thorax leur donnent un aspect tout particulier , il en est de même de leur système nerveux. Cet appa- reil , chez les Trogossites , diffère beaucoup de celui de tous les autres Coléoptères soumis à mes investigations. Néanmoins on est conduit à le comparer au système nerveux des Carabes plutôt qu'à tout autre. Il présente un ganglion abdominal de plus que (t)Pl. u, fig. t. (2) PI. 13, fig. t — 6. 7, 8. 9, tn. t I. 12, i:!, 3' série. ZfioL T. V (JinnlSlfi,)^ 22 538 E. Bi,j%x('u«Rit. — si;ii i.n. sysikm!; .\E[sviii)\ chez ces derniers, mais il y a une analogie très notable dans la disposition des centres nerveux. Les Trogossites constituent réellement un de ces types aber- rants, comme les appelle M. Mac-Leay. Certainement il existe une relation entre lui et les Carabiens. Aussi peut-être sera-t-on con- duit par la suite à regarder les Trogossites comme un intermé- diaire entre les îps et les Carabiens par les Siagones, et entre ceux-ci et lesCucujes, et peut-être les Ténébrionides. D'après ce qui précède on voit combien la tribu des Érotyliens serait hétérogène. La constance dans la disposition du système nerveux qu'on remarque en général dans toutes les tribus natu- relles, alors même que les formes extérieures sont dilTérentes, en est la meilleure preuve. Si dès à présent je ne change pas ses limites ou si je ne répartis point ses divers groupes dans plusieurs autres tribus, c'est qu'il n'est pas possible actuellement d'avoir des idées bien arrêtées à l'égard des affinités de tous les types qui les composent ; car les observations anatoinic(ues nous manquent sur beaucoup de points. Je sais parfaitement que les Trogossites ne pourront rester dans une même tribu avec les Érotylides et les Endomychides. Cepen- dant je ne les en éloignerai pas maintenant ; car où les p'acerait- no d'une manière convenable? devront-ils former une tribu par- ticulière à eux seuls? devront-ils constituer une tribu , réunis avec les Ipsides, ou bien encore devront-ils être placés parmi les Cucujiens? L'observation nous manque poru' résoudre ces ques- tions, il faut nécessairement l'attendre. C'est déjà un point essentiel de connaître l'intérêt qui s'atta- chera à leur solution et de snvnir sur quels points on devra diriger son attention. i 0* Tribu. — Les ("occi:iELLiE:is [CixcineUu). Les Coccinelles proprement dites sont les principaux représen- tants de cette petite tribu. J"ai étudié le système nerveux de plu- sieurs espèces. Elles m'ont paru toutes très semblables au type du genre, au type de toute la tribu , à la Coccinelle à sept points. [Coccinella septempimctata Lin. ). i I i)i;s iN.si'.c.iEs. ?,?,9 Les centres mpdullaires du thorax sont à peu près d'égale gros- M-iu- (1); le prothoracique est notablement plus éloigné du méso- llioraciqiie que celui-ci ne l'est du métathoracique. Les ganglions abdominaux forment une chaîne qui n'atteint pas même la moitié de la longueur de l'abdomen ('2). On en compte d'abord un assez gros accolé au centre nerveux du mélathorax, puis un second séparé du premier par des connectifs assez longs ; puis un troi- sième ayant entre lui et le second à peu près la même distance qu'entre le second et le premier : seulement, ce troisième ganglion forme qne seule masse médullaire avec les suivants, qui semblent être au nombre de trois. De légères dépressions transversales indiquent aussi quatre ganglions dans cette masse médullaire. On reconnaîtra ici une analogie avec le système nerveux des Endomychus. Mais on observera en même temps certaines dilfé- rences qui permettent de séparer les Coccinellienset les Endomy- chides, comme, par exemple, la brièveté de la chaîne abdominale chez ces derniers. Les caractères fournis par les appendices condui- sent aussi à ce résultat, mais sans autre indice il serait peu certain. Un fait que je m'explique maintenant est l'analogie très positive existant entre les Coccinelliens et les Sph«îridides. Sous le rap- port de leur système nerveux il y a une ressemblance très réelle. Au premier abord j'en fus surpris; mais en examinant ensuite la forme du corps, celle des antennes, même des pièces de la bou- che, j'ai reconnu que l'analogie entre ces deux types n'existait pas seulement dans la disposition de leur système nerveux (3). Un indice était toutefois nécessaire pour la reconnaître. L'observation anatomique ne peut plus laisser de doute. LesCoccinelliensse rapprochent, se lient aussi à certains égards aux Chrysoméliens; la disposition de leur système nerveux les rapproche de certaines Chrysomèles , surtout du genre Lina. Entre les larves, la ressemblance est plus grande encore (4). Le système (i)l>l. n, f,g -2. (2) PI. 13. fig. 2—6, 7, 8, !), 10. (3) Voyez les pi. 38 et 74 bis de la nouvelle édition du Rignc animal de Cuvier. (i) M. Ralzeburg a donné une très bonne figure de la larve de la CnrrinrlUi $eplempunctiilii [Die Forst-lnsertrn. I I pi I . fig. I">). â/lO F,. l1, m, fig, I— I. i. (3) PI. 10, n^. 1—3 n,h,c. l'V\ 10, lig I— :i. 4. .-i. (l)PI. IO,fi>: 1—6.7,8,9,10,11. 2>hh K- BI,A1\CUARU. SLK l.li SïSTÈMK MiKVEl X Le système nerveux des larves de Dytiques (1 1 a aussi une dis- position particulière; les ganglions cérébroïdes sont presque sépa- rés", et ressemblent à deux petites masses ovalaires accolées ('2). Les nerfs optiques consistent d'abord en une sorte de gros tuber- cule qui se divise bientôt en un nombre de branches égal au nombre des yeux de la larve (3). Les ganglions du thorax sont séparés du ganglion sous-œsophagien par deux connectifs extrêmement longs. Les centres médullaii'es thoraciques sont pres(|ue d'égal vo- lume (4) ; les connectifs qui séparent le premier du second et le second du troisième , sont de même longueur et écartés l'un de l'autre. Ils produisent par deux racines le filet nerveux qui vient s'anastomoser avec les nerfs alaires. On compte chez les larves de Dytiques sept ganglions abdomi- naux très rapprochés les uns des autres (5) : le premier, le plus gros de tous, est séparé du centre nerveux métathoracique par deux connectifs très courts; le second en est un peu plus éloigné, mais tous les suivants sont fort peu séparés. La chaîne ganglionnaire ainsi ramassée se termine dans le troisième anneau abdominal : les nerfs de chacun des ganglions descendent parallèlement jusqu'à leur anneau respectif, où ils se divisent et se subdivisent. Le premier centre nerveux abdominal fournit deux paires de nerfs se rendant aussi à deux anneaux, qui deviendront partie thoracique dans l'insecte parfait. Les caractères fournis par les mâchoires et leurs palpes n'ont jamais pu laisser de doute sur les affinités très grandes des Dyti- ciens avec les Carabiens. La considération du système nerveux chez les insectes parfaits et les larves prouve manifestement cette analogie. On reconnaît dans les Dytiques une tendance vers une plus grande centrali- sation que dans les Carabes : c'est en quehiue sorte la même l'orme plus perfectionnée. Les larves des Dyticiens ressemblent considérablement à celles des Carabiens et des Staphyliniens : le canal intestinal des Dyti- (i) PI 10, lig i. (4) PI. 10, fig. 2—3, 4, 5. {i) PI. 10, fit; 2 — 1 (b) PI. I 0. fig, 2—6, 7, 8, 9, 10, Il {^) PI 10, fig 2—1, S ,,| \> J Di;S INSKCJKS. 3^5 ques se rapproche aussi de celui des Carabes (I). Les alTinités entre ces divers groupes ressorteiit jusqu'à la dernière évi- dence. LesGyrinides, qu'on désigne vulgairement sous le nom de Tour- niquets , s'éloignent beaucoup du type principal des Dyticiens. Le système nerveux des Gyrins ("2) (G. nalalor et urinator Fab.) re[)résenlerait celui des Dytiques , parvenu à un degré de centra- lisation ])la> élevé. Les centres médullaires du mésothorax et du niétathorax (3), chez ces Coléoptères, sont contigus. Tous les gan- glions abdominaux forment une seule masse allongée et accolée au ganglion métathoraciquc (4). On y distingue même difficile- ment les indices de la soudure des ganglions. Chez les Gyrins , les nerfs optiques se continuent en ligne droite avec les ganglions cérébroïdes (5), ce qui donne un aspect particulier à cette portion du système nerveux. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'étudier les larves des Gyrins. Elles méritent d'être examinées , car elles conduiront à recon- naître si ces Coléoptères diffèrent beaucoup des Dytiques dans leur premier âge , ou si les insectes parfaits n'offrent qu'un degré de développement plus avancé. Par la conliguration de leurs gan- glions abdominaux , les Gyrinides paraissent former un lien entre les Dyticides et les Scaphidides, et les Histériens en général. 13" Tribu. — Les Cababiens (Carafciïj. ((^arabiques Lalr. ) Cette tribu, l'une des plus naturelles de tout l'ordre des Co- léoptères, est en même temps l'une des plus nombreuses. Tous ses représentants ont dans la forme des parties de leur bouche, de leurs antennes et de leurs pattes, des caractères géné- raux qui ne permettent pas de les confondre avec des groupes voisins. Nous divisons cette Iribu en deux familles : lesCarabides et les (1) Voyez. Léon Diifour, lif^lfri-hcs niuitomiiiws xiir les C(ilèoi>tr.rex, p 22 (2) PL 8, fig, n. (4) PL 8, fig. 5^6. ,':i) PL 8, (in .•)— i, :i. (o) PL S, fi;:. 5 — I, ti. 3/lG K. BLAM'IIARD. — SU1\ l.li SYSTÈME NERVEUX Cicindélides. Pour les premiers , mes observations ont porté sur un assez grand nombre de genres. J'ai décrit le système nerveux du Carabe doré (1) au chap. II ; je n'y reviendrai pas ici. Je me contenterai d'indiquer les diffé- rences que j'ai observées entre ce type et les autres représentants de sa tribu. Dans le Carabe, on le sait , les sept ganglions abdo- minaux sont tous séparés les uns des autres. J'ai reconnu cette disposition , non seulement chez le ('arabus auratus, mais aussi dans les ('. monilis et purpurascens, et dans les Calosomes [Calosoma inquisitor Lin.). Chez les Nébries (A. brevicollis Fab.), le premier ganglion abdominal s'unit davantage avec le centre médullaire du métathorax. Dans les Élaphres (Ela- ph7'us uUginoms et riparius l'ab.), il se confond presque entiè- rement avec le centre nerveux métathoracique , et les six autres ganglions abdominaux restent espacés dans les mêmes rapports ([ue chez les Carabes. Les Llaphres ressemblent à cet égard aux Cicindèles. Il y a donc bien évidemment une affinité très étroite entre ces deux types, et non pas seulement une analogie dans l'as- pect général, comme Font cru la plupart des entomologistes. Chez tous les Féronites que j'ai examinés (Zabrus gibbus, Sphu- lirus plamis, Pristonijcitns terricola, Calalhiis cisleloides. Plalynus (Juchomenus) prasiniis et [Ayomim) marginal us, Feronia nujra, melanaria, etc.), de même que chez les Chlsenies (Chlœnius ves- tihts Fab.), le premier ganglion abdominal est complètement rapproché du centre médullaire du métathorax, dont il demeure toutefois très distinct; le deuxième et le troisième ganglion de l'abdomen sont espacés connue dans les Carabes, mais le qua- trième en est un peu plus écarté. Celui-ci et les trois derniers sont séparés les uns des autres par des connectifs .«i courts, qu'ils semblent au premier abord former une simple masse allongée ; mais avec un peu d'attention on distingue encore très nettement les quatre ganglions. Dans les Bemhldlonites {Bembidion uslulatum Lin., B. utulu- IdtiimSlunn. et B. (Lopha) 'luatlriinaculatinn Fab.), il y a une disposition tout-à-fait semblable, montrant d'une manière certaine (I) Herinr aiiiiiui!. ikmivoIIp imIiIIimi, |it 'i his. lii: I Di;s i.xsECTKs. 347 que ces Carabiens sont sLirloiit voisins tics Féronites ut plus parti- culièrement des l'iatynes (sous-genres .tnchonienus et Jgonum), dont ils ont la forme générale et les habitudes. J'ai pu observer le système nerveux dans le genre Anthia {A. decimmacidata), du groupe des (îraphiptérites, sur un individu conservé dans l'alcool, et y reconnaître exactement le même grou- pement des ganglions abdominaux que dans les Féroniles. Chez les Brachinites [Brachinus crepilans et une espèce des Philippines, B. Catoirei Dej.) et les Harpalites (llarpalus rup- coniis, œneus et bipHUclatus). on trouve une petite dilTérence avec les précédents en ce que le troisième ganglion abdominal est rap- pi'uché du ([uatrième , comme celui-ci l'est par rapport aux sui- vants. Dans la l'amille des Cicindélides [l'icindela campestris Lin. ), le premier centre nerveux de l'abdomen se confond avec le gan- glion du métathorax ; tous les centres nerveux sont au contraire un peu plus espacés et un peu plus petits proportionnellement que dans les Carabes. Le système nerveux des Carabiens offre ainsi une grande uni- formité dans sa disposition générale, tout en présentant de petites différences , dues simplement à la longueur ou à la brièveté des connectifs. On peut encore se servir avec avantage de ces légères modifications pour caractériser les groupes secondaires et appré- cier les affinités qu'ils [)résentent entre eux ; mais , pour en tirer tout le parti possible dans une tribu dont les collections renferment plus de quatre mille espèces, on le com|)rend sans peine, il faudra multiplier les observations beaucoup plus encore que je n'ai été à même de le faire. Plusieurs larves de Carabiens ont été décrites dans ces der- niers temps (1). M. Burincister a décrit et en |)artie représenté le système ner- veux de la larve du Calosoma sijcophanta (2). Il lui a trouvé huit ganglions abdominaux espacés. Il y a là une ressemblance très (I) Voyez Heer, Observulioius t-nlumul. — lialz.cburg. De Fursi-Iiiscct, t. 1. — Wcslwood, hnriMliiil. lo Ihe muilern CUissif. of Iiiaects, l. I, p. 67 (1840) fil Triins. Df Ihe hiil.Snc. oj Lnmi., I. I,c't Hniiilh. iler Hnlom. MInf. 3/|8 E. BLANCHARD. — SLR 1-E SYSTÈMlî NEltVEUï grande avec la disposilioii que j'ai signalée dans la larve des Silphes. Les Carabiens offrent entre eux encore un trait d'homogé- néité dans le tube alimentaire , en ce que leur ventricule chy- lifique est presque constamment garni de papilles : seulement , Comme il arrive en général pour la plupart des caractères fournis par le canal intestinal , celui-ci est loin d'être exclusif. Les affinités des Carabiens sont surtout très grandes avec les Dyticiens ; elles le sont presque autant avec les Silphiens et les Staphyliniens. Cette tribu se lie encore à celle des Piméliens ; mais ici les ressemblances sont moins manifestes. Ces analogies sont bien démontrées par la disposition des centres nerveux : elles ne le sont pas moins par les caractères embryogéniques. ti* Tribu, — Les Piméliess (^Pinielii). (Mclasonies Lalr. ) Ceux-ci constituent une tribu très considérable qui me semble très naturelle, telle que je la circonscris aujourd'hui. Dans mon Histoire des J nsecles, kV exemple de la plupart des entomologistes, j'avais considéré les Hélopiens comme formant une tribu distincte de celle des Piméliens, tout en remarquant que les caractères ex- térieurs rendaient difficile cette séparation. Aujourd'hui, d'après leur organisation , je me trouve conduit à réunir aux Piméliens la famille des Hélopiides et h en séparer les Cistélides , qui peu- vent en être éloignées aussi d'après la considération de leurs caractères extérieurs. A la tribu des Piméliens , je rattache quatre familles : les Pi- méliides, les Blapsides, les Ténébrionides et les Hélopiides. Dans la disposition de leur système nerveux, j'ai observé la plus grande analogie entre tous les principaux représentants de cette tribu. J'ai observé cet appareil dans les Pimélies [Pimelia bipunclala Fab. et barbara Sol.), les Praocis (P. Spijtolœ Sol. du Chili), les Blaps ( B. morlismja Lin. ), les Pédines , les Opatres (Opatrum siibulosum Lin.), les Hélops (Helops caniboides ei lanipes Lin.). J^a chaîne ganglionnaire diffère à peine de l'un à l'autre de ce.s divers types. iii;s i\sicr.ii:s. . 3/l'J bans les Blaps (1) (B. mortisaga \au.). les ganglions céré- hroïdes sont assez petits, rt les deux lobes sont peu marqués. Les nerfs opliques, dans la plus grande partie de leur longueur, sont divisés en nombreux tilets aboutissant à chaque facette , comme on l'observe dans les larves (2). (;'est là un fait vraiment curieux de trouver chez un insecte parfait des nerfs optiques analogues à ceux des larves. Cette por- tion n'a pas acquis ici toute sa perfection : on s'explique cet arrêt de développement. Les Blaps vivant constamment dans l'obscu- rité, leurs yeux demeurent dans un état rudimentaire comparable en quelque sorte à ceux des larves. Chez ces Insectes, les centres médullaires du thorax sont très espacés (3). Les nerfs prothoraciques naissent de deux troncs [h). La chaîne ganglionnaire abdominale est assez allongée (5), et se termine vers le milieu de la longueur de l'abdomen. On observe fl'abord un premier ganglion accolé au centre nerveux du meta thorax ; iniis quatre autres à peu près également espacés, et enfin trois derniers réunis en une seule masse : les deux derniers sur- tout sont peu distincts l'un de l'autre (6). Les ganglions de l'abdo- men , dont la forme est un peu ovalaire , ont cliaf un deux paires de nerfs ayant leur origine séparément. Chez les Pimélies i Pi- meiui hipunclata et barbara) et les Praocis(/*. Spinolœ\ c'est exactement la même disposition. Chez les Crypticus {C. glaber Fabr.), les derniers ganglions abdominaux se rapprochent davantage , et alors la ressemblance devient extrême avec le système nerveux des Carabiens. Dans les Ténébrions ( T. molitor Lin. ) et les Opatres , le sys- tème nerveux est aussi très semblable à celui des Blaps : mais on distingue plus nettement les trois derniers ganglions abdomi- naux, et en outre tous les précédents sont séparés les uns des au- tres par des connectifs plus longs (7). (IJ PI. 10. (ig. 3. ■ (3) PI 10, fis. 3—6, 7, 8, a forme de leurs antennes et de leurs pattes- indique déjà ce rapport ; c'est cela seul qui , dans mon Uistvire (les Inseclcs , m'iivail conduit à ce rapprochement. Alors je doutais encore qu'il soit vraiment naturel. Aujourd'hui les caractères tirés de l'organisation ne peuvent me laisser aucun doute. Les larves des TéniHnionides et des Hélopiides sont bien con- nues. Tout le monde a vu le Ver de farine, cette larve allongée, cylindrique, ayant une enveloppe luisante d'apparence cornée. Toutes les larves de Piméliens , à quelques légères différences près , ressemblent au Ver de farine , à la larve du Tenebrio mo- liior. J'ai observé en Sicile les larves des Pimélies ; leur corps est un peu plus aplati , mais elles présentent les mêmes caractères généraux. Dans la larve du Ténébrion , les centres nerveux forment une chaîne qui s'étend dans jiresque toute la longueur du corps (1 '. On compte trois ganglions thoraciques et huit abdominaux, ayant tous à peu près la même grosseur. Ils sont aussi espacés presque également. A l'extrémité du huitième ganglion abdominal , on observe im petit prolongement, qui n'est autre chose certaine- ment qu'un centre médullaire déjà réuni au précédent 2). Par leurs larves et même par leur organisation , les Piméliens (1) PI. m, fig. s. (2) l't 10. n- .j— i:!. 14, DUS iNSlicri.s, -if)! ont certaines afiinités avec les Élalériens ; ils en ont aussi, d'autre ])art, avec les Uiapériens et les Cantliaridiens. 15' Tribu. — Les Diapériens (Diaperny Les principaux représentants de cette tribu, à en juger par leurs formes extérieures, semblent se rapprociier considérable- ment Ses Hélopiidcs. Leurs antennes perfoliées fournissent le seul caractère zoologique qui permette de les en séparer ; mais par la considération de leur organisation aux diverses phases de la vie de l'animal , même par les formes extérieures des larves , on ne tarde pas à reconnaître que les Diapères constituent un type assez éloigné de celui des Hélops. Chez les Diapères (/J. boleli Lin.) (1), le centre médullaire du prothorax est éloigné de ceux du mésothorax et du métathorax , qui sont au contraire fort rapprochés l'un de l'autre (2). La chaîne abdominale n'atteint guère que le milieu de l'abdomen. On dis- lingue à peine un premier ganglion confondu avec le métathora- cique ; ensuite on en observe un second (3), qui en est séparé par des connectifs très courts, puis un troisième et un quatrième au contraire très espacés : le quatrième forme une seule masse avec le suivant ; il en demeure même médiocrement distinct i). Les larves de Diapères (5i, molles, allongées, s'élargissant postérieurement , ont un cerveau remarquable. Les deux gan- glions cérébroïdes sont avancés en pointe , et séparés l'un de l'autre dans la plus gi-ande partie de leur étendue (6). Le gan- glion sous-œsophagien est ovoïde ; les trois centres nerveux tho- raciques sont à peu près de même grosseur et également espacés. l^cs ganglions abdominaux, au nombre de huit, très semblables les uns aux autres , sont fort petits , comparativement à ceux du thorax (7). Ainsi les l)ia|iériens diffèrent beaucoup des Kélo- M) l'i. M, (ig, 3. (3) l'i. Il, fig. 3— fi (i) PI. Il, lig. 3—3, i. a. (i) PI. 1 1 , fig. 3-8 et 9. (•>) Représentées par M. Léon Diifour, Animlen ries Sciences nat., 2'' série , t. XX, p. 290, pi. 12 fl8l3). (6) PI. Il, lig 4—1. {7J PI II, fig. 1 — 6, 7, H, 9, 10 M li, 13. 352 i;. Bi.A\tiiAiRn. — svw i-e systkvie mîrvkix piides , non pas seulement à leur état parfait , mais aussi à leur état de larve. Comme l'indique le développement des centres mé- dullaires du thorax , ces larves de Diapères sont à un état em- bryonnaire beaucoup plus avancé que celles des Ténébrions. La disposition du système nerveux les rapproche notablement àes, Erotyliens. A ce point de vue , ils nous offrent encore une certaine analogie avec les Chrysoméliens. On aperçoit surtout ce rapport en examinant la nymphe des Diapères , car alors on compte , comme chez les Ghrysomèles , trois ganglions abdomi- naux isolés , et un (luatrième formé par la réunion de plusieurs autres (Ij. Les recherches de M. Léon Dufour sur les métamorphoses de VEledona agaricicola (2) montrent que les Bolitophages sont très voisins des Diapères. Dans mon Histoire des Insectes , j'ai placé , d'après quelques ressemblances extérieures , les ïrachyscélides et les Phalériides dans la tribu des Diapériens. Comme je n'ai pu étudier l'organi- sation de ces types , et comme leurs métamorphoses me sont Inconnues, je ne saurais me prononcer pour leur réunion ou pour leur séparation. Toutefois je suis porté à croire fjue les Phalé- ries doivent dilTérer beaucoup des Diapères. I G' Triliu. — Les Cantharidif.ss [Ci-intharidii). A. cette tribu nous rattachons plusieurs familles : ce sont les CistélideSy les Pyrochroïdes, les Lagriides , les Wordellides, les Mélandryides, les OEdémérides, les lloriides et les Canthari- dides. Cette réunion est loin de former un ensemble homogène, et nul doute que ses limites ne doivent changer. Mais dans l'état actuel il reste à observer l'organisation dans trop de types pour pouvoir prendre un parti. Le système nerveux chez les Cistèles (C. sulpimrea Lin.) offre une disposition particulière (3). Les trois centres médullaires tho- raciques sont très espacés. Les ganglions abdominaux sont au (1)PI 11, fig. 5 — 6, 7, 8, 9. 10, M. (2) Ann. des Se. nal.. 2' série, t XX. p 2Si, pi. 12 (is*i.'i). (,■5) PI 13, fig. 7. Dics i\si:(:ii:s. p,^^?, nombre de riiu] en apparence ; le |ii(.'niit'i- e.sl séparé du centre nerveux du niélathorax par des conHectifs très longs; les trois suivants sont presque également espacés ; mais le quatrième est réuni de manière à former une seule masse avec le cinquième, (^elui-ci est très grand et terminé carrément. Les deux paires de nerfs de chaque ganglion naissent séparément. Dans la famille des Lagriides , j'ai examiné les espèces les plus répandues dans notre pays. l)a.ns\a.Lagria lu'rlaLin. (1), le centre médullaire prothoracique est très éloigné du mésolhoracique ; celui-ci l'est médiocrement du métathoracique. La chaîne gan- glionnaire abdominale s'étend jusqu'aux deux tiers environ de la longueur de l'abdomen ; on compte sept ganglions très petits (2) : le premier accolé au centre nerveux du métathorax, les quatre sui- vants écartés les uns des autres , mais le sixième beaucoup plus raiiproché du précédent, et le septième presque réuni au sixième. .le n'ai pas trouvé dans d'autres Coléoptères de système nerveux très analogue à celui des Lagries; cependant il s'éloigne à peine de celui des Ténébrionides, et se rapjjroche un peu de celui des Clairons. Ne connaissant pas suffisamment les caractères des larves de Lagriides, et n'ayant pas étudié leur organisation intérieure, je n'ose encore me prononcer d'une manière définitive relativement aux affinités de la famille des Lagriides. Cependant, d'après la considération du système nerveux des Insectes parfaits, on devrait la placer dans la tribu des Piméliens, à la suite de la famille des Hélopiides. Mais, avant de démembrer cette tribu des Canthari- diens, il me semble préférable d'attendre que les divers tyjies ((ui la composent actuellement, soient mieux connus, puisque nous avons déjà la certitude que plusieurs d'entre eux devront en être séparés. Les Pyrochroïdes , que je n'ai pas eu l'occasion d'étudier, me paraissent , d'après les figures et les descriptions données par M. Léon Dufour, se rapprocher extrêmement des Cistèles (3). (I) l'I. 14, fig. 6. 'i) PI. U, lig. 6 — 6, 7, *, 9, 10, 11, li. ':i) Ann. des Se. nul., %' série, t. XIII, p, M\, |)l. ■> cl 6 (KSiOj. :)' si-ne Zoul. T, V. ( ,liiin ISUi ) .-, î-i o5/l E. BI-AIWCIIARD. — SIR I.E SVSrÈ\l.i AKIIVBUX I,es Anthicides ne semblent pas s'éloigner considérablement des Cistélides. Dans leur système nerveux il existe cependant des dif- férences assez importantes. La chaîne ganglionnaire abdominale est. beaucoup plus courte, et le premier ganglion se trouve accolé au centre médullaire du métathorax. Si on le regarde comme cor- respondant à celui qui en est si éloigné chez les Cistèles, on trouvera les autres centres nerveux disposés dans les mêmes rapports (1). J'ai examiné diverses espèces d'Œdémérides {OEdemera poda- yrica , Ivrida , etc.) ; plusieurs auteurs ont regardé cette petite fa- mille comme appartenant peut-cire à la tribu des Cérambyciens. L'organisation des Insectes parfaits vient témoigner de cette analogie. On compte chez les Œdémères {OE. lurida Fab.), comme chez les Cérambycides, cinq ganglions abdominaux, dont le premier un peu éloigné du centre médullaire métathoracique , et le dernier plus gros (pie les autres et pyriforme 2). C'est la séparation du premier ganglion abdonn'nal et du centre nerveux du métathoi'ax qui constitue la principale dillérence entre les Œdémères et les Cérambycides. D'après l'aspect extérieur, leurs larves me paraissent conduire au même rapprochement ; cependant elles sont caractérisées par la présence de pentes pattes et par leur' corps i)lus renflé. Les Cantharidides forment une petite famille bien délimitée. Leur système nerveux a déjà été étudié par Audouin dans la Cantharide des boutiques (3) [Cantharis ve.iicatoria) et par MM. Brandt et Ralzeburg (&) dans les Canlharides, les Mylabrcs et les Méloés. Tous ces Coléoptères ont une chaîne abdominale composée de quatre ganglions à peu près également espacés; le dernier est plus gros que les précédents, et ne présente pas de divisions distinctes. Sous ce rapport les Canthavides ont une cer- taine analogie avec les Chrysoméliens. Déjà les antennes et les parties de la bouche m'avaient paru indiquer ce rapport. (ijPI. 13, fig 15 (2) PI. 14, fig. •■;. (:il .1/1». di'H Sr_ nnl . 1" série, I l\ , |>l. l» (1X20). (4) \tfdizinixi-hr y.ml(Hjic, [id II, ». III,!, ii i l.s, Lil, xvii cl xix i)[:s iNsi'.ciics. 555 La même di.sposilion existe chez lesCantliaiidcs {('. ii-sicatwia l.iii.). Ips MiMof's (.1/. proxcaraOeits Lin., smhrostix cl aiiliimunli.'i l'abr.), les Mylai:)res (;l/. cichorli Lin.). MM. Brandt et Ratzeburg, c(ui ont nbtenu les jeunes larves de res Insectes, ont oiiscrvé leur système nerveux sous le compres- seur; et d'après la figure qu'ils en ont donnée, on reconnaît une très grande ressemblance avec celui des larves de Chrysomèles. Néanmoins il existe des différences assez considérables entre ces types. Chez les Cantharidides, les ganglion.= thoraciques sont beau- coup plus espacés que dans les Chrysoméliens, et plus petits com- parativement aux ganglions abdominaux. ].es types sur lesf|uels j'ai surtout porté mon attention doivci;t appartenir certainement à des tribus différentes. Les descriptions anatomiques el les figures que j'en ai données ne lais.) Pi. 13, flg. 5. (:i) PI. n, fig 3— G. 7. 8. 9 10, n 12 ni!s iNsiîCTKs. ;^57 leurs aflinités ne sont bien é\idente.s ((u'avL'C les Clérieiis et les Élalériens. IX'' Trilni. — Les Élatérif.ns [Elaterii). .l'avais considéré, à l'exemple de presque tous les entomolo- gistes, les Elatérides et les Buprestides comme devant appar- tenir à la même tribu. M. Milne Edwards, qui avait observé dans ces deux types des différences 1res grandes dans les nervures des ailes , était conduit par cela même à les éloigner. Les larves d'ailleurs confirmaient celte séparation. Cependant, Sans reconnaître un rapjiort bien manifeste dans les formes exté- rieures des Buprestides et des Elatérides , je pensais encore que <-cs familles ne pouvaient être éloignées l'une de l'autre. Aujour- d'hui que j'ai étudié l'organisation dans plusieurs représentants de ces deux familles, je suis coinaincu qu'elles ont fort peu de l'apports entre elles. J'ai observé le système nerveux dans plusieurs Elatérides {Alhous Itirtus, Diacantliuslatus,Chalcolepidiusslriatus, Pyropho- rusnoctilucus,eic.). Il est au moins aussi allongéque celui des Eam- pyrides(l). Le ganglion prothoracique est très écarté du mésotho- racique , et celui-ci est encore notablement éloigné du métatho- racique. Les connectifs qui unissent ces deux derniers sont très écartés , parce que la pointe sternalc propre aux Elatérides s'élève entre eux. On compte chez les Élaters huit petits ganglions abdomi- naux (2), le premier accolé au centre médullaire du métathorax , les suivants ti'ès espacés les uns des autres, excepté toutefois les deux derniers, qui snni tout-à-fait rapprochés et peu éloignés du précédent. Nous ])laçons encore dans la tribu des Elatériens la famille des Eucnémides. Je n'ai pas pu me procurer encore de ces Insectes \ ivants pour les étudier. Par leur forme extérieure, on sait rpie les larves ,ri-',latérides Ij l'I li lij; :) '■>, l'I I 1. liL'. :i— fi, 7, 8. 0, m, I I, li. S5R K. BL/t.\rUARD. — SLl; I.I-: SVSTKMIi MÎRVIiLX vesseiiiblenl coiisidérubluiiifiit à celles des Téiiébrioiiides et des llélopiiJes. Leur organisation interne indique une analogie aussi grande. Au reste, d'après la disposition du système nerveux, il est facile de s'apercevoir que les Élatérides se rapprochent sensi- blement dos Piméliens. Chez ces derniers, cependant, la chaîne abdominale est beaucoup plus ramassée, et les derniers ganglions particulièrement sont beaucoup plus rapprochés. Les Élatérides sont surtout voisins des Lampyricns ; avec ceux-ci la différence est légère, elle consiste principalement dans le nombre de huit ganglions abdominaux distincts au lieu de sept. I U' Tribu- — Les Cléiiiens (Clerii). Cette tribu nous semble devoir se composer des trois familles suivantes : les Clérides, les Mélyrides et les ]>ymexylonides. Chez les premiers , 'l'n'chddes aincarius e\ apiarius, Cleriis fur- micarius et imilillariiis l'"ab. , le système nerveux est très al- longé (1). Les centres niédullain>s du ])rothorax et ceux du méta- thorax sont espacés. Celui du prothorax l'est une fois plus. Avec le centre nerveux mélathoracique s'est confondu au moins un gan- glion abdominal dont on trouve à peine l'indice. En outre on compte cinq ganglions , les quatre premiers petits et très espacés les uns des autres. I^e dernier, au contraire, assez gros, est très rapproché du précédent (i2). Les Clerus et les Trichotles m'ont offert complètement la même disposition. Dans les Mélyrides, auxquels je rattache maintenant le groupe des Malachiites, on observe peu de dilTôrence. Les Malachius (l/. œncKs et biiJuslulaUis Fab.) et les Dasytes [D. pluinbeiis Oliv.) m'ont présenté une analogie complète. Le système nerveu.< de C(\s types ne m'a paru dillërer de celui des Clérides qu'en ce que le dernier ganglion abdominal est un peu moins rapproché des précédents. Les larves des Trich(jdes ressemblent extérieurement à celles des Téléphores ; mais leur organisation m'est incomiue. (i)PI ii, (ig. 2. (:!) l'I li (i- i 6, 7 S. ;i, m. II, 12. niis msECTES. 350 Il existe poui' la famille des Lymexyloiiides une lacune dans mes recherches sur le système nerveux. 20' Tribu. — Les Bostbichiens i^Busirichii) Le représentant pi-iucipal de celte petite tribu est celui que j'ai étudié : le Bostriche capucin (^Bvslrichiis capucinus); son système nerveux (1) ressemble un peu à celui des Dermestiens et des Clé- riens, mais il est plus allongé. Les centres médullaires du méso- et du métathorax sont très ])eii séparés; la chaîne ganglionnaire abdominale s'étend presque jus(iu'à l'extrémité du corps (2). On compte six ganglions , le premier accolé au centre nerveux du mé- tathorax, puis un deuxième , un troisième et un quatrième sépa- rés par des connectits extrêmement longs ; puis un cinquième beaucoup moins éloigné, et enfin un sixième plus gros, qui lui est contigu. Comparé à celui des Dermestes, le système nerveux des Bos- trichiens en diffère par le nombre des ganglions, au nombre de six au lieu de sept, et cependant la chaîne est plus longue. Chez les Mycétophagus , la chaîne abdominale est plus ramassée encore ; par conséquent les différences sont encore très sensibles. Les larves des Bosirichiens observées par M. Ratzeburg , etc. , sont molles et munies de très petites pattes comme celles des Pti- nides. 11 y a une grande ressemblance entre ces types, et les caractères tirés de l'organisation hious ont conduit à transporter les l'tinides, de la tribu des Clériens, dans celle des Bostrichiens. Les Plinides forment une petite famille très voisine de celle des Bostrichides. Récemment encore je croyais devoir les laisser dans la tribu des Clériens; mais connaissant davantage aujourd'hui leur organisation intérieure , comparant entre elles les larves des Bostrichus, des Anobium et des Ptinus, comparant même l'en- semble des caractères extérieurs , il est impossible de ne pas ad- mettre que ces types a()partiennent à une même tribu et diffèrent 1res notablement des Clériens. Les Anobium (A. lesselluUini l'ab.) cl les l'Iiniis {P. fui l''ab. I ressemblent beaucoup ui\ Bos- \\} l'I. 12. M;.' l- '2 l'I. (2, II;;, li— n, 7,8,9, II, H. 3G0 K. BLAKt'UjtRW. SU! I.li SYSïÉMIi MilUJilX ti'icluis SOUS le rapport de leur système nerveux. On distingue * également six ganglions abdominaux , dont les deux derniers in- timement unis ; mais ils forment cependant une chaîne qui ne s'é- tend guère au-delà du milieu de l'abdomen , tous les centres ner- veux étant séparés les uns des autres par des connectifs beaucoup plus courts. Les larves des Ptinus et des Anobiums sont épaisses, un peu contournées, et munies de petites pattes comme celles des Bostrichus. Depuis longtemps je n'ai pu me procurer de ces larves vivantes, de manière à pouvoir étudier leur système nerveux. Par leurs premiers états , les Bostrichiens avoisinent beaucoup les Curculioniens et les Scolytiens; mais d';iprès la considération de leur système nerveux ils sont à ceux-ci ce que les Lucaniens sont aux Scarabéiens. Ce sont des ressemblances et des ditlé- renres à peu près de la même nature. 1/appareil nerveux indique aussi un lien très étroit entre les Bostrichiens et les Dermestiens. Les premiers forment véritablement un groupe de transition entre plusieurs types. ■il'' Tritm — Les (a'bcilioniess (Curcutimiii] ( Itlniiriiphûres I.;ilr. ) Ces Insectes constituent une des tribus les plus nombreuses et en même temps une des plus naturelles de tout l'ordre des Coléo- ptères. Les Curculioniens sont remarquables en général par leur tête prolongée en forme de museau , par les pièces de leur bouche rudimentaires et par leurs antennes coudées et terminées en bou- ton. (Juelques uns d'entre eux , dont on forme une petite famille particulièi'e , les Bruchides, ne présentent plus ces caractères du type; les antennes sont droites, les parties de la bouche d'une l'orme dilïérente, et la tète à peine prolongée. Dans ces derniers temps plusieurs entomologistes ont pensé devoir les séparer des autres Curculioniens et les rapprocher des Chrysoméliens. Ce fait sullira pour montrer combien on peut être facilement induit en erreur par ces caractères extérieurs, qui s'effacent dans certaines espèces. Kii i^ffd . les Brucliidos. par leur nj'ganisation. DES INSECTES. 3G1 ressemblent luuUà-fait aux auties Curculioniens, et s'éioignenl considérablement des Chrysoméliens. Les caractères des larves sont d'accord en cela avec ceux qui nous sont fournis par la disposition du système nerveux. 11 faut bien convenir que l'aspect extérieur des Bruchus semble militer en faveur de leur rapprochement de la tribu des Chrysoméliens; mais, ou n'en saurait douter aujourd'hui, c'est là une apparence tout-à-l'ail trompeuse. Le système nerveux des Charansons nous présente une dis- position particulière qui indique un rapport très grand entre ces Insecles et les Scarabéiens et les Histériens. Dans un des Charansons les plus communsde notre pays, dans rOtiorhynque de la JJvèche [Olwrhynchus ligvstici Lin.), les ganglions cérébroides forment une masse presque arrondie, et les nerfs optiques remontent de chaque côté vers les yeux (1). Les trois centres médullaires du thorax sont très rapprochés et de forme un peu élargie ; les deuxième et troisième sont même contigus ('2). Tous les ganglions abdominaux forment une seule masse allongée, un peu pyril'orme, à la base de laquelle on remar- que un ou deux petits sillons transversaux. Cette masse médul- laire (-i) est accolée au centre nerveux du métathorax, elle produit tous les nerfs de l'abdomen. Les deux nerfs des organes de la génération sont réunis dans une partie de leur longueur. J'ai observé les Liparus (L. gennanus Fab.), les Cléonis (f. ■lulci rosir is Fab.), les Pissodes [P. pini Fab.), les Cryptorhyn- chus [C lapalhi Fab.), les Calandres (C. pabnarum Lin.). Ils ne m'ont olTert aucune modification appréciable. Les Attelabides, (jui difl'èrent beaucoup des précédents par la conformation des |)arties de leur bouche et des antennes, sont du reste conformés sur le même plan. Le système nerveux est tout-à-fait semblable à celui des autres Curculionides. J'ai constaté ce fait chez les Jpoderus coryli , /iltymliHes hacchu.i Fab., etc. Comme je l'ai déjà dit, il en est de même pour les Bruchus (B. pisi L\n.) et les Anthribus {U. nifîpes Fab.). 1 1 ) Bpf/iif fiiiiniH/ nouvelle édition, pi t hîa fig .)— Mi lij iii . pi. :t hh. II},'. :t— .1, i. '.; i' /■/ pi :! his, (i;; :!-fi, 7 362 F.. BLANCHARD. — SIR I.F. SYSTÈME >ERVEUX Les larves des Gurculionieiis , courtes , molles , assez reiitlées et privées de pattes , ont un système nerveux très analogue s de vScarabéiens (1). Le ganglion sous-œsopliagien (2), les trois ganglions thoraciques, et les ganglions abdominaux, au nombre de huit très distincts, comme chez ces derniers, se suc- cèdent sans aucune séparation. Le système nerveux des larves des Charansons forme ainsi une sorte de petite masse allongée ne s'é- tendanl pas au-delà des premiers anneaux du corps. M. Burmeister avait observé ce fait chez la larve de la Ca- landra SoDimeri (3). Je l'ai observé de nouveau dans celles de la Calandra palmanim et de V yl podcrus canjU. \j& ressemblance dans l'organisation des Scarabéiens et des Curciilioniens, on le voit, est plus frappante encore chez les larves que chez les Insectes parfaits. Ce sont deux tribus principales dans l'ordre des Coléoptères assez voisines l'une de l'autre, et dont ce- pendant on n'avait pas jusqu'ià présent soupçonné les rapports. C'est une chose vraiment bien remarquable et en même temps fort importante au point de vue de la zoologie , que cette con- stance dans la disposition du système nerveux de, tous les Curcu- lioniens; car d'après les modifications des parties extérieures ou aurait pu s'attendre à trouver des modifications assez pi'ononcées dans leur organisation inférieure. 11 parait exister des dilTérences assez importantes dans le canal intestinal des Bnichus, des Atte- labus et des autres Curculioniens (4) ; mais aujourd'hui encore nous n'avons pas sous ce rapport assez de faits observés pour reconnaître là rien de général pour chaque petite famille ou \ww chaque groupe inférieur. La disposition du système nerveux. a\ons-nous vu, ne res- semble notablement , tout en présentant plusieurs différences notables , qu'avec ce qui existe chez les Scarabéiens et suilout (1)PI. 14, fis 1. (2) PI. li, fig. 1 — 2 (3) Zur Xiiittrgeschichti: ilrr ditlUiiirf Cnhindrii [CiiUtndrn Soiiinii'ri ) Roilm 1837 (4) Voyez Lcnn Dnlour. lici-ltrirlti's (iniiloinnjitrs su/" li-s Ciinf.lji(jJU'ii et ithi^iriirs itiUres [ittierirs l'oh'i)jilèr''s (^Aiiiitth's tirs Scirtwrs milnrrlh's. 1"' série, l, IV, pi -^ (1824). i)i;s iNsuc.riis. 363 chez les llisl(''iiciis. Ce caractère organiiiuc diiniie ainsi une limile l)ieii nette à la tribu des Curcuiioniens. Les Chrysoméliens, dont on a voulu rapprocher plusieurs d'entre eux , ayant une chaine ganglionnaire abdominale composée ordinairement de quatre centres nerveux espacés, il est certain que l'afTniité entre ces deux tribus est loin d'être intime. Par conséciuent , si maintenant les entomologistes conservent encore avec raison des doutes sur la tribu ou la famille à laquelle doivent appartenir les genres /Wœ- biis, Carpophufjus, etc., et sur les groupes des Myctérites et des Rhysoditi's , on ne tarderait pas à résoudre la (juestion à l'aide des considérations anatomiques que je viens de signaler. Il s'agit dès lors de se trouver à même d'étudier ces types h l'état de vie. 22'' Tribu. — Los Scolytiens [Scohjtny Cette petite ti'ibu peut réellement être considér(!o comme sa- tellite de celle des Curcuiioniens. Ni la considération des carac- tères extérieurs ni ceux tirés de l'organisation et de l'embryo- génie ne permettent de l'en éloigner. Quelques difTérences m'em- pcchent de les réunir. Le système nerveux des Scolytes est plus centralisé encore que celui des Curcuiioniens. Les centres nerveux du méso- et du mé- tathorax sont tout-à-fait confondus (1). La masse médullaire abdominale est moins pyriforme et ressemble plus à celle des Sca- rabéiens (2). Les nerfs des organes de la génération sont aussi complètement séparés. J'ai étudié particulièrement les Scolylus dcslruiinr et pijfjmrvus Vah. Ainsi l'analogie entre les Scarabéienset les Scolytiens est encore plus frappante qu'avec les('urculioniens. Ce fait étant connu, qu'on compare maintenant la forme des jiattes et surtout ciOle des antennes (3), et l'on s'apercevra que les Scolytiens et les Scarabéiens ont des rapports très réels, sinon bien intimes, même d'après la considération seule des caractères extérieurs: c'est ce qu'on paraît avoir peu soupçonné jusqu'ici. I) PI. 13, tif;. 8 — 1. ■•)Pl. Ci, fip. S—;;. î : OmipHrcz 1rs phtiu-jies 'if* l1 3 his, lig. 2--6, 7, 8, 9, lU. dernier est en forme de clociiette : il oliVe antéi'ieurement un très léger étranglement indiquant un ganglion dont la fusion n'est pa? complète avec le suivant. Les nerfs de l'abdomen ont deux ori- gines distinctes dans chaque centre médullaire. J'ai représenté le système nerveux du Clytiis arcitntus ; mais dans les autres Callidies et dans les Cerainbijx héros et cerdo, oii je l'ai étudié également avec le plus grand soin, je n'ai rencontré aucune différence entre ces divers genres : les Lepturides sont tout-ù-fait semblables sous ce rapport aux Cérambycides. Dans les Rhagium (R. mortkix' et bifascialum Fab. , Rliamnusiuvi salicis Fab.) et les Leptures [L. .tomenlosa Lin., calcorata Fab., etc.), j'ai constamment trouvé tous les ganglions espacés dans les mêmes rapports. C'est chez les Lamiides que le type se dégrade vers une autre forme, celle des Clirysoméliens. Dans ces Cérambyciens, la chaîne abdominale offre un ganglion de moins en apparence que chez les Cérambycides. Le premier est placé de la même manière ; mais le dernier et l'avant- dernier se rapprochent tout-à-fait l'un de l'autre, sans cependant se confondre : c'est ce que j'ai observé chez les Dorcadions (Z). fuliyiiialor Lin.) et les Saperdesi5. po- pulnea, scalaris, carcharias Lin., A gapanthia suturalis Fab.). Les larves des Cérambyciens (1), par la forme allongée de leur corps , la mollesse de leurs ti'guments , |)ar l'absence de leurs pattes , sont très reconnaissables. Leur système nerveux [C'hjlus arcuatus Lin. ) est extrêmement al- longé (2). Tous leurs ganglions sont très petits ; ceux du thorax (3) sont à peine plus gros que ceux de l'abdomen. On compte huit de ces derniers (4), tous très espacés les uns des autres , à l'excep- tion du dernier, qui est peu éloigné du précédent. Les ganglions cérébroïdes sont extrêmement petits et arrondis. L'appareil de la sensibilité chez les Cérambyciens olfrc encore un degré de constance bien remarquable dans celte grande tribu. (1) Ratzeburg, Die Forsl.-Inseclen. I I, pi. (2) Règne animal (lusectes), pi. 4, Hg. 4. (3) Id.. pi. 4, fig- 4—3. 4, 5. (4) fri . pi. 4, fig, 4 — 6, 7, 8, 9. 10, I I, 12. niis iNSKCi'iis. MY.) Eli effet, si l'on compare cet appareil chez le Cemmhf/.r héros, le ('allichroma iiwscliala , etc. , le IViayinm viordax on le Rluunnu- siitm saiici.s, les premiers appartenant à la famille des Cc^rambyci des, et les derniers à celle des Lepturides, on est frappé de la si- militude. Tous les ganglions sont espacés dans les mêmes rapports. D'un type à l'autre, la seule différence consiste dans la longueur des connectifs, suivant que le corps de l'animal est plus ou moins allongé. Je n'ai observé une légère modification que chez les La- mies et les Saperdes, où le dernier et l'avant-dcrnier ganglion abdominal se rapprochant davantage viennent presque à se réunir. C'est par cette petite famille que les Cérambyciens passent surtout aux Chrysomélicns et même aux Cuprestiens; car, d'après la con- sidération du système nerveux , ceux-ci ne sont nettement dis- tingues des Cérambyciens que par la fusion des centres nerveux du méso- et du métathorax ; mais ce caractère suflii'ail pour les séparer de tous les autres Coléoptères. Cette fusion s'observe seulement chez les Scarabéiens, les Sco- lytiens et les Buprestiens. Dans les deux premières tribus cette disposition coïncide avec la réunion de tous les centres nerveux abdominaux en une seule masse. On vient de voir qu'il en est tout autrement à l'égard des Buprestiens , qui sont si analogues aux Cérambyciens par la constitution de leur chaîne abdominale. 27' Tribu, — Les Chrïsoméliexs [Chrysomelii]. Ceux-ci forment une tribu immensément nombreuse. Les va- riétés dans la forme générale du corps qu'on observe entre ses divers représentants obligeaient à étudier anatomiqucment un grand nombre de ces Insectes. Beaucoup d'entre eux étant indi- gènes, j'ai i)u facilement multiplier mes observations. J'ai reconnu une grande analogie dans tous les Chrysoméliens ; cependant , chez quelques uns , on voit le type se dégrader , et indiquer ainsi un passage vers d'autres formes. Nous adoptons dans cette tribu six familles ; ce sont les Crio- cérides , les Clythrides , les Chrysomélides , les Cassidides , les Hispidcsct les Galérucides. Dans l'organisation de ces types, on observe des caractères généraux qui sont connnuns à Ions ; néan- 3- série Zool. T, V (Juinl8iliJ« i4 370 E. Bi.AKC'HAitu. — sur, i.i; système nerveux moins certaines ijarlicuiarités de faible iniporlancc viennent à l'appui de la division de cette grande tribu en plusieurs petites familles. Dans les Donaciides, j'ai vu le système nerveux de plusieurs Donacies ( D. lemnœ , nymphœ Fab.) et de plusieurs Criocères {Crioceris merdigera el asparagi Fab.). Entre ces deux types, j'ai trouvé une similitude à peu près complète. Dans les Criocères \C. merdigera), les centres médullaires méso- et mctathoracique sont peu éloignés l'un de l'autre ; mais le centre nerveux prothora- cique l'est beaucoup plus (1). Les ganglions cérébroïdes sont très gros, et forment deux liémisphères bien marqués ('!). La chaîne ganglionnaire abdominale s'étend un peu au-delà de la moitié de la longueur de l'abdomen (3). On distingue d'abord l'indice d'un premier ganglion réuni au centre médullaire du méta- thorax , puis on en compte quatre : le premier très éloigné (lu ganglion métathoracif[ue ; les autres assez espac(!'S les uns des autres , excepté le dernier, qui est un peu plus rapproche du pré- cédent. Il est en forme de clochette , et quatre fois plus gros que les autres. Les nerfs abdominaux naissent d'un seul tronc se di- visant en deux branches principales dans chaque anneau. (..a seule différence qui me paraisse importante à signaler entre les Donacies et les Criocères , c'est que chez les premiers les con- nectifs du premier ganglion abdominal sont séparés , tandis qu'ils sont réunis dans les Criocères ; ensuite, bien que dans les Dona- cies les centres médullaires soient espacés dans les mêmes rap- ports, les connectifs sont plus longs : la chaîne abdominale s'é- tend ainsi juf(]u'aux trois ([uarts de la longueur de l'abdomen (Ij). Dans les Clythrides, j'ai examiné plusieurs espèces de Cryp- tocéjjhales (C. sericeus, bipunclalus Fab., etc). Cette famille offre les caractères généraux de la tribu des Chrysoméliens ; mais s'il y a une analogie entre cette tribu et celle des Curculioniens , elle se manifeste surtout dans la famille des Clythrides. Chez les Cryptocéphales (C. sericeus), le centre nerveux soiis- (1) PI 1.5. fifr. 2— .■!, i, 5 (:î)PI, |!i, fig, 2—6, 7. 8, 9. (2) PI, 15, ng. 2-1. {i,)pi, i;;. ng i i)KS l^.s^;cTEs. o7i œsophagien est plus rapproché qu'à l'ordinaire des ganglions thoraciques (I) : ceux-ci sont aussi peu écartes entre eux (2). Dans la chaiue ganglionnaire abdominale , on compte , comme dans la plupart des autres Chrysoméliens , quatre ganglions bien distincts : seulement, le premier est rapproché de celui du méta- thorax , et le troisième et le cjuatrième sont presque contigus (3). En' un mot, les connectifs sont plus courts que chez les autres représentants de la tribu ; c'est un acheminement , c'est une ten- dance vers cette fusion des ganglions abdominaux qu'on observe dans les Curculioniens ; mais il y a encore une différence très considérable, et l'on n'en saurait douter : la considération du sys- tème nerveux ne permet |)as de séparer les Clythrides des autres Chrysoméliens. Dans les Chrysomélides. j'ai observé les Fumolpes (7i. x^itis) et un grand nombre de Chrysonièles (Chnjsomela fitrata, gra- minis, sanguinea, cerealis. Gaslrœiles raphani , Timarcha tene- bricosa, coriaria Fab., etc.). M. Newport (4) a déjà fait connaître le système nerveux du Timarcha tenebricosa, et M. Joly (5) celui du Colaspls atra. Dans les Eumolpes (£. vilis Fab.), les quatre ganglions abdo- minaux (G) sont très séparés les uns des autres : le premier est peu éloigné du centre médullaire du métathorax. A l'extrémité de ce dernier on reconnaît l'indice d'un ganglion abdominal , mais moins distinctement encore que dans les Donaciides. D'après la description du système nerveux du Colaspis donnée par M. Joly, il paraît y avoir une ressemblance complète avec ce que j'ai observé chez les Eumolpes. Dans les Chrysomèles (<". graminis, cerealis, saïujuinea , fu- cata , etc.) proprement dites et les Timarcha, il existe encore quatre ganglions abdominaux très distincts (7) ; seulement, ils (1) PI. 15, fig. 4—2. (2) PI. ia, fig. 4—3. 4, .ï. (3) PI. 1.5, fig. 4—6,7, 8, 9. (4) Cyclopedia of anatom. and pliysioL, art. Issecis. (5) Joly, Ann. des Se. nat , 3' série, t II, p. 5 (1844). (6) PI. 15, fig. 5—6, 7, 8.9. , (7) PI. 1b, fig. 6—6,7, 8, 9. ;i72 E. BI.«I\t'IIARU. — Slm l.K SVSTiiMIi MÎUVIiUX sont séiiarés |>ar des conneclifs plus courts , et le premier est ac- colé au centre nerveux du inélathorax, de manière que la chaîne abdominale devient d'une extrême brièveté. Dans le genre Lina ( /v. popidi Lin.), on observe une disposi- tion des ganglions abdominaux (1), qui indique un passage bien manifeste des Chrysoméliens aux Coccinelliens. On distingue un premier ganglion presque entièrement confondu avec le métatho- racique (2) , puis un second isolé (3) , puis les autres réunis en une seule masse séparée du second ganglion par des connectifs très longs, et dans laquelle on distingue encore quatre noyaux (4). Chez les Cassidides (6'. ci/ucitris, viriilis et miirnra Fab.), les centres médullaires abdominaux sont disposés comme chez les Chrysomèles proprement dites: seulement, les connectifs qui les séparent les uns des autres sont proportionnellement plus longs, en sorte que la chaîne abdominale atteint le milieu de la longueur de l'abdomen (5). Dans les Galérucides, le type des Chrysoméliens tend à se mo- difier un peu; on ne àistingue p\as{ lAiperus al ni, Galerucacal- mariensis , Altica oleracca , etc. ) que trois ganglions isolés , le |)remier s'étant presque entièrement confondu avec le centre ner- veux du métathorax. Les larves des Chrysoméliens sont conformées en général sur iMi plan très analogue ; dans les lai'ves de Chrysomèles ( Ch. l'iirala. Lina populi), j"ai observé comme M. Joly dans la larve du Colaspis atra, et M. Newport dans celle du Timurcha lene- bricosa, huit ganglions abdominaux gros comparativement à ceux du thorax , séparés les uns des autres par des connectifs assez courts, et formant une chaîne qui s'étend pi'esque jusqu'à l'extrémité du corps (0). La même disposition m'a été olTerte par les larves de Criocères (C. merdigera) et de Cassides [C. murrwa). Les petites différences que nous avons constatées chez les Insectes parfaits ne se manifestent pab encore dans les premiers états. Par la forme de leur corps , les larves de Clythrides ressemblent un (I) PI. 15, fig. 8. (i) PI. 15, fig.8-8, 9, m, 11. (i) PI. 14, fig. 8—6 (o) PI. 15, fig. 3—6, 7, 8, 9. (:i) PI. 13, lig. 8—7. (6) PI. 15. fig. 7. DKs l^sl■:cTlis. ,'^73 peu à celles des Scarabéieiis. J'ai étudii- les larves du CUjtlmi quadripunclnla Fab. , dont je dois la connaissanee à M. Vaudouer, de Nantes; elle oITre comme les autres CJirysoméliens huit gan- glions abdominaux espacés dans les mémos rapports. L'étude du système nerveux des Clirysoinéiiens nous montre donc cette tribu comme formant un ensemble très liomogène, mais établissant d'un côté un passage aux Cérambyciens par les Dona- ciides , et d'autre part une tendance vers les Cnrculioniens par les Cij thridcs. Mais ici ce n'est seulement (]u'inie tendance , tan- dis qu'entre les Cérambyciens et les Donaciides , la limite n'est véritablement pas tranchée. RÉSUMÉ. A chaque tribu , à chaque modilication importante dans l'orga- nisation, je me suis attaché à indiquer les relations des divers types ; souvent les affinités d'une t'amille ou d'une tribu avec les autres se sont trouvées très nombreuses. Après les avoir passées en revue, beaucoup de rapports échapperaient bien facilement, ou ne seraient qu'imparfaitement saisis , si l'on ne s'efforçait de les résumer. Dans le tableau ci-contre, j'ai cherché à représenter le degré d'affinité , le degré de parenté en quelque sorte des types principaux de l'ordre des Coléoptères, c'est-à-dire des tribus qui composent cette grande division de la classe des Insectes. Le système nerveux nous a paru fournir des caractères d'une importance considérable, car nous les avons vus persister dans les groupes naturels , quand tous les autres caractères se sont déjà modifiés. Dans ces derniers temps , M. Agassiz, en étudiant l'or- ganisation des Poissons , est arrivé à reconnaître que le système nerveux , et particulièrement le cerveau , caractérisait presque toujours très nettement les familles naturelles. Cet accord entre les résultats obtenus presque en même temps sur des groupes d'animaux si différents par deux observateurs qui ne se sont rien conmiani(]ué, est une |)reuvc déjà bien notable qu(; les faits sont, palpables aux yeux de ceux qui veuli;nt 1rs ('ludier. Ils tondent aussi à mkmiIiti' (|ue . dans (oui If règne aiiini.il , un Iioiim' nn 374 E. BI.AKCUARU. SLll \.E SVSlîiVIl-: MillVIiUX géni'ral une siibordiiialiuii dt; c.aractèi'es très analogue ; et , en zoologie, il est iiiiportaiit avant tout de s'occuper, dans les re- cherches, de la valeur des caractères. Or , c'est précisément parce que les caractères tirés du système nerveux ont une grande valeur qu'ils nous indiquent si sûrement des affinités difficiles ou nrème impossibles à saisir par la considé- ration des autres organes. Ce sont ces caractères et ceux tirés des larves qui nous permettent seuls de saisir les rapports de certains groupes entre eux. Comme l'indique notre tableau , il existe des groupes très im- portants , autour desquels se placent des groupes secondaires ou tertiaires. Nous avons la tribu des Scarabiens parfaitement caractérisée par la disposition du système nerveux , à laquelle appartient bien manilesteinent la famille des Passalides , mais qui , toutefois , sort un peu du cadre si naturel formé par les autres familles de cette tribu. Nous avons auprès les Ilistériens , dont les rapports avec la iribu précédente nous ont été indiqués si positivement par la disposition du système nerveux. Le même appareil nous a montré en quelle mesure les I.ucaniens s'éloignaient des Scarabéiens, avec lesquels ils ont encore de véritables affinités, et comment ils se rapprochaient des Bostrichiens en présentant en même temps une tendance vers la forme de certains Céranibyciens. Les Carabiens , qui constituent un des types principaux parmi les Coléoptères, nous ont otrerl aussi des caractères importants dans leur système nerveux , et , par la comparaison méthodique de cet appareil , il est devenu facile de constater que les Staphy- liniens et les Dyticiensen étaient extrêmement voisins, ainsi que les Silphiens ; et pour ces derniers , tout le monde reconnaîtra que leurs afiinités ne pouvaient être nettement saisies k l'aide des caractèi es extérieurs. S'il est probable et même presque certain que les Psélaphiens avoisineni beaucoup lesStapliyliniens, il n'en demeure pas moins évident ((ue le degré de ressemblance existant entre ces deux types ne pouira être apprécié à sa juste valeur que par la con- sid('rali(in du svslènic iii^r\('u\ des Fnsoctcs parfaits et des larves. DES INSECTES. 375 L'observation de cet appareil nous a inoiitré que les Hydro- philiens coiistituaioiil un type assez |)arliLuii('r : mais elle nous a appris aussi que ce type s'éloignait beaucoup de celui des Scara- béiens, dont on l'avait cru voisin à cause de la forme des antennes. Elle nousaa]ipris que ce type, en se rapprochant des Dyticiens, en dill'érait plus (|u'on n'était porté à le croire , d'après la forme générale du corps ; elle nous a conduit encore à reconnaître que ce type, se modifiant un peu, jiassait vers la forme desGoccinel- licns. Nous avons constaté que deux ou trois tribus principales , les Dermestiens avec les Érotyliens et les Cantharidiens, n'étaient pas homogènes, et que certains types devraient en être séparés ; mais , pour ces derniers , nous avons établi que leur place, par ra|)port aux autres groupes, ne saurait être reconnue qu"au moment où leur système nerveux aurait été étudié. 11 est devenu positit que les l'iméliens avoisinaient manifeste- ment les Carabieiis , ce qui était douteux par la considération seule des caractères extérieurs; par la disposition de leur système nerveux, il a été facile de voir que les Diapériens en dilïéraient notablement , et présentaient une tendance vers la forme des Chrysoméliens. Ces derniers nous ont présenté des caractères , dans l'appareil de la sensibilité, qui prouvent qu'ils n'ont que des rapports éloi- gnés avec les Curculioniens , dont on pouvait les croire plus voi- sins. A l'aide de ces caractères , nous avons suivi les plus légères modilications du type des Chrysoméliens, de manière à pouvoir reconnaître positivement par (|ue! genre il avoisinait surtout les Coccinelliens. et par quel autre il se confondait presque avec celui des Cérambyciens. Les mêmes considérations anatomiques nous ont montré com- bien ces derniers étaient voisins des Buprestiens , bien que ceux- ci présentent dans leur système nerveux un caractère qui per- mettrait seul de les distinguer de tous les Coléoptères. La dis[)osition du système nerveux montre justiu'à quel point les I5u|)restiens s'éloignent des Élatériens , dont les enloniologistes les croyaient si voisins, et combien, au contraire, les Klatérieiis se lient iiiliinenjriii ,iii\ L;ini|iyrii'n> l'I aux Clériciis, en sorte que ces 37G K. BMNt'HtlCU. — SLi; LIi SVSTÈMI! NEliVliLX trois tribus rapprochées se montrent comme constituant un ensemble liomogène , ayant d'une part un certain rapport avec les Cantliaridiens, et d'autre part avecles Bostricliiens. Les caractères tirés du système nerveux nous ont montré que les Ptinides devaient être séparés des Clériens , auxquels les rattachaient tous les entomologistes, pour être placés parmi les Boslrichiens , ce qui s'accorde parfaitement avec les caractères fournis par les larves , et même par la plupart des caractères tirés du système appendiculairc des Insectes parfaits. Les mêmes observations nous ont amené à reconnaître les Bostricliiens comme su liant un peu aux Dermestiens , et dilïérant notablement des Scolytiens, avec lesquels ils conservent certains rapports dans l'ensemble de leur organisation. Le système nerveux nous a montré d'une manière incon- testable que les Curculionicns et les Scolyliens constituent un des types principaux de l'ordre des Coléoptères , présentant des afli- nités manifestes avec les Scarabéiens , ce qui est encore confirmé par la forme contournée du corps des larves , et mieux encore par lem' organisation intérieure. Toutes ces affinités reconnues par la considération du système nerveux ne se trouvent en aucune manière infirmées )iar la consi^ dération de l'ensemble des autres caractères ; bien loin de là, car elles sont presque toujours confirmées par les caraclèi'cs des larves, tjuand les modifications les plus positives touchant les alîmités naturelles ont ('té saisies d'après la disposition des centres ner- veux , on en vient le plus ordinairement à apercevoir ces mêmes rapports indiqués par certaines formes dans le système appendi- culaiie. Ainsi, en m'eiïorçant de montrer que les caractères tirés du système nerveux ont une prédominance marquée sur les carac- tères fournis par les autres parties de l'organibine , je ne veux être nullement exclusif. Je crois que tout doit être étudié avec le même soin dans chaque groupe du règne animal ; mais il importe aussi de savoir saisir riniportance des caractères en accordant iialurelleinent plus de valeur à ceux qui offrent le plus de con- slaiice. Bien que les caractères les plus importants dans chaque (li\isinn du règne aiiiiiial tendent ;i disparaître chez certains de leurs représentants, rdiiniie l'a liieii ('tabli M. Miliic Kduards; UliS INSECIKS. 377 bien que le système nerveux ne fasse pas coinplélement excep- tion à cette règle , tout nous prouve aujourd'hui de plus en plus que les caractères qu'il fournit ont plus d'importance en zoologie que ceux tirés des autres parties de l'organisme. i;\PMCAT10.\ DES FIGUliES. PLANCHE 8. Fig. 1 . LucANUs CEnvus Lin 1, ganglions céri'broides. — n, nerfs antennaires ; b, nerfs optiques ; i\ gan- glion frontal ; rf, nerfs de la lèvre supérieure: g, nerfs mandibulaires; h, nerfs maxillaires; e, ganglions angéiens; f, ganglions tracliéens. 2, ganglion sous-œsophagien. — 3, ganglions proUioraciques. — a,6,c, les trois paires de nerfs. — 4, ganglion mésothoracique. — a, nerfs alaires. — b. nerfs médians. — c, nerfs des pattes. — 5, ganglion métathoracique. — 6, 7, S, 9, 10, II, ganglions abdominaux. Fig. 2. HisTER CAD.WERiNcs Pavk 1, ganglions cérébroïdes. — n, nerfs antennaires. — b, nerfs optiques. — 2, ganglion sous-œsophagien. — 3, 4, 5, les trois ganglions Ihoraciques. — (1, nerfs alaires. — b, nerfs médians. — c, nerfs des pattes — 6, ganglions abdominaux. ( Dans les figures suivantes , les mêmes chiffres et les mêmes lettres indiquent les mêmes parties. Les ganglions abdominaux sont toujours indiqués par le numéro 6 et les suivants.) Fig. 3. NiTiDULA .ENEA Lin. Fig. 4. SCAPHIDIUU QUADRIMACL'LATLM Faijr. Fig. 5. GïRiNUs NATAToB Fabr ri,A,\ciiE 9. Fig. i. Necrophobiîs VESPiLLo Lin. Fig 2 SiLPHA OBsci'RA Fabr. Fig 3. Sa larve. Fig. 4. Stapuilini's maxillosus Lm, Fig. 5. Larve du Staphïusus oless Lin PL.WCUE 10. Fig. I. DVTICUS MARGISALIS Lin. 1, ganglions cérébroïdes. — c, ganglion frontal. — ((, un petit ganglion pharyngien. — e, nerfs de la lèvre supérieure. — b, ganglions angéiens. — g, ganglions trachéens. — h, nerfs récurrents. (Les autres lettres comme dans les (igur(^s précédentes.) Fig. 2. Larve du Dijiinis murgiiKtlis. I ganglion.-^ léréliiiiides. — n. nl'rf^ antennaires — h, nerfs optiques. — ■ 378 E. BL.tNCH.tKU. — SYSTÈME NEllVEUX DES INSECTES. c, ganglion fronlal.— d, nerfs de la lèvre supérieure. — e, nerfs mandibulaircs — f, nerfs naaxillaires. Fig. 3 Blaps MORTisAGA Lin Fabr. 12, dernier centre nerveux abdominal , dans cette niasse médullaire on dis- tingue deux ganglions accolés. Il eut été peut-être préférable de mettre 12 et 1 3. Fig. 4. Tenedrio molitor Lin. Fig. 5. Sa larve. p^A^CIIE 11. F'ig. 1. Hydrophiles picEus Lin Fig. 2. Helops LAKiPEs Fabr. Fig. 3. DlAPERIS BULETI Lin. Fig. 4. Sa larve. Fig. 5. Sa nymphe. Fig. 6. .4GniLu; viridis Fabr, l'L.VNCllE 12. Fig. 1 . Byturus tomentosus Fabr. Fig, 2. Mycetophagus quadrimaculatus Fabr. Fig. 3. Derhestbs lardarius Linn. Fig. 4. Triplax RiissicA Fabr. Fig. 5. Endouvcuus cocciseis Fabr. Fig 6 BosTRicuus CAPUciNus Fabr. PLANCHE 13. Fig. 1 , Trogossita MAiiRiTANiCA Lin. F'ig. i COCCINELLA SEPTEMPUNCTATA Lin Fig. 3. Spbsridium scarab.eoides Fabr. Fig. 4. Malaceius dipustulatus Fabr. Fig. 5. SciRTEs HEMispH.iîRicus Fabr. Fig. 6. Ceratoderus monoceros Fabr. Fig. 7. CisTELA sulpuurea Lin. Fabr. Fig 8. ScoLïTus PYGM.EUS Fabr. PL.A.NCIIE 14. Fig I Larve de la ("alandra paluarus Lin. I , ganglions cérébroïdes — a. nerfs anlenuairos — • b, nerfs de la lèvre supérieure. — c, ganglion frontal. — d, ganglion œsophagien. — f. gangliona angéiens. — - g, ganglions trachéens. — h. nerfs mandibulaires. — ■ i, nerfs maxillaires. — /.■. nerfs labiaux. Fig. 2. Trichodes apiarus Fabr. 1, ganglions cérébroïdes. — «, nerfs aniennaircs. — b. norfs optiques. — c, ganglion frontal. — d, ganglions angéiens. — c, ganglions trachéens. (Dans les ligures suivantes, les mômes leltres indiquent les mêmes parties.) Fia 3. Atiiiu s iiiRTis Fabr DE Ql'ATREFAftES. — SUIt I.E SANG DES A.N\ÉI.IDES. 379 Kig 4. Telepuoris melanlîhs l'abr- Fig. 5. Œdlmeiia llbtoa Fabr. Fig. 6. Laubia uihia Lin. Fabr. l'f.ANCIlE 15. Fig. 1. ' OKACIA NÏS1PHE.E Lin. l'cj;. 2. Ceiocebis merdigeba Lin. Vi^. u. Cassida euuestbis Lin. l'ij:. 4. Cbyptocephalus sericel's Lm. Iig 5. EuMOLPL's vins Lin. Fabr. Fig. 6. CuilTSUMELA FICAIA Fabf. Fig. 7. Sa lar%o Fig- 8. LiNA pui'ULi Lin. Fabr. NOTE SUR LE SANG DES ANNE L IDES: Far ni A. DE QDATHXFACES. On sail que Ciivier, en clablissant la classe des AnniMides, lui assigna enlre auUcscaraclùies celui d'être couipnsé d'animaux dont le sang était coloré en rouge. Celte caractérisalion l'ut tout d'abord critiquée par M. de Blainvillc, qui fit observer que le sang était à peine coloré chez quelques unes des plus grandes espèces de nos côtes; mais les termes mêmes em- ployés par M. de lîlain\ ille semblaient confirmer les vues de Cuvier, au moins dans ce qu'elles pouvaient avoir de plus général. M. Milne Edwards, en faisant connaître des Tiibicoles à sang vert , démontra bien mieux le peu d'importance réelle du caractère employé par l'illustre auteur du Rhjiie (iiiliiiiil. Depuis cette époque, M. Oujardin a signalé un fait pareil, oITert par une petite Aimélide des côtes de la Mandie ( Cldorema Edwnrdsii , et nous- même nous avons lrou\é plusieurs espèces qui pré- sentent la même particularité, et que nous ferons connaître plus tard. Ainsi la couleur du sang parait être de i)eu d'importance dans la classe des Annélides; mais quel(|ues naturalistes pourraient peut-être penser que le fait essentiel consiste, non dans la teinte elle-même, mais dans la présence d'un liiiuide coloré quelconque, .le ne pense pas que cette mo- dification des idées de Cuvier fût plus vraie que la première opinion de ee grand naturaliste : un très grand nombre d'Annélides ont le sang par- faitement incolore, et je crois qu'on pourrait citer en masse presque tontes les petites es|)èces d'Annélides Errantes ou Tubicoles, si conununes dans les fucus et sous les pierres de nos rivages. .M. Délie Cliiaje a dit avoir trouvé dans une Aunélide des mers de Naples, et chez les mêmes individus, du sang mnif dans certains vais- seaux, et du sang lyrf dans d'autres vaisseaux. J'ai fait sur queirpies es- pèces (les côtes de Sicile des obser\ations qui expliciueraient facilement ce que ce fait a d'incroyable au premier abord pour toutes les personnes (|ui coiMiaissent le mode de circul.ition existant (liez les Annélides. Chez iinclqu(?s Tubicoles, le sang, en couches minces, est A'wn jauni' rcrili'itre cl devient d'un niui/r /jurpii/rnirn/ iiirarlrrisr- lors(iu'il est eu niasse. Cer- taines espèces de Neniertes présentent la nn-ine parlicidarité, et l'une I 380 DE Q|1;%TREFA«ES. — SIR I.E SANG d'elles m'a permis île recoiinailre lotîtes les nuances île ce phénomène, résultant chez elle de l'accumnlation de globules assez gros, llottaiit an milieu d'un liquide incolore. 1,'observation du naturaliste napolitain est donc très probableniciil incomplète, unis exacte d'ailleurs en ce ipil touche à la variabilité de la couleur du sang dans un même individu, (l'est là un phéiioniéne d'absorption de rayons lumineux , semblable à ceux dont les physiciens, et entre autres Young, ont fait coimaître toutes les circonstances. M. Milue Kdwarils est, je crois, le premier qui ait soumis le sang des Annélides à l'inspection microscopique ; il a reconnu que ce sang ne con- tenait pas de globules proprement dits, comparables à ceux que charrie le sang des Vertébrés. Ou ne rencontre , en eirel , dans le sang des plus grandes espèces que j'ai observées, autre chose que des graindations in- liniment petites et qui, autant ipi'on peut en Juger en euq)loyant les plus forts grossissements, paraissent être assez irrégulières. La couleur du sang ne me semble pas être due à la présence de ces corpuscules. I,e principe colorant est ici dissous dans le sang lui-niêuie, et cette circonstance éta- blit encore une démarcation très grande entre la constitution de ce li- quide cliez les Annélides et chez les Vertébrés. Lorsqu'on fait les observations dont je viens de parler sans y apporter des iirécaulions sullisaiites, ou peut trouver au n)ilieu du sang des gra- nulations irrégulières, de dimensions parfaitement appréciables, puisque dans certaines espèces elles atteignent jusqu'à 1/100 de nullimètre , et peut-être davantage. Mais ces granulations n'appartiennent pas au sang; elles provicmient du liipiide de la cavité générale du corps. llelte cavité et le liipiide qu'elle reiiferinc me semble jouer dans l'é- conomie des animaux inférieurs un rôle important et auquel on ne s'est pas sullisamment arrêté jusipi'ici Chez les Annélides lirrantes, chez les Némertes, les œufs, les spermatozoïdes, à peine ébauchés dans l'ovaire ou le testicule, tombent dans cette cavité, et là, isolés de toutes les par- ties solides de l'organisine, sans aucun rapport immédiat avec l'appareil vasculaire, ils se nourrissent et parcourent toutes les priniipales phases de leur déveluppemenl. Il semble que le liquide qui les baigne de toute part suit rù-mit , et que ci- soit lui qui leur transmet les matériaux nécessaires pour décupler quelquefois de volume : dès lors ce liquide se comporte exactement comme un organe, comme pourraient le faire l'o- vaire et le tcslicide eux-mêmes. La liqueur renrermée dans la cavité générale du cor|)s des Annélides est en quelque sorte nu iinjanc /litiili: Il est bien diflicile de croire qu'un liquide qui joue un rôle si cvideul dans l'acte de la nutrition des ceuls ou des spermatozoïdes, soit entière- ment inerti' relativement aux muscles et aux viscères, qu'il baigne et en- veloppe de toute part. Toul, au contraire, doit nous conduire i penser qu'il remplit vis-à-vis d'eux des fonctions semblables à celles dont on constate rinllueuce sur les produits de la génération. Ainsi nous sommes conduits à regarder ce liquide comme un lluiilc nourricier répandu dans tout le corps, et comme un puissant auxiliaire du sang lui-même. Dès l'instant que le sang n'est plus chargé exclusivement des fonctions de nulritiou, sou imporlance dans l'économie diminue, et nous serons moins surpris de \oir l'ap|)areil chargé de le liausporler dans les diverses parties du corps subir des réductions , des (Irgimliif iuus considérables. <;hez certaines Annélides lirrantes et Tubicoles, on \oil les raïuilicatioii^ i)i;s ANMii-ioics. .S.Sl vasciilaires dovciiir Iri-s rares : t'esl là un fait ([iiOii peut lonslaler faci- li'inciK chez les espèces dont le San}; esl riiheineiil coloré , et qui se nionlrc à son inaxininni elic/. les ,\énierles, oii il n'existe pins qne les ironrs principaux Je reviendrai d'ailleurs sur ce sujet dans un travail considérable (jui s'imprime en ce momeni, et où j'ai cheiclié à faire con- naître en détail le groupe si remarquable des Némertiens. Le liquide de la cavité siénérale du corps, chez les Annélides Errantes et Tubicoles, est sans cesse agité, par suite des contractions et des mou- vements généraux du corps : cliacune de ses porlions iieut donc être mise en contact avec les diverses parties de l'organisme. Mais il sendile dans quelques circonslances présenter des niouvenicnls plus réguliers et qui ressenddent davantage à une véritable circulation : c'est du moins ce que j'ai observé dans de très petits Siponcles, qui liabilenl au inilien des loulles de f;orallines et de fucus M). I.a cavité générale du corps esl divisée en chambres irrégulières, comme cliez certaines Nématoïdes, et ces chambres communiquent les unesavec les autres, .l'ai vu le liquide inlerieur, chargé de globules framboises et ici de dimensions sensiblement égales, décrire dans cet ensemble de poches une sorte (rellij)se allongée, à contours on- dulés: en divisant la cavité en deux par une pression transversale, le li- quide décrivait alors deux courbes rentrantes. On voit (|ue ce phéno- mène rappelle, sous certains rapports, les faits si connus présentés par le Chara. Il est assez dilTicile d'assigner un rôle précis .'i ces granulations. C.t'. qu'il y a de certain, c'est tpi'elles sont dans un rapport marqué avec l'état phy- siologique de l'animal où on les observe : plus ce dernier est vigoureux , plus h's globules sont nombreux et gros. Chez les Annélides microscopi- ques, le nombre (le ces corpuscules double ou triple lors de la gestation, époque à laquelle ces animaux présentent un surcroil de vitalité des plus prononcés. Il est dillicile de ne pas rapprocher les faits qui précèdent de ceux que présente la classe des Insectes. Chez ces derniers, on ne trouve qu'une seule espèce de liquide nourricier, et ce sauf/ ressemble presque con- stamment an /if/uifle de la corifp gciiéra/e des Annélides. Chez quelques larves , cependant , le satig df.i Insectes rappelle , comme nous l'avons dit ailleurs {'2], le s'uiy /jro/ii-emeaf ilit de ces im?mes Annélides, en ce qu'il est chargé , comme chez ces dernières , d'un principe colorant en disso- lution. Comme d'ailleurs les produits de la digestion doivent , en sortant du tidie digestif, se mêler iiiiinédiaii-iiirnl au liquide que renferme la ca- vité générale, n'esl-il pas permis de conclure, ainsi que nous l'avons fait plus haut , que ce liquide représente en partie , quant à son rôle physio- logique, \e . 111111/ des Vertébrés, et qu'il acipiierl d'autant plus d'im|)or- lance que l'appareil circulatoire se restreint davantage et est plus pro- fondément cjifoncé dans l'intérieur du corps? Nous aurons , du reste, occasion de revenir plus tard sur ces considératioDS, que nous ne faisons aujourd'hui qu'indiquer. ( I ) Je regarde les Siponclos et genres voisins comme appartenant au type des Annelés. (jellc opinion repose sur les faits anatoniiques que m'onl présentés les Krliiures , et dont un résumé a été publié dans la nouvelle édilion illustrée du Itriiiw animal (Zoophytes, 12" livraison, pi. î'i). (2) Séance de la Société Miilomalique {L'insliiiil , 27 août ISl-'i) TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS Clî VOLl'ME. AKATOnlE ET PHYSIOLOGIE. Noie sur le mrfrinisnip (/es spfn'/ions; par M. A, LEriEBniTLLET 17o Sur la lempérahire des Spntaugus piirpurcux , Triçïa liintntio. et Gadus (py/e/i'iws, des mers (lu Nord; par M. Cu. Maiitiss. ... ... 187 JtKIM.Ïl'X VERTÉRRÉS. Remarques sur le Copra piidn et VEquuD bisulcus de Molina ; par MM. Gat et Paul Gervais S7 Observations sur diverses espèces de Mammifircs fossiles du midi de la France; par M. Paul Gervais 248 — sur les Matnmifères fossiles de Vaucluse ; par M. Paul Gertais . 2o7 — — — de l'Hérault; par M. Paul Gervais . 26.3 — — — de l'Hérault; par MM. Paul Gervais et Marcel de Serres .... ... ... 266 Mémoire sur Vappiu'eil de la rcspiradoii dans 1rs Oisviiu.v : par M. Natalis GuiLLOT 2;ï Mémoire sur les différences typiques , inconnues jusqu'à présent , dans les organes de /n cote des Possei-rauj; par M. J. MiiLLER. .... l Notice préliminaire sur le développeniciil des Chélonieiis ; par M. H. Rathke. 1 6 1 Description de quelques crones fossiles trouvés par M. Bain dans une couche de grès à l'exlrémilé sud-est de l'Afrique, et cnnstiluant un nouveau genre de Reptiles (le Dicynndon), dans l'ordre (les Sauriens: par M. OwEN 271 <^)bservations sur le développement des spermalozoîdes des Raies et des rui-pi/fes ,■ par M de Mabtiso (de Napics) 171 AMMAL'X AKKELÉS. Recherches anatomiqueset zoologiques sur le stjsiéme nerveux des Iiiseelcs. — M(''mniro sur les Coli'opti'res ; par M. fijiii.E BLANCiiARn 27.'! Description des galles du Verbascum et du Scroplmlaria , et des Inse.cles qui les habitent, pour servir à l'histoire du parasitisme; par M. Léon DUFOUR 5 Note sur le sniig des .l/mc/itifs,- par M. DE QuAiREFAGEs 379 MOLLUSQUES. Note sur les tcsiieules et les spermalozoïdes des l'alelles: par MM. Lebert et Robin 191 i TABLE DF.S M A III: liliS. 3H;^ lissai d une Monograpliie du Teriji)ws Kdiriinhii: par M Alf.x. do Nimo- MANN, Professeur à Odessa. 109 De la composition el de la slruvlnre des pin'c/ofipcs ilrn Tuniciers: par MM. LCEVIG et KOKLI.IKER . . 193 Happorl sur le Mémoire précédent par M. Païen 238 ZUOPUTTES. Kecherches sur les Polypes: par .M. Dana. (Extrait/ 243 TAI'.LE DES MATIERES PAR NOMS D'AUTEURS. Ht.ANciiARD. — Recherc!u*5 analo- miques et zoolo);iques sur le sys- tème nenx'ii.r des Insectes, — Mémoire sur les Co/i'opfi're.'!. . 273 Dana — Recherches sur les Poli/pes 227 DuFouR (Léon). — Description des galles du Verbascum et du Scro- phtilarin, et des Insectes qui les habitent, pour servir à l'histoire du parasitisme '6 tÎAY. — Voyez Gervais. Gervais (F'aul) et Gaï. — Remar- ques sur le Ciipra pmlu et i'f- ffiius 6(Sî//c(/s de Molina. 87 Gervais (Paul). —Observations sur di\'ers('s espèces de Matnmifères fossiles du midi de la France . 218 — Mammifères fossilesde Vaucluse. 237 — /((. de l'Hérault. 263 IJERVAi.'i (Paul) et Marcel de Ser- res. — Mammifères fossiles de l'Hérault 266 Gcii.LOT (Nalalis). — Mémoire sur V appareil lie lu rcspiraliou dans les Oiseaux 25 KfixLiiiER et LœwiG. — De la com- position et de la structure des enveloppes des Tuniciers. 193 I.ERERT et KrjBiN. — Note sur les lesliculcs et les spermatozoïdes des Patelles 191 l.rREiioii.i.ET. — Note sur le mmi- iiisme (\es sérrèlions. 175 Lqevvic. — Voyez Kœlliker. Marcel de Serres. — V. Gervais. Martino (de Naples). — Observa- lions sur le développement des spermatozoïdes des Raies et des Torpilles 171 Martiss (Ch.). — Sur la tempéra- ture des Spatauçjus ptirpureiis . Triylfi fiiriindu , et Gadtts œtjie- /ÎHiK, des mers du Nord. . .187 MiiLLER (J.). — .Mémoire sur les différences typiques, inconnues jusqu'à présent , dans les or- ganes de la roix des Passereaux. 9 1 NoRDMASs (Alex. de). — Essai d'une monographie du Tcnjipes Edwardsii 109 OwEN. — Description de quel- ques croues fossiles trouvés par M Bain dansunecouchede grés a l'extrémité sud-est de l'Afri- que, el constituant un nouveau genre de Reptiles (le Dicyno- f/o»), dans l'ordre des .Sn»n'(7L«. 271 Paven. — Rapport sur le Mémoire de MM Lœwig et Kœlliker. (Voyez Kœlhker). . . . 238 QiATREFAGEs (De). — Note sur le sanfj des Annélides 379 Rathke — Notice préliminaire sur \e dèreloppemeiit des Chéhmiens 161 RoRiN. — Voyez Lebert. TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MÉMOIRES CONTENLS DANS CE VOLUME. Planches 1 . Organisation et développement du Tergipes Edwardsii. Fig. 1-4. Galles du l^erbaacum pulveiiilenliim et da Scrophii- liiria canina. Fig. 5-1 5. Métamorphoses du Cecidomyia Verbasci Fig. 16-21. — ti\i Mifiocanipua nigricans. Fig. 22-.30. — deVEuhphiisVerbiisci. :». 4. 5. \ 6. \ Structure et développement (les Tuniciers 7. J 8. 9. m 1 1 12 15. Réservoirs aériens du Coq. 2. ' 4. ' Système nerveux îles Coléoptères. Vl\ DU CINOliUiMH \01.UMK. ^iftft ift\r Ja^/ir fuif . J^ Jivwf j^ool . Tofft - â ■ P/ ■ v ï r. *t!}. ill'{fe- C^ ) \ -A) ..y,-3^ V. i '-Ai ""■■■^l!i-*«^' T' -A m On/a/iù-aù'on et dcve&ippemml d(i 'J'erçipes Edwariùric . // Jlsinan/f mtp .'///// (/*•.>■ ,i'rfc/i<- -fiaf .y./fvvi- ^ool y'om .J PI 3 V0 ^>î- Fiç. 1 - .'i Gaf/e.r ei éfoinmes du \erbascuni pulvpiiiic-ntuii F(^. 4 &a/fes liu Scropliularia canina Fii/ :>-iJ Mé^ftiorphotrej- n .0 Ann.des Sciences nal 3''Sér 7.00] TomS PI 5. b-i b.i '(ielif^ià -aHcc/ià 'eu< Vcç. ty. En .:f BfAL; .iil nAt dfl LilKcl'ArlusrdeUH^rppjO Ami. des Sciences nal 5' Série. ZoolToniGPU Emile Bcaïudwtdfl' Liih d'Artuir.dcUNdrprSo. An*t .df.i' .Ictenc^- na/> ■ 3^Sé/'te'. J. d'i iSî'^ïN ^^fCJS'i'ï;'*!»''?^»,,,,, 5. ■ ■■■,-f- ^ '''■■ ■N [ 4( ^\ * «■ ^■^ ''i[ I c'?JK^^.'''!ï'''ip)^'Ty?*".?i '■*'''''■ .,. :# -.^iSj^" ,i'/rtt /ifrvi'/Lr i/e.r ibà'o/i/ere.*' A' //ivriam/ imfi Si/jieme /wrui'/u: /:/<'•>• Cb(ea/)/è/ I .s'i/x/<'//U' ///'/■///'//■/■